Yury,

"life seems better in the golden hour"
Yury Argès Agapov
Son pseudonyme sur V'kontakte : Starboy, ça a le goût des bulles qui pétillent, explosent, sous les reflets iridescents d'une coupe, ça tonne dans le néant de la sorgue, comme ces feux d'artifices, qui parfois font éclater de leurs rubans polychromes, sur les berges noircies de la Neva. Quelques relents amers, d'un astre inexistant au royaume de la nuit. Narcisse à la quête d'un ego trop longtemps piétiné, Icare à la conquête de flammes contre lesquelles se brûler.
Age : 34 ans, étreint par son sire et premier amour lorsqu'il avait vingt cinq ans. Les années ne sont là que pour lui rappeler le poids de sa disparition.
Groupe : Svetchi, prince d'une jet-set moderne, folle, décadente. Le narcissisme en morgue léonine, les apparat qui chatoient sous des boules à facettes, l'or du bout d'un claquement de doigt.
Son métier, son statut social : Des échos tapageurs d'un yatch passant sur les reflets noirâtres de la Neva où se déhanchent des carnes extravagantes, jusqu'à ses clubs VIP où les nantis défilent en de sulfureuses silhouettes sur le vermeil de tapis assommé de flashs aveuglants, ou encore de ses appartements de luxe, sur la nevsky, qui se terminent à coups de fumées psychotropes et de poudres blanchâtres, après avoir été tout juste humée sur une carne nue, offerte, il en est l'instigateur, event planner, organisateur de soirées onéreuses.
Concept du personnage

//IT'S THE LEO SEASON, BITCH//

Ça crache et dégueule un coulis de scintillements, presque obscène, tant ils se font viscéraux, abondants. Sur sa peau, comme des ruisseaux d'éclats et de lumières. Oh, c'est peut-être ça, que d'être immortel.

Comme un retour. Aux années décadentes des déités du disco. Ça groove, dans les russians nights. Comme une envie de toucher les étoiles, du bout de la pulpe des doigts. Et l'empyrée est si grande, tant de lueurs offertes, à conquérir. Mais rien ne sert de courir, parce que la vie s'est faite nonchalante, de nuits sempiternelles, où sa carne lovée d'étincelles réverbère les lueurs de jours oubliés. Lui, c'est l'indolence, quasi-insolente, de cette outrance crachée à la face de ses langues vipérines, parce qu'elles sont nombreuses les rumeurs, qui cours, sur l'homme qui voulait se faire soleil. Les photographies de sa carne dénudée sur les réseaux sociaux, de la dernière acquisition de sa sportive aux 400 chevaux grondants ou de sa montre chopard gravée de carats, des selfies crépusculaires de ses mains masculines venues étreindre sa carne. C'est l'homme qui voulait le monde, avant même qu'il ne puisse se rendre compte, que celui-ci est entrain de l'engloutir.
Vampire Kontakte

//A FUNKY (BLOODY) SPACE REINCARNATION//


Elle ne ressemble plus à rien, cette baignoire à pattes de lion de leur loft. Dont l'acrylique marmoréenne, si pâle en son habitude, comme de porcelaine, n'est plus qu'une immense mare d'hémoglobine. De la sienne. Avec ces traces de morsures, béantes, qui suppure, sous les étoffes déchirées de ses vêtements. Et c'est à peine s'il respire, là, lové dans le bain de ce coulis vermeil. Des orbes qui peu à peu, se teinte de ce vide, qui suis, après la perte de connaissance. Des sens, de la réalité. Pour rejoindre le vide. Celui de cette ombre massive, penchée au dessus de lui, la carcasse d'une peau qui s'échauffe contre la sienne, qui n'as plus rien de familier, ni même de tangible. Pour en verser ce liquide entre ses lèvres, celui d'un poison vespéral.


Petite dose de mort, injectée à même les veines. Des mots qui n'ont que peu de sens, sous le battement lent de ses paupières et qui pourtant, ont la force de mille étreintes, aussi viscérale que ses caresses, qui fondent, là, partout, sur ces dunes et vallées de chair qu'il ne connaît que trop bien. La première chose qu'il a vu, à son éveil, son ombre tapissant les murs, comme un monstre infame, avide, dévore lentement le suc de son humanité. Son premier toucher était le sien, cette main accrochée à son épaule, sa langue enroulée à la sienne, son corps entre ses cuisses. Ses vices, pour l'accueillir là, dans ce royaume nocturne, où les proies se font chasseresses.
YOUR BLOOD

Oh no, there's no escape
No matter how I try
Now I'm stuck on one day
For the rest of my life
You know it's your blood that i bleed


Parce que quand on a une belle gueule, un cul qui sais bien encaisser et des lèvres si habiles, quand elles sont ouvertes. Pas le choix, que de rien dire. De se laisser observer par ses orbes curieuses, qui mitraillent autant son corps que son âme, de part en part. Des dizaines d'autres gars à peine plus âgé que lui, sont là, aussi. Des types sans visages, dont il se souviens à peine. Seule chose qui l'a frappé comme un étau de violence, c'est qu'on les avaient alignés, là, nus. Comme l'on tri des bêtes, avant de choisir laquelle, en première, viendrait à être marquée. Laquelle viendrait à trembler sous les faisceaux de ces regards que l'on darde sur eux. La suite, ce n'est plus qu'une sensation vagues de bruits, ceux des peaux, des cris muets, de l'odeur épaisse de larges fumées âcres, goudronneuses. Des poignes rougissants son derme, malmenant sa nuque, ses reins. Et la peur, elle, comme envolée. Pour faire place au vide. À un ailleurs. Un autre part. Après n'avoir que trop humé ces nuages nocifs. Et après ça, son corps, seul, comme abandonné, là, contre le velours des divans. Et pourtant, si léger. Aérien.

C'était la première fois, qu'il avait vendu son corps.
Comme l'on vend un pan de son humanité.
Un pan de sa dignité.





Des néons rouges. Qui vrombissent, comme un son étouffé, haché, sous le tremblement des basses qui suinte et s'écoule, d'un tempo entêtant, sensuel. Là, dans ce night club aux lueurs feutrées, il perçoit à peine les visages qui l'entourent, les œillades concupiscentes. Et il est là, au centre de la pièce, sous les spot sanguins qui s'allonge sur les muscles noueux de sa silhouette, les doigts enroulés à la barre de pole dance. Ce soir il n'est rien, ni personne. S'est fait objet de convoitise. Carne qui n'appartiens qu'à ces regards. Bête cupide, à la volonté lascive. Et des ombres des canapés au cuir vernis, se découpait une silhouette, chargé d'une fumée aux bras dansants, volutes aussi lourds que cette main, toute en veines saillantes, serrée sur la bouteille d'un magnum hors de prix. Des bagues de rubis rougeoyants, des plis d'un costume qu'il devinait sans mal, onéreux. Jusqu'à cette mâchoire anguleuse, maculée d'ombres rugueuses. Et des lèvres. Oh, ces lèvres. Il pourrait s'y brûler, sans mal. Embrasser cet énième client, alors qu'on lui avait répéter maintes fois de ne point le faire. Geste trop intime pour être monnayé dans une poignée de roubles. Mais il s'en fiche pas mal, de tout ça, Argès, se consume, se brûle les ailes.

Ils avaient finis dans une des nombreuses arrière-salles du club. Leurs corps alanguis sur des cuirs rouges, matelassés. Lui, assis à califourchon sur ses cuisses fermes, puissantes.

« Ton prénom. »

« Celui que tu veux. »

D'habitude, ils ne parlent pas. Se contentent de prendre ceux pour quoi ils sont venus. Rien que des soupirs, des râles. Mais en empoignant son fessier entre ses jointures blanches, c'est un nom, qu'il avait poussé. Un nom, comme une prière, adressée à une chimère sans visage.

« Yury. »




Sunny, yesterday my life was filled with rain
Sunny, you smiled at me and really eased the pain
The dark days are gone, and the bright days are here
My Sunny one shines so sincere
Sunny one so true, I love you


Montre vacheron constantin. Costume blanc ralph lauren en barathéa. Lunettes gucci. Paré à sortir. Il faut que ça swingue, ce soir. Qu'on se révolte, avec autant d'étoffes hors de prix, que de liasses de roubles jetées au visage des envieux. Que ça claque, ça brille, aveugle. Qu'on dépense sans compter, dans un hummer limousine qui remonte le long des canaux, en ne laissant que dans son sillage, les vrombissements de basse exaltées, de silhouettes qui se trémoussent, depuis le toit décapotable. Les coupes débordent, tandis qu'on finis par s'arroser des bulles des magnums. Mouillé d'alcool avant même de pouvoir rentrer - bras dessus, bras dessous, avec ces deux amies, qui finiront la soirée à se dévorer des lèvres sur une banquette cirée - dans ce club. Les néons dansent sous ses yeux tel des serpents de lumières. C'est à peine s'il en reconnaît le nom, trop occupé à aguicher l'un des videurs. Qu'il passera la soirée à reluquer, avant qu'ils ne se décident chez qui finir.

Peut-être seuls, où à plusieurs.

Peu importe.

Il n'y aura que l'aurore pour le rappeler hors de ses mœurs.
La vieille ambulance blanche et rouge était enfin arrivée. Après plus de deux heures d'attente. Elle s'était garée dans l'arrière du club, dans l'une de ces ruelles tristes à l'ambiance de coulisse de théâtre. Pas de sirène, mais le silence lancinant des éclats bleus rouges du gyrophare sur la neige. Sans soin, et même la clope au bec, deux infirmiers avaient relevé l'ami de Yury de ce canapé sur lequel il s'était effondré. Épuisé, déchiré, un teint cireux d'un cadavre. Clap de fin pour ce noctambule qui sort par la petite porte, sanglé à sa civière.

L'ambulance repart à travers la nuit, et il faudra suivre sa conduite désordonnée et dérapante à travers l'incescent trafic. Juste l'éclat lointain de ses gyrophares, comme le battement lent et plaintif d'un cœur qui s'épuise.

Il neige. Et la ville est belle, blanche. La Neva gelée, se confond avec le ciel.

On évite les grands hôpitaux des campus universitaires du centre. Parce que dans la Russie d'aujourd'hui le SIDA est encore une malédiction, un tabou que l'on cantonne aux banlieues. Une juste punition pour ces gays dépravés et autres toxicomanes. Du moins est ce ainsi que les journaux présentent ce fléau qui a tué, tue, et tuera bien plus que tous les vampires réunis.

Ainsi les malades sont isolés, presque enfermés. Dans ces vieilles cliniques de l'ère soviétique où le linoléum crevé de braises de cigarettes hurle misère, et où les chambres sont de gigantesques purgatoires où les médecins travaillent avec dégoût.

Lorsque enfin on autorise Yury a voir son ami, le spectacle est accablant. Celui d'un dortoir ou malades et alcooliques sont rangés côte à côte. Les draps sont jaunis et le froid siffle entre les joints disjoints des fenêtres.

Peu de médicaments. Pour l'Etat qui se refuse à payer, le virus du SIDA est la punition logique et méritée d'une vie dissolue. C'est indigne. Injuste et révoltant. Mais ainsi va la Russie où rôde comme des loups de fétides idées néo-nazis à tendance ultra-orthodoxe.

Triste destin. Que celui de ce jeune homme. Que celui de ces milliers d'autres dont les cœurs branchés en analogique sur des écrans verdâtres, n'en finissent plus de s'espacer, de ralentir, jusqu'à finalement s'éteindre sur un ultime bip qui annonce l'aube et la fermeture des clubs.
Voilà monsieur !

J'avais l'idée mais pas le time.
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