Kira,

"Je suis peut être quelqu'un de froid,
mais l'on a tous en soi une pièce condamnée."
Kira Lian Vedenine
Son pseudonyme sur V'kontakte : Belladona
Age : 24 ans
Groupe : Saint Petersbourgeois
Son métier, son statut social : Danseuse vedette d'un des cabarets les plus prisés des noctambules exigeants de la Neva, en recherche d'un esthétisme érotique sublimé. Ayant rapidement monté les échelons au sein de l'établissement, elle est l'oiseau de nuit que l'on s'arrache, que l'on jalouse, que l'on veut à son bras pour parader sous les feux nocturnes. Reine des nuits de la Neva; une place aussi avantageuse que dangereuse qu'elle défend farouchement.
Concept du personnage
Lorsque les lumières ruissellent sur ses courbes nacrées offertes à la vue des privilégiés, le temps semble se figer. C'est bien plus qu'un corps qui se dévoile, mais les déchirures cachées d'une âme glacée qui se laisse envahir par l'effervescence d'un art qui la transcende, lui redonne vie, chaleur. Au fond de ses orbes sombres qui parcourent avec dédain l'assemblée, une lueur ardente s'éveille. Sur scène, la sylphide glacée s'embrase alors, et la voir s'offrir ainsi aux flammes est un spectacle chaque nuit aussi fascinant. Plaisir un brin sadique et voyeur, de la voir possédée par les émotions les plus violentes, les plus tourmentées au service de son Art. Parce qu'on ne se contente pas d'émoustiller le corps ici; c'est l'âme que l'on vient enjôler, en attisant les désirs les plus enfouis avec une subtilité que la vulgarité ne saurait connaitre. La représentante du Céleste Empire puise aux confins de son être les plus vifs émois, laissant son corps exprimer ce que sa bouche taira à jamais. Fêlures secrètes et rage indomptée, séduction méprisante et vulnérabilité magnifiée ; elle est tout et son contraire sous les lumières de la scène.
Mais alors une fois que le rideau retombe, l’ensorceleuse se pare de son voile de glace qui la fonde à merveille dans le théâtre de la Venise slave. Nul ne saurait s'immiscer entre les craquelures pour en découvrir toute l'étendu; un interdit qu'elle défend avec véhémence. La Vedenine est une plante vénéneuse qui ferait autant un bel ornement à vos côtés qu'une épine létale si vous osiez vous y frotter. Figure emblématique de la Nuit, les rumeurs sont nombreuses à son sujet, les fabulations parfois tintées de vrais lui confèrent une réputation des plus sulfureuses. Un nom associé à l'une des plus grandes familles mafieuse du pays, des conquêtes éphémères qui nourrissent bien des ragots mais l'étoile de la décadence affiche farouchement son indépendance vis à vis de la gente masculine. On l'associe à bien des vices; mais qui saurait déceler le vrai du faux parmi ces histoires; après tout, c'est le personnage qu'elle s'est crée et dans lequel elle semble se complaire. Quand l'on évolue au milieu des ombres, il vaut mieux jouer le rôle et s'y tenir plutôt que laisser la fragilité de son humanité transparaitre. Kira Vedenine est une chimère de la nuit qui a apprit à se cacher derrière un rôle qui pourtant attire sur elle une attention à double tranchant. Elle le sait, elle le sent, cela pourrait bien se retourner contre elle .. et elle l'attend peut être inconsciemment.
Vampire Kontakte
Difficile d'ignorer les rumeurs qui circulent dans les soirées froides et brûlantes de l'ancienne Leningrad. Les danseuses du cabaret, ces pipelettes émoustillées d'un rien et qui fabulent à longueur de temps, les videurs et les gardes du corps parfois témoins de scènes étranges, inexplicables, tout ce personnel de la nuit qui effleure du bout des doigts une vérité impensable .. La Reine des nuits de la Neva ne pouvait être étrangère à tout cela. Le Voile est plus fin lorsque l'on est soi même une âme noctambule. Rien de tangible, rien de prouvé, des on dit à peine murmurés du bout des lèvres et qui font frissonner l'échine.. Le sentiment qu'une autre vérité est toute proche, une curiosité sans le moindre doute dangereuse qui palpite de plus en plus dans ses veines. Et puis un soir en rentrant dans sa loge, au dos d'une carte lovée discrètement au milieu de roses sang qu'on lui a offerte, une inscription; "Vampire Kontakte". Comme une invitation à rejoindre un monde secret qui lui fait des œillades discrètes depuis quelques temps. En s'inscrivant, elle a franchit un premier pas, guidée par un désir malsain qui la guide inconsciemment depuis toujours. Méfiante, elle sait combien les mondes souterrains de la nuit peuvent être un piège pour les jolies nymphes candides. Mais elle n'est pas une brebis égarée. Enfin, c'est ce qu'elle se plait à croire. Finalement, être une proie potentielle est peut être ce qui l'excite secrètement.
Son histoire
La destinée de la fleur de jade s’est tracée dans la violence avant même son premier cri. Un parrain russe comme père, une rejeton d’une des triades les plus importante de Pékin comme mère. Une union redoutable, une alliance stratégique et pourtant, pas uniquement. Nul doute qu’une passion sauvage est à l’origine de ce mariage autant source de profits que de tensions. C’est entre ces deux nations fortes que la petite a évolué, ayant grandit à Pékin, cette nouvelle alliance offrant une myriade d’opportunités au clan Vedenine à présent bien implanté dans la capitale céleste. Mais la mère patrie n’était jamais loin, Kira a passé beaucoup de temps en Russie, il était inconcevable pour son père que la Russie ait une place inférieure dans son cœur.

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Elle était rentrée tard ce soir là, comme toujours les journées étaient interminables à l’académie de danse de Pékin. Mais ces années sacrifiées au service de l’Art n’étaient pas vaines ; elle pourrait bientôt prétendre à intégrer le Ballet national de Chine. Une passion chronophage dans laquelle elle se perdait corps et âme. Une bonne douche, un petit remontant inspiré rapidement, et elle était prête à prolonger davantage encore sa journée au club que son petit ami tenait alors. Assise sur les genoux du maître des lieux, ce dernier laissait ses doigts vagabonder de sa nuque à sa hanche, ses serres agrippant par moment sa chair avec une nervosité palpable.

«  Tu travailles trop. »

Avait-il simplement déclaré froidement lorsqu’elle l’avait enfin rejoins, et depuis aucun mot n’était sorti d’entre ses lippes, il se contentait de parcourir avec possessivité ses courbes du bout des doigts. Des reproches, encore et toujours. Lorsqu’il ne s’agissait que de mots, les plaies n’étaient pas palpables. Mais il s’emportait bien souvent au-delà des paroles. Ce dragon sauvage la détruisait peu à peu et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de venir se lover entre ses griffes. Au delà de la froideur morbide de ses prunelles, Kira voyait bien d’autres choses dont elle s’était éprise bien plus que de raison. Des fragilités qui le rendait d’autant plus dangereux envers celle qu’il aurait volontiers enfermé à double tour pour se l’accaparer définitivement. Et en même temps, il représentait l’assurance, l’audace, l’éloquence qui forcent le respect et l’admiration. Subjuguée et terrifiée par celui qui était autant son bourreau que son amant, il était sa perte et pourtant elle ne pouvait que revenir sans cesse s’abreuver à sa source mortelle. De toute manière elle le savait ; malgré le statut de son père, si elle venait à le quitter il perdrait raison et la tuerait.
Et si cette emprise était puissante, viscérale, elle craquelait peu à peu. Les baisers et les plaisirs ne suffisaient plus à apaiser les plaies de l’âme et du corps. Il était son Enfer et son Paradis, mais ce dernier devenait de plus en plus amer.
L’amour devenait haine, l’empathie se muait en une rancœur qui pourrissait ses sentiments un peu plus chaque jour. Elle ne s’écrasait plus sous ses remontrances ; pire encore elle osait lui tenir tête, provoquer sa jalousie. Elle savait le mal qu’elle pouvait lui causer ; et tant pis pour les conséquences, elle refusait d’être seule à subir les affres de cette passion destructrice. Il avait la force, elle avait les mots. Et si une sexualité violente, frénétique suffisait parfois à apaiser momentanément l’ouragan, aucun ne ressortait jamais indemne de chaque tempête. Imaginer qu’ils puissent y survivre était un odieux mirage.

Ce soir là, Kira savait parfaitement où mènerait encore cette soirée. Il y avait en lui bien trop de tensions pour que les choses ne dégénèrent pas une fois de plus. Cette nuit, il l’avait prise avec une avidité encore plus prononcée, possédant sa frêle silhouette sans la moindre peur de la briser, comme une évidence ; elle était sienne et il agissait sans considérations, sa rage passionnelle dépassant le moindre sentiment de bienveillance. Ses deux mains encerclant sa gorge, il avait serré si fort que son souffle lui avait dangereusement manqué, sans qu’elle ne puisse l’arrêter. Et tandis que ses yeux avaient commencé à se fermer ; Kira avait entrevu sa fin.

Alors qu’il retombait à ses côtés après avoir jouit violemment, la jeune femme demeurait immobile, le regard perdu dans le vide. Les doigts de Tao effleurèrent le carmin de ses lèvres une dernière fois, dans un geste presque hésitant, avant qu’il ne se laisse happer par le sommeil. Alors elle parvint à laisser son regard glisser sur sa personne. Qu’il était beau, ainsi endormi. Enfin il semblait apaisé. Le sommeil était son salut. Ce qu’elle ne serait jamais, il fallait se rendre à l’évidence.

Ce fut ce soir là qu’elle lui offrit le sommeil éternel. Tandis qu’il dormait profondément après avoir abusé une ultime fois de ses chairs, elle s’était saisi de sa dague et l’avait planté en plein cœur. Une fois, deux fois, trois fois .. Puis un nombre incalculable de fois. Parce qu’il n’y avait aucune autre issue possible. C’était elle, ou c’était lui. Et elle avait encore toute une route à tracer avant de laisser la Mort l’emporter. Il ne devait être qu’une étape malheureuse de sa vie, pas la destination finale.

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Les sirènes retentissaient, concert assourdissant qui emplissait son crâne et lui donnait le vertige. Toute cette agitation autour d’elle et qu’elle ne comprenait pas. Et ce sang qui tachait la peau de porcelaine de Xiao Liu. Bien trop d’informations pour qu’elle puisse saisir ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux effarés. Soudain une main vient agripper son épaule, la tirant en arrière, la menant de force loin de ce spectacle macabre. C’était la guerre. Une guerre impitoyable qui avait été déclaré à Mikhaïl Vedenine en assassinant son épouse. Pékin serait mis à feu et à sang. Il voulu forcer Kira à quitter le pays ; elle refusa malgré les circonstances, ayant enfin intégré le prestigieux ballet national de Chine, elle ne céderait pas à la peur en abandonnant son rêve. On la pressentait pour devenir la nouvelle étoile ; elle avait déjà bien trop sacrifié pour renoncer à présent.
Être le fruit d’une telle union était une malédiction ; plus que jamais elle chercha à prendre ses distances avec ses origines pour tracer sa propre voie. La danse était sa destinée ; pas les balles et le sang. Il lui avait fallu se battre après une adolescence des plus tumultueuse pour s’accrocher à son rêve. Et si la perte de sa mère était une déchirure, elle ne se laisserait pas abattre. Elle avait été la seule à soutenir Kira dans sa passion ; elle serait l’étoile la plus scintillante pour elle.

Mais l’on ne peut échapper à ses racines. Le destin du clan demeurait étroitement lié au sien. Après des mois à envoyer des membres de chaque faction six pieds sous terre, la guerre semblait s’être calmée. A la suite de la mort de Xiao Liu, cela avait été un véritable carnage. A tel point que l’avenir de Kira au sein du ballet aurait pu en être compromis ; l’organisme craignait pour sa réputation avec une telle recrue dans ses rangs. Des craintes pourtant bien fondées puisqu’un soir, après une représentation qui avait été comme toujours un succès, tapis dans l’ombre un homme attendait la sortit de la danseuse de l’opéra. Fendant l’air au milieu de la foule, la balle s’était logée dans la jambe de la jeune femme. Erreur de tir ou non, l’ombre s’était immédiatement volatilisée sous les cris et l’agitation des badauds.

Tentative de meurtre ou sabotage, Kira voyait alors son rêve s’envoler. Non pas parce qu’elle ne pourrait plus danser ; ce n’était qu’une question de quelques mois tout au plus ; mais dès sa sortie de l’hôpital son père la jeta dans le premier vol pour la Russie. Elle devait bien s’y résoudre ; elle n’avait plus aucun avenir en Chine.

En avait-elle un ici ? Une chose était certaine ; la jeune femme ne demeurerait pas à terre. Tel le roseau qui plie sans se fendre, elle trouverait la force de se redresser. Elle fut envoyée à Saint Petersbourg, bien loin des conflits de l’est, dans cette ville où les Vedenine avait de nombreuses relations. Entre sa convalescence et l’acclimatation à cette nouvelle vie, Kira perdu de vue peu à peu le ballet. Elle entra dans une phase sombre de décadence, folle de rage contre sa famille, contre son père, contre l'univers tout entier. Elle voulait simplement voir le monde brûler sous ses yeux ; c’était alors elle qui se consumait. Jusqu’à ce qu’elle découvre le Purple Haze, cabaret en vogue de la Neva qui la charma complètement. L’endroit la subjugua par son charme presque suranné, ce vieux théâtre avait gardé son ancienne structure, ses colonnes de marbres, ses voûtes sculptées, son mobilier d’un autre temps, dans une atmosphère grandiose et éblouissante dans le hall principal, plus feutrée dans les salons privés. Le spectacle auquel elle assista était à la hauteur de ce lieu ; envoûtant et impressionnant. Les regards de la foule sur les danseuses étaient aussi avides que fascinés, un mélange de désir et d’admiration que la vedette du show suscitait tout particulièrement.

Cela lui avait apparu comme une évidence ; cet endroit serait sa résurrection. Elle se l’accaparerait, en deviendrait Reine. Dans cet établissement qui inspirait autant la démesure que le vice, elle scintillerait dans la nuit ; elle serait l’Etoile qu’on lui avait refusé d’être.
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She was like the moon , a part of her was always hidden
Et voilà pour le test RP. Il s'agit d'une mise en bouche. Tu rebondis dessus comme tu veux et n'en garde que ce qu'il te plaît ;) Et j'ai ajouté les accès à ton compte.

« Un festin de fauves. » C'est ce qui est gravé à l'or fin sur l'invitation. Pour être admis chaque invité a du faire un confortable virement en crypto sur un portefeuille anonyme. Forcément tout s'est passé sur V.K. Cet énigmatique réseau de rencontres partagé par une élite obscure. Quand à l'adresse exacte – et afin d'éviter les fuites – elle n'a été communiquée qu'au dernier moment.

Le Purple Haze, donc. Institution à l'érotisme suranné bien connu des noctambules de la Venise Nordique. Il faudra attendre le soir pour voir arriver les premières grosses berlines à chauffeurs en uniformes. Une à une et alors qu'il pleut sur l'horizon des toits, les voitures noires aux pots fumants, déversent leurs invités. Dress code chic et baroque. Chaque invité s'étant affublé d'un masque de fauve. Pumas, lions, panthères, loups... Une énigmatique procession de carnassiers en costumes qui défile entre les colonnes de l'établissement.

Direction le vieil ascenseur. Celui là même qui dans un style très art déco est encore manipulé par un groom. Pour l'occasion et afin d'assurer la plus grande tranquillité à ces invités aux goûts exigeants, la soirée se déroulera dans les sous sols du cabaret. Dans un ancien bunker construit par les soviétiques afin de se protéger des bombardements nazis lors du siège de Leningrad. Les murs y sont encore d'époque. Béton nu et néons à l'électricité grésillante.

Sauf que pour l'occasion on a redécoré l'endroit, de façon à le faire ressembler à un antique palais ducal. Contraste saisissant que ces divans byzantins alignés le long des tuyauteries rouillées. Que ce lustre de cristal véritable aux chandelles allumées qui pend d'un plafond austère. On a laissé les affiches de propagande. On a rajouté des toiles de maîtres du 19ème empruntées aux caves de l'Ermitage. C'est un véritable dédale. Un enchevêtrement de coursives, de vieux groupes électrogènes et de citernes d'essence. Cela doit communiquer avec les galeries du métro dont on entend parfois le lointain grondement souterrain.

Quand aux filles du cabaret, elles ont eu pour consigne de se grimer en animaux de proie. Douce mascarade de robes de dentelles et satins et de masques de gazelles, de biches, ou encore de lapines et autres hermines.

Il fait frais d'ailleurs dans le bunker aux épaisses portes anti-souffle. Humide même, après tout St Petersbourg est construite sur un marécage. Pourtant, cela ne semble pas déranger les invités. Ceux là mêmes dont les yeux luisent de façon menaçante entre les interstices de leurs masques affûtés. Pour le moment ils se bercent bercer des accords plaintifs presque funèbres d'une sonate de Rostropovich. Mais il ne fait aucun doute que sous le glaçage feutré de leurs manières couvent des feux aussi ardents qu'antiques.

D'ailleurs voilà que l'orchestre au centre de ce qui devait le poste de commandement (il y a toujours une TSF d'époque) s'est tu. Juste le silence et cette dernière note de violon qui s'étire et résonne. Debout sur son estrade, avec son masque de renard, le chef d'orchestre se tourne alors vers les invités et déclame froidement.

« -Messieurs ! Que la chasse commence. A l'Hallali ! » A l'hallali ! C'est ce cri qu'hurlent les meneurs de meute lors d'une chasse à cours. C'est cette sonnerie de chasse que reprennent en cœur les cors de l'orchestre. L'écho dans un espace si petit est assourdissant. Tremblantes les danseuses les plus jeunes se regardent. Comme jadis les habitants du quartier terrés les uns contre les autres écoutaient avec anxiété les bombes allemandes fracasser la ville.
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Voilà, enfin.. ! C'est plus une entrée en matière qu'autre chose, alors j'espère que ça fera l'affaire ! (;

En coulisse, l'effervescence était à son comble; les jolies nymphes du Purple Haze finissaient de se préparer, apportaient la dernière touche pour parfaire leurs toilettes. Le tout dans une atmosphère d'anxiété plus que palpable. Fébriles, beaucoup n'avaient encore jamais assistés à une soirée de ce genre; une soirée organisée sur V. K., mais toutes en avaient entendu bien des rumeurs. Ce n'était pas forcément une habitude du cabaret; d'autres établissements à l'image de marque moins sophistiquée y étaient bien plus coutumiers. Mais au vu des tenues que l'on avait préparés pour les danseuses, l'ambiance ce soir serait un mélange d'élégance, de mystère et de sensualité exacerbée. Les loges de ces jeunes femmes était devenu un dédale de soies, de dentelles, de talons hauts, de lingerie luxueuse et affriolante. Chacune avec un joli masque tout aussi surprenant que peu habituel.

Kira avait compris l'enjeu de la soirée à l'instant où son masque lui avait été donné; il se détachait des autres par ses détails et une certaine extravagance, participant à une certaine mise en lumière de la vedette des lieux. Mais surtout, il s'agissait d'une représentation de renne nordique, et à l'image du bestiaire destiné aux danseuses; c'était avant tout un animal relativement inoffensif. Pas de jolies tigresses ou de louve enragée ce soir. Pas de panthère impétueuse ou de lionne fière. Pas même pour Kira qui n'était pourtant pas un personnage à inspirer la faiblesse, il était naturel pour le commun des mortels de l'associer à une créature féline et prédatrice.

Elle se voyait ce soir reléguée à un rang qui ne lui inspirait rien de bon, rien de souhaitable. Elle sentait une menace silencieuse planer au dessus d'elle, alors même que la soirée n'avait pas commencé. Et pourtant, n'était-ce pas elle qui s'était récemment inscrite sur V.K ? L'occasion d'en découvrir plus sur ce monde souterrain qui lui lançait d’indécentes œillades depuis son arrivée à St Pétersbourg. Mais un pressentiment venait l'envahir; certaines vérités étaient sans doute bien trop dangereuses. Elle ne pourrait pourtant pas éternellement s'en préserver; pas avec la vie qu'elle menait, pas avec l'attention qu'elle attirait autour d'elle, pas avec ce titre sans doute surfait et qu'elle défendait pourtant avec hargne. Reine des Nuits de la Neva; elle devait apprendre à tirer son épingle du jeu lors de soirée comme celle-ci; et briller aussi fort que possible pour tout irradier autour d'elle, tel un halo protecteur qui lui ferait traverser la nuit.

Mettant en place ce stupide masque qu'elle déteste déjà, la métisse retrouve es consœurs pour rejoindre la soirée. Une délicieuse ribambelle de jeunes naïades peu vêtues, lingeries élégantes plus ou moins recouvertes de tissus. Vont-elles devoir danser ? Même Kira ne sait pas exactement ce que l'on attend d'elles ce soir et cela éveille toute sa méfiance. Si certaines de ses collègues sont aussi escorts, ce n'est pas le cas de toutes et certainement pas de Kira qui peste déjà intérieurement contre son patron. Si cette soirée doit être un fiasco, il va l'entendre, c'est certain. Elle ne s'est déjà privé de l'affronter, de le confronter, travaillant suffisamment dur au sein de son établissement pour prouver sa valeur; une question purement marchande mais qui lui donnait une crédibilité certaine. Se séparer de sa danseuse vedette serait un très mauvais calcul et l'homme avait bien trop le sens des affaires pour risquer de perdre celle qui faisait une vitrine parfaite pour son établissement.

Un frisson strie l'échine de la chinoise tandis qu'elle pénètre dans le sous-sol, la faute à cette fraicheur, sans doute. Bien vite, elle comprend le jeu qui se joue ce soir, tout est bien trop explicite. La chasse est ouverte et elles en sont les proies. Les gazelles apeurées s'observent, pétries de peur. Un instant Kira demeure immobile, cherchant une issue pour se réapproprier la situation, sortir de ce rôle grotesque qu'on lui a assigné pour la nuit.

Alors elle prend les devants. Se réapproprie la situation et l'espace. Elle passe entre les danseuses qui s'écartent pour lui laisser la voie, et s'élance sur une des estrades installée. C'est une danseuse; une artiste et une tentatrice. Une muse et non une vulgaire "proie"; elle laisse cela aux timorées, à celles qui manquent d'audace et de talent. S'il faut danser jusqu'à épuisement pour survivre au crépuscule; alors ainsi soit-il. Kira a un titre à défendre, après tout.

L'orchestre s'est immédiatement mis à l'accompagner, tandis qu'une lumière chaude tombe en cascade sur sa silhouette. Se réfugier sous les projecteurs, une stratégie paradoxale. Mais lorsque la fuite n'est pas possible; alors il ne reste que l'action. A sa manière, Kira passe à l'attaque, s'approprie ce public qui la dévore littéralement du regard. Cette avidité sur sa personne, elle en joue, l'attise, plus que de raison. Mais c'est une chose qu'elle maitrise et ainsi, elle s'octroie l'illusion d'un certain contrôle sur la situation. Un sentiment aussi faux que malgré tout .. rassurant.

Sur scène, elle a une vision d'ensemble de la soirée. Discrets et pourtant présents, les vigiles du cabaret, dont deux qui ne semblent pas la quitter du regard. Tant mieux. Plus loin, sur l'une des méridiennes romaines, une danseuse surplombé d'un homme à masque de renard, manipulée telle une poupée de chiffon, d'ailleurs semble t-elle plus ou moins inanimée, ou simplement droguée. Non loin de là sur d'autres divans, une meute de loups et de guépards se partagent une douce lapine dont Kira devine d'ici la fourrure tachée de sang. Un autre frisson secoue se silhouette. Elle en a vu, la belle Kira, au cours de sa pourtant courte existence. Des actes barbares, des gestes d'une perversité éhontée, des prostituées traitées comme de simples amas de chairs. Mais ce qu'elle apercevait ce soir ne ressemblait à rien d'autre et elle n'était pas certaine de ce à quoi elle était en train d'assister. Fabuler n'était pas dans ses habitudes, mais nier la réalité encore moins. Et le monde secret qui s'ouvrait à elle lui apparaissait aussi mystérieux qu'imprévisible, une vérité qui la dépassait et de loin. Qui était-elle pour survivre dans ces eaux infestées de requin ?

Elle était la fierté incarnée dans une rage iridescente. Elle était la volupté qui mouvait en subtiles volutes, ses bras, ses jambes semblaient d'une légèreté aérienne, tandis que ses yeux méprisaient la salle. Le dédain plutôt que le doute, la rage plutôt que la peur, la séduction pour maitriser son pouvoir d'attraction et non en être victime. C'était la seule issue et quand bien même ce n'en était pas véritablement une; Kira se battait avec les armes à sa disposition.

Mais il faut bien marquer une pause. Et la jeune femme finit par quitter son piédestal. Recouvrant partiellement sa silhouette d'un long kimono en dentelle, elle se dirige en direction du comptoir installé pour l'occasion, ignorant soigneusement les regards glissant sur sa personne. Une main vient l'arrêter, attrapant son poignet avec une fermeté certaine bien que sans brutalité aucune.

" Octroie toi un peu dé répit, Kira. Voyons .. tu n'as pas à rester autant sur tes gardes.. "

La belle se retourne et reconnait malgré le masque le maitre des lieux. Un sourire satisfaisait esquisse un instant ses lèvres. Un certain soulagement s'empare alors d'elle, sans qu'elle ne veuille le montrer et pourtant tout ses muscles se sont relâchés. Il tient trop à ce qu'elle représente pour son business pour la jeter en pâture à ses invités. Quelques instants plus tard, la danseuse est assise à ses côtés, entourée de bien des masques carnassiers, une vodka entre ses doigts fins.

" Si ce genre de soirée doivent se répéter, sans doute va t-il falloir envisager une prime de risque, monsieur Vasilyev .. " glisse t-elle d'une voix doucereuse et teintée de menace.

Un léger rire cristallin s'échappe d'entre ses lèvres, accompagnés par son interlocuteur. S'approprier une situation, un quotidien hors norme, le normaliser ainsi, le banaliser. Le faire pleinement sien. Apprendre à danser dans ces eaux troubles, à se camoufler parmi les prédateurs; une illusion qui ne trompe en vérité personne et pourtant; demain Kira verra le jour se lever sur la Neva. Un privilège dont serons privées bien de jeunes âmes dans les tréfonds du Purple Haze.
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She was like the moon , a part of her was always hidden
Petite féline aux griffes de satin qui relance le forum ! Content de t'accueillir et de te valider !

Jolie fiche où l'on sent que la personnage se construit autour d'un passé riche sur lequel on pourra greffer des intrigues entre triades, mafias et clans familiaux.

J'ai aimé cette sensualité vénéneuse qu'elle dégage. Trouble orient aux accents shibariques :)

Et joli déroulé du test. Tout en subtilité où elle échappe au carnage en jouant de ses charmes.

Validée officiellement !

Je te laisse farfouiller un peu ! Et on se cale ce RP quand tu veux :danse:
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