Éclipse - En cours

#1
Éclipse

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"Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas."

Fiche d'identité
NOM COMPLET DU PERSONNAGE :

Appelez-la Aurore. Nommez-le Crépuscule. Et encore Solstice, Équinoxe, Astrolâtre, Nébuleuse ou Prisme même, pourquoi pas… Il-Elle les accepte tous ; mais Éclipse, de par son caractère exceptionnel et éphémère, est sans doute celui qui l’illustre le mieux.

AGE :

Il dira deux jours. Elle dira un demi-siècle. Hier. À l’instant. La vérité, c’est qu’Éclipse n’en sait rien : sa naissance, pour lui, remonte à son apparition sur les berges du Fleuve, puisque tout ce qui vint avant n’a laissé, en apparence du moins, aucune trace sur son esprit. Son corps physique, fragile et miraculeux, peut être daté de vingt années comme de quarante. Son âge réel se situe sans doute entre les deux.

ASCENDANCE, FACTION et RÔLE :

Elle est Atout : trophée de sa faction, aberration hors lignage, générée par les entrailles secrètes de la Ville. Héritier sans royaume, princesse d’un monde qui ne se gouverne pas. En un sens au sommet, et pas assez pourtant, puisque les étoiles, celles de la cité comme celles du cosmos, restent hors de sa portée. Pour le moment.
Il est Opale : et serait incapable de le cacher, même s’il le voulait.
Elle est Oracle : au sens premier. Le signe qu’il faut lire, le présage à déchiffrer. Le prodige et le monstre. Il ne lui appartient pas d’écrire les destins et d’annoncer les catastrophes à venir, mais il est la carte et l’outil de mesure qui serviront à les prédire, pour peu qu’on l’utilise à cet escient.
Eveil et Magie


Forme-t-on à nager l’enfant dans le ventre de sa mère ? Quelle plante s’exerce avant d’accomplir sa photosynthèse ? Ce sont là des choses vitales, intrinsèques : il en est de même pour Eclipse et sa magie. S’il s’est Eveillé, c’est avant tout par nécessité – celle de comprendre et de gérer le pouvoir que son enveloppe abrite.

Nombreuses sont les guerres que se mènent les astres et les corps célestes : silencieuses et formidables pour qui les observe d’en bas, mais terribles et abrasives lorsque, comme Eclipse, on les vit de l’intérieur. Car tel est sa nature : celle du reflet, du miroir et du prisme, celle d’illustrer, dans la chair et l’aspect, les querelles des étoiles et le reflux des vents solaires. De mettre à portée de compas et d’empan les plus lointaines constellations, sur la carte sans cesse changeante de son corps.

Mais un miroir, en vérité, a toujours deux reflets.

Et à l’opposé des étoiles, il y a la terre et le fer, la glaise et le sang, le coeur empoissé, palpitant, de la Ville. Avec ses tours comme des vaisseaux, l’astérisme de ses quartiers, les comètes passagères de ses gloires et de ses crimes. Ses étoiles premières, aussi. Au nombre de Neuf, qui mènent leurs propres combats. Et si Eclipse, au faîte de son cycle personnel, illustre sur son corps les victoires et les défaites des cieux, il se peut fort qu’à l’opposé, au pôle adverse, elle soit capable d’annoncer celles d’en bas aussi.

Qu’en est-il du cycle, alors ? Eclipse change – Eclipse n’a pas le choix, car ce qu’il reflète est un monde en mouvement, en constante métamorphose. On aurait tort de penser que son pouvoir se résume à subir. Non ; le pilier de sa puissance est ailleurs.

Le prodige est dans l’arrêt. Qu’il s’agisse du temps, du réel, ou de l’incertitude, tout miracle commence toujours par une suspension. Voilà de quoi l’Atout est capable : pas d’arrêter les fluctuations du ciel ou de la Ville – si seulement ! Mais, au moins, de fixer pour un temps celles de son corps. Forcer l’arrêt du cycle, ou le provoquer jusqu’à révéler une facette spécifique, un reflet demandé – en haut, ou en bas. Car il est bien plus simple de lire une carte dont les mesures et annotations ne changent pas. De relever le résultat d’un baromètre arrêté.

Pour cela, Eclipse dispose d’un petit sac d’osselets dont elle ne se sépare jamais. Des jetons étranges, de forme et de nature très variables, allant de la figurine irrégulière et grossière en nacre noire jusqu’à l’ennéaèdre impossible, le dé à neuf faces, taillé dans de l’obsidienne blanche. Chacun d’entre eux, d’après l’Atout, représente une étape du cycle. Et chacun d’entre eux est son catalyseur.

Description
Mon corps est une corde qui vibre entre deux royaumes. - Elend


La physionomie d’Eclipse n’attire que peu la sympathie, et plus rarement encore le désir. Car elle mute, constamment. C’est flou et incertain, comme ces sphères armillaires qu’on croit immobiles au premier regard, avant de s’apercevoir de leur lente révolution. Et c’est exactement ce qui se produit, dans le corps et la chair, et peut-être dans l’âme, aussi. Un cycle et une rotation, une métamorphose perpétuelle ; une oscillation dirait-on, entre deux pôles rarement atteints. Au pinacle, elle est cet homme aux pommettes anguleuses et au regard infiniment doux, contemplatif et solaire. Dans la chute, il est une femme ombrageuse et digne, pourvue d’une mâchoire forte et d’une voix âpre comme un vent noir. Le plus souvent cependant, Eclipse évolue entre les deux. Et subit, avec un détachement consommé, le pouvoir qui sculpte sa personne au gré des tempêtes cosmiques.

En sus de cette transformation, il faut noter les ombres, les éclairs, qui traversent parfois sa carnation naturellement pâle, et semblent alors la remplir de couleurs et de motifs fugitifs – comme de la fumée dans de l’eau. Il suffit alors d’une poignée de secondes pour que sa peau passe de la teinte du lait à celle de l’encre, et autant de temps pour que cette ténèbre en soit lavée.

Ce qui demeure : la stature délicate, le timbre bas et vibrant, hérité d’une longue habitude des murmures. La taille haute et le maintien droit. Le nez un peu busqué, les traits plutôt fins, les yeux très intenses et très clairs – les seuls qui ne changent pas. La coutume de masquer son physique dérangeant sous des strates et des strates d’étoffes qui font parfois plier ses épaules, et ce voile de perles et de tulle couvrant ses cheveux noirs, souvent tiré entre sa face et le monde.

Ce qui demeure encore : la souffrance. Tue et cachée, mais devinée parfois, pour qui y prête attention – pour qui s’intéresse non à l’instrument de mesure, mais à l’être qui s’en fait support. De tels flux et reflux ne se vivent pas sans douleur, et pour supporter une telle douleur, il n’est pas de meilleur remède que le détachement. En cela, l’Atout excelle. S’est fait du stoïcisme un habit, et du rêve un refuge. Le regard qu’elle porte sur le monde est celui d’un ermite ou d’un fou apaisé : la vie est une succession d’harmonies plus ou moins heureuses, de catastrophes plus ou moins attendues, mais des unes comme des autres, lui-même est absent. En retrait. Hors de. Si son aspect peut fasciner ou faire frémir, son manque d’empathie, lui, est glaçant. Après tout, qu’attendre de plus d’une créature incapable d’habiter sa propre peau, illustration vivante de conflits qui la dépasse, et dont la seule identité revendiquée n’est autre que celle-ci – un outil ?

Il faut oublier, alors, la solitude imposée dans les grandes chambres de verre, les griffures marquant la peau ça et là comme autant de tentatives pour fixer ce qui ne peut pas l’être ; se durcir au feu froid des étoiles, et s’armer de patience jusqu’au moment où tous les cycles concorderont : les cieux, la Ville, l’Eclipse. La Grande Correspondance, qui verra, pense-t-il, son accomplissement. Son ascension.

Dans l’attente d’être roi, l’Atout est outil, tait ses faiblesses et ses doutes. Mieux vaut être adorée comme une merveille, plutôt que moqué comme un monstre.

La Ville et ses Seuils
Famille et Histoire

Ce qui était à nous fut aussitôt perdu ;
Ce qui était perdu fut aussitôt retrouvé.

Deux genoux campés, comme les nœuds de deux jeunes arbres blancs, viennent d’entrer dans son champ de vision. Deux genoux fins - bien qu’un peu cagneux – pour des cuisses pâles soulignées par la frange d’une jupe aux couleurs trop vives. Deux genoux d’un rose très délicat et très doux, comme les joues d’un nourrisson. Et puis, l’odeur : une odeur de nuit triste, de sexe et de tabac froid, mal camouflée sous la fragrance d’un parfum bon marché, sucré jusqu’à l’écoeurement.

« Qu’est-ce que tu fiches ? C’est notre coin, ici, alors vire de là, okay ? »

Il consent à relever les yeux. De l’eau coule sur son visage. Il pleut, ou alors il a plu, se dit-il ; pourtant, les cheveux de la fille sont parfaitement secs. Elle a une jolie bouche, note-t-il encore : rouge comme une blessure. Mais cette grimace qui lui tord les lèvres – entre dégoût et dédain – lui plaît déjà beaucoup moins.

Une consœur l’a rejointe, aussi blonde que la première est brune, et toutes deux s’échangent des regards, de petites boutades amusées. Leur œil moqueur passe sur la robe déchirée qui l’habille, lui. Sur sa personne trempée, ses pieds nus qui foulent la glaise du bas-côté. Désorienté, il laisse faire, se tient coi. Sursaute à peine aux feux clairs qui passent en rugissant sur la voie rapide toute proche. Goguenardes, les filles le scrutent. Le bruit de la circulation couvre en partie leurs remarques et leurs rires, leurs murmures interrogateurs.

« C’est quoi, ça ?
- Cherche pas, sûrement une autre tarée qui s’est paumée.
- Une, t’es sûre ? Plutôt un trav, non ?
- J’sais pas, tu veux vérifier ? Vu comme elle plane, je te parie qu’elle laisserait faire.
- Vrai qu’elle a l’air complètement perchée. »


Perchée. Il tique. Son regard part sur la gauche, au-delà des taillis secs de fougères et de ronces ; vers le grand bruissement des bois dévorés par le bleu de la nuit, et vers la nuit elle-même, enfin. Une pollution épaisse et orangée couvre le bas du ciel. Sur cette voûte ternie, clouées comme des insectes, luisent des étoiles dépossédées de leur éclat.

« Pas perché, non. Abîmé. » Murmure-t-il.

Et du mauvais côté.

Cette soudaine réalisation le secoue tout entier. Confusément, il se souvient : il cherchait quelque chose – quelque chose qu’on lui a enlevé, ou qu’il a perdu. Quelque chose de vital. Son corps se remet en mouvement, un peu malgré lui, pressé par une urgence qu’il comprend mal ; pour se heurter presque aussitôt à une poigne dure et à un reniflement vulgaire.

« Vu que t’as l’air de savoir causer et de capter ce qu’on dit, chérie, je vais me répéter. Bouge. Jarte. C’est notre territoire et t’es pas la bienvenue.
- Le fleuve,
balbutie-t-il. Je dois trouver le fleuve.
- Le fleuve, hein ? »


La main qui le retenait, soudain, relâche sa prise et le repousse, sans ménagement, vers l’arrière du talus. Ses pieds glissent et dérapent dans la terre molle, son corps bascule. L’instant d’après, c’est une fulgurance douloureuse qui traverse son dos quand il se reçoit, sans douceur et dans une laide éclaboussure, au creux d’un ruisselet gluant.

« Bah le voilà, ton fleuve ! »

Les rires fusent comme des poignards, comme des éclats de verre. Les rires sont souvent l’annonce de pire, alors il lève les mains devant son visage, prêt à se protéger ; mais l’hilarité s’éteint, s’étrangle sur un murmure, sur une rumeur perplexe.

« Attends. Y’a un truc par terre. »

Le truc, c’est une brillance saugrenue au milieu de la boue remuée par sa chute. Un éclat, très petit mais très vif, que la fille à l’oeil de pie a eu tôt fait de remarquer. Elle se penche, allonge le bras, et lève devant son visage émerveillé la minuscule trouvaille. Un dé à la forme étrange, aux facettes lisses et étincelantes comme du diamant, qu’aucune marque ni aucun chiffre ne sont venues défigurer. Un solide à neuf faces – ce que son petit esprit peine à assimiler, et qui lui tire un long frisson.

Un autre frisson, mais d’une nature bien différente, le secoue – lui - quand il consent à baisser les bras pour regarder à son tour. Une émotion puissante et confuse, à mi-chemin entre appréhension et joie. De la fébrilité.

Il se relève. La fermeté rauque de sa voix le surprend, étrangère.

« C’est à moi. »

La fille retrousse les lèvres en ricanant. Cartésien et pragmatique, son jugement a balayé la crainte révérencieuse qui l’a saisie d’abord, pour laisser place à la convoitise. Tout ce qui brille est précieux. Tout ce qui est précieux se vend cher. Assez, sans doute, pour s’épargner le labeur d’une poignée de passes et de nouvelles mains sur son corps usé.

« Bah tiens. Reste où t’es.
- C’est à moi. Rends-le moi. »


Debout, il chancelle. Elle recule. Il bascule, mais pas en arrière, cette fois. Sa main, fermée en poing, fuse avec violence, atteint la chair blême et maquillée d’une joue de femme, cogne la barrière nacrée des dents. L’horreur de son propre geste le submerge aussitôt. Une vague de dégoût monte de sa gorge à ses lèvres, comme un phlegme corrosif et froid – et il comprend, instinctivement, qu’il vient d’aller contre sa nature. Qu’il n’aurait pas dû.

« Désolé, qu’il marmonne – ses ongles paniqués fouillent la paume de la fille qui se débat, forcent et creusent les phalanges qui se rétractent jusqu’à ce qu’elle cède, enfin.  C’est à moi. Je… Il faut… Je suis obligé.
- Putain de merde ! La blonde hurle, haineuse et effrayée, bien qu’hésitante encore à voler au secours de sa camarade. Tu la lâches ! Tu la lâches tout de suite ou – ou je te plante ! »

Ses propres cris la cassent en deux, couvrent de leur stridence le beuglement des voitures. Tout ce vacarme chaotique ne fait que précipiter son affolement à lui ; et peu importe que la fille bluffe ou non, il ne souhaite pas vérifier si ce qu’elle s’apprête à tirer de son sac à main est bel et bien un surin, ou pire encore. Il détale. Le dos giflé d’insultes – Pervers ! Salope ! - mais la main convulsivement serrée sur son bien le plus précieux, il s’enfuit. Sous la plante de ses pieds, le ventre du ruisseau éclate en longues gerbes noires, de plus en plus épaisses, de plus en plus mouillées – le filet d’eau croupie s’est fait rivière pendant sa course, au point de lui monter à mi-mollets et de gonfler les pans déchirés de sa robe. Après les mollets, ce sont les cuisses, et les hanches et les côtes, et les épaules enfin, qu’elle oppresse de son cerceau glacial.
Quand il bascule, étourdi et épuisé, c’est au beau milieu d’un fleuve grondant, enveloppé de ses tissus comme les voiles d’un navire échoué, comme le linceul d’une Ophélie macabre. Sa dernière pensée est pour la forêt qui l’environne, arche de ténèbres penchée sur lui, et pour l’eau qui pénètre sa bouche – saveur de métal et d’étoile noyée.

Il sombre.


(...)

RP introductif

Re: Éclipse - En cours

#2
Ah une Éclipse!

Fascinante, mystérieuse et étrange. Une espèce de dualité entre sa nature d'outil organique, mâle et femelle, magies et rouages, Astre et Ville. L'idée de ce changement continu, ce cycle en éclipses dans sa chair, est simplement exquise avec un décalage habilement écrit. La prose poétique est belle et se lit avec douceur et sans accros.

J'aime la tourmente dissociée de son psyché par une identité fracassée! Ça me donne envie de te voir l'exploiter, la découvrir et comprendre les évolutions de ce personnage dans toute sa complexité. Derrière la façade.

Bonne chance pour la suite mon cher, mais surtout la bienvenue dans la Ville et son Opale!
À bientôt en Rps :you:
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Re: Éclipse - En cours

#5
Coucou !

J'aime beaucoup beaucoup, comme je te l'avais dit sur le chat, l'idée de base est tellement chouette ! Et là de ce que j'ai lu c'est juste wouah ! Ca donne tellement envie de te suivre, de voir comment tu vas jouer ça, et puis encore plus de jouer avec toi du coup !

Re: Éclipse - En cours

#6
Bienvenue à toi !

Je crois qu'on tous des thématiques de prédilections :pur:

Eclipse a quelque chose d'angélique, d'éthéré. De très détaché.

L'écriture est toujours aussi impressionnante. Avec cette alternance des genres suivant les phrases qui nous déroute complètement.

Bon courage pour la suite, je t'ai donné les accès au reste du fof' !

Re: Éclipse - En cours

#8
Après quelques temps d'attente, me voilà enfin sur ta fiche !

Globalement, j'aime beaucoup cette idée d'Oracle dépité, mais pas trop (c'est qu'iel a des ambitions, mine de rien ! :P ).

Également, je sais pas si c'est voulu, mais ton personnage me fait beaucoup pensé notamment a Hécate dans la Saga de l'Alchimiste Immortel (je sais plus exactement le titre, mais c'était des bouquins avec Nicolas Flammel en héros principal notamment) pour le côté changement de personnalité et aussi du coup à l'Oracle Bauharim dans la Forteresse de la Perle, une des nombreuses nouvelles du Cycle d'Elric. Ce sont deux œuvres que j'aime beaucoup, et j'aime bien le fait de les retrouver sous certains aspects a travers ton personnage.

En tout cas tu as réussi a piqué ma curiosité Mister ! J'attends avec impatience ta validation pour te gratter un RP, je pense que nos deux persos pourront avoir une relation très cool ! :ayy:

Re: Éclipse - En cours

#10
Sous la plante de ses pieds, le ventre du ruisseau éclate en longues gerbes noires, de plus en plus épaisses, de plus en plus mouillées
Moi j'aime bien !

Et je pense qu'il ne faut pas se prendre la tête sur la fiche ! L'important c'est le RP et ce qui se construit derrière :question: Une fiche ça se bacle en une ou deux soirées :face:
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