Hann hvelpi þeim er ór helju kom,


Ce forum est tout entier consacré à la création de personnages. Consignes pour vos fiches, conseils, mais aussi registre des avatars.


Messagepar Kobalt Sondarsen » 17 Avr 2018, 23:00

Kobalt Sondarsen


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Fiche d'identité


NOM COMPLET DU PERSONNAGE : Kobalt Sondarsen

AGE : 29 ans

ASCENDANCE, FACTION et RÔLE : à venir lors de son installation définitive en Ville. Il se dirige vers la Faction Émeraude, et scander un rythme sur un spectacle populaire correspond à sa définition d'une bonne soirée. De là à en faire un métier... bah, pourquoi pas ?

Eveil et Magie


Guerrier de formation, Kobalt n'aime pas la guerre. Il aime les aventures dans lesquelles elle l'a entraîné, les paysages qu'elle lui a fait découvrir, les personnes qu'elle lui a fait connaître, amis ou ennemis. C'était la force créatrice de son ancienne existence, mais s'il peut déposer l'épée et ne plus jamais la reprendre, il préfère. C'est au fond quelqu'un de paisible et de contemplatif, qui aime profiter des moindres petits détails, se connecter avec ses sens les plus simples, s'étendre dans l'herbe et fermer les yeux pour se brancher à la terre. 
Et la présence de son amie Karlhia est importante pour ce processus, car ils forment une meute à eux deux et se répondent sur le plan de l'instinct ; ils éprouvent ces sensations brutes ensemble, c'est ce qui les assure qu'il ne s'agit pas d'un délire.

C'était particulièrement important dans le Réel, où peu d'autres personnes suivaient leurs raisonnements. Ils étaient des fous là-bas, des marginaux, même dans leur groupe de mercenaires et d'aventuriers. Ils ont perdu l'habitude d'essayer de communiquer ou de s'intégrer ; en revanche, Kobalt a développé un sens de la scène qui supplée chez lui à la capacité de se faire comprendre, et de témoigner sa compréhension. 
Longtemps avant d'arriver en Ville et de découvrir ses capacités magiques, il était un cracheur d'acide et on l'appréciait pour ça. Certains étaient choqués par sa tendance à rentrer dans le lard de ses interlocuteurs, et à leur tailler en quelques remarques un costard sur mesure, comme on dit dans son nouvel univers - il connaissait fort bien le lard mais n'avait aucune idée de ce qu'était un costard.

C'est enfin quelqu'un qui a recherché toute sa vie un monde dans lequel il aurait sa place, et à qui accorder sa fidélité, à la fois profonde à l'état de potentiel, mais exclusive dans son déclenchement. Avec son amie, il a formé ce qu'il définit comme une meute de chiens sauvages, et il ne sait pas encore à quel point cette plaisanterie est fondée.

Description


Le corps de Kobalt Sondarsen n'est pas taillé pour le plaisir, il est marqué par l'exercice. Marcher et naviguer avec le poids d'une armure et d'un paquetage sur le dos. Frapper dur et emporter lourd. Arpenter lande, forêt, rochers et neige d'un même pas rapide, toujours en chasse. Sa musculature et son ossature sont autant de déformations professionnelles. Il n'a jamais aimé la guerre, mais il y a toujours vécu ; en changeant de monde, il a eu le sentiment de rentrer chez lui, et son activité physique en sera altérée, il en est conscient sans vraiment savoir pourquoi. Une sorte d'ascétisme apaisé l'attire, dont il n'a jamais eu le loisir. Respirer des parfums plutôt que se remplir la panse en hâte. Cheveux et barbe sont également une marque de son mode de vie, ainsi que les tatouages qu'il porte ça et là au long de ses bras, certains plus importants que d'autres. Certains "magiques", prétendaient les sorcières, d'autres simples bijoux taillés à même son cuir.

Il a toujours été double. Ceux qu'il aime, et ils ont été quelques-uns, malgré une vie qui cherchait à l'en détacher systématiquement, il les entraîne dans son rêve. Les autres n'ont droit qu'à une causticité mordante. Ce sont deux personnages de théâtre populaire qu'il joue dans l'un ou l'autre cas, et il ne saurait dire lequel correspond à sa nature la plus profonde ; il estime que les deux sont tout aussi valables. Hallucinations oniriques et rivages de féérie pour les uns, érosion critique et brûlures impitoyables pour les autres, et tout dépend d'eux, de la posture qu'ils adoptent à son égard. Car Kobalt, mauvais guerrier bien que spectaculaire escrimeur, ne demande qu'à aimer. Combien de fois a-t-il secouru quelque blessé sur le champ de bataille, sans le connaître, sans pouvoir même distinguer ses traits à travers le sang, pour ensuite détourner le regard avec quelque blasphème acerbe tandis qu'on venait achever le captif pour pouvoir reprendre la route, selon le rite consacré... Il porte en lui ces morts, ces amitiés manquées, et il ne pardonne pas. Chaque fois qu'il fait la fête avec des inconnus de passage, c'est en leur honneur.

Tactile, il aime mordre, agripper, étreindre. Les mains permettent de parler quand les bouches se taisent, elles sculptent chaque instant d'une relation. Il aime seconder, compléter, se comprendre d'un coup d'oeil, tomber en osmose, pour le temps d'un spectacle ou d'une chasse ; il aime Karlhia. Femme en marche parmi les guerriers, elle a bâti sa propre légende à la force de son bras, et il l'admire comme une reine. Femme à l'horizon de sa vie privé de mère, en quête d'origines, elle le rassure et le maintient en équilibre par sa présence. Il ne professe pas à son égard les échos d'agression, de possession, que les hommes des raids adressaient généralement à ces créatures à mamelles, qu'elles les reçoivent en riant ou en hurlant. Il s'agenouillerait à ses pieds sans ressentir aucune humiliation. Elle est son clan à elle toute seule, sa patrie bohème, sa mémoire errante.

Leur duo fonctionne dans la paix comme dans la guerre, soudés face aux regards qui interrogent leurs physiques inattendus, comme une troupe de monstres de cirque liés par un sentiment de solitude au milieu des foules. Il n'est pas malheureux ; mais même un homme heureux a besoin de se sentir chez lui et en sécurité, et il lui jette souvent des regards, ou aux colifichets qu'ils partagent, attaché à l'existence de cette compagne de voyage même lorsqu'elle est au loin. Il est son enfant et son père, ils dorment ensemble sous la peau de fourrure, et rien n'a jamais été dit sur le lien qui les unit ; ni entre eux, ni aux autres, qui estiment simplement que c'est un couple.

La Ville et ses Seuils


Sans le savoir, depuis toujours, Kobalt cherchait à franchir un Seuil et à rejoindre la Ville. Il était à la recherche d'une femme bleue, mais c'était lui-même qu'il s'efforçait de saisir, et au final, il y est parvenu le jour où il a opté pour un passage qui conduisait à la faction Emeraude. Avant cela, il avait traversé son univers connu, par bateau et à pied, à travers des contrées barbares et parfois à la pointe de l'épée, nomade porté par son rêve d'accomplissement, pour arriver dans une grande ville dont il avait entendu parler et qui lui évoquait une image comparable ; une fois sur place, il avait été déçu. Ce n'était pas le cadre qu'il cherchait, c'était son atmosphère, ce qu'elle ferait de lui, l'effet qu'elle aurait sur lui. Il avait envie d'évoluer, de se recréer. 

Aujourd'hui, il sent que des changements s'opèrent dans son organisme et sa pensée. Il tire sa force de ce qui était autrefois un handicap mental sévère, chronique et incurable, la psychose d'un jeune homme qui portait l'épée depuis l'enfance, qu'on avait arraché à sa mère sitôt sevré, et qui avait vu mille tortures se dérouler sous ses yeux lors des expéditions de son clan. Il porte sur son bras le tatouage de ce clan, une créature mythologique évoquant un hippogriffe à longue queue hérissée de pointes, ou une sorte de chimère. 
Ce tatouage a consacré son statut de fou sanguinaire ; c'était alors une distinction qui lui permettait d'entrer dans la garde rapprochée des chefs et des rois.

Aujourd'hui, la magie a divisé son âme en lui permettant de déchaîner ces instincts terribles lorsqu'il adopte sa forme du chien peint, aux allures de palette oubliée par un peintre au fond de son atelier. Le Seuil qu'il a passé lui a rendu la paix, et lui a permis d'accéder à l'homme qu'il aurait dû être, à part de ce qui a été créé. Lorsqu'il est l'homme, il se repose enfin, et peut rire dans le soleil, indifférent à sa propre misère. Lorsqu'il est la créature, il déchaîne ses ardeurs jusqu'à plus soif, et il se trouve magnifique. Une capacité qui lui reste à découvrir, car il vient de franchir ce passage et ignore encore à quel point la Ville l'a transformé.

Famille et Histoire


Les mains sont vieilles et parcheminées, rugueuses, du vieux cuir tanné par le sel et les ans. Les osselets sautent dans cette cage aux croisillons irréguliers. Soudain, elles s'ouvrent : la cage éclate, les fragments de squelette s'envolent. Ironie : ce sont des os de phalanges, humaines ou non, il n'en sait rien. Il suit des yeux le vol des petits oiseaux blancs. Leur chute décidera de son destin. Il a le souffle court, les mains rouges, qui commencent à noircir. Il revient d'une course en forêt dont il ne se rappelle pas, et ce n'est pas la première fois. Il était temps qu'il vienne consulter la sorcière, la tireuse de runes, sans âges et sans nom, pour essayer de comprendre ce qui lui arrive. Les osselets roulent sur le tapis, une peau de bête, rêche et mal identifiée, où il est assis en tailleur. La vieille femme s'accroupit à terre, rapproche son visage du dessin blanc qui s'est formé, et cherche un sens, en le frôlant du bout des doigts. Une ligne au milieu du chaos.

"Ta mère était une sorcière," dit-elle sans relever vers lui ses yeux blancs.

Le garçon évite son regard, sans savoir ce qu'elle attend de lui. Une réponse ? Une confirmation ? Il n'en a pas. Il n'y a rien à dire, c'est bien pour ça qu'il vient ici.

"Tu l'as connue ?"

"Non."

Pas un instant il n'a pensé à brandir son coutelas sous la gorge de cette vieille folle qui ose insulter sa mère. Car dans sa tête, elle lui fait un compliment, il le sait.

Sa mère. Dans sa tête, il voit une femme d'ombre, au visage bleu de nuit, étincelante de mille étoiles, aux grands yeux profonds qui n'expriment rien d'autre qu'une entière acceptation. Il ne va pas bien, il n'est pas le fils dont une mère pourrait rêver, mais il est le sien. Voilà comment il la voit. Et toute femme qui daignera le prendre dans ses bras sera jugée en fonction de ce modèle supérieur. Le jeune homme inspire un grand coup l'air froid chargé de neige, et ses lèvres pleines, lèvres de filles, disent les autres guerriers en riant - il est déjà un guerrier, depuis son plus jeune âge - se pincent dans une moue qui signifie : si tu veux en savoir plus, il faudra m'interroger.

"Pourquoi ?"

"Elle a été donnée à un chef de passage. On me l'a raconté, je ne m'en rappelle pas. J'étais trop jeune."

Il frotte ses mains pour faire tomber quelques écailles de sang séché. Les petites plaques noires rejoignent au sol les éclats blancs qui semblent raconter une histoire dans une langue inconnue. Son histoire. Il n'en sait pas grand-chose lui-même. L'esprit toujours confus, toujours embrumé d'alcool, de plantes hallucinogènes dans lesquelles il cherche une forme de repos, entre deux pillages sanglants. Si on lui demandait qui il est, il donnerait son nom, mais à part ça... il devrait bien répondre : je ne sais pas. A presque seize ans, il est un peu vieux pour avoir l'esprit aussi mal assuré. C'est qu'il ne sait pas qui est sa mère. Et pourtant elle le hante à chaque seconde : c'est elle qui lui a légué sa peau.

"Elle venait de loin," déclare la voix d'outre-tombe, "et tu dois y retourner. Une grande cité, vaste comme l'océan, où toutes les femmes sont des sorcières. Là-bas se finira ta course."

Il sait ce qu'elle entend par le mot "course".

Des tambours entre les troncs noirs. Des échos répercutés par la roche. D'autres portent une peau qui les met à l'écart du peuple d'ici. Pour avoir cet honneur, ils suivent une rigoureuse initiation. Il les a rejoints : la Course, c'est ça, une voie exigeante et prestigieuse, austère et fatale. Ils entrent dans l'arène, un par un, face aux bêtes qu'ils ont choisies pour signer leur perte ou leur renaissance. Lui se retrouve face à un loup, capturé il y a dix jours et gardé dans une fosse, où il a été nourri comme le sont les animaux sacrificiels. Le combat se fera à mains nues. Beaucoup ne survivront pas à cette première étape, ou aux blessures et infections qui en résulteront. Lui survit. 

On lui tatoue la marque de son clan, celui qu'il servira et défendra. Une créature mythologique, stylisée, qui s'enroule autour de son bras, aiguisée de cornes et de crêtes d'aspect féroce. N'oublie jamais d'où tu viens. La possession animales dont il est désormais officiellement capable n'est pas un jouet individuel. Il mène cette Course pour la survie de son chef et de la population qui l'entoure. Son chef, Sondar Wrangelsen, c'est aussi son père, et celui qui a enlevé sa mère sur les côtes du Sud, et celui qui l'a revendue. Il n'est pas sûr de ce qu'il ressent envers lui. C'est plus facile d'être une bête. Un loup en cage, puis un loup lâché. Ses cheveux noirs flottent dans l'air sec, frisés dru, épais comme une toison. Les femmes aiment y plonger leurs doigts. Parfois, il leur en coûte un peu de sang.

Il repense à tout ça en passant la main sur son bras, dix ans plus tard. Le tatouage qui le marque est très semblable à celui qu'il voit en contrebas. Penché sur le bastinguage de bois, il ignore les railleries amicales des marins. Il ne voit pas les longs cheveux noirs, ou le visage en croissant de lune. Il voit le tatouage, un parmi d'autres, le signe que cette femme qui se baigne sans cérémonie dans l'ombre du bateau, indifférente aux herbes du fleuve qui s'accrochent à ses jambes effilées, est comme lui, une participante à la Course. Il plonge et la rejoint : c'est avec elle qu'il doit parler. Elle lui donne son nom, pourquoi pas ? Ils voyagent ensemble, à partir de maintenant. Et quelques secondes plus tard, il a oublié ces deux syllabes. Quelques minutes plus tard, elle lui colle sa première claque. Les marins qui les regardent du coin de l'oeil ricanent et lui jettent une plaisanterie : il s'est enfin trouvé une femme à sa mesure. Il ne rit pas. La femme et lui échangent un regard entendu. Eux se comprennent ; les autres ne comprennent pas.

Le fleuve traverse des terres sauvages et inconnues. Ils continuent à ramasser d'autres inconnus sur leur route. L'expédition a un but et un seul : pas de pillages, pas de retour, ils vont se mettre au service d'un grand Empereur qui règne sur une cité dorée. Depuis qu'il en a entendu parler, il sait que dans cette direction, il pourra trouver des éléments qui lui en apprendront plus sur lui-même. D'autres expéditions sont déjà parties là-bas, depuis au moins une vie d'homme ; les guerriers ne rentrent pas, ils y restent, ils y servent et ils y meurent ; c'est déjà une perspective attrayante. Les poètes, eux, rentrent et racontent les merveilles légendaires qu'ils ont découvertes là-bas. On ne peut pas croire un poète mais c'est tout de même enivrant. Et il n'avait pas pu s'empêcher de songer au bleu. 

Sa mère était appelée une femme bleue, quand on se souvenait d'elle, mais les eaux n'étaient pas bleues, dans les eaux qui avaient bercé son enfance. Elles étaient blanches de neige, grises de pluie, noires de nuit, parfois claires et vertes dans les sources chaudes, un rare soulagement aux teintes irréelles ; voilà comment il imagine ce bleu dont il vient. La couleur du ciel d'été, il l'avait vue concrétisée sur terre dans les mines des monts glacés ; ce minerai traître, aux filons habités par de mauvais génies, qui diffusait ses ondes toxiques et son parfum acide. On l'avait surnommé Kobalt fils de Sondar parce qu'il était le fils de la femme bleue, parce qu'on avait sans doute conscience qu'elle était sorcière avant d'être esclave, et parce qu'il pratiquait lui-même, lorsqu'il ne s'abrutissait pas dans l'alcool ou les fumées empoisonnées, un esprit assez caustique... un humour acide et corrosif. Il était de cette couleur, lui. 

Mais le bleu, là-bas, dont parlaient les poètes, était le bleu des vases précieux et des voiles royaux, des bijoux que parfois, à force de pillages, on finissait par se procurer ; un bleu venu du Levant au long de caravanes interminables, d'autres mondes, dotés d'autres technologies, d'autres magies. Là-bas, dans la cité aux toits dorés, il en verrait. Là-bas, dans ce port inondé de soleil, les eaux seraient bleues. Il y plongerait et il verrait s'il se sentait différent.

Le voyage avait duré des mois, au cours desquels son amitié avec la femme de la Course s'était renforcée. Ils avaient travaillé son rôle : c'étaient des barbares là-bas, ils n'auraient pas laissé une femme combattre, il fallait employer la ruse du clan des Guerriers, auxquels la grande déesse avait suggéré de couper les pointes de leurs cheveux, et de les coller à la poix sur leur mâchoire inférieure. C'était ainsi qu'ils avaient terrifié et vaincu le clan des Vandales, et c'était ainsi que la femme de la Course se ferait accepter de l'Empereur. Il lui apprit à s'exprimer comme les jeunes garçons, et à arranger ses tenues pour dissimuler les reliefs de ses formes.

Il devait à l'Empereur son épée et sa vie, mais pas la mainmise sur ses pensées secrètes. Et puis, ce n'était jamais qu'un type en robe, pas un dieu. Dans ce monde solaire, on ne parle pas la même langue. Ce n'est pas un problème de mots ; ils les apprennent, ils les utilisent, mais la vision n'est pas la même. Ils distinguent plus de nuances, ici. Parfois, quand il montre du bleu, on lui dit que c'est du vert. Il montre du noir, on lui dit que c'est du bleu. Il déteste qu'on remette ça en question.

La question de l'armure ou de la robe se reposa après la première mission, quand les récompenses arrivent. De l'or, et des filles. Il prend dans ses bras la petite esclave au visage doré et aux yeux en amande qu'on a jetée dans ses bras ; il la soulève comme une enfant, gracile et peu formée, elle ne pèse rien. Il l'emporte sous les rires, passe derrière un rideau, la dépose, elle se dénude précipitamment. De son regard de petit lapin effrayé, elle fixe l'entrejambe couvert de toile qui laisse deviner un organe intimidant, même au repos. Il s'assied en tailleur sur le tapis brodé de motifs qu'il ne sait pas lire. Plus personne ne sait les lire, depuis la nuit des temps.

Une heure plus tard, il rejoint la femme de la Course, occupée à boire dans une corne d'auroch sertie d'argent et de cuir. Les autres rient ensemble et comparent leurs exploits culturels. Certains sont en cours d'accomplissement, contre un tonneau, un mur, une table. Il prend à boire, et échange avec son amie un regard entendu. Là-bas, derrière le rideau, blottie sur les coussins, le petit lapin doré s'est endormi. Il ne l'a pas touchée ; il a parlé de sa mère. Enlevée presque enfant, comme elle. Esclave, comme elle. Mère sans l'avoir choisi, comme elle le sera. Pas cette fois, pas avec lui. C'est elle qui l'a consolé et rassuré, tandis qu'il évoquait sa mère, la sorcière sans pouvoirs, la femme bleue, dont les voiles se confondent avec les vagues de la mer, la végétation luxuriante de la jungle, les nuages de la liberté et les champs immenses de l'imagination. 

La salle d'armes en fête est divisée en deux. Il y a d'un côté les autres qui rient, et puis eux deux, qui pense : c'est ici, la grande ville qu'ils cherchaient, l'aboutissement de leur errance ? ça ressemble à la description, c'est vrai. Mais il sent bien qu'il n'est pas arrivé. Ils le sentent tous les deux. Ils parlent du combat qu'ils ont mené : c'était amusant, pas parce qu'ils aiment se battre - ils n'aiment pas ça, au fond, la vie les y a forcés - mais parce qu'ils se sont naturellement organisés en meute et se sont donnés en spectacle. Ils ont fait rire leurs camarades, les ont fait trembler et applaudir, et même leurs adversaires. Oui, ils se sont bien amusés. C'était une danse. Pas la danse d'un homme et une femme ; dès lors, leurs camarades les considéraient quasiment comme mariés, au sens très libre où ils l'entendaient, pour la plus grande horreur du personnel du palais. Non, pas la danse d'un homme et d'une femme, mais celle de deux animaux de meute.

La question se reposa lors de leur dernière mission. Ils s'étaient aventurés dans les hautes montagnes d'Orient qui frangeaient l'empire, et où se produisaient d'étranges phénomènes. On retrouvait des villages entiers dévorés par des créatures inconnues. Des gens étaient enlevés en esclavage, mais on ne retrouvait leur trace auprès d'aucun des grands caravaniers. On apercevait, du fond des vallées, d'étranges lueurs colorées sur les sommets. Pour les deux de la Course, l'espoir s'était rallumé. Ce nouvel ailleurs était peut-être celui de leur quête. Ils marchaient en silence dans les rochers, toujours proches physiquement, prêts à associer leurs ressources de leurs musculatures et de leurs esprits pour accomplir la mission du groupe, et celle qu'ils s'étaient fixée. Vivre. Quand ? comment ? où ? Ils ne savaient pas. Mais ils y arriveraient ensemble.

"Ces caravaniers, ce sont eux qui vendent le bleu," souriait le guerrier aux longs cheveux noirs - il avait laissé pousser sa barbe à présent. "Ils viennent de la grande ville, j'en suis sûr. C'est là qu'ils emmènent les gens qu'ils enlèvent. On ne peut pas quitter le service de l'Empereur, on a juré ; mais s'ils nous capturent et nous vendent là-bas..."

Il avait le sourire, un sourire éclatant, en prononçant ces mots terribles. Il aurait vécu cela comme une boucle enfin bouclée. C'était le regard lointain et lumineux de l'homme qui croise enfin sa mort, qui la reconnaît, et qui lui ouvre les bras comme à une vieille amie. Les mains rouges, enfin de son propre sang. Une façon de sortir du purgatoire dont parlaient les esclaves à la croix, et de connaître cette renaissance dont parlaient les esclaves à la tache rouge sur le front. Passer à un autre bleu. Un bleu que les autres yeux ne distinguaient pas. Son regard se perdit, en direction du soleil déclinant, ses paupières se fermèrent, et ce bleu vert intense et aquatique emplit tout l'espace, pour le bercer de ses bras maternels.

Ils campaient dans les rochers enneigés, un retour au source pour ces guerriers du froid après s'être vautrés dans la lumière solaire de la capitale et de ses palais pendant toutes ces années, quand ils aperçurent au loin une colonne en marche. Ils pensaient à une troupe de brigands et se dirigèrent vers eux sans attendre, prêts à combattre. Mais en commençant à les rejoindre, avec une difficulté qui étonnait cette troupe aux longues jambes, ils s'aperçurent que quelque chose n'était pas normal ; et l'angoisse mordit le coeur d'une grande partie des hommes, tandis que l'excitation soulevait celui des Deux de la Course. Ce n'étaient pas des êtres humains. Mais ce n'était pas un troupeau d'animaux non plus.

De grandes créatures bipèdes mais étrangement rapides, aux longues jambes maigres et nerveuses, des mufles hérissés de crocs allongés, des yeux flamboyants qui jetaient des lueurs de phosphore dans la nuit noire, un poil hérissé sur tout leurs corps sanglés de cuir. Des armes à la ceinture, des arêtes d'acier abîmées par les chocs déjà infligés, tachées de sang et jamais nettoyées. Des piquants dont l'usage n'était pas immédiatement clair, qui semblaient décorer les tenues guerrières pour les rendre plus redoutables d'aspect. C'était peut-être là-bas que sa mère l'attendait, cette ville de sorcellerie... c'étaient peut-être les Enfers de ces esclaves philosophes.

"On y va," lança-t-il en montrant son amie, sans avoir besoin de se concerter avec elle. "Si on ne revient pas, gravez nos runes dans cette pierre."

Ils s'enfoncèrent à la suite de la compagnie lugubre dans les profondeurs de la terre. Leurs camarades restèrent en arrière, incapables de leur emboîter le pas ; une terreur sacrée les figeait sur place. Ils sentaient, confusément, que ce n'était pas leur monde. Plusieurs passages s'ouvraient au fil des cavernes qui s'assombrissaient de plus en plus, éclairées uniquement par les torches à l'éclat sanglant que brandissaient les bêtes dans leurs mains déformées et griffues... Les ombres dansaient sur les stalagtites, les échos des pas sautaient sur la rocaille, et les deux guerriers suivaient, sans songer un instant à faire demi-tour ou à revoir un jour la surface. Ils sentaient confusément que ces êtres leur étaient fondamentalement hostiles, mais aussi qu'il fallait qu'ils continuent leur route.

Ils débouchèrent dans une grande salle dont ils ne pouvaient distinguer les parois. Des créatures inconnues flottaient dans l'air, sortes d'insectes lumineux aux allures de poissons errants, qui formaient un nuage mouvant difficile à traverser. Ils avaient perdu de vue les mystérieux lycanthropes, mais ils n'étaient plus dans une optique d'affrontement, et ne craignaient plus que ces êtres inquiétants surgissent des ombres pour se jeter sur eux. Ils avaient conscience de pouvoir suivre leur piste, mais en approchant de la muraille qui s'étendait vers les ombres du plafond comme le rempart d'une forteresse, ils constatèrent que la porte où s'était engouffrée la troupe n'était qu'une porte parmi d'autre. En longeant cette muraille, ils découvrirent dix portes et dix galeries. Levant les yeux, ils découvrirent des dessins qui étaient des runes.

Ici, si loin de leur terre d'origine, ce n'était pas ce qu'ils s'attendaient à trouver. Ne sachant pas lire ces runes, ils ignoraient ce qu'elles pouvaient indiquer. Ils savaient seulement que chacune désignait une pierre précieuse ou autre substance semi-précieuse d'une couleur différente. La dernière avait un sens un peu plus complexe : celle-là, il l'avait vue dans les mains de la vieille qui lui avait prédit son destin. Elle signifiait "savoir". Mais ce ne fut pas celle-là qu'il choisit. Ni celle où avait disparu la troupe, la galerie noire. Ils n'hésitèrent pas vraiment. Instinctivement, ils se dirigèrent vers la galerie marquée au sceau qu'il appelait bleu. Les gardes du palais n'auraient pas été d'accord ; eh bien, Kobalt les enculait impérialement. 

Les solutions créatives leur avaient toujours bien réussi sur le champ de bataille, de toute façon. Tant qu'ils étaient ensemble, ça devrait aller. 

L'Enfer n'était pas du tout comme ils l'avaient imaginé. Au sortir de la galerie, ils virent apparaître devant eux un quartier citadin qui tombait en ruines et s'émaillait de couleurs vives, comme si les charpentes étaient constituées en bonne partie des plantes grimpantes qui s'y enroulaient, roses trémières, glycines et chèvrefeuille. Sous leurs pieds, le pavé déchaussé leur évoquait ces villages abandonnés où la forêt reprenait ses droits, et où l'on croisait des chiens errants devenus loups au coin des rues, faisant bombance sur le cadavre gonflé des pestiférés abandonnés. Des airs de musique s'envolaient des fenêtres, des affiches couvraient les murs, des artistes faméliques se donnaient en spectacle devant les auvents des brasseries et sous les enseignes des boutiques, où s'étalaient des vitrines de talismans ; et des vapeurs parfumées arrivaient à leurs sens en ébullition : encens, térébenthine, haschisch, cuisines exotiques, eau-forte et patchouli.

Ici, les cris avaient du sens et la folie se parait des médailles de la magie. Ici, l'air était si dense qu'on aurait pu y mordre, et si électrique qu'il brûlait la peau. Ici, ils étaient enfin à la maison. Main dans la main, émus et silencieux, les deux errants firent un dernier pas en avant, sortirent de la galerie rocheuse, et achevèrent leur Course. Côte à côte, comme le premier homme et la première femme à fouler la terre de cette planète.

RP introductif


Derrière le masque (facultatif)


PSEUDO, PRENOM, SURNOM ? : ENCORE LUI ! TOUJOURS LUI ! (et on ne sait même pas comment il s'appelle !!) Lawren n'était qu'un apéritif, voilà le plat de résistance. :face:

COMMENT AVEZ VOUS CONNU C.K ? : C'est à dire que j'habite ici en fait. ^^ La page "voir les nouveaux messages" est dans mes favoris depuis plus d'un an.

DES REMARQUES, DES QUESTIONS ? : J'ai donc créé Lawren plus ou moins compulsivement, littéralement d'un trait, en un après-midi, alors que je travaillais sur ce personnage-ci depuis un bon bout de temps déjà. Un personnage qui franchit tout juste le pas de côté, et qui a tout à apprendre, l'ambition ultime. J'espère que ce n'est pas trop rapproché dans le temps du coup, mais ils me semblent assez disparates pour ne pas se concurrencer dans mon esprit.
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Messagepar Vhaal O'Doherty » 18 Avr 2018, 12:19

Comme je disais dans la fiche de Minuit. Tout ce côté archaïque. Mais je suis curieuse, surtout. De voir comment ton personnage va s'habituer dans la Ville. Toute la magie, la technologie qui y règnent. Comment il va arriver à apprivoiser tout ça, pour lui qui a toujours vécu en homme de tribu.

Ceci dit, j'aime bien le lien qui se dessine avec la personnage. Fait longtemps, un duo ! Ces personnages qui se rencontrent et s'apprivoisent.

Après. Pour ce qui est du test. Je préfère attendre. Parce que ça ne fait qu'une dizaine de jours que Lawren est validé. Je ne dis pas qu'on va forcément attendre les trois semaines réglementaires : tu es actif, présent.

Mais tout de même. J'aimerai un délai un peu plus raisonnable. Ne pas abuser à ce point sur le règlement. Donc attendre encore quelques jours avant de te donner ton test. :danse:
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Messagepar Lawren Sambers-Locke » 18 Avr 2018, 18:22

Pas de soucis pour le délai, et puis ça vous donne le temps de nous lancer un truc creusé et déterminant, genre on est prêts à tout mais notre test RP ça va être notre "premier contact" avec la Ville, officiellement. ^^ J'en suis tout ému d'avance.

Je suis curieux aussi et c'est ça le défi, c'est un peu quitte ou double. Mais j'aime me donner une contrainte avec chaque personnage je crois. :question: (Bon, Constantinople c'était quand même quelque chose comme tribu non-technologique :face: mais je vois ce que tu veux dire, niveau tempérament et aptitudes personnelles, on est loin de l'immigrant idéal. C'est ça qui va être fun en Emeraude. :ayy: D'ailleurs, les locaux, on compte sur vous pour la fête d'intégration !)
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Messagepar Samaël » 18 Avr 2018, 20:01

Et re donc ;)

Tout en couleur ce perso !
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Messagepar Clio Wagner » 18 Avr 2018, 20:19

Un magnifique personnage dis donc ! :nyu:
Je loue la danse car elle libère l’homme de la lourdeur des choses.
Je loue la danse qui demande tout, favorise clarté de l’esprit et élève l’âme.


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Messagepar Kaprice Ashfield » 18 Avr 2018, 20:35

Je pourrais rougner parce que l'histoire est pétrie d'antiquité un peu trop précise. Mais j'aime toujours tellement ta façon de faire vivre la Ville. De la décrire lorsque tu y mets les pattes que je vais rien dire :pur:

Comme par exemple :

L'Enfer n'était pas du tout comme ils l'avaient imaginé. Au sortir de la galerie, ils virent apparaître devant eux un quartier citadin qui tombait en ruines et s'émaillait de couleurs vives, comme si les charpentes étaient constituées en bonne partie des plantes grimpantes qui s'y enroulaient, roses trémières, glycines et chèvrefeuille. Sous leurs pieds, le pavé déchaussé leur évoquait ces villages abandonnés où la forêt reprenait ses droits, et où l'on croisait des chiens errants devenus loups au coin des rues, faisant bombance sur le cadavre gonflé des pestiférés abandonnés. Des airs de musique s'envolaient des fenêtres, des affiches couvraient les murs, des artistes faméliques se donnaient en spectacle devant les auvents des brasseries et sous les enseignes des boutiques, où s'étalaient des vitrines de talismans ; et des vapeurs parfumées arrivaient à leurs sens en ébullition : encens, térébenthine, haschisch, cuisines exotiques, eau-forte et patchouli.


C'est ce que je préfère dans tes textes. Puis la relation avec Minuit est parfaite. J'aime bien ces personnages en duo, qui se complètement, qu'on à l'impression en commentant une fiche qu'elle n'est qu'une partie de la seconde.

Par contre je le dis sur ta fiche, mais c'est comme celle de Minuit. Si on est aussi insistantes sur La Ville et ses seuils, c'est parce que tester des nouveaux arrivants (en VIlle donc). C'est hyper compliqué. Faut réussir à s'imprégner de vos histoires hors la Ville, tout comprendre, pour trop faire d'erreurs :question:

Tant pis pour le délais. Après en avoir parlé avec Vhaalouchka. Et dans la mesure où c'est un duo et que vous êtes chouettes tout les deux, on va vous tester ensemble. Pas que l'un soit obligé d'attendre l'autre :pinkheart:
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Messagepar Kobalt Sondarsen » 18 Avr 2018, 20:39

Oh noooon pas besoin de s'embêter avec des histoires de Vikings vraiment, justement, nos personnages arrivent en touristes, en regardant les bâtiments la bouche bée et en se cognant dans les poteaux, vous pouvez les faire tomber sur n'importe quoi :heart: Ce sera toujours fantastique pour eux, puisqu'ils n'ont encore rien vu ^^ Faut juste que ça se passe en Émeraude, et ce sera parfait ! :gni:
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Messagepar Kaïn » 18 Avr 2018, 22:44

Kobalt ! Je l'attendais, j'avais hâte de voir ce que tu avais préparé :help: Puis l'avatar en jette ! C'est cool de sortir des personnages de couleur, de diversifier au beau milieu de toute ses fesses blanches :face:

J'adore ce passage :
"Elle venait de loin," déclare la voix d'outre-tombe, "et tu dois y retourner. Une grande cité, vaste comme l'océan, où toutes les femmes sont des sorcières. Là-bas se finira ta course."


Recoller la Ville avec ses légendes, dans ce Réel antique. Puis perso, j'ai toujours adoré ce genre de mythe, un peu flou. Comme un voyage initiatique. Puis j'aime bien ce lien avec Mimi', comme je le disais sur sa fiche, cette harmonie qu'il y a entre vous deux, vos deux plumes. J'ai hâte de voir leur arrivée en Ville, comment ils vont faire leur petit nid dans cet univers anachronique, je sens que ça va être drôle, eux qui ont toujours vécu en tribu. :face:

Superbe lien et magnifique personnage. :pinkheart:
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