Lonely souls [Wendy]


Une forêt aux arbres sombres et tristes. Et pas loin un lac aux eaux noires. Tout semble si primitif. Si menaçant. Quelque chose que les branches en craquant racontent. Cette légende voulant que la Magie soit née ici. Dans ce parc sauvage.


Messagepar Valeriana B. Kravt » 07 Jan 2018, 21:23

-Stop.

Promesse de violence. Autorité langoureuse de fauve. Douce, rauque et cruelle.

Il a suffit d'un mot pour ramener le calme dans ce coin de parc. Là où entre les statues festonnées de givre, les haies hautes et grises, des élèves se livraient à une parodie de lynchage sur une de leur condisciple. Un mot. Et l'excitation de l'après midi, de la fin des cours, retombe sèchement. Froidement. Un frisson passe. Déjà le soir ? Vraiment ? Les élèves se regardent. Presque surpris de se (re)voir, avec leurs visages déformés par une haine gratuite et stupide, et ces boules de neige enchantées qui les encombrent désormais. Le soleil terne passe derrière un nuage. Le silence se fait plus pressant. Cinglant. Une brise agite la poudreuse.

Milady Kravt. Comme les élèves pris sur le fait la salue avec un respect effaré teinté de bredouillements. Son arrivée a jetté un froid. Tous hésitent. Dansent d'un pied sur l'autre. Voudraient disparaitre. Devoirs à faire. L'heure de rentrer. Oui. Oui. Ils n'ont rien à faire là. Et pourtant cette haute et longue brune, engoncée dans son épais manteau de laine, n'a que faire d'eux. Pas un regard pour les apprentis bourreaux. Au contraire ses yeux perçants. Aux éclats contradictoires. Aux prunelles effilées. Fixent la victime. Cette blonde qui a fait les frais de cet étalage de cruauté estudiantine. Et entre la professeur et l'égarrée. C'est comme si une communication secrète, muette se liait. Excluant tout le monde autour.

Le stop était pour la fille piégée. L'ordre sifflant comme un fouet pour cette ombre hargneuse et cruelle que les instincts de la Kravt, devinent errer à proximité du pigilat. Quelque chose qui inquiète Valeriana et l'excite à la fois. Dans son dos, sous les drapés du long manteau, son Dragon s'est éveillé. Metallique et froid comme un serpent il s'enroule autour d'elle. Cherche à darder sa tête comme pour mieux humer l'odeur saignante d'un prédateur. D'un rival. La blonde. Cette petite chose fluette. Il s'en est fallu de peu. De si peu. Avant que la neige de l'Académie ne soit souillée du sang de tout ces abrutis. Pouvoir véritable. Puissance brute. Sous ses gants soyeux l'Impériale en a les doigts qui frétillent, le duvet herissé le long des bras. Alors à nouveau elle fait non de la tête. Très doucement. Et son épaisse chevelure danse comme une caresse sombre à la brise.

"-En rentrant, donnez vos noms au Directeur Boreas."

Libérés les élèves détalent sans demander leur reste. Tous s'executeront sans mentir. Même si avouer les condamnera à de longues soirées de retenue. Tout plutôt que demeurer un instant de plus. Ici. Dans ce parc bien sombre. Bien gris. Où le froid est vif et sec. Et le silence aussi imparfait qu'une vitre craquelée par une vieille magie mal contenue. S'enfuir. Détaler. Sans se retourner de crainte que la professeur se ravise. Pour ne pas voir l'immense forêt du parc, que leurs imaginations représente en train de ramper, de se rapprocher des lumières de l'établissement. Quelque chose était là. Tout proche. A se tapir dans le noir des fourrées. A aiguiser ses griffes tordues sur les vieux troncs. Une haleine putride sur leurs nuques. Des yeux jaunes qui les hanteront pendant de longues nuits.

Ce n'est qu'en soupirant, que Valeriana se rendit compte de la tension qu'elle s'était imposée. Presque surprise de découvrir l'une de ses mains si proche de son catalyseur. Ou de sentir plus légère maintenant que cette boule d'adrénaline dans ses entrailles, avait fondu. A regret son Dragon retrouva sa placidité de tatouage et se love plus confortablement autour de la colonne vertébrale de l'Impériale. Le parc. L'Académie dans le lointain. Ses tours rassurantes. Et ses fenêtres chaleureuses. Rien avait changé. La nuit tombée était belle. Et la forêt sous son drapé de neige, dégageait une sauvage mélancolie. Avait elle rêvé la présence ? En frissonnant elle resserra le nœud de sa grosse écharpe. Remonta sur sa nuque le col rembourré de son manteau. La brise était fine et pure. Pleine de résines. D'aiguilles odorantes. Pas de raison de s'inquiéter.

Yeux perçants à la luminosité féline qui semblent envelopper la première année. La professeur a de longs cils, élégants et aristocratiques. Et lorsqu'elle bat doucement des paupières, c'est comme si une caresse soyeuse passait sur l'objet de sa concentration. Pas un prédateur. Juste une gamine trop différente pour se fondre dans la masse. La pitié est un sentiment étranger aux Kravt. Par contre Valeriana comprend. Ressent ce que c'est que d'être trop différent pour se fondre dans le moule. De ne pas réussir à trouver sa place à moins de l'imposer avec une brutalité de caractère. Cette gamine que l'on malnène. Elle l'a été. Et tout au fond d'elle, se dit qu'elle l'est encore. Parfois. Simple constatation, et qui pourtant fait se tendre son bras et se déplier doucement, avec une grâce enjôleuse, ses longs doigts gantés. En une invitation. Une promesse. Peut être.

"-Et si nous allions manger un bout ?"
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Messagepar Wendy » 09 Jan 2018, 17:50

L'injustice et la douleur se mêlent comme une corde autour de sa gorge. Les larmes se tarissent bien vite pour laisser place aux mâchoires serrées. La peau est brûlante, fait fondre la neige qui s'y accumulait. La voix se fait rauque, les supplications deviennent un grondement, les mains se serrent en deux poings pour tenter de rétracter les griffes, le visage se baisse vers le sol pour cacher les yeux qui s'injectent de sang, la fille désespère et l'arrêt de mort se signe face à ce groupe d'enfants trop stupides pour comprendre ce qu'ils étaient sur le point d'éveiller.

- Stop.

Instantanément, tout se fige. Un cauchemar interrompu, une vision arrêtée nette par un réveil brutal, une présence écrasante. La neige durcie cesse de s'écraser contre son visage, ses épaules, les mains qu'elle a placé en protection devant ses yeux. Dans certaines de ces sphères, des graviers et cailloux s'étaient glissés, intentionnellement ou non, et avaient marqués sa peau si pâle de bleus violacés. Ils se figent tous et elle suspend son mouvement. Ramassée sur elle même, plantée sur ses appuis, elle était sur le point de bondir sur le plus proche. Mais la femme la regarde, droit dans les yeux. Ce regard fait courir sous sa peau un froid que la Bête n'a jamais connu, fait grelotter un instant ses mains qui font disparaître lentement les griffes prêtes à en sortir. Ce regard est tranchant comme une lame mais se plante dans le sien sans lui faire mal. Un lien se tisse, silencieux, tacite. Bête face à la Bête. Reine face au Bourreau. Autour d'elle, ils ne comprennent pas. Ils acquiescent, se dispersent comme des lapins effrayés par un coup de feu. Un coup de feu qui fit s'incliner le loup que les lapins agaçaient. Wendy détend ses muscles, redresse son dos. Dans le froid hivernal, elle ne porte qu'une robe. Ses pieds nus sont glissés sous la neige comme sous une couverture. Ses main se tordent, non pas de froid, mais d'inquiétude. D'incertitude.

Cette voix a fait taire la colère, la rage, la Bête. Mais pas de peur. De respect. Le respect en face d'un autre prédateur. Le même respect qui l'a fait épargner le mage de feu. Les grands yeux gris parcourent la silhouette sans sembler vraiment la voir, détaillant quelque chose au delà du simplement visible. La posture, le corps, le regard, les mouvements, tout lui fait penser à ces chats sauvages qu'elle rencontrent parfois aux abords de la ville. Mais avec quelque chose de plus retenu. Policé. Élégant. Elle ne le comprend pas vraiment. Wendy a toujours été instinctive, spontanée. L'apparition la rend confuse. Comment pouvait on posséder l'allure d'un prédateur et la dignité d'un chat de salon ? Non... Pas de salon. De palais. Et pas un chat. Pas exactement.

La voix résonne encore dans son crâne, un peu trop loin, comme au part avant. Elle parle à la Bête, elle parle à la fille. S'en rend elle compte ? La fille lève la tête, croise son regard d'un air déterminé. Elle ne baissera plus les yeux.

La question glisse sur le visage de Wendy et il y apparaît une étrange contradiction. Tristesse, peur, appréhension. Faim. Elle a faim. Mais sûrement pas dans le sens où l'entend cette femme. Qui est cette femme d'ailleurs ? Wendy ne sait pas. Si timide, si renfermée, si imperméable au savoir de part son manque d'éducation, elle n'en a aucune idée. Elle n'ose pas demander. Elle se mord la lèvre et prend timidement la main qu'on lui tend, se tenant tout de même droite dans la neige. Articulant avec précaution, elle prend soin de répondre avec politesse.

- Je vous remercie mais je pense... Je préfère... Manger seule, d'habitude.

Une teinte rose colore ses joues. Elle a bien conscience que son régime est pour le moins étrange et un danger pour elle-même. Mais un doute subsiste. Cette femme qui parle aux Bêtes, mange t-elle comme Wendy le fait ?

- Je suis Wendy. Madame. Bonsoir... Merci.

Embrouillée, bafouillant, mal à l'aise. Les mots sont difficiles à manier. Moins efficaces que des griffes.
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