Sofia,

"L'ordre est une tranquillité violente"
Sofia Beliakov
Son pseudonyme sur V'kontakte : La Consultante
Age : Elle est née un matin froid de printemps en 1765. Ses pas ont donc longé la Neva durant 255 longues années.
Groupe : Oligarque
Son métier, son statut social : Officiellement, consultante en affaires publiques.
Concept du personnage
« C’était un accident. C’était juste une pute. »

Une pute dont le corps projeté du haut d’un dixième étage avait éclaboussé deux amoureux transis en route vers la Galerie Gostiny Dvor. Sofia balaya du regard le dossier dispersé sur le secrétaire d’acajou dont elle avait fait acquisition grâce aux délicieux honoraires accordés par une Sire dont l’infant avait planté ses crocs dans la mauvaise chair : En plus du couple, quatre témoins connus et une enquête policière s’enlisant sous la bureaucratie et le manque d’effectifs. Pas la première frasque du fautif, mais la frasque de trop. Une photographie du cadavre avait été glissée comme marque-page, l’œil intact et vitreux de la prostituée se noyant dans les taches de vin qu’elle avait renversé la veille. Une excellente bouteille avec un arôme sanguin capiteux. Il lui faudrait se rappeler d’envoyer une carte de remerciement au silovik qui lui en avait fait présent.

« Vous allez arranger ça ? C’est votre job, non ? Vous êtes une… une consultante ou une sorte de nettoyeuse professionnelle ? »

Le doute suintait entre deux soubresauts de gémissements ponctués d’une supplication calculée. Sofia retint un feulement par un rictus mécanique et sec. À chaque mouvement de tête, de la poudre farineuse s’échappait du collet du garçon, du Svetchi. De ses pupilles dilatées, il la jaugeait, la testait, un prédateur léchant ses plaies tout en comparant les rumeurs friandes à la réalité se dressant devant lui. Une rareté dans sa tour d’ivoire. Des traits trop jeunes, trop fins, trop féminins pour la réputation carnassière drapant ses épaules gracieuses. Des traits pétrifiés dans le marbre.

« Je ne nettoie pas, j’assure l’Ordre. J’assure le respect de Règles plus vielles que vous et moi. »

Préserver le Voile. Préserver le Pouvoir giclant en grosses gouttes carmines de l’Obscurité. Quitte à graisser la patte de flics, de juges et de politiciens trop curieux, d’effacer des preuves compromettantes, de faire disparaître des témoins à la langue pendue, à jouer du coude avec des bureaucrates excessifs ou à remplir une montagne de paperasse soporifique.

Sofia lui tendit sa main délicatement manucurée.

« Mon équipe et moi, nous nous ferons un plaisir de vous aider. Votre cas sera réglé dans les plus brefs délais. Les tributs doivent toutefois être réglés à l’avance, en espèces de préférence, une question d’assurance. Mais, après tout, la discrétion n’a pas de prix, n’est-ce pas ? »

Vampire Kontakte
« Je…je ne sais pas comment vous remercier. Quand le videur du Metro Club m’a donné votre VK, je croyais que c’était une connerie. Une Oligarque à la tête d’une boîte de consultants pour vampires, ça sentait l’arnaque. C’est comme ça que vous trouver vos clients, par VK ? »

Sofia prit l’enveloppe tendue et compta silencieusement les billets qu’elle contenait avant de la laisser choir dans un classeur entrouvert. Une enveloppe parmi d’autres.

« Entre autres. Des clients, des victimes et des idiots. »

Elle extirpa son pistolet avant d’en presser la détente d’un index assuré ; la balle traversa le crâne sans difficulté avant de se loger dans le mur. Après avoir remis l’arme à sa place et épongé les résidus d’un mouchoir, elle pressa la première touche de l’intercom.

« Anya. J’ai besoin d’une équipe dans le bureau Est. »

La tête de son assistante apparut dans l’embrasure de la porte.

« Déjà sur le coup, madame. Pardonnez-moi l’indiscrétion, mais il est plutôt rare que vous remplissiez vous-même la requête d’un client. Doit-on considérer des mesures spéciales ? »

Sofia soupira avant de consulter son agenda. Elle avait trente minutes avant son prochain rendez-vous, juste assez de temps pour consulter VK avec une tasse de café frais. C’était plus simple quand il suffisait de faire disparaître les désagréments dans un goulag. À présent, il lui fallait toute une équipe technique pour couvrir ses traces ou celles de ses contacts. Même les chiottes des bars miteux avaient des caméras.

« Non. Procédure habituelle. C’était juste un connard qui commençait à faire trop de grabuges et dont le Sir manquait de couilles pour s’en occuper lui-même. La sollicitation vient de plus haut, une dette de quelques années. Pas moyen de s’en tirer avec ces ministres, pires que des vautours. La comptabilité devrait recevoir le paiement dans les prochaines 48h. Ça sera tout. »

L’assistante fit mine de quitter avant d’hésiter et de se raviser.

« Une dernière chose, madame. Vous avez un message sur votre boîte personnelle. Ça semblait urgent. »
Son histoire
« J’espère que tu avais une bonne raison pour m’obliger à annuler mes engagements de la nuit. »

Sofia retira ses gants, les jetant sur la table où une coupe remplie d’un liquide vermeil avait déjà été préparée à son intention pour étancher sa soif. L’homme, déjà assis, referma son carnet en cuir bruni. Elle entrevit des colonnes de chiffres, des montants à faire frémir un banquier suisse. À la lueur tamisée du luminaire murale, sa peau lui semblait plus grise que dans ses souvenirs, et ses yeux plus creux. Deux billes noires. L’abîme abritant le monstre.

« Est-ce une façon d’accueillir son créateur ? Après…quoi…une cinquantaine d’années loin de l’autre ? Je vois que tu as conservé mon cadeau. »

Sofia savait qu’il référait au Tokarev TT 33 modifié qui reposait dans son sac. Le même qui avait fait sauter la cervelle du gamin quelques heures plus tôt. Un souvenir de l’Armée rouge, presque sentimental, bien qu’absolument létal à courte distance, même pour un vampire. Un trophée d’une époque révolue. Elle sirota une longue gorgée avant d’écarter sa question par une autre.

« Comment se porte les hydrocarbures d’Azerbaïdjan ? J’ai entendu parler de troubles près de la mer Caspienne, je suppose que tu n’es au courant de rien. »

L’Immortel fit signe au serveur de les resservir, mais son sourire n’échappa pas à Sophia. Il s’amusait. Elle doutait que le Vampire et la Bête puissent se différencier aujourd’hui. Il était une relique refusant de tomber en poussière. Le respect, la crainte et la haine nourrissaient leurs rapports mutuels. Ils portaient tous les deux un autre nom au moment de leur rencontre, il y avait de cela bien longtemps. Bien des sabliers avaient été retournés depuis cette époque, mais leur clan se muait lentement ; seule l’avidité et l’effritement des puissances modifiant sa trajectoire.

« Je ne peux me plaindre de mon investissement. Mais je ne suis pas ici pour discuter de portefeuilles… ou remettre en question tes étranges passe-temps de…lobbyiste ? Jouer à la bourse ne te suffisait plus ? Je venais plutôt te parler d’étreinte. »

Sofia reposa sa coupe, nourrissant, le temps d’un instant, l’envie fugace de la briser sur le coin de la table pour mieux la plonger dans la pomme d’Adam de son interlocuteur. Une idée savoureuse qu’elle chassa d’un toussotement.

« N’étais-tu pas le premier à me marteler avec tes règles et tes principes sur la reproduction de notre espèce ? Je croyais que l’étreinte devait être aussi rare que le peu d’humanité qu’il te reste, qu’elle ne devait servir qu’à atteindre de plus hauts sommets. »

Elle le narguait, elle le défiait. Les régimes s’étaient succédé et la ville s’était transformée, mais les souvenirs du Saint-Pétersbourg de sa jeunesse, sous Catherine II, demeurait. Ses parents, aristocrates, avaient profité de l'âge d'or de la noblesse et du renforcement du système féodal, s’épanouissant dans ce nouveau centre du monde où la culture côtoyait la science dans une effervescence nouvelle. C’était à l’ombre du théâtre de l'Ermitage, accueillant ses premiers opéras, qu’elle avait rencontré l’Immortel. Un carnassier au milieu des écrivains et des intellectuels. Il lui avait fait la cour. Il l’avait conçue. Il lui avait arraché son humanité. Une fois toute parenté écartée, il ne restait que Lui pour prendre possession des biens familiaux, des titres et des serfs. Le parfait pâturage où engraisser le bétail.

Les siècles s’étaient écoulés et elle n’en gardait qu’un vague regret, la nostalgie d’une époque où l’Ordre était respecté, où le Voile ne risquait pas de se déchirer sous la pression de l’invasion techno, où elle ne sentait pas le souffle d’un certain département du FSB sur son cou… Certes, elle avait vécu de nombreuses nuits, une éternité, mais l’Étreinte demeurait le gouffre qu’elle ne pouvait franchir. Pas de nouveau. L’agonie. La Bête. Le sacrifice. Le fardeau de l’éducation d’un nouveau-né.
Elle préférait le simple acte de se nourrir, de rassasier la Bête. Sans attache. Choisir avec attention sa proie ; un repas fier et arrogant dont l’avenir reluisant tombait en cendres à chacun des baisers. Se sustenter devenait un plaisir, un outil, un podium où elle exposait ses trophées qui, inévitablement, se devaient de mourir. Faire ronronner la Bête en écrasant ces larves sous sa semelle.

« Nous sommes un clan capricieux, Sofia. Notre premier prédateur est un autre oligarque, nous nous menons à notre propre extinction. Le nier serait suicidaire. La rareté de nos Étreintes ne signifie pas sa complète vacuité. »

Elle se frotta les tempes, abandonner la vaine perspective de l’étrangler devant le personnel du restaurant. Discuter avec l’Orgueil même était un jeu dont les dés avaient été pipés bien avant sa création. D’ici un jour ou deux, il disparaîtrait, retournant à ses machinations. Il avait toujours de nombreuses ficelles à tirer.

« Le jour approche. Mon cher Duc, je te propose d’aller nous sustenter. L’avenue Nevsky a évolué depuis ton dernier séjour, mais la qualité de la nourriture y est la même. Exquise. »

D’un mouvement, ils se levèrent. Deux fauves à l’ombre des réverbères.
J'ai juste un peu plus d'un an de retard. Désolé. :pur:
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C'est comme un bon vin. On peut attendre pour que cela soit meilleur.

Belle et épineuse Oligarque, cette responsabilité qui pèse sur tout Vampire, ce Voile qu'elle maintient avec ses moyens. Ces petites touches Russe à droite et à gauche qui nous balancent dans le contexte. Tout cela sous une plume toujours aussi agréable.

Re-bienvenue !
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La plus belle !

J'ai dévoré la fiche d'un trait.

C'était la surprise du jour et elle est délicieuse.

Test demain ! Ce soit je suis out'. Mais tellement contente que tes pas soient revenus par ici !
L'ambiance est celle d'un chapitre du Docteur Jivago. Avec cet hiver russe, cinglant et limpide, qu'éventre à toute vapeur une locomotive frappée de l'étoile rouge. L'époque est aussi lointaine que confuse. Le Tsar a été tué. Mais la Révolution encore faible peine à asseoir son emprise sur un pays vaste à l'échelle d'un continent. Dans les steppes dévorées par la neige, errent toujours des bandes de Cosaques sauvages, qui tels des loups sans maître, pillent et ravagent tantôt pour un camps. Tantôt pour l'autre. D'où ces coups de feu distants et secs qui parfois comme des éclairs illuminent brièvement le bord de la voie de chemin de fer.

Le Transiberien c'est d'abord une atmosphère. Surtout lorsque passant Moscou et s'éloignant des villes de l'Anneau d'Or l'on s'enfonce dans le grand néant de la toundra intérieure. Le bruit d'abord. Ce métronome lent et rythmé des roues heurtant les traverses. La respiration aussi, de cette grosse machine, qui n'en finit plus de râler, de s’essouffler, alors qu'il faut remonter le blizzard à contrevent. La lumière enfin, bronze et figée, pleine d'ombres fauves, d'une toile du Caravage. A cause des appliques et de leur mauvais combustible à l'huile. De ces tremblements aussi, qui font danser spectres et étincelles, à chaque fois que le convoi prenant une courbe se met à tanguer.

Et puis il y a les odeurs. Le bois des banquettes, le tabac froid de milliers de cigarettes fumées pour tromper l'attente de la distance. Et le thé, ce breuvage amère, qu'à toute heure du jour et de la nuit, l'on fait infuser dans de grands samovar avant de le couper de miel ou de lait. Parce qu'il fait froid dans le train. A l'époque on ne chauffait pas les wagons. Il fallait se contenter de s'enrouler de fourrures épaisses et de boire son thé bouillant et brûlant alors que dehors a l'extérieur de la vitre étoilée de givre, la forêt de bouleaux, blême et informe, n'en finit plus de se dérouler.

-Je sais pourquoi vous êtes là Sofia.

Cet homme assis de l'autre côté de l'échéquier Sofia l'a jadis rencontré au Palais d'Hiver où il paradait dans un uniforme blanc et or et se faisait appeler grand duc. Aujourd'hui il a rasé ses favoris, s'est laissé pousser moustache et barbiche, et s'engonce dans un uniforme vert bouteille de colonel de l'armée populaire. Métamorphose presque parfaite, si ce n'était sa diction encore trop soyeuse, qui parfois passe inconsciemment du russe au français. Langue qui avait alors l'affection de l'aristocratie. Comme nombre de vampires, la guerre civile qui fait alors rage, lui va bien au teint. Les époques de fin de règne, ont toujours été propices aux grands carnassiers qui y trouvent là abondance de nourriture.

-L'or des Tsars. Le trésor des Romanovs. Les joyaux de la couronne impériales. Nombre de pièces ont déjà été pillées et seront bientôt revendues à l'étranger pour financer l'effort de guerre de nos nouveaux maîtres. Mais il en est une. Inestimable. Que j'ai pu arracher à la vindicte populaire.

Il prend son temps pour raconter, semble s'amuser de la situation, alors qu'à l'extérieur le phare de la locomotive éclaire des dizaines de cadavres suspendus aux poteaux télégraphiques bordant la voie. Spectacle au combien glaçant et qui pourtant ne lui arrache aucun froncement de sourcils. On est en russie et c'est la guerre. Des gens meurent. Disons que ces choses là sont ordinaires pour les gens comme eux. Pas de quoi en oublier ses manières feutrées et son verni d'arrogante éducation. Non, le jeu d'échec entre eux. Au sens propre comme littéral semble plus l’intéresser. D'autant plus que la jeune femme lui faisant face vient de le mettre en échec à l'aide d'une tenaille d'un fou et d'un cavalier.

-Un œuf de Fabergé. Pas le plus beau. Ni même le plus soigné. Je dirais même plus qu'il tient plus de la verroterie qu'autre chose. En porcelaine. En simple porcelaine. Imaginez vous cela ! Mais j'étais là lorsque notre Tsar l'offrit à sa fille chérie. Tout comme j'étais là, lorsque après l'avoir fusillée dans la cave de la Maison Ipatiev, les soldats lui ont ouvert les doigts pour lui arracher cette babiole sanguinolente qu'elle pressait encore contre son petit sein lacéré par la rafale.

Voilà donc ce qu'il vient de sortir d'une sacoche d'officier posée sous la banquette de velours. Un petit œuf de Fabergé – disons un œuf de caille – dont la porcelaine rosée avait été marbrée, souillée, de croûtes de sang séché. Objet délicat qu'il posa entre eux sur la tablette brinquebalante du train. Entre un exemplaire du Capital de Marx et leurs tasses de thé. Comme tous les œufs de Fabergé, ce dernier recelait une surprise. Sorte de d'infime mécanisme secret, qui une fois décelé, permettait de l'ouvrir et de dévoiler une miniature a l’effigie du chaton favoris de la princesse. Voilà qui était parfaitement ravissant. Quoique un peu sordide si l'on se représentait la funeste destinée d'une princesse découronnée tirée de son lit au plus fort de la nuit pour être fusillée dans une cave. De toutes les choses qu'elle avait emmené en exil, cet œuf pressé contre son sein tel un talisman rassurant était le dernier a avoir capté les battements de son cœur affolé.

-Vous les entendez vous aussi. Ces pépiements effarouchés qui s'en échappent à chaque fois que l'on l'ouvre. Et cette odeur. Cette odeur ma Chère ! De sang royal. Que dis je. De sang Impérial. Quand je pense que le Voile nous interdit de nous en prendre à ceux qui font l'Histoire. Il n'empêche. Anastasia vivante, il m'aurait été délicieux de lui téter la gorge.
En m'excusant encore pour le retard !

J'espère que l'ambiance saura te porter :pur:

Bien entendu si tu as des questions je suis là.
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« Et il m’aurait été tout autant délicieux de vous trancher la gorge. Mais l’Homme étant ce qu’il est, notre intervention réciproque n’aura pas été nécessaire; le voile demeure intact, je vous bats aux échecs et le tsarisme n’est plus. L’Histoire, bien que protégée de nos crocs, n’aura pas préservé le sang Impérial. »

Elle servit à ses lèvres la tasse de thé tiédit, sa langue perçant à peine le nuage de lait à son sommet. Bien des années après son Étreinte, elle avait appris à s’attendrir, chérir ces gestes et ruses qui la confondaient aux créatures du jour. Réajuster le châle sur ses menues épaules. Souffler dans les paumes de ses mains jointes pour chasser l’hiver. Détourner les yeux chastement des cadavres jonchant les rails, à peine visibles à travers la fenêtre givrée.

Le colonel, le grand duc – peu importait le patronyme qu’il s’affublait à présent – semblait partager cette aisance à se fondre dans les ombres lourdes et tremblantes du Transibérien. La prestance de deux vieux prédateurs ayant épuisé l’impétuosité des premières nuits à côtoyer la Bête. Ils avaient tous les deux foulé les berges de la Volga et parader au Palais d’Hiver avant même que le tronçon de voies ferrées démarrant à Vladivostok ne soit inauguré. Son impromptue présence la distrayait plus qu’elle ne l’irritait. L’accommodait même. La guerre affamait le corps et l’esprit, grugeait la civilité et alimentait la méfiance. La superposition des conflits et des rumeurs, la progression de la Révolution et la famine servaient à ses nombreux desseins, mais contrariaient ses déplacements. La suspicion gangrenait les villes tandis que les hommes arboraient leurs couleurs avant de sectionner la tête de l’ennemi d’un coup de feu. Sofia, en retrait, patientait. Elle mettrait le pied dans le camp des gagnants après avoir usurpé les bien de celui des perdants. Le pays avait été saigné par la guerre. Il lui suffisait de poser sa bouche contre le sol pour s’abreuver.

Il en demeurait qu’une femme seule, à contrevent de l’hiver, attirait davantage l’attention qu’en compagnie d’un colonel de l’armée populaire. Particulièrement si cette femme dormait le jour et, la nuit, arpentait les wagons, laissant dans son sillon des passagers léthargiques.

« Je vous mentirais si je vous disais que la raison de mon voyage n’a rien à voir avec le massacre d’Ipatiev ou celui d’Alapaïevsk. Je ne partage toutefois pas votre fascination pour le sang royal. Il s’agit de porcs bien nourris, certes, mais que dire de cette consanguinité, cette hémophilie et – Dieu seul le sait – autre impureté souillant leur caractère. »

Sofia réajusta la bague à son index, seule parure clinquante qui jurait contre l’austérité de ses habits : un charme pour repousser les entreprenants en quête de chaleur et de divertissement afin de briser l’ennui de l’attente. Il faut dire que les nouvelles l’avaient prise de court et qu’elle avait dû quitter à la hâte pour attraper le train de nuit avant qu’il ne fasse crier sa machinerie éreintée. Le temps lui avait à ce point manqué que, sur son pupitre, devait encore reposer une lettre inachevée relatant à une connaissance la violence des pogroms en province. Quelle était l’expression déjà ? L’homme est un loup pour l’homme. Une vérité amusante.

Un bref instant, elle songea aux communautés d’orphelins s’étant constituées à Saint-Pétersbourg et à l’orphelinat qu’elle avait financé grâce à un prête-nom. Une bonté d’âme, une générosité exceptionnelle s’étaient écrié les quelques feuilles de chou subsistant au climat difficile. Il s’agissait surtout de trouver une alternative à ses élevages de paysans clairsemés par la réforme agraire. Le décret sur la terre de Lénine avait sonné le glas des derniers soubresauts de la glorieuse époque où, à la moindre envie, elle se contentait de cueillir un serf pour se rassasier à sa gorge chaude. Mais voilà que la guerre lui offrait sur un plateau d’argent des âmes ingénus dont le sort n’importait à personne.

« Mais je suis une grande sentimentale. J’aime les belles choses. J’aime que les belles choses soient miennes. »

L’œuf aurait une place de choix entre sa montre Cartier originelle et le nocturlabe dont son Sir lui avait fait présent. Le memento d’un régime mourant et des sabliers qui se rouillaient. La valeur de l’objet ne se comptait pas en roubles ; elle y mettrait le prix réclamé pour une simple et magnifique raison : elle qui avait fleuri sous Catherine II, l’archétype du despote éclairé, survivait à présent l’effondrement de l’empire. N’avait-il pas plus grande allégresse que de contempler son immortalité à travers la chute des bâtisseurs de l’Histoire ?

« Est-ce Fortuna qui vous a conduit jusqu’à moi ? Votre prix sera le mien. De plus, comme gage de mes bons sentiments, laissez-moi vous informer que votre nom actuel aurait été prononcé lors d’une réunion de la Tchéka avant d’être ajouté à une liste dont je redoute la teneur exacte. Ne me demandez pas ma source, vous savez que je ne vous la divulguerai pas. Sachez cependant que je pourrais être en mesure de rectifier cette négligence de la Commission. De nombreuses faveurs seraient en jeu, mais rien n’est impossible quand on chérit ses relations, n’est-ce pas ? »

Sofia reporta son attention à l’échiquier agité au rythme du convoi. Son thé avait maintenant la froideur de la porcelaine constituant l’œuf convoité. D’un doigt, elle poussa un pion, l’esquisse d’un sourire brisant l’immobilité de sa concentration.

« À votre tour de jouer. »
Merci pour le test ! J'ai eu tant de plaisir à y répondre. :pinkheart:
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Forcément je valide notre demoiselle éternelle.

Un an d'attente, ça valait le coup d'être patiente.

La plume est toujours aussi subtile. Qui dessine par petites touches la figure multi-centenaire de ta personnage.

Les ambiances dépeintes, les éclats d'Histoire Russe, au fil de la fiche on fait qu'il a été tellement facile de rebondir dessus pour le test. Tout se déroule comme un roman, et l'on en ressort avec l'impression que cela se finit trop vite et que l'on voudrait la suite.

J'espère que tu vas trouver ton bonheur et l'inspiration à SPB.

N'oublie pas de remplir ton profil V.K (accessible lorsqu'on clique sur l'avatar) de même que la fiche de tes liens à venir : viewtopic.php?f=21&t=2453

Pour le reste enjoy et bienvenue sur les bords de la grande Neva !
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