Omryn,
"C'est pas vrai, c'est pas moi, et puis d'abord, j'étais bourré."
Omryn Kovalyov

Son pseudonyme sur V'kontakte : Kopeck
Age : 48 ans, transformé à 45
Groupe : vampire (Kravt)
Son métier, son statut social : chanteur à la petite semaine
Concept du personnage
Un ex-flic, passé sans transition du service militaire aux forces municipales, qui avait son groupe de rock/métal du samedi soir avec ses potes, et qui s'est découvert un petit succès dans une émission télévisée à la con qui l'a fait connaître. Il a raccroché le képi et vit désormais de sa guitare.

Son groupe s'appelle les Vintage Bikes, et il est connu pour son mélange d'esthétiques barbares et passéistes. Il a laissé tomber sa première carrière, mais il garde des réflexes, pas très diplomatiques ; et ses chansons parlent d'affaires criminelles, que ça plaise ou non. Il se trouve maintenant face à une obligation complexe, dans laquelle son Sire s'apprête à le guider : se retirer peu à peu de la scène publique, en interposant entre sa personne et son œuvre un Voile de mystère.

Il a perdu contact avec les mortels qui composaient son groupe de départ, sa transformation l'ayant rapproché d'un gang de motards nocturnes. Son personnage de scène est différent selon qu'il joue dans un bar ou à la télé. Il l'a nommé Abberline en référence au traqueur de Jack l'Eventreur, et il a appris à en présenter une façade très lisse et bon chic bon genre quand les caméras s'en mêlent. Dès qu'il descend de scène, il se décoiffe soigneusement et remonte sur sa moto ; ses amis l'appellent alors Kopeck. C'est un jeune vampire, encore peu en contrôle, et surveillé de près par sa meute. Sa musique devient de plus en plus sombre avec le temps, mais ne vous y trompez pas : il ne s'est jamais autant amusé.
Vampire Kontakte

C'est pratique pour appeler les copains. Son Sire lui a appris à se retrouver là-dessus pour arranger les virées.

La déchirure du Voile : eh bien, il savait qu'un taré vidait ses victimes de leur sang, c'est le tueur en série sur lequel il enquêtait. Mais c'était plutôt un truc du genre, le gars faisait du boudin. Jamais on n'avait imaginé qu'il pouvait boire une partie du sang et vider le reste pour couvrir son régime particulier. Mais quand le tueur a réalisé que l'enquêteur se passionnait davantage pour lui et son mode de vie que pour son travail à la police, il a eu l'idée de lui faire traverser le Voile et de faire de lui un citoyen de la nuit. Et ce n'était pas difficile de le contrôler. Un "cap ou pas cap" et on en faisait ce qu'on voulait. Il avait du potentiel ; il aurait été dommage de le laisser se gâcher au service du gouvernement...

C'est maintenant un Kravt à part entière, avec un molosse dans son sillage, un gros tas d'affection, qui adore surtout Minuit dans le groupe. C'est réciproque : elle peut le papouiller toute la soirée au lieu de boire des canons, les chiens sont sensibles à ça. Mais faut pas le surprendre en arrivant derrière lui tout à coup, sinon il mord. C'est pas sa faute, il est craintif. Enfin, quand les gens voient à quel point il est amoché, ils n'osent pas trop avancer leur main. Minuit, ça lui va. Elle a confiance. Elle l'a vu se vautrer sur les genoux de Kopeck dans le side-car, quand on le ramenait à la maison après le litre de trop, et mâchouiller son blouson d'aviateur sans lui faire de mal. (Enfin, à Kopeck. Le blouson tire quand même un peu la gueule, à la longue.)

Elle sait que c'est une grosse carcasse pleine d'amour, et ça vaut aussi pour le rocker, auquel elle plante parfois un bisou sur le front comme une petite maman. Même avec cette mimique qu'il a toujours, sourcils froncés comme s'il allait faire le coup de poing avec les gosses du village à côté. C'est juste une brute, il est pas méchant. Un sale gosse attachant, hurleur à la lune, amoureux de la nuit. Voilà sa relation avec le peuple des vampires. Les uns détestent cette attitude, et froncent le nez à l'idée d'être associés avec ce barbare. Les autres apprécient la puissance qu'il dégage, et la musique qu'il compose, malgré sa carrure sèche et sa voix rauque ; et certains autres, la distinction qu'il arrive à mobiliser quand il est temps pour lui d'apparaître sur un plateau de télé. C'est alors un autre homme qui apparaît, un seigneur cosaque en son château.
Son histoire

[Origines]

Sale gosse. C'était son second prénom dans les années 80. Tout petit, il montait à cheval et grimpait dans la montagne comme un singe, sans que personne se demande s'il risquait de se faire mal. Alors, il ne se posait pas non plus la question. Il ne se l'est toujours pas posée. En 1980 justement, il est allé voler un oisillon dans un nid d'aigle, pour s'en faire une bête de chasse ; il a failli se faire arracher le visage, et par les parents de l'aigle, et par ses propres parents, et par l'oisillon une fois grandi. Il l'a relâché, dépité, mais inconscient des risques courus. Bagarreur, caillasseur, mal nourri, étrangement costaud, il avait un sens bien à lui de la justice, et l'appliquait sans rien demander à personne. C'était un bébé ours dans une cour de ferme.

Sa famille avait poussé sur cette frontière rocailleuse, comme un bouquet de champignons parasites, à faire du commerce avec les villages d'en face et à les détester en même temps ; pendant dix-neuf ans de sa vie, ils restèrent tous citoyens de l'URSS, aussi loin que les routes puissent mener. L'hostilité avec les gosses de la vallée voisine était même plus forte encore. Traîtres vendus à Washington. Mauvais chrétiens, sorciers ou infidèles. Personne n'était assez bon citoyen. Au soir, il voyait son père patrouiller à cheval, torche à la main, avec deux autres miliciens, l'un avec sa carabine, l'autre juste son couteau de chasse et son luth triangulaire accroché sur le dos. Un rôdeur, un loup, un ours, un étranger, ils en faisaient leur affaire. Quand les autres ne pouvaient pas venir, son père allait seul. Et bien sûr, tout le monde était fan de Viktor Tsoï.

Bon, honnêtement la famille Kovalyov n'était pas arrivée là de son plein gré, la grand-mère libérée du Karlag en 1950 et jetée dans la neige avec ses enfants sous le bras, et Staline n'avait pas été un bon petit père pour eux ; mais c'était loin. La guerre était loin, la capitale était loin. La Sibérie était son propre monde, et l'ennemi, c'était le rival qui piquait les lapins morts dans les collets. Parfois, on lui tranchait la gorge. Loin du pouvoir, loin du ciel, comme on disait ici ; quel regard surveillait leurs crimes et leurs malheurs ? Aucun. Il fallait se débrouiller. Omryn Sale Gosse était doué pour ça. Et puis tout à coup, le sale gosse eut l'âge de partir faire son service. Nouveau pays, nouveaux espoirs. Dès 92, il était loin de chez sa vallée, un uniforme sur le dos.

Aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours eu une arme greffée à la main. Ça n'a jamais changé. Il impressionnait les instructeurs avec ça. Il avait l'oeil, il visait juste. Il ne se laissait pas faire, c'est ce qu'il écrivait à sa mère tous les week-ends. On l'avait collé dans l'artillerie, à s'occuper des chevaux qui tirent les belles pièces chromées pendant la parade, parce qu'on le jugeait con comme un mulet, une tête de lard émergée du fond de la province. Un sale mélange, un air un peu fou, trop intense, dangereux. Cheveux embrouillés de Tatar. Paupières effilées du grand-père. Regard glacé d'Allemand de la Volga. Beauté rêche, troublante pour les jeunes recrues à la sexualité débordante et encore mal définie. Omryn Sale Gosse devint Kovalyov Sale Con. Ses phalanges s'écrasaient jour après jour sur une marée de mâchoires, de nez et de crânes qui revenait sans cesse sous d'autres formes. Il ne se lassait pas. Il servait son pays. Et il apprenait vite ; conduire des machines invraisemblables était une seconde nature.

C'était l'aventure, les grands baraquements, les cantines aux bacs de métal pantagruéliques dont l'odeur le faisait saliver, les cours de terre battue martelée de centaines de pas. Il n'était pas intimidé, mais il aimait bien l'élan épique de tout ça. Une jungle de béton, ce n'était pas plus compliqué qu'une jungle de caillasse. Et dans un sens, il aimait bien être loin de chez lui. Ne plus être obligé d'aller prier sans arrêt avec sa mère. Quand il rentrait pour les fêtes, il en causait avec son père, dans des moments complices au coin du feu, quand elle ne risquait pas d'entendre. C'est dans un tel moment qu'il prit sa décision. Il allait chercher du travail dans les grandes villes, à Kiev, à Moscou, à Saint-Pétersbourg. Dans l'armée, dans la police, dans la sécurité. Il enverrait de l'argent tous les mois. Il serait une légende. Les chèvres qu'on aurait achetées avec son salaire, ça seraient "les chèvres d'Omryn". Ils feraient peut-être même du fromage exprès pour lui, qu'il mangerait à son retour.

Il n'imaginait pas de plus grande gloire sur le moment, alors qu'il étalait son fromage sur sa tranche de pain, avec son bon vieux couteau de chasse, gravé d'un motif d'aigle. Et il fourrait le pain dans sa grande bouche fendue d'un rire, l'écrasait de ses mâchoires implacables, avec une joie féroce. Une rasade d'eau-de-vie, une tranche de lard frit, une poignée de noix du jardin, et ils poussaient la chansonnette ensemble, aux échos de la falaise. Ah ! C'était la vraie vie.
[Ombre]
Mais le retour à la grande ville, c'était le safari, et ça, c'était addictif. Le jeune homme repartait brûler ses vingt ans, puis ses trente ans, à la lueur des lampadaires, avec l'acharnement d'un explorateur de jadis, attiré par le soleil des tropiques ou les ténèbres de la jungle. Sa figure sèche avait perdu les joues de l'adolescence et il n'avait plus qu'un air dangereux. A l'école de police, il était le meilleur pour les répétitions d'interrogatoires musclés. Quand il se mettait à gueuler d'un coup en tapant sur la table, en jurant dans son patois incompréhensible, il projetait une agressivité brute qui faisait sursauter les plus endurcis. Puis il se calmait, et il leur tapait sur l'épaule en riant. C'étaient ses potes ! Ils ne risquaient rien. Il n'était pas fou, non plus !

Les potes, bientôt ce furent ceux qui le retrouvaient le samedi soir, après une bonne semaine de boulot, pour s'éclater dans son garage avec quelques grattes et une batterie. Il adorait toujours autant chanter. Ils faisaient ça pour le plaisir. Aucune ambition là-derrière. Ils faisaient ça comme ils prenaient leurs motos pour décoller et aller tracer de la route. Quand il leur parlait des grandes steppes qu'il avait traversées pour venir, il les faisait presque rêver. Ce n'étaient pas de grands rêveurs dans l'âme.

Et comme promis, il envoyait de l'argent au village ; il fit réparer le toit de la grange, que la foudre avait frappé ; et il paya un beau mariage à sa soeur. Lui, ça ne l'attirait pas, ces mièvreries, il préférait les louves de la banlieue. Mordre, baiser, repartir. Il avait joué à ça, lors d'un retour au village, avec une femme du village voisin qui ne voulait pas se marier non plus. Il avait une fille, à ce qu'il savait, et il lui envoyait de l'argent aussi. Yamna.

Mais ce qu'il préférait, c'était traquer l'Ombre. Un tueur en série dont on ne savait strictement rien, à part son mode opératoire. Il saignait ses victimes, pendues la tête en bas, comme des porcs. Un rituel, sûrement ? Ou juste une pulsion sadique. Ou un gars des abattoirs qui avait fini par perdre la boule. Fallait que ça arrive. C'était la théorie du médecin-légiste. Comme à l'armée, Kovalyov se dit : je suis pas le plus fort, je suis pas le plus malin, mais je vais pas me laisser faire. Il mordit dans cette main tendue par le destin et remonta la piste, et le psychopathe commença à jouer avec lui un jeu du chat et de la souris. Les collègues ne le prenaient pas très au sérieux. Ils se disaient qu'un jour on le retrouverait saigné comme un porc, lui aussi. C'est tout ce que ça lui rapporterait. Sûrement pas une promotion.

A côté de ça, il écrivait des chansons de plus en plus sombres et cyniques, qui le défoulaient des horreurs de son boulot. Elle était glauque, cette ville. Elle respirait le mystère, celui qui colle aux os et laisse une sensation de froid mordant, difficile à secouer. Et le public répondait positivement. Oui, parce qu'ils chantaient devant un public, maintenant. Dans les bars, dans les parcs. Ils se faisaient plaisir. Un jour, il chanta "Peritas", une chanson pour son chien, qu'il avait trouvé sur un ring de combats illégaux : une pauvre bête qui servait d'appâts aux camarades et qui s'était fait tellement cogner qu'elle n'entendait plus rien. Un gros squelette mal en point et débonnaire, qu'il bourrait de viande rouge pour le remettre sur pattes.

Il l'avait adopté, c'était plus fort que lui. Au cours des années qui suivirent, la chanson fit le buzz, et finalement, ses fans le poussèrent à la chanter dans une émission de télé qui avait ouvert un casting. Il ne pensait pas que ça donnerait quelque chose. Il s'était engagé là-dedans pour rire. Lui, ce qui comptait, c'était sa traque de l'Ombre. Mais il était content de se dire que ses fans se battraient pour récupérer la pauvre bête pleine de cicatrices, si il lui arrivait quelque chose. Et il écrivit une autre chanson pour le concours qui aurait lieu au bout de l'émission : "Abberline". Ça, c'était destiné à l'Ombre. C'était son nouveau pseudo.

Mais avant qu'il reçoive ses résultats d'admission, l'enquête prit un tour inattendu. Un soir, on sonna à sa porte. Il alla ouvrir ; c'est pas le molosse qui allait le faire, il n'entendait pas la sonnette. C'était con quand même, il n'entendait pas sa musique non plus. Il se couchait par terre et il se laissait masser le ventre par le vibrato des basses. Et parfois il se roulait comme un chiot, avec son air rigolard et sa grosse gueule béante, comme un piège.

Devant la porte, l'Ombre était là.

C'était juste un random moustachu en blouson de moto, et des espèce de dessins chinois sur sa peau ; comme on en croise dans les bars à deux heures du matin, rien de folichon... mais en échangeant deux mots avec lui, Kovalyov comprit directement de qui il s'agissait. Et après une hésitation, il le fit entrer. C'était con à dire mais ils discutaient bien. Ils s'entendaient bien, en fait. Mieux qu'avec les collègues, mieux qu'avec le groupe, et mieux qu'avec ces ahuris de voisins, et largement mieux qu'avec les gars à l'armée. Il l'avait soigneusement observé pendant toutes ces années ; ils avaient enquêté l'un sur l'autre avec le même acharnement, c'était rigolo. Et l'Ombre avait une proposition à lui faire.

Il allait l'aider, pour cette émission. Il allait polir le diamant brut et lui donner une éducation express, et le renforcer physiquement, au point que ça lui serait égal de cracher du sang en sortant de scène après s'être défoncé au micro. Il allait faire de lui, mieux qu'une star, un prince. Kovalyov rigolait bien : y avait du boulot, et puis, son but à lui, c'était de coffrer l'Ombre et de la mettre au frais. Fallait plus que des promesses bizarres pour le faire changer d'avis. Alors qu'il se marrait, l'ombre lui avait sauté à la gorge. Et à nouveau, le chien n'avait rien entendu. Ce soir-là Kovalyov devint le dévot et l'élève d'un être centenaire. Il remit son destin entre ses mains et il n'éprouva jamais de regrets.
[Métamorphose]
Son chef le convoqua la semaine suivante, au retour d'un congé maladie que Kovalyov avait pris soudainement. C'était pas pour lui remettre une médaille. Ça pouvait pas continuer, ce qu'il faisait. Chanter des trucs au sujet de son travail. Même s'il n'avait qu'un petit public de badauds et de poivrots, c'était déjà beaucoup, surtout avec les réseaux sociaux, ma bonne dame. De vieilles histoires ouais, et encore, doucement avec la période soviétique, mais pas des affaires en cours. Fallait qu'il se trouve un autre loisir.

Il faisait de la moto non ? Qu'il fasse de belles virées en forêt, ça le sortirait du boulot, au lieu de s'y complaire. Kovalyov n'aimait pas trop qu'on fasse pression sur lui, mais bon, il comprenait bien qu'il était maladroit avec ses chansons. C'est ça qui plaisait ! Les gens, ils étaient contents quand ils étaient choqués ! On baise pas une femme avec le petit doigt, pas vrai ? (Sauf quelques femmes très particulières, qu'il ne connaissait pas, donc il n'était pas concerné.) Mais le chef n'était pas réceptif à ses boutades. Il allait devoir choisir.

Bah, il laissa les gens de la télé choisir à sa place. Le public votait pour le vainqueur, il ne savait pas trop si c'était truqué ou pas, mais il avait un succès monstre, dans le rôle d'Abberline : le beau flic lisse et bien élevé, propre sur lui, qui semblait descendu d'une affiche de film. Les gars de son groupe étaient un peu jaloux, mais il leur assurait que dès l'année suivante, tout le monde aurait oublié. Y aurait de nouvelles stars et ça finirait dans les archives du divertissement. Il en était convaincu.

Son arrêt maladie se prolongea ; il disparut du circuit, et ses anciens collègues du commissariat pensèrent qu'il était rentré dans sa famille. Il avait l'air malade récemment, il faisait des baisses de tension, il ne tenait plus l'alcool, ça ne lui ressemblait pas. Pendant quelques années, il resta mort aux yeux du monde. Il traînait en Sibérie mais sa famille le croyait à Saint-Pétersbourg. Il n'aime pas reparler de cette époque ; il évoque juste l'aurore boréale sur les grandes forêts obscures, le craquement de la glace noire sous les pieds, et le goût ferreux dans sa gorge. Comme un loup-garou qui enfouit dans sa mémoire le souvenir de sa première transformation. Quand il regagna la ville pour affronter les feux des projecteurs, il était prêt. Plus que prêt : il était méconnaissable. (Aussi, il buvait du sang, mais chut.)

L'Ombre avait triché, pour lui faire accepté son extreme makeover. Il l'avait défié. Kovalyov n'a jamais su résister à un défi. Pour lui, "t'as pas les couilles de..." suivi d'un effet souhaité, c'est l'équivalent d'une formule magique qui le prive de toute volonté. Et puis, cette émission de télé, sa mère allait la voir ; toute sa famille était assise devant le poste de télé, les gamins en tas par terre sur des tapis, avec des bols de soupe pour leur tenir chaud, et les grands en cercle autour sur les chaises, à se tenir la main en priant pour qu'il gagne. Les jeunes filles détournaient le regard pudiquement quand il devait danser, et les hommes beuglaient de fierté en levant le poing quand il était interviewé, brièvement et de façon aseptisée, sur une quelconque question de société.

Il était métamorphosé ; il était parfait. Un peu trop parfait au fond. Le groupe se payait sa tête, en citant l'émission avec un ton de voix maniéré, quand il revenait parmi eux. Un jour, il se brouilla définitivement. Ils étaient trop nuls. Elvis aussi, on l'avait emmerdé, quand il était jeune. Pantalons moulants et cheveux gominés, pour l'un, autorité ombrageuse et montre à gousset pour l'autre ; toujours la même histoire. S'ils ne voulaient pas d'une star parmi eux, il se démerderait tout seul, de toute façon c'était lui le groupe ! Il écrivait les chansons, la musique, il jouait de la guitare, il chantait, il dansait... Il était une force de la nature. Eux, c'était que des sales petits citadins sans énergie, des fleurs de game boy. Il avait pas besoin de les traîner comme des boulets.

L'Ombre l'encourageait. Il ne vieillirait jamais. Et puis, il y avait la chasse, à laquelle il devenait de plus en plus habile, lui qui avait grandi parmi des chasseurs depuis sa plus tendre enfance. Il y avait ses nouveaux frères de meute, les motards avec lesquels l'Ombre l'emmenait en virée quand il commençait à craquer. Et puis... la solitaire Minuit, avec sa cascade de ténèbres dans le dos, comme une longue aile noire ; avec ses allures à la fois fragiles et intimidantes, qui aurait bien mieux mérité le surnom d'ombre, si sa pâleur lunaire n'avait pas tranché dans la nuit. Il l'appelait Mimi. L'Ombre, pour les copains, c'était Kenning. Et lui, on l'appelait Kopeck. Il ne se rappelle plus pourquoi.
[Epilogue]
Et au terme de ce dernier volet de l'émission, il remporta le concours. Enfin, certains avaient gueulé, la musique de nos jours, tout ça. Il en était plutôt content. Il avait quitté la police. C'était pas plus mal, il aurait fait une bavure tôt ou tard, une plus grosse que d'habitude ; autant que ce soit en tant que métalleux déjanté. Au moins il serait récompensé pour ça, pas puni. Ouais, il avait trouvé le bon angle pour prendre cette grosse jungle de bâtiments, et remonter ses artères d'asphalte.

Du coup, maintenant il traîne avec les Kravt, pour sa musique et aussi en ville. Abberline et les Vintage Bikes est un groupe de métal brûlant, c'est comme ça qu'il le décrit. "Peritas" reste une de ses chansons les plus appréciées. Le chien est toujours là, il n'a pas peur d'un maître qui vit la nuit, au fond rien n'a vraiment changé pour eux deux. L'Ombre est son manager, à l'amiable, et participe aussi aux concerts avec ses putains d'instruments à cordes. Et balader un alto, ou juste un flingue dans l'étui en question, ou rouler en Brough Superior, c'est le meilleur moyen d'attirer la bagarre ; Kopeck est devenu très adepte de cette forme de malice. Ça s'est fait tout seul, il n'a pas hésité, cette faction lui tendait les bras. Le vampirisme n'a fait que renforcer son côté inconséquent, le mec qui fait des conneries depuis toujours et qui s'en relève à peine froissé ; il peut se rouler tout nu dans la neige, maintenant, il sait qu'il risque pas d'en crever.

Et on secoue pas Mimi dans la fosse, quand elle vient applaudir le groupe ! Elle, c'est sa mascotte, à moins que ça ne soit l'inverse. C'est un coup à se prendre le lead singer sur le coin de la mâchoire, il plonge sans réfléchir quand il voit ça. Qu'il joue en pantalon de mécano, luisant de sueur et torse nu, la mousse de bière accrochée à sa moustache, ou qu'il gueule ses refrains dans un costume trois-pièces avec œillet à la boutonnière, ça ne change rien à ses réflexes. Ceux d'un motard à l'uniforme mal accroché, qui combattait les gangs sur le terrain.

Bon, il écrit toujours à sa vieille maman, mais il ne lui dit pas ce qu'il devient, elle le traiterait de drogué, et elle le ferait revenir pour un exorcisme à l'ancienne. Il dit juste qu'il s'est fait plein de potes. Une vraie petite famille qui l'attache à Saint-Pétersbourg. Un peu effrayants vus de l'extérieur, lui, l'Ombre, Minuit et le chien. Et les chèvres d'Omryn ? Elles vont bien, merci. Sa maman lui envoie du fromage de temps en temps. Autant il a complètement perdu le goût des trucs sucrés, autant ça, il ne s'en lassera jamais.

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Spoiler:
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MI........ :shock:

*pousse le chien du pied* Sale bête. Y en a que pour toi. :roll:

Fais gaffe, paraît qu'il mord, des fois quand le coq chante et que les cloches sonnent... Et concernant la classe, j'ai été relooké par quelqu'un de bien, récemment. ^^
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Bonsoir, et rebienvenue.

J'ai modifié le pseudo et j'ai ouvert les accès en zone RP.

J'ai beaucoup aimé le passage "flic" dans la vie de ton personnage et son lien avec Ombre. Presque déçue qu'il ai troqué le calibre pour le micro.

Au niveau du test je suis un peu à l'arrache ces derniers temps.

Je ne sais pas si Minuit veut s'en charger puisque ton histoire l'inclue avec déjà un lien ou sinon il faudra attendre vendredi je pense :question:

Et le dessin est grave adorable :pinkheart: Faisait longtemps que tu n'avais pas mis en scène des éclats de vie de tes personnages.
Merci ! ^^ Je pense que je dessinerai de temps en temps pour ces deux-là. Ils ont du potentiel comique à revendre. Oui, Minuit peut s'en charger, elle connaît bien le personnage. :mrgreen:

Qui sait ce que l'avenir amènera, la célébrité ne sera pas possible longtemps pour cause de vampirisme, pourquoi pas ouvrir un cabinet de détective privé... 8-)
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J'ai vu que très tardivement le message. J'ai fait simple, j'espère que cela te plaira. Tu connais la chanson partenaire ♥

Ça s'agite, les pieds font du bruit dans les coulisses, les respirations sont haletantes alors que tout n'est qu'un fouillis de personnes et de câbles. Vite, il fallait que tout soit prêt. Ajuster le son de la guitare qui grésille, vérifier que tout fonctionnaient à merveille, premier essai dans le micro qui résonne autour d'eux. Agitation de la foule qui trépigne déjà d'impatience, hurle le nom d'emprunt de Kopeck d'un raclement de gorge, réclame le groupe Vintage Bike d'un beuglement. Des câbles que l'on étire et qui manquent de faire tomber plus d'une personne, des loupiotes qui clignotent à droite et à gauche dans un dédale électronique.
Petite scénette dans les bas quartiers de la banlieue Saint-Pétersbourgeoise qu'avait trouvé Kenning suite à une renommé fulgurante dû à une retranscription télévisée, une sorte de grand pub accueillant dans une salle mitoyenne les célébrités locales à grand renfort de prix baissé sur la consommation d'alcool et la promesse d'une soirée endiablé. Satisfait et jamais remboursé.

Le bruit du cuir et de métal alors que Minuit se déplace dans l'arrière salle, cherche Kopeck du regard, chasse d'un mauvais regard celui qui osait l'interrompre dans sa recherche. Se glisser derrière les rideaux tendus, lever haut les rangers pour ne pas chuter dans la pénombre. Cette soirée était une nouvelle étape pour le groupe, un lieu pouvant accueillir un bon nombre de fans et d'en ameuter des nouveaux, avec une équipe derrière capable de gérer entièrement le fonctionnement d'un concert.
L'excitation qui fait frémir et donne la chair de poule, cette tension avant le concert qui faisait battre les cœurs. Bientôt, il seront à l'unisson pour devenir une entité vivante dans la fosse.

Retrouver l'homme à la peau mordorée et à la chevelure dansante. Ce sourire contagieux qu'ils s'échangent alors qu'elle l'enlace fermement.
Tu te souviens Kopeck au début ? C'était différent de maintenant. Avant que l'on se rencontre tu étais déjà un chanteur, un petit gars à l'apparence lisse dans un TV show. Maintenant, tu es celui qui fait battre les cœurs. Un pacemaker. Tu es l'âme de la Sibérie qui monte sur scène et nous fait hurler à la lune.

Une caresse vers ce chien qu'elle aimait tant, une grattouille sur l'oreille abîmé alors qu'il l'aperçoit et remue la truffe.

- J'espère bien entendre une nouvelle fois « Peritas » ce soir.

Les yeux brilles, une longue mèche sombre remise derrière l'oreille. Parce que c'était important pour son ami, parce qu'à chaque fois ils se sentent pleinement vivant durant le concert et après à chasser la Nuit sur leurs bécanes. Parce qu'elle était fan de la première heure et qu'elle suivrait Kopeck jusqu'au fin fond des forêts marmoréennes.

- Comme d'habitude, je serais dans la Fosse. Et cette fois-ci pas de descende de coude. Un concert sans pogo, n'est pas un concert. J'suis solide.

Un clin d'œil. Barbare Tatar à la présence aussi rassurante qu'électrique dont elle s'amuse à redresser la moustache d'un geste rapide. Aussi sauvage l'un que l'autre à leurs manières. Ce palpitant énorme où elle pose une main si pâle en comparaison de sa peau teintée éternellement de soleil avec un sourire. Pour partager le même souffle, cette même inspiration qui gonfle les poumons et fait monter l'adrénaline.

- Amuse-toi.

Une évidence à ne jamais oublier. Alors qu'elle se redresse sur la pointe des pieds pour lui déposer un baisé rapide sur ses lèvres avec amusement et repartir aussi vite en laissant les ragots se murmurer aux oreilles. Pas de pétage de dent ce soir, juste le jeu de celui qui ose. Cap ou pas cap.
Se faufiler dans la Fosse pour rejoindre la foule grouillante. Et déjà les lumières se tamisent et les spots éclairent la scène et Kopeck qui arrive.
Hurlement.
Première note de musique.
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Je connais la chanson, oui :mrgreen:
Tout fier d'être recoiffé par sa copine à longues dents, la star rayonnait d'une énergie communicative, qui semblait irradier toute la salle de ses tentacules invisibles, frissonnantes. Des flammes qui, ce soir, ne brûleraient personne. C'était la fête et la bonne ambiance, on allait s'amuser à fond, humains et vampires collés ensemble dans la fumée des clopes et des bedos, la sueur et l'agitation, une espèce de partouze platonique, enfin, il était à peu près sûr que quelques petits couples plus audacieux que les autres allaient faire leur affaire dans la pénombre ; et ça ne le dérangeait pas. Il avait été élevé à l'ancienne, mais la grande ville c'était une zone de non droit. Et ses fans étaient une faune libre. Il y veillait.

Amuse-toi. "Si c'est un ordre..."

Ce soir, il était le roi, il rendait la justice, et si d'aventure quelqu'un déconnait, il en ferait son affaire, ou son casse croûte. Personne ne bousille les festivités de ses petits camarades. Personne n'emmerde Minuit. Il lui autorisait un peu de fun brutal, mais au delà d'une certaine limite, il ferait fi de ses recommandations, et il viendrait s'en mêler. Oh, c'est sûr, elle n'en avait pas besoin ! Mais elle aimait ça au fond, il en était sûr. Et lui en tout cas, il adorait. Se mêler de ce qui ne le regardait pas et se bagarrer aux côtés de Minuit. C'est pas parce qu'il gérait l'animation musicale qu'il n'avait pas le droit de s'éclater un peu, lui aussi !

"Pour un baiser de tes jolies lèvres, je te chanterai ce que tu voudras, chérie !" clama-t-il en la suivant des yeux, alors qu'elle s'éloignait à nouveau, vive comme l'eau qui ne tient pas en place, suivie par le serpent de nuit de sa chevelure. Puis il explosa de rire. Elle était géniale, cette femme. De tous ses potes de virée, elle était la plus insolente et déterminée. La meilleure. S'il avait dû lever une armée, il lui aurait confié le commandement d'une unité d'élite, sans hésitation.

C'est drôle de se dire qu'au début de leur histoire, il était humain. Un grand con d'humain sûr de lui, à la grosse barbe noire et au rire à croquer la lune. Elle avait vu clair dans son jeu tout de suite et l'avait recadré comme le jeune chiot qu'il était. Ça ne lui avait pas fait de mal. Il y était revenu, la queue entre les jambes, tout prêt à se faire pardonner. Et sûrement que Kenning, qui avait de grands projets pour lui, avait intercédé en sa faveur... enfin, autant qu'un Kravt peut intercéder auprès d'un autre Kravt. Ah, c'était de l'histoire ancienne. Il était adopté maintenant, c'était le principal. Pas de dettes entre amis.

"Regardez qui est là !"

Il se baissa dans la fumée, et saisit le gros paquet de barbaque qui gigotait affectueusement entre ses bras. Debout, il le souleva autant que possible, et le public poussa une ovation. Ce bonhomme à la bouille rigolarde et à la peau couturée, c'était un peu leur bébé à tous. Kopeck le secoua joyeusement puis le reprit dans ses bras exactement comme un bébé, calé sur sa guitare en bandoulière, les bras passés sous son échine, en essayant d'esquiver les grands coups de langue pour se rapprocher de son micro.

"C'est le héros du jour ! Qui lui a ramené à manger ?"

Il faisait ça parfois, et le public s'y tenait prêt, du moins les plus grands habitués. Les plus cons jetaient des boîtes de conserve. Heureusement ce soir, ils n'étaient pas trop nombreux. Les psychos balançaient parfois des bêtes crevées, ramassées au bord de la route ou obtenues autrement, des espèces de sacrifices. Valait mieux pas savoir. Quand ils les sortaient de leurs poches déjà complètement mortes, ça allait encore. Mais en général, c'étaient des croquettes, de ces grosses croquettes aux formes marrantes et aux couleurs absurdes, que le chien mâchait avec conviction, sa mâchoire épaisse posée de côté sur les planches vibrantes de musique. Et puis, parfois, il y avait l'éventuel taré qui jetait quelque chose qui pouvait blesser le chien. Pas forcément avec malveillance ; mais bon, il fallait ouvrir l'oeil. Le public ne savait pas toujours ce qu'il faisait.

Kopeck vit venir l'os, un bon gros fémur de boeuf sans doute plein de moelle, mais balancé sans réfléchir par un fan un peu trop lourdaud ; le pauvre chien allait se ramasser ça en pleine gueule.

Sans réfléchir non plus, son maître pivota sur le côté pour parer... d'un coup de boule. Il avait le chien dans les bras, il pouvait difficilement faire autrement. Le choc résonna dans son crâne, le chien glapit, effrayé par le passage de ce gros oiseau de pierre au-dessus de lui, et Kopeck vacilla, tandis que l'os roulait à terre à ses pieds. Il se pencha, mit un genou à terre, déposa le chien, et grinça des dents. Le sang coulait de son arcade fendue. Il aurait besoin de mordre, à l'entracte ; de mordre profond et vite, et de s'abreuver à la source. Mais pour le moment, il se releva et reprit le micro. La salle retenait son souffle.

Exploser le crâne du chanteur en début de concert, ce n'était pas le bon plan pour passer une soirée animée.

Un grand sourire étira les lèvres du blessé, qui gueula dans le micro : "Vous y avez cru hein ?" Un riff de guitare, un signe à la batterie, et c'était parti. Abberline, plus fort que jamais. Mais tout en chantant, le sang luisant venant zébrer son visage dur d'une ombre supplémentaire, tout en pointant son doigt sur la foule à nouveau déchaînée, il chassait sans en avoir l'air. Il échangeait avec Minuit de ces signes de meute qu'elle comprenait, de loin, entre les arbres, et tout aussi bien ici, au milieu des humains ignorants. Un arc de cercle. Approcher par derrière. Déplacer la cible. L'amener à découvert. C'est lui qu'il boirait, à l'entracte, avec son amie. Ce salopard qui avait failli éborgner LEUR chien. Et sa voix rauque, entre rire et colère, plaisait beaucoup.
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