Fiodor

« Je mettrai mon cœur et mon sang dans cette toile. »
Fiodor Vladislav Zamiotov
Son pseudonyme sur V'kontakte : LastDawn
Age : 32 ans
Groupe : Saint Petersbourgeois
Son métier, son statut social : Restaurateur d'art
Concept du personnage
Ce n'est pas qu'il n'aime pas la nuit – au contraire – c'est que Fiodor déteste l'instant où tout doit se stopper. Celui où il posera ce qu'il a entre les mains pour tout laisser en suspend jusqu'au lendemain. Il redoute le coucher, l'instant où il fermera la porte de sa chambre et s'endormir entre des draps froids. Seul. Avec pour seule compagnie la lueur de la lune qui filtre à travers le store entrouvert.

Bien souvent, il jette son dévolu sur son canapé, avec l'écran de sa télévision ou de son ordinateur qui le regarde sombrer. Pas parce qu'il en a envie ; mais parce que le corps doit se reposer. Le cerveau se mettre en veille. Les nuits blanches ne peuvent être éternelles et Fiodor en abuse.

Comme tout le reste. Trop de nicotine, trop d'alcool, trop de dépenses. Une vie sur le fil. C'est pour cette raison qu'il repousse jusqu'à l'indécence l'heure du coucher. Il ne sait de quoi sera fait demain et cela le terrorise.

Il est un oiseau de nuit qui ne cède uniquement lorsqu'il n'a plus le choix, alors il erre. De chaîne en chaîne. De site en site. Il peint dans le silence de son appartement. Du bruit des autres locataires de son immeuble. De la musique qu'il met dans son casque pour s'en couper et se concentrer. Parfois, il ose continuer à travailler. Demander à rester tard et continuer à plancher sur les toiles qu'il restaure jusqu'à ne pas s'apercevoir que le jour se lève sous son dos endolori et ses yeux fatigués.

Travailler. Peindre. Errer, parfois, le long de la Neva, pour en observer les ponts se lever et les bateaux passer. Se perdre dans un bar et observer les vampires revivre tandis qu'une partie du monde s'endort. Et, donc, observer le jour poindre à l'horizon. Chez lui. Sur le toit de son vieil immeuble. Depuis les fenêtres de l'atelier où il travaille. Les bordes du fleuve.

C'est là l'instant qu'il préfère. Celui qu'il aime plus que tout observer. Ignorer l'odeur de tabac froid, de café frais. De peinture, aussi, qui lui colle à la peau en permanence. Son téléphone qui pépie. Le bruit sourd des ponts qui s'abaissent pour la journée. Tout ce qui chasse la nuit et son mal-être qui l'étouffe. Comme le surgissement de cauchemars devenus réalité et la crainte que tout s'arrête. Que ces habitudes dans lesquelles il s'est plongé ne soient ébranlées. Pour disparaître.

Les nuits qu'il rend blanches. Le sommeil qu'il repousse de toutes ses forces. Le jour et l'éveil le rendent brave ; ou plutôt courageux. Car s'il aime observer les vampires qui peuplent la capitale des Tsars, s'il s'y intéresse pour pouvoir les immortaliser de son œil. De son pinceau. La réalité, c'est qu'il les redoute. Il en a presque peur. Eux. Le pas de côté. La curiosité et la tentation. De plonger pour ne plus jamais revenir.
Vampire Kontakte
Fiodor observe. Beaucoup. Il l'a toujours fait, à chercher le moindre détail utile. Œil d'artiste qui aime à vouloir peindre les choses comme il les voit. Alors il scrute. Parfois discrètement. D'autres avec plus d'attention que nécessaire, afin de tout décortiquer. Trouver ce truc en plus. Le déclic qui lui donnera l'envie de retranscrire sur toile ce qui se joue sous ses yeux. Qui donnera tout son sens à la présence de son personnage dans son environnement.

Alors il peint et il prend en photo pour garder une trace. Carte SD, ordinateur, espace de stockage en ligne. Tout ce qu'il a à sa disposition afin de sauvegarder ce qu'il jettera sans doute plus tard, ce qu'il fera disparaître sous une nouvelle couche d'acrylique. Même VK y passe. Ses paysages. Tout ce qu'il y a de furieux en lui. Et ses portraits.

Une trace, donc. Au cas où toute sa technologie le lâche subitement. Ne rien perdre, tout garder. Même le détesté. L'inachevé. Etrangement rigoureusement organisé sur VK. Dans ses dossiers. Pour retrouver en quelques clics ce qu'il cherche comme un souvenir obsédant dont il n'arrive à se défaire.

VK. Fiodor et son pseudonyme, Fiodor et son œil qui trahit ce qu'il aime à observer, y compris les Autres. Les Bêtes. Tout autant de noms qui lui viennent à l'esprit quand il y pense. Vampires pour les autres, pour lui quand il est accompagné et qu'il en parle. Qu'il doit être précis. Parce que le mot lui titille le palais et chatouille sa langue. Vampire, comme ces créatures de romans du XIXème siècle qui aiment à dépeindre des princes roumains vivant dans d'obscurs châteaux aux domaines couverts de brume. Trop romanesque pour lui. Trop différentiel, aussi.

Alors il observe. Parfois il les cherche inconsciemment. Comme par instinct. Pour les surprendre dans toute leur humanité. Les peindre, aussi. Ca lui est déjà arrivé d'immortaliser sur une toile ce qu'il y a de plus naturel. Et surnaturel. Tout l'accessible et l'inaccessible à la fois.

Leurs portraits, où se mêlent ce qui les rend à la fois ordinaire et extraordinaire. Les représentations des miasmes de son âme. Et cet œil, toujours, d'un homme fatigué de sa journée, de sa nuit, de ses insomnies ; mais toujours son œil sur ce ciel aux couleurs rendues chaudes par l'aurore ou le crépuscule, qui surplombent les berges de la Neva.
Son histoire
Il y est de ces jeunes qui se rêvent célèbres, des étudiants qui se fantasment tout ce qu'ils ne savent être, maîtres de ce qu'ils peinent laborieusement à faire. Fiodor en a côtoyés. Beaucoup. Il en a même été. A – secrètement – s'imaginer traverser de ses toiles les galeries d'art. En recouvrir les murs d'exposition. A être celui dont on s'arrache les œuvres.

Mais ce n'est pas une façon de vivre. Pas avec certitude, du moins, ni avec la sécurité de ne pas voir ses paiements refusés. Il n'y a rien de beau ou de romantique dans la misère, si ce ne sont ces belles histoires d'amour de romans. Ou de renommée post-hume qui vise à célébrer un artiste mort de faim et de maladie à force de vivre dans la rue, de sentir sa propre pisse tant la chute a été fatale.

Cela n'est pas pour Fiodor. Lui et ses rêves qui ne le nourrissent que de regrets. Ceux de vivre dans une époque qui, au fond, n'est peut-être pas la sienne. Lui qui, tandis qu'il foule les grands escaliers de ces immenses palais d'hivers, aime à les imaginer recouverts d'épais tapis tissés. Riches de rouge. Du doré des barres d'escaliers en laiton. Des robes interminables des femmes de la famille impériale.

Des rêves, donc. Et le désenchantement que tout cela entraîne. Se rattraper malgré tout aux branches, et ce de toutes ses forces. Ne pas trop s'éloigner de l'objectif premier, et tant pis pour tout ce que cela implique. Non. Non, Fiodor ne pourra sans doute jamais voir ses toiles être exposées. Non, tout cela n'ira pas plus loin que la sphère de VK. Mais au moins, il peint.

Il partage derrière ses photos et son pseudo. Ce qu'il a envie de reproduire. Ce qui lui vient spontanément à l'esprit. Comme un électron libre du pinceau. Pour s'échapper du carcan dans lequel il s'est enfoncé pour vivre. Tôt, très tôt le matin, le soir, la nuit, il s'écoute ; là où le jour il se doit d'être scrupuleusement attentif. Scientifique. Rigoureux. Sans aucun droit à l'erreur sous peine de gâcher des toiles valant des millions de roubles. Des toiles qu'on lui donne à restaurer avec tout ce qu'il y a de confiance derrière. De pression, en réalité.

Alors Fiodor s'exécute. Lui qui a étudié sans doute avec un peu trop de zèle. D'acharnement. Pour être celui qui répare les souvenirs d'un faste d'antan ne servant qu'à dissimuler toute la laideur nécrosée d'autrefois. Où il fallait rendre les tsars nobles. Majestueux.

Combien de fois a-t-il rêvé être celui qui y pose son pinceau le premier ? A s'imaginer participer à toute cette mascarade. Beaucoup. Trop, s'il y réfléchit bien. Et s'il ne le peut, s'il ne restera de ses peintures qu'un vieux compte sur VK et quelques restes dans son appartement ; au moins aura-t-il passé sa vie à maintenir en place les masques de ces familles impériales dont il restaure les portraits délavés sous le temps et les révolutions.
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cron