It's Over When It's Over [Libre]

#1
Les vitrines sont immenses, leurs dorures impressionnantes. Ici, le luxe est omniprésent. Mais la jeune femme ne peut s’empêcher de se demander, promenant ses prunelles écarquillées sur le décor trop froid pour être enchanteur, quel genre de monstre abrite les nobles entrailles du quartier Rubis.
Elle marche à petits pas, sans se presser, se gorge des visions d’idéal qui affichent à chaque coin de rue leur mépris pour les indigentes comme elle. Elle sourit, à ce bout de ciel qu’elle aperçoit entre deux immeubles gigantesques. Ici aussi, subsiste un peu d’espoir, si on sait où porter son regard.

Lorsqu’elle s’arrête, son nez s’est plissé, ses paupières se sont abaissées, et ses cils ombrent ses joues rougies par le froid hivernal. Concentrée, elle fixe le sol, la main serrée sur le mécanisme qu’elle a apporté. Une petite réponse dans une petite boite. Radicale. Et son visage s’illumine lorsqu’elle relève les yeux à hauteur d’une vitrine qu’on dirait faite d’un givre sophistiqué. Ici, ce sera bien, décide-t-elle en arborant son habituelle grimace de lutin.

Elle défie le bâtiment du regard, opposant la fraîcheur vive de sa révolution au lustre patiné, gracieux et obscène à la fois, de cette construction millénaire si raffinée. Si solide. Si grande. Pourtant, ses fondations même ne résisteront pas à son cocktail, elle en jurerait. L’espère, de toutes ses forces. Il le faut. Elle a pris son temps pour choisir, arrêtant son choix sur un symbole, un vrai, représentatif de toute cette luxure, de ce superflu qui lui donne l’impression d’étouffer, qui force les gens comme elle à gratter dans le caniveau de quoi se lever chaque matin.

Un cadeau spécial. Une surprise. Pour ces nantis que les neufs chérissent, qui se vautrent dans le luxe sans jamais se soucier des conséquences, pourvu qu’ils restent jeunes, beaux, intouchables. Et quel meilleur endroit que la Maison Close Rubis. Un coup porté à l’essence même de leur existence. Du moins le pense-t-elle en pinçant les lèvres, murmurant pour elle-même avec une pointe d’ironie tout en caressant des yeux les ornements recherchés caractéristiques de la faction: « Veinée de rouge… Vous… moi….»

Elle a la misère patibulaire et gratte du bout d’un ongle une pierre précieuse dont l’éclat l’agresse presque. Une seule de ces pierres aurait sans doute pu payer l’intégralité des études de ses frères, et lui permettre, à elle, d’éviter de se ruiner la santé toute la nuit dans les entrepôts diamant. Pourtant, elle n’envie pas cette richesse, l’exècre même, car qui se perd dans les flots dorés oublie rapidement qui il est, et qu’importe plus dans cette ville aux mille visages que l’identité de chacun. Une bourrasque vient chasser les mèches auburn de sa frimousse figée dans un rictus déterminé. Ici, et maintenant.

Son pull un peu trop grand lui baille sur les poignets, tombe largement sur ses hanches, et les mailles distendues révèlent aux caprices du vent la boite noire qui pend lâchement à sa ceinture. Il ne faut pas grand-chose pour éclairer le ciel qu’une nuit précoce vient couvrir d’une encre ternie par les lueurs de la Magicopolis. Non, vraiment pas grand-chose.

Elle attrape la boite du bout des doigts, empêchant sa main de trembler devant l’énormité de ce qu’elle s’apprête à accomplir. Taper là où ça fait mal. Là où l’hémoglobine se compte en espèces. Où l’impact ne peut être ignoré. Pour leur dire encore, plus fort, à quel point elle les vomit.
La haine pour l’amour. Une vie pour vie ? Pas vraiment, quand aucune ne pourrait racheter celles qu’elle a perdu. Peu à peu, c’est la rage qui parle, oubliée, la lutine que la rancœur dévore, avalée par l’ombre de la harpiste assassine qui joue de son instrument sans remord, les mains pleines de sang.

Elle jette un coup d’œil à droite, puis à gauche, fée furtive à l’habilité précise qu’un rien peut déranger, effaroucher. Ne pas se faire prendre. Ne pas faillir. Jamais. Le boitier est posé, rutilant sur la colonne ancienne. Et semble vibrer d’une énergie qui lui est propre, en attente de la pression finale.

Moïra recule, se passe lentement la lange sur les lèvres. Vérifie l’angle, le placement, une dernière fois, avant que ses pas ne s’envolent, que la course ne l’emporte, loin, loin de ce lieu qui bientôt retentira des sirènes de sa révolte. Au feu, hurleront-ils, paniqués par les flammes magiques qui lécheront leurs corps trop parfaits au cœur de l’explosion.

Dansez mes petits, dansez, je vous aime carbonisés, chante-t-elle en courant à perdre haleine, une main sur la côte, l’autre sur le cœur pour pousser sa comptine. Demain encore, les journaux porteront son nom, claquant dans l’aube rouge que ses miracles dessinent. Elle fuit, sa fierté en bandoulière, sourire accroché aux lèvres, espérant peut-être entendre résonner dans le lointain les rugissements Boyle.
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Re: It's Over When It's Over [Libre]

#2
Dans deux jours, c’était mon anniversaire, alors j’avais profité d’un peu de temps libre pour aller me promener dans le quartier Rubis, histoire de voir si à tout hasard, j’aurai pu me trouver une tenue qui sortirait de l’ordinaire pour me l’offrir pour mes vingt ans.

Il faisait froid. Après tout, nous étions fin Octobre. Et, avec ma robe longue et mon grand manteau, tous deux de couleur rouge sang, la capuche de ce dernier relevée sur ma si longue chevelure de feu que j’avais retenue en couronne de tresses, je me faisais l’effet d’être cette petite fille à chaperon rouge, dans ce conte du Réel, que ma mère me lisait parfois quand j’étais vraiment jeune. Peut-être que c’était de là que ma passion – que dis-je, ma manie – de me vêtir entièrement de rouge la plupart du temps, me venait ?

Toujours était-il que je marchais lentement dans les rues du quartier Rubis, m’attardant de temps à autre sur une vitrine ou une autre. Je n’étais pas si pressée que ça. Mais plus j’avançais dans mes pérégrinations, plus une petite voix dans ma tête me disait que je n’aurais jamais de quoi me payer ne serait-ce que la moitié, voir le quart d’une de ces robes si luxueuses.

Je poussais un soupire, mais continuais pourtant d’avancer. Etant donné le froid, il n’y avait pas énormément de monde dehors.

Puis mes yeux d’un bleu si clair et si lumineux – bien trop pour être une couleur normale et naturelle – se levèrent vers le ciel et je me surpris à observer les étoiles qui commencent à apparaitre dans la voûte céleste se teintant progressivement de pourpre et de bleu sombre, au fur et à mesure que le soleil déclinait, malgré que les immeubles aillent si haut.

J’observais les étoiles tout en continuant à marcher, ce qui faisait que je ne regardais plus vraiment où j’allais.

Et soudain, une personne me rentra dedans en courant. Nous tombâmes toutes les deux à la renverse par terre et ma capuche retomba sur mes épaules.

Je me relevais prestement et tendis une main à la jeune femme à la chevelure auburn que j’avais renversée – ou bien qui m’avait renversée ? Oh, peu importe.

- Pardon, je ne regardais pas où j’allais, vous n’avez rien de cassé ? lui demandais-je, sincèrement inquiète de l’avoir blessée de quelque manière que ce fut.
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Re: It's Over When It's Over [Libre]

#3
La vie qui défile lorsque la mort décide de rembobiner le film d'une vie. Du moins, c'est ce qu'Anafiel avait entendu dire. Sauf que lorsque la bombe éclata. Lorsque les flammes crevant le plancher vaporisèrent sous ses yeux deux blondinettes, qui se léchouillaient avec un manque évident d'ardeur, il ne vit rien. Pas de film aux couleurs sépias. Pas de succession de vieilles diapositives. Ni touchante photo d'Anafiel au pot, encore moins d'Anafiel dans les bras de sa mère. Sourire d'un premier amour ? Rien. Rien. Rien. Juste du feu. Des flammes. Et une bobine de souvenirs absolument vierge qui se déroulait dans un cinéma désert.

Mais un étrange soulagement a se voir mourir. Dans la brutale trouée du plafond soulevé puis éparpillé aux vents par le blaast, le ciel brillait. Des étoiles, pâles comme une première neige, comme l'hiver. De rares nuages effilochés. Anafiel était un athée notoire. Et il avait vu trop de cadavres pourrir dans des cercueils cloués à la va-vite, pour se faire des illusions sur l'après. Ce soir pourtant. Alors que le monde tordu par le souffle de la conflagration, se gondolait, il se sentait l'âme d'un mystique. Ou du moins d'un vieillard fatigué, usé. Pas mécontent de dire merde.

Même il souriait. Mourir comme il avait vécu. Crever dans une chambre de maison close, au milieu de cadavres de gamines à peine pubères. Seul. Sans personne pour se soucier de son absence. Ouais. Ca le confortait dans son cynisme. Et il souriait aigre en imaginant l'odeur tout bonnement déguelasse que son cadavre éventré par le bistouri du chirurgien de la morgue, éparpillerait aux quatre vents. Vieux tabac. Ethanol. Et aigreur. Le tout macéré pendant des années. De quoi faire gerber le quartier Saphir et la Ville toute entière. Encore mieux que passer aux chiottes après Jessamine Boyle.

A sa fille qu'il meprisait. A sa femme qu'il avait envoyé à l'Asile, il ne léguait rien. De toute façon rien ne lui appartenait en propre. Puisque l'argent dépensé en putain, whisky et cigarette lui était venu par alliance, par le mariage. Le reste. Tout le reste. Faudra l'envoyer à Cassandre. L'ancienne maitresse de la Maison Close Rubis. A une putain. Parce que de toutes les créatures sur terre, les putains étaient les seules à l'avoir jamais compris. Et que leurs vieilles chattes fatiguées, usées de s'être fait limer à longueur de journée, étaient à l'image de cette Ville, du monde tout entier. Un creuset de maladies putrides, enrobé d'une couche grossière d'amour.

Pas non plus déçu de se rendre compte qu'il avait survécu. A croire qu'il y avait une injustice en cette Ville. De toutes les innocentes fauchées par la bombe de l'Ira. Le plus coupable était toujours debout. Droit comme la justice, sur un monticule de pierres fumantes. Il lui manquait une chaussure et son pantalon était lacéré. Les fesses à l'air. Flasques et maigres. La chemise pendait et de la veste ne demeurait qu'une manche. Une unique manche. Qu'il réajusta néanmoins de façon à ce que la manchette amidonnée se devine et dévoile un tiers du cadran de sa montre dont les aiguilles s'étaient arrêtées sur l'heure du drame.

Premier reflexe. S'allumer une cigarette, en penchant son visage décharné en direction des débris qui flamboyaient encore. Second reflexe ramasser un cul de bouteille brisé et en lapper les dernières gouttes comme l'animal qu'il était. Et puis clopin, clopant, à moitié chaussé, les fesses à l'air, il s'éloigna en resserant machinalement ce qu'il restait de sa cravatte.

Travail d'amateur. Qu'il se répétait. En inspirant de son immense nez, avec force reniflement, les relents de poudre. La bombe était au terrorisme, ce que l'épée était à la guerre, ou ce qu'une fille de trente ans est à la femme. De la vieille carne. Juste bonne à finir en pâtée pour chien. Nan. L'avenir c'était dans le sordide. La terreur quotidienne. Voiture folle qui fonce dans une foule. Ado acnéïque qui débarque dans une école pour rafaler des minots. La frayeur en bas de chez soi. Le fait divers bien crado. The monster next door. De quoi effrayer délicieusement la ménagère, plutôt que lui arracher de fausses larmes de crocodile alors qu'elle regarde d'un oeil vide les informations en ayant l'impression de communier avec une foule geignarde qui n'a rien à faire de personne ; et pleure autant pour la mort d'un acteur pédophile qu'un massacre de masse. The monster next door... Ca sonnait bien. Il avait son idée de cours pour demain.

"-Miss Moïra. La fête est finie. Et plutôt que de vous livrer à des ébats lesbiens dans Mes rues, je vous conseille d'aller retrouver vos semblables. Ailleurs. Avant que les forces de l'ordre ne décident de rafler tout ce qui n'a pas le type Aryen-Boyle."

Lança le professeur en étirant sa vieille et nauséuse silhouette dans la rue. Toujours sur une chaussure dans son quart de costume déchiré. Parce qu'il avait l'oeil le vieux Lion. Sous ses airs de misanthrope mal baisé. De l'oeil et de l'attention. Et s'il pouvait renifler un string dépassant à peine d'un jean, avant même de rentrer dans sa salle. Il n'avait aucun mal à reconnaître ses élèves à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Pourvu qu'il soit a peu près sobre. Et il n'oubliait rien. Puisque n'ayant rien d'autre à penser qu'à la vie des autres. Leurs petits secrets, leurs élans, leurs émotions. Paranoïaque compulsif. Son cerveau était comme une gigantesque bureaucratie de police politique fasciste, qui jamais ne dormait, toujours classait, ordonnait, organisait des fiches, selon un principe qui lui était cher : les coupables ont tous un point commun. Avant d'agir ils étaient innocents.

"-Taxi ! La Maison Close Ambre. Et coupez la radio. Sans quoi ça va tellement renifler à l'antenne, que de la morve va dégouliner des hauts parleurs."

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#4
Elle déambulait, dans cette richesse outrageuse, ornant un long manteau de fourrure qu'elle avait dérobée à l'une de ces amantes de la soirée. Perchée sur des talons bien trop haut, évitant quelques corps entremêlés sur un sol aux pavés d'un marbre extrêmement coûteux. Presque nue sous ce long manteau qui effleurait le sol d'une caresse aérienne. Arborant des sous-vêtements minimalistes, un string dont la seule ficelle dépassait largement les moyens d'une seule de ses catins de la maison close. Un soutiens-gorge dont les pierres précieuses recouvrait l'entièreté de ses deux tétons. Elle montrait son corps comme s'il s'étais agis d'une oeuvre d'art. Fière, à la démarche féline, prédatrice. Dans son élément. Là où les putains vivaient dans les désirs de leurs clients, Talia, elle, régnait dans ses envies décadentes, maîtresse de son corps.

Là où elles étaient esclaves de cette maison close, Talia était l'esclave de ses envies, ses pulsions charnelles. Condamnée à la déchéance. Mais elles étaient différentes. Car la où la Ville réduisait les espoirs de ceux qui ne possédait rien, hormis leurs propres corps. Il y avait ceux dont les noms s'élevaient au dessus des autres. Par leurs sangs, leurs rangs, d'autres par leurs volontés. Leurs rages de vivre, de s'exprimer librement dans leurs passions déchaînées, qu'elles soient macabres ou non. Chacun pouvait trouver en la Ville un échappatoire, tout comme une prison dont on ne pouvait en sortir. Et Talia savais. Car elle l'avais vécu. Cette prison, dans son propre corps. Bannie, trahie, condamnée à une enveloppe charnelle bien trop frêle, prisonnière de sa propre peau, son âme même. Cette torture existentielle qu'avait été chacun de ses jours. Réduite à devoir se satisfaire à elle même. Trop loin de l'être aimé.

Portant à ses lèvres pulpeuses son verre de vin, elle s’assis sur une causeuse de velours. Et quelques jeunes femmes parées de d'ors et de rubis ne tardèrent pas à s'arrêter à ses pieds. D'autres derrière elle, venant étendre leurs mains sur son dos, arborant des parures de bijoux aux prix excessifs. Une seule d'entre elles aurait pu suffire une dizaine d'hommes. Mais elles avaient beau être nombreuses, douées. Les pensées de Talia était fixé sur une seule et même personne. Dont l'absence l'a rendait corrosive. Piquante, capricieuse. Les voilà, ses chaînes, qui bridait sa liberté. Un amour passionnel. Existentiel. Qui lui collait à la peau, à même l'âme. Comme une cicatrice dont on ne pouvait se défaire. Un amour si grand, des envies égoïstes, possessive.

Mais en les regardant, toutes ces femmes, ces hommes, vautrés à ses pieds. Talia se disait qu'elle ne regrettais rien. Car elle aurait pu être l'une d'entre elle, une de ces femmes, vouées à la passion, aux envies d'autres. Elle vivait librement, de par son nom, son sang. Vouées à ses envies qu'elle ne pouvait dompter. Face aux quelles, elle succombait. En libertine assumée, amante dévouée. Et elle avait beau écarter les jambes, laisser ces jeunes femmes venir laper ces lippes intimes. Elle ne disait mot, son regard rivé sur les rivages du liquide rougeâtre de son verre. Qui se balançait de gauche à droite, comme une mer de sang. Le sang de ceux qu'elle avait fait couler pour se venger du mal qu'on leurs avaient fait. À elle, à sa soeur.

Elle n'était pas si différente de lui. De son père, dont les lambeaux de chairs reposait dans son médaillon. Lui aussi avait été l'esclave de ses envies sombres. Les monstres engendraient des monstres, c'est ce qu'on disait. Ce qui se murmurait, sur les lèvres, tout bas, aux creux des oreilles. Peu lui importait désormais. Si ce n'était que Nalia, son bien être, leurs desseins futurs. Alors même si elle le détestait, le haïssait du plus profond d'elle. Elle suivrais ses traces. Et comme lui, elle allait tuer, mentir, tricher, tromper, voler. Jusqu'à l'accomplissement. Mais aussi, elle aimerait, celle qui lui était destinée, depuis toujours.

Et lorsque la détonation retentis, la brune sculpturale se recroquevilla sur elle même. Alors que des débris tombait sur elle. Qu'autour d'elle, la puanteur des cadavres carbonisés parvenait jusqu'à ses narines. Une odeur si familière, à laquelle elle s'était habituée. Et la succube, faite femme, recouverte de ses ailes de cuirs comme seule protection face au feu, qui prenait, tout. Tout ces corps lascifs, réduit à des lambeaux de chairs disparaissant dans les cendres. Un cri franchis ses lèvres alors qu'elle se relevait au beau milieu des décombres. Que ses yeux recouvert de teintes sanguines se posait sur une fumée qui lui brûlait les poumons. Elle toussa, battant des ailes pour se sortir de ce tas de roches entrelacés au beau milieu des flammes ardentes.

Et sa peau grisâtre, bientôt exposée aux rayons lunaires, au dessus du feu ardent, du brasier dont les flammes léchaient les murs, les cadavres encore frais. Nue et splendide dans sa perversion, sa déchéance. Et son regard qui se posais plus bas, sur ces femmes, ces hommes qui avait périt, alors que d'autres, plus chanceux, parvenait à franchir les portes délabrées de cet enfer. La Ville avait encore frappé. Et ses envies dont elle était la seule responsable. Ville déchue, corrompue. Où les proies les plus faciles se faisait dévorer, tandis que d'autres, survivaient. S'élevait, pour régner, sur un royaume de cendres, de sangs et de corps.

Déposant ses pieds sur les pavés de la rue face au bâtiment en flamme, ses ailes se rétractèrent et sa peau, reprenait des couleurs plus vives, ses deux orbes, se noyant entre ambre et émeraude. Elle jeta un dernier regard vers la bâtisse enflammée. Ce que la Ville a souhaité, elle l’exécute. Aucune pitié pour les faibles, pour ceux qui ne possédait aucune volonté. La succube se détourna et alors, disparue bientôt dans les ombres d'une ruelle.

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#5
J'étais venue rendre une visite de courtoisie. Une de celles qui se passent dans une alcôve en charmante compagnie, à partager une des filles de la Maison Close pour notre plaisir commun à tous les trois, surtout à nous deux, celui de la petite ne nous importait guère. Je me souviens d'avoir été dans ce cas de figure bien des fois à celle de l'Ambre, jouet sexuel agrémentant des ébats souvent delicieux, avant de devenir celle qui manie le jouet et s'en délecte.

Ça faisait bien longtemps d'ailleurs que je n'avais pas fait de jeux à trois ou quatre, encore moins une orgie, et sans que cela me manque vraiment, j'étais loin de détester ça. C'est disons...éprouvant mais tellement jouissif. Mon oncle m'accapare pour mon plus grand bien je dois le reconnaître, mais cette petite sortie m'a divertie, en plus de régler une affaire avec un ami d'une maison voisine.

Nous venions juste de relâcher la petite vers les autres rendez-vous qui l'attendaient, nous étant prélassés auparavant sous une douche chaude tout aussi perverse et nous nous étions séparés bien décidés à se revoir dans les mêmes conditions très bientôt. J'attendais mon taxi dans la soirée étoilée du quartier, profitant des devantures luxueuses durant ces quelques minutes. Je ne manquais de rien et ma mise était à l'unisson des lieux, luxueuse bien que pas tapageuse.

Une déflagration retentit soudain, déclenchant cris et hurlements dans un vacarme assourdissant et une débauche de flammes. Je vis vite Talia sortir par une fenêtre, se posant sous sa forme démoniaque de succube qui, de ses ailes, l'a sûrement protégée. J'essayais d'éteindre les flammes, réussissant en m'approchant à le faire mais craignant pour mon intégrité physique car le bâtiment était touché dans sa structure et des morceaux des étages supérieurs étaient déjà tombés, obstruant une partie du passage. J'optais pour aider ceux qui pouvaient à sortir. Alors que j'aidais une femme à s' allonger par terre, blessée, je vis sortir Anafiel Boyle, toujours aussi élégant dans ses bouts de costume épars sur son corps décharné et plus qu'à demi-nu et prendre mon taxi pour aller, je vous demande bien où? A la Maison Close Ambre. Je souris malgré les circonstances. Je ne savais pas qu'il était là mais au moins, je savais où le trouver maintenant. Information pas inutile.

Je pensais à Ezekiel avec qui j'avais rendez-vous et qui s'inquièterait probablement plus longtemps que d'habitude de mon retard. Il comprendra ou percevra même où je suis. J'entendis les pompiers au loin, ainsi que des gens du quartier qui aidaient les blessés. Tous avaient intérêt à le faire. Leur patron, leur banquier, leur propriétaire pouvait très bien se trouver dans la bâtisse et il serait toujours bien vu, pas mal en tous cas, de se montrer dans de bonnes dispositions.

J'ignorais qui avait bien pu commettre cet acte de pure folie à l'encontre d'un haut lieu d'une des plus puissantes familles de la Ville. A moins que ce ne soit l'oeuvre d'un ou d'une déséquilibrée comme on dit pudiquement de nos jours, ou lâchement quand on a un peu plus de caractère et de hauteur de vue. Ce n'était pas la première fois et ce ne serait funestement pas la dernière, malheureusement, mais s'en prendre à ce lieu-là était un symbole.

Après, la Ville avait ses vices et ses poisons et il faudrait une enquête sérieuse pour découvrir la vérité, peut-être même avec une collaboration de plusieurs Maisons en cas d'implication extérieure à celle du Rubis. Prosaïquement, j'étais heureuse de m'en être sortie indemne et d'avoir aidé avec mes moyens quelques victimes.

Je hélais un autre taxi et filais rejoindre mon oncle. Probablement que ses fonctions l'obligeraient à revoir notre programme, mais au moins serions-nous ensemble, aussi pour agir dans l'intérêt de l'Ambre.

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#6
Un long soupir filtre entre ses lèvres pleines. Dans sa main, le vin tourbillonne lentement, d’un mouvement hypnotique. Pourtant, ses yeux bleus ne quittent pas la grande blonde assise en face de lui, au regard azur artistiquement maquillé de turquoise et de rouge.

- Alors, l’accord vous convient ?

Sa voix vrombit dans son thorax dénudé. Nonchalamment installé dans un lourd fauteuil de velours, il s’autorise un mince sourire alors que la Boyle se penche en avant, les yeux brillants. L’argent, toujours l’argent. Un attrait pour tout ce qui brillait, avait de la valeur.
Leur emblème ne devrait pas être un Lion, mais bel et bien une Pie.

Ils étaient difficiles en affaire, toujours plus exigeant, toujours plus extravagant. Mais cela ne dérangeait pas l’entreprise Diamantine. Après tout, en creusant pour récolter le métal ou le charbon, on trouvait parfois de nombreuses pépites multicolores qui servait de catalyseur d’énergie ou même de décorations. Mais les Rubis eux, étaient bien plus intéressaient par les pierres précieuses.
Plus que la vie d’autrui.

Il boit une lapé de ce liquide sirupeux, alors que la poudre d’or maculait ses muscles d’un reflet brillant, que sa respiration se fait profonde devant le spectacle.

La Boyle sourit, dévoile une dentition parfaitement blanche. Une main descend le long du crâne, de la nuque, des épaules de l’esclave à ses pieds. Les jambes écartaient, elle flattait celui qui était en train de laper son sexe, les ongles manucurés qui griffe la peau, laisse des sillons rosée dans la peau recouverte de poudre excentrique.
Autoritaire, la lionne ronronnait presque en regardant William, partageant un plaisir typiquement félin.
L’homme s’activait, ne touchant pas les blanches cuisses de sa propriétaire de ses mains inférieur, faisait en sorte de satisfaire la Maîtresse.

Nouveau soupir de la part du Géant. Sa grande main sur la tête chevelue d’une catin qui faisait de grands bruits de succions, s’agite. Il appuie un peu plus en agrippant fermement la tignasse, ignore les bruits étouffés d’une gorge trop vite remplit. Il accompagne alors le mouvement, imprime le rythme lui qui convient. Les paupières un peu plus lourdes, il savoure le moment.
Trône bordeaux qui maintient sa lourde carcasse entièrement nue, rayonnante. Les cuisses écartées, il semble parfaitement serein, sur de sa prestance et de son autorité. Roi.

- Je crois que nous avons trouvé un compromis.

La voix de la Boyle le fit hocher la tête. Il soulève le verre vers elle puis boit une longue gorgée pour sceller leurs contrats.
Ils échangèrent un long regard, ou la lubricité se mêle à la satisfaction d’une affaire rondement menée.
William détaille cette femme au collier aussi cher que des maisons entières, scintillant d’un éclat aussi rouge que ses lèvres. De cette poudre de pierre précieuse qui macule sa peau qui se recouvrait peut à peu de sueur, de cette crinière blonde élégamment relevé en chignon, de cette femme qui se faisait allégrement lécher par un esclave qui la faisait mouiller.
Il l’imaginait rampante à ses pieds, des airs de félins dans ses rondeurs, dans ses yeux brillants. Il l’imaginait luisante de désir, la chatte prête à l’accueillir.
Peut-être que s’il entouré sa bite d’or, elle consentirait à le sucer.

Le Tigre grogne, s’imaginant attraper sa nuque, imprégnant sa dentition dans sa peau, tel un animal qui veut posséder sa femelle, la culbutant à l’en fait gémir.

Que les Rubis étaient fabuleux. Mais ils étaient blonds. Cela posait problème.

Sa partenaire leva son verre et laissa le précieux liquide tomber, s’écouler sur le corps de l’esclave. Elle claqua des doigts et aussitôt un autre arriva pour venir récolter le vin teinté de métal et de sueur. Léchant les sillions avec avidités comme si sa vie en dépendait.

William accéléra le mouvement de sa main, augmente la cadence. Il jouit en silence, gicla dans cette bouche échauffé, l’obligea à avaler pour ne pas étouffer.
Pourtant, la prostituée continue son travail, se mit en œuvre de lécher l’érection, de nettoyer son travail avec application avant que la rigidité redescende.

Doucement, il repousse le visage, caresse les lèvres abîmées du gras du pouce. Il croise le regard de la catin, il hoche la tête pour la remercier de son travail. Un semblant de sourire s’épanouit sur le visage féminin aussi éphémère qu’une éclaircie.
William se leva et la congédia d'un geste sec.
Sa collaboratrice suivit le mouvement, levant sa jambe souplement, pousse du bout du pied chaussé d’un escarpin le gigolo qui s’étale sur un lourd tapis.

Elle sourit. S’avance d’un pas.
Et la déflagration l’emporta.

Se fut comme un renflement lointain. Le temps semble figé, stoppé sur une heure précise. Une boule de lumière, de chaleur.
Et le corps de la Boyle se nimba d’une aura qui souligne ses courbes ; se désintégra, devint poussière rejoignant les cendres des esclaves.
Peut importe le statue, on fini tous pareil.

William eut le temps de prendre une respiration douloureuse, alors que l’explosion lui arriva en pleine figure. Il fut projeté en arrière, le sol se disloquant sous ses pieds. La douleur le sidéra et la violence du choc lui laissa les oreilles sifflantes et le corps sensible.
Instinctivement, il attira tout le métal autour de lui pour le mettre autour de son corps, tel une bulle miroitante.
Cela dut le sauver, ainsi que le corps de la Rubis prenant le début de la vague. Les morceaux du bâtiment ne firent que rebondirent sur la coque.

Quand les débris cessèrent de se fracasser sur le sol, que le son se tarit, que la poussière retomba, la cosse parfaitement lisse s’ouvrit en deux en silence. Il en émergea un félin au pelage rayé, boitant et au poil roussis.
Un feulement alors que les babines se relèvent, dévoilent de long crocs d’où dégoulinait de la salive teinté de rouge.

Le grand Tigre s’assit, se mit en œuvre de retirer un à un les débris plantés dans ses coussinets sensibles, de lécher sa pattes blessé à grand coup de langue. Les barbillons nettoyèrent efficace sa patte écorchée.
Peut importe le moment, il faut toujours être impeccable.

William tourne sont regard de bronze sur les dégâts, dresse ses oreilles rondes. Il regarde le carnage, hume l’odeur de brûler, de chair calcinée. Il s’avance dans les décombres d’un pas lent, la queue battante.
Tant de morts, de désolation.
Il ne comprenait pas cela. Il n’en voyait pas l’intérêt.

William se penche sur un corps, le renifle, laisse son haleine chaude bouger ce peu de chevelure restante. Mais non, il n’était plus en vie.
Des gémissements aux loin, mais il ne s’avança pas plus. Comme révulsé par cette vision qui ne le concernait pas. Les étoiles laissaient entrapercevoir l'horreur de la situation.

Il n’avait plus rien à faire ici.
Et puis il avait eut un contrat juteux qui est partit en fumée en quelques secondes. Il allait devoir en trouver un autre.
Un grognement rauque, qui roule dans la gorge, alors que les rayures semblent fumer, tel du métal en fusion.
Le Géant sort des restes du Bordel Rubis, ignore les gens autour de lui pour partir avec la prestance typique des Félins dans les ombres de la Ville, bien que le poil malmené et la démarche claudicante.
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Re: It's Over When It's Over [Libre]

#7
"C'est toi qui choisis."
"Mais forcément une Maison Close ?"
"Ben oui ! Quand même, on fête l'anniversaire de notre, euh, crémaillère ! Et ça s'est toujours passé dans des bordels, les trucs importants, entre nous."

Crémaillère. Vivement qu'ils aient un mot comme "mariage", comme tout le monde, à mettre dans les formules d'anniversaires, ça simplifierait grandement le dialogue. Judex n'était pas à l'aise avec la composition de périphrases. Evidemment, Ourcän choisit le Rubis. Bon, ça, c'était l'avantage d'un couple sans date de noces : ils avaient le choix de la pierre, quel que soit l'âge de leur relation.

Le décor était superbe. Le cabaret où ils étaient descendus la première fois n'arrivait pas à la cheville de cet authentique palace. Oppressant de richesse outrageusement étalée. Lumineux de dorures baroques. Les hautes tentures de pourpre semblaient se gonfler d'air comme d'immenses poumons. Ourcän n'était pas à son aise ; il ne l'avait jamais été dans ce type d'endroits, comme Judex dans les rassemblements infestés d'intellos. Ces cadres bien sages, dont l'ego monstrueux se faisait astiquer du matin au soir et inversement par des armées de larbins obséquieux, les vomissaient ; et c'était réciproque. Et pourtant, il y avait quelque chose à faire dans un tel endroit, quelque chose de génial. Tout détruire. Quoi de plus indiqué pour un anniversaires ?

Ils se regardèrent. Judex sourit jusqu'aux oreilles, leva la main et claqua des doigts.
En même temps que la tonitruante explosion qui embrasa tout l'édifice, la musique éclata sous les voûtes offensées. Un mélange de punk, de métal et de cuivres orchestraux déchaînés. Pas du meilleur goût, mais du plus épique effet. Grandiose, et du grandiose à leur sauce cette fois. Du bruit, de la violence, du chaos : du fun. Une ambiance potache de fin du monde.

Judex brandit sa fidèle guitare : "Toi, tu m'avais manqué." Puis se tourna vers Ourcän, en lui désignant le bordel ambiant - c'était le cas de le dire : "A toi l'honneur, chéri. Donne tout ce que tu as."

Il ne fallut pas le lui dire deux fois. Jouer avec le feu, et rire de leurs brûlures, avait toujours été leur terrain d'entente, à tous les deux : celui où leurs divergences fondamentales s'effaçaient dans la fumée du brasier ambiant.

C'était parti. Briser tout le beau matériel, exploser des gueules, déchirer des tissus, objets ou humains. Les flammes rugissaient comme des bêtes venues à la rescousse leur prêter main forte dans leur oeuvre de destruction. Ils étaient comme un couple de dieux adolescents qui en ont soudain eu marre de leur création, et ont choisi de tout renverser dans une explosion jubilatoire de cruauté gratuite. Très vite, la scène partit en western : les ennemis arrivaient de tous les côtés, et il fallait jouer avec les ressources du décor en perdition pour esquiver les tirs, couvrir l'autre, passer à l'assaut.

Rapidement, tous deux furent noirs de sang ; mais quant aux coups qu'ils avaient eux-mêmes reçus, ils ne les sentaient pas. En revanche, la résistance des corps contre lesquels ils frappaient était, elle, bien palpable. L'odeur de leurs chairs éclatées, leur sueur gluante, le crissement de leurs os brisés, tout ça était au rendez-vous. Un vrai concert de perceptions physiques, à en abrutir l'esprit, comme un alcool puissant.

Les sensations étaient brutales, organiques... Plus vraies que nature. Les seules à être nature étaient celles que leur procuraient leurs baisers, cent fois plus brûlants que les flammes, quand ils se retrouvaient face à face au beau milieu de la fusillade. Soudain, le compte à rebours commença à retentir.

"Retirez les casques dans 10 secondes... 9... 8..."

"Oh, c'est déjà fini ?"

Judex fit la moue, comme un gamin quand le carrousel s'arrête. Il savait surtout que sa bonne vieille guitare allait disparaître à nouveau. Il tapota le bois verni une dernière fois, comme on tape la croupe d'un cheval avant de le renvoyer vers la liberté.

Le patron éteignit le système de réalisé virtuelle, et les deux compères retirèrent leurs casques, pour retrouver la salle aux murs blancs et nus, violemment éclairés. Judex cligna des yeux, ébloui. La lueur du feu n'avait pas été aussi agressive. Paradoxe ? Pas dans ce quartier. Le vieux, tirant sur sa cigarette électronique, s'avança pour recevoir son paiement. Il était trop blasé pour que sa confidentialité soit autre chose que totalement garantie. Ils auraient pu lui réclamer des poneys de frangipane à paillettes dans des champs de lavande en mousse ; il ne se serait pas formalisé. La machine avait ça dans ses programmes, alors, bingo. Il en avait trop vu pour seulement hausser un sourcil.

Judex lui-même était déjà venu plus d'une fois taquiner l'hologramme, dans ses jours de poches pleines et d'euphorie bon enfant. Il affectionnait particulièrement les grands méchants politiciens : il leur dévissait la tête à l'aide des armes les plus incongrues, ou s'envoyait en l'air avec leur effigie, dans l'irrespect le plus total de leur aristocratique autorité. Quand il ne jouait pas purement et simplement à la poupée.
La morale n'avait pas cours, dans ce quartier. On était à un autre niveau : celui du faisable. Infaisable n'était pas Diamant.

"Hein, avoue, partner : pas mal tout de même ? Joyeux Noël et tout ça. Je t'aime."
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As one is two, where chains are forged and bonds are bound
The whole world, if you bond with me, you can journey

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#8
"Je te dis que c'est lui."
"Ya pas qu'un âne qui porte un masque blanc, ducon."
"Mais si, c'est lui, je le reconnais, quand même."
"Et à quoi ? On ne voit pas un centimètre de sa peau."

Finalement, poussé du coude, raillé par ses camarades, le mendiant aux dents pourries se hisse sur ses jambes, trébuche, prend appui sur son bâton, et commence à boitiller dans la direction de l'homme assis en terrasse. Le long nez du masque blanc penche vers un journal où le quidam est absorbé ; il ne remarque pas tout de suite qu'on l'observe. Puis il relève la tête, porte la main à son masque, le retire et dévoile un visage hâve, mais souriant.

"Que puis-je faire pour vous, monsieur ?"
Ce "monsieur" frappe le mendiant comme une gifle. Il tressaille, mais tente sa chance, avec l'acharnement hagard des désespérés.
"Vous êtes médecin, pas vrai ?"

Mais alors qu'il s'apprête à exprimer, laborieusement, sa requête - il a une dent fantôme : on la lui a arrachée, mais il sent toujours l'infection progresser dans l'os de sa joue, et c'est son oreille qui commence à lui causer des souffrances lancinantes - un sifflement de la bande l'alerte. Il faut fuir, vite, sous peine de mort. On ne mendie pas à proximité de ces jolies banques aux frontons dorés. Ils sont repérés et le service de sécurité est en chemin ; l'alerte a couru sur les toits, vive comme les pattes pelées d'un chat de gouttière qui court pour sauver sa peau.

Interloqué, le docteur Foxglove voit soudain l'importun disparaître comme une illusion. Il hausse les sourcils, boit une gorgée de son café, rajuste son masque et se remet à lire. Les verres qu'il a fait ajuster dans les orbites creuses font merveille. Il distingue bien mieux les petites lettres. Les annonces l'amusent toujours, bien qu'il ne se souvienne pas d'avoir répondu à aucune d'entre elles dans sa vie. C'est presque une forme d'art, de divertissement en soi : le spectacle bigarré de la nature humaine, toujours en quête, jamais en paix.

A propos, lui non plus ne pourra pas profiter éternellement de ce répit. L'heure de son rendez-vous approche. Il va falloir régler l'addition. Son regard musarde encore un peu tandis qu'il replie son journal, s'égare en direction des magnifiques bâtiments environnants. Tiens, le bordel. Il faudra qu'il y passe un jour ; on lui en a dit tant de bien... Et puis, ici, même quand on passe en coup de vent, ils doivent distribuer de jolis prospectus. C'est dit, il va y faire un crochet en se rendant à sa destination. La monnaie sonne sur la table ; le docteur se lève, et adresse une profonde inclinaison de la tête à la petite serveuse impeccablement coiffée, qui ne peut pas distinguer son sourire.

Quelques minutes plus tard, l'apocalypse se déclenche. Il émerge d'un brouillard épais qui lui colle à la gorge, tâtonne autour de lui, ne retrouve pas son masque ; pire, l'un de ses gants est en train de brûler. Il étouffe vivement la flamme, comme si c'était sa propre chair qui le faisait souffrir, et non le cuir d'une bête depuis longtemps échappée aux tourments de ce monde. Les débris pleuvent comme une grêle et il remercie en pensée sa capuche et sa longue cape couvrante, mais le souffle tourbillonnant des braises en suspension ne l'épargnera pas. Des cris perçants retentissent de partout. Il sait que l'atmosphère est rouge, même si cette nuance est l'une des premières qu'il ait perdues. Une fille, à vingt mètres, coincée sous une poutrelle, se tord comme un serpent. Qu'elle s'en sorte par miracle ou non, elle ne travaillera plus jamais. Perspective qui, pour une bonne catin, a de quoi remplir d'horreur.

Mécaniquement, mû par une force absurde, le médecin trébuche au milieu des obstacles en direction des profondeurs du brasier. Deux forces, à vrai dire. Il les sent s'affronter et se soutenir comme deux chiens de tête. Toujours deux forces, comme il faut deux jambes pour avancer. Deux est le maître chiffre, celui qui engage le conflit et celui qui le résout. La première exhorte à sauver des vies humaines. La seconde ordonne de comprendre ce qui vient de se passer. Des ennemis sont-ils encore dans la place ? C'est une possibilité, et les ennemis de qui ? Ses gants s'arc-boutent sur le métal brûlant ; il soulève le poids et le laisse retomber à l'écart, mais y laisse encore un peu de cuir, il ne sait même plus s'il peut toucher la fille glapissante, peau contre peau, sans lui imposer un choc supplémentaire.

Dans son état, ce serait mortel. Ce serait la première fois qu'il tuerait de ses mains. Faire cela dans cette atmosphère de soufre, aux cris de ces vivants qui sont déjà des morts, serait étrangement logique... Et personne ne le saurait jamais. Peut-il la sauver ? Ou avait-elle été placée là par la main invisible du destin dans un tout autre but ? Il ne se sent pas du tout observé. Mais il n'a pas tout son temps. Les flammes forment autour de lui un rideau qui le protège du monde, mais aussi, qui se referme lentement, une pulsation à la fois. Un compte à rebours.
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Re: It's Over When It's Over [Libre]

#9
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A peine la nouvelle de l'attentat a t'elle fait grésiller cette vieille radio pirate sur laquelle il écoute les fréquences des forces de sécurité de la Ville qu'il s'est élancé. Juste le temps d'attraper son sac dos. Son blouson en cuir et les clés de sa moto. Qu'il dévalait déjà l'escalier de son immeuble en direction du parking.

Faire vite. Fusionner sa silhouette, son gros casque, avec l'aérodynamisme fourchu de sa moto. Au mépris de toute prudence. De toute règle élémentaire de conduite. Trop rapide pour les convois de police, de pompier, dont il dépasse les gyrophares affolés, laisse derrière le sillage brouillé, confondu des sirènes.

Etre le premier. Sur les lieux. Là où dans la nuit, tout ce qu'il reste de la Maison Close Rubis brûle comme une torchère, un phare. La foule. Les cris. Les spectateurs éparpillés, dont il coupe le flot, remonte à contre courant la fuite. Klaxonnant parfois. Criant même des insultes à ceux qui tardent à bondir, lorsque la moto furieuse déboule d'un croisement.

Et puis s'arrêter. En catastrophe. Dérapage, gomme brûlée et étincelles. Il ne peut aller plus loin. La bombe a soulevé la route. L'a crevée. Comme un volcan éventre la terre. Canalisation mises à nues qui vomissent de l'eau. Flammes qui colorent les façades les plus proches. Il pleut de la cendre. Son blouson en est tacheté. Comme un pelage de fauve.

Caler sa moto sur la béquille d'un coup de semelle rageur. Oter son casque et le laisser tomber avec molesse. Et puis s'approcher. Avec lenteur. Comme fasciné. Hypnotisé. Par ce que ses yeux embrassent.

Autour de lui les fumées dansent. Assomé par le blaast, le monde est silencieux. Seul l'incendie râle et éructe. D'une gorge profonde. D'une haleine d'escarbilles et d'étincelles qui crève la peau, irrite les narines.

Hagards. Gris et sanglants comme des spectres. De rares survivants le bousculent, le dépassent. Ils s'éloignent. Titubent et cherchent à s'enfuir le plus loin. Doucement il les éloigne, les repousse. Tout en continuant à se frayer un chemin à travers les monticules de gravats, en direction du coeur du sinistre.

Ne jamais cesser de regarder. Même lorsqu'il faut ouvrir son sac à dos pour en dégainer un appareil photo. Dont il fait les mises au point avec rapidité et efficacité. Sans se laisser déconcentrer. Au contraire même. De l'excitation de la course à travers la Ville. De la crainte d'arriver le dernier. Ne demeurent rien. Et si autour le monde chamboulé, tangue et s'effondre. Dans sa tête, ne règne qu'un calme limpide. Aussi calme. Posé. Que la respiration d'un tireur d'élite craignant que le moindre contre souffle ne détourne son fusil de quelques millimètres.

Ce qu'il cherche. Traque. Dans ces débris. Au milieu de ces voutes qui menaçent de céder. Ce sont des détails. Des instants. Des fragments. Quelque chose qu'il appris à force de couvrir des conflits dans le réel. Un panorama de zone de guerre est de l'Histoire. Un gros plan, sur l'oeil dillaté de terreur d'un enfant s'extirpant d'un bombardement : une histoire.

Une histoire...

Comme celle de cet homme. Couvert d'un masque de cuir monstrueux. Dont la silhouette douce, presque tendre, courbée sur les restes sanguinolents d'une putain, a quelque chose de mélancolique. De funeste. Vautour. Corbeau. Venu emporter une âme.

Alors il photographie. Immortalise. Au milieu de la fumée. Des grondements de la terre. Les efforts presque pathétiques de ce médecin. Et puis sans déranger. Sans froisser. Parce qu'un reporter n'est qu'un témoin et pas un acteur. Il s'éloigne. Les abandonne à leurs sorts pour reprendre sa déambulation lente et attentive le long des ruines.

Et cette Femme de haute lignée. A la tenue vulgaire, à l'arrogance voluptueuse, qui extirpe pourtant un corps des décombres. Quoi de plus décalé, que la vision de talons hauts, souillés de poussière de béton. D'un décoletté qui baille, balotte, parce que le corps qu'elle tire s'est coincé entre des gravats.

Clientes. Prostituées. Lorsque une catastrophe frappe. Les masques tombent. Saisis par surprise, sur le vif, par le flash. Les visages dévoilent leur véritable nature. Blackstorm et secouriste. Qui aurait pensé ? Surement pas lui. Un reporter ni ne juge, ni n'analyse. Au plus s'il se contente de rapporter des scènes. Afin que d'autres. Demain dans les journaux se fassent leur propre idée.

Déclencher. Flasher. Et puis s'en aller. Sans jamais se mêler.

Il pleut de la cendre. Un tigre émerge de la fumée. Indolent et beau. Décalé et paradoxal. Avec son échine souple et musculeuse, ses ronronnements graves et paresseux. L'homme s'efface devant la bête. S’abrite derrière une statue décapitée. Cherche le bon moment. Cet instant où d'une conduite de gaz, jailliront des flammes bleutées, qui se mêleront leurs reflets aux éclats de cuivre du pelage rayé.
Scène suréaliste. De fauve dans une jungle urbaine. Le monstre n'est pas toujours celui que l'on pense. Et le photographe tire. Appuie et engrange. Alors que déjà la bête disparait. Confond ses rayures sombres, aux ombres du quartier plongé dans le noir.

Pompiers Opale et leurs camions bleus. Policiers Améthystes qui commencent à tirer des kilomètres de rubans pour contenir la foule, préserver la scène. Toute cette agitation organisée. Ces cris. Ces ordres. C'est presque à regret que le reporter doit prendre le large. Vite, vite. Pour éviter les questions. Les saisies. Et les flashs de ses confrères arrivés trop tard.

Tant pis pour cette dernière photo manquée. Celle de la femme aux ailes de cuir voletant comme une chauve souris au dessus du sinistre. Tout en remballant son attirail dans son sac il la regarde. Joue en esprit avec les mises au point, la lumière de la lune et les contre jours argentés. Cela aurait fait une belle morale. Une Une superbe. Q'une démone trônant au dessus des flammes de l'enfer.

D'abord il marche. Puis très vite court. Enjambant les gravats et les corps d'une foulée experte.
L'habitude des zones de guerre. Si pour les victimes, il y aura un avant, un après l'attentat. Pour lui, ce n'est qu'un immeuble effondré parmi d'autres. Qu'une énième catastrophe.

Un soir de boulot.

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#10
– Faites les dégager d'ici !

Elle aboyait à qui s'approchait d'elle. A qui était à portée de voix, même si cela devait être dans le vent. Indéniablement de mauvaise humeur, à tous les maudire. Ses collègues. Ses supérieurs, ses subalternes. Les urgentistes qui, à son sens, traînaient trop. Et ceux qui avaient fait sauter la maison close. Putain de soirée.

Faute en était le col de son pull qui l'étranglait, à s'enrouler ainsi autour de sa gorge. De la fumée qui lui piquait le nez, lui faisait plisser les yeux pour en retenir les larmes. L'ironie était cette cigarette qu'elle pinçait du bout de ses doigts, en attendant de pouvoir faire quelque choses. A l'image des types de la morgue qui, en vautours, patientaient entre deux cadavres mettre en sac et emmener avec eux.

Soulever les décombres pour y chercher des corps ensevelis était tâche subtile. Longue, lente. Compliquée et délicate. Et cela ne faisait qu'accentuer l'impatience d'Esther, cette manière brusque avec laquelle elle s'adressait aux autres.

Qu'ils déroulent les rubans de sécurité, qu'ils tiennent la foule à l'écart. Ces putains de curieux, sur lesquels l'Orpheline avait envie de cracher sa bile. Malade à en crever, de les voir observer la scène. Curieux du pathétique, du misérable qu'offraient la scène des corps extraient, des survivants se frayant un chemin hors des ruines.

Faites les dégager d'ici ! Avait-elle hurlé. Sans préciser de qui elle parlait. Ces badauds qui lui donnaient envie de vomir, ou les blessés qui encombraient l'espace ? Les vautours de journalistes, ou clients et putains qui s'attardaient sur les cadavres aspirés par l'explosion ?

Pris au dépourvu. Tous. Et maintenant, il fallait assurer. Interroger les victimes en état de parler, les civils jurant avoir été les premiers sur place après l'explosion. Contenir la curiosité malsaine des journalistes. Bloquer le périmètre, dévier la circulation. Permettre aux ambulances d'aller et venir. Etouffer l'anarchie. Maintenir un semblant d'ordre, faire semblant d'avoir pris les choses en main alors que tous étaient dépassés.

Pas le boulot d'Esther. Tandis que les autres s'assuraient de tout cela, elle, se chargeait d'une vague supervision. Pas loin de sa voiture de patrouille, la radio à portée d'oreille. A hurler ses ordres aux autres, se tenir informée de l'avancée des opérations. Ne pas faire dans le social. Pas son genre. Pas son humeur.

Ils en étaient arrivés au stade de sortir les machines et les chiens, sous les hurlements des pompiers qui appelaient, espéraient avoir un éclat de voix en réponse. Savoir où retirer exactement les décombres. Sans le faire inutilement, là où aucun blessé n'était. Là où il n'y avait pas de corps. Sans tout faire s'effondrer sur d'autres victimes.

Et ce n'était que la partie la plus facile. Des semaines, des mois d'enquête se profilaient. Accompagnés de la pression. Les questions des journalistes. La colère de la Pute Rouge en règne. Peut-être, peut-être les foudres des sœurs Boyle. Leur quartier. Et aucune anticipation des forces armées. Les reproches. Et la pression supplémentaire. Les Neuf et leur pouvoir qui rendaient folle la Ville entière.

On n'est pas des putains de voyants ! Gueulerait sans doute Esther. A tempêter comme à chaque fois que l'on remettait son travail en question. Ego. Fierté. Orgueil mal placé. Qui la faisaient, d'avance, mordre son mégot de frustration.

Une nuit agitée. A tenir à l'aide du café et du tabac. Pour certains une – ou plusieurs – gorgées d'alcool. Whisky, pour Esther. Pour les instants un peu plus rudes. A l'aube. Là où la fatigue commençait à tirer, le corps à supplier repos. Mais pas encore. Certainement pas encore, alors que tout s'achevaient. Les pompiers et le dernier corps extrait. Les urgentistes et leur ultime blessé grave. La morgue partie avec une armée de cadavre dans les bras, qui ne fera que croître dans les prochains jours.

Ne restaient que les lumières Améthystes qui s'éteignaient progressivement. L'urgence étaient terminée. Etouffée. Avec elle, tout le reste du travail à faire. Commencer avec les débris d'un boîtier retrouvé. L'origine de l'explosion. Restes avec lesquels jouait Esther. Longue nuit derrière elle. Interminable journée à venir.

Re: It's Over When It's Over [Libre]

#11
Elle court, sans s’arrêter, et, loin derrière elle, le souffle de l’explosion qui ravage les corps sans distinction semble lui donner des ailes, la pousser en avant, toujours plus vite, toujours plus fort, infatigable. Et, pourtant, le souffle lui manque lorsque subitement, un obstacle rencontre sa route, brise son élan, brutalement, arrachant de sa gorge un hoquet de surprise et de douleur mêlés. Cheveux lâchés, traînée de feu lui léchant le visage, elle relève ses prunelles vers l’origine de sa chute.

Marmonne une injure qu’elle ravale aussitôt, les deux bras passés autour de son pull qui lui baille sur la poitrine. Déchiré, le pull. Et pleins de larmes, les yeux qu’elle porte vers la fautive. Une inconnue, une anonyme, comme elle, qui ne réalise sans doute pas qui elle vient d’heurter.

Alors, Moïra sourit, de toutes ses dents, à travers les larmes d’émotion qui roulent sur ses joues rosies par la course, et le froid mordant. Et son sourire dégouline de fierté, de l’acte accompli qui l’habite toute entière, la fait presque rayonner, luciole de soufre que le carnage avive. Tous ces corps tombés, ces noms à graver sur les tombes. Et la honte, et la colère, et l’incompréhension, qui, toujours, achèvent les deuils.

De quoi remuer un peu la fourmilière, pense-t-elle en se gorgeant des hurlements lointains des sirènes. Ils ne l’auront pas. Jamais. Ils ne comprendront pas. Et les gros titres parleront quelques semaines de cet acte gratuit et mauvais. Toujours ça de pris. Ça a marché. Vraiment. Les Améthystes sont sur les dents. Et les Rubis se tordent au sol. Comme ces insectes que les nuits chaudes abritent, masquant leur agonie proche.

Le nez plissé, elle attrape la main tendue, s’en sert pour se redresser, examine ensuite ses vêtements saccagés. Revient au présent. A cette scène surréaliste, cette jeune femme qui l’a poussée, jetée à terre, et qui maintenant s’inquiète pour elle, désire l’aider. Pourquoi pas ? Le succès force l'amabilité.

Pourtant, soudain, le sourire tremble sur ses lèvres, faiblit, puis s’éteint, alors que dans son dos s’élève une voix qu’elle connait bien. Un frisson l’attrape, pendant que dans sa tête défile toute une liste d’indices. Non, aucune trace. Il ne sait pas. Impossible. Il ne peut pas.

Elle se retourne, masque figé, traits légèrement crispés. Rien d’inhabituel, rien d’anormal, juste deux jeunes femmes perdues dans un quartier venant d’être attaqué. Moïra s’incline, annonce, d’une voix au respect peut-être un peu trop mielleux, posant sur le lion Boyle ses yeux de chat que l’ivresse de l’attentat éclaire encore. Enfile une fois encore ce masque d’étudiante discrète, timide et effacée qu’ils ont tous appris à connaître, puis, pour certains, à apprécier. Éclosion de haine.

« Professeur Boyle. Justement, nous partions. Les rues ne semblent pas sûres, ce soir. » Et d’une pirouette, elle se retourne, vive comme le vent, comme le feu qui danse dans ses cheveux,, attrape fermement la main de cette inconnue, que le destin, ou le hasard, peu importe lequel des deux, a placé sur sa route, l’entraîne à sa suite, soufflant entre ses dents« viens, viens, plus rien à faire ici, dangereux de rester, allez, viens, il y a pleins d’autres coins à… visiter. » Faire sauter, voulait-elle dire, ne retenant qu’au dernier moment l’aveu de ses lèvres courbées.

S’éloigner du souverain, de son regard qui transperce, de ses paroles acerbes, acides. Et conserver sa victoire bien au chaud dans son cœur. A l’abri. Pour mieux la découvrir, la savourer une fois seule. En sécurité.

Encore les sirènes. Les flashs qui quadrillent les ténèbres, gyrophares asthmatiques, silhouettes blindées qui accourent, se pressent sur les lieux du drame.

Moïra ne court plus. Sans explication, elle s’arrête, dévisage la jeune femme dont elle a piégé les doigts. Inutile, désormais. Elles sont assez loin et, même si traîne encore dans l'air un doux parfum de sauvagerie, leurs tympans ont perdu les échos des urgentistes. Elle la relâche, lui jetant tout de même en tournant les talons, pressée, « Je te revaudrai ça. Promis. »

Elle parcourt les rues, livrée à son extase, ses pas dansants dans l’air du soir chargé de fumées toxiques qu’elle inspire pourtant à plein poumons. Pas pire que l’oxygène vicié des usines. La fête est finie, par ici. Mais d’autres attendent dans le noir. D’autres doivent tomber, éclairés par les bombes, comme accrochés par les reflets mortels d’un soleil noir. J’arrive. Murmure-t-elle au vent qui, comme elle, ne fait que passer. J’arrive.
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