Happy Birthday


[Sujet commun] Le démon implosa. Explosa. Les tentacules, habituellement visible dans le tracé de l'ombre, qui se firent réelles. Matérielles. Et la vivacité d'Arthur. Celle de faire apparaître, depuis le sang qu'il avait perdu, dans sa main une épée d'écailles. D'en enfoncer la lame dans le torse du Seigneur, tout comme il l'avait fait autrefois avec Vulcain.


Messagepar La Ville » 20 Mar 2017, 21:26

Les doigts glissaient dans les cheveux, les ongles raclaient le crâne. Lui, enfonçait ses mains dans cette cascade d'encre. Elle soufflait. Exhalait. Gémissait. Répétait son prénom. L'appelait. Encore... plus... plus... Sa langue qui s'enfonçait dans sa gorge, ce filet de bave reliant leurs lèvres qui se brisait pour en mouiller son menton. Ses mains agrippaient les draps à en faire blanchir ses phalanges. La chair claquait. Lui, qui s'enfonçait entre ses cuisses, et elle qui le suppliait de la faire jouir.

Alanguie sur le lit, les cheveux éparpillés sur les oreillers en une couronne, elle fumait. Sa cigarette au bout de ses doigts fins, elle patientait tandis qu'il se douchait. Les jambes battant l'air dans un rythme connu d'elle seule, elle observait cette chambre dans laquelle il l'avait abandonnée. Cette manière dont les meubles semblaient aligné, où chaque chose était à sa place. Impeccable. Tout était impeccable, et même ses vêtements qu'il lui avait ôtés, les siens dont il s'était débarrassés ne jonchaient plus le sol. Il les avait tous ramassés pour les poser sur ce fauteuil. Ainsi, son petit monde ordonné n'était point dérangé. Si l'on omettait les draps froissés.

Habillé d'un de ses éternels costumes, elle l'avait dévié de sa route. Il remettait sa montre à son poignet, et elle, toute en jambes, avait de nouveau glissé ses doigts dans ses cheveux encore humides. Il sentait bon le frais. Le savon qui rappelait cette odeur qu'avaient les bébés une fois langés. Mais sa gorge, elle, avait encore le goût de son excitation qu'il avait récoltée du bout de la langue, alors qu'il avait le nez glissé entre ses cuisses.

Un baiser pour une requête. Qu'il ne la quitte pas. Qu'il la fasse jouir de nouveau. Elle lui avait réclamé, de cette façon qu'elle avait de prononcer ce Encore qui roulait sous sa langue. Il avait refusé ; mais elle était têtue. Demeurait en elle, cette envie. De déboutonner son pantalon, sortir son sexe de son boxer et le prendre dans sa bouche. Enrouler sa langue tout autour, baver sur son menton, sur ses seins, à force de saliver de l'avoir jusque dans sa gorge. Obscène, glisser le plat, la pointe de sa langue le long de cette veine qui le traversait. Le regarder dans les yeux. Et le supplier. Encore... encore...

Mais point de temps. Et à peine avait-elle défait le bouton de son pantalon, qu'il l'avait arrêtée. Elle souhaitait sucer, alors il lui offrit ses doigts sur lesquels elle bava sans honte aucune. Les lubrifier de sa salive, pour qu'il puisse les enfoncer entre ses cuisses. Deux d'abord, puis trois, qu'il fit aller et venir dans son sexe encore échaudé, irrité de l'avoir reçu en elle. Le bassin relevé, les cuisses contractées, elle suivait le mouvement de son poignet, ne s'embarrassait pas qu'elle puisse mouiller sur la manche de sa chemise. Mais ses doigts. Le sentir remuer sa semence. Et cette façon qu'il avait de la regarder de haut, debout et implacable tandis qu'elle crevait sous son toucher achevait de la rendre folle.

A chaque fois qu'il approchait son verre de ses lèvres, revenaient à son nez les relents chauds et salés du sexe féminin. Capiteuse senteur qu'il soufflait au visage des convives, apposait sur les mains serrées, les épaules frôlées, de ces femmes et hommes qui se pressaient à son endroit pour le saluer, lui souhaiter leurs félicitations les plus sincères.

Il n'en donnait point l'impression, n'exhibait en aucun cas son activité précédente aux yeux de tous. Qui pouvait deviner, autre que par son haleine aux arômes de whisky, qu'il avait baisé cette femme – qui alors supervisait la soirée – à peine une heure plus tôt. Elle, tout comme lui, se tenait droite sur ses talons hauts et accueillait chacun comme il se devait, désignait cette table où les paquets cadeaux étaient entassés en une pyramide fort droite.

Ce soir, cette nuit, Dante Sambre fêtait ses 55 ans. Point un compte rond, mais un juste milieu. Pointilleux, méticuleux comme il l'était, il avait accepté d'ouvrir les portes du Pandémonium jusqu'au prochain lever de soleil. Parce que cela se fête.

Comme un paon, il paradait, se montrait, affichait son sourire le plus mondain. Et si certains se méfiaient – Sambre oblige – l'on ne pouvait indéniablement pas remettre en cause le sens de l'accueil dont était doté le Seigneur. Les Rubis n'avait certes rien à lui envier, après tout c'étaient eux les mieux placés dans le domaine des mondanités et des réceptions à outrance. Mais en Dante demeurait cette morgue d'aristocratie, les bonnes manières qu'il aimait étaler à outrance pour mieux charmer son auditoire.

L'on se délectait des petits-fours et boissons mis à disposition. Tout un étalage de faste devant l'aristocratie sorcière, et cette plèbe grouillante venue pour l'occasion. De chair tendre et fraîche – à l'instar de cette réception qu'il avait donné il y avait bien des mois de cela – tendue dans des tissus minimalistes. Nul doute, quant à l'apothéose prévue pour la soirée.

Les membres de sa famille avaient fait l'effort de se déplacer. Nulle surprise pour l'Hydre, puisqu'il avait lui-même exigé leur présence : quelle image donnerait-il, si son frère et ses enfants ne se donnaient point la peine de fêter avec lui son nouvel âge.

Au bras de Nalia, tout en cavalier qu'il pouvait être – qu'il semblait mal à l'aise dans cette chemise boutonnée et coincée dans son jean – Arthur était venu. Fait rare, pour l'artiste, qui se tenait éloigné des Neuf comme il le pouvait, des mondanités autant que possible. Etrange comportement, pour Dante qui avait fini par lancer ses tentacules, ses têtes au travers de la Ville pour en apprendre plus sur le Régicide.

Quant bien même. Toujours était-il que le Seigneur était d'une politesse extrême. Et si chacun continuait de s'amuser comme il l'entendait, de l'entretenir un instant à propos de tel ou tel sujet, le peintre, lui, se tenait à l'écart. A peine était-il arrivé au bras de Nalia qu'il avait délaissé celui dont il était le cavalier improvisé.

– Arthur.

A la racine de ses cheveux blonds, Dante voyait les taches de peinture dont il semblait ne pouvoir réellement se défaire. Et cette odeur. De solvant. De Fauve. Muet artiste, qui s'était tout juste contenté de serrer la main tendue du Seigneur, qui alors se contentait de faire la conversation. Banal. Terriblement ennuyant. Mais nécessaire, pour garder le Régicide à l’œil. Juste au cas où. Car il était de ceux qui se méfiaient de tous.

Le tranchant du couteau était acéré, aiguisé pour entailler la peau si l'on passait la pulpe du doigt dessus. Etrange argenterie, dont la lame se sépara du manche. Et le temps, pour Dante. De quitter Arthur des yeux, tourner la tête vers celle qui organisait le tout. Lui intimer, en un regard, d'approcher.

Et le peintre qui en profita. L'instant qu'il avait attendu. La lame qui lui entaillait la paume, il abattit la pointe du couteau dans la gorge du Seigneur. Percer. Trancher. Orner ce cou d'un sourire rouge et indélébile. Définitif.

Tueur de Roi.

Le démon implosa. Explosa. Les tentacules, habituellement visible dans le tracé de l'ombre, qui se firent réelles. Matérielles. Et la vivacité d'Arthur. Celle de faire apparaître, depuis le sang qu'il avait perdu, dans sa main une épée d'écailles. D'en enfoncer la lame dans le torse du Seigneur, tout comme il l'avait fait autrefois avec Vulcain.

Un cri. La surprise. La panique. Sur le sol, un cadavre. Les yeux ouverts, le sang qui continuait à s'écouler. Et devant lui, debout, droit, Arthur. Cette épée à la main. Le visage arrosé par le sang qui avait giclé. La chemise devenue pourpre.

Dante Sambre est mort.

CONSIGNE :
Le sujet est ouvert à tous, et n'est en aucun cas obligatoire. Vous venez si vous le désirez. Mais que fait votre personnage ? Pourquoi est-il venu ? Et surtout : comment réagit-il en voyant le meurtre et/ou le cadavre de Dante ?
Comme ce n'est pas une intrigue à proprement parler, ça ne traînera pas en longueur. Vous pouvez venir autant de fois que vous le désirez, avec autant de personnages qu'il vous plaira. Mais un seul et unique post par personnage.
Pour toute question, il ne faut pas hésiter à utiliser le flood général du forum. Ou me MP sous Vhaal. :heart:
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Messagepar La Ville » 21 Mar 2017, 00:44

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Caralyre Sambre


Les mondanités l'ennuient. Lui font presque peur. Tous ces visages aux maquillages gluants, obscènes, qui offrent aux expressions un attrait de pacotille que les heures passant se chargeront de faire couler en lignes graisseuses. Caralyre n'est pas homme de foule. Il se domine, pour l'heure, tache de se fondre dans la réception, salue les uns, puis les autres, sans qu'à aucun moment le moindre enthousiasme ne vienne rehausser un peu son teint trop pâle des heures passées à écrire nerveusement les tourments qui l'habitent.

Il y a ceux qui par leur prestance, leur présence, leurs actes, paraissent immortels.

Son père était de ceux-là. Et Caralyre le fixe maintenant, le regard écarquillé, aussi figé que le cadavre qui se vide lentement de son sang. Une rivière pourpre, indolente, qui accuse sans parole. Qu’il est étrange de contempler ce visage qu’il a toujours connu si animé, toujours porteur d’une émotion calculé, retrouver la sérénité lisse de l’absence de rêve et de conscience.

Que faire lorsqu’une telle figure s’effondre, abattue par une autre que personne n’a vu venir ? Caralyre ne sait pas, Caralyre ne sait plus. Le sang pulse dans ses veines, l’envie, le besoin d’écrire fait trembler ses mains. Comme un tic nerveux. Incontrôlable. La retenue qui de son silence fait trembler les nerfs.

Une pensée tourne en boucle dans son esprit. Son père était une hydre. Une hydre qu’aucune tête immortelle n’est venue protéger de ce funeste poignard. Seule la Ville sait faire repousser ses appendices. Les créatures de légende ne meurent pas. Ni les tyrans. Pas ainsi, abattus par l’écrasant anonymat d’une ombre imprévue, si certains de leur puissance, si englués dans leur arrogance que l’assurance de la fatalité jamais ne les effleure. Les hommes de mal meurent dans leur lit. Au chaud. Protégés. Par leurs gardes. Les draps souillés des fluides de leurs maîtresses.

Mais pas Dante. Glorieuses ténèbres qui se couchent, dont il ne reste que ces traces sur la chemise de l’assassin. Que cette masse inerte, au sol, qui souille de ce rouge riche et profond ce dernier anniversaire.

Pour la toute première fois, la vision de son père ne l’effraie pas. Rendu inoffensif par ce sourire qui sur sa gorge s’étale. La poitrine trouée, elle aussi. La chair béante. Périssable. Comme eux tous. Quelques secondes pour que l’avenir se scelle, se ferme, et que l’imposant patriarche ne soit plus qu’une charogne en devenir.

Il le regarde, et un sourire affleure au coin de ses lèvres. Sans joie. Sinistre. De réaliser qu’aucune possession, aucun pacte aussi démoniaque soit-il n’a défendu son père contre son meurtrier. Que la grandeur des Sambre n’est rien contre la Mort. D’une simplicité déroutante. Une logique implacable.

Le Démon n’est plus, et le jour se lèvera quand même. L’encre grenat coulera, aussi dense que d’habitude. Charriant les désirs de l’écrivain. Libéré d’un joug paternel dont il n’a jamais pu, jamais su combler les attentes.

N’y a-t-il personne pour réagir ? Pour arrêter le tueur et demander réparation ? Le manque d’amour ne justifie pas le crime et déjà, Caralyre sent en lui les prémices d’une culpabilité non méritée. Ce n’est pas lui. Il n’a rien fait. N’est pas responsable de cette silhouette qui git, privée de toute autorité. De tout charisme. Qui refroidit déjà. La peur, comme un serpent sournois qui joue dans ses entrailles. L'a-t-il initié, ce mouvement assassin de cet autre aux cheveux blonds dont la main s'est abattue sans sommation ? Est-ce un nouveau mirage ? Une réalité tordue à la seule force des lignes ? Impossible. Il refuse la responsabilité d'avoir un jour voulu voir cette mort en face.

Un souvenir fugace. Les yeux noirs qui le fixent. Plongent au plus profond de lui, le fouillent, impatients, colériques. La déception engendrée par la recherche infructueuse. Fils indigne.

Il n’a jamais porté en lui ce qui caractérise cette famille. Cette famille dont la tête pensante, le gardien, le maître, n’est plus qu’une dépouille. Vaine. Un tas de viande. Qui marquera longtemps les errances de la plume de celui qui jamais ne s’est considéré comme héritier, mais qui entend déjà dans son esprit cette traîtresse de voix qui chantonne le roi est mort, vive le roi.

Si c’était moi, père, pense Caralyre, une larme unique perlant au coin de son œil droit. Une parodie d’émotion. Lugubre. Il a le cœur sec, alors peu importe si son œil coule. Si c’était moi, serais-tu enfin fier ? Il ne le saura pas. Les morts ne parlent pas. Peut-être mieux comme ça.

Lentement, il pivote. Dévisage celui qui de deux coups bien placés, a offert à l’Hydre une parodie de sourire. Bien plus sincère, ce sourire, que n’importe quel autre arboré par le Sambre de son vivant. Caralyre regarde Arthur. Et laisse tomber, d’une voix atone, ce qui sera son seul jugement.

« La Mort. Un nom qui te sied bien. »

Il hoche la tête. Salue le geste. Puis se détourne de l’assassin. Observe la salle. Les convives. Dérouté. Il réalise. Enfin. Avec retard, étourdi, ce que la mort du patriarche peut signifier. Amener. Entraîner. Toute fin appelle un renouveau. Question d’équilibre. Et de ce renouveau, il peut être l’un des acteurs. Quitter l’ombre, rejoindre la lumière. Même celle, factice, de la grandeur pourrissante de sa faction. En attendant, parler. Expliquer. Réagir. Autant de choses qui lui paraissent impossibles.
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Messagepar Faltenin H. Sëyligman » 21 Mar 2017, 14:19

Déjà, tandis qu’il dégageait ses membres fins du carcan étriqué de sa tenue, Faltenin sentait se détacher avec le tissu lourd et humide le poids du souvenir rapporté de l’autre côté. Oui, il était enfin prêt à prendre son envol… non, ses parents ne devaient pas pleurer… oui, il reviendrait peut-être un jour les saluer, leur donner des nouvelles. Oui, il serait toujours prêt à les recevoir si eux-mêmes se décidaient à tenter la traversée. Il avait installé le jeune esclave aux yeux de biche, si semblable à ce qu’il aurait pu être lui-même s’il était né doté d’un corps masculin, et pourtant, étrangement, plus féminin que lui…

Il lui avait montré sa chambre, expliqué comment faire fonctionner son téléphone – comment pouvait-on être pauvre au point de n’avoir jamais utilisé un téléphone portable ? Il l’avait rassuré : très vite, la magie s’atténuerait, et le jeune homme n’aurait plus à craindre de voir ses proches s’étioler sous ses yeux, leur énergie vampirisée à son insu. En attendant, il s’arrangerait pour ne pas se tenir trop longtemps dans la même pièce que ses parents. Oui, ils étaient très contents de l’accueillir. Oui, il y aurait sans doute des photographes dans le jardin, de temps en temps… Il faudrait faire semblant de s’en cacher. Juste semblant.

Cette conversation disparaissait dans le lointain de sa conscience comme les paroles d’une comptine d’enfance : elle était aussi futile, aussi mécanique. Lorsqu’il fut enfin nu, et put se sécher, il lui parut que ce dernier voyage dans le Réel n’avait pas été beaucoup plus qu’un rêve. Ses cheveux longs relevés en chignon sous une serviette supplémentaire, sa voix envolée en trilles, il se roula presque en ronronnant dans le peignoir offert par les mains secourables de ses domestiques, qui se pressaient avec une adoration presque religieuse dans le rayonnement de son aura. Prince et princesse tout à la fois, digne de tous les sacrifices… ils avaient tué sous ses yeux quelques minutes plus tôt, sur les quais, et cela leur semblait plus que légitime.

Cet homme aux mains carrées de portefaix, aux allures de crapaud, qui avait osé s’en prendre à l’héritier immaculé une première fois en lui donnant l’ordre – l’ordre ! - de porter une bombe de l’autre côté… Il avait osé revenir, et il avait été reçu. L’école de duellistes au complet peuplait le quai dans un naturel total, qui examinant un étal, qui flânant au bord de l’eau, qui bavardant de tout et de rien, un flou artistique dont il ne s’était pas méfié. Lorsque les lames avaient transpercé son cuir rude de toutes parts, il n’avait eu qu’un hoquet de sang et de surprise.

Ce souvenir-là, même l’agrément de la douche ne suffit pas à le nettoyer. Faltenin s’en léchait les lèvres. On avait relâché la proie mourante, et comme à un jeune chat qui s’aiguise les griffes, on l’avait laissé jouer avec, accomplir la mise à mort, en guidant son bras, en lui indiquant les artères. Il se sentait défloré, et cela n’avait rien que de très doux, un cocon de chaleur des plus confortables qui enveloppait ses moindres mouvements : c’était désormais la danse d’un tueur consommé. Il pourrait enfin passer un palier dans sa pratique de l’escrime.

Cette joie illuminait le fredonnement qui dansait sur ses lèvres lorsqu’il quitta ses appartements, pour un rendez-vous. Ce soir, son mentor l’accompagnerait à un grand événement public, et ce serait l’occasion de mettre en exergue ses talents mondains. Décidément, tout se passait pour le mieux… Et la réception était exquise, jusqu’à ce que l’impensable se déroule, à quelques mètres seulement, sous son regard soudain écarquillé. Le sang qui jaillissait à présent n’était pas le sang qui avait taché les pavés du quai. Cette fois, Faltenin avait les larmes aux yeux : c’était un aristocrate qui rendait l’âme, un être semblable, supérieur même à lui. Il assistait à la naissance d’une nouvelle ère.

Un tremblement léger déséquilibra sa stature fine, qui se raffermit l’instant d’après au prix d’un brusque effort de volonté. Il s’interdit de chercher du regard celui qui l’avait si discrètement accompagné. Son visage d’elfe se releva en se composant un sourire qui aurait pu paraître empreint de morgue ; jour de baptême sanglant, d’accomplissement et de chute. Son regard dévorait l’assassin.

Il vit quelques convives effrayés prendre la fuite, craignant sans doute les conséquences d’un tel geste en une telle apothéose ; personnellement, s’il avait été interrogé, il y aurait vu une certaine perfection esthétique. Mais à considérer son propre accoutrement, digne d’un page des temps anciens avec son col noir montant, ses longs gant de fauconnerie et ses bas de soie ivoire, il était certain que l’esthétique revêtait à ses yeux un sens tout particulier, et notamment très daté. Dans ce cas précis, il ne pouvait se départir d’un certain ravissement juvénile à l’idée de cette invocation d’un monstre afin de procéder à sa mise à mort ; et d’un léger signe de tête, il salua l’auteur de l’acte, comme un félin saluerait un loup. Au même instant, il perçut un geste semblable au sien de la part d’un autre, et la leçon héraldique de son mentor à l'égard de cette famille lui revint en mémoire.

Une sorte de culpabilité viscérale tenta de se faire jour dans ses entrailles soudain tordues, mais il la ravala. Non, cela n'avait rien à voir avec la destruction de sa propre lignée. Aucune identification n'était permise ; aucune empathie n'allait de soi. Il n'appartenait plus à la race des égorgés. Ce serment silencieux fit briller son œil clair d'une lueur livide.
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Messagepar Raphaël Della Rocastre » 21 Mar 2017, 18:18

Bien sur Raphaël était venu tout seul sans cavalière, au pretexte - qui le confortait dans sa très grande timidité - qu'il n'était là que pour offrir un cadeau au Roi démon de la part du frère cadet de Vulcain Asriel. Mais maintenant qu'il était dans la salle, qu'il ne voyait que des couples qui allaient, qui venaient, tous beaux, assortis, il regrettait son choix et se maudissait de ne pas avoir eu un peu plus de courage ou de prévoyance. Très gêné et très sur que tout le monde ne faisait que le regarder et se moquer doucement de lui parce qu'il se tenait là, en marge, élégant mais sans assurance à faire mine d'être absorbé par les décorations dérangeantes de la grande salle, il ne savait pas où se placer et se retrouvait toujours sur le chemin de quelqu'un.

Un autre problème auquel était confronté le grand jeune homme au regard brun avec de timides reflets verts et farouches était justement la décoration où plutôt le dress code en vigueur. C'était quelque chose d'avoir déjà contemplé des représentations des très sulfureuses soirées de la Famille Sambre dans les magasines, c'était bien autre chose de voir toutes ces femmes peu vêtues se déplacer, innonder l'ambiance de leurs parfums capiteux et de leurs chairs trop brulantes. Raphaël était timide, pas très sur de lui et de ses désirs, parce qu'il estimait que c'était pas très digne de lui, alors il n'osait pas regarder ce que ses yeux sans cesse aimanté par quelque présence avec un décoletté inouabliable où une chûte de dos à l'arrondi vertigineux prenaient un malin plaisir à surprendre. Tout cela le troublait beaucoup, et il était très mal à l'aise au point de sentir son corps ceint par un très beau costume auquel il avait eu le malheur de rajouter par dessus la chemise un gilet bleu electrique, se mettre à transpirer une encre noire.

Raphaël regardait les invités se presser autour du patriarche, tout le monde semblant très content de faire la fête alors que lui même était en retrait, l'esprit plein de noeud, et une dérangeante goutte de sueur qui lui perlait aux tempes et qu'il essuyait parfois de la manche de sa veste. Un ordre était un ordre et il n'allait pas se défiler aux consignes de son patriarche, mais il avait beau tourner et retourner ce paquet qu'il tenait maladroitement sous son bras et se dire à chaque fois qu'un couple s'éloignait du seigneur démon qu'il allait s'imposer et que c'était son tour de présenter ses hommages au très inquiétant seigneur, il ne faisait jamais le pas, ou alors trop doucement et un nouveau couple oh combien plus inspirant que lui se présentait à sa place et accaparait toute l'attention du maître des lieux.

L'arrivée de ce grand jeune homme à la tignasse blond pâle, qui semblait lui non plus pas trop dans son élément, dont la tenue avait quelque chose de très normal, de très rassurant par sa simplicité froissée, rassura Raphaël. Surtout que même si ce personnage avait été au bras d'une brune magnifique, il s'en était maintenant éloigné et était comme lui tout seul. Au moins Raphaël n'était plus tout seul à faire tâche, à sembler déplacé dans cette soirée où charme, beauté et assurance étaient la mise. Sautant sur l'occasion et essayant de se rapprocher le plus discrètement possible en tenant son paquet contre son bras, l'ancien lierre azur emboita donc le pas à ce secours providentiel, en se disant qu'il le laisserait d'abord approcher Dante et puis qu'ensuite ce serrait son tour.

Raphaël qui était un cousin de la branche régnante des Asriel avait déjà entendu parler du peintre tueur de roi, mais il ne l'avait jamais vu en personne, pour lui c'était un être lointain, comme ces images de drames que l'on voit aux informations et qui même réelles nous heurtent avec la douceur d'une histoire étrangère. Lorsque Dante mourrut la gorge tranchée, Raphaël était en première ligne et se trouva le visage tout aspergé du sang rouge. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte de ce qu'il se passait, comprendre, faire le lien, alors que son coeur plus vif avait déjà adopté le rythme fou d'une calvacade de battements si rapides qu'ils en étaient douloureux. Raphaël n'était pas quelqu'un de couard ou de lâche, mais la surprise avait été telle qu'il se recula très vite de quelques pas en tenant toujours son paquet dans ses mains gantées. Il regardait le garçon blond avec sa chemise rentrée dans son jean, il le regardait, il voyait l'épée, mais il n'arrivait à faire le lien avec le corps du seigneur Sambre.

-Il s'appelle Arthur et il a déjà tué mon seigneur Vulcain Asriel.

La langue de Raphaël avait répondu automatiquement à la dernière réplique de Caralyre à ses côtés. Il connaissait un peu le dernier fils ainé du patriarche Sambre, parce qu'ils partageaient la même passion pour les livres et avaient surement le même rapport à l'encre et l'habitude de se croiser dans les rayonnages poussiéreux de la bibliothèque de la Ville. Mais le reconnaître ne lui était d'aucun secours, tout ceci, tout ce qu'il venait de se passer, était tout bonnement incroyable. Plus incroyable encore était le paquet cadeau que le patriarche Asriel lui avait demandé d'offrir à Dante Sambre, parce qu'une petite étiquette attachée au noeud de papier entortillé bleu azur, était marquée non pas du prénom du patriarche défunt, mais bel et bien du prénom de l'assassin.

Ne disait on pas que les Asriel étaient de grands prophètes, que pour eux le temps était quelque chose de très fluctuant. Il avait lu que pour certains grands seigneurs étoilé, les drames étaient comme des trous noirs creusés dans la trame de la Ville, des choses si énormes, que la réalité, les lois physiques les plus élémentaires en étaient toutes déformées aux alentours. Il ne savait pas ce qu'il faisait et n'écoutait que son instinct, quoique pas assez fou pour s'approcher de l'assassin tueur de roi, qui lui semblait aussi dangereux qu'un fauve dans la cage duquel on ne tendrait pas une main, il se pencha et déposa le cadeau énigmatique par terre où malheureusement il s'imbiba de sang.

La première chose que fit Raphaël en sortant très vite de l'odieuse pyramide où régnaient les Sambre fut de s'allumer une cigarette, son visage comme ses gants étaient pleins de sang, mais il ne s'en rendait absolument pas compte. Il fumait très vite, tirant très fort sur sa cigarette sans même sentir la fumée se glisser dans ses poumons, le tout en regardant le ciel crépusculaire. Le coeur du jeune homme battait toujours aussi fort, il se sentait étrange, pas terrifié parce qu'il n'avait pas peur pour sa vie, ni même triste mais choqué au plus profond de lui par cette débauche de violence. C'était cette même sensation que d'avoir vu deux fauves se battre et d'avoir entendu ce bruit très dérangeant des dents qui s'entrechoquent les unes contre les autres, l'image était tellement parlante qu'il en frissonnait en serrant ses propres machoires comme si elles s'étaient cognées elles aussi.

Raphaël avait sorti son portable et avec ses gants qui laissaient beaucoup de rouge sur l'écran - le soir même il se débarasserait de l'objet souillé - il fit défiler son très court répertoire jusqu'à tomber sur le numéro de l'épervière qu'il appela de façon tellement convulsive que la première fois il raccrocha sans faire attention. Toute cette violence lui avait donné envie de parler, d'entendre une voix humaine, il avait besoin de son amie Lamiane de l'entendre, de se raccrocher à leur lien. Ce même reflexe qui faisait que dès que l'on a la nouvelle d'une catastrophe, on se rue vers nos proches, d'abord pour partager mais surtout pour être accompagné, soutenu et avoir la rassurante impression de faire parti d'un tout d'une communauté famillière. Toute la Ville était en train de sombrer, c'était comme une spirale et être aspiré par un tourbillon, ce chaos à l'état brute lui glaçait le sang et il avait plus que jamais besoin de se raccrocher à la main de Lamiane.
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Messagepar Malkior Al Asnan » 21 Mar 2017, 18:48

C’était encore plus… ravissant que la première fois. L’auteur Saphir se délectait de l’ambiance comme un troubadour étranger se serait volontairement laissé prendre dans le miroir aux alouettes d’une cour d’empoisonneurs, de condottieres et de spadassins. Il bavardait à mi-voix, le regard dansant d’un visage énigmatique à un autre, avec l’homme qui lui avait fait passer cette invitation, un ami de son éditeur qui avait, semble-t-il, pris à coeur de soutenir sa carrière montante. On lui présenterait du monde, ce soir ; des fans haut placés. On l’introduirait dans un cercle important. Il se souvenait vaguement d’un rêve qui avait mal tourné… Il était curieux à la perspective de plonger une seconde fois son regard dans l’abîme. Son interlocuteur lui désignait, à quelques dizaines de mètres, une jeune silhouette gracile aux cheveux longs et soyeux.

« Il y a bien longtemps que je meurs d’envie de vous présenter. Vous êtes faits pour vous entendre. »

Distraitement, Finch acquiesça. Il n’y voyait pas d’inconvénient ; ce ne serait qu’une énième rencontre autour de ces éjaculations d’encre que d’aucuns avaient eu la fantaisie d’appeler de l’art, alors autant que cela se termine en partie de jambe en l’air. Si ça suffisait pour que l’ami de son éditeur continue à lui tailler une auréole de poète maudit dans les cercles supérieurs de la société, un petit coup de queue à une inconnue, si étrange soit-elle, n’était sans doute pas cher payé. Soudain, il eut un mauvais pressentiment. Davantage que cela : il eut le sentiment que son ombre lui parlait. Ce n’était pas du tout le moment d’avoir une crise. Finch se raidit, s’excusa un instant et planta là son important interlocuteur. Visage baissé, craignant d’être aperçu, mais désespérément visible sous ses boucles flamboyantes qui semblaient danser comme les filaments éthérés d’une torche, il se réfugia derrière une colonne en levant son verre devant son visage.

Il y avait là un homme qui avait de mauvaises intentions.

Alors que sa paranoïa travaillait déjà, hésitante encore à désigner un convive ou un autre comme le responsable de ce soudain sentiment d’alerte, il entendit des cris : n’écoutant que sa curiosité, il se précipita. Ce ne pouvait pas être une coïncidence. Quelqu’un venait d’assassiner le roi de la soirée, aux yeux de tous. En d’autres circonstances, il aurait pris des notes ; il n’avait pas encore eu le privilège d’assister à suffisamment de décès violents en direct pour en nourrir ses descriptions romanesques autant qu’il l’aurait aimé. Mais en cet instant il n’éprouvait qu’un soulagement profond et sincère. Le pressentiment s’était réalisé. La foudre s’était abattue. Il ne risquait plus rien. Pourtant, une sourde litanie répétait dans les recoins secrets de son esprit : ne baisse pas ta garde. Ne baisse pas ta garde…

Par acquis de conscience, plutôt pour retrouver le vieil homme qui lui parlait un peu plus tôt, pour recueillir ses premières impressions, pour ne pas laisser disparaître à l’horizon de la panique populaire cette délicate créature que l’investisseur souhaitait pousser dans ses bras, il scanna la foule du regard et s’arrêta sur une vision familière. Familière ? C'était un parfait inconnu. Mais il éprouvait tout de même un sentiment de familiarité, comme s'il l'avait croisé dans une autre vie. Ses lèvres s'entrouvrirent, mais contrairement au reste de l'assistance, ce furent des paroles froides et articulées qui sortirent de sa bouche.

« Ne baisse pas ta garde : il est là. »

C’étaient ses propres lèvres qui avaient parlé. Mais elles n’adressaient leur avertissement à personne d’autre qu’à lui-même. Le visage qui le dévisageait également depuis l’autre côté de la salle était un masque bruni par les intempéries, encadré de cheveux hirsutes, d’une couleur indéfinie ; deux yeux perçants, d’un vert d’eau, y étincelaient comme des bijoux précieux, braqués droit sur lui. Cet homme voyait ses yeux, aussi bien qu’il voyait les siens. Un haut-le-coeur saisit Finch, et il dut s’écarter en prenant appui sur la colonne, la démarche pesante comme s’il était au bord de l’évanouissement ; son crâne lui faisait mal, le stress environnant remontait le courant de ses veines, et la présence de cette possession qui ne le laissait jamais en paix était si forte qu’il croyait être, lui, le fantôme, cohabitant avec un spectre qui était le véritable maître des lieux.

« Il est là, » murmurèrent ses lèvres dans un rictus crispé. « Il n’est pas mort. Et il t’a vu. »

Le spectre le poussait à revenir sur ses pas et à éliminer la menace. Mais à cet instant, l’ami de son éditeur surgit de la foule et le prit par le bras. Le vieil homme croyait que la scène lugubre qui venait de se dérouler avait tourné les sangs du jeune auteur étranger, et lui donnait des sueurs froides ; il lui proposa de regagner le banquet, en lui prodiguant le peu de paroles réconfortantes qu’un habitué peut offrir à un impressionnable. Mais la panique de l’effacement personnel fut la plus forte : ce qui restait de Finch en Kornalis Alaman s’arracha à son soutien, et, sous son regard déçu, prit la fuite en trébuchant. Finch ne voulait pas être détruit. La garde, atteinte par la terrible nouvelle, l’arrêterait peut-être aux portes, mais du moins aurait-il mis un immense espace peuplé de silhouettes neutres entre lui et l’homme aux yeux verts. Dans un dernier regard en arrière, il constata que ce dernier observait encore le cadavre, avec une sombre intensité. Un sursaut de possession fit claquer la mâchoire du romancier, qui poursuivit sa retraite précipitée, en s'entendant marmonner avec une fureur indicible :

« Comment peut-il être encore en vie... »
« Il est mort, » répliqua un badaud à ses côtés, interloqué, croyant qu’il parlait de Dante Sambre.
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Messagepar Judex Venturus » 21 Mar 2017, 21:09

C’était affiché partout en ville : l’anniversaire de l’hydre souveraine. Un petit sourire au coin des lèvres, narquois comme ne sait l’être que la lie de la société, cette aristocratie inversée, Judex Venturus avait sorti de sa poche, en pleine rue, un outil qu’il venait de faire nettoyer, aiguiser, et dont la large lame étincelait au soleil. Il s’était regardé dans le reflet partiel, en déplaçant sa main pour tenter de saisir toute son image morcelée. Et il s’était comparé au profil aigu, sombre et pareillement souriant du patriarche. Bah… une image, on l’arrangeait comme on voulait. Sûrement qu’un type aussi indécemment riche et outrageusement puissant se faisait redessiner à l’infini jusqu’à être content du résultat.

Un peu plus tard dans la même journée, il recroisa un type auquel il avait refait le portrait, justement, quelques temps plus tôt. Pas en plus beau – et pourtant ça n’aurait pas été trop difficile. Le type, quand Judex s’était présenté (Judex Venturus, oui, comme le héros de Darkmoor...) s’était permis de lui dire qu’il fallait être cinglé pour se faire appeler du nom d’un personnage de roman. Le poing de Judex s’était chargé de lui communiquer qu’il était en effet cinglé, mais pas de cette façon-là. Que l’auteur de Darkmoor lui piquait son nom. Qu’un jour, il lui ferait la tête au carré. En le recroisant dans sa balade sans but, le type s’écarta de son chemin, preuve que la leçon était comprise. Il n’en pensait sans doute pas moins, mais il avait la décence de ne plus le dire. Au contraire, il lui donna un tuyau :

« Hé… Jude ? Ce type qui te pique ton nom, là... »

C’était pas ce qu’on lui avait piqué de pire dans sa vie. Mais oui, ça l’intéressait. Il se détacha de la contemplation du fleuve et ramena en direction du type au nez cassé sa carcasse solitaire, mains au fond des poches. Ne sachant pas ce qui pouvait se cacher au fond de ces poches, le type n’en menait pas large, mais il continua : « ...eh ben, il sera à cette fête, chez les Sambre, si tu veux le croiser. Son agent a laissé courir le bruit pour lui faire un coup de pub gratuite. » Puis il s’enfuit. Judex le regarda se carapater dans la ruelle voisine, et éclata d’un grand rire sonore et sans joie. Il savait déjà qu’il irait seul. Envie d’inviter, pas envie de passer pour un con. Et puis, ce ne serait même pas marrant à voir ; il coincerait un bourgeois qui ne connaissait peut-être même pas son existence, il l’agresserait pour un crime qui n’était sur aucun texte de lois, et il se ferait sans doute sortir par la sécurité locale, après lui avoir fait sauter quelques dents. Vraiment juste une virée pour se distraire de vivre.

Arrivé sur place, il s’était rendu compte que tout le monde et n’importe qui était le bienvenu. Il n’avait pas fait d’efforts sur la garde-robe, et il s’était rué sur le buffet à son arrivée comme tous les crève-la-faim venus se vautrer dans la magnificence du maître des lieux. Il avait nettement augmenté son taux d’alcoolémie avant de se mettre en tête de repérer les huiles qui excitaient sa curiosité ; et dans l’intervalle, l’espace alloué à la fête était devenu noir de monde. Naviguer dans ce parterre de têtes et de coudes n’était pas une mince affaire. Avant de mettre la main sur le romancier, il était arrivé en vue de la place d’honneur, et s’était dit : pour une fois que je peux l’observer de près, voyons si ce vieux Sambre a un air de famille avec les affiches. En tout cas, le sourire était au rendez-vous. Il y en avait au moins un dans cette pièce qui avait l’air de sacrément s’amuser. Bien entouré, bien accompagné, adulé de toutes les têtes pensantes qui y allaient de leur courbette… Comme toujours quand il se posait sérieusement la question, le bâtard songea qu’un type aussi heureux ne pouvait pas être un parent caché.

En quelques secondes, cette impression viscérale fit place à son extrême inverse, au point que même un tueur aguerri comme l’était Judex au besoin en resta choqué, campé instantanément dans une posture de combat au cas où la menace se généralise. Mais il n’y avait dans cette salle pleine de monde qu’un seul assassin. Solaire, exposé aux regards, sans peur et sans reproches, une sorte d’ange exterminateur. Et l’être inaccessible jusqu’alors campé dans toute sa gloire venait de chuter parmi les mortels, de la façon la plus directe qui soit ; brusquement, Judex n’était plus si sûr de pouvoir écarter tout lien de parenté possible, en voyant cette flaque de sang noircir à vue d’oeil autour de la forme grotesquement affaissée. Ça, ce pouvait être son père. S’il retrouvait un jour son père, en tout cas, c’est ainsi que ça se passerait : un désastre affreux, et il n’y croirait que beaucoup trop tard. Tout ce temps qu’il perdait à tourner au bout de sa chaîne… les gens n’étaient pas immortels.

Il détourna la tête, maudissant cette fierté qui l’avait fait venir seul, attendant la prochaine catastrophe, quand il reconnut un regard familier.
Non – il connaissait ce regard, mais ce n’était pas le bon visage.
Il connaissait aussi ce visage mais d’ailleurs, de loin, d’avoir traîné dans le quartier, surveillé les fenêtres, suivi à distance une balade nocturne… C’était bien le romancier du dimanche auquel il comptait casser les poignets pour lui apprendre à écrire ; là-dessus, son contact ne lui avait pas menti. Par contre, il y avait un bonus. Un gros bonus : le romancier du dimanche portait les yeux qu’il avait livrés à Bill, jadis, pour son petit rituel de réincarnation. Comment aurait-il pu les oublier ? Ils le hantaient encore, régulièrement. Ses deux ennemis, l’un vague nuisance qu’il corrigerait à l’occasion, l’autre némésis haïe de toutes les fibres de son être, et pour laquelle il était remonté des rivages de la mort, venaient de se fondre en une seule et même entité. D’ailleurs, le crime de donner son nom au personnage de ce foutu roman était nettement plus grave, maintenant qu’il savait que Bill était derrière tout ça. Un gant jeté à son visage de survivant.

La veine palpitait sur sa tempe, seul signe extérieur de la tornade qui se faisait jour sous son crâne. L’espace d’un instant, Bill parut décidé à marcher dans sa direction, et à nouveau, le combattant sentit chaque fibre de ses muscles se raidir pour recevoir le choc, dans une euphorie léonine ; puis les invités affolés qui se bousculaient pour voir, pour refluer, pour se rejoindre et se prendre à parti, formèrent un écran derrière lequel il disparut. Judex aurait pu le poursuivre, mais il n’était plus dans l’optique d’un cassage de gueule bâclé, gratuit et dont l’issue importait peu.

Il se remit immédiatement à contempler le mort. Il était sorti d’affaire, lui. Comment s’échapperait l’Assassin ? Par la même porte invisible et béante que l’âme du cadavre venait d’emprunter ? Ils étaient tous chanceux, à côté de celui qui venait de fuir lâchement le théâtre d’un possible affrontement. Bien, puisqu’ils ne pourraient pas en terminer ici même, alors ce serait selon les termes de Judex Venturus. Ils étaient tous chanceux, autant qu’ils étaient, ceux qui prenaient part à cette célébration devenue cérémonie funèbre. Pour eux, le choc était passé. Judex s’aperçut qu’il grinçait des dents, qu’il enfonçait quatre ongles dans la paume recroquevillée de son poing… Enfin. Alors qu’il avait cessé de l’attendre, le jour était venu, le jour de vivre et de mourir, une même montée sur le ring pour sa vieille âme de gladiateur, qui lui semblait soudain centenaire.

Dommage que tu ne sois pas là. Dans l'état où je suis, je pourrais t'embrasser.
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Messagepar Horus Sambre » 22 Mar 2017, 12:10

« Tu m’auras pas, tu m’auras pas. » Éclats de rire dans les jardins. Les deux enfants déboulaient entre les rosiers, le visage inondé de lumière. Impeccables dans leur petits costumes-shorts, ils se poursuivaient, sans pitié, sans relâche. « JE SUIS REQUIEM KRAVT » avait-il tonné avant de mettre un grand coup de son épée en bois, paré de justesse par le deuxième enfant. « ET NOUS, ASRIEL, TE VAINCRONS » répliqua le plus jeune répondant au coup d’épée par un autre. Des enchaînements, des fentes avant, des ébauches de bottes. Et des pleurs, violents, alors que l’épée de l’ainé vient fouetter le visage de son cadet de son épée en bois de chêne. Impatient, déjà. Mauvais joueur aussi. L’enfant n’a pas su perdre assez vite. Trop résistant. C’était une injure, et l’ainé l’avait punie. Recroquevillé sur le gravier des jardins Sambre, Horus sanglote, le visage violacé, rappé. Profonde injustice que cet enfant qui aime un frère qui n’a que son autorité et sa soif de pouvoir à donner en retour.

Du sang, partout du sang. L’écurie en était inondée, comme si une jument venait de mettre bas. Horus gît, à nouveau. La poitrine vulgairement ouverte au couteau de cuisine. Il crachotait du sang, à l’agonie. Debout, imperturbable, Dante Sambre. Déjà majestueux, déjà terrible. Dans sa main, le couteau, taché de sang. Derrière lui, ses amis de l’Académie. Genou ployé, terrifiés par leurs actes mais transis d’admiration par leur leader charismatique. À ses pieds, Horus attendait la mort. Glacé par le déluge de cruauté dont il venait d’être la victime. Mais la bête qui venait d’élire domicile dans sa poitrine ne le laisserait pas partir si facilement.

Du sang, partout du sang. La salle du trône en était inondée. Comme un soir de régicide. Dante était mort. Inerte sur le marbre millénaire du pandémonium Sambre. Et Horus ne l’avait pas tué. Non, il y avait assisté, placidement. Simple spectateur. Il en avait le souffle coupé. Ne comprenait pas. Qui ? Pourquoi ? Et puis cela le frappa, encore plus fort. Non, il n’avait pas tué son frère. On lui avait volé sa mort. Un hurlement silencieux lui déchira le visage. Lui fit se mordre les lèvres au sang. Pour la première fois depuis des décennies, Horus pleurait. À chaudes larmes. Des larmes de rages, de haine. Arthur, le régicide. Placide, l’épée à la main, le visage inondé de sang. Dans sa poitrine, la Bête hurlait à la mort. Sous sa poitrine, son cœur s’était mis à battre violemment, raisonnant entre ses tempes. Horus perdait le contrôle de sa magie. Et partout dans la salle, ils le sentirent. Leur sang, brûlant qui tapait dans leur poitrine, le cœur qui s’accélère, qui s’emballe. Tous le sentait. Horus s’était fait mettre du rythme cardiaque de chaque personne présente dans la pièce. Il était fou de rage et de douleur. Ivre de violence. Il voudrait les tuer, tous. Quelque part dans la pièce, une esclave s’évanouit, le nez en sang.

Les yeux exorbités, Horus se rue vers l’assassin. Le saisit par les épaules, le secoue. Lui hurle au visage. « Pourquoi ? Pourquoi ? » Pourquoi tu me prives de ma vengeance a-t-il envie de hurler. Pourquoi tu me prends ce qui m’est si cher ? Et déjà, il s’en détourne, se rue vers son frère. Inerte. La poitrine béante. Il est passé par là, il a survécu. Pas Dante. Il y a quelque chose de tragique dans ce patriarche étalé, dans le silence assourdissant de l’assistance. Des gardes qui ne bronchent pas. Tous, qui se regardent, atone. Tardent à réaliser. L’un des Neufs n’est plus. Horus est auprès de son frère. Son cher frère. À passion violente, fin violente. Horus le sait, pertinemment. Dante s’est pris pour Dieu le père. A oublié sa propre mortalité. Et il gît, là, sans vie, je jour de son anniversaire. Et Horus est auprès de lui. Son frère. Au carrefour des occasions manquées. Ensemble, ils auraient régné sur la Ville. Un démon bicéphale, ne laissant aucun angle mort à leurs ennemis. Mais Dante voulait régner seul. Trop inquiet des velléités de son cadet, de ses ambitions. Il y a eu une croisée des chemins, et les frères se sont séparés. Dante a pris la gloire, Horus la vie. Quelque part, à l’intérieur du Docteur, ses émotions se calment. Le calment. Et partout dans la pièce, l’énergie magique, pernicieuse, se fait moins violente, moins asphyxiante. Horus n’a pas donné à Dante la fin qu’il attendait pour lui. Le Démon n’a pas pris son du. Horus avait eu son fantasme, d’assister à la fin d’Horus. De le voir perdre ses esprits, peu à peu. Santé mentale submergée par la puissance démoniaque qui l’habitait. Dante meurt, mais quelque part il est victorieux. N’a jamais été asservi. Meurt campé sur ses deux jambes, et non à quatre pattes. Loin, très loin des camisoles qu’Horus avait prévu à son effet.

Alors Horus se juche sur son défunt frère, le domine de sa présence prédatrice. Il ferme les yeux, lentement, et inspire profondément. Il le sent encore, Dante. Sa présence. Son aura. Dans son sang. Lui et le démon sont toujours là, à ses pieds, en flaque. Alors il se penche. Hume. Et lèche. Lèche les plaies béantes de son aîné devant une assistance médusée. Enfonce son visage dans la poitrine béante du patriarche Sambre. Personne ne l’empêche, personne n’ose. Les Sambre ont leur manières. Personne dans la Ville n’ignore que derrière l’élégance intemporelle des Sambre, reste cette sauvagerie millénaire qui les habite. Et personne ne s’étonne de voir un Prince se repaître de son roi. De lui grignoter le torse, de lécher les dalles polies de la salle du trône du Pandémonium, de lui ouvrir la gorge pour en extraire le jus. Le visage du docteur est inondé, son cœur saturé. Il sent cette puissance qui l’envahit. Cette exaltation. Il boit du sang de roi et Lucifer est un bon repas. Ses yeux brillent d’une lueur carmine. Ses vêtements souillés de l’hémoglobine du patriarche. Il se relève, toise l’assistance. Dans sa main, un cœur. Qui ne bat plus depuis plusieurs minutes déjà. Le cœur de Dante. Objet impie, sacrilège. Et Horus connaît des gens qui sauront lui faire dire ce qu’il a à dire. Dante n’avait pas fini de hanter cette ville.

Bien droit, Horus se tourna vers l’assistance, médusée, terrifiée. Dans ses artères, l’hémoglobine se déverse par torrent, par fracas. Jamais, de sa vie, il ne s’est senti aussi puissant. Aussi violent. Derrière lui, une vie de ressentiment, devant lui, un horizon de possibilités. Et le voyage ne fait que commencer. Lentement, Horus se tourna vers son neveu, et leurs regards se croisèrent, fugacement.

« Le Roi est mort. Vive le roi ! »
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Messagepar Boris K. Valkorov » 22 Mar 2017, 15:39

Le cou craqua. La respiration contrôlée, calme, Boris patienta quelques instants avant de retirer calmement la corde du piano de la gorge de sa victime, qui s'effondra mollement sur le sol. Il enroula alors son instrument de mort sur lui-même, le rangea dans sa poche sans un mot, puis réarrangea son noeud de cravate avant de sortir du bureau sans un bruit.

Il n'officiait pas beaucoup dans le quartier de l'Ambre, les gens y étaient souvent beaucoup trop riches pour ne pas savoir à l'avance qu'ils étaient des cibles, et prenaient ainsi des contre-mesures parfois drastiques. Et il n'aimait pas particulièrement travailler dans ce quartier. La présence quasi-permanente de courtisans et courtisanes auprès des dirigeants de l'Ambre - les cibles les plus courantes - rendait tout contrat pointilleux et la moindre erreur salissante. Non pas qu'il n'appréciait pas cela. Mais pas tous les jours. Pas lorsqu'il assurait effectuer un travail d'une qualité irréprochable qui demandait nécessairement du temps.

Mais aujourd'hui semblait être une journée spéciale. Le quartier était plus vide qu'à l'accoutumée, les gens paraissaient méfiants, mais tout aussi vulnérables et désireux de se débarrasser de leur concurrent. Une excellente journée pour officier en somme. Il n'avait pas eu à s'intéresser beaucoup à sa cible, qui s'était trouvée par un heureux hasard dans son bureau, visiblement paniquée et parfaitement seule pour une raison qu'il ignorait. Une aubaine.

L'homme de main réajusta ses gants et fit jouer ses doigts engourdis par la corde de piano. Personne ne se présenta sur le chemin de la sortie. Une fois dehors, il vissa calmement son chapeau sur sa tête, et se mit en marche d'un pas tranquille en direction de sa planque la plus proche. Le soleil pointait timidement le bout de son nez, et perçait à travers les maigres nuages pour venir caresser de ses rayons le bitume encore gelé. Le pas du tueur résonnait calmement sur le trottoir.

Il s'arrêta sur le chemin devant un kiosque pour y prendre le journal du jour, lâchant une pièce sans même regarder le gamin qui tenait l'abri de tôle. Puis il glissa le quotidien sous son bras, et reprit sa route sans se presser.

Ce ne fut qu'une fois à l'abri dans sa planque, spartiate et peu décorée, qu'il daigna jeter un oeil au journal.

"DANTE EST MORT !"


Pas de "Sambre". Tout le monde savait qui était Dante. Était.

- Hum, lâcha Boris pour lui-même dans un souffle bref et presque amusé.

L'homme de main ôta son chapeau, ses gants et son manteau qu'il rangea soigneusement sur le porte-manteau à l'entrée. Puis il retira sa veste, la jeta nonchalamment sur le divan dans le petit salon, et sans prendre la peine de retirer sa cravate ou les bretelles qui maintenaient le holster contre son flanc, se dirigea vers la cuisine pour faire chauffer de l'eau.

Bientôt l'odeur du thé noir embauma le petit appartement. Une odeur douce et entêtante, chaleureuse, aux embruns de bergamote, d'agrumes et de miel. Une odeur de souvenir, de montagnes et de Cour Impériale, d'élégants et impeccables uniformes dans des salons feutrés, de meubles couverts de soie dorée et de velours vermeil. Mais loin de se laisser bercer par ces souvenirs agréables et presque douloureux, les pensées de l'homme de main se recentrèrent sur l'événement de la veille.

Ainsi, Dante était mort. Quelle blague.

Debout près de la fenêtre pour profiter de la lumière naissante, sa tasse de thé brûlant à la main, les yeux du porte-flingues parcoururent brièvement l'article en couverture du journal, énonçant les détails les plus sordides de ce qui devait être la soirée d'anniversaire la plus morbide de l'année. Visiblement du travail mal fait, bâclé, du boulot d'amateur. Pas du genre à mettre fin aux jours des dirigeants des plus grandes familles de la Ville. Même Boris aurait hésité avant d'accepter un contrat de ce genre. L'Hydre n'était clairement pas ce qu'on appelait une cible facile. Mais le destin avait décidément une cruelle façon de rappeler que la vie ne tenait vraiment pas à grand chose.

Les yeux de Boris se plissèrent alors lorsqu'il devina l'identité de l'assassin. Le peintre. Évidemment.

- Hum, émit de nouveau brièvement le tueur dans un souffle, du cynisme plein la poitrine.

Dante méritait clairement de mourir s'il n'était pas capable de se protéger de ce genre d'attaques. Et Arthur était fou de penser qu'il n'y aurait pas de conséquences. De nombreuses personnes voulaient la mort de Dante, tout autant qu'il comptait de soutiens. Ces mêmes soutiens qui n'étaient pas toujours de fervents adorateurs de Valériane. Et il ne fallait pas grand chose pour s'imaginer qu'il s'agissait là d'un assassinat commandité par l'Onyx pour telle ou telle raison. Une étincelle de plus étincelant près de l'immense baril de poudre qu'était cette fichue Ville. Quel dommage que ce travail ait été aussi bâclé tout de même. Les grands de ce monde méritaient une mort plus digne, plus propre, plus... adaptée à leur statut. Une mort administrée par des professionnels, des gens qui savaient ce qu'ils faisaient.

Cette mort résonnait tout de même d'une coïncidence étrange avec ses propres projets, pensa soudain Boris avec un sourire malsain. Comme un signe, l'allumage de la mèche d'un parfum de fin de règne. La fin des Grands, l’avènement des Ambitieux sur le sang des Idéalistes. Mais chaque chose en son temps, à chaque jour suffisait sa peine. Cette ville s'embraserait bien assez vite sans qu'il n'ait besoin de faire quoi que ce soit.

Aujourd'hui Dante. Demain Valériane.
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Messagepar Nalia Sambre » 23 Mar 2017, 21:45

Provoquer. C’était de l’art. Encore et toujours faire parler. En bien ou en mal mais qu’on parle. Que les murmures s’élèvent, que les voix portent. Que les ont dit circulent. Depuis longtemps, Nalia se servait de ça. Et jusqu’à maintenant cela fonctionnait parfaitement. Aujourd’hui en particulier, elle n’allait pas tout arrêter. Marque de fabrique. Envie de choquer. Amusée de lire les expressions outrées de stupeur sur le visage des gens. Un délice.

L’anniversaire de Dante. Il fallait vraiment quelque chose de spécial. Vicieuse. Animosité envers la figure paternel. Nalia était tenu d’être présente. Parce que Dante n’aurait pas laissé passé cet outrage que l’absence de ses enfants. Elle était là. Comme désiré par le père. Mais pas seule. Dès son apparition les voix se mettaient à murmurer. Entre la foule, dans le noir, les tréfonds des âmes des convives. Au bras d’un homme. Un homme que tout le monde connaissait. Un homme au centre des échos de la ville. Depuis la révélation. Depuis les derniers faits. Arthur.

Elle l’avait fait entrer au Pandémonium. Elle était en sa compagnie. Mais rien ne pouvait laisser penser qu’ils étaient ensemble. C’était plus pour faire parler. Comme à son habitude. Comme à chaque fois qu’elle entrait quelque part. Et comme si ça n’était pas suffisant, elle avait également une tenue en conséquence. Toujours sulfureuse. Ce que l’on pouvait considérer comme une robe. Dévoilant toujours ses charmes, ses atouts, sa beauté nue. Quelques pas, pour attirer les regards. Et Nalia laissa le blond à ses propres occupations. Il était là pour Dante. Elle le savait. Elle jubilait. Ils tombaient un à un. Des mains de l’Onyx.

Elle ne se fondait pas à la foule. Elle ne serra point de main. Ça n’était pas son anniversaire à elle. Elle détestait ça. Être là pour lui. Elle le détestait. Tic tac l’heure tourne, tic tac l’heure arrive, tic tac l’heure est là. Tic tac et voilà l’heure de Dante.

En un instant. Aussi vite, aussi vif. Le sang jaillit. Une explosion. Une immonde explosion. L’hydre n’est plus. L’instant se savourait. Nalia n’était pas à côté, mais elle était restait assez proche pour pouvoir être au premier rang. Le don d’Arthur. Il ne cessait d’aligner les patriarches. Les vielles choses ne durait pas. Le sang continuait de s’étaler sur le sol, se répandant même sous les entrailles du Pandémonium. Comme si la pyramide Sambre se nourrissait de la mort de son habitant. Festif. Exutoire. Jubilation. Un sourire. Se léchant les lèvres.

A la limite d’un léger orgasme. Excitée par le sang, par la vue de son père agonisant sur le sol. Libre. Ils étaient enfin libre. Elle, Caralyre, Horus. Chacun d’eux étaient libéré de ce démon. Trop de pouvoir, et pourtant cela n’a pas suffit, cela ne l’a pas aidé. Elle s’approche du cadavre. Et d’Arthur. Encore là, encore debout, au visage éclaboussé de sang. Alors que les uns semblaient perturbé, criant de peur, quittant l’antre Sambre ; d’autre restait là tétanisés et ne sachant pas quoi faire. Et le reste, ceux qui connaissait l’Hydre, qui connaissait les Sambre. Choqué, content, il y avait différentes qualifications.

Nalia revenait au bras d’Arthur. Maintenant obnubilé par le sang qui le recouvrait. Juste pour ne pas gâcher. Elle vient lécher les gouttes sur sa joue. Bizarrement il n’y avait rien de sexuel dans son geste. Et c’était bien la première fois. Plutôt un signe de reconnaissance. Elle lui était reconnaissante.

Alors elle regardait son père gisant dans sa marre de sang. Elle le regardait et la haine montait de nouveau à la surface. C’était de sa faute. A cause de lui que sa moitié lui avait été enlevé. C’était encore lui qui avait pourtant fait d’elle et de Talia ces femmes et c’était lui qui l’avait exilé dans le monde réel sous peine de perdre son pouvoir. Oui, il se sentait menacé par sa propre fille. Parce que les jumelles auraient très bien pu le détrôner et régner sur l’Ambre. A quoi bon régner sans Talia. Ça ne l’intéressait pas. Nalia avait gardé cette rancœur en elle. Et maintenant elle l’a laissait sortir.

La démone n’avait pourtant pas remarqué la présence d’Horus qui était venu auprès du cadavre et du tueur. Elle comprenait la détresse de son oncle. La détresse pour ne pas avoir pu le tuer de ses mains. Lui aussi, il aurait voulu le tuer. Parce que tous le monde voulait la peau du vieux. Et ses yeux se mirent à briller face à Horus dans son état de choc. Un festin. Il dévorait les restes. Déchiqueté, inérant, il ne restait plus rien. Il n’était plus.

-« Que l’Enfer te garde sale pourriture. Tu me l’a prise, tu me l’a enlevé. Tu m’a arraché l’être que j’aimais le plus au monde. Cœur froid, de pierre, elle seule comptait. Et quand je l’a retrouverais je lui offrirais le plus beau des cadeaux. »

Nalia s’abaissa doucement. Elle captura quelques morceaux de chair languissante et pâteuse. Cela se conservait encore bien. Elle souria à l’annonce de son oncle. A son tour, elle regarda son frère. Le nouveau roi.
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Messagepar Dementia » 29 Mar 2017, 01:13

Le serpent roule, s'enroule, se déroule autour du corps de Dementia. Amas de muscles noueux, nœuds de chairs qui ondulent tout contre sa peau, passent entre ses cuisses brûlantes. Le boa noir siffle de sa langue bifide à son oreille. Il tâte son environnement, lui souffle qu'il a froid. Elle, de lui intimer de se rapprocher, l'étouffer pour qu'il récupère de la chaleur d'Enfer qu'émet Dementia en permanence.

La putain a un présent entre les doigts. Une boîte dans laquelle elle a précieusement rangé le présent destiné au Patriarche. Papier cadeau ocre, qu'elle a elle-même pris soin de plier, à l'instar de ce ruban d'ébène qui traverse ce cube et qu'elle a noué en un nœud élégant. Elle n'y a pas mis de papier pour en préciser le destinataire, puisque cela est inutile. Plutôt une carte au papier cartonné, sur laquelle elle a apposé un petit mot à l'attention du Seigneur, accompagné de sa signature. Et du grotesque tracé rouge de ses lèvres.

Elle pose son présent parmi les autres, déjà amassé en une pile nette. Elle espère que cela lui plaira, ou du moins l'amusera. Qu'il en sourira à la vue de ce qu'elle lui offre, même si son sourire n'est pas aussi grand que celui de Dementia à l'instant où elle a refermé la boîte contenant ce précieux cadeau.

Elle converse avec les autres invités, se fait charmante. Aguichante. Souvent, elle se penche un peu trop pour attirer le regard dans son décolleté, entre ses seins pressés, ou pour que les yeux se perdent sous sa robe, là où l'on voit son string tendu englober son intimité qu'elle laisse deviner sans honte. Charmer. Séduire. Tenter à tout prix de convaincre par cette façon de presser le bras de cette homme, effleurer la chute de reins de cette femme. Provoquer, de cette façon qu'elle a de glisser son index entre sa robe et ses seins, pour en décoller la matière en un prétexte qu'elle meurt de chaud. Exciter, quand elle humecte lentement ses lèvres de la pointe de sa langue, quand elle souffle un peu trop fort alors que son serpent remue, frotte ses anneaux faits de muscles contre son intimité qui palpite.

Le Seigneur se fait un chemin parmi la foule venue assister à son anniversaire, entre les grands qui se sont déplacés pour lui en se demandant ce qu'il peut bien préparer, et la plèbe qui s'est donnée la peine de venir uniquement pour profiter de tout ce qu'il a mis à disposition. Dementia est des premiers. Quoi de plus naturelle, pour elle qui est sous la protection de son Patriarche. Qui a l'opportunité de lui voler quelques minutes de son précieux temps pour s'entretenir avec lui, le stopper dans son bain de foule.

Ce sourire qu'elle lui adresse. La façon dont son serpent siffle à proximité du Patriarche. Le baiser de ce dernier sur ses doigts brûlants. Toujours, sa peau est ainsi échaudée. C'est en elle, et ça lui plaît. Elle le sait. Elle en joue. Tout comme elle adore le regarder derrière ses cils épais qui voilent ses yeux, lui sourire de la même manière qu'elle le fait lorsqu'elle s'agenouille devant lui pour le satisfaire. Et cette manière qu'elle a de lui souffler son espoir quant au succès de son présent auprès de lui, de lui conseiller de l'ouvrir lorsqu'il sera seul.

C'est un disque digital. Sur le couvercle du boîtier est dessiné l'emblème des Sambre. Un bouc aux cornes qui s'entortillent. Elle a fait attention, a comblé la boîte dans laquelle elle a mis le présent de ces petites billes pour ne pas qu'il soit endommagé. Cela serait fâcheux, d'offrir à Dante un cadeau en mauvais état, de prendre le risque d'abîmer le boîtier. De rayer le disque. Dessus, un film. Ou plutôt, une vidéo amateur. Du Patriarche et de Dementia, de sa dernière visite en date à la Cathédrale.

Les seins pressés contre les draps, elle miaule. Elle agrippe le cadre du lit, bouge ses hanches en rythme avec le Seigneur qui s'enfonce en elle, appose l'empreinte de ses doigts contre son bassin. Et Dementia qui le flatte. Habitude de putain vulgaire, qui aime à répéter à son client combien son sexe est dur, gros, imposant. A quel point il la comble, la satisfait. Elle sait, que c'est Dante. Mais ça l'amuse, de le provoquer ainsi.

Cette manière qu'elle a de le supplier. D'aller plus vite, plus fort. D'écarter ses fesses pour qu'il en retire le plug qu'il y a enfoncé. Bijou de métal froid qu'il lui a imposé à l'instant où Dementia a pris le majeur du Seigneur entre ses lèvres. Obscène, elle l'a sucé avec envie, l'a noyé dans sa salive. Ca a goutté sur son menton. Et Dante qui a glissé son doigt dans cet anneau de chair alors qu'elle prend son sexe dans sa bouche.

Il glisse son index dans la boucle de métal, retire le sextoy du cul de la putain, le jette à côté de son visage. Sur les draps, l'objet continue de vibrer, de ronronner comme il l'a fait en elle. Le Seigneur n'a même pas pris la peine de l'éteindre, alors qu'il observe cet anus rougi que Dementia lui offre, qu'elle lui supplie de prendre. Il rit, s'amuse de sa détresse, de cette manière qu'elle a de l'implorer. Elle le sait, elle l'entend, sent son ventre se soulever contre son bassin. Elle sourit, le regarde derrière ses cils épais. Lui, quitte sa chatte pour son cul. Des deux, c'est à se demander qui manipule l'autre.

Le boa ondule tout contre elle, aime à glisser entre ses cuisses, se nicher sous la courbure de ses seins. Il observe, il écoute, flatte Dementia quand l'envie lui prend, éveille en elle cette excitation. Comme une façon de la presser, de la pousser à rentrer pour qu'elle laisse ses autres reptiles ramper contre elle. Son nid de couleuvres et de pythons qui, comme des sacs enroulés, se tiennent les uns contre les autres. Ils ont froid. Et leur seul point de chaleur est Dementia et sa peau brûlante qui les réchauffe.

On crie. Certains fuient, de peur d'être les prochains. Dante est mort, assassiné vulgairement. La gorge tranchée, le buste transpercé. De quelle autre manière, après tout. Difficile de le prendre dans son sommeil, d'espérer tromper sa vigilance permanente. Il n'est pas Homme à se laisser assassiner par étranglement. Elle le sait, Dementia. Elle a déjà vu son démon, s'en est approché plus d'une fois. La meilleure façon, avec lui, c'est la surprise.

Mais cela n'arrange pas ses affaires. Dante a été son appui, cette figure dont elle a eu la protection. A la putain, désormais, de trouver quelqu'un d'autre. D'espérer, au sein des Sambre, retrouver une figure à laquelle se raccrocher. En attendant, que Dante se vide de son sang. Elle, elle allait pousser la Cathédrale dans une orgie sans précédent pour fêter à sa manière le décès du Seigneur, le couronnement de l'enfant qui lui succéderait. Son présent ? Elle le laisse parmi les autres, l'abandonne derrière elle. Que celui qui le regarde, s'amuse.
Dementia
 



Messagepar Anafiel Boyle » 01 Avr 2017, 11:20

Il n'avait rien demandé. Kinna avait quand même expliqué. C'est le même qui a tué Kaprice, Vulcain, la maîtresse de la Maison Close Diamant, Dante. Et Nyxubis aussi. Ce verre de whisky qu'Anafiel tenait dans sa main artificielle. Prothèse d'or et d'ivoire. Qui se fendille. Crisse. Explose. Tu vas le tuer devant tout le monde ?

"-Horus d'abord."

Elle acquiesce de son petit menton, de ses bouclettes dorées qui lui caressent les tempes. Lui presse l'avant bras de sa petite patte d'oiselle aux ongles rosés, et de sa démarche pressée et contrainte par ce tailleur qui moule ses hanches s'éloigne enfin vers le parking souterrain chercher leur voiture. Elle a laissé derrière son parfum. Ode fleurie et sucrée. Pimpante. Qu'Anafiel respire pensivement en la regardant disparaître dans les remous de la foule.

Ils se sont remis ensemble. Ce n'est pas la première fois. Oublié qu'elle l'a fait assassiner, qu'elle lui a fait trancher une main. Oublié aussi qu'il s'est évertué à la rendre folle, qu'il l'a harcelée, plongée dans le chaos, pour être bien sur qu'elle ne l'oublie pas, qu'elle ne puisse pas refaire sa vie, sans lui. Ils se détestent toujours autant bien sur. Sauf lorsque comme ce soir, le sang coule, l'entropie s'empare de la Ville. Dans ces moments là, leur complicité est explosive. Fusionelle. Pas la peine de parler. Ils n'ont qu'à se regarder pour se comprendre.

Mari et femme. Elle est partie chercher la voiture. Il va ramasser Horus. Ils se retrouveront dehors. Sous le fronton voyeur de cette pyramide piquée d'oeils embrasés et narquois. Pour s'en aller. Retourner se terrer dans leur Villa pleine de secrets ou manque cruellement des enfants, afin d'aviser de la meilleure façon de profiter de ce chaos ambiant. La Ville brûle. Ils la ferront flamber au whisky.

Il s'allume une cigarette, doit s'y reprendre à deux fois, pas encore très à l'aise avec sa main artificielle aux griffes scintillantes. Souffle la fumée par les narines, vers le bas, de façon à ce qu'elle reste, piquante et nauséeuse à tourner autour de son visage aux traits durs, aux cheveux un peu plus gris, aux yeux clairs et délavés. Troubles.

Vieillir s'est se rendre compte, que les gens sont des menteurs. Que ces adultes qui vous protégeaient, auxquels vous vous raccrochaient comme à des rochers stables dans la tempête, étaient rongés de l'intérieur. Effrités. Abîmés. Que leur sagesse n'était que façade. Qu'un père est avant tout un humain. Aussi faible, peut être plus faible même que vous. Avec ses secrets qui le hantent. Les années qui le minent. L'affaiblissent. Entropie. Rouille et décrépitude. Une génération s'éteint. Une autre se lève. Personne ne veut voir ses parents tomber malade. Dur. Effrayant. De voir ces êtres que l'on a posés sur un piédestal s'en effondrer, avec fracas.

Il fend la foule. Grand. Large. La démarche assurée, masculine. Se servant parfois de cette lourde prothèse dorée pour envelopper une épaule et repousser un spectateur qui le gêne. Il toise Horus. Ne reconnait en lui qu'un étranger. Un vieil homme aux yeux fous, aux babines pleines de sang. Qui danse presque au dessus du cadavre de son frère ainé. Comme un dément. Ca le peine. Ca le rend amère. Le psychiatre avait toujours été une figure paternelle. Un oiseau de proie qui planait au dessus de la mêlée. Et le découvrir, ainsi humain, aussi bas et bestiale que pouvait parfois l'être Anafiel, lui faisait l'effet d'une trahison.

Kinna a dit Nyxubis aussi. Anafiel regarde le tueur de rois. Le jauge sans juger. Se fout de l'acte et de ses morceaux de chairs patriarcales que tous se disputent comme à un banquet Oedipien. Il regarde le blond au jabot maculé de sang, il cherche l'ombre de la Femme. Parce que cette Ville marche aux femmes. Elles en sont les grandes marionnettistes. Pour Elles ont fait couler le sang. Accumule les cadavres. Le maître espion est bien placé pour le savoir, lui qui par le passé a fait valser des têtes en Saphir juste pour se venger d'une marâtre osseuse. Sans parler de toutes ces saloperies commises au nom de cette détestation ressentie pour Kinna.

Mais il ne s'en mêle pas. Contourne l'épée. Homme de raison. Vieux lion qui aime à mâcher, remâcher le plus longtemps possible les informations avant de prendre une décision. Plus tard aussi il demandera à Kinna de lui faire un point sur ce qu'il a manqué. A commencer par ce juvénile Caralyre propulsé sur le trône le plus bancale de la Ville avec pour tâche de contenir l'incendie d'une Faction de déments. Tant, tellement d'années éloignées de la politique. L'échequier ne l'a pas attendu. Les pièces ont bougé depuis. Et il va devoir cravacher pour se remettre à niveau.

"-Moi aussi j'ai tué mon frère ainé. Et j'ai violé sa fille. Pas de quoi en faire un drame."

Il est narquois. Il est aigre. Tout ce ceci ne peut que mal finir. Les crises passées lui donnent raison. Abondent dans son sens. La Ville sombre depuis toujours. Ses immeubles tendus vers le fond comme une avalanche. Un meurtre appelle la vengeance. Et encore, et encore. Ne surtout pas se laisser happer par la coulée. Essayer autant que possible de demeurer sur les hauteurs. De ne pas s'approcher du fracas. Ne plus s'en mêler. Accepter l'impuissance.

Anafiel a de la poigne. Plus encore avec cette main dorée. Il tire Horus. L'éloigne du carnage. De cette scène où il se donne en spectacle alors que la moitié de ses patients est dans cette pièce, l'autre n'ayant pas eu l'autorisation de quitter l'Asile. Dante est mort. Un peintre l'a tué. Maintenant les fauves vont s'en donner à coeur joie. Et ce ne sera pas beau à voir. Il est temps de partir. De prendre du champs. Anafiel n'y connait rien en psychologie. Lui même étant un cas à part de profonde associalité. Mais il sait que parfois. Du temps. Une cheminé. Un fauteuil. Un whisky. Une cigarette. Le babillage stupide de Kinna peuvent aider à relativiser.

Parfois, oui, ça fonctionne.

Parfois.
Anafiel Boyle
 



Messagepar Pain Unsëylis » 01 Avr 2017, 12:15

Sa forme animale lui offre la sécurité relative d’un anonymat presque total. Il se faufile, discrète ombre de silence qui plane en périphérie de l’agitation ambiante. Parce que la curiosité le mène par le bout du nez, il hume, l’échine hérissée, le festin privé.

Le corps sanguinolent l’attire, n’appelle en lui que l’animal et, s’il s’écoutait, il bouterait bien hors du cadavre cette silhouette qui s’en nourrit. Aucune classe, juge le félin aux prunelles tombantes, son pelage noir se fondant sans peine aux abords de la pièce surpeuplée à son arrivée mais que l’apparition du mort a commencé à vider. Plus de place pour lui, qui ne se satisfait plus que de grands espaces.

Il s’avance, de la pointe des coussinets, s’emplit les bronches de cette odeur entêtante que le sang propage tout autour. Puis s’arrête, presque étonné par le constat qui le frappe. Ils sont bien peu à s’approcher pour contempler de plus près l’œuvre parfaite qui s’affiche.

Comment ne peuvent-ils y être sensibles, se demande-t-il, ou, plus précisément, de quelle immunité peuvent-ils bénéficier pour renoncer à toucher de plus près le trépassé. Le fauve s’étire, nonchalant, s’approche encore de quelques mètres, grande bête ronronnant son plaisir d’être présent pour pareil événement.

Il a bien fait de venir, d’écouter cet intérêt un peu vague venu le saisir à la vue d’une affiche. Même si cette chasse n’a rien de réel, que la proie n’a pas été débusquée, chassée, acculée. Le résultat reste grisant. Dante n’a pas eu le choix. Lui a été refusée la dernière dignité, et pendant que ses fluides s’étalent, que s’évadent de son corps ouvert, impudique, de nouveaux relents moins agréables, le grand fauve se lèche les babines avec circonspection. Pèse le pour. Le contre. Jauge les conséquences. Sa longue queue dont les annelures apparaissent presque sous les lumières tamisées, fouette rapidement l’air sous le coup de son indécision.

Lui franchirait bien la distance pour aller rouler son grand corps souple contre celui qui gît là, immobile, pour s’imprégner intimement des effluves qui s’en dégagent, la décomposition, déjà à l’œuvre, perceptible pour son odorat trop fin sous cette forme lui chuchote des promesses de délice.

Il ne peut se le permettre, et la contrariété de l’évidence lui fait cracher un feulement rauque qui écarte aussitôt les quelques rares personnes encore trop proches de lui. Frustré, il s’assied, et le fouet de fourrure vient sagement s’enrouler autour de ses pattes puissantes. Impuissant, ne lui reste que la moquerie, maigre consolation dont il se satisfait néanmoins.

Le fauve se gausse, face à ce gâchis Sambre dont le nom ne fera plus frémir qui que ce soit. La normalité d’une mort sale met à mal les légendes les plus tenaces, même s’il ne doute pas que l’histoire de la Chute rendra bien plus justice à la victime qu’à son bourreau dont la chevelure pâle fascine le fauve. Il retrousse sur ses crocs étincelants les commissures de sa gueule large en un sourire presque humain. Il a aimé le spectacle de l’assassinat.

Parfaitement orchestré. Parce qu’aussi chat qu’il soit en ce moment même, il reste un digne représentant de cette Ville qui les manipule tous, et que voir tomber les plus grands pour que d’autres, plus faibles, prennent leur place fait partie du jeu.

Il n’a aucune foi en ce Caralyre, ce fils avec lequel il se trouve une certaine ironique ressemblance. Qui comme lui n’a jamais correspondu à la famille qui l’a vu naître. Mais lui s’est fait prédateur quand le jeunot tout proche semble si fragile. Qu’il devienne Homme à son tour, vite, ou il se pourrait bien que le Croque-Mitaine s’invite dans ses rêves. Réjouissante perspective que de frayer avec la démoniaque engeance des Sambre. La fête est terminée.

Les cadeaux s’entassent, et personne ne semble prêt à en dévoiler le contenu, pour l’heure. Le fauve couche les oreilles, sent une dernière fois les odeurs lourdes de la mort qui alourdissent lentement l’atmosphère. S’en délecte. Puis tourne les talons, balayant de son regard d’or fondu tous ces pathétiques acteurs dont les cris lui ont vrillé les oreilles.

A l’image de cet homme qui entraîne le festoyeur, il rejoint la sortie, nul reste ici n’étant bon à prendre, susceptible de le nourrir ainsi qu’il le désire. Un regard en coin coulé vers l’héritier qui lui aussi s’éloigne, vers le masque trop figé qu’il arbore. Et, de nouveau, ce rictus purement animal qui plisse les traits du félin, affiche son contentement d’avoir assisté au spectacle. D’avoir été là.
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Messagepar Dramira Erenesis » 03 Avr 2017, 13:38

Dante. Un Sambre comme il n’y en avait plus. De l’extravagance et de sombres fantasmes. Un cœur noyé dans l’ombre, et un cerveau aussi lumineux que les étoiles. Une connaissance qui faisait des merveilles, ces démons avaient un sens de l’humour assez merveilleux, et ni le sang, ni la douleur, ni la mort ne semblaient les effrayer. Ils étaient rois, et ils ne l’étaient pas pour rien.
55 ans. Et toujours aussi vivant. Droit. Fier et impétueux. Puant la luxure et le vice. Un somptueux bouquet Sambre. Il était de ces hommes qui s’amélioraient en vieillissant, comme le bon vin. S’enrichissant des savoirs, s’étoffant des saveurs. Et ce goût d’interdit, ils le connaissaient bien. Mort et Souffrance, douces et dangereuses Amies.


Le revers d’une main frôle doucement le creux de son dos. De sa nuque offerte au rebondi de ses fesses à peine recouvertes par le drap de soie noire aux coutures orange. Etendue de tout son long, les bras repliés sous sa tête en guise d’oreiller, elle savoure la caresse. Délicatesse après l’étreinte sauvage et brûlante qu’ils viennent d’échanger. Les doigts s’arrêtent sur chaque griffure que le mur a laissé sur la peau pâle.
- Encore.
La voix profonde, celle d’un meneur qui en redemande. Elle s’étire lascivement, avec un brin de paresse, d’abandon, de plaisir. D’envie. Les Ténèbres l’imitent s’élançant dans la pièce avec une lenteur sensuelle.
- Encore.
C’est elle qui, cette fois, s’exprime de sa voix brûlante. Elle, la nouvelle matriarche Saphir. Elle, l’Amie de la Mort en personne. Elle, à la peau aussi blanche que celle d’un cadavre. Elle, qui s’offre à nouveau au jeu de la Souffrance, de la luxure et du vice.


La pièce était lumineuse, mais les coins laissés à l’honneur de l’ombre. D’un d’eux, nappée de sa robe de brumes noires, Dramira observait la salle. Ces gens qui s’affichaient pour le simple plaisir d’être vus. Ces esclaves qui satisfaisaient le moindre des désirs de tout un chacun. Et cette onde, sourde qui émanait du Patriarche Sambre. La puissance à l’état pur, il était encore là, bien présent. Affichant sa survie à ce poste que l’on obtenait par chance, par défaut ou que l’on allait chercher à force de Magie et violence, comme un trophée. Comme la preuve de son pouvoir. Et de sa domination.

Elle s’était abandonnée entre ses bras la première fois. Surprise par la sauvagerie brute dont il avait fait preuve en la prenant sans préliminaire contre ce mur. Se nourrissant autant de ses gémissements de douleurs que de ses râles de plaisir. Il l’avait enveloppée de son désir de feu. Et ils avaient brûlé, consumés par la violence de leurs passions.

C’était à son tour de lui montrer sa puissance, elle s’était laissée faire comme une faible femelle de Maison Close. Mais elle était une Matriarche, et elle donnerait autant qu’elle prendrait.
Se redressant sur ses coudes, le corps étendu sous les draps, elle l’a attiré à elle. Lui, le Patriarche. Lui, l’indomptable. Pour lier leur bouche, leur langue dans une sarabande doucereuse et pleine de retenue. Leurs corps se sont à nouveau retrouvés, sans plus de préliminaires que la première fois, ils se frottent l’un à l’autre, avides de passer ce pas. Avides de se joindre l’un dans l’autre. D’une poussée, elle l’allonge sur le dos et le surplombe, fière amazone à la peau d’albâtre et aux cheveux de jais. Les Ténèbres s’enroulent aux poignets du Sambre alors qu’elle vient lui offrir un baiser plus enflammé que l’enfer lui-même, chevauchant ses hanches de son bassin aux mouvements audacieux. La haine, la rage, la hargne, la violence, le vice, tout s’évacuait peu à peu dans l’étreinte de leur corps. Quoique lui veuille fuir, c’était sauvage, indomptable. Elle, fuyait ce besoin impérieux qu’elle avait d’un autre corps. La fureur frénétique qui la prenait lorsqu’elle entendait parler de Lui, de cet autre qui avait préféré son devoir à sa famille. Les reléguant au piètre statut de serviteurs. Elle préférait se perdre dans la puissance destructrice que pouvait lui offrir Dante pour la nuit. Trop présent pour qu’elle laisse son esprit dériver vers les souvenirs d’un autre homme, d’une autre époque.


Il serrait les mains, offrait de rares accolades, étalant sa force encore bien présente. Sa survie à ce poste que l’on obtenait par chance, par défaut ou que l’on allait chercher à force de Magie et violence. Il était là, parlant avec ce gamin aux cheveux presque aussi pâles que l’or blanc. Un gamin qui profita d’un instant d’inattention pour faire jaillir l’écarlate de la pointe de son couteau. Avant de trancher le torse d’une épée sombre. Magie. La pulsation des Ténèbres attira bien plus que l’attention de Dramira, ses ombres se déployèrent au sol pour venir grignoter le reste de cette âme volée, de cette vie écourtée. Et même si ses pensées s’étaient égarées vers une nuit sauvage, il n’y avait aucune peine dans les yeux bleus de la Matriarche. Les alliances étaient éphémères. Il avait été un amant d’une nuit, l’ami d’une courte vie. Et aujourd’hui il serait un merveilleux cadavre avec lequel jouer. Merci blondinet.

Arthur. Le Régicide. Il avait fait bien plus que simplement porter ce nom. Il l’avait mérité. Plutôt deux fois qu’une maintenant. Ce môme au courage impressionnant. A la folie quasiment visible. Il fallait être fou pour s’attaquer à Dante sans une once de crainte. Et seul. Il avait eu du cran, et il appartenait à cette Catin de Valérianne.

Un bref grognement suivi d’un soupir, à peine audible : « Si seulement la Gamine pouvait s’enticher d’un type comme lui. » Elle n’aurait plus à s’inquiéter. Qui d’autre qu’un type voulant le trône pouvait s’amuser à tuer les représentants des Neufs pendant son temps libre ? Si elle avait Arthur, sa fille n’aurait jamais à s’inquiéter de son futur. Simplement de sa survie.

Pauvre Dante. Humilié dans ses derniers moments. Et… Un nouveau mouvement venait d’attirer l’attention de la Matriarche Saphir, un autre Sambre, plus invisible, plus fou. Mais tout aussi sanglant s’approchait du cadavre. Horus. Le frère Sambre. Le regard démoniaque, les ondes qu’il émettait n’avaient rien de calmes, elles étaient oppressantes, magnifiquement Ténébreuses. Tellement, que quelques minces fils noirs s’étirèrent de la silhouette Dramirienne pour rejoindre le cadavre et l’homme qui le surplombait. Un carnage. Et un hommage tout à la fois. Lorsqu’Horus finit par se redresser, le visage sanglant, un cœur encore chaud dans l’étreinte de ses doigts, l’assistance était muette, terrifiée par l’image de ce démon à peau humaine. Dans son coin, c’est un petit rire émoustillé que laissa échapper Dramira. Un homme, de la puissance et du sang. C’était le combo gagnant.

Essoufflés, éreintés, les corps luisants et moites, ils se toisaient. Durs, impitoyables, provocateurs. Ils avaient chacun remporté une des parties démentes. Le corps a des limites, mais au vu de la lueur dans les yeux de Dante, le sien ne semblait pas réellement au courant. Un grondement rauque, et virile s’était échappé de sa gorge avant qu’il fonde à nouveau sur elle, laissant cette fois leur Magie s’entrechoquer avec autant d’envie et de passion que ne le faisaient leur corps. C’était bestial, brutal, vivant, vrai.

Elle l’accueillait entre ses cuisses pâles, quelle que soit la force de ses assauts, avec de petits gémissements aguicheurs. Il se laissait chevaucher, rien que pour le plaisir de la voir dominer la situation, de voir sa poitrine d’albâtre rebondir à chacun de leurs mouvements conjoints. Une vue splendide, sur une odeur de sexe plus qu’entêtante. Et le bruit de leur peau claquant l’une contre l’autre, des râles qu’ils laissaient échapper en accrochant le plaisir ou la douleur selon l’étreinte.
Une nuit de débauche, ou la Souffrance avait pour une fois trouver son égale. Et elles avaient joué pendant des heures, s’offrant même le luxe de joindre Plaisir à leurs ébats.


Dramira s’éloigna vers la porte, tout en laissant sa magie se nourrir de la mort, s’infiltrer dans le cadavre sans l’éveiller, juste pour se rouler dans le sang tiède, pour un dernier adieu à son amie Souffrance. Avant de rejoindre la robe brumeuse, les tentacules s’enroulèrent brièvement autour d’Horus, goûtant à la folie démoniaque. Il était peut-être tout aussi intéressant que son frère au final.
Pour un de perdu, un de trouvé.
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Maison Saphir
 
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