[Intrigue commune] Blood Moon


Une étoile est morte. Le légendaire patriarche Asriel, Vulcain a été assassiné. Laissant une Ville privée de son plus fervent défenseur et une Opale assombrie par la monté en puissance d'une lignée du Vide interstellaire.


Messagepar Le Conseil des Neuf » 23 Mai 2016, 23:20

Blood Moon

" Et les ombres, entières, dévorèrent la lumière..."

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Les ténèbres glaciales avaient enveloppé Londres dans le silence austère du parc.

Longtemps, l’attente s’était éternisée, rythmée à l’infinie par le murmure lointain de la Forêt Interdite. Le vent d’hiver s’engouffrait entre les troncs millénaires aux longues ombres difformes sous les cieux troublés, des plaintes profondes, graves, poignantes et ininterrompues. Un râle de l’ailleurs qui ajoutait une tristesse pesante à une atmosphère déjà terriblement lourde de sens. Un souffle antique qui courbait l’incandescence faiblissante de ces milliers de bougies d’or qui accompagnaient le cortège funèbre. De minuscules halos agités par la houle incessante des brises givrées, à peine suffisantes pour dévoiler le carcan de cristal sculpté dans lequel reposait le dernier Patriarche des Nimerys. A ses plus proches côtés, l’épouse éplorée se tenait digne et forte, velouté d’encre qui masquait les expressions de son admirable visage dont la pâleur diffusait silencieusement une délicate lueur de porcelaine. Sa blondeur était irréelle sous le regard des Dieux mais son affliction sublimait sa beauté, caressait sa minceur trop accentuée par le drame et le chagrin qu’une longue robe noire étirait à l’infini.

Comme il était difficile d’imaginer l’immobilité de ce géant de muscles et de force, telle l’éternité. Sa carrure gigantesque et sa puissance fascinante pour toujours figées dans la mort. Une telle vie, une telle lumière dans l’obscurité noire de Londres, éteinte, tue. Définitivement. Emportée par une assassine nue dont la bouche sèche du baiser de métal peinait à se dissimuler sur le torse glabre de l’empire chût. Un meurtre, une abomination, l’œuvre du mal, à l’évidence qui déséquilibrait grandement les forces du bien et de l’horreur en confrontation dans la ville sans sommeil. Sinon celui de l’éternel.

Longtemps, les astres clairs tant espérés, la dernière gloire du défunt, s’étaient laissés désirer derrière leur voile d’obscurité. Longtemps, leur radiance bleutée avait combattu l’emprise de la nuit sans parvenir toutefois à totalement terrasser ses abjectes noirceurs abyssales. La lumière sidérale ne parvenait à s’imposer, à offrir ses ultimes bénédictions à l’homme dont l’âme n’aspirait qu’à la rejoindre dans l’immensité froide du néant. Vaine tentative qui écoula ses heures de silences et d’attente avant que les Grands de ce monde, lassés, ne décident de se retirer, de clore les solennités de l’enterrement de Vulcain Nimerys pour se retrancher dans la Grande salle de l’Académie où un bal d’honneur serait tenu pour rendre hommages à la mémoire du Géant des étoiles. Serena, seule, demeura patienter la victoire de la lumière sur sa rivale. Muette, ses fines mains transies de froid posées sur le sarcophage de larmes translucides…

L’ombre d’abord, était omniprésente, opaque et dense, froide et effroyablement silencieuse avant qu’une aube artificielle ne s’éveille à l’arrivée du noir cortège. Les lumières tamisées de bronze et d’ocre liquide évoquaient le jeu de soleils anciens, dansants en harmonie, gracieux et monstrueux à la fois, loin dans une toile d’encre insondable. Des horizons rouges sombres, bas dans les perspectives architecturales de l’immense écrin aux cérémonies illustraient la mort d’étoiles puissantes dans de lentes explosions sanglantes qui irradiaient les murs de coulées carmines étranges, sans éclats, ni éblouissements. Ci et là, des milliers de diamants scintillants embrassaient le regard, palpitant comme l’espoir, solitaire comme le cœur, ils paraissaient pulser un message secret à qui les contemplait, cligner de l’âme à qui s’en laissait charmer.

De longues tables ovoïdes aux nappes noires avaient été arrangées aux angles de la pièce centenaire, où de gracieuses carafes de céramiques obscures et flûtes de cristal assorties reposaient en arc de cercle offerts aux invités. Au centre des lieux, une étrange fontaine aux rebords lisses de carbonado permettait aux séants curieux de se poser près de son eau de mercure liquide, aux pieds d’un astre serti de griffes sombres pulsant une fascinante lueur noirâtre. L’astre de Nymeria pleurait la disparition de son Maître et noyait les lieux de ses vagues concentriques d’ombres maussades, un soleil noir en lente implosion permanente. Sur l’estrade aménagée où d’ordinaire se tenaient les professeurs de l’Académie, plusieurs violonistes et musiciens de l’Emeraude, en habits de deuil venaient d’ouvrir une mélodie mélancolique aux accords poignants et à la tristesse vibrante tandis qu’une jeune chanteuse au visage en partie dissimulée par une voilette de charbon laissa une peine mezzo-soprano résonner contre l’élégance minérale des lieux.

Certains versaient des larmes de regrets en dansant contre leur compagnon plus réservé. D’autres affichaient des déchirements intérieurs qu’ils noyaient dans l’alcool à volonté, d’autres encore jetaient inexplicablement des galions d’or dans l’intrigante fontaine en formulant des vœux ou en s’étreignant de compassion. Instinctivement, personne n’osait trop lever la voix et les murmures accompagnaient la voix douce de l’artiste en scène. Des rumeurs sur l’identité du meurtrier, des suspicions d’un voisin à l’autre, des accusations secrètes échangées sous la robe de dentelle italienne ou la chemise de soie noire…

Le Londres précieux avait été convié, ainsi que l'autre plus modeste, moins populaire, moins célèbre, tous ceux qui se sentaient concernés et d'autres bouleversés, effrayés, perdus, inquiets. Discrets, des gardiens en nombre surveillaient les issues, alertes aux dénouements tragiques qu'avait connu la grande célébration du Cabaret, présences armées qui accentuaient l'ambiance de défiance et la quiétude troublée du rassemblement.

Enfin, un magnifique livre d’or pour les dernières pensées au défunt avait été disposé à l’entrée des lieux, contenant déjà de glorieuses signatures pleine d’empathie pour la jeune veuve et sa lignée sans héritier.

Mais tous sentaient. Sentait les heures sombres qui s’annonçaient…
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Messagepar Ellaryain A. Esthèse » 24 Mai 2016, 09:33

Elle avançait, comme les autres le long de cette procession. La tête basse, l'envie de tuer quelqu'un se faisait pressant. Était-ce de Castiel que venait cette soif de sang ? Pas que, non, pas que. L'enchanteresse était atterrée, mortifiée parce qui s'était passé. Elle se souvenait encore de ces dernières heures, celle qui avait précédé tout ça. Celle qui lui avait permit d'exploser dans le silence relatif de sa maison. La patriarche est mort, le maître Nimerys a été retrouvé assassiné. Non, ce n'était pas possible, pas lui... Elle avait sombrer durant un temps, un temps ou Castiel avait essayé de comprendre, avait essayer de savoir ce qu'il lui arrivait. Elle lui avait alors expliquer, en long, en large et en travers. Le lumineux était mort, celui qui portait la lumière de Londres était passé de vie à trépas et son enfoiré d'assassin marchait tranquillement dans les rues de Londres. Elle n'allait pas pouvoir laisser ça impunis, sûrement pas maintenant qu'elle se savait capable de prodige, grâce à Castiel, tout était différent. Avec lui, elle pourrait y arriver, s'était certains. Les larmes s'étaient alors tarit, pendant que la colère prenait place face à ce meurtre ignoble. Que le pleutre qui a fait ça compte ses abatis, il n'allait certainement pas finir vivant de cette confrontation. Sauf que pour l'instant, la lumière de l'Opale s'était éteinte et qu'il ne restait personne pour la supporter.

Qu'allait devenir la faction ? Qui allait prendre la place d'un si grand homme ? La jeune femme n'en savait rien. Elle s'était contentée de se préparer ce matin-là. Une robe noire, une cape noir, un maquillage noir. Le deuil.... Elle n'avait pas réellement pu faire celui de sa mère parce que son état à ce moment était pitoyable, mais elle ferait dignement celui qui était le maître de l'enchantement, celui qui tenait la faction au creux de sa paume, celui qui était la lumière d'une ville qui ne faisait que Sombrer... Pourquoi donc ce n'était pas celui des Sambres qu'on avait assassiner bordel de merde. Lui, il valait bien non ? Après tout, Vulcain n'avait rien fait pour mériter un tel traitement. Enfin si, de la part des autres probablement il était trop lumineux, trop important peut-être ? Et n'ayant pas d'héritier, il était bien plus vulnérable qu'aucun autre. Elle ne l'avait pas remarqué au départ, n'y avait pas fait attention, non, trop concentré sur sa petite personne, sur sa maladie pour voir ce qui se passait et pourquoi donc ce foutue don ne l'avait pas avertit, putain de merde, elle aurait pu faire quelque chose non ?

**Parce que maintenant que je suis là, ton don à disparu**
**Ah c'est vrai, j'avais oublié.**
**Tu ne dois pas céder à la colère, je t'aiderais, on fera ce qui est nécessaire pour le venger**


Elle posa la main sur son cœur, imaginant l'ange en elle, l’étreignant pour trouver un peu de calme, un peu de paix dans ce monde qui n'apportait que misère.

**Je sais, merci d'être là... Merci**

Que dire de plus que cela ? Personne n'avait remarqué sa conversation silencieuse, parce que une bonne partie d'eux était éploré. Tant de monde, mais combien était réellement sincère ? Elle ne pouvait pas le savoir merde, elle ne possédait pas cette putain d'empathie. Non, pas de colère, cela ne servait à rien, Castiel avait raison. Pas besoin de colère pour la vengeance, il suffisait juste d'être patient, personne ne leur échapperait et certainement pas ce tueur de patriarche. Elle secoua la tête, se demandant bien ces derniers temps où était passé la douce et fragile Ellaryain qu'elle avait été. La fragilité avait disparu, grâce à Castiel, la douceur, elle la possédait encore. Elle aimait toujours son métier, elle avait toujours ce sourire qui faisait naître un semblable sur les lèvres de ses interlocuteurs. Elle n'avait pas tant changer en soit, mis à part cette soif de vengeance, qui si elle l'avait sans être possédé était bien plus forte maintenant. Mais pour cela, elle allait devoir faire des efforts. Pour l'instant, elle suivait en silence, laissant les dernières larmes couler sur ses joues. Tant de tristesse pour une seule personne, était-ce réellement possible ? Oui, l'enchanteresse le savait, il était le pilier de cette faction, qu'allait devenir l'Opale sans lui ? Encore et toujours les mêmes questions sans réponses. Elle ne fait même pas attention à ce qu'il se passe autour d'elle, elle ne fait pas plus attention au décor. La tête est baissé, son respect pour le maître Nimerys était grand, inconditionnel, elle croyait en la lumière qu'il tenait entre ses mains, non elle croit toujours en cette lumière, elle l'imagine juste mal entre les mains de quelqu'un d'autre. Qui pourrait sérieusement tenir la comparaison ?

La question est bonne alors que tout le monde s'arrête. Elle relève la tête, voit ce qu'il se passe alentour, on se masse sur une piste de danse, se collant à un être cher pour laisser passer la douleur, pour certain artificiel, elle n'en doute pas. Son regard émeraude passe sur les visages, il les décrypte, les regarde avec un peu plus de vigueur qu'elle ne le faisait autrefois. Elle est doué pour décrypter les visages, elle le sait. Éviter les gens est une bonne partie de sa vie, une de celle qu'elle n'oubliera pas de sitôt, alors, elle observe, note des informations essentielles dans sa mémoire. Elle se pose dans un coin, la danse n'est pas son fort malgré qu'on lui ait appris, ici, elle ne connaît personne réellement, elle n'a personne de proche. Ses parents vont venir, elle le sait, son frère devrait être là aussi. Sa famille... Cette famille qui n'est pas encore au courant du changement, trop récent.... Elle cherche cependant une personne du regard, celle avec qui elle a créer des armes, celle avec qui elle a parlé du seigneur, celle avec qui elle est certaine de s'entendre. Sauf que lui non plus n'a pas connaissance du changement. Alors, elle soupire, laisse tomber l'idée de trouver qui que ce soit. Elle reste juste dans son coin, à regarder des étoiles qui semble pleurer leur maître disparu.

**L'ombre arrive, elle se tiendra à nos portes bien trop tôt**
**Je sais Castiel, mais nous la repousseront, nous ferons tout pour que la lumière perdure. Je te le promets.**


Et le silence se fit assourdissant, l'ange pleurait lui aussi la perte d'un patriarche que son hôte tenait en haute estime dans son cœur. Il connaissait parfaitement la valeur de la vengeance, de l'amour, de la possession, mais aussi... Du respect.
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Messagepar Sesthia Al'Saës » 24 Mai 2016, 10:39

La patriarche Opale est mort.... La rumeur tourne, enfle et ce n'est plus une rumeur. Elle est là, assise, elle sait parfaitement que ça arrive, cependant, elle ne comprend pas pourquoi lui. Il était bon, juste, prévenant, un grand homme. Il avait son don impressionnant de prophétie et ces aptitudes d'escrime encore plus incroyable. Non, elle n'en était pas amoureuse, mais elle sait de par sa façon de voir le monde, qu'il était un pilier de la lumière de cette Londres et que cette lumière venait de s'éteindre. La justice de l'Améthyste arriverait-elle à faire face à cela ? L'enquêtrice en doutait, malgré tout, elle devait découvrir ce qu'il se passait et s'était bien pour cela qu'au jour d'aujourd'hui, elle était ici, derrière cette procession. Habillé de noir comme à son habitude, elle avait fait de ses cheveux une tresse longue, qui pendant tranquillement dans son dos. Son regard ne montrait rien de ce qu'elle ressentait, aussi, certaine personne ne croyait pas en sa sincérité, pourtant dans son cœur, la tristesse était bien présente et il ne s'agissait pas seulement de celle des personnes présentes ici, il s'agissait de la sienne propre... Une tristesse qu'elle n'avait pas ressentit depuis un bon moment déjà. Elle était de ces sentiments, fort et puissant qui pousse à la dérive et aux problèmes. Secouant la tête, elle ne pensa à rien d'autre et se contenta de suivre le cortège funèbre.

Il y avait les murmures, les pleurs, les larmes douces amères, les sourires en coins et les sentiments. Dans cette marée humaine, l'Améthyste n'était pas certaine de pouvoir gérer tout ce qu'elle allait entrevoir, mais elle savait une chose, si certains étaient réellement triste, que d'autres étaient attristés, que d'autres étaient anéantis, il y en avait qui feignaient parfaitement bien et un sentiment de colère se prit dans les méandres de son cœur. Qui pouvait venir ici avec un air triste factice, comment pouvait-il osé faire cela, heureusement, il ne s'agissait pas de son Régent, sinon, elle aurait déjà retourner ciel et terre pour retrouver ce putain de fucking coupable. Oui, elle aurait déjà tout fait pour tuer le connard d'assassin qui s'en serait pris à son Régent, l'autorité même de sa faction et bien entendu, son enquête aurait déjà porté sur une personne bien en particulier : La Harpie... Mais ici, dans cette faction personne n'avait d'intérêt à mettre fin aux jours du sieur Nimerys. Alors qui ? Pourquoi ? Et surtout comment ? De par son passé, il était extrêmement dur à tuer, qui avait pu le faire ? La jeune femme n'en savait rien et elle n'allait pas pouvoir se promener dans cette académie qu'elle ne connaissait de toute façon pas. L'enquête semblait compromise, pourtant elle n'allait pas laisser tomber, ça non. Les défi, ça la connaissait, rien ne lui résisterait.

« Envisages-tu sérieusement de mener une enquête pour un patriarche qui n'était pas le tien ? »

Elle grinça des dents et se tourna vers la personne qui venait honteusement de lui murmurer à l'oreille.

« Tiens donc mon oncle, il s'avère que vous êtes encore vivant, que puis-je pour vous ? »

Son regard était sec, amer. Elle en avait par dessus la tête de ses je reviens alors soit contente. De ses regarde-moi je suis enfin de retour. Elle voulait d'une vraie famille, pas d'un courant d'air et ça, il ne l'avait pas comprit, il ne le comprendrait jamais probablement. La jeune femme ne pouvait pas lui en vouloir, il avait été mis devant le fait accomplis, on lui avait confié une gamine du jour au lendemain, qu'est-ce qu'elle pouvait espérer de lui franchement ? Une bien bonne question.

« Je suis venu rendre hommage à un grand homme, puis-je au moins me tenir à côté du seul membre de ma famille encore présent ici ? »
« Chantage, bravo. »


Mais elle avait vu son regard, elle sentait son cœur, il pleurait. Il pleurait un homme bon et fort qui avait finalement succombé à quelconques manigances. Il pleurait un homme qu'il semblait avoir connue, dont il semblait savoir des choses. Merde qu'est-ce qu'il connaissait exactement. Sans qu'elle n'y fasse rien, il passa une main autour de sa taille, elle le laissa faire et étrangement, montra une certaine faiblesse, elle posa sa tête sur son épaule un moment. La tendresse n'avait pas fait partie de leur relation, pourtant... Elle l'aimait plus que tout, il était tout ce qu'il lui restait de sa famille, elle voulait qu'il reste un peu plus, aussi passa t-elle aussi son bras autour de sa taille pour le serrer avec toute la douceur dont elle était capable.

« Pardon. Je vais mener l'enquête parce que je le dois. On lui dois bien non ? Tu vas m'aider ? »
« Je t'aiderais, on verra ça une fois que ce sera plus calme et que moins de monde nous regardera. »


Un hochement de tête mélodieux entre les deux, une acceptation mutuelle, ils reformaient le duo qu'ils avaient formé pendant un temps. Pour le temps d'un deuil, ils étaient de nouveau une équipe, pas de sourire cependant, mais la joie était là, Kieran le savait. Lorsque le cortège s'arrêta et que les couples finirent par danser sur cette musique triste, le reste de l'assemblée se concentrait sur autre chose. Tout n'était que ténèbres et ça ne faisait que commencer très probablement.
Maison Amethyste
 
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Messagepar Silence Silverward » 24 Mai 2016, 20:50

Dans un angle de la gigantesque salle tendue d’un deuil cosmique, la forme abrupte de la jeune femme se détachait à peine – noire sur le noir d’une affliction encore trop vaste pour tenir tout à fait entre des murs. Le pouce et l’index d’une main gantée roulaient l’une des sphères d’hématite qui fermaient sa veste de costume, à hauteur de l’estomac. Seuls ses yeux brillaient ; et eux-mêmes brillaient noir, à l’unisson de l’astre navré.

Silence Silverward fut restée veiller le corps sans vie du fils de Nymeria, sondant les ombres environnantes, à la recherche des choses tapies dans l’entourage des morts. D’étranges cauchemars gravitent là où le souffle s’éteint ; à coup sûr, Vulcain Nymeris en attirerait de particulièrement spectaculaires. Cependant, quelque chose dans la douleur digne de la veuve commandait la solitude. Du moins, c’est ce qu’elle crut. Elle n’osa s’attarder après la foule. Après tout, qui était-elle ? Une obscure élève, une autre, noyée dans le flot de visages qui avaient coulé entre les doigts des professeurs d’astronomie et d’alchimie. Rien ne lui accordait le droit de violer le dernier instant de leurs adieux. Or, Silverward observait les convenances avant ses propres désirs.
Tandis que d’autres cherchaient tout le réconfort familial qu’ils puissent trouver, elle s’était donc échouée au bord du décor, buvant le manège sidéral, sidérant des cieux qui explosent. « À fendre le cœur », songea-t-elle, échangeant un regard avec l’orbe sertie sur sa fontaine solitaire. Elle crut même la voir cligner son assentiment ; sans doute l’ombre d’un rêve affleurant à la surface. Les étoiles rêvaient-elles ? L’accablement froissa le coin de ses lèvres, lorsqu’elle se rappela qu’elle n’aurait plus loisir de poser la question au mieux renseigné. Un savoir qui s’éteint : voilà la vraie tragédie.

Elle pencha un peu le buste sur le côté, à la manière d’un oiseau. Somme toute, les cauchemars morbides pouvaient attendre – ils ne se laisseraient pas sitôt déloger de leur nouveau terrain de jeu – tandis qu’elle n’aurait pas souvent l’occasion de contempler l’Éclat. Si son père avait su que l’on sortirait l’Étoile, à coup sûr, il se fut hissé hors de son lit, quitte à ramper jusqu’ici. Que n’aurait-il sacrifié pour l’étudier, ne fut-ce que quelques heures ? Les Silverward éprouvaient pour cette sorte d’artefacts un respect confinant à la religion. Un jour, un homme s’était présenté dans leur établissement du Pont-aux-Soupirs, pour proposer à Moses Silverward de comploter le vol de l’Éclat de Nymeria. Le taciturne contrebandier en avait conçu les plus vifs espoirs. Un mois entier, il avait planché, en compagnie de sa fille et de quelques autres, sur ce projet fou ; et puis, à force de difficultés, leurs associés s’étaient désistés les uns après les autres. Il avait fallu renoncer. « Pour le mieux », avait dit Silverward père – car on ne savait pas les desseins du commanditaire. Malgré tout, il avait regretté.

Le frottement de son pouce sur le bouton se fit plus insistant, presque nerveux. Et si elle La touchait ? L’Étoile était matière, la plus pure qui existât… Quels contes merveilleux ne connaissait-elle pas ? Quelle science insondable dormait dans ses atomes ? Silence Silverward dut rassembler tout ce qu’elle possédait de volonté pour tempérer sa convoitise. Il eût été du plus mauvais goût, n’est-ce pas ? d’aller gratter la glotte de l’Étoile le jour de l’enterrement de Son protégé. Dangereux aussi, sans doute, quoiqu’elle ne s’embarrassât que moyennement de ce genre de considérations. Qu’était la mort, contre un savoir aussi entier ? Ce genre de contemplations pourraient bien l’occuper toute la soirée, et au-delà.
Silence Silverward
 



Messagepar Arwed Asriel » 25 Mai 2016, 21:18

    Noir. Couleur de peine, de désespoir. Le prince étoilé ne pouvait se rappeler la dernière fois où il avait porté cette couleur... la mort de son père, peut-être ? C'était difficile à dire, les souvenirs se brouillaient, si dissolvaient dans l'océan bouillant de la douleur. Il n'avait pas besoin de se souvenir, toutefois, pour savoir que la peine ressentie lors de la mort de son géniteur n'égalait en rien celle qui l'avait frappé quand la nouvelle de la mort de Vulcain était parvenue jusqu'à lui. C'était triste à dire mais si le premier lui avait transmis son sang, le second s'était bien plus comporté en père que lui ne l'avait jamais fait. Son père était mort par sa faute, d'une certaine manière – bien que ce soit plutôt en voulant le tuer, à dire tout à fait vrai – et c'était surtout cette douleur qui le tiraillait quand il repensait à lui. La peine que lui avait causé la mort de son cousin, Patriarche et professeur était toute autre, bien plus véritable, bien plus profonde, aussi.

    Malgré tout, le jeune homme n'avait guère pu se laisser aller au chagrin : il y avait tant à faire, et Serena, bien plus que tout autre, bien plus que lui, était terrassée par la douleur. Arwed c'était beaucoup investi pour préparer l'enterrement, et tout ce qu'il y avait autour. Certains, flagorneurs pour la plupart, avaient tenté quelques murmures sur une possible prise de pouvoir, mais il les avait réprimé sans pitié, en traumatisant sans doute quelque peu les intéressés. S'il voulait la gloire, il ne la désirait certainement pas ainsi, et, si l'arbre de succession était encore un peu flou, il savait qu'il n'était en tous cas pas l'héritier naturel : issu d'une branche secondaire, il n'était pas appelé à ceindre la Couronne d'Étoiles, et ne songeait certainement pas à s'en emparer dans un moment pareil – il n'aurait jamais ne fut-ce qu'envisagé de perpétrer une telle insulte à la mémoire de Vulcain.

    Si la plupart des tâches avaient été simplement dans la coordination, pour mettre en marche la machine Nimerys quelque peu grippée par la mort d'un roi qui régnait depuis si longtemps, et avait toujours semblé éternel, il y avait une tâche qu'Arwed avait dû accomplir personnellement. Bien rares étaient ceux qui pouvaient toucher le Cœur Solaire de Nimerya sans périr sous son feu stellaire, et dans son deuil elle était moins douce encore qu'à l'ordinaire. Vulcain n'était plus, et Serena, qui aurait sans doute été la mieux placée pour agir, n'en avait ni la force ni l'envie. C'était donc Arwed qui avait, en partie grâce à l'aide de sa magie, déplacée le Cœur pour permettre à celui-ci de baigner la salle de ses sombres rayons, assombris par le deuil, eux aussi, et surtout pour lui permettre non d'esbaudir les badauds mais de rendre un dernier hommage à celui qui avait été le plus proche de la pierre stellaire pendant de si longues années.

    D'aucuns auraient dit qu'une pierre n'avait pas d'émotion, et n'était guère apte à ressentir la perte, mais c'était méconnaître le Cœur Stellaire qui, à sa manière, battait autant qu'un cœur humain, comme sa lumière le prouvait ce soir-là. Les plus cyniques des convives diraient sans doute que c'était là simplement un artifice magique perpétré par un mage – peut-être penseraient-ils que c'était Arwed lui-même – pour rehausser l'éclat tragique de la cérémonie. Mais le forgeron, qui connaissait la roche céleste autant qu'il se connaissait lui-même, sinon plus, savait qu'il n'en était rien. La peine venait de l'étoile des Nimerys, et de nul autre, la peine de perdre ce compagnon de route qui l'avait si bien comprise. Au fond, Vulcain laissait trois veuves : la belle Serena, le froid soleil à l'éclat voilé et la faction d'Opale toute entière, chacune plus éplorée que l'autre, peut-être.

    Arwed lui-même était tout de noir vêtu, d'une tenue simple et à la coupe élégante, comme de coutume, sinon que la coutume du jeune prince céleste n'était pas à tant d'obscurité. Il portait l'épée au côté, dans un fourreau dépouillé, tout en lui respirant une triste sobriété, pleine de noblesse, jusqu'à l'expression de son pâle visage. L'éclat à son cou lui-même, qui d'ordinaire oscillait entre la simple beauté passive et la lumière des étoiles, sourdait ce soir-là d'un léger éclat noir, reflet à la fois de la roche céleste dont il était issu et du cœur de celui qui le portait. Arwed n'était guère bavard, errant doucement dans la salle, d'un pas lent, à l'écart des danseurs, entre l'attraction de l'étoile, la caresse de son regard sur le corps de Vulcain et l'incapacité à se tenir à côté du puits de douleur qu'était la belle veuve du maître de l'Opale.

    C'était une forme de lâcheté, sans doute, mais même en y pensant, le jeune chevalier n'avait pas la force d'y remédier. Sa propre douleur était trop forte, sa propre peine trop présente. Il n'avait pas de réconfort à apporter à Serena, et elle n'en avait pas pour lui : leurs deux tristesses ne semblaient faire que s'alimenter l'une l'autre. Alors Arwed faisait ce qu'il pouvait. Il marchait à pas lent, regardant tantôt les étoiles, tantôt le Cœur, tantôt le gisant, rarement ses voisins. Il s'arrêtait de temps en temps pour accepter des condoléances données avec plus ou moins de sincérité, plus ou moins de douleur, en se disant que du moins, s'il ne pouvait l'aider directement, c'était autant qu'il épargnait à la veuve elle-même, en laissant les langues décharger au moins une partie de leurs veines condoléances dans ses propres oreilles. Pour elle, il pouvait porter ce poids, souvent alourdit de bien trop d'hypocrisie, ou de bien trop de tristesse.

    Même ainsi, même comme cela, le Cœur exerçait toujours, à jamais, sa sourde attraction, et Arwed s'en approchait régulièrement, sans même y songer. Ce fut lors d'une de ses occasions, alors que les étoiles salvatrices s'étaient enfin montrées dans toutes leur gloire – mais en cet instant, quel réconfort les étoiles elles-mêmes pouvaient-elle apporter ? – qu'il vit une jeune femme un peu trop proche de la roche céleste, qui semblaient porter dans son regard, son attitude, ce pêchés qu'il ne connaissait que trop bien : la tentation folle de saisir la pierre. De quelques pas, il fut à son niveau, triste et noire apparition, dont la pâleur du visage ne ressortait que plus, l'éclat sourd de son cou se faisant un peu plus fort encore et, conjugué à la sombre lumière de la roche-mère, baignait ce même visage d'une lueur presque irréelle.

    « Si vous la touchez, vous êtes morte. »

    Sa voix n'exprimait guère de douceur, en cet instant. D'ordinaire, il y en aurait eut. D'ordinaire, les paroles auraient été douces, gentilles. Ne comprenait-il pas, mieux que quiconque ou presque, l'impulsion que pouvait faire naître le Cœur ? Mais cette soirée n'avait rien d'ordinaire, et dans son cœur meurtri il n'y avait pas que peu de place pour la douceur, pas ce soir.

    « Votre mort ne serait pas douce. Ce soir moins que jamais, le Cœur ne laissera pas les enfants hommes, pareils à ceux qui lui ont ravis son amant, l'effleurer de leurs mains impures. Vous n'aimeriez pas ce qui vous arriverait, je vous assure. »

    Cela aurait sans doute animé la soirée. Certains s'en seraient probablement esbaudit, d'autres scandalisés. Mais si Arwed avait délivré l'avertissement – toujours, car cela faisait partie du devoir des Nimerys, un des devoirs les plus anciens – il ne s’émouvrait guère de la concrétisation de sa sombre annonce, pas ce soir. Quand Vulcain Nimerys gisait dans la mort, quelle importance après tout le sort des impudents ? La jeune femme était prévenue, et ceux autour d'eux aussi, sans doute, par la pâle voix du triste prince : que l'un d'eux brave la mort par bêtise et son poids serait bien faible face à l'immensité de la fin du règne du Roi Céleste...
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Statut: Forgeron/élève à l'Académie



Messagepar Alec Caleridge » 26 Mai 2016, 09:55

Un soupir et je pars déjà à la dérive. Assez, j'en ai assez, pourquoi est-ce qu'on m'a traîné ici déjà ? Ah ouais, s'était le directeur de la maison à l'académie ? Et alors franchement ? Il est mort, c'est son problème, pas le mien et puis j'ai d'autre chose à faire, d'autre chose qui m'attende, c'est pas sa mort qui va me faire gagner mon pain beurré tous les matins hein, surtout que depuis quelque temps, mon vieux me gonfle tellement que j'ai décidé de déménager. Je ne comprends pas tous ces gens endeuillés, je suis même sur que certain ici, s'en foutent royalement que le patriarche soit mort. Alors oui, c'est triste et oui c'est cool de voir que des gens vraiment tristes sont là pour se recueillir et faire leurs hommages à la veuve, mais bon, personnellement je ne trouve pas que ce soit mon affaire. Ouais, il était sympa, mais sans plus et puis de toute façon, je m'occupais pas plus de ses cours que des autres en fait. À part l'alchimie, y'a rien de réellement bien tentant à l'académie, si, peut-être la botanique, parce que c'est calme et que ça m'amuse, mais sinon pour le reste.... Voilà quoi. Ça n'a pas tant d'importance. Alors désolé Monsieur Nimerys, mais on m'a traîné ici. Je regarde ma mère à ma droite, elle ne pleure pas, elle se recueille sur un grand homme. Ah ouais ? Vraiment ? Je ne le connaissais pas assez pour le savoir. À ma gauche, on a l'impression que mon père fait de la prospection du genre... Alors à qui je vais pouvoir vendre ma came pour qu'il puisse oublier leur chagrin... Déceler le bon filon, mon père sait faire, c'est pour ça qu'il est si doué d'ailleurs.

Moi, je m'en fiche parfaitement du bon filon, j'ai juste envie de me tirer d'ici. De laisser tomber la procession, de ne pas voir ce magnifique endroit de l'académie reconvertit en quelque chose de plus macabre. Je crois que je verrais plus jamais cet endroit de la même façon. Peut-être que je l'éviterais à l'avenir, comme tout le reste en fait. Je me demande même par moment pourquoi je reste à l'académie ? Pour m'amuser ? Pour être avec Andreas ? Ou tout simplement pour éviter la maison ? Peut-être que je ferais autre chose une fois chez moi. Faut vraiment que je trouve un chez moi. Les bénéfices des parfums sont assez épais pour que je puisse enfin voler de mes propres ailes et puis, quoi qu'il arrive j'ai l'âge. Faut juste que je finisse cette académie. Est-ce que je dois réellement la terminer ? Ou alors est-ce que je peux m'en aller avant ? De toute façon, c'est pas comme si je ne faisais pas étalage de mon mépris pour les autres matières. Tant que ça ne concerne pas les parfums, le reste n'a pas d'importance. Je me demande si je ne pourrais pas créer un parfum qui pourrait faire oublier les morts, oh seulement durant un temps. Nan ce serait vache ça quand même, oh tiens je suis super heureux et le moment où s'est passé la tristesse revient. Je peux être un connard mais pas à ce point quand même. L'oublie c'est parfois dur à gérer, je sais ce que s'est.

Fin bref, mon regard se pose sur ces personnages qui dansent, sur ceux qui vont souhaiter leur condoléances. Rien que l'hypocrisie de la chose me fait grincer des dents. Souhaiter des condoléances sérieusement ? N'est-ce pas une forme de non-respect ? Pour rappeler la mort de quelqu'un à une autre personne ? C'est ainsi que je le voyais, aussi me posais-je dans un coin, ou l'une de ma faction se tenait, prête à faire je ne savais quoi. À oui, le cœur de Nimerys, je me demandais bien qui l'avait apporté ici, et pourquoi d'ailleurs. Ce n'était pas franchement une bonne idée, surtout que chaque personne présente ici pouvait être tenté. Et d'ailleurs l'avertissement du chevalier tomba, comme un couperet. Une mort funeste ? Ça pourrait mettre de l'ambiance non ? Crétin d'Alec, tu devrais être plus triste, ouais mais triste pour quoi ? Pour quelqu'un que je ne connaissais pas. Je crois que jamais je ne comprendrais les gens, ceux qui avaient pour habitude de venir aux enterrement juste pour le plaisir... Bordel, y'avait rien de plus sinistre. Que les Opales viennent encore... Je pouvais comprendre, mais les autres, qu'est-ce qu'ils en avaient à foutre franchement ? J'hausse les épaules, pour moi et la voix de mon père vint murmurer à mon oreille.

« Cesse donc de te comporter comme un idiot et montre un peu de respect. »

Du respect, mais mon pauvre père, j'en ai contrairement à certains dans cette assemblée qui se réjouissent du funeste sort de Vulcain Nimerys, mais de la tristesse, désolé j'en ai pas et je vais pas faire semblant pour contenter une assembler de crétin. Je me pose donc dans un coin, tranquille, observant les gens. Si seulement certains pouvaient de voir, pitoyable. Tout comme mon père qui allait commencer sa prospection. En tout cas ça allait être sympa de le voir et de surtout voir qui allait tomber dans ses filets ce jour-là.
Maison Perle
 
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L'Ascendance: Je règne parmi les Princes



Messagepar Azar Joyce » 26 Mai 2016, 11:31

Si vous souhaitez anéantir l'espoir à Londres, commencez par éliminer ceux qui l'incarnent. Si j'avais été stratège au camp de l'ennemi, voila les mots que j'aurais soufflé au maître. Quarante année au service d'un rêve et encore un mort sur mon chemin, Vulcain tu étais l'homme qui ne pouvait mourir, de mes alliés tu étais le plus fort. La terre à tremblée de la nouvelle, il y-avait de la tristesse et il y-en à encore et il y-en aura encore, il y-a aussi ce vide, ce trou béant ou vont s'engouffrer toutes les forces que nous combations. Une ère sombre se lève, le Conseil sans toi vascille, le rapport de force change. Tout Londres te pleure, tout Londres à peur...

Encore un enterrement, combien de mise en terre aurais-je à subir avant mon propre trépas ? Mes quatres frères, mon père, ma femme... Maintenant mon vieil ami. Toujours la même musique, le cortège, le silence, puis les condoléances et les pleurs. A mon arrivée à l'Opale j'étais entourré par quatre gardes du corps dont Argo, généralement je n'avais besoin que de ce dernier mais prudence oblige on à renforcé la sécurité. Après tout des patriarches des Neuf j'avais des chances d'être le prochain sur la liste de l'assassin. C'était pénible que d'avancer cercler de quatres hommes armés, en ces moments je préfère toujours la discrétion. Pouvoir me recueillir, parler si j'en ai l'envie sans pour autant à subir le flot des regards, le flot des commentaires. Impossible de me cacher, j'étais en tout cas le premier patriarche à venir témoigner de ma présence à une amitié, un respect, à un grand homme.

J'avais le visage fermé, le pas lent, je ne souhaitais que personne ne vienne entraver mes pensées. Elles étaient lourdes de souvenir, à la première rencontre Vulcain m'était apparu comme idiot et stricte, un homme du passé qui croit encore à la chevalerie. Mais au temps qui passe, j'ai découvert que la noblesse de coeur n'était pas un fantasme, qu'il était encore possible pour l'homme d'être vertueux, que la bonté n'était pas encore morte. Nous nous sommes appréciés, malgré nos différences et surtout considérant nos méthodes différentes. C'était un honneur que d'avoir siégé à ses cotés, maintenant il faut que Londres puisse se trouver un autre héros. La tache me parait impossible, comment le remplacer ?

Je l'ai regardé une dernière fois et devant lui, j'ai levé la rose pourpre. Mentalement je lui parlait. A toi noble chevalier je contiuerais ton combat, je te le promet sur un symbole, la rose pourpre. Ensuite, détournant le regard j'ai hésité à partir, qu'est ce qui pouvait encore retenir ma présence ? Je voyais la peine de Séréna, je me voyait à sa place à l'enterrement de Juliet. A aucun moment je n'ai versé une larme, on me croirait froid et insensible, j'ignorais pourquoi les larmes ne venaient pas. Finalement je me suis assis à une table simplement, comme si j'attendais quelqu'un, une âme qui veuille tenir compagnie à quelqu'un d'égaré.

Je voulais me reposer un peu, juste un peu avant de partir. C'était sans compter la présence de mes hommes et de leurs impatiences. Je les congédiait alors, ils me fatigaient tous... J'avais envie d'un alcool fort, quelque chose pour tenir éloigné la mélancolie.
Azar Joyce
 



Messagepar Kaede Hachigawa » 28 Mai 2016, 15:50

Une nuit sombre, funeste, a tel point que les éclats des astres ne semble plus avoir leur vigueur d'antan. Le Patriarche est mort. Cet homme qu'elle n'avait pas connu mais avait entendu dire à quel point il pouvait être honorable. Un professeur, un mentor, un dirigeant, voilà ce qu'il avait été. Un homme qui semblait bien avoir de point en commun avec l'homme qui l'avait élevée, son oncle, Jiro. L'un des plus grands et derniers guerriers samurai qu'elle n'avait vu que très peu de fois à l'oeuvre, mais les souvenirs de ces moments là étaient marquant, comme incrusté au fer rouge dans son âme, son esprit. Respect et honneur, ce qu'elle vénérait par dessus tout et ce qui l'avait tant plu dans ces dires que l'on colportait à propos de Vulcain. Elle regrettait tant de ne pas l'avoir connu, tout comme son défunt père. Une ombre passa sur son visage au moment où le cortège funèbre passa au milieu de la salle, aggravant ses traits figés dans une expression froide, comme sans vie.

Son regard se porta alors à l'autre bout de la salle, peu après le passage du cortège, sur le jeune Arwed qui l'avait pris sous son aile. L'un des élèves de Vulcain et l'un des hommes qui lui avait tant appris, grâce à lui, elle avait pu entre autre maîtriser cette langue qui n'était pas la sienne. Il lui avait donner tant de savoir qu'elle lui serait à jamais reconnaissante et en autre, ce pourquoi elle était à son service aujourd'hui. Ce n'était pas une simple histoire de dettes, non, c'était une question d'honneur et dévouement, comme on le lui avait toujours appris. Honore celui qui te donnera et protège le au péril de ta vie. Voilà ce qu'était devenu son quotidien. Et avec la mort du Patriarche, Kaede sentait les ennuis à plein nez, la famille de celui-ci serait sûrement visée, elle allait donc devoir avoir des yeux et des oreilles partout ce soir là.

Naviguant à travers les ombres comme le ferait un pirate sur des eaux agités, elle observa toute l'assemblée, écoutant d'une oreille discrète tout ce qu'il pouvait se dire. Ses yeux, eux, était figés sur le dos de son maître qui se déplaçait à travers la salle, tout vêtu de noir, ce soir là elle le trouvait élégant et tragique. A chaque fois que son regard se posait sur lui, le coeur de la jeune japonaise semblait se serrer si douloureusement que ses yeux brillaient d'une lueur fugace. Elle avait tant de peine et à la fois d'admiration pour lui. Comment pouvait-il rester aussi élégant en cette soirée funeste ? Comment pouvait-il supporter cette douleur ? Elle même la connaissait, mais ne l'avait découvert que bien plus tard, la douleur de perdre ses proches. Elle savait à quel point cette douleur pouvait laisser des cicatrices.

Si elle l'aurait pu, elle aurait pris toute cette douleur et l'aurait endurée pour lui. Mais malheureusement, ce genre de chose là ne se décide pas aussi facilement. Et seul son maître pouvait être maître de ses émotions et de sa douleur. Mais dans l'ombre, à l'écart, elle partageais cette douleur là avec lui. Lui apportant un soutient, bien qu'inconscient, il était sincère. Jamais elle ne pourrait échoué la mission qui lui avait été confié, celle de laisser périr Arwed, jamais elle ne pourrait se le permettre. Elle irait jusqu'à sacrifier sa vie pour lui, sans hésitation, ni doute. Elle le ferait, elle était prête.

Lorsque celui-ci disparus alors de son champ de vision, elle marcha à nouveau entre les ombres, avant de faire face complètement à la lumière. L'on pu apercevoir à nouveau ses traits délicats, la fleur de l'orient s'était vêtue ce soir là d'un costume noir, sobre et sa longue cheveux d'ébène relevé en une haute queue de cheval. A chaque côté de sa taille, ses katanas trônaient fièrement et pas seulement là pour faire joli, ses lames étaient au service de son maître. Et elle n'hésiterait pas à les sortirent de son fourreau si nécessaire.

Se rapprochant de lui, aussi discrète qu'une ombre, elle l'aperçu alors parler à une femme. Ses mains se dirigèrent aussitôt sur la poignée de ses armes lorsqu'elle l'entendit parler de mort, prête à réagir s'il le fallait.
Kaede Hachigawa
 



Messagepar Silence Silverward » 28 Mai 2016, 19:23

Une voix coupa sèchement sa progression inconsciente vers la pierre. Ce genre de déplacements irrépressibles, toute volonté suspendue, ne se produisaient que trop fréquemment de l’autre côté de la conscience ; Silence Silverward cligna des yeux pour dissiper le songe… avant de se rappeler qu’elle ne rêvait pas. Haut les mains ! rien ne va plus. Les particules d’un air tout alourdi de deuil percutaient sa peau en milliards de milliards de charges microscopiques, aussi denses que la lame qui avait perforé la poitrine du géant aux galaxies ; moins organisées, seulement. Tout ceci était bien réel.

Elle pencha la tête selon un axe curieux, vers l’origine du couperet. Arwed Nimerys. Le prince aux Étoiles n’avait jamais paru si minéral – pour le peu qu’elle en sût, en tout cas. Il fallait bien convenir qu’elle ne se perdait pas dans de telles contemplations. L’oreille accrochée aux explications qui n’en étaient pas, elle considéra à nouveau le globe noir dont les pulsations régulières, fluides comme des larmes, diffusaient leurs cris dans l’atmosphère. À nouveau, l’envie de répondre à ces appels lui secoua la chair ; mais elle s’observa.

- Quelqu’un a-t-il essayé.

Question purement scientifique, évidemment. Encline à ignorer la mise en garde, elle ne complotait pourtant pas de le faire. En tout cas, pas sur-le-champ. À l’évidence, les conditions actuelles jouaient en la défaveur d’une entreprise si radicale ; et une habituée des recherches hasardeuses, essais audacieux et autres études casse-gueule ne saurait l’envisager sans quelques précautions expérimentales, afin qu’il y en restât une trace exploitable – ou à tout le moins, des témoins fiables, aptes à reprendre le flambeau qui tomberait sûrement de ses mains foudroyées. Or, l’assemblée hétérogène n’en contenait pas qu’elle connaisse.
N’avait-elle pas tenté, pourtant ? Étrange, étrange… Prête à mourir, elle l’était – et connaissait fort bien sa faiblesse à cet endroit ; seulement, pas en échange de rien. Pour qu’elle se fut laissée aller ne serait-ce qu’à approcher l’Étoile, il fallait qu’un instinct bien puissant l’eût appelée. Ou peut-être autre chose ? Elle scruta l’espace autour de l’orbe, plissant légèrement les paupières, à la recherche des entités sans forme qui sourdent au-delà des atomes.

Fut-ce le mouvement infime d’un cauchemar dans l’air ? Un songe de l’Étoile elle-même, soupçonneux et diffus, à la lisière du compréhensible ? La pure suggestion d’une supernova mourant en arrière-plan ? Brusquement, une évidence explosa aux yeux de Silence Silverward. Elle sursauta.
Un regard dense revint au prince en deuil, cherchant à aimanter le sien ; et la voix grave se fit murmure, souffle presque insonore – saturé pourtant d’une inquiétude profonde.

- Et si quelqu’un essayait, suggéra-t-elle. D’un revers de main, elle balaya le soupçon qui traverserait sûrement l’esprit d’Arwed Nimerys – en tout cas, qui aurait traversé le sien, si elle se trouvait à sa place. Pas moi. Mais quelqu’un. Quelqu’un qui aurait tué pour Elle.

Le filet de voix ondulait trop vite. Là où la mort d’un homme ne la troublait que de loin, comme une pure abstraction, grave exclusivement parce qu’il était savant, une pure hypothèse sortie – littéralement – de nulle part lui chamboulait le crâne.

Au plus fort des complots pour mettre la main sur l’Étoile, personne n’avait osé proposer l’assassinat de son favori. Cependant, Silence Silverward ne doutait pas que son père y avait songé, ne fut-ce qu’à titre purement spéculatif : tuer Vulcain Nimerys attirerait sa protectrice de toujours hors de sa tanière, d’une manière ou d’une autre. Il n’aurait jamais encouragé un tel dessein, bien sûr ; et s’il l’avait fait, une fois n’est pas coutume : elle l’aurait retenu. L’idée contrevenait à certains principes qui ne doivent pas être sacrifiés. Elle n’en était pas moins valide. Celui qui avait porté le coup ne pouvait l’ignorer.
Et voici que le patriarche était mort, et que l'Éclat trônait, dans toute la splendeur de son chagrin astral, au beau milieu d’une salle bondée. Une salle que tous les sorciers de Londres connaissaient – sauf erreur ponctuelle de parcours – pour l’avoir traversée des dizaines de fois.

À l’heure où l’IRA réduisait en cendres les lieux les plus en vue de Londres, il fallait que de tels trésors fussent protégés, tant des escamoteurs mal intentionnés – ironie ? – que de la destruction.

- Elle ne risque rien, n’est-ce pas.

Elle scruta le visage princier, parfaitement inconsciente des lames prêtes à la fendre, attendant seulement d’être rassurée sur la capacité de l’Éclat de Nimerya à survivre à mille apocalypses.
Silence Silverward
 



Messagepar Zephyris Ashfield » 28 Mai 2016, 19:41

« Erreur de parcours », en effet. Parmi la foule, il y en avait bien deux qui n’avaient encore jamais foutu les pattes à l’Académie. Première fois. ‘Paraît qu’il faut. Qu’ils se sont fait suffisamment d’ennemis lors de la petite sauterie des Rouges. Comme s’ils allait se faire des alliés maintenant. Cependant, pour cette fois, le tigre et Zephyris ne se présentent pas seuls en public. Une autre silhouette flamboie à leurs côtés.

Shobha, veuve Ashfield, a revêtu le noir du deuil ; elle n’en est pas moins étonnante de beauté cassée. Les années l’ont mise à mal, clairement. De surcroît, la mort d’un homme qu’elle connaissait un peu pour l’avoir fréquenté à l’époque où Ludwig respirait encore, et dont elle appréciait les innombrables qualités, ébranle ses vieilles jambes toutes percluses de douleurs. Feu le maître de l’Opale fut toujours un grand homme. Un homme de convictions. De principes. Sans en avoir jamais eu confirmation, elle s’est même persuadée que le retour de sa fille par la grande porte est le fait de Vulcain le juste ; alors, elle s’est parée d’un sari de ténèbres profondes, brodé pour l’occasion de galaxies azurines par les doigts les plus talentueux de Londres, et a bravé la douleur pour venir lui rendre les derniers hommages. Quant il a fallu suivre l’interminable cortège, pas une plainte n’a filtré de ses lèvres blanchies. Forte. Héroïque. Même à travers le voile de son incompréhension ennuyée, Zephyris la révère.

C’est Shobha encore qui a osé quelques mots, tout en délicatesse, à la veuve éplorée. Elle sait ce que c’est que de perdre un époux. Elle l’a vécu. La différence ? Elle ne connaissait que trop le meurtrier.
Elle n’insiste pas là-dessus.
Pas non plus sur le fils qu’elle a perdu du même coup.
Elle n’insiste pas sur le bain de sang, sur la colère du ciel. Sur l’ombre terrible de Klaus Ashfield hantant l’opéra fou, mains rougies de son propre sang, cherchant à en verser davantage encore. La douleur ne souffre d’aucune comparaison ; et la veuve du cadet d’Émeraude sait la respecter. Sa fille, en revanche…
Zephyris enfouit ses doigts dans le col enflammé du tigre, domptant l’agitation toute sauvage, tandis que leur vieille mère les rejoint en clopinant.

Ainsi flanquée, à droite, d’un fauve frustré, et d’une vieille femme fourbue, à gauche, maintenant les deux (contrairement à l’ordinaire), Zephyris Ashfield pénètre pour la toute première fois dans la grande salle de l’Académie.
Royaume de pierre et de grandeur. Parfum de fer enchanté. Vieilles pierres. C’est grandiloquent, à la manière des vieux temples enfouis dans la jungle ; ça manque juste, terriblement, de verdure. Elle-même a adopté le noir, tout noir, sur l’ordre de sa mère – bien que son propre vêtement fasse piètre figure à côté de l’œuvre d’art portée par Shobha.

Dans un geste d’une délicatesse qu’on ne lui soupçonnerait pas, la féline régente tire une chaise matelassée. Sa mère s’y abaisse. Craquements. Gouttes de sueur camphrée, aux notes de cardamome. Les muscles vieillis bien avant l’âge tremblent jusqu’à l’effondrement, jusqu’à ce que le corps s’affaisse sur le siège dans un soupir éreinté. La main agitée de soubresauts cherche celle de sa fille. Il faut qu’elle lui parle.

- Vulcain Nimerys était un ami.

Grognement sourd. Dans sa bouche, ça veut dire un allié. Zephyris le sait. Elle commence à comprendre, à force. Sauf qu’elle n’y croit pas. Sa mère se fourvoie. Comment peut-elle… à ce point… Mais Shobha, loin de saisir à quel point sa progéniture est hermétique à ce monde, ou bien persuadée qu’elle peut encore la sociabiliser – l’amour provoque ce genre d’illusions pieuses – entame son récit, contant d’une voix émue les qualités du patriarche défunt.

- Même du temps de cette malheureuse Hypazia... histoire bien triste… fallu du courage pour la faire mourir…

De bribe en bribe, Zephyris accroche à moitié, regardant sans s’y intéresser cette drôle de fille maigrelette qui se fait rabrouer par un grand brun tout propre sur lui, ou encore ce gamin languide qui s’ennuie dans un coin – mais ces mots-ci la frappent en plein visage. Elle s’y agrippe.

- La faire mourir ? rauque-t-elle, toute de colère à fleur de voix. On tue pas sa famille. C’est la règle. Même elle, bon sang ! même elle, recherche aujourd’hui le meurtrier d’une cousine qui l’indifférait. Sans savoir pourquoi. Instinct d’un devoir gauchi.

Shobha, qui ne s’est aperçue de rien, expose le détail de l’histoire, et poursuit son petit chemin du souvenir, désignant tour à tour Arwed Nimerys, le fameux spécimen propret – c’est fou ce qu’il a grandi… quel beau jeune homme il est devenu, son père serait fier – ou Azar Joyce – il ne vieillit pas, cet homme-ci… toujours beaucoup de prestance – ou quelques autres, brandissant tendrement des anecdotes jaunies, au gré d’une mémoire qu’elle n’a pas souvent l’occasion d’invoquer.

Nausée. Goût de cendre et d’acide dans la bouche toute déformée de dégoût. Sous les doigts de sa sœur, Eurus vrombit comme un gros chat irrité.
Zephyris Ashfield
 



Messagepar Estel Ashfield » 29 Mai 2016, 22:22

Sur sa boutonnière, une fleur. La plus belle du bouquet, avait dit Maman en la piquant sur la veste de costume du garçon. Elle avait même rajouté qu'il devait être beau. Soigné. Impeccable pour l'occasion, et qu'être débraillé ne le mènerait à rien. Que Maman avait raison ! Mais que Maman plaçait beaucoup d'espoirs en lui, à lui dire d'être poli. Poli et élégant, malgré la circonstance qui le forçait à revêtir un costume. Et qu'il se sentait à l'étroit dans ces vêtements ! Trop serrés, trop formels pour lui. Trop inhabituels, aussi, pour cet héritier bien plus à l'aise dans des jeans élimés et des baskets usées. Mais il fallait faire plaisir à Maman. Et Maman avait dit qu'il serait mal venu de se rendre là-bas comme il irait traîner dans les rues. Et cette Maman, Estel était allé la voir avant de se rendre à l'Académie, un bouquet de fleurs à la main comme présent. Pour lui faire plaisir. Parce qu'il aimait ça, l'Héritier, voir un sourire fleurir sur les lèvres de sa pauvre petite Maman folle. Même si, parfois, elle le frappait avec. Cruelle petite Maman complètement folle, qui ne faisait que pousser le garçon à lui rendre de moins en moins visite.

Et il était là, à l'orée de la pièce, tout hésitant d'y pénétrer. Le col de sa chemise le serrait, il lui semblait étouffer ; mais il se serait déjà enfui loin de la réception, loin de la Grande Salle s'il n'avait pas promis à Maman d'y aller. Parce que c'était pour son Professeur. Pour son Directeur de Maison. Pour un Patriarche. Et quelle image donnerait-il s'il ne se présentait pas. S'il n'y mettait pas les pieds, en laissant juste Zephyris représenter la maigre famille qu'ils étaient. Non. Non. Définitivement, non. Plus jamais, il ne laisserait sa cousine aller seul à un quelconque événement. Là où elle irait, il ne sera pas loin. Estel l'avait décidé, seul, depuis l'explosion du Cabaret. Quel idiot avait-il été alors de ne point s'y rendre, et quels regrets il avait de ne pas avoir pu pousser sa cousine sous un quelconque tas de gravas.

Il avait l'impression d'entendre, sous ses pas, les pierres soupirer de chagrin, en écho à ces statues de femmes qu'il lui semblait voir pleurer ; et leurs homologues masculins se redresser et se tendre sous le poids harassant du rôle de sentinelle. Les prises sur les lances et les épées s'étaient raffermies, et jamais les visages n'avaient paru, aux yeux de l'Héritier, plus solennels, plus graves qu'en cet instant. Même les personnages qui hantaient les tableaux lui semblaient pleurer sous la tristesse et courber l'échine sous le chagrin. Peut-être tout cela était réel ; peut-être que tout cela n'était que l'imagination du jeune Héritier, qui voyait ses yeux juvéniles ornés de cernes sous le manque flagrant de sommeil dont il était victime depuis quelques temps. Le chagrin, sans doute. Mais surtout – oui, surtout – la rage de voir le monde s'écrouler.

Mais il y avait également la honte. Celle d'être habillé comme il l'était, de ne point avoir l'assurance nécessaire. L'Héritier était loin d'être de ces Dante qui passaient leur vie dans un costume et qui semblaient ne porter que cela, même lorsqu'il s'agissait de dormir, loin d'avoir l'assurance de ces hommes à qui la chemise se présentait comme une seconde peau. Il maudissait ces Arwed, pour qui tout semblait taillé pour eux. Que le garçon se sentait ridicule, et risible dans cet accoutrement, et si l'envie de faire demi-tour l'obsédait, il se fit malgré tout violence pour avancer, et pénétrer enfin dans la Grande Salle.

Au loin, la dépouille de Vulcain et son immobilité frappante aux côtés de l'éplorée Serena. Que cela était étrange, pour le jeune garçon, de voir ce Directeur, cette vieille figure du Conseil ainsi étendu, sans respiration et sans vie. Un Géant éteint, qui avait jusqu'alors éclairé les doutes de l'Héritier. Ses questionnements quant au règne et au pouvoir qui l'attendaient ; ainsi que les sombres pensées qui pouvaient parfois le hanter et chasser le sommeil de ses nuits. Il était loin de ces Serena et autres Arwed qui semblaient affronter la fin du monde et se retrouver seuls ; loin de ces Alec pour qui la présence paraissait être une corvée. Triste, il l'était. On pouvait le dire. Mais le décès du Colosse ne chamboulerait pas totalement son univers.

Non. L'univers du garçon, en cet instant, se résumait à Zephyris. Zephyris et son – foutu – gros chat, et sa petite maman avec laquelle elle était venue. Comme une petite fille que l'on devait prendre par la main, songea alors l'Héritier qui se dirigea vers ce qui se voulait être sa famille. Triste dépouille. Mais, en garçon bien élevé qu'il était, Estel se présenta à sa vieille tante. Un bonsoir, poli, courtois, tandis qu'il lui offrait cette fleur que sa Maman lui avait mis d'autorité à la boutonnière. Une fleur coupée, rétrécie, certes ; mais le geste demeurait présent. Puis un regard vers Zephyris. Sans un à Eurus. Classique.

Tu danses, cousine ? Qu'on montre qu'on est une famille unie qui s'entend à merveille. Mais sans ton chat, je veux pas de poils sur mon pantalon.

Un sourire. Narquois. Moqueur. Mais que cela serait terriblement amusant de glisser la main autour de la taille de cette tutrice et de la guider au rythme de la musique. Pour la tourner en ridicule, cela allait de soi.
Estel Ashfield
 



Messagepar Raphaël Inkarus » 30 Mai 2016, 20:58

Un soupir sombre souleva le torse musclé du neuvième année. Tout de noir vêtu dans sa chambre isolée, son reflet d’ombre lui renvoyait l’image d’une résignation docile. Le regard plié sur la boutonnière fleurie de sa veste cintrée, il se remémorait la missive brève qui l’avait conduite dans le bureau de la Directrice du Lierre Azur. Inquiet d’abord, d’une autre machination de la reine Harpie pour l’éloigner encore davantage de son unique fille avec laquelle il passait tout son temps, il n’avait pas tardé à déchanter.

Charmante et mielleuse, caressante et confiante, Kinna Boyle avait ordonné d’un murmure, imposé d’un sourire léger, le nom de celle qui prendrait le bras de Raphaël à l’enterrement prochain de Vulcain Nimerys. Aucun choix, aucune alternative dans sa grâce de poupée de porcelaine, la séduction délicieuse de ses verbes s’opposant à l’azur tranchant de son regard insistant. Il n’aurait pas le droit d’échouer, de se soustraire à ses nouvelles obligations, l’épouse Boyle contrôlait tout de sa maison et tenait entre ses mains délicates, son avenir. Il avait acquiescé, s’était retiré sans un mot, étranger à ses propres tourments.

Lora Boyle.

Pourquoi Kinna l’avait il choisi pour accompagner sa belle fille ? Une demoiselle agitée qui plus est, tête brûlée et mue de mouvement en permanence, mal assortie à ses rêveries et sa contemplation calme, le murmure du vent dans les arbres qu’il appréciait et le trouble tendre que provoquait en lui, la démarche de Lamiane Black. Lora était blonde, d’une beauté éclatante qui le dérangeait, l’aveuglait, belle et courtisée, synonymes de bruits, de bagarres de garçons pour ses beaux yeux, de tenues scandaleuses qui dévoilaient des formes d’ivresse qui le mettaient mal à l’aise. Il n’en savait pas davantage sur elle et les manigances de sa Directrice de maison lui demeuraient totalement opaques. En bon vassal, il ferait son devoir.

Longtemps, tardant à se rendre au cortège, Raphaël était resté suspendu à ses pensées, accoudé à la fenêtre de laquelle, il observant du regard une Lamiane silencieuse en contre bas, sa longue chevelure dansait les ombres, satinant la nuit d’une présence étrange, mystérieuse. Longtemps, il avait soupiré de dépit, ne parvenant à chasser de son esprit le visage de celle dont il allait être le cavalier. Elle devait l’attendre. S’impatienter. Il retardait ses pas, accentuait sa lenteur, redoutant son tumulte, son humeur, son caractère. Deux coups brefs, puis un dernier après un temps mort signala sa présence derrière la porte des appartements Boyle. Son ombre sur le bois raffiné lui rappela à quel point sa coupe en brosse était devenue sauvage et indisciplinée et il était en train de la lisser hâtivement lorsque la Huitième année apparut soudainement.

Rouge. Rouge sang, rouge Boyle. La fille des Lions, la provocation à l’état pur, splendide et indomptable dans son smoking élégant. Raphaël fronça ses sourcils épais sur son regard vert d’ombre, il désapprouvait singulièrement la couleur. Ne respectait-elle dont pas la mort ? Le grand homme vaincu ? Raide, il étendit le bras, inclinant la tête pour atténuer la différence de taille entre eux et il mesurait en silence, mesurait à son beau visage fermé comme elle devait également réprouver sa compagnie. A elle aussi, un ordre l’avait contraint. Etait-ce une punition pour ses frasques ? Une tentative malhabile de Kinna pour lisser la réputation de la blondinette impétueuse ? En l’accolant à une présence discrète, sans remous alors que tous seraient en vue, ce soir là ? Il y avait forcément autre chose, ses Seigneurs n’étaient pas de tendres enfants agissant dans un unique plan. Il le savait. Il le craignait. Jusqu’ici, il avait su se tenir loin de leurs attentions et leurs stratagèmes. Jusqu’ici…

Respectant la tradition, il s’était penché vers sa cavalière, dédoublant la fleur noire de sa boutonnière pour en fixer un brin à la sienne. Raphaël avait une vue plongeante dans le généreux décolleté de l’Héritière et il eût peine à éviter le dévale gravitationnel de son vallon princier. Gêné, il redoubla d’effort pour canaliser son attention, serrant les mâchoires, crispant ses traits. L’odeur musquée de sa peau lui chatouilla les narines, une nature sauvage sous le satin glabre de ses clavicules qui élança brièvement son esprit à travers des images sauvages de liberté et de force. Sa concentration se troubla, ses doigts trop rapides s’entaillèrent sur les feuilles de lames et une perle rouge glissa sur la manche féminine. Bu en un instant. Ton sur ton. Un pacte de sang. Ainsi soit-il.

Il se retira, présentant son coude sans croiser son regard qu’il redoutait. Avec les années, le puissant joueur de Quidditch avait appris à fuir toutes formes de confrontation avec les Maîtres de sa lignée. En silence toujours, il se mit en marche, attiré par la lente musique en provenance de la Grande Salle. Lora était plus grande que Kinna et leurs visages avaient peu de ressemblances. Quelque chose en elle l’approchait plus de Queenie mais sa façon féline de marcher, sa souplesse sensuelle l’hypnotisait, une grâce farouche, une puissance ombreuse.

Lorsque les deux Lierres Azur pénétrèrent les lieux, Raphaël se sentit emplit d’une sombre tristesse, quelque chose de poignant dans la réalité de la mort d’un homme qu’il admirait depuis longtemps sans avoir jamais voulu lui ressembler. Sans ardeur, il reconnut ci et là des camarades de sa maison et d’autres, des personnalités et des inconnus. Nombre d’entre eux accrochèrent des regards avides et réprobateurs sur la silhouette carmine de sa compagne. Protéger l’héritière, tel était son devoir de vassal et il la déroba temporairement d’eux en changeant leur trajectoire, optant pour la tangente vers les tables à alcool. La radiation palpitante de l’étoile de Nymeria au centre de la pièce lui faisait l’effet d’une terrible agonie de la lumière. Inévitablement, une mélancolie diffuse s’emparait de lui et il s’apprêtait à y céder lorsqu’il croisa le regard acéré de Kinna, à quelques pas de là.. Soupirant, il pivota vers la Belle à son bras et glissa doucement la main vers la rondeur chaude de ses hanches :

« La directrice nous observe, on dirait. Est-ce que tu me permets ? »
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Messagepar Kerry Northwind » 01 Juin 2016, 17:25

 « -Pardon...désolé...pour la gazette... »


S'excusa sèchement, brièvement Kerry, en poussant avec une assurance nouvelle l'étrave de son épaisse carrure à travers les flots d'ombres veloutées de la foule. Et à ceux qui s'insurgeaient, il exhibait avec un franc mensonge son vieil appareil reflex, pour preuve de sa maskarade. L'objet était un sésame, le poing énorme, ganté des cuirs usés d'un professionnel l'assurance d'étouffer les contestations les moins virulentes.

Des flashs rapides, à l'éclat cru d'une lame de scalpel, découpant les quelques pages hypocrites du livre d'or ouvert en l'honneur de Vulcain. Plus tard il développerait les clichés, plus tard il prendrait le temps, au calme, dans cette chambre tapissée de portraits noir et blanc qu'il occupait au Green Fairy, d'en presser les mots, pour en extraire le mensonge.

Et avant qu'on s'interroge sur la curiosité de ce reporter autoproclamé, aux larges roulis d'épaules de boxeur, il s'éloigna des portes et de l'inquisition à peine dissimulée de cette poignée d'incompétents mercenaires en charge de la sécurité.

Le gros appareil, pourtant minuscule dans sa poigne disproportionnée, grésillait en se rembobinant alors, que suivant un instinct, fruit d'une autre vie, presque oubliée, du moins refoulée dans un placard poussiéreux de son esprit, il longeait les murs, dégoulinant de bannières d'astres mordorés.

Ainsi Vulcain était mort. Tout en essuyant sans trop y croire les verres embués de pluie de ses lunettes, l'ancien Onyx reflechissait, tournait et retournait la chose dans sa tête. Comme beaucoup il avait été là pour voir le corps se noyer avec un bruit spongieux dans la gadoue. Et il s'était même attiré des regards courroucés, en foudroyant la dépouille, du fouet acerbe de son flash. Mais même vue, même après avoir respiré cette odeur de pourriture bien humaine, que peinait à masquer les tintements des encensoirs, la Mort de l'Astrero, demeurait difficile à saisir, à embrasser dans sa plénitude rationnelle.

A nouveau le feulement électrique du flash, d'instinct, presque au jugé, afin de foudroyer ce présent, que jadis il avait dédaigné au profit des cendres amères du passé dont il était le gardien et le conteur. Et très vite, il détourna la tête, les yeux pour ne pas donner de prise à la surprise du cadet Ashfield de passage. Foutue vue qui baissait. La faute à ces miroitant soleils du sud, à ces éclats d'éther trop longtemps contemplé alors qu'il arpentait les routes de nuages sinueux. Encore un peu, et il manquait de se faire reconnaître par ce gamin, qui en avait profité pour devenir homme.

Par prudence il tira sur son front poncé jusqu'au brun par les embruns du Sahara, ce bonnet informe, laid, de maille si trempée de pluie, qu'elle en retrouvait comme un lointain souvenir les odeurs du mouton. Puis s'éloigna, la nuque renfoncée dans ses épaules, le menton coincée par le nœud d'une écharpe au tartan délavé.

Revenu sans être rentré. Convaincu d'avoir changé, mais surpris et peut être un peu peiné, de constater que le monde en son absence avait poursuivi sa lente rotation. Plus tard en contemplant à la lumière infrarouge de son laboratoire, les premières ombres se diffuser à la surface de ses clichés encore chaud, il se rendrait compte avec encore plus de violence, de l'impétuosité de ce vent que les hommes appelaient temps.

Le cadet Ashfield, mais aussi ce bon vieux Raphaël désormais photographié au bras d'une blonde pimpante, cette nouvelle dureté reflétée par les yeux du Sieur Arwed, et tant d'autres qu'il n'avait pas eu le temps de connaître. Mais dont les présences à l'Académie, faisaient mentir les rares souvenirs du lieu que l'ancien Lierre Azur avait conservé.


Et le décès de Vulcain bien sur.

Pour s'empêcher de mâchonner ses lèvres gercées, il avait planté une cigarette au creux de son expression pensive. Et sur cette fumée soufflée par son nez mal ressoudé, agissant comme le miroir accusateur de l'argentique, il imprimait en esprit la dépouille du colosse. Le cliché n'était pas encore arraché à sa pellicule, que déjà il le passait sous divers filtre, sans égard, sans respect pour la noblesse du seigneur. Ni plus, ni moins, que la plus odieuse des dissection mentale.

Parce qu'il était une chose que l'Exilé ne comprenait pas, c'était l'absence de blessures sous le suaire du titan fracassé. Lui même avait été guerrier, et avait arpenté sous la bannière du Dragon, les champs de bataille de la Cité des Neuf. Et avait vu, son lot de héros fracassés, de chairs fracturées. On pouvait réparer les chairs mortes, rendre beauté et dignité à celui qui était tombé, mais il était des marques, des stigmates, qui ne pouvaient s'effacer, surtout lorsque la Magie Noire, faisait sonner ses buccins et pleuvoir ses dards.

 « -Merde. Comment peut on assassiner un prophète... »


Se surprit il à laisser échapper, à l'adresse, d'un nouveau/nouvelle venu dans la maskarade.
Kerry Northwind
 



Messagepar Arwed Asriel » 01 Juin 2016, 23:25

    Le prince endeuillé, aux étoiles voilées, était bien conscient de la présence qui le suivait dans la salle, plus ou moins proche, plus ou moins lointaine, en fonction du moment. Il savait du reste qu'il n'avait nullement à s'en inquiéter, que du contraire : ce n'était pas une funeste ténèbres vengeresse enfantée par quelque noire ventre de l'Onyx, et venue pour semer un peu plus de mort et de tristesse en cette assemblée, mais une ombre protectrice qui, bien que venue des lointaines terres d'Orient, là-bas, aux confins du monde, n'en avait pas moins le cœur pur et droit d'une véritable Opale. En d'autres temps, d'autres lieux, il aurait pu s'offusquer de cette présence silencieuse, plus ou moins fortement, se retourner vers elle, lui sourire, lui proposer un verre, une danse, plutôt que l'austère devoir d'une gardienne en cette nuit où il ne pensait guère en avoir besoin – qu'était-ce que sa mort, à côté de celle du titan céleste ? Mais pas cette nuit, non, pas ce soir, pas en cette occasion. Pas de place pour la légèreté, pour le rire, pour la douce chaleur de l'amitié, le sourire d'une femme. Toutes ces choses là pâlissaient dans l'ombre du géant qui était tombé.

    Il ne dit dont rien à Kaede, la laissa veiller, se consacrer au devoir. N'était-ce pas tout ce qui restait ? Quoique, en un sens, la fille de l'Orient lointain, l'enfant du bord du monde, avait bien de la chance. Elle n'avait pas connu Vulcain, ou si peu ! Elle n'avait pas, brûlant en elle, les centaines de souvenirs, comme autant de lames amères et cruelles, qui venaient maintenant tourmenter l'âme de ceux qui ne l'avaient que trop bien connu. Elle n'avait pas le poids de toutes les années passées, de tout ce que le géant abattu avait donné pour chacun d'eux, pour l'Opale, pour Londres – et pour lui-même, Arwed, bien indigne de tant de bonté. Si la tristesse hantait son cœur cette nuit ce n'était qu'une tristesse par procuration, par empathie, par observation – car même un homme arrivé hier dans la cité aurait pu voir la grandeur de Vulcain, rien qu'en mesurant le fracas de sa chute. Cela devait être bien doux, oui, mais pareille considération n'était pas à la portée du forgeron, hélas. Il portait tout le poids de la vie et de la mort de son cousin, ravivé par l'éclat obscure du Cœur de Nimerya, et rien ne pourrait dans l'immédiat l'en alléger.

    L'étoile tombée du ciel, c'était cela qui l'avait amené à parler, à donner son sombre avertissement. Que certains s'en gaussent, il l'avait prévu, et il ne fit à dire vrai guère attention à ceux-ci. Qu'importait les bouffons, les petits riens qui se croyaient grands par leur impertinence, et n'étaient en fait moins que rien encore, juste des coquilles vides, des ballons d'air chaud ? Ils avaient moins d'importance encore que des moustiques en une telle soirée, certainement, représentaient moins de nuisance encore. Et si l'un d'eux, comme le papillon attiré par la flamme, en venait à défier le pouvoir de la roche céleste, il connaîtrait le même sort, ni plus ni moins. Arwed était trop profondément marqué par le chagrin, par le deuil, en cette nuit obscure, pour se sourcier de pareils crétins. Il ne pensait pas, d'ailleurs, devoir se soucier d'avantage de celle qui, la première, s'était approchée du Cœur. Celle-ci, néanmoins, ne le laissa pas partir et, tel quelque désagréable insecte, s'accrocha en le retenant d'une question inopportune.

    « Quelqu’un a-t-il essayé. »

    Question qui eut le mérite d'arrêté le Nimerys, lequel, sans cela, aurait sans doute abandonné là l'impudente, la laissant face à face avec ses choix. Question stupide, d'ailleurs. Pensait-elle que l'étoile c'était matérialisée toute seule dans cette salle ? Pourquoi pas, après tout, telle était peut-être son idée. Il aurait pu lui répondre, alors qu'elle semblait s'enfoncer dans la contemplation de l'étoile. Il aurait pu simplement la laisser à celle-ci, et lui laisser en même temps l'occasion de trouver elle-même la réponse qui, somme toute, s'imposait par le simple effet de la logique – avec pour elle des conséquences funestes ou non, cela ne regardait qu'elle. Mais une seconde question vient, une question bien plus sombre.

    « Et si quelqu’un essayait. Pas moi. Mais quelqu’un. Quelqu’un qui aurait tué pour Elle.. »

    La suggestion, cette fois, fit se crisper Arwed, et une pulsation, comme une flamme sombre, bouffa sur l'étoile tombée du ciel. Cette petite idiote ne comprenait-elle rien de l'Opale et de ce qu'était la vie ? Ne comprenait-elle rien aux étoiles et aux lointains éclats stellaires ? N'avait-elle nul respect pour le Titan qui était mort, plus grand, dans la mort même, que le petit parasite qu'elle était ne le serait jamais fut-ce dans la vie ? Pendu à son cou, l'éclat de l'étoile brilla d'une lueur plus noire et plus vive, et si la jeune femme scrutait vraiment son visage, elle eut tout le loisir, alors, de voir celui-ci, sous ce sombre éclairage, ce faire froid, à la limite de la rage. N'aurait-ce était le temps et le lieu présent, le respect dû au deuil, et elle aurait pu, elle, être tuée devant le Cœur, au nom du Cœur, qui pulsa d'un sombre éclat.

    « Elle ne risque rien, n’est-ce pas. »

    L'hypocrisie de la question – ou du moins ce qui lui apparaissait comme tel après ce qu'elle venait de dire – ne fit que crisper un peu plus le prince des étoiles, des étoiles bien sombre, en cette nuit. Délibérément, il leva la main et la posa sur le Cœur, qui sembla vibrer à l'unisson d'une pulsation sombre et inquiétante, et l'en retira encore brûlante de quelques flammes obscures, fragments de ténèbres qui s'éternisèrent longtemps sur sa peau.

    « Gardez pour vous vos craintes hypocrites et vos interrogations fielleuse, mademoiselle. Si ce n'était par respect pour l'homme qui gît ici en cette nuit, respect dont vous semblez cruellement manqué, je vous aurai moi-même montré toute la bienveillance du Cœur de Nimerya pour les assassins et les parasites de votre sorte. »

    La voix du chevalier était basse, ne portant pas bien loin, mais emplie d'une colère profonde. D'ordinaire, il aurait pu accueillir avec bienveillance la maladresse aveugle de son interlocutrice, mais cette soirée, une fois encore, n'avait rien d'ordinaire, et parler de sang versé n'était pas la meilleure des idées quand on s'adressait à un homme en deuil.

    « Vous ne comprenez rien au feu stellaire et au cœur, celui du ciel comme ceux des hommes justes. Croyez-vous que l'on achète le droit de toucher ce fragment de ciel au prix du sang versé ? Croyez-vous que c'est par la cruauté et la mort que l'on est élu au rang des purs ? Pour qui nous prenez-vous ? Pour quoi prenez-vous le Cœur ? Ce n'est pas une quelconque relique de la vermine Craft ou quelque obscénité tirée de l'enfer par l'Hydre ! »

    Le jeune homme avança d'un pas vers elle, et son regard n'exprimait aucune douceur, seulement une froide rage. La rage de l'étoile violentée, dépossédée de celui qui savait le mieux entrer en résonance avec elle, la rage du Cœur autant sinon plus que la sienne. Et si Arwed était doux, l'étoile était dure, elle qui ignorait la tendresse des hommes mortels. Dans sa main, la flamme stellaire noire pulsa d'un éclat inquiétant. Perdu dans la lumière du Cœur, ce n'était guère perceptible. Pas de raison pour la salle de se troubler. Pas de raison que l'éclat soit remarqué. Mais pour celle qui était juste en face de lui, évidemment.

    « C'est la pureté, celle du sang, celle du cœur, celle de l'âme, qui lie au trésor stellaire des Nimerys, c'est la volonté aveugle des étoiles qui reconnaît ses élus. Certainement pas quelque sacrifice barbare et obscène que vous pourriez vouloir commettre sur elle. »

    La pureté, oui, tellement connoté. Il se doutait qu'elle ne comprendrait pas, que tous ne comprendraient pas. Ne verraient pas combien une âme pouvait être pure dans la noirceur, dans les ténèbres. Les Nimerys avaient leur part d'ombre, mais il ne lui appartenait pas de l'exposer, pas maintenant. Pas si on ne l'y forçait pas, en tous cas. Ce n'était pas de l'angélisme que professait Arwed pourtant, malgré ce que d'aucuns croiraient sans doute, mais une simple vérité : rare étaient les élus amenés à toucher le Cœur, et il y avait toujours en eux cette forme de pureté, au-delà de la lumière ou des ténèbres, qui tranchait de ce monde boueux où s'ébrouait l'impudente.

    « Tant que vous raisonnerez en terme de sang et de sacrifice, en terme de zéro et de un, de bas marchandages terrestres, vous ne comprendrez jamais les étoiles... mais sachez en tous cas que si vous continuez de proféré de telles paroles dans son ombre, je pourrai vous montrer moi-même à quel point elle est bien protégée. Votre vie n'est rien à côté de celle que vous vous permettez de traîner dans la boue, et si vous insistez, je vous le démontrerai volontiers par l'exemple. »

    Sous la carapace du deuil, la froide rage n'était jamais bien loin, et par ses questions, par sa façon de traiter la mort de Vulcain, l'inconnue risquait bien, si elle insistait de la sorte, de finir par la subir, même si ce n'était pas vraiment contre elle qui la méritait le plus. Raison pour laquelle, d'ailleurs, même si le Coeur insufflait en lui sa colère brûlante, il n'avait rien fait, raison pour laquelle il se détournerait aisément. En cette nuit, après tout, il était bien plus important de rendre hommage au mort que de tenter de redresser les trop nombreuses imperfections des vivants...
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Messagepar Maraltès Volantis » 02 Juin 2016, 01:35

Des ombres étranges avaient obscurci ses rêves. Des vertiges noirs avaient happé ses sens et perverti ses pouvoirs. L’arpenteuse avait senti la mort rôder au cœur de songes profonds, puissants, anciens et lointains qu’elle n’avait pu explorer tant ils étaient vastes. Des éternités blanches qui l’avaient ébloui dès ses premières approches, des nébuleuses de lumières pures égarant ses errances, distordant le temps et l’espace dans des abîmes sans fin, des univers entiers qui l’étourdissaient de vertige, qui la perdait encore et encore. Maraltès avait perçu le monde changer au réveil mais nulle inquiétude ne l’avait troublé. Le sang d’elfe maudit qui coulait dans ses veines n’ouvrait guère d’horizon à l’avenir et elle ne l’avait jamais ignoré.

L’attente n’avait pas été longue avant que les journaux ne relatent l’événement tragique, avant que Londres ne porte à nouveau le deuil noir que sa nature meurtrière ne cessait d’engendrer. La ville linceul avait encore frappé sa propre chair qu’elle tourmentait inlassablement. Un grand homme, un être de paix et de bonté, le dernier pilier céleste qui combattait de sa seule présence la démence perverse du monde humain avait chu. Plus jamais ses rêves n’avaient été les mêmes. Une éclipse effrayante avait obscurci l’inconscience collective, des cauchemars avaient inondé ses dons et meurtris son esprit. Des soifs de pouvoirs dans l’ombre, de sang, d’aliénation. L’insomnie l’avait tiraillée, avait accentué sa solitude et son chagrin.

Alors elle était venue, seule, depuis la mystérieuse disparition de son jeune frère dans les limbes du quartier Saphir. Une robe immaculée, éclatante de blancheur, la tradition de la renaissance des âmes chez les elfes la parait élégamment. Longues membranes de papillons albinos qui s’évasaient en grâce aérienne sur l’oblongs de ses bras fins et murmures de pureté ancestrale coulant sur ses hanches juvéniles. Un joli col ourlé parant la finesse gracile de son cou tandis que sa chevelure en vagues noires contrastait avec le marbre délicat de sa peau de brumes. Un port de reine, un visage à l’arrogance racée sur la toile fraîche de sa splendeur marmoréenne, on s’écarta sur son passage, ouvrant voie libre au cercueil de cristal translucide. Seul un dernier individu lui refusait place, d’une musculature imposante, occupé à faire crépiter les flammes du voyeurisme derrière une lunette de verre, une prunelle artificielle qui débouclait son diaphragme à tout autre œil cupide du monde. Avait-on réellement invité des journalistes ? A pas de frimas, la belle étrangère prit place à ses côtés, une moue boudeuse rosant ses traits de lys.

L’aurore sélénite de son visage s’était levée vers le jeune homme et elle l’avait longtemps contemplée silencieuse, ses vastes prunelles d’éternel enfant s’ouvrant comme un astre noir sur ses traits d’encre burinés de soleil. Oblongue silhouette svelte mais inégale au reporter, les os d’oiseau du dos de sa main touchèrent le bras de l’Ecossais afin d’attirer son attention.

« J’ai rêvé de vous. »

Lui murmura l’elfique arpentine d’une mélodie claire aux irisations lunaires. Un accent des neiges où les consonnes et les voyelles étaient drapées de la même soierie fluide, ses lèvres veloutées ne se rejoignant guère, même pour les sonorités graves et gutturales. Des nuances d’octaves lissées sous les hauteurs harmonieuses des mots britanniques, vestiges du lent langage d’antan où la parole n’avait nulle domination.

« Vous étiez différent mais vos yeux sont les même que dans mes songes. »

Ajouta la Matriarche déchue sans ciller. L’ovale de porcelaine éthéré de son profil altier s’inclinant gracieusement sous le menton de son interlocuteur, cherchant l’axe parfait pour capter la lumière dorée de Nimerya à travers les iris de l’inconnu. Aucun doute possible, il était bien cette incarnation réelle de ses errances oniriques, cette nature qu’une autre avait tant appelé à travers la nuit jusqu’à graver ses souvenirs de plus en plus flous dans les ténèbres de l’Immatériel. Maraltès avait oublié son nom au fil des mois mais ses yeux étaient restés de sombres phares dans la nébulosité de l’inconscience, des lunes de tourbes et de temps qui jamais ne connaissaient d’éclipses, irradiant leur vert d’ombre à travers chacun des mirages qu’elle visitait, anamorphosait. Il avait hanté ses nuits comme il hantait celles d’autres, noué à des obsessions qui n’appartenaient pas à la Perle.

« Quelqu’un vous cherche ardemment dans l’obscurité et cette quête est si vive, si puissante qu’elle fane la trame des rêves autour d’elle comme le feu brûle l'élytre des papillons. »

Doucement, l’aile blanche de ses doigts de givre caressa sa joue hâlée, gorgée de sud lointain et de déserts acides :

« Toute la poussière du monde ne pourra la détourner de vous. »

Un sourire d’innocence poignante et de beauté astrale illumina la ciselure raffinée de l’icône de temps anciens, un horizon lactescent de petites dents fines, parfaitement alignées qui s’adressait seulement à lui. Qui était ce pour avoir suscité tant de colères et d’attentes ? Elle l’ignorait et sa majesté vaporeuse emporta son pas au courant du cortège qui s’étirait vers les reliefs bleutés de l’Académie.
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Messagepar Ellaryain A. Esthèse » 02 Juin 2016, 15:20

Le silence de l'enchanteresse était tenace, tout comme l'avait été cette maladie, tout comme l'était désormais cet ange qui vivait avec elle, en elle. Elle était beaucoup de chose désormais, mais bavarde ne faisait pas partie de son vocabulaire, de plus, elle appréciait vraiment le silence, pourtant, elle savait bien qu'ici peu de gens le respectait réellement. Au lieu de rester dans son coin, elle s'approcha lentement de l'étoile qui semblait doucement l'appeler par sa pulsation. Comme la première fois, seulement désormais, elle ne pourrait plus rien lui montrer, pourtant, c'est avec douceur qu'elle approcha sa main de l'étoile sans pour autant la toucher. Arwed l'avait bien prévenu et même si elle se posait désormais la question parce qu'elle lui avait permit de communiquer avec elle, elle savait aussi qu'elle n'était pas de ceux qui avaient le droit de la toucher. Pourtant, l'étoile malgré son deuil semblait lui réchauffer la main doucement. Elle la sentait, comme une extension de ce qu'elle était, ce cœur, qui pulsait pour deux personnes, se liait à l'étoile pour lui apporter son soutien. À travers sa main, elle sentit le pouvoir de Castiel, l'ange tentait d'aider l'étoile dans son deuil. Ellaryain sourit à cette intention mais fût vite détourner de son but premier par la voix de quelqu'un qu'elle connaissait bien. Elle releva la tête avec douceur, le regardant tranquillement sans pour autant se faire voir. Cela ne faisait pas tant de temps qu'ils avaient finis leur création, pourtant... Elle avait littéralement changer durant ce laps de temps. Et puis, ce n'était pas seulement sa voix qui l'avait fait réagir, mais plutôt l'intonation qu'elle avait pris.

Alors qu'il avait toujours été aimable, malgré ses bourdes et sa façon d'être, jamais elle ne lui avait entendu ces intonations. Le deuil était vécu différemment par tout le monde. Elle-même était révolté, indigné qu'on ait pu vouloir tué un homme bien. Castiel avait raison, l'ombre n'était pas loin, elle étendait son influence depuis trop de temps maintenant et quand elle arriverait à l'opale, qu'est-ce qui se passerait ? Une bien bonne question que celle-là, mais la possédée savait une chose, avec l'aide de Castiel, elle ferait tout pour garder son quartier dans de bonne condition. Hors de question de laisser qui que ce soit exploser ce coin de lumière sans la moindre résistance. Elle n'était plus si faible, elle était bien plus qu'une simple sorcière désormais, bien plus que ce sang noble qui coulait dans ses veines, bien plus que ce son son géniteur voulait faire d'elle. Désormais, elle défendrait bec et ongle son quartier, peu importe ce que cela pourrait lui coûter.

*Beau discours chérie, mais tu devrais te concentrer sur ce qui se passe. Visiblement, le jeune Nimerys est a bout. Peut-être que tu pourrais ?*
*Et tu veux que je fasse quoi, que je lui dise que ce n'est pas bien. Merde, tu as vu la façon dont la fille se comporte. On a l'impression qu'elle s'en fou littéralement que le patriarche ne soit plus là.*
*Ella, va s'il te plaît. Une démonstration de ce que peut faire l'oeil ne pourra que l’endeuiller d'avantage, et puis ton ami est assez lié au cœur pour sentir sa rage. Va le voir...*


Elle se laissa convaincre, pas qu'il ne lui faille grand chose de toute façon, elle avait bien remarqué qu'avec le deuil Arwed n'était pas dans son assiette. Elle se souvenait encore de ce moment où ils avaient parlé de lui, la chaleur dans sa voix, la puissance des sentiments qu'il éprouvait pour Vulcain... Entre ça et la colère du cœur, ça ne pouvait pas faire bon ménage. Elle soupira un instant, pour elle, personne ne la verrait n'est-ce pas ? Personne ne s'occupait d'eux de toute façon. Le tout était de savoir comment l'aborder. Elle l'entendit une nouvelle fois répondre à la jeune femme. Son regard émeraude vint se poser sur lui et elle le vit poser la main sur le cœur. Son cœur rata un battement, le cœur l'avait accepté, elle le savait, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de ressentir une certaine crainte. Elle s'approcha à pas de loup, tranquillement, en essayant de déranger le moins de monde. Elle n'avait toujours pas retiré sa capuche, elle sentait certains regard s'accrocher à elle, mais très peu en vérité et ils se retournaient bien vite. Elle fut proche de lui à la fin de sa tirade et avec une grande douceur, elle vient placer sa main dans celle du jeune homme, la serrant avec une douceur infinie, mettant tout ce qu'elle était dans cet échange. Elle n'aimait pas toucher les gens, pourtant, là, elle n'hésitait pas, pour soutenir son ami, mais aussi tenter de le calmer. Peut-être que ça ne le calmerait pas, il la rejetterais certainement, mais tant pis, il fallait qu'elle tente quelque chose. Elle finit d'avancer pour être à ses côtés, plongeant alors son regard dans les yeux de la demoiselle.

« Seul un idiot en viendrait à poser ce genre de question vous savez ? L'Opale n'offre pas de sang, mais de la vie. Il n'offre pas d'ombre, mais de la lumière. Le cœur est l'Opale. Il est la bonté, la douceur, la gentillesse. Les étoiles sont loin de ce que vous pensez et si quelqu'un tuait pour elle, je crois qu'il serait le premier à subir son courroux. »

Elle serra un peu plus la main d'Arwed qu'elle n'avait pas lâcher. Son discours avait été doux, prévenant, sans laisser transparaître la colère qu'elle pouvait ressentir à demander ce genre de chose. Qui ici, penserait que quelqu'un pourrait tuer le cœur... L'Opale n'était pas une meurtrière, elle était celle qui venait penser les blessures après la bataille. Elle était bienveillante envers tout ceux qui en avait cruellement besoin.

« Il serait bon aussi de se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un endroit pour se quereller mais se recueillir. Si vous n'en avait cure de la mort d'un homme bon, alors retirez-vous, mais ne venez pas troubler ceux qui ont passé un temps immémorable avec eux et dont les souvenirs sont aujourd'hui mis à rude épreuve. S'il vous plaît. »

Toujours tout en politesse. Elle leva ensuite son regard vers l'enchanteur et sa capuche glissa avec douceur, laissant alors voir ses cheveux d'un blanc éclatant qui entourant son regard d'un vert pur. Un sourire aussi doux que la main qui tenait la sienne. Elle tenta de plongea son regard dans celui du jeune homme, comment lui dire ce qu'elle était venu faire. L'aider ? Il trouverait cela débile et elle ne pouvait pas décemment...

« Je suis désolé. Les mots semblent bien creux par rapport aux souvenirs qui doivent être aujourd'hui douloureux. Je sais que rien ne pourra alléger ta peine, et surtout pas ces formules toutes prêtes, mais j'aimerais t'aider si tu me laisses faire. »

Un sourire aussi doux que possible. Elle pouvait l'aider à supporter tout ça, elle le savait parfaitement, le tout était de savoir s'il allait l'accepter. Elle n'était rien d'autre qu'une collègue de travail après tout. Et si leur association avait fonctionné, ça ne voulait pas dire qu'il avait envie de la voir s'insinuer près de lui alors qu'il était si mal. Elle espérant juste qu'il ne prendrait pas ombrage de ce qu'elle avait dit.
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Messagepar Arthur Helders » 04 Juin 2016, 01:43

Il entend des plaintes lentes. Tristes. Et ça le gonfle. Le gave. L'emmerde. Il a l'impression que tout le monde est concentré sur l'Académie. Sur les funérailles. Sur Vulcain et son décès. Il a même vu le gamin Ashfield passer sous ses fenêtres. En costume, comme un petit prince. Ridicule. Il en a souri. En a ri. Il a même failli s'étouffer à cause de sa cigarette. Ne pas s'en remettre. Heureuse coïncidence pour le peintre qui est retourné dans son vieil atelier pour récupérer des affaires. Etonnant qu'il puisse encore y retourner. Que l'Héritier ne soit pas en train de jouer de son foutu instrument. Comme il l'a fait pendant un temps.

Et puis il est parti. Arthur est parti. Sans rien emporter avec lui. Et il a suivi le gamin. Est allé là où il allait. A l'Académie. Sans soucis. Les mains dans les poches et la cigarette au bec. Toujours. Comme d'habitude. Il a même siffloté sur le chemin. Une vieille rengaine entendue dans le bordel Emeraude. Ou celui Perle. Il ne sait plus. Ce n'est pas très important, au fond. Mais il sifflote tout de même. Parce que ça l'amuse. Le distrait. Juste un temps.

Finalement, il y est arrivé. A l'Académie. Là-bas. Il est venu. Par audace. Par respect. Par provocation silencieuse envers le Géant ou par fierté. Pour saluer son ancien professeur ou s'enrouler dans l'arrogance de l'avoir assassiné. Il ne sait pas réellement. Il n'a pas vraiment de raison. Si ce n'est l'ennui de la soirée. Et au pire il n'a pas à se justifier. Même pas auprès de lui-même.

Il pénètre dans la Grande Salle. Et il constate qu'elle n'a pas changé depuis qu'il est parti de l'Académie. Et il observe. Il regarde les présents. Certains sont en costume. Lui non. Il semble faire tache avec son vieux jean usé et son pull informe. Et ça l'amuse. Au fond. Tout comme il pousse la provocation à être encore en train de fumer. La fin d'une cigarette, certes. Il est bientôt au mégot, mais tout de même. Par principe. C'est le geste. L'attitude.

La fumée s'échappe de sa cigarette et de ses lèvres quand il expire. Les mains dans les poches, il reste planté aux portes. Juste un temps. Celui de constater qui est présent. Des anciens professeurs. Des dirigeants. Il a même envie de saluer le môme Ashfield et sa cousine. Juste pour le principe. Pour s'amuser. Des anciens camarades aussi. Des plus jeunes. Des plus vieux. Que d'anciens visages qu'il a croisé une fois. Qui ont attiré ou non son attention. Qu'il a peut-être dessiné dans un de ses nombreux carnets qu'il a eu durant sa scolarité. De ceux qu'il a brûlé pour tout oublier après. Comme de vagues souvenirs dont il ne veut plus avoir de preuves. Il n'a rien gardé. Rien. Sauf peut-être quelques pages, mais celles sur lesquelles demeurent les faciès qui l'ont marqué. Troublé. Qui ont tendance à le hanter encore, certaines nuits où il ne parvient pas à dormir. Des visages dont, parfois, il se met en quête comme un perdu. Ou qu'il imagine aujourd'hui.

Comme celui de Serena. Eplorée, la veuve Nimerys. Ca le fait rire. Il en ricane de la voir ainsi. En larmes, celle qu'il a toujours vu comme une femme inaccessible. De glace. Toujours à part, qui n'a jamais appartenu à cet univers. Cet endroit. Qu'elle paraît... humaine, en cet instant, à Arthur. Si humaine, si naturelle. Banale. Pitoyable, aussi. Pitoyable d'être ainsi accablée. En pleurs. Attachée à son époux. A un Homme. C'est une chose que le peintre ne comprend pas vraiment, en fait. Lui qui a toujours voulu garder de la distance avec autrui. Qui ne le peut plus vraiment, aussi, il faut dire. Mais il l'a toujours voulu. Il a fini par vouloir, en tout cas. Et il la trouve risible, cette Etoile, à pleurer la mort de son Géant. De cet être aimé. De ne pas pouvoir vivre sans l'autre. Alors non, il ne comprend pas. Pas vraiment. Mais ça le prend en pitié. L'amuse. Il en viendrait presque à aller voir la veuve et lui tapoter le dos. Pour simuler une certaine compassion. Faire mine qu'il comprend sa douleur. Alors que ça lui passe complètement au-dessus de la tête. Qu'il s'en fiche. Du moment qu'elle ne se met pas à couiner à force de pleurer.

Comment peut-on assassiner un prophète, entend-il. Comment. Le Photographe se pose la question ; et le Peintre a la réponse. En l'empoisonnant. En le droguant. En en lui enfonçant une épée jusqu'à la garde dans le thorax. Le tout en le regardant. En le fixant. Sans jamais le quitter des yeux, entre l'instant où il a levé son épée et celui où elle a disparu d'entre ses doigts.

– Peut-être l'a-t-il vu venir. Et peut-être s'est-il laissé faire.

A-t-il répondu à voix haute. Non loin d'eux. De ce reporter et de celle à ses côtés. Il le fixe lui. Puis elle. Et s'éloigne, juste avec cette réponse derrière lui. En un sens, Arthur n'a pas tort. Il le pense. Car peut-être qu'il ne serait jamais parvenu à assassiner Vulcain sans l'aide de Moloch. Lui qui l'a empoisonné avec cette drogue qu'il lui a fait boire à son insu. Mais le mystère demeurait. Comment le Géant n'a-t-il pas vu venir son assassinat restait une énigme. Une question sans réponse. Alors peut-être que la vision de sa mort est venue à lui, et qu'il n'a rien voulu faire. Parce qu'il était fatigué de son existence. Ou alors il ne méritait plus ce surnom de Prophète dont on l'a affublé, car les visions ne se dévoilaient plus à lui.

Il est parti. Il s'est éloigné. Il en a même semé sa cigarette, là, comme ça, sur le sol de la Grande Salle. Sans l'écraser. Sans la ramasser. Sans la jeter. Pour rejoindre le trio qui s'est formé. Toujours cette attitude nonchalante. Qui ne se soucie de rien. Juste, se distraire un peu. Egayer une soirée beaucoup trop morose à son goût. Et tellement barbante.

– Vous pourriez vous taire, et respecter le défunt au lieu de vous chamailler comme des gosses.

Et il est reparti. Comme il est venu. Comme il l'a fait avec les deux autres juste avant. Et il continue. De faire son tour. De regarder. D'avoir un mot pour certain. Pour ceux qui attirent son attention. Juste le temps de rejoindre ce coin où il observe. Où il regarde. Ceux qui sont venus se recueillir. Qui conversent. Qui dansent. Ou qui viennent remplir leur verre vide de l'alcool mis à disposition, à côté duquel Arthur se tient. Sans jamais s'approcher de la dépouille de Vulcain. Sans jamais faire un pas en direction du cadavre. Comme la peur de tout éclater. D'entrer en transe et de gueuler qu'il est le responsable. Même celle de voir le Géant s'éveiller et le tuer pour se venger. Pour lui faire payer ce qu'il lui a fait subir.
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Messagepar Thornielle n'ha Roussia » 04 Juin 2016, 22:41

Un jour Sombre, une nuit Funèbre. En cette soirée particulière, empreinte de peine et de souffrance, de colère et d’incompréhension, tu chemines près du cortège solennel emmenant le Patriarche Nimerys. Silencieuse, recueillie, tu observes pourtant les visages présents à tes côtés, anonymes comme familiers, jeunes et anciens. Tous marquent le chagrin, le respect pour le défunt que l’on pensait intouchable. Mais tu sais que pour quelques uns, ce n’est qu’un masque feint. Que certains s’en réjouissent car cela annonce une ère de chaos et d’obscurité. Vêtue d’une robe sombre de circonstance, l’une des rares affaires emportées lors de ton départ de la demeure familiale, tu as tout de même ceint tes reins de tes poignards, l’un sertis d’une Opale, le second d’une Améthyste. Ton pendentif de caducée repose sagement contre ta peau, sous le col droit et haut de ta tenue, une expression neutre et réservée peigne tes traits. Il n’était pas le Directeur de ta Maison à l’Académie, mais tu sais qu’il était un grand homme, respecté par beaucoup, aimé par sa Faction. Qu’un tel acte ait pu avoir lieu t’as pas mal secoué alors que silencieuse, tu demeures un eu en retrait durant la veillée, quand toutes et tous attendent que les nuages facétieux s’en aillent, laissant aux étoiles la préséance pour rendre hommage de leur clarté au Seigneur d’Opale. Alors que tous convergent vers l’Académie reconvertie, tu leur engages le pas, ne sachant trop quoi faire, qui aller voir…

Bien que ne faisant pas partie de cette Faction éplorée, ou du moins pas totalement, tu t’y sens pourtant à l’aise, comme chez toi, quand tu vas y poser les pieds au gré de tes pérégrinations. Ton sang est en partie lié à cette Faction lumineuse, et ton besoin d’aider autrui, de secourir ceux le nécessitant ou n’en ayant simplement pas les moyens dans cette ville dangereuse et impitoyable te viens de cette lignée maternelle Opaline. Tu ne peux pas ne rien ressentir, et ton cœur saigne de cette douleur partagée. Tu n’es pas empathique, ou du moins, tu n’en as pas le don, mais bien souvent, tu ressens la douleur des autres comme si elle était tienne. Les douleurs que tu soignes, tu peux les imaginer avec précision, et cela te permet de trouver les mots justes, la force de toujours continuer ces actions auprès des plus démunis. Ton sang Améthyste, toutefois, appelle à la justice, appelle à découvrir qui est cet individu ayant commis un tel acte. Tu aimerais trouver des réponses, dans un futur proche, bien que n’étant pas enquêtrice, ce n’est pas ta vocation. Mais rien ne te retiendra de laisser tes oreilles traîner pour entendre des bribes de rumeurs ou autres, à l’occasion. La curiosité est certes un vilain défaut, apportant son lot d’ennuis, mais il t’a souvent permis d’apprendre pas mal de choses. L’œil aux aguets, tu t’en vas sur ces pensées contradictoires et un brin lugubres jusqu’aux tables à disposition, revenant auprès de tes deux compagnes, tes sœurs de cœur à défaut de sang, bien plus proche de toi que ceux dont tu as rejeté le patronyme avec trois coupes de vin, portant un toast silencieux et respectueux.

Esméralda et Roussia à tes côtés, tu demeures vigilante, par réflexe, alors que tu jette un regard curieux et distant sur cette foule attroupée. Tu reconnais des visages, comme ceux des Ravenwood, justement. Tes parents et tes frères, venus saluer le Patriarche dans son dernier voyage. Mais bien vite, tu détournes le regard, avant qu’aucun ne te remarques, ne voulant leur en faire l’affront, ou bien qu’ils cherchent à encore médire sur tes choix et ta volonté. Tu les as reniés avant qu’ils ne le fassent, et même si tu referais ce choix, il ne s’est pas fait sans douleur, et encore maintenant, il t’arrive de regretter qu’il n’en ait pas été autrement alors. Mais aucuns n’en saura rien. Murmurant avec tes sœurs de cœur, tu partages la douleur et les interrogations, tu sens les temps de troubles arriver. Il faudra être sur ses gardes rapidement, pour ne pas se laisser prendre au dépourvu. Au centre de la Grande Salle, l’astre pleure son compagnon de route. Le Cœur pulse d’une obscurité étrange, bouleversante, qui semble prendre écho dans le cœur des hommes et femmes présents, elle semble s’en nourrir, et les nourrir en un échange qui t’échappe. Ton regard ne peut s’en détacher vraiment, papillonne pour mieux s’y ancrer, comme attirer par ce que tu en perçois. Pourtant, tu ne t’approches pas, restant à ta place, entendant les mises en gardes du jeune Nimerys veillant sur le Cœur endeuillé. Tu perçois quelques échanges parmi ceux osant discuter durant ces moments de recueillement où tout est assourdi, les paroles dites ne le sont que d’une voix basse, un murmure pour certains, en respect pour ces heures assombries et douloureuses de la veillée.
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Messagepar Caithleen » 06 Juin 2016, 13:26

«C’est impossible.»

Telles avaient été les paroles de la demoiselle lorsqu’on lui avait annoncé la nouvelle du passage de vie à trépas de son Patriarche. L’Opale toute entière, sa faction d’adoption, était orpheline. Pire encore, elle nageait dans l’incompréhension, l’amertume et la fureur. Car loin d’être parti avec dignité, de sa belle mort, le patriarche avait été lâchement assassiné. Lui, un géant de puissance et de droiture, pris par la lame froide d’un vulgaire sicaire. Même la calme et douce Caithleen en éprouvait une fureur alors inconnue à ses sens. Elle était atterrée... Comment un tel événement avait-il pu se produire? Et pourquoi son stupide don d’oracle, qui se plaisait pourtant à lui échapper et à l’emmener ici et là sans but, ne l’avait-il pas aiguillée vers cet événement? Pourquoi ne l’avait-elle pas prédit, évité..? Avec un soupir, elle chassa la culpabilité, se résigna. Les voies du destin étaient impénétrables. Ce qui s’était passé devait se produire, ainsi étaient les choses. Elle espérait juste, avec une férocité rare, que celui qui avait commis l’atrocité ne resterai pas indemne. Oh, elle avait essayé de voir la scène. Mais son esprit la protégeait d’une telle horreur, refusant de lui montrer quelque chose qui n’aurait pas manqué de la rendre à demi folle. Enfin, plus qu’elle ne l’était déjà, songea-t-elle avec un ricanement ironique.

Vulcain, fabuleux paladin, mais aussi érudit et prophète de légende, n’était plus.

Et maintenant était le temps de rendre les hommages. Tous ceux que la mort du souverain d’Opale touchait, peu importe leur ascendance, étaient conviés à lui rendre un dernier hommage, et à présenter leurs condoléances à sa veuve. La belle Séréna, fragment d’étoile luisant tristement en ces temps troublés.

Pour la première fois revêtue de noir, Caithleen avait tenu à se rendre à cette célébration d’adieu. Sa frêle silhouette paraissait encore plus mince qu’à son habitude, ainsi revêtue de velours et de dentelle noire couvrant sagement ses bras et sa poitrine, dévoilant à peine son cou. Elle avait également noué ses cheveux en un chignon bas, en recouvrant le halo argenté, incongru dans cette ambiance, par une mantille de dentelle noire couvrant son visage et voilant son scintillant regard opalin. La courtisane était bien terne, mais elle ne souhaitait pas briller. Elle voulait juste se fondre tranquillement dans la foule et y noyer son chagrin. Rendre hommage au géant. Enfouir avec ce deuil le souvenir où l'oracle était venu la trouver et l'étreindre le temps d'une nuit. Ce secret s'éteindrait, et la mémoire de Vulcain ne serait pas ternie. Il resterai à jamais droit et fidèle dans les esprits.

Serra d’une main incertaine le pommeau de sa cane, elle se frayait tant bien que mal un chemin dans la foule éplorée. La noirceur qui l’entourait lui paraissait encore plus opaque que d’habitude, telle une chape d’encre liquide et lourde autour d’elle. Et elle ressentait le chagrin de l’étoile des Nimerys peser sur l’assemblée sans même la voir. Elle qui avait toujours souhaité voir pour de vrai le cœur stellaire songea avec amertume qu’elle était bien contente d’en être aujourd’hui. Elle ne souhaitait pas le voir dans la déchéance du deuil.

Soudain, non loin de Nimerya, elle entendit une voix bien familière, lui apportant le soulagement d’un point d’ancrage dans cette foule inconnue. Bien que la voix du jeune homme n’aie pas la douceur et le miel qu’elle lui connaissait, mais à quoi d’autre aurait-elle pu s’attendre en ces heures douloureuses...? Elle savait l’importance que le Patriarche avait eut pour le jeune homme. Et elle savait à quel point aussi Nimerya était précieuse pour lui. Inconscient celui ou celle qui osait la ternir.

Partout autour, elle sentait bien des dessins. Des alliances politiques ou plus sombre qui profitaient de ces temps troublés pour se faire et se défaire...

Patiente, elle laissa la rage s’écouler, ne prêtant qu’une oreille distrait aux mots d’Arwed. Il lui semblait qu’il était accompagné... Par une présence féminine, droite sous le devoir. Une garde du corps? Et puis alors que ses pas hésitaient à la rapprocher de lui, une autre voix, familière elle aussi se fit entendre, apaisante. Elle esquissa un sourire, même si elle aurait souhaité revoir Ellaryain dans d’autres circonstances...

Se fondant discrètement dans le petit groupe, entre Kaede et l’enchanteresse, sa main fine trouva avec une précision déconcertante, comme à son habitude, celle d’Arwed. Saluant d’un geste respectueux les deux damoiselles, elle reporta son attention sur le Nimerys.

- C’est bien peu de choses, mais mon aide t’est elle aussi acquise, Arwed.


La serrant un instant dans la sienne, elle relâcha sa main avant de baisser respectueusement les yeux, bien consciente de son statut en ces lieux, et savait qu’elle avait déjà outrepassé sa place. Bien que la relation du jeune homme avec la Courtisane d’Opale soit plus ou moins connue, elle ne souhaitait pas se montrer inconvenante.

- Je n’ai rien vu... J’ai essayé, tant essayé...


Elle serra de toute ses forces son catalyseur dans sa main, sa voix tremblant un instant. Elle, l’Oracle pourtant habituellement si douée, était réduite au silence, réellement aveugle cette fois ci.
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Messagepar Silence Silverward » 07 Juin 2016, 20:43

Quoique Silence Silverward s’efforçât d’afficher une mine aussi neutre que possible pendant la harangue du Prince aux étoiles, son regard trop intense s’attardait sur l’endroit précis où la paume avait touché l’orbe. Quelque chose y flottait – impression ? mirage ? – ou vibrait, comme les ronds d’un galet jeté dans l’eau.
Pas impressionnée par la colère du fils des cieux ? Si fait. Un frisson de peur électrisait son esprit, délicat, familier, un genre de vieil ami qui se pointerait à l’improviste lorsqu’elle ne l’attendait pas. Oui, l’Éclat de Nimerya renfermait une puissance terrifiante ; et d’une certaine façon, il y avait quelque chose d’enivrant à se trouver tirée au bord de cet abîme. Quant au mépris suintant des mots d’Opale, il coulait sur sa peau comme l’eau sur les plumes d’un canard. Ses années académiques l’avaient galvanisée – au sens propre ; et le peu de considération des autres ne lui faisait plus ni chaud, ni froid. Les opinions n’avaient guère d’importance. Elle n’avait guère d’importance. Lui non plus. Le savoir, seulement, et tous ses objets.

Ainsi, plus qu’un don unique, propre au seul Vulcain Nimerys, il y avait bien une certaine propriété de magie capable d’entrer en résonance avec l’Étoile. Comme un fil. Une fréquence. Le sang la pouvait transmettre ; mais peut-être d’autres vecteurs ? Et elle sourdait de l’Éclat comme un réseau d’énergie stellaire qui plongeait ses racines jusque dans l’esprit de certains hommes, comme une main à mille doigts, suffisamment puissante pour y instiller ses émotions alien. Car c’était Elle, bien sûr, qui régnait sur cette symbiose. Elle, la merveille d’outre-monde.

Au mot de « pureté », elle dirigea le regard sur le consanguin des maîtres de l’Opale. Son mépris pour les reliques d’autres lignées n’en révélait que trop sur son compte : Arwed le vertueux, en fin de compte, était aussi égocentrique que les autres. La fille Silverward ne s’en étonna guère. Elle envisagea de faire valoir que la magie céleste n’avaient pas l’apanage du pur ; puis elle se ravisa. Que la pureté fût une propriété chimique, alchimique, des choses sans mélange, loin au-delà du bon et du mauvais, de la honte ou de la gloire, ou même simplement d’une « branche » de magie définie - pour peu que ce genre de chose existât pour une autre raison que l’impuissance des hommes à maîtriser autre chose qu’une miette d’énergie… Non, cette idée n’effleurerait sans doute jamais le petit prince.
Par un curieux effet de miroir, elle décida alors qu’il ne comprenait rien à ce qu’il disait. Arwed Nimerys, favori des midinettes, ne pouvait appeler « pureté » que ces fadaises pour plumitifs romantiques : beauté de l’âme, douceur angélique, etc., etc. Elle, elle avait mieux.

Un gouffre de réflexion s’ouvrait dans son crâne. Vite, une plume ! écrire, écrire tout cela. Peser les implications, excaver les antiques études de Wesner, fouiller l’Ars ultima à la recherche d’échos... La soif inextinguible de creuser jusqu’aux principes de la magie astrale lui tiraillait la gorge.
« Vous ne comprendrez jamais les étoiles », conclut le champion des anges, comme une réponse, ou une provocation.
Silence Silverward dirigea un regard lourd de tristesse vers l’orbe furieuse. Le défunt patriarche eût été la plus précieuse source d’information. À lui, elle aurait pu demander : « expliquez-moi » et espérer une vraie réponse – si toutefois il avait accepté de la lui donner, mais c’était déjà autre chose. Au moins, il en aurait été amplement capable. Oui… c’était une grande, terrible perte.

Le Prince s'était tu. Ne restait qu’à prendre toute sa tirade pour un « oui, l’Étoile est en sûreté », et battre en retraite. La jeune femme était sur le point de mettre fin à la conversation, quand la garde rapprochée du beau prince jugea bon de voler au secours de son précieux bellâtre. En une poignée de secondes, des harpies tout sucre, tout miel – des groupies, en somme – avaient fondu sur elle pour défendre leur chevalier endeuillé contre la lie, l’idiote, la moins-que-rien dont on ne connaissait même pas le nom, et qui osait le menacer de… attendez. Qui menaçait qui, déjà ?
Si Silence n’avait pas été Silverward, elle eut levé les yeux au ciel. Le savoureux couplet sur l’Opale de bonté, récité juste au pied de l’Étoile noire, sur fond d’astres qui explosent, manqua même lui arracher une réplique acide. Au lieu de cela, fidèle à son éducation, elle inclina poliment le buste à l’attention du beau monde, et répondit doucement :

- Je souhaite que vous ayez raison, Seigneur Nimerys.

Et c’était vrai. Mais, sincèrement ? Elle ne croyait pas l’astre en sécurité, surtout dans cet état de douleur.
Puis elle se retira de la querelle si involontairement lancée, à reculons, dans l’indifférence des protectrices du prince. Il n’y avait plus rien à tirer de ce côté-là. En vérité, elle avait mal joué : davantage de tact n’eût pas nui, elle le voyait fort bien – et qu’Arwed Nimerys n’était à cette heure, comme l’avaient senti ses sauveresses amies, qu’une boule de douleur pleurant son regretté parent. Lui faire valoir ses craintes de cette manière avait été une terrible erreur de jugement. Dommage. Foutues émotions, qui rendent les hommes si hermétiques à la pensée…

Au moment de se retourner, elle manqua bousculer une femme au visage élégant, lisse comme une lame, où s’enchâssaient deux yeux d’un noir de jais. Elle évita de justesse la collision, d’un réflexe du buste qui frôlait le défi aux lois de la gravité ; puis s’excusa avec grâce.

- Mes excuses, ma dame.

Alors seulement, elle repéra ses doigts élégants qui étranglaient les poignées de deux lames. Diantre. Elle suscitait donc ce genre d’inquiétude ? Plus habituée à vivre les cauchemars qu’à en être un, elle s’en trouva presque flattée. Dans un deuxième temps, elle en conçut un certain soulagement concernant la protection de l’Éclat. S’il devait être menacé ce soir, au moins y aura-t-il une première ligne pour le défendre… et tout ne tournerait pas directement à l’Apocalypse. Bonne nouvelle, n’est-ce pas ?
Et de poursuivre son chemin.
Silence Silverward
 



Messagepar Arès Vasilios » 08 Juin 2016, 17:05

Il se demandait encore ce qu'il foutait là, la clope au bec, à regarder un à un ces putains de nobles qui se pavanaient même lors de ce foutu enterrement. Même lorsqu'ils ne fêtaient pas, ils semblaient tous aussi exécrable les uns que les autres. Ce qu'il aurait aimer les encastrer dans un mur à coup de poings enflammés rien que pour qu'ils arrêtent de péter plus haut que leur cul. Mais à vrai dire, il n'était pas là pour ça et même si l'idée était tentante, il avait d'autre chat à fouetter ce soir. Tirant une bouffée de fumée sur ça cigarette, il observa les alentours de son regard clair, voulant trouver ce qui l'avait attiré ce soir là jusqu'à dans l'antre du géant endormis. Il ne l'avait jamais connu et à vrai dire, l'Opale, c'était pas ce qu'il l'attirait le plus. Non, lui était plus du genre sauvage, comme l'Onyx avec parfois des envies aussi sombres que celle de l'Ambre.

Un insoumis, une panthère indomptable aux envies sombres avec un caractère des plus enflammés. L'Onyx lui correspondait parfaitement, même si parfois, son putain de côté gentil latent reprenait le dessus. Comme avec cette courtisane de l'Opale qui l'avait charmé. Depuis cette foutue soirée chez les Rubis qui avait virer au drame après un petit cadeau empoisonné de l'IRA. Il l'avait revue mainte fois, à tel point qu'il connaissait son corps aussi mieux que le sien. Elle lui avait demander de rester auprès d'elle, bordel ! Jamais on ne lui avait demandé ça auparavant et depuis cette nuit là, ils étaient devenus des amants. Des amants maudits. L'une de l'Opale, l'autre de l'Onyx. Un putain de drôle de tableau, il avait l'impression d'être dans l'un de ses saletés de bouquin dramatique, un vrai cliché ambulant. Roméo et sa putain.

Un rire lui échappa à cette pensée, qui aurait-cru qu'il viendrais ramener son derrière ici et ce juste pour voir ses beaux yeux qui l'avait illuminé lors de ces nuits tentatrices passé à l'Opale. Lui même se surprenait, parce qu'en réalité, l'enterrement, il n'en avait rien à faire. Il avait tellement bouffé de morts tout au long de sa chienne de vie, qu'un de plus ou de moins, ça ne lui faisait rien. Et par ailleurs, une morte avait réapparue il y a peu, sous ses yeux, alors que ses pas l'avait mené jusqu'à l'Ambre, dans une de ses soirées qui finissent toujours en orgie démentielle. Elle lui avait fait à nouveau tourner la tête comme un pauvre chien inapte à retenir ses émotions. Depuis peu de temps, il avait l'impression de s'être ramollir et que son petit coeur de guimauve battait à la simple vue de sa magnifique soeur.

Un petit coeur de guimauve, hein ? Il allait s'empresser de le faire fondre aussi vite, ce putain de chamallow ambulant. Merde, qu'est-ce qu'il lui prenait alors ? Il devait sûrement avoir attraper une maladie ou un truc du genre, lui qui avait joué avec ses amantes et ses femmes qui lui avait tourner autour lorsqu'il était arrivé ici, il avait l'impression de s'être bien fait berné. Par toute autant qu'elles étaient. Cassiopée, Caithleen. Elle lui bouffait la cervelle et il se laissait faire, bien trop docile, beaucoup trop laxiste. Son poing se serra entre sa cigarette à cette pensée, lui qui était un élémentaire du feu ne craignait pas la chaleur et la dite cigarette partis bien rapidement en fumée, alors que ses sourcils se fronçaient, ses pensées éparpillés aux quatre coin de sa foutue cervelle qui bientôt allait prendre feu elle aussi si ça continuait.

Pourquoi il se prenait tant la tête au juste ? Elles, devaient juste rire de l'avoir bien eût pendant ce temps là, préparant machiavéliquement leur petit plan pour mener à bien une nouvelle stratégie séductrice et tentatrice auquel il succomberait sûrement à nouveau. S'il avait bien un point faible, c'étaient elles. Elles lui embrumait l'esprit, le conditionnant presque à un état de compote fondante. Merde, il se comparait même à de la bouffe ! Pour dire qu'il était bien entrain de perdre complètement les pédales !

Il n'aurait jamais du venir ici, à quémander comme un chien errant les attentions d'une femme qui à ce moment là, semblait serrait avec beaucoup d'empathie la main d'un autre. Le regard d'Arès se fit plus insistant sur l'homme qu'elle touchait à ce moment là. C'était qui ce guignol ? Vêtu dans un costume d'apparat noir, celui là avait bien l'air d'être une foutue guimauve noir, avec sa gueule de mignon, ses cheveux impeccablement coiffé et son sourire à la colgate. Il avait l'impression de voir un reflet de lui si la famille Vasilios aurait survécu et qu'aujourd'hui elle serait encore plus influente qu'elle l'avait été dans le passé. Lui aussi aurait été comme ça, avec une nuée de femme tour autour de lui, comme des abeilles qui se partagent un pot de miel.

Mais ce n'était pas ça le plus dérangeant, ce qui le fit sortir de ses gonds, c'est le fait que Caithleen semblait bien trop proche de lui à son goût. Et merde, pourquoi est-ce qu'il ressentais cet élan de jalousie envers ce bonhomme ? Il s'imaginait déjà des images toutes aussi tordues les unes que les autres, lui et Caith, dans un lit. Aurait-il pu seulement la faire crier comme il l'avait fait ? Enflammé son corps contre le sien jusqu'à ce qu'elle en perdre son propre esprit ? Non, il n'y avait que lui qui était capable de faire ça.

Alors son corps parla pour lui même et en quelques enjambées, il ne tarda pas à rejoindre la belle d'Opale, attrapant brusquement son poignet fin entre sa grosse paluche.

- Salut ma beauté, t'ma pas oublié j'espère, hein ?, fit-il avec un grand sourire qui se voulait à la fois enjôleur et narquois pour son voisin le beau gosse.
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Messagepar Arwed Asriel » 08 Juin 2016, 21:55

    Elle n'avait pas compris, bien entendu. Personne ne comprenait jamais toute la nuance que la pureté pouvait recouvrir dans le cœur des Opales, dans l'âme des Nimerys, qui pouvait être si lumineuse – ou si sombre. Il s'y était attendu, mais bien entendu, elle n'avait pu le savoir. Et lui, de même, ne pu voir son incompréhension, ne pu discerner ses réflexions. Ah, que les hommes auraient pu être plus clairvoyant, si chacun avait pu sonder le cœur, les pensées, les intentions de l'autre, et non seulement se contenter des mots exprimés. Certains sorciers, bien sûr, savaient passer outre ce problème, sonder les émotions, quand ce n'était pas directement l'esprit, de celui qui leur faisait face. Mais, hélas, pour ceux qui n'avaient pas ce don – et ce n'était pas là une faveur qu'aurait voulu posséder le prince céleste – ils n'étaient pas, sur ce point, différents de simples humains tâtonnant dans la nuit. Et ainsi Silence et Arwed se manquèrent-ils, se croisant sans vraiment ne fut-ce que s'effleurer, chacun convaincu que l'autre était trop aveugle pour voir la nuance – et chacun, du reste, imaginant une nuance bien différente.

    Du reste, les deux jeunes gens n'eurent guère le temps de se comprendre, à supposé qu'ils l'aient pu et voulu, ce qui était fort incertain, vu les circonstances présentes. Mais quoi qu'il en soit, une autre danseuse vint interférer dans cette danse, sous la forme d'une main qui vint saisir celle du jeune prince, une main féminine qui le prit par surprise et le fit légèrement sursauté. Il ne retira pas ladite main, toutefois, étrangement réconforté par la douceur du contact – toute douceur n'était-elle pas réconfort, quand on avait sombré si loin dans la peine ? – mais surtout surpris, n'identifiait pas tout de suite, sous le voile de la capuche, qui était cette jeune femme qui, du reste, ne tarda guère à prendre la parole avec énergie.

    « Seul un idiot en viendrait à poser ce genre de question vous savez ? L'Opale n'offre pas de sang, mais de la vie. Il n'offre pas d'ombre, mais de la lumière. Le cœur est l'Opale. Il est la bonté, la douceur, la gentillesse. Les étoiles sont loin de ce que vous pensez et si quelqu'un tuait pour elle, je crois qu'il serait le premier à subir son courroux. »

    Il reconnu la voix, sans trop y croire toutefois, peut-être plus surpris encore. Était-ce bien la douce Ellaryain qui lui saisissait ainsi la main, qui défiait l'impudente ? Il était surpris, oui, mais en même temps – elle ne pouvait le voir, le capuchon masquant aussi en partie sa vue, qui devait de toute façon se concentrer sur l'inconnue – mais un léger sourire amer apparu sur le visage du Prince à ses paroles. Oh, comme ses illusions étaient douces ! La bonté, la douceur, la gentillesse... toutes ces choses étaient humaines, et en cette heure, lui qui connaissait si bien le Cœur savait qu'il n'en renfermait aucune. Le Cœur brûlait de colère, sourdait de tristesse, se consumait d'un noir chagrin, mais n'avait pas de place pour la bonté ou la tendresse. Il pulsait d'ombre bien plus que de lumière, ou plutôt d'une lumière d'ombre qui elle-même rendait bien peu justice aux idéaux de l'enchanteresse. Il n'en dit rien, pourtant, pas plus qu'il n'avait essayé de dissiper les illusions que ses auditeurs pouvaient se faire sur la pureté.

    Il ne lui appartenait pas d'exposer tout cela, et l'Opale n'en avait guère besoin. Qu'elle garde ses idéaux de lumière et de pureté, oh, par toutes les étoiles, qu'elle les conserve ! Cela lui serait précieux, sans doute. Et quel bonheur, de toute façon, que de ne pas savoir l'ombre qui naissait de toute lumière, que de ne pas comprendre, avec tant d'intimité, que les étoiles, en définitive, n'avaient jamais vraiment la même coloration, même en leur Cœur, que ne pouvait l'avoir le cœur des hommes...

    « Il serait bon aussi de se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un endroit pour se quereller mais se recueillir. Si vous n'en avait cure de la mort d'un homme bon, alors retirez-vous, mais ne venez pas troubler ceux qui ont passé un temps immémorable avec eux et dont les souvenirs sont aujourd'hui mis à rude épreuve. S'il vous plaît. »

    Une évidence qu'elle faisait bien de souligner, sans doute, vu que la jeune femme semblait ne pas la percevoir – même si on aurait dû pouvoir l'attendre de quiconque, en cette soirée. Le sourire d'Arwed se fit plus doux, et il repoussa ses sombres pensées... pour être plus surpris encore quand la jeune femme rabattit son capuchon et révéla son visage, ainsi que ses cheveux, blanchis par quelque grâce stellaire. Cela faisait peu de temps qu'il ne l'avait plus vue, et pourtant elle semblait avoir déjà subit de très profonds changements...

    « Je suis désolé. Les mots semblent bien creux par rapport aux souvenirs qui doivent être aujourd'hui douloureux. Je sais que rien ne pourra alléger ta peine, et surtout pas ces formules toutes prêtes, mais j'aimerais t'aider si tu me laisses faire. »

    De l'aide... quelle aide valait en de tels temps ? Arwed n'aurait su le dire, mais il eut un léger sourire, pâle fantôme de celui qu'il aurait pu adressé d'ordinaire à la jeune femme, sans doute, mais néanmoins sincère. La douceur en soit était une forme de réconfort, après tout, et il était bon de savoir que tous en ces lieux n'étaient pas aussi froids que l'inconnue qui avait allumée sa rage. Pourtant, il le savait aussi, aucune condoléance ne pourrait alléger sa peine, si sincère soit-elle, mais avant qu'il ait pu se décider ou non à le lui dire, une autre main, plus douce, vint se glisser dans la sienne, en un geste plus tendre que celui d'Ella. Elle avait été toute de soutient, mais ce contact-ci se voulait plutôt doux, consolateur – quoique l'un et l'autre semblent bien vain, en cet instant.

    « C’est bien peu de choses, mais mon aide t’est elle aussi acquise, Arwed. »


    C'était Caithleen, la douce et pâle Caithleen, dont la beauté semblait étrangement nimbée, ainsi, à la lueur du Cœur. Alors qu'elle levait vers lui ses yeux aveugles, et pourtant si beaux, il les trouva, reflétant cette même lumière céleste, à la fois plus magnifiques et plus tristes que jamais, véritables miroirs, sans qu'elle ne puisse rien en savoir, de l'étoile elle-même, autant que de l'âme d'Arwed, en cet instant. Il y avait quelque chose d'unique, à la fois déchirant et réconfortant, dans cette vision, et bien que ce soit une saveur douce-amère, il ressentit une point de déception lorsqu'elle baissa les yeux.

    « Je n’ai rien vu... J’ai essayé, tant essayé... »

    La culpabilité de l'oracle, bien sûr, toujours. En douceur, il lui sourit – elle ne pouvait pas le voir, mais peut-être pouvait-elle le sentir – et, doucement, il lui prit la main à son tour. Pour elle, la douce présente réconfortante, qui savait si bien se faire le miroir des étoiles, il restait encore une parcelle douceur – ô, si peu ! Assez toutefois pour, portant sa main à ses lèvres, y poser doucement un baiser, un baiser doux, comme la caresse d'un ange.

    « Ne culpabilise pas, Caithleen. Si le plus grand oracle de Magicopolis n'a pu prévoir et éviter sa propre fin, nul autre voyant n'aurait pu l'en avertir. Il n'y a rien a regretter, hélas. Quant à ton aide elle serait bienvenue... mais je pense qu'un de tes clients te réclame. »

    En effet, au même moment, un guignol arrivait à grandes enjambées. Arwed le jaugea d'un regard, vi toute son incapacité à respecter le deuil d'autrui – mais n'aurait-il pas réclamé à corps et à cris ce respect, si ça avait été son propre deuil ? – incapable de rien comprendre de ce qui se tissait ici. Cela n'avait rien avoir avec le mépris d'un seigneur pour un serf, car Arwed pouvait respecter même les simples humains, mais plutôt celui d'un homme en jaugeant un autre et ne trouvant... bah, mettre des mots sur toute la pitié que lui inspirait ce triste personnage, fait de vide, de désir et de superficialité, n'était pas digne d'un gentilhomme, fut-ce en pensée. L'inconnue, du moins, avait eut la décence, sur quelques mots, de vider les lieux.

    « On dirait qu'ils laissent entrer les macaques en ruts, maintenant... ceci est une cérémonie funèbre, pas une cours de récréation ou une clairière de cerf en train de bramer. Mais visiblement certains ne savent pas faire la différence. »

    Il aurait pu s'énerver. Céder aux pulsations du Cœur outragé qui, en cet instant, n'était que rage et tristesse. Il n'aurait pas fallu grand chose. Juste un bon coup dans le dos du guignol et il aurait eut une vision ultime du « septième ciel », dévoré par le feu stellaire de l'étoile. Mais, contrairement à l'impudente, ce nouveau venu n'en valait même pas la peine. Doucement, il se tourna vers le Cœur, l'effleurant d'une main douce, qui déclencha une pulsation.

    « Merci, mesdames, de vos aimables aides. Cela dit, vu que votre lumineuse présence semble attirer une foule toujours plus grande de gens qui sont bien incapables de respecter la douleur des autres êtres humains, je vous prierai de nous laisser. Sachez que vos paroles furent un doux réconfort. »

    La voix d'Arwed, pourtant, malgré ses mots, s'était faites plus lointaine. Il avait décidé de ne pas répondre à la provocation, de ne pas ternir le deuil de Vulcain par le sang pour de si piètres gens. Il se tourna plutôt vers le Cœur, s'y ressourçant un moment, se disant bien qu'à Magicopolis ce genre de petites bouffonneries n'était sans doute pas, et de loin, le plus gros désagrément qu'aurait à connaître la soirée, et préférant plonger son âme dans le feu stellaire pour affronter le reste de cette nuit de deuil – ou à défaut, pour y trouver quelque amer réconfort...
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Messagepar Morzan O'Faolain » 08 Juin 2016, 22:11

En premier allaient l’Alpha et son épouse, Lunia. Puis Flora au bras de son compagnon et tes deux sœurs t’encadrant. Tous arborant des tenus sobres d’un noir d’encre, en signe de deuil et de respect envers le Sage s’en étant allé vers son dernier repos. La foule était nombreuse à accompagner le défunt jusqu’au caveau, à l’Académie, et attendant silencieusement que les nuages sombres s’en aillent pour laisser place aux étoiles, certains, beaucoup… s’en allèrent vers la Grande Salle, boire un verre, danser, parler… Mais toi resta debout, veillant à l’écart de la belle éplorée. Les tiens se dispersèrent, sachant que chacun retrouverait les autres rapidement en cas d’ennuis.. Car les rassemblements ne se terminaient en général jamais très bien, ces temps ci, et l’explosion au Cabaret était encore vivace dans ton esprit. Silencieux, alerte, tu attendais que le vent se lève, que les astres stellaires puissent également saluer le Patriarche de leur clarté avant que l’aube ne viennent et les voile, mais le ciel était toujours assombri, apportant une brise réfrigérante pour les rares personnes à être restées au-dehors.

Muet, tu restes infatigable, bien que sentant la fraîcheur s’emparer des convives veillant eux aussi. Ce n’était pas pour rien que les autres étaient allés se réfugier au chaud, d’impatience ou de lassitude, de froid ou d’ennui. Alors songeur, tu concentrais ton pouvoir, commandant au vent de se lever, et les yeux fixés sur les nues, tu ordonnais aux nuages impudents de s’en aller, de dériver vers d’autres contrées pour que les douces lumières des étoiles puissent éclairer le Parc, et que la veillée puisse s’achever dans de bonnes conditions. Le vent se leva et fit gonfler les nuages, les nuages obéissants dérivèrent alors, laissant doucement apparaître entre leurs lambeaux moutonnés, les minuscules lueurs étoilées tant attendues par la Belle esseulée et l’assemblée rassemblée pour cette funèbre veillée. Alors, quand tous furent disparus et que le ciel fut constellé de ses éclats lumineux, tu osais t’approcher, t’inclinant devant l’Unique Veilleuse, rompant le silence d’un doux murmure, ne voulant briser la solennité du moment malgré tout.

« -Lady Nimerys, les étoiles sont enfin au rendez-vous, les nuages ne reviendront pas les dissimuler. »

Puis te redressant, faisant quelques pas en arrières pour la laisser à nouveau à sa Dernière Garde, tu te retournais, rejoignant la Grande Salle pour en faire le tour du regard, trouvant instinctivement les membres de ta famille dispersés. Lunia et Remus partageant une coupe, Flora et Derek dansant sur la piste, et les jumelles venant accaparer ton attention, rejoignant ainsi l’Alpha et sa Dame.

« -J’ai fais levé les vents, les étoiles sont désormais bien visibles. Je veillerais à ce que les nuages ne viennent perturber plus avant la cérémonie. »

Inclinant du chef, tu acceptes la coupe proposée, la levant en un salut silencieux et partageant ce moment de communion familiale. Vulcain était le Directeur de ta Maison, et tu respectais l’homme qu’il était. Si ta scolarité n’avais jamais été des plus simple, tu avais toujours pris sur toit d’accepter sanctions et réprimandes pour tes errances. La fin du cursus t’avais vu repartir transformé. Non plus ce jeune hybride apeuré et mal dans sa peau que tu étais au début, mais bien un Lycan sûr de lui et de ses capacités, respecté et non craint par les autres élèves. C’était un coup dur pour toute la communauté de Magicopolis, et si certains étaient vraiment ébranlés, tu savais pouvoir en trouver d’autres qui s’en réjouissaient. La perte de cet homme ébranlait l’équilibre, et annonçait des jours sombres, des complots et autres jeux politiques tordus et faisant pas mal de dégâts collatéraux. L’assassin courait toujours, pour ce que tu en savais, mais serait-il seulement recherché ? Pour être jugé ? Remercié ? Tu n’en savais rien. Ton regard fut attiré par une jeune femme en robe d’un rouge sanglant dont tu reconnu les traits, Lora, la filleule de ta tante louve. Attentif comme toujours, tu garderais un œil sur elle, tout autant que les membres de ta famille. Que la jeune Boyle soit liée à Phèdre suffisait à ce qu’elle soit considérée comme un membre éloigné de la Meute, et les loups se protégeaient les uns les autres, quoi qu’il arrive. Nulle trace de l’hybride, cependant, sans doute en chasse pour quelques affaires.

«-On ferait bien de garder l’œil ouvert. Vu ce qu’il s’est passé au Cabaret, et certaines mésaventures vécues lors de Bals et autres rassemblement, je préférerais me préparer à parer à toute éventualité mouvementée. Ca se finit toujours plus ou moins mal, ce genre de chose. »

Doux murmure, instinctif de par les circonstances de rigueur, tu restes pourtant serein d’apparence, te contentant de vider ta coupe pour la reposer ensuite sur l’une des tables, prévoyant de rester sobre jusqu’à la fin de cette cérémonie. Mieux valait pouvoir compter sur une parfaite lucidité et des réflexes coordonnés, et non troublés par l’alcool. Tu savais que les autres feraient de même, plus ou moins.

A présent que les étoiles étaient bien en vue au-dehors, qu’allait-il se passer ?
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Messagepar Ellaryain A. Esthèse » 09 Juin 2016, 08:58

Les mots n'ont pas leur place dans ces circonstances. Ella le sait bien, pour avoir perdu sa mère très jeune, assassinée sous ses yeux, elle sait que rien, jamais ne remplace la tristesse de ces souvenirs qui ne cessent de défiler devant vos yeux pour vous rappeler les bons moments. Elle connaissait cet état, elle y était passé, sauf qu'elle n'avait pas énormément de bon souvenir avec sa mère, vu qu'on s'employait à leur voler. Cette pensée la ramena plusieurs années en arrière, dans cette cave sombre et humide qui avait indéniablement altéré ses poumons. Dans cette cave pourris où son géniteur la gardait pour assouvir les pensées les plus perverses de ses clients. Le souvenir fit grincer ses dents, tout autant que celle de Castiel et une promesse de vengeance flotta entre l'ange et la possédée. 'Bientôt', le mot flottait en lettre d'or au dessus de leur tête, tangible et pourtant intangible. Elle aurait quasiment pu le toucher et pourtant, elle savait que l'idée était inutile. Elle se contentait pour l'instant de serrer la main d'un ami, qui avait dû mal à gérer ses sentiments. Elle aurait très bien pu le laisser faire son deuil tranquillement, ne jamais se montrer, pourtant, elle avait sentit qu'il avait besoin de son aide, une aide bien trop inutile en ces temps de trouble. Qu'allait-il se passer ensuite ? Qu'est-ce que l'avenir prévoyait de faire tomber sur la tête de l'Opale, maintenant que sa proue était tombé ? Une vague de colère s'empara de l'enchanteresse, sans trop savoir ce qui l'animait en vérité, probablement était-ce Castiel qui faisait encore des siennes. Être possédée n'était pas de tout repos, elle ne pouvait le nier et s'ils étaient compatibles, la cohabitation s'avérait encore compliqué. Cela ne faisait qu'un mois, pas plus, ce n'était pas énorme.

Du temps.... Oui, il allait en falloir, pour tout ce qu'elle voulait faire. Elle retrouva enfin ses esprits au moment où quelqu'un d'autre s'approcha d'Arwed pour lui parler. Nul besoin de tourner la tête, elle connaissait cette voix. La jeune femme porta la main à sa poitrine un instant, fronçant le regard, l'ange s'énervait pour une raison qu'elle ne connaissait pas. Elle finit par lâcher la main du forgeron pour se concentrer, pour reprendre un calme apparent, écoutant les paroles qu'il débitait dans un flot de tristesse effarant. Dieu qu'elle aurait aimé l'aider, mais elle n'avait visiblement pas sa place ici aujourd'hui, elle ne pouvait rien faire, rien du tout et de toute façon, elle n'était visiblement pas un maillon important pour ce soir. Peu importait, elle n'avait voulu qu'apporter un peu de réconfort, chose qu'elle n'était pas à même de faire de toute façon. Elle resta cependant là un instant, remontant sa capuche qui était tombé sans qu'elle ne le veuille réellement. Elle remarquait d'ailleurs de plus en plus de regard vers elle, aussi rabattit-elle rapidement cette capuche. La rousse devenu blanche. Bravo, bien joué franchement. Si ses parents n'étaient pas au courant, alors ils ne le seraient jamais. Enfin après, si ça se trouvait personne ici ne l'avait réellement reconnu. Elle haussa les épaules pour elle, sentant le tiraillement de l'ange qui voulait l'éloigner.

**Castiel tu peux te calmer un peu s'il te plaît. C'est toi qui m'a demandé de me rapprocher et maintenant tu voudrais que je me m'en aille.**

Il n'eut pas le temps de répondre qu'Arwed congédia tout le monde. Un mince sourire triste sous cette capuche et elle s'en alla sans faire de vague. Qu'est-ce qu'elle avait espéré franchement ? Elle n'avait pu aider personne réellement dans sa vie, donc pour s'en faire maintenant ? Tout ça n'avait pas d'importance. Elle reprit donc sa route en sens inverse, un besoin d'air pressant ses poumons nouvellement nés. Elle sortit donc à pas léger, tranquillement, comme lorsqu'elle était venu. Un soupir passa ses lèvres lorsqu'elle se retrouva sur un des balcon, le mauvais temps venait de s'éclipser. De quelle manière ? Ça, elle n'en savait rien, mais elle s'assit sur la rambarde du balcon, le dos posé contre le mur, le regard vers les étoiles. Même le ciel semblait triste en ce moment, et cette foutue robe, elle avait hâte de l'envoyer valdinguer pour ne porter que jean et tee-shirt, bientôt. Après cette veillée, elle ne porterait de robe que pour de grande occasion, ou alors plus du tout. Laissant ses pensées couler, posant la tête sur le morceau de mur, son regard vers le ciel, elle se demandait bien ce que l'avenir leur réservait, que ce de suite ou plus tard, elle aurait aimé comprendre.

**Tu sais, l'avenir ce n'est que ce qu'on veut bien en faire.**
**Tiens t'es calmé toi maintenant ?**
**Tu devais t'éloigner. De lui, d'elle. Tu as vu qui il fréquente, tu mérites mieux que ça.**
**T'es sérieux là ? C'est mon ami, un collègue de travail, qu'est-ce que tu vas t'imaginer franchement ? Et puis je te ferais remarquer que c'est toi qui m'a poussé à aller le voir.**
**Parce que tu crois que ça me faisait plaisir de te pousser vers lui, il avait du chagrin, personne pour l'aider, je pensais que toi tu le pourrais. Mais visiblement tu n'étais pas la personne qu'il lui fallait.**
**Merci, c'est très aimable de ta part de me rappeler que je n'ai de toute façon ma place nulle part. Que ce soit hier, aujourd'hui ou demain, je serais toujours hors des lignes hein !**
**Nan, je voulais pas dire ça. Ella, pardon... Je voulais juste dire que tu mérites mieux que ça. Maintenant que tu es guéris, tu pourrais trouver quelqu'un qui tient réellement à toi.**
**Oh s'il te plaît hein, on partage un corps, qui pourrait accepté ça ? De toute façon, ça n'a pas d'importance, il ne s'agit que d'un ami, ça n'a toujours été que ça et je sais parfaitement que ça ne sera que ça. Je n'ai jamais cherché à ce que ce soit autre chose, alors si tu pouvais calmer tes accès de colère, de jalousie et autre, je t'en saurais gré. C'est un peu difficile de rester de marbre quand tu fais ça.**


Il ne dit rien, probablement parce qu'il savait qu'elle avait raison. Il n'y avait pas besoin de faire une crise de jalousie, pas la peine de lui balancer en pleine gueule qu'elle ne pouvait rien faire, l'enchanteresse le savait parfaitement. Elle savait très bien qu'elle ne pouvait de toute façon rien faire pour les autres. Trop gentille dans un sens, sa douceur n'était pas ce qu'on attendait dans des moments pareils. Trop distante dans un autre, elle détestait qu'on la touche et d'ailleurs s'était tout aussi bien comme ça. La vie lui avait apporté énormément de chose, malheur, joie, famille. Si elle ne lui avait pas encore apporter l'amour s'était parce qu'elle n'y était probablement pas destiné, ou alors s'était parce qu'on lui réservait autre chose. De toute façon après ce recueillement, elle allait avoir du boulot. Apprendre à se servir d'une épée en serait la priorité, car si elle avait les connaissance de Castiel en tête, cela ne l'aidait pas forcément à savoir manier l'arme correctement, heureusement elle n'était plus toute seule, ils étaient deux maintenant. C'est avec cette pensée réconfortante qu'elle se laissa bercer par la lumière douce des étoiles. Pour un temps, pour maintenant, s'était ce qu'elle pouvait faire de mieux.
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Messagepar Ragan Nightingale » 11 Juin 2016, 00:17

Le géant de l'Opale avait rendu son dernier soupir. Ragan ne l'avait jamais connus personnellement, mais sa mort l'attristait. L'Opale et les Perles étaient deux factions proches, avaient quasiment la même façon de pensée, alors il était naturel pour lui de se rendre à son enterrement afin de l'honorer dignement. Le Rossignol avait même déjà imaginer quelques vers pour lui rendre hommage. De la poésie ardente et onirique à la fois, avec des paroles dont l'impact était pour sûr de tirer quelques larmes à certaines personnes. Ragan aimait toucher les gens, quel qu'il soit, il n'y prenait pas là un malin plaisir, non, les sentiments, les émotions, étaient pour lui quelque chose de sacré, tout aussi sacré que ces oisillons que ce soir là l'avait accompagné.

Mais il n'était pas venus seulement en compagnie d'eux, à ses côtés, une grande blonde sculpturale, une déesse grecque venus du sud, sa muse. Cassiopée. Ils s'étaient rencontrés quelques années plus tôt, lorsque la jeune femme avait ouvert une galerie de vêtements qu'elle même avait confectionné. Ragan était tombé sous le charme de ses créations qu'elles soient sobres ou bien plus dans l'excès, il lui avait même acheté quelques pièces. Depuis ce jour là, il était devenu un ami proche de l'Ambre. Le hasard pouvait parfois crée de drôles d'affinités, une Ambre, un Perle, des moeurs et pratique éloignées totalement. Mais ce n'était pas ça qui lui importait le plus, non, c'était son amitié avec la belle qui comptait réellement. Pas leurs factions, il savait qu'en temps qu'Ambre, Cassie n'était sûrement pas une simple femme d'apparence innocente, mais ça lui importait peu. Parce qu'en sa compagnie, il se sentait réellement bien.

Il lui avait même offert une robe qu'elle portait ce soir là. Parfois, Ragan se surprenait à imaginer que s'il n'avait pas été attiré uniquement que par les hommes, il serait sûrement tombé sous le charme de la belle. Mais ça, hélas, c'en était bien autrement, le Rossignol n'aimait que les hommes et vénérait les femmes comme des oeuvres d'arts, des trésors, des déesses pleines de courbes sensuelles. Tout comme sa défunte mère et sa tutrice Perle. Elles avaient fait un énorme vide dans sa vie et lorsqu'il s'était sentis abandonné, il avait partagé la couche de plusieurs bels hommes afin de combler ce manque dans sa vie, dans l'espoir qu'un jour, il puisse à nouveau remplir ce vide là. Ragan n'est qu'un simple rêveur perle et un grand fleur bleu et même si parfois sa tête est plus dans ses nuages brumeux, il n'en reste pas moins de quelqu'un qui a la tête sur les épaules.

Surtout ce soir là, pour rendre hommage à un homme qui était plein de savoir, l'étoile du géant Nymeris s'était endormis, mais son éclat n'en restait pas moins aveuglant. Et celle-ci continuerait toujours de briller même après sa mort. L'éclat Opalien était loin d'être éteint, il brillait toujours avec la même vigueur. Lorsque Ragan et Cassiopée firent leur entrée en compagnie des oisillons du Rossignol, ceux-ci portait des vases contenant une brume magique qu'ils versèrent sur leur passage. Bras dessus, bras dessous, l'Ambre et le Perle étaient élégamment vêtu pour l'occasion. Lui qui aimait les tenues excentriques avait choisis ce soir là une tenue sobre, un costume uniquement noir, sans cravate avec une broche brumeuse en forme d'étoile faisant référence au coeur de Nymeria dont la lumière était fascinante.

Le Perle venait apporter à l'Opale sa brume onirique et ensemble, à deux, ils formaient un éclat de savoir, de douceur et de compassion. La brume d'une étoile filante qui laisse sur son sillon des éclats rayonnants de mille feux à travers cette funeste soirée sombre. Malgré la situation, Ragan ornait un sourire tragique aux bout des lèvres, à la fois fier d'avoir à ses côtés une jeune femme aussi belle et d'un autre, triste pour cette mort subite pour la famille Nymeris. Il savait par ailleurs le prince des étoiles était doté d'une grande beauté, ce qui l'avait aussi intrigué à vrai dire.

Lorsque la brume de ses oisillons fut enfin terminé de se déversé sur leur passage, il les laissa vaguer à cette sombre soirée et emmenant sa cavalière admirer l'éclat du coeur de Nymeria, passant entre la noblesse qui chuchotait de faibles paroles sur leur passage. A vrai dire, ils formaient un beau couple et si tout le monde n'était pas au courant pour l'homosexualité du Rossignol, certains d'entre eux aurait pu se laisser à imaginer qu'ils en était réellement un.
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Messagepar Cassandre » 12 Juin 2016, 02:35

Son front tapait furieusement contre la vitre glacée tandis que les pneus de l’engin de la mort glissaient et crissaient sur les pavés mouillés, aspergeant quelques passants vociférant et autres écumeurs de trottoirs boueux. Ces foutues machines Joyce, pas moyen qu’elles puissent rouler droite, dignes bruyants enfants de ferraille d’un patriarche amoureux de la bouteille. Cassandre enfonça solidement son talon dans le siège avant, témoignant de l’intérêt tout particulier du conducteur à tempérer ses manœuvres avant de percuter rats et bipèdes – accidentellement. Le chauffeur tourna sa mine grise vers elle, ses traits tirés accentuant sa ressemblance ténue avec une gargouille cauchemardesque. « Vous êtes pressés ma jolie, non ? Alors, laissez-moi faire mon boulot. » Son regard bifurqua sur les teintes charbon et nuit de sa tenue. « Vous z’allez pleurer vos morts ? »

Cassandre roula une cigarette entre ses doigts, allumant la mèche comme celle d’un explosif et protégeant la flamme de ses doigts fins. Elle ne demanda pas le privilège, l’odeur de cendre et de tabac encastré dans le cuir usé du dossier lui confirmaient les tendances fumeuses de son guide. Jetant son briquet dans son sac avant d’ouvrir la fenêtre, elle souffla la peste en filtre à l’extérieur de la voiture. À travers ses longs cils noirs, elle adressa un regard moqueur au rétroviseur. « Non. Je vais compter les charognards. » Sa main se rabattit sur l’infime tumeur de la poche de sa veste. La prostituée attrapa l’arme par le canon, caressant la bouche du vice de son pouce. Vérifiant le carcan de sécurité, elle fut rassurée par le cliquetis familier d’une gâchette bien huilée. Le pistolet ne contenait que trois balles et il s’agissait d’un vieux modèle déglingué et poussiéreux qu’il lui avait été offert par un marin en mal d’amour. Toutefois, il n’était qu’une formalité. Un porte-bonheur. Les pattes de lapin et les trèfles mutants n’explosaient pas les crânes. Elle remit le charme sous ses vêtements avant d’exhaler une nouvelle bouffée. Pour la gloire des Neufs.

Et leur putain de merdier.

Les derniers événements émanaient du souffre. Soufflaient sur la braise. Lui donnaient la gerbe. Les racines des trônes immaculés tombaient en ruine. Lentement. Dégradation des lois et des mœurs ancestrales. Londres devenait chaotique. Londres devenait le Chaos. Cassandre voyait les rats quitter tanière, en rang, sortir de leurs égout virulents, propageant leur poison. Les vieux corbeaux. L’IRA. Vulcain. Il n’y avait jamais réellement eu d’équilibre. Seulement l’illusion fugace et fragile telles les ailes d’un papillon balayé par l’orage. Bientôt, il n’y aurait plus que des bâtards pour régner sur d’autres bâtards. Et les putes. Il y aurait toujours des putes. L’Académie apparut devant elle. Puissante. Droite. Encore tachée de sang. Cassandre ferma les yeux, écrasée devant une telle présence dont elle n’avait foulé le sol qu’une poignée de fois. Les belles parures et les couronnes dont elle s’affublait ne pouvaient mentir : elle n’était qu’une fleur des caniveaux, une miraculée boueuse. En vie.

Cassandre jeta quelques pièces au chauffeur qui la remercia d’un sourire édenté avant de s’éloigner dans un nuage de vapeur et de suie. Elle traversa la grande porte, retirant le foulard qui couvrait son cou de cygne ainsi que ses cheveux relevés en un chignon serré, de circonstance. Elle ne portait ni fard ni rouge à lèvre, nulle autre couleur que le blanc nacre de sa peau et la rougeur pâlissante la fièvre bourgeonnant de sa courte nuit. Presque invisible. Presque méconnaissable dans l’étau de sa robe noire démunie. Elle venait pour bercer la mort. Elle venait pour écouter son murmure. Franchissant le seuil de l’antichambre, elle regretta la clope jetée sur l’herbe trop soignée de l’entrée. Tant de visages. Familiers ou non. Des noms comme des chuchotements. Des familles. Des pleureuses, des banshees aux larmes faciles. Et d’autres. Ceux dont les intentions se camouflaient derrière les sanglots brumeux. Ceux dont les mains joueuses furetaient près de l’Étoile tentatrice. Elle n’était guère mieux. Rien de plus que nourrie d’une curiosité malsaine, maladive. Vulcain. Cassandre. Un don. Si semblable. Si différent. Il suffisait d’en mesurer la pureté. Mais la balance humaine le pouvait-elle ? Toutefois, il existait bien une certitude : les traits du mort n’étaient pas les siens.

La courtisane s’éloigna du cercueil. Elle avait peu d’intérêt pour les cadavres. Petite, elle en avait côtoyé des dizaines jonchant les routes et autres immondices. Puis, l’Arène. Le premier secouait. Le vingtième rebutait. Le centième devenait une routine. L’Opale pleurait un grand homme. Elle ne voyait plus que le néant. Glissant parmi les ombres, elle frôlait soie et chemisiers. Parfois, perfide voyeuse, elle taquinait de l’index une nuque à découvert. Rien que pour le plus infime des frissons. Rien que pour la plus infime des visions. Des couleurs. Pastelles. Lumière. Simulacres de silhouettes. Secrets intimes.

Pour un prophète, le futur se fondait au présent, telle une toile inachevée.
La mort quotidienne.
Comment Vulcain avait-il pu être si aveugle ?

« Collègue. » Nightingale. Le spectre d’un sourire dansa sur ses lèvres. Maquereau et maquerelle. Cassandre adressa un simple signe de tête à son comparse avant de poursuivre son exploration, se nourrissant des images qu’elle subtilisait au gré de ses conquêtes sournoises. Frôler des lèvres. Caresser le galbe d’un mollet. Elle s’amusait. Follement. Grisée. Épanouie dans la tristesse.
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Messagepar Caithleen » 18 Juin 2016, 18:30

Elle ne pouvait voir le regard songeur que posa le jeune homme sur elle et son étrange apparence, ainsi enveloppée dans la lueur spectrale du Cœur. Et alors qu’elle l’avait relâchée, il revint chercher sa main, la faisant tressaillir. Alors qu’ils s’étaient déjà maintes fois touchés et même plus encore, aujourd’hui elle ne savait comment le toucher, n’osait p as le frôler. Et pourtant, il déposa un baisemain sur sa peau laiteuse avec la prestance qui était la sienne, lui tirant un maigre sourire.

Lui, affligé par le deuil en cet instant, devant supporter la foule diverse et plus ou moins bien intentionnée qui venait -ou pas- se recueillir, trouvait pourtant le courage de lui offrir quelques mots de réconfort, lui faisant secouer la tête d’un air navré. Il avait raison. C’était être orgueilleuse que d’avoir pu seulement envisager prédire ces sombres événements, alors que Vulcain Nimerys lui même; meilleur oracle de sa génération n’en avait pas été capable.

On était bien peu de choses, après tout...

Mais la fin de la phrase d’Arwed atteint l’esprit fatigué de Caithleen, lui faisant cligner des yeux à la manière d’un hibou effarouché.

- Un de mes...?

Avant qu’elle ne termine sa question, une poigne ferme et brusque se referma sur son poignet gracile en la tirant en arrière, lui tirant un hoquet de surprise. Et les mots prononcés par une voix insolente qu’elle connaissait bien la firent frémir. Non pas de désir comme c’était habituellement le cas, mais d’indignation et de colère. De plus, Arwed n’était absolument pas dans une disposition à tolérer encore une offense de plus. Un instant, le visage doux de la courtisane se durcit, ses sourcils se fronçant. Le fait que Arès la discrédite de la sorte devant des personnes qu’elle respectait ne lui était pas tolérable.

Avec une force qu’on ne lui soupçonnait pas, elle se défit vivement de la poigne de son amant, lui opposant un regard farouche lui déconseillant d’ouvrir encore la bouche. Puis, gracieusement, elle s’inclina devant le Nimerys.

- Veuillez m’excuser pour ce dérangement inutile. Encore toutes mes condoléances, Arwed.


Saisissant l’Onyx par une manche, elle l’entraîna à sa suite lui du centre des recueillements. La cane qui lui permettait habituellement d’éviter les obstacles serrée dans son autre main, elle navigua sans mot dire dans la foule jusqu’à atteindre le coin le plus en retrait de la grande salle. Elle ne prenait pas garde à éviter de percuter quelqu’un, mais autour d’elle, les gens semblaient s’écarter instinctivement de son chemin.

Prenant une profonde inspiration, elle entreprit d’abord de calmer la fureur qui couvait dans son grand regard opalin. Elle ne comprenait pas ce qu’Arès faisait ici, ni son comportement. Et elle le lui fit d’ailleurs clairement savoir.

- Je peux savoir ce que tu fiches ici et ce qui tu essaies d’accomplir exactement ? Bon sang, c’est une veillée funéraire !

Elle n’avait pas spécialement haussé le ton, mais la colère et l’indignation se lisaient clairement dans son comportement. Que venait faire ici cette soudaine crise de jalousie? Il était pourtant au courant qu’elle faisait partie de la Maison Close Opale, et que par conséquent, sa principale activité consistait à vendre ses charmes, elle n’en avait jamais fait de mystère. Et il ne s’en était jamais plaint. Les deux amants s’étaient jusqu’alors bien trouvé, s’apportant mutuellement ce qu’ils ne trouvaient ailleurs. Apaisement, désir, plaisir, embrasement, parfois juste un peu de réconfort. Rien qui n’ait sa place ce soir.

- Quelle était cette scène de jalousie parfaitement ridicule? Et il me semble que tu es celui à avoir espacé ses visites, persifla-t-elle.

Et elle ne lui en avait pas tenu rigueur. Il avait retrouvé un être cher, «son fantôme», comme l’appelait Caithleen en son fort intérieur. Et par voie de fait, il avait eu beaucoup moins de temps -ou en avait-il eut moins besoin...? - à accorder à la jolie courtisane. Elle même s’était sentie délaissée ces derniers temps, mais elle avait depuis longtemps appris à gérer ce genre de frustration. Elle savait qu’elle ne serait jamais de celles qu’on ferai passer avant les autres. Même si elle n’en tirait aucune honte, après tout, elle n’était qu’une prostituée. Elle portait sur sa propre existence un regard très pragmatique. Certains auraient dit fataliste, mais elle ne le voyait pas comme cela. Elle qui avait vue sur les possibilités du futur savait pertinemment qu’il lui faudrait manœuvrer et anticiper pour s’obtenir l’existence à laquelle elle aspirait. Au fil des ans, la rêveuse et douce Caithleen laissait peu à peu place à quelqu’un de bien plus calculateur et averti.

Mais pour l’instant, elle aspirait simplement au recueillement. Et à reposer son esprit fatigué par tant de recherches dans le temps et l’éther... Passant une main sur son visage blême, elle laissa échapper un profond soupir.
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Messagepar Cassiopée Vasilios » 20 Juin 2016, 19:51

Nulle vie n’était éternelle. Cette règle s’appliquait à tout être, qu’il s’agisse du plus petit animal ou du plus grand des hommes. En ce jour était tenue une cérémonie en l’honneur de Vulcain Nimerys. Ce n’était un secret pour personne mais la vie qui l’animait jusque là lui avait été retiré. Cassiopée, qui pourtant ne portait que peu d’intérêt aux autres, ne l’ignorait pas moins. La surprise l’avait animée bien sûr en apprenant qu’il s’agissait d’un meurtre mais nulle peine n’apparut à la suite de cet étonnement. Depuis, les sentiments de la blonde n’avait que peu changés, elle n’avait par ailleurs pas souhaité se rendre à cette cérémonie dans un premier temps et pourtant, elle avançait dans cette foule, se frayant un chemin vers le centre des plus grandes attentions. Les sentiments n’étiraient point ses traits et dans son regard brillait une profonde sérénité. C’était là sa marque de respect, ne faire preuve d’aucune forme de mensonge. Elle n’était présente que pour deux raisons, observer avec un regard teinté de curiosité la foule mais surtout accompagné l’un de ses rares réels amis.

Ragan Nightingale était à ses côtés, la menant vers le cœur de l’évènement. Lui, de la faction Perle, avait tenu à se rendre en ces lieux et en ce jour rendre un dernier hommage au défunt. La faction Opale et la faction Perle entretenant de bons rapports, l’ambre ne fut étonnée que l’homme prêt d’elle ait le désir de venir se recueillir. Pour leur amitié, elle avait acceptée de venir à son bras. Plus encore, elle portait une robe qu’il lui avait offerte. Noir pour l’occasion, longue et ne laissant aucunement voir ses jambes, en contraste avec la chair dénudée de ses bras et du commencement des courbes de sa poitrine. Elle devait avouer reconnaître la personnalité de son ami dans ce choix de design, mais elle avait gardé pour elle le détail de la praticité à se mouvoir, ce qui la rendait bien heureuse de l’avoir auprès d’elle. D’humeur à se faire discrète, elle avait cependant masqué ses bras derrière une longue cape dentelée noir, laissant la capuche retombé sur sa nuque.

Ce désir pourtant de passer inaperçue fut vain et elle se senti resserrer ses doigts sur le bras de son ami. Il formait une bien belle paire, elle ne l’ignorait pas, cependant les tendances de Ragan n’étaient un secret pour personne. De fait, elle ne comprenait que peu l’intérêt qu’ils suscitaient. Tout du moins, jusqu’à ce qu’un léger détail ne lui revienne à l’esprit. Les deux individus s’entendaient bien sur une chose, ils étaient beaux et il n’y avait pas d’occasion pour être vu, la vie était un défilé dont la mort était la seule fin. Et les oisillons du Rossignol, à leur suite, rappelèrent à Cassiopée leur propre manière de concevoir la vie lorsqu’elle perçu à ses pieds une brume créée par la magie. Parce qu’elle aimait profondément son ami et bien malgré la discrétion souhaitée par la demoiselle, elle ne réprimait pas un léger sourire. Se rapprochant de son ami, resserrant son bras tout contre elle, elle posait un bref instant sa joue contre son épaule dans un geste plein d’affection comme si elle lui offrait également une forme de pardon en continuant d’avancer. Peu importait l’intérêt qu’on leur portait, les paroles qui pouvaient être prononcées les concernant, car elle ne trouverait aucune nouveauté à tout ceci.

Son regard s’était posé sur le Cœur de Nymeria, comme son ami le souhaitait. Un regard vide mais s’imprégnant de toute information visuelle. Se connaissant, si celui-ci restait indéfiniment posé dessus, elle en aurait oublié l’espace et le temps, la foule et ses chuchotis, pour laisser son esprit rêveur divaguer dans un univers qui lui était propre. Ce fut dans un battement de cils répété qu’elle reportait son attention sur son entourage et après quelques slaloms, ses yeux se plantèrent sur un petit groupe semblant attirer la curiosité de son entourage. Elle ne connaissait aucun individu s’y trouvant mais un visage lui parut familier. Qu’il s’agisse de sa force d’analyse ou d’un simple souvenir remonter de sa mémoire, elle su donner un nom au jeune homme si bien entouré.

« N’est-ce pas là le jeune Nimerys ? » se renseignait-elle auprès du Rossignol d’une voix douce et pleinement maîtrisée.

Bien qu’elle ne se sentait l’envie d’aller lui présenter quelques mots doux et plein d’une compassion surjouée, elle savait son jeune ami bien plus touché par l’évènement et certainement par la peine du jeune homme posté près du Cœur. Observant la scène un instant sans un mot, elle tirait cependant sur le bras de Ragan dans une tentative fragile de le faire avancé vers Arwed Nimerys.

« Peut-être devrais-tu allé lui offrir quelques mots et tes condoléances… »

Cette phrase restait pourtant en suspend alors qu’elle vit le Nimerys se détourner de sa charmante compagnie. Il lui avait semblé que le peu d’ouverture dont il avait jusque là fait preuve s’était laissée scellée. Elle avait bel et bien vu que l’arrivé d’un autre homme en avait probablement été l’ultime déclencheur mais ce ne fut qu’en l’observant s’éloigné, tiré par l’une des demoiselles, qu’elle sut de qui il s’agissait. L’instinct, peut-être, lui avait dit que son frère, Arès Vasilios, était pleinement en tord, ce qui lui fit froncer un court instant les sourcils. Elle dût fermer les yeux quelques secondes en resserrant sa poigne sur le bras du Perle avant de lui offrir un sourire bienveillant.

« Mais sûrement est-ce plus sage de se présenter à lui plus tard, probablement après la cérémonie. » dit-elle alors en reportant son regard sur une femme venu adresser un mot en guise de salutation au jeune Perle.

Elle ne savait que penser de cette brève apparition, si vite balayée par ses longs cheveux blonds venus chatouiller ses paupières tandis que l'inconnue disparaissait dans cette foule grouillante cernant tout à chacun.
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Messagepar Le Conseil des Neuf » 21 Juin 2016, 17:24

Farewell

"... et les puits abyssaux aspirèrent les étoiles."

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Elles devaient être une douzaine, ces créatures encapuchonnées. Toutes de noir vêtues, aux tuniques cousues à même la voûte stellaire. De ce noir abyssal, de ce bleu nuit profond, s'illuminaient les étoiles volées aux cieux pour en éclairer les mortels. Des étoiles à l'agonie, des supernovas lancées à la vitesse de la lumière, et capturées avant qu'elles ne s'éteignent, parsemaient en un motif unique le drapé du velours de ce tissu qui caressait le sol en un frisson. Et de ces êtres, on n'entendait guère le bruit de leur respiration ; on ne percevait pas leur figure dissimulée par ces capuches d'obscurité stellaire.

Aucune silhouette n'était semblable à une autre ; et toutes avaient assisté en silence, en retrait, à la mise en terre du cercueil. Toutes avaient motivé les endeuillés à pénétrer dans la Grande Salle de l'Académie, pour en refermer les portes. Garder l'intimité de l'instant, et fêter la longue vie du défunt. Ses exploits et ses décisions, sa justesse et sa droiture, sa chevalerie et son dévouement aux étoiles. Puis une nouvelle danse – une énième valse – au bruit sonore des battants cognés l'un contre l'autre ; le temps de laisser les créatures des abysses s'éparpiller comme il en était convenu entre eux.

Au sein d'un groupe, la silhouette d'une enfant dont on pouvait apercevoir les prunelles devenues blanches d'avoir trop observé les étoiles pour y lire l'avenir. Près d'un autre, cet homme tout en os à la peau parsemée de poussière de comète. Chacun remerciait les convives de leur chagrin. De leur soutien. De leur présence. Les Nimerys vous sont reconnaissants, murmuraient ces voix effacées, aspirées par la voûte stellaire. Il semblait même entendre au fond de leur gorge cet écho caractéristique du vide spatial dans lequel ils se plongeaient. Des adorateurs des étoiles, à n'en douter aucunement, qui pleuraient tout autant que les invités – si ce n'était plus – le sommeil désormais éternel de ce géant qu'était Vulcain.

Aux cousins Ashfield, les remerciement d'une présence bienfaitrice. A Sesthia, ceux d'un intérêt porté à l'ancien patriarche. A Silence, la délicatesse de l'attirance envers l'astre de Nymeria. On souligna la sympathie d'Alec, d'être venu malgré son maigre intérêt pour les études. Raphaël et sa cavalière furent tout autant remerciés et complimentés pour leurs atours. A Maraltès et Kerry, cette grandeur d'âme d'avoir fait le déplacement malgré la présence opportune de l'appareil de ce dernier. Pour Thornielle, les meilleurs vœux de réussite pour cette année malgré la perte du professeur. A Caithleen et Arès, le sourire de cet amusement ressenti devant la scène qu'ils provoquèrent. Cassiopée et Ragan, eux, furent remerciés d'être présents également, malgré les liens qui ne semblaient guère les lier tous deux à Vulcain. Une larme pour Cassandre, pour ces visions muettes et aveugles que sembla subir le défunt. A Arthur, la sympathie d'avoir fait le déplacement malgré ses liens tumultueux avec l'Académie. Pour Morzan, la révérence particulière d'avoir chassé les nuages pour permettre la mise en terre de Vulcain. On éloigna un instant Kaede et Ellaryain, afin de souligner leur soutien envers Arwed.

Ce dernier fut exilé. Mis à l'écart des autres, par cette silhouette qui se détachait du reste. Si les autres voyaient leur tunique découpée à même le ciel stellaire et brodée d'étoiles, celle qui se préoccupa personnellement d'Arwed était tissée dans une aurore boréale. Dans ce vert profond, chargé de particules solaires égarées, se voyait se refléter le reste de ces étoiles capturées peu avant leur extinction complète à la suite du décès de Vulcain. Un vêtement d'un temps, pour l'éphémère instant du deuil.

Puissions-nous surmonter cette épreuve, et faire pour la famille, pour l'Opale, ce qu'il y a de mieux. Murmura cette voix au vide profond et à l'écho stellaire, tandis que ses mains rongées par les supernovas et les trous noirs serraient celles de ce cousin endeuillé, dont le chagrin était si palpable qu'il répondait à celui de cette figure.

Boréas était un homme dévoué aux étoiles et à l'espace, au corps dévoré par sa passion éternelle pour la voûte céleste. La tête d'une branche oubliée de prophètes maudits, de voyants aveuglés par les trous noirs, plongée dans les abysses sidéraux des puits galactiques. Les aurores polaires et le soleil pour parure ; les astéroïdes et météorites pour enveloppe charnelle ; le vide stellaire et les étoiles filantes plein l'esprit. Tous, chez les Nimerys, connaissaient l'existence de cette antique branche cousine qui tournait son visage vers le Néant. Une existence consacrée aux trous noirs, aux profondeurs de l'espace qui dévoraient les étincelles de lumière, pour qui la couronne étoilée était hors d'atteinte. Jusqu'à cette nuit funeste, où le tranchant de l'épée fut enfoncée au sein de la poitrine du Géant Stellaire. L'occasion pour ces cousins écartés du rayonnement seigneurial du pouvoir, par la seule folie d'un père alors enfermé d'avoir trop contemplé les trous noirs, de revenir auprès du Cœur de Nymeria. De faire oublier Vulcain, d'effacer les ancêtres maudits dont il était le descendant salutaire.

Demeurait Serena, au chagrin noyé dans l'alcool. Qui avait bien pu avoir l'idée de la laisser sans surveillance, et de ne point faire attention au nombre de verres qu'elle s'était servi ! Boréas quitta alors le jeune Arwed pour rejoindre la nouvelle veuve, afin de l'empêcher d'imbiber son foie d'une nouvelle dose. Ne point se ridiculiser davantage. Ne point porter atteinte à l'honneur du Géant, ni moquer les Nimerys.

Faites vos adieux au Coeur, murmura ce cousin oublié, tandis que sa cour – ces figures encapuchonnées d'étoiles qui l'avaient accompagné – se chargeait d'emporter Serena loin du bal. Loin de tout. Envoyée à la Maison Close, avait décidé Boréas. Après tout, que faire de cette femme trop liée à Vulcain, de cet utérus aride qui n'avait su donner d'héritier au Géant ? Une gêne, s'était-il dit, un souci à éloigner de son règne, de sa couronne stellaire. Tenir l'Etoilée loin de lui, loin du jeu politique était le mieux à faire.

Survint le silence. Celui des instruments et de la voix les accompagnant, causé par la fin de la musique et le départ de Serena.

Veuillez excusez Lady Nimerys. Elle ne se sent guère bien, son chagrin est insurmontable, déclara à l'assemblée un Boréas décapuchonné, qui offrait aux convives la vue de ces yeux reflétant les galaxies lointaines.

Les derniers adieux ont été faits, les ultimes hommages présentés au regretté Vulcain. Je vous invite à célébrer sa longue vie, et à profiter du bal jusque l'aube. Profitez chers amis, profitez ! Tant que vous le pouvez. Avant que le meurtrier de mon cousin ne vienne enfoncer son épée assassine dans votre cœur tandis que vous dansez ; avant que l'on doive organiser vos funérailles. Pleurez cet être cher. Ce professeur, ce parent, ce Géant. Pleurez le comme le pleurent les étoiles, comme le pleure le Coeur de Nymeria. Pleurez le car bientôt ce sera peut-être l'un d'entre-vous que nous pleurerons.

De l'écho grave de sa voix survint la gravité de ses paroles. L'accusation directe envers le meurtrier du Géant Stellaire, et l'insidieux sous-entendu de sa présence parmi l'assemblée. Boréas connaissait-il l'identité de celui qui avait assassiné Vulcain ; ou supposait-il. Nul ne le savait. Nul ne pouvait vraiment le savoir, car l'Oublié des puits galactiques se gardait bien de révéler cette information. Et à peine avait-il eu achevé son discours, son invitation à célébrer les funérailles étoilées de Vulcain, qu'il s'éloigna du Coeur pour rejoindre les portes closes de la Grande Salle, qui s'ouvrirent alors sur son chemin.

La Grande Salle est à vous pour cette nuit, et pour cette nuit seulement. Puissiez-vous en profiter, et vous remémorez vos souvenirs liés à Vulcain, acheva-t-il en disparaissant derrière les portes qui se refermèrent sur son passage.

Vulcain s'était définitivement éteint.
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Messagepar Arthur Helders » 26 Juin 2016, 22:53

Il y a un quelque chose de pas net dans son histoire. D'étrange. De malsain à vouloir pousser Serena boire. Car Arthur est celui qui la pousse. Qui l'a poussée à remplir verre après verre. Jouer l'ami. Le compagnon. L'épaule bienveillante qui accueille les larmes, et l'oreille attentive qui boit les mémoires et les souvenirs. Et il a eu une envie. Celle de pousser, de proposer à la veuve de s'isoler, d'échanger le chagrin dans une certaine intimité. Pour s'en débarrasser ensuite. Parce qu'elle l'agace. Sa blondeur, sa candeur, cet attachement qui la rend pathétique aux yeux d'Arthur. Tellement risible. Alors peut-être est-ce pour cela. Pour ce qu'elle est. Qu'il boit. Qu'il la pousse à boire. Et qu'il se retient d'échanger réellement avec elle.

Il a osé formuler son idée. A tenté, du moins. Juste les prémices d'une phrase. D'un mot. D'un son. Mais il a été interrompu par cette silhouette. La poignée de main d'un enfant frêle et minuscule, à la voix perdue dans les astres. Quelque chose de lointain, doté de l'écho de ces grands espaces nus. Et l'étonnement d'Arthur de voir ces petites mains, qui enserraient ses doigts, chaudes comme les météorites explosées sur la surface encore fumante de leur lancement à des années lumières. Brûlantes comme les novas jetées à tout allure et parsemées de poussière d'étoiles. Une peau de cette couleur de lever de soleil, brillante d'astres capturés. Emprisonnés. Réfugiée d'autorité sous le derme avant de s'éteindre définitivement.

Son silence et le retrait de Serena. Qu'on la lui prenne, qu'on la lui prenne ! Un jour il lâchera sa frustration sur elle. Un jour, il exprimera cette colère enfouie. De vieux souvenirs. D'anciens griefs non digérés. Non acceptés. Qu'elle prenne pour tous, qu'elle prenne, cette Reine ! Qu'elle subisse, cette putain ! Qu'elle subisse et qu'elle se la ferme. Qu'elle arrête de chialer. De jouer la bienveillante et la parfaite. Qu'elle arrête. Ca lui ferait les pieds. Et Arthur, lui, serait heureux. Satisfait.

Et le frisson le long de l'échine. La mâchoire qui se serre, de battre un instant le cœur s'arrête. La déglutition ardue sous la panique. La sueur subite qui coule dans l’œil et un coup de chaleur. Partir. Fuir. Vite, très vite. Loin, très loin. Là où on ne pourra pas venir le chercher. Pas de suite. Se réfugier et s'en remettre. Laisser s'exprimer sa panique pour mieux se relever. Hurler, se tirer les cheveux, se griffer. Frapper, déchirer, fracasser. Hurler. Hurler. Encore et encore. Et pleurer sous les coups. Pour relâcher toute la pression. Se libérer enfin. Gifler, mordre, étrangler et baiser. Pour se calmer.

Car les paroles de Boréas le submergent. Le touchent. Arthur a l'impression qu'il sait. Qu'il est au courant. Que c'est lui qui a tué Vulcain, lui seul. Qu'il est là pour voir son œuvre, se repaître du chagrin et se moquer de ceux qui tiennent beaucoup trop aux autres. De ceux qui pleurent le défunt. Risible. Pathétique. Qu'ils sont, de tenir tant à autrui ; qu'il est d'être revenu comme un perdu. Alors il reste en retrait. Se tait. Et essaye de se convaincre que ce n'est que suppositions. Du bluff. Prêcher le faux pour connaître le vrai.

Demeure l'envie de se mettre à genoux. De demander pardon. D'implorer la pitié. D'avoir cédé. A ses pulsions, à ses sentiments. De toute accepter de ces yeux vairons, de ces lèvres. De dire amen à la moindre parole, d'obéir au moindre mot. Pleurer pour l'absolution, d'avoir osé se moquer de l'assemblée et son chagrin. Implorer la rédemption. Le pardon. Parce que c'est un lâche. Un paon qui revient. Et parce qu'il a dit oui. Parce qu'il a accepté. Parce qu'il aime, et que ça le déchire de l'intérieur.

Alors Arthur a fuit. S'est enfuit. La poigne de ses doigts a faibli, son verre a roulé de sa paume et s'est fracassé sur le sol. Des éclats et de l'alcool. Mais il s'en fiche. Ce n'est pas son problème. Ca ne l'est plus. Il y a plus pressé. Plus urgent. Alors il est parti. N'a pas attendu. Dans le sillon de Boréas, il s'est glissé. Assez rapidement pour voir le nouveau professeur disparaître dans les immenses escaliers à l'instant où le peintre sort de la Grande Salle.

Il lui reste l'envie de lui courir après. De l'interpeller, le rattraper. Et lui demander. Le malmener, l'interroger. Pourquoi il a dit ça. Pour qui. Est-ce qu'il sait, et ce qu'il sait. Ce qu'il a vu. Ce dont il a été au courant. Et pourquoi il n'a rien fait pour l'arrêter. Pour les arrêter tous les trois cette nuit là. Pour l'arrêter lui. Les empêcher. L'empêcher. Essayer de le ramener à la raison, et tout le bordel autour. Arthur a même envie de l'assassiner à son tour. Pour s'assurer qu'il se taise pour de bon. Qu'il ne révèle jamais tout ce qu'il sait. Mais non. Non.

Et Arthur n'ose pas. Finalement. Il reste pétrifié. Devant cette silhouette parée de cette immense cape d'aurore boréale. Devant la peau parsemée d'étoiles et d'abysses qui regagne les hauteurs. Là où il doit être désormais. Puis un regard. De sa part. Celle de Boréas sur un Arthur tout pantelant. Transpirant de panique d'apercevoir le regard du Nimerys, de sentir les regards des statues sur lui. Ca l'oppresse. Lui fait tourner la tête.

Il court. S'échappe. Et à peine a-t-il l'occasion d'inspirer l'air qu'il vide le contenu de son estomac sur le parvis. La fraîcheur de l'air l'a achevé. Condamné. Ca lui tort les entrailles, lui serre le cœur. La cage thoracique, elle, est comprimée. Il a du mal à respirer. Parvient à peine à remplir ses poumons d'air. Il ne peut que continuer à vomir. A cracher. A voir ce long filet couplé de bile et de salive s'échapper de ses lèvres sans pour autant s'en détacher. Alors il s'essuie les lèvres du revers de sa manche. Tant pis si c'est sale. Crade. Dégueulasse. Il repassera. Il s'en fout. Et quand il regarde en arrière, il n'y a plus aucune trace de Boréas. Parti. Disparu. Comme Serena s'est évaporée de l'Académie en compagnie de la cour du nouveau patriarche.

Il prend le temps. Juste quelques secondes. Une inspiration. Puis deux. Puis trois. Et il se redresse. Se détache. Et s'éloigne. Quelques pas, et déjà il se met à courir. Partir. Fuir. S'enfuir. Le plus loin possible. Le plus vite possible. Pour ne pas remettre de suite les pieds dans cet endroit maudit. Qu'il déteste. Lâche. C'est un lâche. Qui retourne auprès de sa Belle pour se consoler. Pour se recharger. Ou de ses enfants. De ce qu'il a de plus précieux. Pour faire comme si rien ne s'était passé. Prétendre qu'il n'est pas venu.
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Messagepar Arwed Asriel » 01 Juil 2016, 19:10

    Arwed avait ignoré les flottements, les mouvements, les bruissements, restant concentré sur le Cœur. L'assemblée l'avait assez déçu par sa médiocrité, ce soir, par son incompréhension, son incapacité à comprendre et à respecter la perte du Titan qui était tombé et que l'on saluait en cette sombre nuit. Surtout, dans le flot d'émotions sombres, tragiques, qui agitaient l'âme du jeune prince céleste, la colère avait trop facilement tendance à éclore, et il voulait éviter de souiller lui-même la mémoire de Vulcain en commettant un meurtre ou un esclandre le jour de son enterrement. Hors, au rythme où allaient les choses, et vu la fragilité de ses émotions, il n'aurait pas forcément répondu de la sécurité de ceux qui venaient souiller la mémoire du Patriarche tombé juste à proximité du Cœur. Mieux valait oublier tout cela et se concentrer sur le silencieux hommage à rendre à Vulcain en ce jour de ces derniers adieux à ce monde bien pâle, sous les étoiles, et qu'il avait pourtant réussi à aimer et à protéger sous la lumière de celles-ci.

    Mais ce recueillement fit aussi que le jeune homme ne remarqua guère la progression des nouveaux venus dans la salle. Il ne vit pas les enfants des étoiles, aux tuniques brodées de fils célestes, porter les doux remerciements aux convives, même les moins méritants, d'ailleurs. Perdu dans le flamboiement céleste du Cœur, Arwed ne fini par remarquer quelque chose que par une absence : celle de la tension du regard de sa protectrice sans cesse posé sur lui, qui ne l'avait pas encore quitté jusque là. Ce ne fut qu'alors qu'il détacha le regard de la flamme stellaire du Cœur, et vit approcher un homme dont la tenue semblait tissée dans la trame même d'une aurore boréal, un homme qu'il reconnu tout de suite. Et comme il le reconnaissait, une part de lui compris également ce qui se passait, sans avoir besoin de contempler les événements de la salle. Sa présence en ces lieux ne pouvait signifier qu'une chose et, comme le chaîne et la trame d'une éternelle tapisserie, une seule fin, que le chevalier, du reste, ne chercha point à contester.

    « Puissions-nous surmonter cette épreuve, et faire pour la famille, pour l'Opale, ce qu'il y a de mieux. »

    Le mieux... nul doute que Boréal considère que cette réalité s'incarnait en lui-même. Néanmoins, Arwed ne comptait pas lui disputer cette légitimité. D'une part, parce que les droits de sangs de Boréas sur le Trône Céleste étaient en effet plus fondés que les siens : il était plus proche, par le sang, du Titan défunt que le jeune forgeron, ce qui, selon la loi naturelle et ancestrale des nobles familles, le plaçait en tête des héritiers potentiels. D'autre part, il fallait bien l'avouer, parce qu'en ces instants le jeune homme n'avait aucune envie particulière de tenter de s'approprier ce pouvoir qui avait été celui de Vulcain, et l'avait conduit dans la tombe. Non, il n'était pas de taille à prendre la suite du colosse étoilé, c'était une certitude. Il n'était pas pleinement certain que Boréas y soit plus apte, mais il laisserait le fils des trous noirs et des plus sombres des profondeurs célestes tenter lui-même de se mesurer à l'ombre de Vulcain. Après tout, n'était-ce pas son devoir, à lui, que de relever le gant, d’honorer cet impossible défis ?

    En le voyant se retirer, s'éloigner après une réconfortante étreinte de ses propres mains, le forgeron se dit que, du reste, il s'agissait là d'un homme qu'il pourrait servir avec loyauté, si toutefois il se montrait lui-même loyaux envers les idéaux de l'Opale. Son cœur resterait jamais acquis au Patriarche défunt, bien entendu – comment aurait-il pu en être autrement ? – mais il fallait bien, hélas, que le monde des vivants continue sa marche. Le jeune homme vit son cousin se rendre auprès de Séléna et la faire évacuer par ses fidèles, alors qu'elle semblait déjà avoir bien bu, hélas. L'évacuer semblait nécessaire en effet... même si le chevalier n'aurait certainement jamais deviné la « fin » qui lui était réservé par le nouveau maître de la faction céleste – et quand à ce qu'il en aurait dit, c'était bien un mystère. Alors que la Reine veuve quittait la salle, les musiciens se turent aussi bien que les conversations, ménageant une place à Boréal pour s'adresser à tous.

    « Veuillez excusez Lady Nimerys. Elle ne se sent guère bien, son chagrin est insurmontable. »

    Voilà qui était galamment tourné, approuva Arwed, en observant Boréas qui faisait face à la salle, étant maintenant décapuchonné. Ses yeux bleus, forts répandus dans la famille, semblaient scruter l'entièreté de l'assemblée, dont certains devaient maintenant comprendre ce qui se jouait, tandis que d'autres, sans doute, ne le reconnaissaient point – mais apprendraient sans nul doute à le connaître dans les temps à venir.

    « Les derniers adieux ont été faits, les ultimes hommages présentés au regretté Vulcain. Je vous invite à célébrer sa longue vie, et à profiter du bal jusque l'aube. Profitez chers amis, profitez ! Tant que vous le pouvez. Avant que le meurtrier de mon cousin ne vienne enfoncer son épée assassine dans votre cœur tandis que vous dansez ; avant que l'on doive organiser vos funérailles. Pleurez cet être cher. Ce professeur, ce parent, ce Géant. Pleurez le comme le pleurent les étoiles, comme le pleure le Coeur de Nymeria. Pleurez le car bientôt ce sera peut-être l'un d'entre-vous que nous pleurerons. »

    De morbides paroles, certainement, mais dont le sous-entendu, à dire vrai, ne toucha guère Arwed. Parce que, comme il l'avait dit à la belle courtisane céleste, il ne pensait pas qu'un autre oracle ait pu prévenir la mort de Vulcain là où le Patriarche lui-même avait échoué ? Ou parce que son esprit était trop engourdit par le deuil pour de telles pensées ? En tous cas, si Arwed comptait bien se laisser aller à la tristesse, il n'avait pas le cœur à célébrer, et ce fut d'un regard encore triste, morne, qu'il regarda le nouveau Lord – même si tous ne l'avaient peut-être pas encore vu – quitter la salle, dont les portes s'ouvrirent en grand à son approche.

    «  La Grande Salle est à vous pour cette nuit, et pour cette nuit seulement. Puissiez-vous en profiter, et vous remémorez vos souvenirs liés à Vulcain. »

    Alors que les grandes portes se refermaient théâtralement, cela n'empêcha pas, peu de temps après, un des convives de sortir de façon visiblement assez pressée... Selena n'étant visiblement pas la seule à avoir un peu trop bu. Arwed, lui, n'avait guère le cœur à s'amuser, mais n'entendait pas non plus abandonner le Cœur Céleste au milieu d'une bande de sauvages qui, les connaissant et vu ce qu'il avait déjà pu avoir droit depuis le début de cette funeste soirée, étaient autant capable de tenter de le voler que de s'engager dans une orgie à ses pieds. Il choisi donc de rester, et parti reprendre une coupe de vin, légère, avant de regagner les abords du Cœur. S'il ne comptait pas se perdre dans l'alcool, il pouvait se confier à sa légère brûlure et à la communion silencieuse avec la pierre stellaire pour mieux surmonter la tristesse qui la frappait, elle plus encore que lui, sans doute, et pour la protéger, si besoin était, des hordes inopportuns qui semblaient bien incapables, en cette sombre nuit, de respecter le deuil – ce qui n'était sans doute pas si surprenant que ça, à Magicopolis...
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Messagepar Cassandre » 10 Juil 2016, 07:10

Sa bouche avait un goût de cendres et de cigarette. Une fusion indigeste de frustration et de joie.
Elle noya l’amertume d’une gorgée acide, déversa les flots oniriques de l’alcool contre sa langue brûlante. Les feux de l’enfer. Cassandre était accoudée à cette table croulant sous les bouteilles où, d’un pas pressé et d’un regard fiévreux, tous venaient immerger leur chagrin factice et leurs chimères. Ils ressassaient un souvenir ancien, divaguant sur leur peine et leurs amitiés exceptionnelles avec le défunt. Personne ne songeait à porter le regard sur cette dame de nuit dont les mains graciles caressaient la courbe de son verre de liqueur, songeuse. Elle se tenait là. Devant un autre siège, celui-ci maintenant vide, encore tiède d’une présence disparue.

Serena s’en était allée. Ivre. Ses jambes chancelantes ne supportaient même plus son poids d’Étoile, alors que deux hommes la soutenaient, l’amenaient, l’enlevaient. Cassandre, témoin muette de la scène, observait cette femme brisée – humiliée – être trainée tel un fardeau - ou une honte - et non comme la bien aimée veuve de l’illustre Vulcain. Un nouveau jeu pour les Neufs : Sacrifier des pions, user du fou, perdre ses cavaliers, bouger les tours, couper la tête de la reine et enterrer son roi. Drapée de neutralité et pratiquement intouchable, elle se voulait infaillible. Ce n’était plus le cas. Tout tombait en ruines. Magicopolis n’était qu’un poison corrosif, une mort lente et douloureuse. Londres, un tombeau pour ses âmes perdues.

Toutefois, elle était une Reine. Elle tenait sa maison close d’une main de fer dans un gant de velours et elle comptait bien préserver les siens des erreurs de ces mégalomanes et de ces rejetons d’inceste. D’ici trois jours, elle connaîtrait le sort réservé à Serena ; elle se le jurait. Ce n’était pas les informateurs qui manquaient dans ces temps de tension, d’allégeances vacillantes et d’usurpateurs. Pour savoir à quel point les fruits poussés dans le terreau des derniers évènements étaient pourris, des fruits cultivés à même les dépouilles des sacrifiés ; des fruits parasites.

« Vous êtes seule ? »

La courtisane dévisagea l’étudiant devant lui, si fier dans son nouveau costume. Prêt à serrer des mains et s’élever dans ce monde souillé entre deux condoléances. Il était presque craquant avec ce côté mauvais garçon de dortoir, croyant que ces petites frasques le préparent à la véritable arène. Comme une bouffée d’air frais au milieu de vapeurs viciés. Encore malléable, encore blanc des desseins de plus grands, simplet dans sa naïveté. La prophétesse lui indiqua le siège à ses côtés sans pour autant lui accorder la grâce de répondre, continuant la rapide descente d’une autre coupe à sa portée. Le vin fondait dans sa gorge et illuminait son regard tel un artifice, un masque liquide. Le corail de sa lippe corruptrice tendait le leurre, érigeait l’appât et le pauvre garçon mordait à pleine bouche. À son tour, il se versa une liqueur aux arômes étourdissantes avant de prendre place, le corps projeté vers la courtisane, ses doigts tâtant l’espace creux, mais significatif les séparant – tel un prédateur. « Je n’aime pas les enterrements. Ils sont si… vous savez… mortels. » Il prit le temps d’insérer entre ses lèvres moqueuses une confiserie à la menthe avant de poursuivre. « Et ce nouveau maître des cieux, je ne serais le dire… il est si… différent de Vulcain, vous ne croyez pas ? Décalé, même. Mais bon, ces prophètes, ils font tous un peu froid dans le dos. »

La Reine de la Nuit ne retenue pas ses derniers mots, déjà ses pensées dérivaient, abstraites et fuyantes comètes vers l’objet d’un autre tourment. Derrière ces portes closes étaient disparus le nouveau patriarche, l’héritier du respecté Vulcain. Boréas, le cousin oublié, chuchotaient les langues pendues. L’homme des trous noirs, ricanaient les ombres. Un homme dangereux, pensa Cassandre. Un pressentiment, une terreur latente, le regret de s’être avancée pour lui serrer la main. Elle contempla sa paume comme si la poussière céleste s’y était incrustée. Le frôlement de leur épiderme lui avait donné la nausée, une marée de sueurs froides. Le Don, lui, avait jubilé en se nourrissant de ce terreau abritant graines de folie et autres horreurs. Elle avait été attirée par ce vide, cet abîme, dans lequel tout son être criait à plonger son troisième œil. Ce n’était plus un homme, mais un spectre déchiré en deux dont les morceaux cherchaient à balancer d’un côté ou de l’autre. Fascinant. Angoissant. Elle avait fui. Se dissimulant de nouveau derrière la masse d’invités attendant leur tour de gloire, afin de ressaisir cet oxygène qui lui manquait. Cassandre avait peur.

« Oui. Différent. Je ne pourrais pas mieux dire. »

Sa réponse se conclue par un baiser arraché, presque douloureux de dents qui s’entrechoquent et de souffles aux relents alcoolisés. Une fièvre volcanique. Ils n’échangèrent plus rien. Pas de paroles. Pas de noms. Pas de demandes. Il voulait s’amuser. Elle voulait oublier. Ils quittèrent la Grande salle avant la fin de la nuit. Ils ne retirèrent pas leurs vêtements. Elle releva l’ourlet de sa robe funèbre. Il ouvrit sa braguette. Chacun sans réellement se soucier de l’autre. Chacun dans leur monde. Il arracha presque la soie délicate couvrant sa féminité. Elle se laissa faire, poupée de chiffon. Là, contre le mur des toilettes de la si glorieuse Académie, il la baisa jusqu’à ce que les bleus fleurissent sur peau. Étouffant ses cris ou ses pleurs, elle planta ses dents dans la chair tendre de son épaule jusqu’à ce qu’elle goûte le fer.

Avant que la nuit ne se fane, elle avait déjà quitté les lieux.
Elle l’avait laissé jouir en elle. Elle ne se souvenait plus de son visage.

Les jumeux Orothar n’étaient plus. Vulcain n’était plus.
Le chaos était.
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