Métal hurlant [Ouvert à la faction Onyx]


Lorsque Valériane B. Kravt, la Reine Dragon, fait entendre les rugissements de son chant. L'Onyx s'est embrasée, le sang noir a fait rouiller les épées. Entre tambours, et guitares électriques, la Tempête vient.


Messagepar Valériane B. Kravt » 04 Sep 2015, 23:00

Seule au sommet de son donjon, la Dragonne écoutait l'orage qui s’amoncelait sur l'horizon. Le tonnerre grondait de sa voix caverneuse, des éclairs d'acier se mêlaient aux battements martiaux des tambours appelant Onyx. Poussés par le vent les grands rideaux de velours noir claquaient dans la pièce. Quelques feuilles mortes poussées par les râles de la tempête, tourbillonnaient à l'intérieur et tâchaient de sang et de sève les tapis. L'été n'était déjà plus qu'un lointain souvenir. Avec l'automne, ses pluies, ses bruines, et ses arbres dépouillés aux troncs couleur rouille, la guerre allait reprendre.

Poussés par les bourrasques, comme des épaves rejetées à la plage par les vagues de la marée, les habitants de l'Onyx se dirigeaient vers les grandes portes de la Citadelle Craft. Cette montagne de pierres noires, de créneaux affûtés, et d'orgueilleuses bannières, qui cascadaient telle de l'encre liquide le long des murailles. En levant la tête vers ce grand donjon couronné d'étincelles orageuses, ils ne pouvaient pas voir leur matriarche, qui tapie dans la pénombre de sa salle du trône aux brasiers éteints, les toisait de sa superbe. Mais eux n'avaient pas de secrets pour elle. La Dragonne devinait leurs angoisses et leurs excitations, ressentait l'harmonie touchante des battements de ces milliers de cœurs, qui chantaient de concert avec les tambours de guerre.

Tous ils étaient venus. Les mercenaires sans foi ni loi, les guerriers disciplinés, les putes oppressées, les nobles et les sans noms. Tous étaient là à former un fleuve noir, vivant, vibrant, qui se resserrait dans l'entonnoir du pont levis, et s'insinuait en une crue intarissable, entre les faces d'acier des gardes dragons aux armes dégainées. Onyx en majesté. Ses protégés, ses enfants, ceux qui du plus humble au plus aristocrate, avaient été anoblis par le sang versé des guerres de l'année passée. A sa façon Valériane les aimait. Ils étaient sa seule famille. Des gens qui comme elle n'avaient rien à perdre. Que Londres craignait et méprisait à la fois. Mais qui faisaient front, relevaient bien haut le menton et les épaules, en dépit de ces failles, de ces blessures qui les rongeaient.

La cour centrale de la forteresse était vaste. Et pourtant la foule qui continuait à croître l'emplissait toute entière. Appuyée à la base du donjon dont les portes fermées n'abritaient que la solitude de Valériane, avait été élevée une grande scène. Un dragon de métal, couleur rouille, à la gueule si vaste que tout un groupe avec sa chorale, ses tambours, ses instruments pouvait y prendre place. Des flammes brûlaient dans les orbites creux, entre les crocs érodés, et la fumée dégorgée par ces brasiers de carburant alchimique empêchait de discerner ce qui sommeillait dans les ténèbres des mâchoires carnassières.

Mais l'on entendait battre des tambours, tinter quelques gouttes d'une pluie couleur plomb, et chanter. Des voix douces, tristes et enchanteresses. Qui en des mots simples dépeignaient les guerres. Celles passées, celles à venir. En l'honneur des morts Onyx, qu'ils soient nobles ou sans visage, et des vivants. Ceux qui par leurs blessures, leurs peines et leurs chagrins, payaient le plus lourd tribut au Dragon. Ce dieu sauvage, qui dévorait ses ennemis et ses enfants, sans épargner personne et qui semblait perpétuellement affamé de gloire et de violence.

Dans le silence de la salle du trône où tourbillonnaient des feuilles mortes soulevées par le vent, les hauts talons des bottes de la matriarche sonnaient tristement. L'écho résonnait entre les piliers décharnés aux allures de cage thoracique. Et la solitude de la brune à la chevelure lâchée, s'en trouvait renforcée.

Elle descendait les escaliers sans se presser. Sur son passage les torches chuintaient. Dans ses entrailles, une angoisse sourde, tintée d'une grisante excitation s'étalait comme une nappe de mercure. Plus elle se rapprochait de la cour et plus la rumeur de la foule se faisait forte. Elle entendait le battement des tambours, elle percevait le vent des murmures. Son cœur s'affolait. Les voix de ces orphelins de guerre forcés de chanter dans la gueule d'acier du Dragon se mêlaient aux souvenir de la dernière Craft.

La foule contenue par un cordon de motards musculeux aux ordres de Feral, ne voyait que la gueule du Dragon. Ce museau monstrueux tout de fer fondu et martelé, que la bruine rendait transpirant, et dont l'haleine des braseros se condensait en un hâlo de vapeur. Mais entre ses pattes, loin de la curiosité du public, sous ce ventre gonflé de rivés et de pièces rouillées à vif qui faisait paraître la matriarche minuscule, l'agitation était à son comble. Des esclaves torses nus, la contournaient en s'excusant platement, le dos courbé par le poids d'immenses réservoirs d'essence qu'ils déversaient dans les cuves alimentant les éclairages. Le feu brûlait. Incandescent et oppressant, la chaleur réverbérée par les parois d'acier était insoutenable. Dans un coin l'on avait enchaîné des prisonniers de guerre Opale. Condamnés à puiser la foudre à même l'orage qui s’amoncelait dans le ciel de plomb, pour alimenter, les murailles d'enceintes et de basses, qui grésillaient dans les entrailles du monstre. Le saurien vibrait de sa propre vie. Celle de centaines de servants qui se tuaient à la tâche.

Trop de mouvements, trop de bruits. Un bref vertige la saisit et la fit danser sur ses pieds, comme un roseau chatouillé par le vent. Elle entendait la foule. Ces milliers de gens qui se pressaient sur les dalles ensanglantées de la cour centrale. Les flammes des brasiers pétroalchimiques faisaient planer un brouillard rouge, incandescent devant ses yeux asymétriques. Valériane grimaça. Frissonna. Des suées froides lui électrisaient l'échine, comme si le Dragon parfaitement éveillé dans son dos s'amusait à jouer de la harpe avec ses nerfs tendus. Elle avait la nausée. Un début de migraine lui incendiait les tempes. Mais ni les esclaves, ni les gardes du corps ne voulaient voir ces instants de faiblesse. A leurs regards, elle n'était plus humaine depuis longtemps. Une Craft, la dernière descendante de sa lignée, celle dont les chairs abritaient la gestation d'un Dieu proche de l'éveil.

Alors la jeune femme dont le dos las, blessé par les saccades d'excitation de son parasite, s'appuyait contre les fers a vif d'une patte de l’entrelacs d'acier, plongea ses doigts blêmes dans son corset. Du cœur elle ressortit une petite photo.

Childhood : Le cliché est vieux. Froissé d'avoir été souvent manipulé. Taché de transpiration d'avoir été porté à même la peau. Il embaume le parfum de la guerrière. La photo en elle même, est de piètre qualité. Prise sur le vif, par surprise, par un jeune reporter de la gazette de l'Académie. A une époque où les sorciers préféraient la poésie immortelle de l'argentique, aux récents et éphémères clichés arca'numériques. En noir et blanc. Avec des ombres pâles et une lumière de fin journée. On y reconnaît Pénombre et Keith Craft. Ils sont encore jeunes. La mère doit avoir dans les seize ans, le père pas plus de quatorze. Ils se tiennent côte à côte sur un tertre du parc de l'école. Elle montre quelque chose à son cousin. Un point de l'invisible horizon. Le garçon ne suit pas la direction du doigt. Il regarde Pénombre. Tout les deux sourient. Innocents de leur monstruosité.

Un orphelin de guerre, jeune servant dont les parents avaient été tués pour ou contre l'Onyx s'était approché de la suzeraine. Sans le voir la guerrière lui abandonna sa cape. Elle tenait toujours la photo entre ses doigts glacés d’appréhension. Mais son menton s'était relevé et ses épaules redressées. Un soupir pour se donner du courage. Dans la gueule du Dragon d'invisibles musiciens échauffaient leurs baguettes, et délassaient les cordes de leurs basses et guitares électriques. L'idée de reculer n'effleura même pas Valériane. Au contraire elle pressa le pas. Envie d'air pur. Envie de vent. Envie de lumière. Sur son passage Moloch et Baïeslav soulevèrent un rideau. La Solitaire savait que ses seconds désapprouvaient son initiative. Considéraient qu'elle n'était qu'une héritière capricieuse. Qu'elle devait se focaliser sur les violences des campagnes à venir. Mais elle les ignora. Passant devant eux, dans un éclair de velours et une explosion de parfum. Elle n'était pas une bannière que l'on agitait bêtement à la tête des légions pour les exciter. Encore moins un symbole que l'on enfermait dans une cage dorée, pendant que de vieux mercenaires aux cœurs morts et aux passions éteintes prenaient toutes les décisions. Elle était la dernière des Craft. Elle était une femme. Que son peuple attendait, que ses enfants appelaient.

Le choeur de petits anges regroupés sur la scène, laissa tressauter, une dernière note, longue et plaintive comme un cheveux de comète. Et puis ils se turent, alors qu'une Valériane fébrile fendait leurs rangs et la fumée entre les machoires de la gueule du Dragon de fer. La nuit appartenait à Onyx. Avec son vent qui sentait la pierre, la sueur, le sang et la cendre. Son ciel de plomb fracturé d'éclairs. Et ses torchères qui brûlaient comme des étoiles rouges en périphérie des immeubles. La lumière des projecteurs alchimiques braqués sur la Craft, réveillait des éclats miroitant sur son corsage de cuir luisant. Une spirale de fils d'argent, blêmes comme des veines, redessinait la cambrure oppressante du vêtement, et s'enroulait autour de son ventre gainé en un tourbillon sans fin. Là où le blason de son clan avait été tissé dans une matière si noire qu'elle en paraissait étinceler. La matriarche avançait sur la scène d'une foulée artificiellement contrainte par les langueurs purpurines d'une gigantesque robe, qui floutait ses jambes, dissimulait ses hautes bottes et étouffait les claquements de ses talons. Dans son dos sa longue chevelure entrelacée de chaînettes de titane, tintait et ondulait, comme un reptile lascif.

Elle s'arrêta au bout du plateau, entre deux immenses crocs recourbés, qui faisaient le double de sa taille. Une pronde inspiration gonfla sa poitrine. Ses yeux étaient fermés pour échapper à l'aveuglement des projecteurs braqués sur son visage. Mais elle ressentait jusqu'au plus profond de ses os la présence de la foule agglutinée à quelques mètres d'elle. L’électricité du moment faisait se hérisser le duvet sur ses avants bras, et courir des étincelles sur sa chevelure. L'une après l'autre, ses mains aux doigts entrecroisés comme une prière se refermèrent sur le micro. Les enceintes reprirent en écho le chuintement empressé de sa respiration. Elle attendait. Elle goûtait à la lente montée de l'excitation, à cette ivresse de l'adrénaline qui la saisissait toujours à la veille d'une bataille. Dans le ciel les éclairs se succédaient, dans l'esprit de Valériane les pensées se percutaient, et se désintégraient comme des atomes au cœur d'une centrifugeuse. La peur était oubliée. Ne demeuraient plus que ces mots, ces phrases, ces refrains, qui s'amoncelaient en elle et menaçaient de faire exploser sa bouche.

Ses enfants et elle avait tant à leur dire.
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Messagepar Miracle » 05 Sep 2015, 21:45

~ Arcana - Amber ~



Il adore ça, il aime ça.

Le grand roulis des nuages charriés dans les ténèbres, leur ventre de Léviathans gonflés de menaces et d'eau glacée, d'éclairs façon serpents blafards. La face du ciel zébrée d'anguilles de lumière. L'odeur des pavés, de la pierre, du verre et des corps où l'humidité crépite. Cette manière ancestrale qu'a la terre d'appeler de ses vœux les flèches impitoyables du ciel au point de faire monter jusqu'à lui ses effluves et ses vapeurs, et de cristalliser le brouillard de Londres comme la fumée d'un millier d'encens.

Couché sur la pierre, nu en entier, Miracle a longuement observé les cohortes noires défiler aux abords de la forteresse, puis leur procession docile à l'intérieur de ses flancs – comme à travers le goulet d'un sablier hérissé. Il a contemplé, du haut de son perchoir, les longues langues rouges des braseros et leurs crachats étincelants. Les perches touillant le feu, l'éclat du métal contre le métal, et les tambours surtout, les tambours aux clameurs de peaux et de plomb : des appels dans les ténèbres. Auxquels, frémissant, son corps semble vouloir répondre.

Il aime ça, il adore ça.

Dans l'air lourd, après un temps – assez pour qu'une bonne partie de la foule se soit déjà engagée, sans pour autant être clairsemée ou tarie – l'hybride se redresse, et s'étire de toute sa leste personne. Sa chevelure bat ses épaules, riche et opulente, le couvre de caresses au point que sa peau ambrée, déjà hérissée par le vent qui la malmène, en soit secouée de longs frissons. D'un revers vif, il essuie la sueur qui perle sur ses épaules et reporte une nouvelle fois son attention vers le Fort. La montagne crénelée aux allures de Tarasque l'attire comme un aimant.
C'est le moment, il est temps.

Vif et prompt, Miracle. Il prend soin d'empoigner la pèlerine couleur cendre qui gît à ses côtés, s'en revêt en vitesse, serre les lacets contre sa gorge. Rabat la capuche, de sorte que ses yeux fendus ne brillent qu'à moitié dans la pénombre – que ne paraissent que ses traits suaves et ses lèvres pleines, toujours prêtes à se fendre d'un sourire ou d'une morsure, et quelques mèches sombres et sauvages échappées de sa tignasse. Sous l'ourlet du long manteau, sa queue ondule et sursaute comme un serpent. Seul détail un peu délicat, qui ne devrait cependant plus lui poser de problème une fois fondu dans la masse fanatisée.

Il descend comme une ombre le long de la façade, se ramasse au pied de l'immeuble désert le temps de humer l'air à petits coups, ainsi que font les bêtes prudentes. Parmi les cent parfums charriés dans l'air, rien ne paraît l'alerter : c'est à grandes enjambées qu'il rejoint la foule, évitant avec soin d'être frappé de trop près par la lumière d'une torche ou d'un brasier. L'ombre est son refuge, son domaine : en son sein et par sa grâce il n'est personne – qu'une silhouette floue, qu'un peu de brume chahutée par la pénombre et le vent. Il se fond avec aisance dans la foule apeurée, fébrile, extatique parfois, des gens de l'Onyx. Passe entre les gardes, au coude à coude avec d'autres hères tremblants et essoufflés, sans se faire remarquer. C'est qu'il excelle à ce jeu-là, Miracle. Sur le sol, entre les souliers d'acier de celui-ci et les bottes lacées de celle-là, ses pieds griffus dansent sans bruit. Il sinue. Se faufile. C'est un chat, et c'est une couleuvre. La foule visage tendu observe l'estrade, toutes faces levées comme une mer de galets blancs. Et lui, d'ombre en ombre, au milieu du feu et des cris, il progresse.

Il adore ça, il aime ça.

Pas si loin se dresse l'imposant dragon de rouille. Naseaux évasés écumants de colère, féroce, implacable et altier. A l'image de la faction qui l'a pris pour emblème. Miracle frémit à nouveau, et passe une pointe de langue sur ses lèvres. Son sang bouillonne de désir. Car c'est ainsi qu'on l'a conçu, ainsi qu'on l'a élevé : guerrier et combattant, prédateur invaincu. Oh, ce qu'il aimerait se mesurer à la Bête ! Comme ce serait merveilleux, et terrible et exaltant, que de se presser peau contre écailles et griffes contre griffes, et sentir l'haleine de fer fondu de son ennemi, et mordre à sa gorge rivetée de braises ! Mais il faut se contenir – se taire, attendre. Miracle baisse le front. Sa queue impatiente palpite dans l'écrin du manteau, et il est heureux que tous, autour, n'aient d'yeux que pour celle qui s'avance sur l'esplanade, droite et dure comme une caryatide.

La reine, l'héritière, la mère en devenir. Un symbole en robe noire, une étrange image votive. L'hybride l'observe en biais, d'un regard coulé qui se perdra dans la marée humaine qui l'entoure et le dissimule. Il prend une inspiration profonde, invitant les parfums de la Dragonne à envahir ses sens pour mieux en distinguer les plus subtiles nuances. Apprendre, se rappeler. Se souvenir, oui, des fragrances piquantes et captivantes de cette femme-là. Et l'écouter, maintenant, puisque c'est pour cela qu'il est venu.

Il aime ça. Il l'adore déjà.
Miracle
 



Messagepar Esmée » 09 Sep 2015, 01:11

Tous ils étaient descendus. Tous avaient revêtu le Gris et s’étaient rassemblés dans les rues dans un cortège sourd, vibrant sous le tonnerre qui les exhortait à se mêler au pèlerinage. Sous les combles de la Maison Close Onyx, elle regardait défiler la procession d’hommes, de femmes et d’enfants qui marchaient d’un même pas en direction de la Citadelle, le cœur à l’unisson. Elle ne voulait pas les rejoindre. Trop de monde. Trop de bruit. Trop de gens en déchéance. Trop de sentiments pour une Empathe. Et puis, après tout, elle ne se sentait pas Onyx. Elle les détestait, n’avait rien à voir avec eux. Elle était tombée là, par manque de chance. Elle aurait pu finir ailleurs. Si elle avait su, elle aurait choisi de vouer son âme à une autre faction. Mais le sort en avait décidé ainsi. Elle était une pute Onyx, elle devait s’y faire.

La Maison Close s’agitait, elle aussi. La plupart martelaient déjà le sol du quartier. Et les rares âmes restantes se pressaient pour les rejoindre. Elle, elle aurait bien pu rester là à contempler le ciel noir, et la danse des éclairs que la petite fille qui sommeillait en elle craignait. La foudre s’abattait sur l’Onyx grondante et moite ; la pluie battait les carreaux crasseux des combles et bénissait la cohorte et son ventre rongé par l’angoisse. C’est Valériane qu’ils allaient voir. C’est la Mère de la faction qu’ils allaient entendre. C’est la voix de la Matriarche de fer qui allait résonner sur le quartier de la violence et de son opposée souffrance. Mais Esmée, qu’avait-elle à voir dans tout ça ? Elle n’allait être qu’un partisan de plus, et son cœur n’y était pas. Elle ne faisait pas partie de leur monde. Elle n’était pas là depuis suffisamment longtemps pour comprendre les rouages du système Onyx. Et puis, elle s’en foutait. Là-haut, sous les combles poussiéreux de la prison des putes rouées de coups, elle écoutait l’orage et tentait de faire abstraction des émotions qu’elle sentait monter des pavés sales de la rue. Elle était tapie dans la pénombre que seuls venaient perturber les éclairs électriques, les millions de volts zébrant le ciel chargé, priant pour qu’on l’oublie.

Et puis, ils étaient venus, les gros bras Gris, ils avaient enfoncé la porte en bois et l’avaient sommée de descendre, de contribuer au mouvement, de grossir les rangs. Elle s’était débattue, comme toujours. Elle, Esmée, la pute ravagée par les coups de discipline qu’on voulait graver dans sa caboche de Française, une tête trop dure pour obéir, un corps trop frêle pour encaisser toujours plus de coups. Il a suffit d’un seul homme pour la porter au rez-de-chaussée comme un chien galeux et l’envoyer valser sur le carrelage froid. Dehors, toujours la même armée, frappant le sol humide d’un seul pas, vibrant comme un seul homme. Prostrée au sol, il avait fallu que le mâle la tire par la nuque pour qu’elle se relève, et qu’il la jette aux lions. Dans sa robe blanche, tâchée de son sang rouge, d’une plaie ouverte à la cuisse, elle ne pouvait résister. Emportée dans une horde, une marée d’hommes et de femmes de tout rang, une mer déchaînée, houleuse.

Ils marchaient vers la Forteresse, comme s’ils voulaient s’en emparer. Ils étaient des centaines, des milliers. Le grondement du ciel. Le grondement des hommes. Esmée cherchait des yeux une tête connue, sans succès. Aucun soutien, aucun appui. Elle se mit à rêver d’évasion, peut-être qu’elle tenait là sa chance de fuir. Et pourtant, impossible de quitter les rangs serrés, prisonnière de l’armée de l’ombre, poussée en avant, toujours. Oppressée dans la chaleur lourde, elle crut défaillir par trois fois. Mécanique, ses pas foulaient le sol sale. La pluie glacée malgré la chaleur moite électrisait ses épaules découvertes. Elle n’était pas vêtue pour être à la pluie. Elle frissonnait.

Et le flot discontinu d’Onyx en fête s’étrangla pour passer le pont levis. Perdue, les sens en éveil, le cœur battant, elle s’était vue morte écrasée par la foule. Mais non. Tous, tête haute, ils l’avaient soutenue en avant. Et finalement, la marche quasi militaire cessa. Elle était à vif et avait envie d’hurler. Tout ce monde, tous ces sentiments mêlés, le bruit des tambours, le chant élégiaque… Elle avait l’impression qu’on lui faisait subir le supplice du crâne dans l’étau qu’on serre et qu’on serre encore. La jeune pute Onyx se tint les tempes, une grimace déformant son visage fin. Elle murmura qu’ils cessent, des larmes sur ses joues. Pour calmer son corps endolori par l’accumulation de trop de sentiments, elle reporta son attention sur la Tour. Elle n’y avait jamais vraiment fait attention, n’avait jamais détaillé ses créneaux sanguinolents, comme une bête abimée par les ravages d’une guerre passée. Et il y avait le dragon, ce symbole de rouille trop grand, trop imposant. Il faisait chaud, et le feu que crachait la bête n’arrangeait rien. Esmée regardait les flammes danser, fascinée. Elle aimait le feu, ami apaisant, compagnon de voyage fidèle, protecteur.

Ils étaient plusieurs à le nourrir pour qu’il crache encore. Elle trouvait ça dommage, elle qui pouvait s’entourer d’un cerceau de feu pour ne pas qu’on l’approche, elle qui le maîtrisait comme d’autres contrôlaient les chaînes. Concentrée sur la danse des flammes brûlantes, elle aurait pu oublier le mal que lui causaient les centaines, les milliers d’Onyx venus assister au rendez-vous. L’attente était trop grande. Puis, elle apparut. De noir vêtue, celle qui contrôlait l’Onyx se montrait enfin. A sa plus grande surprise, Valériane paraissait étrangement humaine. Elle s’était imaginé un monstre, mais s’élevait face à eux une femme, avec ses faiblesses de femme. Esmée se prit à être déçue de tout ce monde qui la perturbait. Elle aurait voulu pouvoir se concentrer sur la Matriarche, exercer sur elle son don d’Empathe, elle aurait tout donné pour savoir ce qu’on ressentait, ainsi élevée au rang de déesse, attendue et crainte par tant d’âmes qui se pliaient aux mœurs qu’elle imposait. Avait-elle peur ? Sa gorge était-elle nouée ?

Et soudain, plus un bruit. La foule attendait, fébrile, un mouvement de sa Reine. Le peuple restait suspendu aux lèvres de sa Mère. Seuls grondaient le dragon et le tonnerre, comme s’il était prévu que les éléments se déchaînent en ce jour étrange. Esmée ne se sentait pas Onyx, et pourtant, la curiosité était forte. Elle allait parler. Bientôt, elle entendrait sa voix.

Trempée dans sa robe blanche tâchée de sang, Esmée était suspendue à la respiration de Valériane, crachée par les enceintes. Elle haïssait l’Onyx et ses sévices, elle voulait s’enfuir et se perdre dans une Londres mortelles. Et pourtant, à cet instant précis, plus rien ne comptait autant que d’entendre cette femme qui les faisait tous frémir, et elle avec.
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Messagepar Tattoo » 10 Sep 2015, 22:07

Un grondement assourdi. Des nuages noires d’encres, menaçants, du tonnerre et des éclairs dans le ciel trouvant un étrange écho à terre, alors que des milliers de pas formaient un tambourinement saisissant en marchant en rang serrés. Perchée sur le rebord d’une des fenêtres de mes quartiers personnels, j’étais aux premières loges, m’interrogeant sur ce spectacle impressionnant, mon âme semblant vouloir faire partie de cet ensemble vibrant d’un même appel, d’une même volonté. Tout ce monde convergeant vers un même point me faisait l’effet d’un étrange organisme, les artères et veines de l’Onyx charriant tout ce monde pouvant se comparer au sang si vital pour chacun et pour la Faction. L’Onyx répondait à l’Appel, tous marchaient sous la pluie sans se gêner, en une harmonie sombre et silencieuse. Glaçante et oh combien tentatrice.

Vivement, je descendis de mon perchoir, passant une longue cape à capuche de couleur grise sur mon ensemble de cuir noir, et me préparais à descendre, à rejoindre cette foule danse, voulant accorder mes pas, mon cœur à celui de ma Faction. Une fois prête, je sortie dans le couloir, rejoignant le flot d’hommes et de femmes sortant de la Maison Close, accordant leur rythme aux autres déjà marchant. Les rues étaient bondées, combien étions nous exactement en cette nuit sombre ? Je l’ignorais, captivée par cette étrange scène. Curieusement, je rejoignis l’une de mes collègues courtisane, l’une des protégées de Candy. L’hybride louve aux cheveux de feu, Phèdre. Elle avait revêtue une cape semblable à la mienne, mais en m’approchant, je la vis paraît de ses bandes de soies noires d’encres, sa chevelure rousse libre sous sa capuche déjà dégoulinante de pluie. Calant mes pas aux siens, nous avons cheminé ensemble, la foule allant vers la citadelle du Dragon, avalée par le pont levis. Il était étonnant que tant de personnes puissent se tenir réunies dans cet espace qu’était la Cour de cette immense bâtisse. Le brouhaha ambiant fit soudain place à un immense silence. L’attente due à l’apparition d’une silhouette, une femme. La Matriarche elle-même, notre Mère à toutes et tous. Muette, immobile aux côtés de la louve, j’étais tendue, captivée comme chaque personne en ces lieux, l’attente étant intenable bien que brève. Que se passait-il donc ?

Un gémissement à mes côtés me fit tourner la tête. Phèdre n’allait visiblement pas bien, grimaçant en tentant toutefois de réprimer ces témoignages de gênes et de douleurs… D’une de ses mains, elle jouait avec sa précieuse Broche, son Catalyseur. Murmurant doucement, pour ne pas perturber le silence environnant, je tentais de comprendre, pour pouvoir l’aider, si besoin…

« -Un problème avec ta magie ? Cet oiseau que tu tiens dans ta main, c’est ton Catalyseur, si je me souviens bien ? Je peux t’aider ? »

« -C’est mon Catalyseur oui. Je devrais être capable de maîtriser ma magie depuis le temps, mais j’ai des difficultés à l’appréhender, du retard à l'Académie... De plusieurs années. Je lis dans les pensées... Enfin, en principe, je devrais. Mais tout ce monde… Ils pensent tous tellement forts…. Ca me submerge, et j’ai mal au crâne, une migraine me vrille la tête, tu ne peux rien y faire, je pense. Il me faut tenir bon quoi qu'il arrive. Je n'ai de toute manière pas le choix. »

Lui passant un bras autour de la taille, je tentais de lui donner un appui stable, qu'elle ne chute pas au sol. Si je ne pouvais l’aider, autant lui offrir mon soutien, physique à défaut de mental. Moi-même je ne possédais pas de magie, donc pas de Catalyseur. Simplement un don, hérité de ma mère. Celui d’illusionniste. Je pouvais donner vie à mes tatouages, ou les transposer du papier à la peau sans passer par les aiguilles…. J’en avais de la chance…

« -Je suis là, je te tiens. Tiens bon, jeune louve. Pour l’Onyx. »

Un sourire complice échangé, et nos mains liées en une étreinte solide, nous avons reporté notre attention à l'estrade et à notre Matriarche qui s'apprêtait à intervenir. Ses enfants l'attendaient avec une impatience fébrile, non feinte.
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Messagepar Sygnii Volantis » 11 Sep 2015, 00:30

L'été se meurt et verse son sang sur Londres, cette nuit. Le tonnerre gronde comme un cœur battrait dans la chair noire et grise de nuages plus bas qu'à l'accoutumée. Comme s'ils s'étaient couchés, penchés, répondant à un appel ou à une blessure. Trempée de la pluie qui l'a bénie, Sygnii étale d'un doigt qui voudrait distraitement l'effacer un trait de mascara que la moiteur transforme. Il ourlait ses cils, il lui dessine maintenant trois grosses larmes noires, qu'elle trouve adaptées sans les voir. Elle a entendu hurler la rumeur dans les rues, résonner le cri chuchoté de l'appel, éclater la confidence de ce secret connu de tout un quartier. L'Onyx appelle. Elle n'a rien à y faire, elle n'est pas concernée. Elle est là, ses pieds l'ont désiré.

Sa robe un peu longue, blanche et simple, comme celle d'une communiante plutôt que celle d'une mariée, colle à sa maigreur toute frêle, laisse deviner en ombre les bulles d'air qui naissent et meurent le long de ses cuisses lorsqu'elle marche de son pas dansant, la virgule de son nombril marqué, la petite touche de couleur tendre de ses aréoles, de son pubis. Des déchirures au bas des chevilles, des traces de ronce, des bouts d'herbe verte, des fragments de feuilles rouges, sont tout ce qu'elle porte en dentelle, en parure. Sa seule pudeur, à elle qui est plus déshabillée que si elle était nue, est un foulard blanc qui tombe sur ses cheveux, les enserre, les cache, mal cependant ; et elle n'y prend pas garde. Il y a tellement plus de choses auxquelles faire attention.

Elle sourit à l'image des motards, lève le nez vers la découpe de la tour Onyx, qui fait comme une gueule à l'envers, une bête décapitée au milieu de la mâchoire, exposée, creusée, habitée en hommage cruel d'êtres minuscules qui la contraignent à vivre encore en la parasitant. La chaleur, même à seulement approcher la rumeur, est déjà plus grande. Le pavé irradie. Tremble, légèrement, sous le petit pied nu de la saltimbanque. Tous ces poids minuscules qui font frémir le monde, ensemble. Réunis dans le chaos qui gronde, dont le bruissement lointain devient, à mesure, plus intense que celui des éclairs retenus. Elle prend une profonde inspiration.

Elle a percé la foule. Elle s'y fraie un chemin. L'ambiance lourde et humide est encore réchauffée de tous ces corps qui se pressent, de toutes ces chairs qui se tendent vers la scène, de l'incandescence alchimique éclairant les lieux d'un reflet d'enfer. Les fumées naissant du dragon de fer sont si épaisses qu'elles ont du accoucher du ciel de cette nuit. L'odeur de l'empressement se mêle aux haleines brassées de concert. La sueur de milliers de personnes oint l'atmosphère. Les gens prennent un goût de fumée rien qu'à les voir, à ses sentir. Elle est bousculée, elle insiste. Glisse sa petitesse toujours plus près. L'animal, la femme, le mélange des deux, elle veut les voir. Elle prend appui sur une épaule et frôle un bras. Elle est plaquée contre un dos et esquive une main qui veut la happer. Sans qu'elle sache pourquoi, sans qu'elle ne se sente menacée. Sans qu'elle ne s'y attarde. La foule est un animal qui a sa propre pensée. Le ver de viande contemple le dragon de fer enflammé. Ils se jaugent. Bientôt ils vont danser.

Elle apparaît. La foule se tend soudain, se compresse vers elle, comme un animal tend le cou, un enfant la main. Sygnii est projetée avec eux vers la scène, sans qu'elle n'ai pu vraiment la voir, sans qu'elle ne sache si c'est vraiment elle. Organe malmené, elle reste le souffle coupé, sans réagir, coincée au milieu des corps agités. Dans un éclair, elle l'aperçoit. La peau blanche, les cheveux bruns, la robe rouge. Le drapeau noir et luisant qui claque, derrière, à côté, en face. Elle plante ses ongles dans une nuque, se hisse sur un dos – elle veut la voir. Mieux. Elle veut la saisir. C'est elle qu'elle est venue observer – elle et ses enfants. Elle et ressentir. Elle sent son cœur battre au rythme où la foule s'agite. Comme si elle était l'une des leurs, l'espace de cette nuit. Elle pourrait l'être. Elle pourrait le croire. Elle pourrait. Elle s'en moque. Elle rit tout bas comme le peuple gronde tout haut, les mains pétrissant tendrement les chairs d'inconnus tout aussi empressés qu'elle, tout aussi moites de peaux. Sueur et pluie, attente et exaltation, feu et fascination. Le moment va claquer, comme un nuage se fend. L'orage va tomber, la bouche s'ouvrir. Valériane, chante !
Sygnii Volantis
 



Messagepar Armand Melvian » 11 Sep 2015, 07:38

Ronflant d’impatience, l’étalon raye le pavé de son fer impérieux. On le fait attendre, lui qu’on a dérangé de sa paille propre et sèche pour l’atteler sous l’assaut battant des menstrues célestes. La moindre des politesses serait de se presser, semble dire son œil hautain où se reflète la haute silhouette noire de son maître. Il a le teint beau ce matin tient. Que croit-il, ses joues sont si émaciées que les poudrer de rose ne tromperait pas même l’aveugle de la rue des Marronniers. Mais son habit est élégant, sobre et simple, comme il les aime. Dieu merci il nous épargne son haut-de-forme aujourd’hui, et coiffe son crin d’ébène d’une casquette d’officier non sans rappeler ses belles années à l’armée. Le sabre est toujours là, lui. Ce fourreau de bois qui ne peut s’empêcher de lui taper les flancs lors qu’il a le rare honneur d’accueillir sur son dos large le séant du guerrier. Enfin, dans l’habitacle il entre, et les reines cassent les bouches des deux fougueuses bêtes qui trépignent, ruent, hennissent - pour la forme - et s’engagent dans la grande allée qui mène aux grilles du manoir.

Les voilà sur la route, d’un trot pénible, la tête basse pour éviter les gouttes d’acide dans les yeux. Cet amas d’humains tout autour d’eux est insupportable. Ils suivent à l’aveugle le dos du véhicule de devant, quel qu’il soit, leurs œillères et la structure même de leur tête ne leur permettant de rien y voir, mais l’humain qui les guide est rôdé. Il ne les laisse pas s’égarer. L’inégalité de la route rend la traversée amusante, pleine de sauts et de tressauts au rythme des éclairs, des vrombissements des motos, et de la bonne humeur ambiante. Derrière sa fenêtre, à l’abri de la foule et des intempéries, l’indifférence de l’occupant nargue les quelques têtes qui ci-et-là se retournent, courroucées, impressionnées. Les deux nobles frisons aux longs crins ondulés font cet effet-là, parfois.
Ils arrivent là où on a prévu qu’ils poursuivraient à pieds. Des colosses en parqua gris tirent la fragile chevillette de métal et débloque la porte. Un jeune blanc bien habillé se presse, dévoué, à l’embouchure. La claque d’un parapluie de soie que l’on tend s’érige au-dessus d’une silhouette courbée. L’homme sort et se redresse, sa calèche repart l’attendre avec les écuyers.
Quelques pas s’interrompent vers le flot informe de la foule. Il rit intérieurement. Un dédain jeté à son visage sous forme de crachat vient d’atteindre sa cible. Ce gredin n’est pas le premier, et il le déplore, pas le dernier. Son serviteur s’empresse de nettoyer la dignité de son maître d'un mouchoir de papier, et tous deux peuvent se joindre à la marée d’Onyx.

Les humeurs corporelles ont une voix plus fraîche et piquante que les mots. Les hormones bouillantes sont une voie vers l’esprit. La moindre plaie, une porte vers le cœur. Dans cet orchestre olfactif il se laisse bercer. Lui, le vampire, le réprouvé. Il dépasse bien d’une bonne tête la foule, et ne s’en sent pas oppressé. On est pourtant nombreux à s’insurger de sa présence, dire qu’il avait passé une heure à maquiller son inhumanité. Non, il écoute chaque goutte de sueur lui chanter des louanges depuis le creux des cuisses de cette elfe surexcitée, la complainte salée des larmes de cet enfant affamé que le sein maternel vient étouffer. L’alizée fumeuse et sucrée qui provient de l’estrade, où entre les griffes du reptile de métal s’apprête une inoubliable entrée.

La rosée rouge perlant d’une plaie oubliée le long d’un corps carencée…

Une infime fragrance, qui aurait tout aussi bien pu ne pas exister, vient caresser ses sens. Il sait depuis longtemps que le maître breuvage est un fidèle confident, il suffit de tendre l’oreille pour reconnaître son camp ou celui de l’ennemi. La mélodie de celui-là est fétide, coriace, comme un vin trop fait oublié sur une table de chevet. Il sent la douleur, la peur et le foutre. Un sang de catin, somme toute. Il ne le voit pas, mais ses narines frémissantes s’en abreuvent avides des émotions de la blessée. Pas besoin d’empathie lorsque c’est l’essence elle-même qui nous guide. Adrénaline et endorphine se disputent l’ascendance, un duel compromettant le désir. Imaginer le met tari suffit à galvauder son appétit. Il le recherche pourtant. Indifférent au mulot dévoué qui se presse à son pas ample pour garder sa haute silhouette sous l’abri précaire de l’ombrelle, il fend la foule droit vers l’origine du méfait.

Cette dernière est immobile. Elle bronche, râle et caquette à son passage, on s’offusque, on injure, on oublie. L’indifférent avance, et soudain l’étonnant paysage s’ouvre à lui. Elle semble seule. Le regard de pluie de son soupirant détaille chacun des Onyx qui l’entourent. Elle semble libre de tous. Il faut dire que les regards convergent au même endroit. Un discours s’apprête. En matière d’attention nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Tant mieux, celle que la sienne convoite n’a pas besoin de tant de lumière. Il a trouvé la scène, reste à découvrir le crime.
Ses pupilles reptiliennes goûtent à chaque creux, chaque angle que son vêtement veut bien dévoiler. Elle fait tâche de craie dans tant de noir. Un point cependant se marie fort bien à l’ambiance, une écorchure béante au niveau de son aine. Personne ne la remarque, ou quand ils le font, c'est pour en éprouver un dégoût profond. Lui est fait pour en capter chaque note, et voir dans l'intelligence de ces tons et ces nuances une véritable oeuvre d'art. Sans quitter des yeux la fautive blessée, il ouvre ses doigts gantés de lin vers le mulot qui y dépose un linge immaculé, sec, frais. Sans un mot, l’esthète s’approche, se penche, tend le présent. Son regard est clair, il ne souffrira pas de refus. Lorsque la damnée le prend, il hoche la tête, galant, puis se redresse pour à son tour prétendre d’un quelconque intérêt vers le sommet qui en exige tant.

Sans que ce ne soit flagrant, sa présence pourtant a installé comme une clairière de répit autour de lui. Un cercle d’où la vie semble fuir. La médiocrité des préjugés s’accommode mal de son inoffensive menace. Il le sait. Ça lui plaît. Peut-être en est-il de même pour la résidente du bordel qui semble avoir été jetée là contre sa volonté. Que lui importe ses origines et les raisons de sa venue. Son vin mis à nu est comme une délivrance, couvre l’acidité de la fumée, de la sueur et de l’acier. Il inspire, il ne veut rien d’autre d’elle que sa passivité.
Armand Melvian
 



Messagepar Eonis Omory » 12 Sep 2015, 01:34

Toute la nuit à crier. Elle avait tant crié que sa voix se brisait au moindre souffle. Les larmes de son corps s’étaient complètement déversé sur ses joues, à moitié séché, à moitié humide. Elle n’avait plus une seule goutte. Épuisée, à bout de force, et pourtant elle tenait bon. Elle n’avait pas le choix. Pas le droit de faiblir, pas le droit de l’ouvrir, pas le droit de s’enfuir. Il faisait sombre, un seul chandelier qui diffusait de la lumière, à faible dose. La cire avait brûlé toute la nuit. Faisait-il jour ou la nuit enveloppait-elle toujours les rues désertes ? Elle ne pouvait le dire. Pour la nuit la jolie blonde avait été esclave. Esclave sexuelle, à subir les fantasmes glauques et immondes de deux hommes qui l’avait choisi. Un, puis l’autre, parfois les deux, à la posséder encore et encore, à réduire son esprit à néant jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que l’ombre d’elle même.

La dernière limite. Ça n’était pas son corps mais son âme qu’elle tentait de protéger. Toute cette haine, cette perversité rageuse, mais surtout l’excitation et le plaisir qu’ils prenaient à la voir ainsi. Tellement puissant et fort que plus rien d’autre ne pouvait venir l’a sortir de cet enfer. Le coup partie. Pas un son ne sortie de sa bouche, le regard dans le vie, elle céda. Genoux à terre, le regard baissé, la pierre froide et rugueuse entailla sa peau. Au fin fond de la maison close, au sous sol, dans les recoins accessible uniquement pour certains clients particuliers ; il y avait toujours les salles de tortures en l’état. Apprécié de nombreux adeptes de la maison, rare étaient les putains qui réussissaient à survivre à un tel traitement. Eonis se trouvait attaché, pieds et poings liés aux pervers fanatiques de sévices et tortures en tout genre. Ça n’était pas la première fois. Elle n’y avait pas été seule l’autre fois...

Des gouttes de sang, des gouttes de sperme, le mélange des deux glissaient sur le corps de la blonde. Son dos était marqué, des éraflures rougeâtre, des coups de fouet, la douleur avait était forte, subite, mais ça n’était rien comparé à ce qu’elle ressentait. Leurs émotions, leurs envies, leurs colère mêlé à la perversité de leurs esprit. Une horreur. Cette sensation était toujours là. Elle avait pourtant fait son possible pour ne pas s’engrainer dans ce maelstrom empathique. Ils gagnaient toujours. La loi du plus fort. Celle de l’Onyx. A force de subir cet assaillement d’émotions, elle ne distinguait plus rien. Le calvaire avait finalement prit fin. La jeune femme sortie de sa torpeur lorsqu’un garde arriva pour lui enlever les liens qui l’enchainaient à ces murs de béton et froid. C’était mal pensé que d’imaginer qu’elle serait libre, ou encore en repos. Non. Quelque chose se passait. Le garde l’a pressa , lui ordonna de se préparer. Aujourd’hui était un jour particulier. Eonis regardait par la porte entre ouverte. Tous s’agitaient, la maison était en effervescence pour semble-t-il un évènement d’une grande importance.

Elle ignorait de quoi il en retournait. Mais elle était obligé d’obéir et de suivre le mouvement. Forcé par le garde, elle se vêtit à la hâte devant lui, enfilant sa robe de la veille. Une semi-liberté, qui ne dura pas. Les mains attachées, lié l’une à l’autre devant elle. Dans les couloirs, tous se pressaient. Les autres putains aussi, elle n’était pas la seule. Elle reconnait quelques uns de ses compagnons d’infortune. Telle une marais humaine, ils marchaient tous vers la sortie. Une vague, noire, comme un seul et unique cortège. Dehors, le temps était sombre, nuageux, froid, Eonis avait du mal à regarder clairement le ciel. C’était la le moindre de ses soucis. Tout l’Onyx se dirigeait vers un seul et unique point de rendez-vous. La forteresse Kravt. Elle se dessinait au loin. Prise dans un épais brouillard. C’était donc ça la raison de tout cet agitement. Quelque chose se passait là bas. Le retour de la matriarche, sans doute devait-il s’agir d’une cérémonie. La jeune femme n’avait encore jamais vue l’héritière en face à face. Rien que de penser à cette idée, un frisson l’a parcouru de la tête aux pieds. Elle n’eut pas le temps de tergiverser dans ses pensées réconfortantes que le garde qui s’occupait d’elle l’a poussa pour l’entrainer vers le cortège humain.

Tellement de monde. Un brouhaha indescriptible. Non, c’était beaucoup trop. Comment supporter ? Comment gérer tout ça ? Au centre, la blonde commençait à ressentir toute sorte d’émotions. De tout les côtés, les gens affluaient en masse. Hommes, femmes, enfants, les gardes, les guerriers, elle était submergée par un flot continu. Peur, admiration, excitation, anxiété, joie, des sentiments tout ce qu’il y a de plus normaux. A ceci près que la sensation en était décuplé. Jamais elle n’avait encore eut à supporte une telle chose. Elle voulait que ça s’arrête. Elle voulait être ailleurs. Elle voulait être avec lui, avec la seule personne qui lui donne le sourire mais c’était impossible. Non, elle n’en avait pas le droit, ça le mettrait en danger. Soudainement arraché à la cacophonie ambiante, quelqu’un profitait de l’occasion pour la toucher. Elle sentit une main sur ses fesses, peloté par les mains sales d’un inconnu, s’insinuant sous sa robe, à même la peau. Il ne pouvait s’agir que d’une seule personne : le garde qui s’occupait d’elle. Il profitait de l’occasion, dans la foule, personne ne verrait, personne ne saurait. Un instant fugace pour le garde. Il était onyx mais il savait ce qu’il en coutait de trahir et désobéir. Toucher aux putes était interdit, alors voilà une occasion à ne pas manquer.

Parmi les gens, il y en avait d’autre comme elle. Les enchainés de l’Onyx, beaucoup de filles. Elles étaient semblable. Toutes dans le même endroit, à lutter pour leur vie, leurs survit. Aussi rapidement qu’elle en fut submergé, le flot d’émotions s’arrêta soudainement. Plus personnes ne bougeaient, plus personnes ne parlaient, le silence se fit encore plus sombre que l’orage qui se déclarait à l’égard du temps. Le souffle du vent emmenant ses longs cheveux virevolter au loin, et c’était comme si le temps semblait s’arrêter. La forteresse Kravt se dressait fièrement devant les Onyx, tout un pan de l’histoire revenait en mémoire pour les plus anciens. Valériane apparut enfin aux yeux de tous. L’héritière, la reine, la grande dame, Eonis l’observait. Elle ne l’avait jamais vu. Elle était belle, digne, humble d’apparence, restait à savoir ce qu’elle comptait faire en présence de ces fidèles habitants rassemblés à ses pieds. Une étrange sensation s’empara de la blonde. L’anxiété et l’attente qui l'a rongeait commencé à former une boule à l’estomac.
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Messagepar Gemme Wolfcraft » 12 Sep 2015, 15:46

Les tambours étaient assourdissants. La rumeur de la foule onyx venue de tous les quartiers était de plus en plus intense, de plus en plus impatiente. Embusquée dans l’ombre, la louve avait l’œil ouvert, perçant. Elle humait l’odeur de l’adoration des légions onyx pour leur matriarche comme elle l’avait fait elle aussi, dès son arrivée. Elle n’était pas si différente dans le fond, même âge, même appartenance. Mais il y avait de nombreuses différences entre elle. La première était que jamais Gemme ne serait matriarche. Ni de l’onyx, ni du saphir, ni d’aucune faction. Et même si elle ne le souhaitait pas, nullement attirée par le pouvoir, elle le savait, c’était un fait. Un long frisson remonta son échine. La louve ne portait pour haut qu’une simple brassière en cuir ainsi qu’un pantalon, de la même matière enfermée dans ses bottes aux talons métalliques. Perchée sur ses quinze centimètres de talons, la louve n’était pas pour autant moins habile, non, elle était grande, charismatique et elle déambulait sur les pavés aussi aisément que si elle avait été louve. La soirée promettait d’être intense, vibrante, sauvage. Ce n’était pas un concert dans les salles rubis non, c’était un concert où les ours et les loups hurlaient, scandaient, adulaient celle qui se tiendrait derrière le micro. Et les côtes seraient cassées, broyées, elles seraient enfoncées et les pieds seraient réduits en bouillis dans cette marée humaine qui respirerait bientôt au rythme d’une musique emplie de puissance et de combattivité.

Gemme regardait la foule, ces hommes et ces femmes qui suivraient Valériane jusqu’à la mort pour la gloire du dragon et elle gronda satisfaite. Elle faisait partie d’eux, elle les connaissait tous jusqu’aux derniers. Ainsi, elle était capable de remarquer ceux qui n’étaient pas d’ici. Cette jeune fille blonde, qui respirait les brumes et leurs méandres doucereux. Ou ce jeune homme aux couleurs exotiques qui ne faisait pas parti des siens. Mais cela lui était égal tant qu’ils se tenaient tranquilles. Dans tous les cas, ils étaient tellement bien entourés qu’ils n’auraient pas l’occasion de tenter quoi que ce soit, la louve le savait. Et il y avait les motards, qui contenaient la foule. Et à leur tête, il y avait Feral. Le chien noir qui avait gagné le respect de son père, celui qui avait été un grand frère pour elle, un mentor et un entraîneur. Aujourd’hui les choses étaient différentes. La louve avait des envies, des instincts et c’était de lui qu’elle voulait s’enivrer. Pas de Solem, ni de ces garçons de l’académie qui voulaient, qui espéraient un jour entrer dans ses faveurs comme l’avaient réussi Noxiss et Solem. Mais le sang de Gemme ne bouillonnait ainsi que pour lui, pour ses cheveux bruns, ses yeux ténébreux et ses cicatrices. Que pour ce regard qu’il posait sur elle et les muscles roulants sous son grand blouson de cuir. Un long grondement s’échappa de ses lèvres alors que la foule continuait à vibrer d’impatience.

Encore quelques instants, quelques souffles et soudain elle était là, sur scène. Elle l’emplissait avec une telle facilité que malgré l’imposante forteresse qui était derrière elle, on ne voyait que la brune. Elle l’emplissait avec tant de prestance qu’elle ne semblait pas petite non, mais grande, immense. On ne pouvait pas la rater. Elle était superbe et éclipsait tout. La foule s’était tue, comme pendue à ses lèvres, attendant avec impatience le moment où elle allait commencer à chanter, à les envoûter pour recommencer à scander leur adoration. Gemme se redressa maintenant que toutes les attentions étaient focalisées sur la matriarche et se glissa dans l’espace vide entre les motards et la scène, d’un pas vif, agressif comme tout ce qu’elle faisait. Aucune douceur juste le tranchant de son regard glissant sur les motards comme pour les dissuader de lui barrer le passage ou au contraire de lui donner une bonne raison de les envoyer rouler au sol. Elle remonta l’espace jusqu’à glisser ses longs doigts sur la moto de Feral et se glissa dans son dos s’y pressant pour venir grogner de désir contre son oreille tout en claquant des dents à celle-ci. La louve glissa ses mains devant pour venir strier la peau de son ventre de marques rouges laissées par ses ongles possessifs sur sa peau. Puis elle ne bougea plus. Si elle respectait Valériane, la louve n’aimait pas la musique et le vacarme assourdissant qu’elle engendrait non. La louve se moquait du concert, des basses et des chansons. La louve n’avait pas besoin de cela pour être fidèle à la jeune femme. Alors elle ne regardait pas la scène mais la foule, la défiant de tenter d’approcher tout en gardant ses mains brûlantes contre la peau du chien noir. Mais elle ne souffla pas un mot de son agacement à devoir encore supporter ces missions, ces ordres. Car la louve ne supportait pas de devoir le partager et de ne pouvoir exiger qu’il la suive, la, sur le champ.
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Nel'kael Selean » 12 Sep 2015, 17:44

La main de la jeune elfe déjà au crépuscule de sa vie attrapa d'un geste nonchalant le col du blouson jeté sur ses épaules et le porte à ton nez retroussé. Inspira goulûment l'odeur tenace de féminité carbonisée qui s'y accrochait, même après des semaines. Appelant avec elle les images et les sensations douces d'une nuit hors du temps et de l'espace, aux côtés d'une femme qui l'avait laissé réparer sa moto et poser une tête épuisée par l'angoisse sur sa cuisse à la chaleur rassurante. Une femme au corps de panthère, au regard de chat, à la chevelure de lionne et à l'âme de dragonne. Une femme qui portait un blouson de cuir noir et qui répondait au nom de Valérianne. Nel avait promis, une fois ou deux, ou trois durant ces longues heures émaillées de mots perdus dans l'ébriété qu'elle ne dirait rien. Qu'elle garderait pour elle ces instants partagés, cette motarde aussi forte que fragile qu'elle avait repêchée sur le bord d'une route, tombée à bas de son trône d'ivoire organique. L'ingénieure n'avait pas été tentée, pas le moins du monde, de dévoiler à qui que ce soit cette nuit qui était comme sortie d'un rêve. Mais elle avait été tentée d'aller voir Val, ça oui. Comme pour se confirmer qu'elle était réelle, cette confidente d'un soir. Qu'elle ne lui avait pas menti. Que tout cela n'était pas une divagation de son esprit torturé par les angoisses répétées, par la terreur de l'ennui.

Alors quand un messager était venu demander à la mécanicienne de venir gérer la construction d'une scène pour un événement crucial dans l'Onyx quelques semaines au part avant, elle avait immédiatement acceptée. On était venu la chercher, au fond de son trou paumé en périphérie de Diamant, en haut de l'escalier escarpé et à moitié en ruine, pour venir toquer à sa porte qui pendait presque sur ses gonds, pour la sortir de son matelas défoncé, elle. Ça ne pouvait être qu'un signe qu'elle n'avait pas rêvé. Que la Val au bolide rugissant était la même Val que la terrifiante Matriarche qui faisait trembler Londres tout entier. Alors elle avait foncé, sans hésiter une seconde, sans réfléchir.

Elle qui se tuait déjà chaque jour à la tâche à l'usine, qui s'épuisait à réparer l'immeuble qui menaçait de s'écrouler, s'était ajouté un nouveau but, une nouvelle lubie. Construire le Dragon. Elle savait comment faire, elle savait ce à quoi il devait ressembler. Alors elle envoya, petit à petit, les esclaves Onyx piller la décharge dans laquelle elles avaient trouvé une quiétude salutaire. Ils récupérèrent des bus éventrés, des machines rouillées, des télévisions écrasées par le poids de voitures encastrées dans un poteau téléphérique arraché. Des monceaux gigantesques de morceaux de métal inertes. Des dizaines, des centaines de machines mortes, immobiles, dépourvues de l'étincelle d'électricité qui leur donnait la vie. Nel les avaient ressuscitées, véritable Frankenstein dans l'âme. Elle les avait fait fondre, remodeler, tailler, tordre, découper, démonter, jusqu'à ce que le métal chauffé au rouge, dans ça belle couleur enflammées, lui rappelle la gueule du dragon mécanique qu'elle avait piloté. La même forme de museau, les mêmes orbites rougeoyantes de braises, le même corps lové sous la forteresse comme entre les bras d'une mère nourricière. L'elfe les avait animées, ces pièces métalliques, elle leur avait donné une vie bâtarde, une vie partielle, une existence raccrochée à celle du cœur électrique qu'elle avait elle-même conçu. Un cœur qui actionnait chaque mécanisme en puisant dans les éclairs relayés par les mages Opale. Un cœur ronronnant du son exact que produisait le moteur qu'elle avait fait repartir.

Et à présent, Nel contemplait avec une expression d'arrogance satisfaite le fruit de son travail, perchée sur la murailles hérissée de pointes qui se dressait autour de la forteresse. Elle ne s'était pas mêlée au mouvement populaire, elle n'avait rien à y faire. Elle avait travaillé et attendu des semaines entière pour pouvoir revoir cette chevelure noire qui se tordait avec le vent, ces iris bigarrés qui la scrutaient. Alors elle avait grimpé, avant que quiconque arrive, tordant les barbelés, adoucissant les angles, émoussant le tranchant des piques d'un revers distrait de la main. Et elle se tenait là, blouson de cuir enfilé, chevelure rousse laissée au vent. Personne ne la regardait, évidemment, car ils avaient tous le regard tourné vers sa Bête. Son hommage silencieux, inconnu, à l'humaine qui se cachait derrière le masque impassible de la Matriarche. Elle l'attendait. Plus impatiente que jamais.

Et lorsque Valérianne, dans toute sa splendeur, fit ses premiers pas sur la scène, Nel entendit la foule retenir sous souffle d'un même mouvement instinctif. Elle sentit la vénération parcourir comme un frisson les rangs de badauds amassés. Elle comprit. Et son regard humble, son regard qui, pour l'occasion, avait revêtu les mêmes teintes que celui de Val, se fixa sur la femme, la mère, que la foule implorait. Elle comprit la faiblesse, la fatigue, la lassitude. Elle comprit la force.

Dans son blouson de cuir qui portait encore l'odeur d'une femme, Nel observait, subjuguée, une impératrice captiver son peuple.
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Messagepar Valériane B. Kravt » 21 Sep 2015, 15:17

Cette voix de métal hurlant. Qui vous fouillait les entrailles, comme la lame dentelée d'un poignard. Elle chantait. Elle hurlait. Crachant dans la gueule du micro vingt cinq années d'une souffrance trop longtemps refoulée. La voix n'avait rien de la beauté lyrique d'une Diva opéra, rien de l'immaculé cristallin d'un castrat. C'était quelque chose de brutal et de déchirant. De douloureux. De chairs à vif, qui se déchirent, qui s'écartent, comme écartelées par la morsure de crocs de bouchers pour laisser apparaître entre les côtes tourmentées, le secret d'un cœur bien vivant, encore palpitant, offert en pâture à la foule affamée.

Des paroles rugueuses. Des strophes essoufflées, que la rythmique orageuse des tambours accompagnait, enfonçait dans le public, tels des coins d'acier frappés par la cognée d'un bûcheron pour faire céder le bois. Une histoire. Son histoire. La génèse d'un Dragon au féminin, né sur les cendres, d'une passion maudite. Elle ne cachait rien. Enjolivait encore moins. La légende Craft. De leur mort, et de sa renaissance, Elle que tous croyaient perdue, et qui pourtant se dressait ce soir, seule devant son armée de musicien, avec ses mains décharnées qui étreignaient le micro au risque de le broyer.

Elle s'appelait Pénombre. Il s'appelait Keith. Papa ! Maman ! Combien étaient ils dans cette foule de hyènes affamées, à pleurer la perte d'une famille, la mort de leur l'oubli, la négation de leur passé ? Le Dragon d'acier chantait de sa voix, avec des échos qui rebondissaient entre les mâchoires de rouilles, et tonnaient comme le tonnerre d’altitude sur les murailles crénelées aux allures de massifs montagneux. La légende de deux Craft, qui avaient oublié la règle première de leur nom. Les Dragons sont des êtres de solitude, au sang trop dense, à la corruption trop poignante pour s'accoupler entre eux.

Un inceste qu'elle décrivait d'une voix rauque à l'érotisme saignant. Un plaisir morbide, coupable, à dépeindre la sueur corrosive d'étreintes volées au destin, a accuser le péché de chair. L'entrelacement des écailles. L'accouplement bestial de deux Sauriens aux ailes vibrantes d'excitation, aux bouches cannibales, aux babines rouges de s'être entredéchirées. Cette semence empoisonnée, qui se libère dans un orgasme aux allures de mort, pour venir féconder un ventre pervers. Le ciel qui se fend comme un hymen, alors que la femme de ses doigts avides, vient récolter un peu de ce feu liquide, noir et argent, qui ruisselle entre ses cuisses pour le porter à sa bouche.

Ivresse. Alcool. Des vapeurs qui montaient à la tête, portées par les vagues d'une nappe de basses rageuses. Parler d'amour. De celui qui sacrifie tout, et n'enfante que la rage, la destruction. Faire l'amour. A ces monstres, ces êtres laids, incompris, qui s'agglutinaient, s'entrelacaient, se pressaient contre les écailles dentellées de la scène. A sa façon elle les aimaient. Eux qui l'avaient adoptée, et qui l'appelaient Mère.

Une déclaration, qui se brisa sur une dernière note aux accents de violon déchiqueté, que la tempête reprit et porta, en une longue résonnance. La Craft épuisée s'était tue. Tant de rage pour un corps si fragile. Elle saignait comme si des griffes l'avaient prises et lacérées. Violée. Abusée. D'entre ses cuisses s'épanchait un rouge odorant. Ou peut être était ce seulement l'illusion de cette grande robe pourpre, qui fleurissait sur le sol comme une rose piétinée, lorsqu'elle s'agenouilla sur le plateau. Le dos face au public, les fesses posées sur ses talons. La nuque basse et soumise.

Du silence de cette haleine de Dragon qui soufflait sa fumée toxique d'entre les crocs de braise, échauffés au rouge, par la violence à peine contenue de la foule, un être se matérialisa. Vaste et inquiétante figure, qui portait les cuirs, l'acier, et tout un entrelac de tatouages cyrliques entrecroisés sur sa stature barbare. Pas de visage, mais un masque de fer, que l'on avait apposé encore en fusion sur ses chairs, pour qu'en durcissant, il se mêle au magma de peau et d'os, liquifiés. Quelques tambours tendus de peaux humaines arrachées aux ennemis de l'Onyx, accompagnèrent son approche sur la scène.

Sa main se posa avec rudesse sur la tête de Valériane. Et elle qui avait défié l'orage, fait résonner comme jamais la cage thoracique de ce Dragon de métal, sembla si petite, si frêle. Le spectre força, et la Reine se plia, se courba. Son visage disparaissait sous le voile pudique de sa chevelure renversée. Il flottait dans l'air, une odeur de sexe et de souffrance, si suave aux narines des guerriers de l'Onyx, qui sentirent leurs pantalons se gonfler. Des erections, comme cette lame d'os, recourbée à la façon des poignards antiques ou des crocs de fauves, que le colosse arracha de sa ceinture pour la lever bien haut, à la vue de tous.

Le prêtre s'immobilisa. Avec son arme d'ivoire qui attirait les éclairs. Sa respiration de métal sourdait avec puissance d'entre les machoires de son masque. Il observait la foule regroupée. Silencieuse et attentive. Il toisait dédaigneusement cette frêle créature prostrée à ses pieds. Une reine ? Non, juste une femme, vaincue et blessée, qui empestait la peur. Pour lui, ce Russe, qui avait été élevé dans la rudesse des plaines de Sibérie, par une secte d'adorateur dévoyés du Grand Dragon, qui ne chérissaient que la violence primale, qui apprenaient à tuer avant de marcher, dont les hommes s'accouplaient avec les animaux les plus sauvages de ce féroce climat, toute cette mise était d'une décadence écoeurante. A gerber, à cracher au visage de cette femelle, qui ne tenait pas sur ses jambes et se donnait en pâture à une meute d'Anglais, amolis par la civilisation.

Craft, Kravt. Plus que quelques lettres, la différence entre ces deux branches d'une Famille millénaire, était aussi vaste que les continents et les océans les séparant. Il chérissait l'enfant sommeillant dans le ventre infécond de l'Ombreuse. Il méprisait la mère de tout son cœur, de toute son âme. Mais il avait besoin d'elle. Encore un peu. Quelques mois. Quelques années. Le temps que la grossesse arrive à terme et que le fœtus reptilien, se découvrant enfin des griffes et des crocs, s'échappe de son enveloppe mortelle, pour ravager cet Empire sorcier pour lequel il n'avait que dédain. Valériane devait survivre. Ainsi en avait il décidé. Il frappa.

La lame émoussée maniée par ce poing couturé de cicatrices rituelles, s'abattit dans le dos de la matriarche agenouillée. Le sanglot de satin du corset éventré, fut couvert par le glapissement éraillé de la panthère sentant ce croc prendre ses chairs et racler contre sa colonne vertébrale. Alors sur ces écrans géants tapissant les murailles de la forteresse, sans égard pour le déshonneur de la guerrière qui avait refermé les bras sur sa poitrine, dans le frêle espoir de putain de protéger sa dignité, apparu en immense son dos de femme. Un dos pâle, marqué par l'outrage d'un formidable dragon d'encre mêlé en une harmonie lascive aux chairs tourmentées. La douleur de Valériane était évidente. Ses muscles tressautaient comme si elle avait été électrocutée. Et le plus infime mouvement, le plus léger tressaillement, faisait se mouvoir le grand reptile tribal.

« -Vous ! Oui vous Onyx! » Beugla le prêtre en refermant son poing sur la chevelure de la matriarche, qu'il tira, tordit, jusqu'à ce qu'elle cambre et se cabre comme une pouliche rétive. « -Vous qui appelez Mère, celle qui n'est qu'une Putain. Vous bande de filles et de fils de la putain Onyx ! » En une caresse obscène de ses ongles noirs de crasse et durs comme des pierres, il dévala le dos de la Craft. Griffant, grattant comme s'il souhaitait arracher l'épiderme et dévoiler sous les chairs mortelles, les reflets des écailles goudronneuses du monstre. « -Vous allez donner votre sang pour le Dragon. Votre sang pourri de fils de chiennes, d'engeances de salopes. » Il hurlait. De toute la force de ce mâle écho rebondissant entre les machoires rouillées du Saurien. Des hommes à lui échappant, à tout contrôle se ruèrent sur les portes de la citadelle pour les clore avec un grondement d'outre tombe. Emprisonnant la foule. Dans une nasse. Un piège.

« -Le Dragon a faim de vos chairs viciées, soif de cette urine qui coule dans vos veines. » Déjà des prêtres colossaux et masqués, fendaient les rangs. Des esclaves les suivaient voutés sous le poid d'immenses vasques de granit. Auprès de chacun ils s'arrêtèrent. Exibant des lames osseuses pour trancher les artères des volontaires, ou les gorges des récalcitrant. « -Il n'est pas de Reine. Pas de Seigneurs. Pas d'hommes. Pas de femmes. Juste le Dragon. Le Grand Dragon Noir. Celui qui se nourrit de vos cadavres et respire vos cendres. » Du sang, que la nuit, écartelée d'éclairs tourmentés faisait paraître noir comme de l'encre commençait à emplir les bassins. L'atmosphère était poisseuse et électrique. Sur la scène tambours, basses et guitares avaient repris leurs chants d'agonie pour appeler l'orage. Et Onyx s'agitait. Frémissait. Refusant de courber sous le dos sous cette chappe d'injures éructées, vomies, par un étranger. Un Russe qui leur crachait ostensiblement au visage, gifflait leur matriarche, et trainait dans la merde leur ville.

« -Non. » Dit le premier Moloch en tirant le fer. « -Tuez moi tout ces dégénérés et mettez votre suzeraine en sécurité. » Ordonna encore le Régent à sa garde rapprochée. Avant que chiens et loups, avident de venger l'affront ne se ruent dans la mêlée.

Prostrée sur la scène, le visage ruisselant de pluie et de cheveux détrempés, la Matriarche regardait le ciel. Ce ciel d'orage tonnant. Une toile grise, couleur plomb, couleur acier, sur laquelle passait et repassait l'ombre sinueuse d'un Dragon. Et en dépit de la douleur. En dépit de l'humiliation elle souriait. Le monstre lové dans son dos ronronnait d'aise. Fidèles du Dragon, fidèles des Craft s'affrontaient au son de basses, de batteries, et de chants gutturaux. C'était une belle fête. Ce soir encore, la terre d'Onyx allait se gorger de sang.

Spoiler:
Une bonne bousculade. Un concert qui vire à l'émeute. A vous de voir comment dépêtrer vos personnages. Ils peuvent s'incliner, essayer de fuir, prendre parti... Just enjoy !
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Messagepar Sygnii Volantis » 22 Sep 2015, 15:42

Parler d'amour. Chanter la destruction. Élever en ode une passion qui a accouché d'un être, du malheur, du feu, de la cendre. La Matriarche d'autres a chanté, et avec tous ses enfants Sygnii a écouté. A été éclaboussée par les éclats de sa voix de de victime, de souveraine, de bourreau. De mère. De femme. Son cœur lui bat dans la gorge et elle a fermé les yeux, portée par la foule, meurtrie sans réticence par ses mouvements, fragment de ce même être difforme qui s'ébat devant le Dragon. Qui offre son ventre et sa gorge.

Puis elle ouvre les yeux sur le silence. Sur le frémissement. Sur l'apparition d'une gueule de fer à corps d'homme, brandissant une lame comme un violeur son membre. L'homme s'impose à la femme. Ses mots, elle ne les écoute pas. Cet intrus, cet étranger, elle ne le regarde pas. Ni lui, ni elle. Elle les écoute eux. L'Onyx. La foule à terre, les humbles autour d'elle. Pas par pitié, pas par compassion, mais par réflexe. Elle a dansé avec eux. Elle a leur haleine plein les poumons, le souvenir de leur contact partout sur la peau. Ils résonnent encore en elle. Au plus profond de son ventre rendu moite par l'instant. Il n'y a pas le frisson d'une injure mordante, puisqu'elle glisse sur les plumes du cygne comme une pluie fade. Il n'y a pas la fierté bafouée d'une appartenance dénigrée, puisqu'elle n'appartient à personne, pas même au monde. Il n'y a pas la révolte amère d'une larve qui refuse des coups ne venant pas de son propre maître, puisqu'elle n'en a aucun, même pas sa conscience même. Il n'y a qu'une femme qui répond à une femme, une main qui répond à l’œil, un rire qui répond à un sourire.

Premiers rangs, premiers sangs. Les envahisseurs s'avancent, les armes au clair, au milieu de la foule qui en convulse comme un insecte à la chitine fêlée. Ils ont scellé les issues, venus des ombres – mais les brumes n'ont pas de frontière. Pas plus de portes que de prisons. Ceux qui courent l'Autre Monde ne comprennent plus le principe de limite, pour peu qu'ils l'aient connus un jour, et Sygnii ne connaît de ce mot que le son qu'il produit. Les esclaves et les fauves se brouillent devant elle, les chairs s'entremêlent, une odeur de sang se mêle à celle de la peau,de la sueur, de l'accouplement ; une lame se présente à elle. Elle la moque d'un rire heureux. S'enfuit en arrière.

Elle est souple et vive, suivie d'un juron. Elle est plus fine que les formes larges et chargées, elle qui est délicate et presque nue. Elle prend appui sur des épaules pour sauter, elle glisse au sol pour se faufiler dans un temple de jambes qui s'ébranle sous la tempête de la rage et de la panique. Elle est prise en chasse et elle le sait. Et elle s'amuse. L'homme qui la traque la bouscule, la veut. Sa proie. Il happe les épaules, chasse le paysage de viande d'au devant de lui pour saisir l'éclair blanc. Elle s'abrite derrière une forme massive, de hasard, il la tire, va l'avoir : rien. Elle n'y est pas. Ni en dessous, ni au dessus, ni en arrière. Forêt d'arbres ou de chair, elle en a fait de même. Elle a franchi la toile du monde, s'est évadée. Le monde relève le pli de sa réalité près de la scène, dévoilant le cygne encore galopant et tout sourire entre deux gangues de fumée. Les pointes cernant la scène la révèlent, la cachent, successivement. Sans autre logique que la sienne. Elle va, elle vient, elle rit. Provoque. Dans le chaos de la bataille sanglante, on la remarque. On la prend en chasse encore. On cherche à l'avoir. Elle est une anomalie blanche dans le rouge et le noir.

On la suit. L'un des hommes de la gueule de fer parvient à prendre son rythme, son pas. A suivre les brumes avant qu'elle ne les referme derrière elle. Deux fois il manque de la saisir. Une fois il la griffe de sa lame. Entaillée au flanc d'un détail quand lui a un morceau de robe et quelques filaments de cheveux blancs entre les doigts. Ils courent d'un rythme différent – lui martèle le sol de son pas ample, elle danse de ses petits pieds d'oiseau tardant à prendre son envol. Et bientôt ils galopent tous deux, elle devant lui, lui grondant après elle, sur l'échine du dragon de fer. Tout droit cette fois, et sans plus d'écaille derrière laquelle disparaître. Sans plus de silhouette en forme de porte vers l'ailleurs. Il va l'avoir, et il jubile, les doigts en crochets parés à la tenir. Entre fumerolles et métal, l'instant est bref. Éclair blanc, comète noire se suivent et vont se percuter dans le ciel torturé, au dessus de la foule. Il tend la main, arme sa pointe. Elle s'élance, presque à se jeter dans le vide, dans un crachat de fumée opaque vomi par les naseaux du dragon de métal. Il frappe.

Tranche le vide. Taille l'air. Elle surgit de la brume noire derrière lui, tombe de tout son élan, de tout son petit poids, de toute sa grande vitesse sur son dos. Il dérape, glisse. Tombe de la hauteur du monstre de métal jusqu'au rebord de la scène où, sans un cri, il s'éclate. S'empale sur les pics de griffes, de crocs. Bourgeon rouge, fruit mur. Glissement de sang et de tripes. Sygnii s'arrête en une arabesque, se rattrape en une glissade. Daignant enfin regarder l'homme au visage de fer torturé, elle prend le temps de clore sa contribution au spectacle. Happe son majeur de sa bouche, le suce amplement avant de le lui présenter, tout dressé, tout sourire. Tout blanc sur ce fond de vapeurs de ténèbres, derrière laquelle elle disparaît encore une fois, avec une volte élégante et un sourire d'enfant.
Sygnii Volantis
 



Messagepar Herl » 22 Sep 2015, 22:01

Ce n'est pas le genre de spectacle qu'un être tel que lui peut se permettre d'écouter religieusement. Il n'est pas un sage garçonnet que l'on place sur un banc de bois et dont on attend la plus grande docilité jusqu'à la fin de la leçon. Non. Il a hurlé avec elle, quand la tempête le permettait. Il a brandi le poing. Il a grondé, il a ri aux éclats. Il a montré les dents à la foule qu'il est censé contenir, lui le Molosse sur son monstre de métal perché, dressé dans l'ombre d'un monstre bien plus vaste et bien plus terrible. Béni par cette ombre, en vérité. Galvanisé par elle, autant que par ce timbre qui se déchire au-dessus de leur tête à tous, par ce chant dont la puissance pourrait crever les nuages. Elle a offert : il a pris. Elle a souffert : il a vécu.

Quand la musique retombe, quand la Mère s'effondre, l'extase demeure encore et ce sont des rumeurs sauvages, des sifflets et des cris qui font trépigner la foule, en guise d'hommage et de salut. Car la foule a répondu. Pas en entier, et pas toujours de gré. Il y a des mains levées qui battent l'air électrique, comme pour rappeler à elles les lourdes vibrations des tambours, la plainte profonde, viscérale, des lignes de basse. Il y a des visages baignés de larmes. Les hurlements de douleur de ceux que le tumulte aura à moitié broyés, et qui dans la panique se déchaînent pour s'échapper. Et tout ce vacarme, pourtant, est plus proche du silence que du fracas titanesque de la musique qui résonnait quelques instants plus tôt.

Herl est heureux. Pour l'occasion – car c'est fête – il a repris un peu d'Eca', allant contre les conseils de Neil, et il en savoure la moindre pulsation tout en gratifiant de bourrades ses proches camarades. Bourrades qui se transforment en empoignades plus sérieuses lorsque quelques courageux – ou plutôt quelques désespérés – crèvent la houle spectatrice et tentent d'atteindre la scène ; des débords prévisibles, même attendus par le borgne et par une poignée d'autres – on ne saurait clôturer une telle soirée sans un peu de sang versé, et sans les inévitables émeutes qui commencent à enfler dans le ventre de la foule. La véritable révolte pourtant, le véritable danger, vient d'en haut. Prenant la forme d'un titan d'un autre âge, d'un visage qui n'en est pas un – un visage d'Orothar, se surprend à penser Herl lorsque, le geste suspendu, il lève la tête vers l'estrade comme tous les autres. D'abord, il s'enthousiasme. La fête n'est pas finie : c'est une mise en scène, un nouvel acte dans le théâtre sanglant que la Matriarche leur offre ce soir – terrible, glorieuse, généreuse Matriarche. Matriarche agenouillée. Matriarche éreintée. Matriarche insultée et malmenée enfin comme une vierge par un prêtre de l'Ambre, avec le même dégoût et le même dédain.

Comme la plupart – peut-être comme tous – le borgne écoute. Il écoute les insultes que l'étranger tonne dans le micro, les sentences qu'il assène comme un dieu du tonnerre incarné dans le fer et la fumée. Dans les rangs un silence lourd est tombé, de ces silences graves qu'on observe d'instinct devant une faute terrible, impardonnable, inimaginable. Captivé pourtant – par la faute peut-être, par la transgression sûrement. Un instant – oh ! Si court instant – Herl suit du regard le poignard qui se dresse, fixe la main sèchement serrée dans la masse des cheveux et il l'envie, ce prêtre infâme, il l'envie de pouvoir toucher avec un tel aplomb la chair qui enflamme ses sens et ses reins, il jalouse la posture, la lame vive qui s'abat. Et alors le corset se déchire, la Mère feule ; et le Dragon apparaît aux yeux de tous, sinuant sur cette grande plage de peau nue privée de toute pudeur ; et alors la révolte nouée au fond de la gorge du Molosse éclate sous la forme d'un fou-rire, sec et nerveux, incoercible.

C'est absurde. Absurde la scène, absurde le discours. Il rit. Il ne peut s'empêcher de rire encore et encore, tandis que les prêtres dévoyés fendent déjà la foule hystérique, que le ventre des vasques racle sur les dalles brisées, et que le sang jaillit des premières gorges. Il rit, et le coude de Neil s'enfonce dans ses côtes.

« Arrête ! Putain arrête ! T'es en train de péter les plombs, reprends-toi ! »

L'autre a hurlé pour couvrir le fracas des premiers affrontements, des voix qui beuglent à l'aide et celles qui braillent des insultes – ceux qui approuvent, ceux qui réclament vengeance, ceux qui voudraient juste être ailleurs, loin d'ici, autre part. Herl cesse de rire, mais sa lèvre est retroussée sur un rictus sauvage et l'éclat de son regard est tel que Neil le relâche aussitôt. Il ne dit rien, le borgne, mais il a saisi sa lance, et il a tendu le cou vers les lourdes portes closes. Il y a, là-bas, des lames qui se lèvent pour autant de corps qui s'abattent. Il inspire un grand coup. Toutes les effluves cuivrées viennent à lui, assez pour exciter sa faim, pas encore suffisantes pour l'étourdir.

Ils n'ont qu'à peine entendu l'ordre de Moloch, mais ils y vont. Herl avec plus de vigueur et de férocité que le Rafistaulier – il percute, il bouscule, amis comme ennemis sans la moindre distinction. Une ombre fluette, vive comme un nuage, sinueuse comme de la brume blanche, file entre ses bottes : il ne s'y attarde pas. C'est en requin qu'il fend la vague des corps. Il veut une proie. Venger l'affront. Parce que le discours n'était pas si absurde, tout compte fait. Parce que c'est aussi pour ça qu'il n'a pas pu s'empêcher de rire avec tant d'éclat.

A l'orée de la forêt mouvante des corps qui se pressent pour fuir ou s'éloigner, il y a l'un des grands bassins de pierre que remplissent à force de tueries des serviteurs corrompus. Sa margelle dégoutte sur le sol, sur le dos prostré des esclaves qu'un Prêtre masqué, épais colosse, use comme d'une marche humaine pour mieux pencher ses victimes vers le creux de la vasque. Les êtres serviles qui lui servent de rabatteurs sont en premier la cible des assauts conjugués portés par les deux Molosses. Ils sont saisis, frappés, renversés. Brisés de coups, percés de lames et de lances. Avant de mourir, ils sifflent des alertes, des avertissements : le poignard sacrificiel s'interrompt et le Prêtre, avec un grondement mécontent, descend de son estrade de chair. Le dernier corps – une jeune fille blonde, vêtue d'une grande robe déchirée d'où pendent deux jolis bras blancs, deux petits pieds menus – est saisie par la nuque, pourtant pas tout à fait vide, et jetée à même le charnier emmêlé des cadavres encore frais. Le Prêtre a soif de sang nouveau, plus âpre, plus vigoureux. Celui de deux chiens récalcitrants fera l'affaire.

« Ils aboient fort, voyons voir s'ils mordent. »

Neil est pris pour cible en premier, et comprend rapidement qu'il a tout intérêt à ne pas monter au contact. La force de leur ennemi est celle d'un juggernaut, faite d'élans implacables qui, lorsqu'ils heurtent la foule agitée tout autour – pétrie qu'elle est entre les hautes murailles – jettent à terre et piétinent plus d'un homme, presque par mégarde. Les bras épais et couturés se tendent, cherchent à saisir. Le poignard ensanglanté griffe l'air à longs sillons. Neil a la vitesse et la vélocité pour lui, mais cela ne saurait lui assurer la victoire ni durer longtemps. La défense du Molosse est vaillante ; malgré tout, de roulades en esquives, il semble perdre du terrain et, petit à petit, le Prêtre l'accule vers la vasque.

« Herl ! Merde, Herl, t'es où là ? »

La houle des corps est seule à lui répondre. L'ombre du Prêtre fond sur lui ; il tend son arme, veut percer ce poitrail qui se penche, mais un revers brutal la lui arrache des mains et un pied s'enfonce durement dans ses côtes. Il roule, le souffle coupé, s'en va heurter le socle gluant de la vasque. Dans le brouillard de la douleur et de la toux, il aperçoit la paume tendue, les doigts qui se ferment sur son col, commencent à le soulever. Une imposante semelle posée sur un dos nu, à côté. Neil montre les dents, faiblement, bien qu'il sache que ce soit aussi ridicule que dérisoire. Il va mourir ici. Pour le Dragon, certes, mais pas de la manière qu'il imaginait.

Le sang qui jaillit sur son visage n'est pourtant pas le sien. Le lourd hurlement qui fait sonner la paroi de pierre ne monte pas de sa gorge. On le relâche. Il aperçoit avec du retard la hampe d'acier fichée à travers la cuisse de son ennemi, pointe enfoncée en terre, à deux pas de l'esclave qui n'a pas même bronché. Il ne cherche pas encore à comprendre, et commence par sauver sa vie en roulant de côté, une main pressée sur son flanc endolori. Loin de la vasque, loin de sa puanteur et de son ombre morbide.

Avec un rire où rugissent la rage et la joie, Herl a escaladé le dos du colosse cloué sur place par la lance, jusqu'aux épaules et, les mains plaquées contre l'arrière du grand crâne d'où jaillissent des cheveux hirsutes, il maintient le visage du Prêtre plongé dans la soupe sanglante. L'ennemi se débat. Rue à grands coups, cherche à attraper les rebords glissants de la vasque, ou le Molosse qui pèse de tout son poids sur son dos. En vain. Ses gesticulations font jaillir le lourd fluide, le troublent d'ondes puissantes, huileuses, paresseuses.

« T'aimes ça, le sang, on dirait ? Ca t'fait bander ? » lui hurle le Molosse surexcité, les ongles enfoncés dans la peau épaisse de cette nuque qu'il maintient penchée, de ce corps renversé qu'il noie dans les fluides de ses propres victimes.

Les éclaboussures se font chaotiques, erratiques, perdent en vigueur. Neil s'est réfugié près du charnier le temps de tout à fait reprendre ses esprits. Il fixe la hargne inscrite sur les traits de son camarade, la tension dans ses épaules et dans ses bras alors qu'il continue de maîtriser un corps qui ne se défend déjà plus. L'oeil fixe et écarquillé, la pupille dilatée, la petite veine qui bat à sa tempe.

« T'es complètement camé. »

Herl lorgne enfin vers lui. Il siffle, s'ébroue, agite sèchement ses mains poisseuses et collantes, enduites de rouge jusqu'aux poignets, presque jusqu'aux coudes en vérité.

« T'es en vie, il est crevé, de quoi tu t'plains ? Y'en a plein d'autres si tu veux t'amuser.
- Avec tes conneries j'ai failli y passer
. L'autre Molosse se redresse, courbé en avant, un bras ceignant toujours sa propre taille. Le visage fermé comme un poing. Démerde-toi seul pour la suite. Compte pas sur moi. »

Il s'enfonce à travers la foule d'un pas rageur, s'en allant rejoindre le gros des troupes de Feral, de l'effort de guerre. Il reste beaucoup à faire pour contenir la révolte, étouffer l'opposition. Herl le regarde partir, hausse les épaules, puis descend de son perchoir pour aller arracher sa lance d'un coup sec, et des deux mains. L'Ecarlate danse dans ses veines, et c'est une merveilleuse soirée. Il sera toujours temps de penser aux conséquences demain.
Herl
 



Messagepar Baïeslav Zdorovega » 27 Sep 2015, 11:45

    Une énorme futilité. Voilà comment l'Ours Noir considérait cette soirée. Une perte de temps, d'énergie, de force, de vies et de sang. Que Valériane s'affirme, il en était heureux, et d'ailleurs il ne souhaitait pas autre chose. Mais, lui qui s'était forgé dans la guerre et la peine, dans les deuils et les froids vents du nord, si coupants que les anglais n'auraient pu les imaginer, si glacé qu'ils en auraient été pétrifiés en quelques instants, lui qui avait grandit en tant qu'homme face aux hordes de vampires et de choses pires encore qui s'y cachaient, profitant des ténèbres et des tempêtes pour avancer sur les remparts du Dragon, encore et encore, comme une marée inlassable, infinie, toujours plus forte, plus noire et plus terrible, pour lui qui avait connu tant de batailles, pleuré tant de morts, enduré tant de retraites, remporté tant de victoires, pour lui, oui, tout ceci n'était que futilité. Si sa Reine voulait s'affirmer, elle aurait dû le faire dans le sang et la gloire, mais dans une musique fracassante et hystérique.

    Il ne s'était pas privé de le dire, d'ailleurs, de le faire savoir dans un grondement rageur, de sa voix puissante à l'accent russe inimitable, mais, devant la volonté de la Dragonne, il s'était incliné. Et il était donc venu, lui aussi, lui avait écarté le voile, en compagnie du vieux Loup, pour lui permettre une entrée digne de sa gloire. Il n'aspirait ni à ce lieu, ni à ce moment, ni à ce fracas que les barbares d'occident appelaient musique, et qui n'était qu'un croassement grossier comparé aux pâles et glorieux orchestres jouant au-dessus de la Neva prise dans les glaces, qu'une injure mis en regard de la beauté des chants guerriers emportés par le vent froid et coupant des montagnes, là-bas, dans l'Oural, avant en fond le grondement de la horde noire qui montait vers eux. Non vraiment rien en lui n'aspirait à cet endroit et pourtant il y était, veillant de loin sur sa Reine, sur le Dragon, sur la noirceur qui, seule, pourrait balayer les ténèbres qui recouvrait les landes de son enfance.

    Valériane était capable de se défendre pourtant, devait en être capable, aussi ne la collait-il pas de prêt. Au lieu de cela, il était resté dans les ombres, préférant ne pas se fondre dans la foule coléreuse, capricieuse. Il y aurait eu un massacre, assurément, s'il avait dû se fondre dans cette plèbe grouillante d'anglais, un massacre à coup de griffes, de crocs, à mains nues peut-être. Il aimait les cohues de soldats, les fêtes de guerriers, mais ceci n'était pas dans ses mœurs, pas dans ses façons. Onyx il ne l'était devenu que par devoir, parce qu'il était l'esclave du Dragon pour jamais, comme tous les Zdorovega depuis de si nombreux siècles. Il était le féal des Kravt avant d'être un sujet de l'Onyx, et n'acceptait la seconde réalité que parce que, à Londres, elle était la traduction de la première. Et il ne répugnait, un peu, à un massacre gratuit que parce que tous ces gens étaient la chaire à canon du Dragon, que chaque corps serait peut-être un jour le bouclier d'une balle, le fourreau involontaire d'une épée, lorsque viendrait la guerre, ici ou, bien plus important à ses yeux, dans la Mère Russie. Chaque vie pourrait être sacrifiée pour libérer la Patrie, et c'était là, pour beaucoup, la seule aune à laquelle il acceptait de les évaluer.

    Il y avait quelques visages remarquables dans la foule, bien entendu, quelques-uns qu'il reconnu, pour diverses raisons, plus ou moins certainement. Des guerriers, et d'autres encore, qui avaient parfois de la valeur, à leur façon. Mais pour chacun, combien de visage anonyme, terne, sans éclat, combien de désespérés venus là seulement parce qu'ils étaient les esclaves de l'Onyx, esclaves de l'Onyx seulement parce qu'ils ne savaient rien faire d'autres, parce qu'ils n'avaient pas d'autres endroit où aller ? Et ces cloportes auraient voulu se presser autour de lui, se bousculer, se sentant forts dans leur nombre ? Si cela était arrivé, assurément, ils auraient appris un peu plus la crainte, et il y aurait eu de la fourrure tâché de sang, des haches souillées de tripes, des crocs déchirant la chaire. Qu'ils s'amusent plutôt, puisque c'était le souhait de leur Reine. La guerre viendrait bien assez tôt pour eux tous, une véritable guerre, une guerre russe, venue des plaines glacées de l'Est, qui montrerait aux anglais ce qu'était la véritable violence. Qui leur rappellerait le cauchemar de la fureur du Dragon, une dernière fois, avant leur fin à tous.

    Perdu dans ses pensées, le Chante-Gloire n'avait pas tout de suite remarqué les tambours, mais soudain, alors que d'autres se taisaient dans la foule, ils s'imposèrent à ses oreilles, et il releva la tête. Il connaissait ce son, un son particulier. Le son des battements sur la peau humaine, un son que Londres, malgré toute sa cruauté, faisait entendre rarement. Il se souvenait des longues nuits, entendant les esclaves des vampires, battre ces tambours particuliers, au-dehors, au delà des pierres, des remparts qu'ils leurs montraient, essayant, de ces battements, d'affaiblir la solidité du véritable rempart, celui de chaire, de sang, d'acier et de volonté qui devrait monter pour s'opposer à eux. Et il se souvenait des renforts qui étaient venus, battant les mêmes tambours, pris sur leurs ennemis. Il était ténèbres et ténèbres, et celles du Dragon étaient seulement meilleures, plus parfaites, que celles du Tsar Noir sur son trône volé et drapé d'ombre.

    Oui, il connaissait ce son et, relevant la tête, il trouva vite celui pour qui il était produit. Pas un séide de l'Ennemi, mais visiblement pas un ami non plus, malgré ce qu'il aurait pu croire. Il mit quelques instants à reconnaître ce masque de fer, cette silhouette d'ombre, ce pouvoir de ténèbres, mais seulement parce que son regard fut dévié vers Valériane, soumise en apparence, à son côté. Et, quelques instants après, une voix s'éleva du masque de fer. Elle aussi, il l'a reconnue. Il l'avait déjà entendue, au part avant.

    « Vous ! Oui vous Onyx! Vous qui appelez Mère, celle qui n'est qu'une Putain. Vous bande de filles et de fils de la putain Onyx ! Vous allez donner votre sang pour le Dragon. Votre sang pourri de fils de chiennes, d'engeances de salopes. »

    Tandis qu'il parlait, les portes se refermaient dans un grondement, comme un piège, un traquenard. C'étaient ses hommes qui les refermaient, et sans doute croyaient-ils qu'ils étaient les chasseurs venant d'emprisonner leur proie. Les idiots, les fous. Ils auraient dû savoir, pourtant, ils auraient dû réaliser avant même de commencer. Bien mieux que les anglais troublés, effrayés, coléreux, qui se pressaient dans la salle. Mais ils ne l'avaient pas faits et, derrière son masque de fer, leur grand-prêtre continuait de parler.

    « Le Dragon a faim de vos chairs viciées, soif de cette urine qui coule dans vos veines. Il n'est pas de Reine. Pas de Seigneurs. Pas d'hommes. Pas de femmes. Juste le Dragon. Le Grand Dragon Noir. Celui qui se nourrit de vos cadavres et respire vos cendres. »

    Il faisait erreur bien sûr. Il oubliait que même s'ils n'étaient que des bâtards, des chiens couchants, ces anglais aussi avaient été forgés, ô combien imparfaitement, au feu du Dragon. Et dans les rangs, ils grondaient, ils n'étaient pas d'accord, ils se rebiffaient. Et, plus encore, il y en avait parmi eux dont le sang charriait bien autre chose, dont les veines contenaient encore quelques braises du Dragon lui-même... et ils se firent entendre.

    « Non. Tuez moi tout ces dégénérés et mettez votre suzeraine en sécurité. »

    Il avait tiré le fer, et combien d'autres le firent également en retour ? Tous, semblait-il, étaient prêts à gronder. À réduire en pièce leurs ennemis. Entre deux pas, Baïeslav en vit certains. Il vit la danse mortelle du cygne, et la reconnu en un éclat. Elle était belle et dangereuse, et bien plus que la plupart de ceux qui se pressaient maintenant dans leur soif de violence. Et il y en avait d'autres, des petits et des grands, qui partaient à l'assaut des prêtres noirs. Qui bataillaient pour planter leurs lames d'acier dans la gorge de ce russe qui les défiait. Et pourtant, oh oui, pourtant, toute leur fougue, toute leur envie, toute leur haine, tout cela resterait vain, tout cela allait être privé de son objet une bonne fois pour toute. Le grand-prêtre ne serait pas touché par le fer froid des Wolfcraft ou par la fureur grondante de leurs vassaux, aucun chien de garde ne viendra déchirer sa gorge.

    Aucun anglais ne se repaîtrait de son sang.

    Car, alors même qu'il parlait, alors même qu'il crachait son défis aux anglais, l'Ours Noir s'était mis en marche. Il était rester juste devant le rideau dont était sorti Valériane, à l'écart de la foule et, écoutant d'une oreille, il n'avait eut aucun mal à se glisser jusqu'à l'arrière de la scène. Il avait une hache cruelle dans une main, et dans l'autre un épieux grossier mais acéré, comme on en fabriquait là-bas, dans les forges de l'Oural, à l'intérieur brûlant et au toit chargé de neige. Il y avait deux hommes restés en arrière, gardant les arrières de leur maître, mais ni les plus futés ni les plus forts. Après tout, leur tâche était bien moins importante que la récolte. Quand une voix âpre, aux accents du commandement, modulée par les années à crier des ordres dans la tempête, leur ordonna en russe de rectifier leur position, ils ne réfléchirent pas, ils se mirent au garde à vous, par automatisme, par formation, par instinct, presque.

    Et ils moururent donc au garde-à-vous. Le premier écarquilla les yeux, l’épieu fiché dans sa gorge, projeté par le bras puissant du Chante-Gloire. Le second tenta de lever la main qui tenait son poignard pour parer, mais il était trop lent et trop surpris. Son poignet fut sectionné par la hache et il s'effondra dans un hurlement, vite coupé par le retour de l'arme de guerre, qui se ficha dans son crâne, le fendant en deux sous le choc, et y fut laissée. Son corps finissait à peine de s'effondrer au sol que déjà Baïeslav l'avait dépassé, avançant vers le grand-prêtre qui, entendant le cri, s'était à demi retourné. Derrière son masque de fer, il le reconnu, lui aussi, et ses yeux s'écarquillèrent. Il s'attendait à voir bondir des chiens couchants anglais, peut-être, par-dessus la scène, mais c'était tout autre chose qui arrivait. Un quelconque agitateur londonien n'aurait pas vu la différence, mais lui il voyait, bien sûr. Aucun des fils du Dragon, dans la froide Russie, n'ignorait qui était l'Ours Noir, le démon des batailles, le fléau des vampires, le géant hurlant la gloire de son Maître au milieu des charniers.

    « Non... vas-t-en ! »

    Sous la surprise, il avait craché ces mots en russe, ne parvenant pas à croire qu'un noir fléau l'ait suivit depuis son propre pays. Mais il était rapide, et dévoué aussi, à sa manière, à son idéal obscène et déformé. Il se détourna totalement et brandit son couteau, menaçant, assemblant du pouvoir, prêt visiblement à attaquer, ou à menacer la Dragonne pour arrêter l'Ours. Il n'en eut pas le temps. Dans un cri rauque, barbare, brutal, Baïeslav libéra ses propres pouvoirs, ses propres ténèbres. Une vague de noirceur pure frappa le prêtre, qui dû mobiliser ses pouvoirs pour résister à la force de l'assaut du Mage Noir, galvanisée par la haine de celui-ci. Sa propre magie réussi à le préserver, sa dague fendit les ténèbres, mais il fut empêcher d'agir. Il recula d'un pas, lâcha Valériane. C'était plus qu'il n'en fallait au Seigneur des Zdorovega. Il lui restait quelques mètres à parcourir. Porté par un vent noir de sa magie, il les parcouru d'un bond, dans un hurlement bestial, en russe.

    « Que grondent les géants !!! »

    L'antique cri de guerre des Zdorovega, qui avait résonné tant de fois dans les plaines glacés de la Mère Russie, tonna une fois encore, ici, dans cette salle indigne de Magicopolis, alors que le Seigneur retombait sur sa proie. Celle-ci tenta de frapper, de transpercer le cœur de l'homme de sa lame, aveuglément, instinctivement. Il ne réussi qu'à le planter dans la patte de l'ours géant qui venait de retomber à moitié sur lui, ses vêtements déchiquetés par la transition gisant plus loin, sur le tracé de son bond. Et il gronda, le géant parmi les bêtes, au poil d'un brun si sombre qu'il paraissait presque noir, et qui bientôt, fut baigné de sang. Le sien, d'abord, mais pas seulement, pas longtemps. Bientôt, la griffe frappa, bientôt, les crocs se refermèrent, et la danse macabre commença, rouge et noire, rouge de sang, noire de ténèbres. Elle fut brève cette bataille, mais non moins acharnée que toutes celles que le Chante-Gloire avait jamais livré. Il y avait la bataille physique, brutale, et le déchaînement de magie, le corps de l'homme et de l'ours étant baignés d'ondes de ténèbres, encore et encore, presque trop vite pour que l’œil puis suivre.

    Et puis soudain, la patte frappa encore, arrachant le masque d'acier, déchirant la peau sur lequel il s'était fondu, dans un hurlement d'agonie. Les ténèbres flambèrent une dernière fois, et puis il n'y en eut plus. Le masque sanglant, déformé par le choc, glissa jusqu'aux pieds de Valériane, alors que l'Ours Noir s'acharnait sur sa proie, le déchiquetait comme ne l'aurait fait aucun homme, mais encore bien moins aucun ours. Encore et encore, il le déchira, et jusqu'à la fin il resta rattaché à la vie par un fil, par la noire magie du Chante-Gloire, qui le gardait prisonnier de sa carcasse, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, jusqu'à ce que nul n'ait pu imaginer qu'entre les pattes, qu'entre les crocs de l'ours ait pu être quelque chose qui un jour avait été un homme. Ce fut seulement alors, à la toute fin, qu'il relâcha la pression de ses ténèbres, car il n'était pas nécromancien pour l'animer après la mort. Il la laissa partir, la laissa aller se perdre dans la gueule du Dragon.

    Seulement alors, l'ours se redressa, tenant dans sa gueule les restes de ce qui jadis avait été humain, mais que nul n'aurait pu tenu pour telle. Il se dressa au-dessus de sa Reine, au dessus du Dragon, inondant celui-ci sur le dos de la belle d'une pluie de sang, de tripes et de morceaux de cerveau réduit en pulpe, entre autres choses moins ragoutantes. Puis il le laissa tomber, avec un bruit mat, écœurant, abject, devant sa suzeraine, mélange de sang, de chaire, de nerf et d'os broyés d'horrible manière. Puis il se retourna, encore trempé de sang, entre autres choses moins avouables, baignant de rouge et de noir, et adressa à l'assembler un grondement titanesque, bestial, vibrant de colère et de ténèbres, qui promettait la mort la plus horrible à tous ceux qui se dresseraient jamais devant la Reine-Dragon...
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Messagepar Rose Hisscraft » 28 Sep 2015, 20:26

    Les serpents étaient fébriles, Rose le sentait. Il les entendait. Murmures sifflants qui l'accompagnaient toujours, peu importe où il se trouvait. Il marchait d'un pas assez vif vers son quartier. Ayant quitté l'Onyx dans l'après midi pour une mission qu'on lui avait confié, il se voyait déjà en retard a la convocation des tambours de la Reine dragonne. Peut être que ça lui apporterait quelques coups, plus tard. Un frisson parcourut son corps a cette pensée. Mais il accéléra tout de même le pas. Arrivant enfin, complètement détrempé par la pluie qui tombait a verse. Frappant les pavés en une mélodie presque douce. Des gouttes rejoignant les flaques déjà formées comme des amants se retrouvant dans un lit. Belle image qui habita ses pensées l'espace d'une seconde. Mais elle s'effaça aussitôt qu'il vit la forteresse imposante. Il s'arrêta au milieu de la rue, pouvant entendre d'ici le chant déchirant de la matriarche qui racontait tellement de choses. Ne distinguant pas tout a fait les paroles dans les cris en échos, il reprit sa marche. Plus lente cette fois, il allait arriver de toute façon alors plus besoin de se presser.

    Lorsqu'enfin le brun passa le pont levis, Valériane venait de s'arrêter. Un silence. Puis, une ovation pour la dame paraissant si grande dans cette robe couleur sang. Ils l'élevaient au rang de Mère, de Déesse. C'était un peu vrai dans le fond, une libération pour une faction qui avait sombré en ayant plus de descendant légitime a sa tête. Rose s'approcha, longeant le mur, plus près de la scène que lui permettait la foule agglutinée. Elle était belle, fière sur la scène. Juste avant de paraître soudainement soumise. Un homme s'approcha pour parler, mais il n'écoutait pas. L'assassin ne faisait que regarder cette Reine a genoux. Semblant amoindrit. Le poing dans la chevelure de la matriarche fit serrer les siens a Rose. Plissant des yeux en fixant cet homme qui osait la traiter ainsi. Il n'était pas allié de l'Onyx pour la traiter ainsi et pourtant, il ne semblait pas totalement être un ennemi.

    En regardant autour de lui, le brun remarqua que les portes étaient fermées. Toutes issues étaient bloquées par ces gardes aux allures de gorille. Pendant que d'autres, fendant la foule de leur imposantes carrures, ils tranchaient veines et gorges pour remplir de lourdes vasques. Alimentant la rumeur qui perturbait les présents, ceux refusant de se soumettre a l'horreur et ceux donnant volontiers leur vie. Son regard fut attiré quelques instants par le passage d'un signe. Des brumes blanchâtres aux vapeurs noires, la jeune femme semblait danser dans un rire d'amusement. L'endroit ressemblait étrangement a une fosse. Comme celle où l'on jette les malheureux aux serpents ou aux lions. Dévorés par la cruauté bestiale. Sauf que là, c'était un Russe qui dirigeait cette orgie sanguinaire et qu'il n'avait rien de la finesse d'un serpent ni de la majesté d'un lion. Deux hommes se battaient plus loin, mettant fin a la vie d'un garde dans le sang de ses victimes. Et puis, se glissant un peu plus vers l'estrade, il remarqua cet ours immense qui battait le prêtre infâme.

    Mais alors que Rose allait sauter sur la scène, il fut vivement tiré en arrière. Frappant le sol de plein fouet avec un délicieux gémissement au bord des lèvres. Il ferma les yeux a peine une seconde avant de sentir la pointe d'une lame sur sa gorge. Quelques paroles en Russe qu'il ne chercha pas a comprendre. Ses doigts glissèrent lentement vers le poignet de l'homme et celui ci se recula avec horreur en voyant un serpent s'enrouler autour de son bras. Glissant vers son épaule pour remonter a sa gorge. Une morsure dans la chair tendre, puis une seconde. L'animal vint enrouler ses anneaux meurtriers autour du cou du bourreau devenu victime. Sifflant doucement, fixant l'homme dans les yeux alors que le nœud formé se resserrait un peu plus. L'arme tomba au sol et bientôt ses genoux touchèrent les pavés. Rose ne regarda pas sa mort jusqu'à la fin, se contentant de se relever pour rejoindre la scène. Y grimpant agilement et s'approchant alors du spectacle entre horreur et beauté. Tripes, sang et d'autres choses faisant partie du corps humain qu'il ne préférait même pas connaître dans le fond, s'écoulait de la gueule de l'ours d'un brun si sombre qu'on l'aurait cru noir. Venant tomber sur le dos de Valériane, peu après nettoyé par la pluie tombant toujours sur tout ce beau monde. Il s'approcha de la souveraine, retirant son manteau aussi détrempé que le reste et le lâcha sur les épaules de la brune qui n'avait plus rien de royal a être ainsi prostrée.

    Un regard vers l'assemblée lui permit de constater les dégâts quand aux pauvres âmes Onyx. Mais également de voir que les hommes de mains du prêtre défunt commençaient a se faire rare. Entre ceux décimés et ceux qui se rendaient en voyant leur maitre déchiqueté. Pensaient ils avoir rédemption ? Rose doutait que ce fut le cas. Il s'abaissa vers la matriarche, frôlant un de ses bras avant de le prendre plus franchement dans sa main. Tirant doucement pour la faire se relever.

    -Votre position devrait être debout et fière devant tout ceux qui vous aiment. Pas comme une vulgaire servante que l'on vient de battre. Venez vous mettre a l'abri.

    Il la tira un peu, voulant l'emmener a l'abri de la pluie. A l'abri de la rumeur du peuple qui se débattait avec des idées diverses pleins l'esprit. Mais, suivrait elle le jeune homme au moins ? Il n'en savait rien et continuait simplement de vouloir l'attirer loin des odeurs de sang, de pluie, de mort. Loin de la fosse où gisaient ceux qui vouaient une fidélité sans faille a leur Reine.
Rose Hisscraft
 



Messagepar Moloch Wolfkravt » 30 Sep 2015, 00:09

Cela n'avait duré qu'un instant, vite emporté par les bourrasques qui fouettaient le quartier Onyx en cette douce nuit d'apocalypse. Illuminé durant un court instant, disparu le suivant, effacé par le devoir et l'instinct du véritable homme d'action. De la peur, horrible sensation qui durant une seconde, déchira le visage d'ordinaire si impénétrable du vieux loup. « NON ! » Derrière ses orbites aussi sombres qu'un abysse, Moloch revivait cette agonie qui vingt-cinq années auparavant, avait mis son cœur de louveteau au supplice. C'était impossible, pas une seconde fois. Glacé devant la pathétique tragédie qui se déroulait devant ses yeux, le général revoyait le manoir Kravt pris par les flammes, la voix sombre et pleine d'empathie de Vulcain alors que ce dernier lui disait que tout espoir était vain. C'était impossible. Lui avait on donné cette nouvelle chance uniquement pour la lui reprendre ? Non. Non. Pas tant qu'il aurait son mot à dire.

Et très vite, l'homme d'action avait repris le dessus. On lui offrait un champs de bataille, il allait le faire sien, quel que soit le caractère dramatique de l'enjeu auquel il était confronté. Alors il s'était tourné, et avait beuglé ses ordres, de cette voix profonde et grave, qui portait loin et ne tremblait jamais. Ce soir, sa reine ne mourrait pas. Pas sous sa garde, il ne le permettrait pas. Autour de lui, on s'activait, se jetait à ses ordres dans une mêlées qui n'avait guère de sens, fouilli de lames et de sorts où les victimes n'étaient que rarement les cibles premières des bourreaux. Droit dans ses bottes, la cape claquant dans le vent, Moloch se tourna vers ses plus fidèles et leur dit d'une voix simple

« Messieurs, à vos épées. »

Il avait une reine à défendre, un honneur à laver, et des victimes à souiller. Alors le regard luisant comme deux billes de charbons incandescent, le vieux loup écarta les bras, laissant les vents noirs déferler depuis le puits infernal qu'était son âme, maelström immonde dont la chaleur brûlante venait lécher la peau des spectateurs, laissant cloques purulentes et plaies béantes sur des visages déchirés par une douleur infinie. Il n'y avait ni ami, ni ennemi, juste des dangers, des dangers potentiels pour celle qu'il avait juré de protéger, sur la tombe de son père mort de ses mains, sur l'honneur des siens et sur les vestiges de son amour perdu. Alors il avait ouvert grand les portes, se laissait consumer entièrement par les arcanes noires dont il faisait usage. Sans économie ni calcul, le vieux loup se donnait corps et âme à la survie du Dragon, cette reine ténébreuse sortie des entrailles tremblante de celle qui l'avait adoubé. Ses fidèles taillaient de gauche et de droite, alors que devant lui, face à la scène, les flammes impies de Moloch brûlaient vif les spectateurs hystériques pris entre deux feux. Mais de pitié, Moloch n'aurait point. Il avançait, implacable, immense, écartant de la pointe de sa botte les dépouilles encore tremblotantes qui s'écroulaient sur son chemin. Il marchait vers sa suzeraine, et la mort précédait ses pas. La pluie battait sur son visage, et son cœur à ses tempes alors que ses forces se faisaient plus faibles. Pourtant il ne cillait point, et vacillait encore moins, droit dans la bataille, comme il l'avait été tout au long de son existence.

Pourtant, ce ne fut point de lui que vint le salut, mais bien du grand Ours, que Moloch vit entre deux vagues noires, se tenir fièrement au dessus de sa suzeraine, la dépouille de leur ennemi commun reposant dans sa gueule massive. Son hurlement raisonnait loin au dessus du chaos ambiant, alors que la Bête hurlait sa fierté et sa colère à tout ceux qui pouvaient l'entendre, provoquant un imperceptible soufflement de soulagement de la part du régent. Et instantanément, face au spectacle de ce bout de femme prostré mais sauve, les vents cessèrent, se turent, alors que la silhouette du loup se fit plus petite, plus voûtée. Il sentait l'effort peser sur ses vieilles épaules, voyait milles couleurs danser devant ses yeux fatigués. Las, Moloch jeta un regard presque paternel à ses gardes du corps, de splendides hommes au bras encore solide et au buste bombé par la fierté de ceux qui n'ont point vécu. Il les aimait comme ses fils, chacun d'entre eux. Mais il les enverrait à la mort sans sourciller, si tel était le désir du Dragon. Tel était l'Onyx, sans pitié et sans crainte, toujours prêt à sacrifier les plus fidèles de ses enfants.

« Messieurs, levez la tête, et regardez votre reine. À genou. Tremblante. Vulnérable. Et souvenez vous, toujours. Le dragon ne meurt pas. »

« Il retient son souffle. »


Le regard brillant, les soldats avaient récité, sans même réfléchir. Leur foi ne faiblirait pas, jamais. Moloch y veillait, jour après jour.

« Très bien. Maintenant, nettoyez moi ce foutoir. Et inutile de faire de prisonniers. »

Un dernier ordre, et le général tourna les talons, prenant la direction de la forteresse. Une nouvelle bataille, un nouveau combat, une nouvelle victoire. Mais le vieux loup savait, sentait. Ce poids qui l'écrasait sur le pavé, qui lui coupait le souffle une fois la paix revenu. Ces années, qui pesaient lourd sur ses épaules musculeuses. La dernière était pour bientôt, il le sentait dans son âme, dans chaque parcelle de son corps. Mais pas encore. « Pas encore ».
Moloch Wolfkravt
 



Messagepar Gemme Wolfcraft » 30 Sep 2015, 21:30

La soirée semblait très bien se passer. La musique était forte, dure, elle était intense, emplie d’émotion, la voix de la matriarche déversait l’histoire de sa famille, son histoire. Après avoir longtemps ignoré son destin, aujourd’hui elle était face à cette destinée qu’elle n’avait eue d’autre choix que d’accepter. Alors elle chantait, elle leur racontait à tous ses enfants, elle leur racontait à quel point tout cela état grand, beau, ou au contraire horrible et vain. L’inceste. L’histoire d’une vie, de sa vie. L’histoire de nombreuses vies en cette ville. Alors que la louve labourait la peau de Feral distraitement, elle n’écoutait que d’une oreille la musique, la chanson. Cela était agressant, agaçant. Elle qui appréciait le bruit discret de ses pattes sur le sol, du vent dans les feuilles, les bruits doux de la nature avait beaucoup de mal à supporter les bruits violents et criards de la musiques, les basses sur-développées et tambourinantes. Alors elle avait enfoui son visage dans l’épais manteau de cuir du bras droit de son père. L’animal y frottait son museau, s’enivrant de l’odeur qu’elle appréciait tant. Qu’elle avait appris à apprécier et qu’elle ne comprenait pas totalement. L’odeur du cuir élimé, imprégné de sueur et de sang. Elle inspira longuement, avec fougue, avec hargne, à s’en faire exploser les poumons. Puis elle resta là, à pétrir son ventre de ses doigts griffus, marquant son territoire outrageusement.

Sans un mot la louve ferma les yeux, se pressa un peu plus contre le dos de Feral et tourna la tête, oreille contre son dos. Malgré le vacarme environnant, elle entendait son cœur battre. Ce cœur entêté et courageux. Vaillant. Toujours solide et fiable. Ce cœur en lequel elle avait une confiance inébranlable. Il était là. Il avait toujours été là. Et elle le savait, elle le sentait, il serait toujours là. Parfois la louve ne comprenait pas comment ses émotions pouvaient être si fortes, si étranges. Elle n’était pas réellement habituée. Elle prenait, elle satisfaisait ses besoins, mais il était rare qu’elle ne s’attache réellement. Avec lui les choses étaient tellement différentes. Et tellement frustrant. De ne pas pouvoir en faire ce qu’elle voulait. De ne pas être sa priorité. Oui, cela l’agaçait la louve. Même encore là, Feral ne faisait pas réellement attention à elle, il obéissait aux ordres. Et elle détestait cela. Lorsque l’atmosphère changea, elle le sentit tout de suite et ouvrit les yeux. Elle posa son regard autour d’elle, balayant les lieux, la foule.

Le prête. Le masque. L’odeur. L’odeur nauséabonde que la louve appréciait et détestait en même temps. A ce moment-là, elle la détestait. Elle gronda. Il courba sa reine. Elle grogna. Il la frappa. Elle couina. Ses griffes s’allongèrent alors qu’il prenait la parole. Alors qu’il insultait sa reine, son amie. Son aînée. Il insultait leurs mères. Et lorsque les prêtes commencèrent à aller dans les rangs de la foule, la louve sentit son sang bouillonner. Déjà son corps se déformait, déjà ses os craquaient et le gémissement de son torse se faisait rauque. Déjà l’air semblait différent, plus frais, plus pur dans ses poumons alors qu’il s’engouffrait dans ce nez qui s’allongeait, qui se transformait. La louve percevait déjà avec plus de précisions cet espace qui l’entourait, cette foule. Et elle se sentait déjà plus à l’aise, plus habile. Le bruit de sa brassière se fit mollement entendre puis, d’un bond puissant elle se dégagea de son pantalon et de ses bottes, se fondant dans la foule. L’éclair blanc était parti. Elle était en chasse. Ses foulées amples et souples étaient silencieuses, elle se coulait avec une aisance entre les corps. Elle était haute, massive, elle s’était développée, en taille, en poids, en musculature. Son poitrail était large et massif, ses muscles roulaient sous son pelage éclatant. Elle était comme un éclair de lumière dans la crasse de l’onyx. Comme un rayon de soleil au milieu des nuages qui pleuraient une pluie froide.

Encore un bon. Elle n’entendit pas les ordres de son père. Elle n’entendit pas l’ours russe. Ni la Volantis, encore moins le molosse. Elle se ramassa sur elle-même dans son élan pour bondir. Avec souplesse mais violence, elle percuta le torse de l’homme qui voulait forcer Garance à donner son sang. Emporté par le poids de la louve et la surprise de l’attaque, il bascula et elle planta ses crocs dans sa gorge pour la percer, la crever. Le sang commença à couler à torrent. Puis elle se redressa et reprit sa course. Jusqu’au suivant. Elle se glissa entre deux jambes, dérapa d’une façon agile sur le pavé et faucha le prêtre par les jambes, arrachant une partie de son mollet avant se refermer sa mâchoire sur sa tête, lui brisant la nuque d’un mouvement sec et violent. La louve redressa la tête et les oreilles, elle retroussa les babines. La place empestait le sang, le métal, le sexe. La place empestait la peur, l’urine. La place empestait. Mais la louve percevait l’odeur de toutes ses proies. Et elle jubilait la louve, elle jubilait. De pouvoir laisser éclater toute cette violence, de pouvoir écraser des os. Elle jubilait babines retroussées sur ses crocs. Son pelage était tâché de sang, son poil s’emmêlait. Et son poitrail se soulevait d’une façon rapide, désordonnée, pas de fatigue non, d’excitation. Elle grogna puis elle s’élança à nouveau. Elle bouscula d’un coup de hanche une petite fille juste avant que la lame ne morde sa gorge et elle referma sa gueule sur le poignet du prêtre qui craqua et explosa sous la pression.

L’adrénaline décuplait ses forces, ses sens, l’excitation continuait à distiller ces pulsions sanguinaires en elle. Elle tira d’un coup sec lui démettant l’épaule et le fit tomber pour ouvrir son torse de ses griffes afin de lui arracher le cœur et de le jeter sur scène. Le cœur roula jusqu’aux pieds de Rose, tout proche de sa matriarche. L’ours avait sauvé sa reine. La louve elle venait de tuer son troisième prêtre et une envie soudaine de continuer la saisit alors elle se tourna vers sa prochaine proie. Son regard était sauvage, intense, il était empli d’un instinct et d’une violence sans nom. De la vapeur s’échappait de sa gueule. Elle avait chaud, très chaud et cela contrastait avec le froid environnant. Elle était fière la louve, dressée, oreille droite, port altier, royal. Elle était belle. Elle reprit sa course, frôlant la jambe de son père qui lui rentrait dans la forteresse afin d’aller terminer les derniers prêtres encore debout. Elle exaltait la louve et comptait bien finir de nettoyer la place et de réduire à l’état de cadavre cette sale vermine.
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Eonis Omory » 03 Oct 2015, 01:30

Plus rien. Plus un bruit. Le temps s’arrêtait, les habitants de l’Onyx tous admiratifs devant leurs Reine. Mystérieuse, énigmatique, impressionnante. Valériane était une femme d’exception. Le silence fut brisé de sa propre voix. Une lame qui pourfendait l’air, un cri qui enserrait le cœur. Une souffrance, une douleur, elle était tout en haut, matriarche absolue mais au fond d’elle les tourments d’une solitude. Une force et aussi une faiblesse, une fragilité cristalline qui se fait sentir au son de sa voix. De son chant, on ne retient que ça. Au milieu de tout ça, Eonis arrive à ressentir cela. Elle n’aurait jamais cru être dans une telle proximité avec une telle femme. Elle, simple humaine, sans magie, elle arrivait à capter ses émotions. Non seulement par sa voix vibrante mais également au plus profond de ses tripes. Une étrange sensation.

Mais quelque chose clochait. Au delà de ça, elle sentait autre chose. Il n’y avait pas que Valériane. Ceux qui étaient là. Ils étaient partagés. Des hommes en sa faveur, prêt à tout pour elle. Loyauté, protection,allégeance. Chez les autres se dégageaient une atmosphère malsaine. Ils étaient mauvais. Ils étaient là pour la mort, pour le sang, pour la guerre. Ils ressemblaient à des prêtres, ont ne les voyaient pas, un masque sur le visage. La matriarche à genoux face à eux, dans une position de faiblesse, indélicate et ô combien de fois Eonis s’était retrouvé. La jeune femme déglutit, à l’entente du discours il n’y avait plus de place pour le doute. Tout ce monde, des pions, de simple pions sur un échiquier à grandeur humaine. Puis soudain la panique, l’angoisse, la peur, un afflux d’émotions humaine. Les gens autour d’elle tremblait à l’intérieur de leur être, ils étaient pris au piège.

Les grandes portes de la forteresse venait de se refermer. Dans un grand fracas, un bruit sourd, faisant sursauter, vibrer le cœur. Empêchant une bonne fin, les issus étaient bloquées. Les hommes de l’ombre étaient partout. Avec leurs masques qui se fondait sur la peau ils faisaient peur. C’est la mort qui les attendait. La mort et rien d’autre. Ces hommes lui rappelait de mauvais souvenirs. Lors de cette fameuse nuit où elle s’est échappé, où elle a faillit perdre la vie. Tout d’un coup, le doute s’empara d’elle. Y avait-il une chance pour qu’il s’agisse des mêmes personnes ? Non. Impossible. Trop de temps était passé. Il n’avait pas pu l’a retrouver. Eonis avait peur, elle regardait tout autour d’elle, fixant la reine sur la scène, les hommes de main de cette dernière, les hommes de l’ombre avec leurs marques. Elle voulait s’échapper encore une fois. Mais c’était sans compter sur ses chaines, elle n’avait pas la liberté nécessaire. Son bourreau près d’elle, il l’a surveillait. Il n’y avait pas d’issu.

Elle allait mourir. Elle en était persuadé. Ce piège refermé sur ces pauvres gens. La plupart étaient humains mais il y avait aussi des sorciers et certainement quelques créatures magiques. Elle ressentait une aura animal. Presque comme celle de Furio. Etait-il ici lui aussi ? Non, il ne faisait plus partie de l’Onyx. C’était quelqu’un d’autre. Tout se passa si vite, tellement vite qu’elle n’osait plus bouger. Et dans la foule, dans l’excitation, dans l’agitation, le combat s’engagea.

Sauver la reine, protéger corps et âme, le sang coulait. Le bruit du métal s’entrechoquant, combat à main nue ou encore un usage de la magie à bon escient, tous les moyens étaient bons. Au milieu de la foule, mieux valait ne pas rester en plein milieu comme ça. Mais ses chaines et son bourreau ne lui en laissait pas la possibilité. Elle esquissait des pas pour essayer de partir, quitte à se lacérer les poignets et puis soudain elle y est parvenu. Elle était libre. Comment était-ce possible ? Pourtant elle avait toujours les chaines. Elle fut si surprise qu’elle en perdit l’équilibre est tomba à terre. A côté des corps sans vie, des flaques de sang, des membres coupés, l’horreur de la réalité. Le temps de se retourner, à peine quelques secondes et celui qui était chargé d’elle tomba au sol, à genoux. Il venait de perdre la vie. Le cou tranché par une fine lame de métal d’un couteau maculé de sang. Un des hommes aux masques étranges venait de le tuer. Eonis se demandait si c’était à son tour. Si elle aussi elle allait finir ainsi. Cela serait surement une fin pas très glorieuse. Méritait-elle cela en tant que putain onyx ?

Une chance inouïe. L’homme ne l’avait pas vu. Il continuait son chemin sanglant. Peut être parce qu’elle était déjà au sol. Mais elle n’avait la moindre chance de s’en sortir si elle restait ainsi. Il fallait bouger, se relever. Elle aurait pu ramper jusqu’à trouver une sortie, une bouche d’égout, n’importe quoi qui aurait pu servir de refuge, d’endroit pour s’abriter pendant le massacre. Les corps ne cessaient de tomber, le sang de gicler, sorciers et humains. Malgré la cohue qui régnait, son empathie continuait d’être actif. Eonis ressentait toujours les émotions des autres. Mélange de peur et de soif de sang. Elle ressentait une chose étrange. Une forte envie de tuer. Un sentiment obscur, qu’elle n’avait encore jamais connu. Il y avait quelqu’un tout proche qui prenait un plaisir incommensurable à tuer pour verser le sang sacrificiel au dragon.

Reprenant ses esprits, la jolie blonde se releva d’un bond. Un risque. Une question de survie. Maintenant ou jamais. Il n’y avait pas à réfléchir. Dans ce genre de situation c’était de l’instinct. Il lui en restait encore fort heureusement. Les mains toujours attachées, mais plus relié à son bourreau elle pouvait courir. Pieds nus, elle s’élança à travers la foule. Se frayant un chemin entre les partisans et les hommes de l’ombre aux masques troublant. Les gens étaient toujours en panique. Il ne semblait pas y avoir de sorties possible. Du moins pas tant que ça n’aura pas été décidé par l’onyx lui même. Eonis s’arrêta de temps à autre dans sa course folle. Elle observait la scène de combat. Le chaos. L’odeur de sang qui empesait l’air d’une façon abjecte.

Elle n’aurait pas du s’arrêter. Mais elle ressentait encore plus profondément l’envie de tuer. Ça l’horrifiée. Elle voyait des hommes tuer, des hommes en déshonneur implorer la pitié, d’autres sauver sa peau en combattant dignement tels de véritables guerriers. Sa vision se troublait, elle avait soudainement froid. Elle ressentait une violente douleur au ventre. Fulgurante sensation. Elle baissa la tête et remarqua le bout d’un poignard aiguisé. Et le sang qui coulait. La lame se retira rapidement, alors que le sang se répandait sur la plaie, sur ses vêtements. Elle posa sa main dessus pour essayer d’atténuer la douleur ou l’hémorragie mais ça ne marchait pas. La dernière chose qu’elle vit était ce champ de bataille. Elle n’avait même pas eu le temps de voir le visage de celui qui avait planté son couteau dans sa chair. Eonis s’écroula, perdant connaissance en sombrant dans les limbes du désespoir.
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Messagepar Vincent Boyle » 04 Oct 2015, 17:05

- Je veux aller au concert.

Cinq mots et une tasse de thé qui claque contre la faïence. Cinq mots et ses deux sœurs qui se mettent à s'engueuler au dessus de son fauteuil. Cinq mots et sa nuque qui se laisse tomber contre le repose-tête grinçant de sa chaise vétuste. Liara veut aller au concert. Évidemment. Gloria hausse la voix en parlant de prudence. Elle doit rester cachée. A se montrer en public, si on constate que le service d'ordre n'est pas le même pour elle que pour les autres, on va remarquer quelque chose. Liara va à l'Académie. Un lieu exposé, bien davantage que les tréfonds de l'Onyx, à des manœuvres Rubis. Mais Liara veut aller au concert. Comme les gamines mal embouchées. Comme les ados rebelles. Comme les enfants normales. Et, se massant les sinus comme tout bon grand frère faisant office de paternel, il s'afflige déjà de toutes les façons d'enfermer une jeune fille dans une tour et de toutes les manières qu'elle aura de s'en évader. Il ne sentait pas l'histoire, quand il a entendu la rumeur, quand il a fait confirmer par sa photographe qu'une scène était en train d'être montée. Ce genre de fantaisie, c'est rarement une bonne idée. Maintenant, il comprend la raison de son instinct piquant. Forcément qu'elle allait vouloir y aller.

- Tu verras le concert.
- Ah ! Merci, Vincent,
rayonne sa sœur, avec un fabuleux sourire qui lui tire un soupir. J'ai cru que...
- De ta chambre. Et je ne négocie pas.


Elle se renferme. Ses yeux clairs en deviennent presque noirs. Gloria reprend sur un ton haut à propos des investissements, de la raison, de ce qu'on attend des servants du Dragon et de l'excellence qu'il faut atteindre, laquelle commence par ne pas être idiote. Sa plus jeune sœur l'assassine du regard alors qu'il tourne sa roue, les yeux aux cieux qui ont décidé de ne pas tant le bénir.

Jusqu'à ce regard qu'il leur jette. Les cris résonnent, après la musique. Dans son oreillette, Liara a terminé de l'insulter. Elle se tait, et lui maintient son arcano-oeil, avec sa grosse lentille, son petit « Joyce Inc. » gravé sous l'image réfléchie. La caméra ne tremble pas dans sa main ferme, mais ses contours grincent autant que ces dents. On vient d'agripper les cheveux de la Matriarche, et tout est suspendu, un instant. La stupeur. Les premiers mots qui sonnent, se répercutent dans le Colisée surpeuplé, goinfré de vermines grouillantes qui s’ébattent devant la scène, en dessous de lui. Qui est sur les remparts, Gloria aux mains crispées l'une sur l'autre à s'en faire saigner à sa gauche, l'esclave qui l'a poussé patiemment jusque là à sa droite. Il lâche à sa sœur, alors que le Russe grogne encore, lève la lame, et que lui-même ne bouge pas.

- Mon mégaphone.

Elle ne régit pas. Il lui saisit le poignet, fermement, presque à lui tordre. Reprend plus haut.

- Mon mégaphone ! Et toi, arrête de couiner. Mets-moi en face du peuple. Et plaque-toi sous mes roues.

L'esclave glapit. La lame tombe sur le dos de Valériane. Blasphème. Interdit. Des hauteurs, il est aisé devoir l'ombre sinueuse. Le frisson d'horreur de la foule qui a reculé comme un seul animal au mufle giflé. Il pose la caméra sur ses genoux inutiles, claque la cuisse de sa servante pour la réanimer. Tout dégénère d'un coup, comme des ailes d'insecte se replient devant une flamme. Le bubon russe répand ses hommes armés. Ceux de l'Onyx dégainent leurs lames. Tout frémit. Gloria hurle alors qu'elle voit avancer, le long du haut mur, de cette engeance drapée qui court vers les hauteurs des portes, vers ceux qui se tiennent sur les remparts. Vers eux, qui sont sur le chemin. Elle jette son sac à terre, donne à son frère son principal instrument. L'esclave pleure derrière lui, mais elle a tourné son fauteuil. Elle s'y est terrée. Il la sent remuer, tirant à ses guiboles tordues des trilles de douleur vague colorant sa vision de petites étoiles rouges. Gloria enfile son gant noir, marmonnant des injures à faire rougir les guerriers de Moloch, lequel s'avance vers la scène. Tout rugit. Tout se percute. Tout saigne. Les gens en bas ont une gueule de plaie qui s'ouvre. De tripes à l'air. L'odeur va avec. Un petit chuintement électrique, un larsen léger accompagne sa prise d'air. Une seule goulée. Gloria lance vers ceux qui les chargent sa première incantation, une simple petite pierre devenant rougeoyante dans l'air.

- Fils de pute ! Fils de l'Onyx ! S'exclame le Boyle d'une voix limpide, résonnant partout entre les hurlements de rage et d'agonie. Vous avez entendu ces paroles. Et elles sont vraies ! Le Dragon a faim. Nourrissez-le !

Ça explose, à leurs côtés. La pierre a touché sa cible. Éclaté sur l'épaule qu'elle a percutée. Fait un trou rouge, emporté un bras blanc qui s'en va tomber en contrebas. A l'image sur ses genoux, la masse du Chante-Gloire se lance contre l'homme à la gueule d'Orothar. Des gens tombent devant l'avancée de Moloch. Ennemis, esclaves. Victimes ensemble. Gloria lance une autre sphère. Son esclave s'est mise à prier.

- Nourrissez-le ! De ceux qui viennent vers vous. De ceux qui réclament le sang qu'ils insultent ! Abreuvez le Dragon de leur sang bien rouge ! Exhibez leurs tripes noircies de vos flammes ! Car vous, fils de salopes, filles de cloportes, vous avez grandi dans l'Onyx. Vous avez les crocs de l'Onyx. Perforez ! Mordez ! Vous rampez. Mais vous rampez devant le Dragon. Et offrez la chair de ceux qui le défient !

Sa sœur tire son siège, décalant le fauteuil pour éviter un éclat renvoyé alors qu'il doit agripper sa caméra. Hors de question pour lui de lâcher l'image. Le son. Ses harangues envers ceux qui tombent et qu'il veut voir se relever. Vaincre. Le Chante-Gloire tue. D'autres se battent pire que des chiens. L'Onyx est sauvage, hérissée.

- Vous êtes des putes qui se font battre, mais seulement quand on a payé. Alors faites leur payer ! Faites leur tous payer ! Tuez ! Tuez pour le Dragon, enfants de celle que vous avez choisi d'appeler Mère ! Tuez devant elle ! Massacrez pour le Dragon !

Les balles alchimiques, alignées par sa sœur, amie, protectrice, furie, font des éclats de chair cuite. L'image ne tremble toujours pas, au bout de sa main, quand l'agresseur se vide de son sang, convulsant des derniers fragments de sa vie sur la scène, devant Valériane, approchée d'un garçon. Moloch se retire, la foule frémit, grelote, fait comme des bouches sans dents, des yeux qui s'ouvrent et se referme sous les coups et les mouvements de foule. Les yeux gris sur la foule rouge et la scène noire, il se tait un instant. Puissent ces mots relever ceux qui ont encore des jambes. Puissent-ils sauver ceux qui peuvent l'être. Le Dragon n'a pas de clémence. Lui n'a jamais été la moitié d'un scorpion seulement.

- Reste cachée.

Chuchote-il à son esclave tremblante, dégageant sa main pour lui frôler le bras, essayer de la rassurer. Fugacement. Avant de laisser retomber son mégaphone, de tirer sa couverture pour dégager Martha de son couvert. Leur roi est mort. Vive leur reine, songe-t-il en tirant sur l'un des derniers crevards russe courant vers eux, sur les remparts. Les chairs qui éclatent ont un petit côté feu d'artifice.
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Messagepar Valériane B. Kravt » 04 Oct 2015, 22:54

No hope. No love. Without future. Without past. Only rage.

Le sang versé par les enfants sacrifiés du Dragon, transpirait de la boue martelée, pour se mêler à la pluie vomie par les nuages craquelés. Cette eau noire, qui cinglait les épaules de l'Impératrice à genoux, piétinait son front fiévreux, coulait sur sa poitrine oppressée, et venait abreuver de son obscurité aqueuse, la soif de l'immense Monstre accroché à son dos. Les yeux fermés, la tête renversée en arrière, avec cette interminable chevelure qui s'était défaite pour s'offrir à la tempête, la Reine solitaire, brisée mais invaincue, savourait son pouvoir. La bataille faisait rage, assez sonore, assez furieuse pour rivaliser avec les craquements des nuées. On se tuait, on se massacrait, pour elle, parce qu'on l'aimait ou la haïssait, une distinction qui n'avait pas de d'importance, pourvu que les lames nues, rincées par cette averse qui pleurait à chaudes larmes, ne cessent jamais leur danse de carnage. Au fond elle n'était pas différente de ces prêtres fanatiques, qui tombaient les uns après l'autre, percés, déchiquetés par les griffes d'une Onyx furieuse. Comme eux elle exigeait que le Dragon soit abreuvé d'un ichor poisseux de nuit. Et qu'importait que les offrandes soient concédées avec amour, ou arrachées à grands cris bestiaux, du moment que les boues arides de son quartier, se gorgent de souffrance. Onyx avait toujours été une terre âpre, hostile aux hommes, désechée par le sel des conflits passés, noyée sous la cendre d'un millénaire de tyrannie Craft. Un quartier qu'elle fertilisait, abreuvait, en passant et repassant sur les sillons de corps lacérés les roues d'acier et le soc cruel, de sa charrue guerrière.

Valériane s'était tue, lorsque le micro avait échappé à ses mains décharnées pour s'éclater sur le pavage d'acier de la scène. Mais avec son silence épuisé, celui d'une respiration qui peinait à suivre la cadence hystérique d'un cœur de Dragon, le chant n'était pas mort. Toutes ces gorges animales, l'avaient repris de concert et porté jusqu'au ciel, jusqu'aux Neuf Quartiers, dont les minces frontières ne pourraient bientôt plus contenir l'Orage et les Vents Noirs. Une clameur multiple dans le cœur disharmonieux de ses voix humaines et animales, nobles et misérables, haineuses et amoureuses ; mais unie par une même communion. Celle d'une Famille étalée à l'échelle d'un quartier, d'une communauté d'orphelins, d'être minables et fracassés par des destins tragiques, qui avaient déjà tout perdu, et n'attendait pas de l'Ombreuse qu'elle les sauve, mais qu'elle les entraîne avec elle dans sa chute. Qu'elle donne un sens à leur mort et rende le souvenir de leurs pathétiques existences immortel.

La Féline était ce Dragon cruel, qui tel le Chronos mythologique, s'engrossait de la vie que ses enfants versaient avec un tel zèle fratricide. Mais elle était aussi cette jeune femme orgueilleuse que son ascendance centenaire avait propulsé des ombres anonymes et violentes d'un Orphelinat, à la plus haute marche de Londres. Une femme, qui n'avait pas la lâcheté de bouder son plaisir. Qui assumait pleinement cette excitation née du ventre, à se voir ainsi honorée, adorée, adulée. Oh oui, l'Onyx, les étrangers s'étaient surpassés. Et vénale, un peu narcissique en sa jeunesse parfois capricieuse, elle acceptait ces présents que l'on jetait sur ses épaules pour la couvrir, que l'on clamait d'une voix de stentor dans le cornet d'un mégaphone, que l'on allait pêcher dans le ventre de prêtres déchus à grand coup de harpon, que l'on envoyait rouler sur la scène comme cette tête tranchée, ou que l'on déversait sur sa chevelure, en une explosion peu ragoutante de viscères qui fumaient sous l'averse. Et puis il y avait les autres manifestations, comme cette blessure reçue par cette putain, qui s'étreignait sa poitrine en versant son sang pour la Reine, comme ce doigt de femme luisant de salive, dressé vers le ciel gras et humide, en une parodie de pénétration. C'était cela aussi que d'être Impératrice. Avoir le monde à ses pieds. Et toutes ces bêtes fières et dangereuses, qui tuaient pour elle, scandaient sa devise, et l'enveloppaient de leurs regards inquiets.

Elle se faisait l'effet d'être le centre de leur monde. Le Soleil Reptilien autour duquel gravitait un peuple de déchus.

Lorsque le carnage s’apaisa, lorsque la Terre détrempée de sacrifice refusa d'engloutir une goutte de plus, la Reine drapée dans le manteau de son esclave s'arracha à sa prostration. Ses jambes tremblaient, la pluie peinait à rafraîchir sa fièvre, mais l'énergie bestiale, tourbillonnant autour de la scène, en des nappes électriques qui faisaient grésiller les enceintes, l'aidait à faire bonne figure. Elle dominait le carnage. Elle toisait ces monceaux de corps abandonnés aux pieds de l'estrade comme les présents jetés sur les marches d'un Trône. Belle en sa souillure, sauvage dans la misère de sa tenue. Avec cette pointe de folie, dans son regard aux tons désaccordés, et dans cette chevelure poisseuse de sang reçu. Le Loup s'en était allé, retourné dans ce fourreau d'Ombre dont il ne sortait que sur ordre de la Ténèbreuse. Le Serpent fut congédié avec sécheresse et renvoyé ramper dans la boue. Seul demeura l'Ours immense, l'ours rugissant, dont le grondement accompagnait les mots vomis par le Mégaphone du Boyle lointain. Valériane s'en approcha. Si frêle, si menue lorsqu'on l'opposait à la carrure du plantigrade. Mais si Impériale lorsque de sa main aux ongles noirs de crasse, ébréchés par la violence des instants passés, elle lui gratta le flanc en défiant le public de son silence. Ses hommes attablés à un banquet de violence ne respectaient que la force la plus pure, la plus brute. Une force que l'héritière Craft avait appris à dompter et à amadouer. Comme cet Ours, ce Géant des batailles, qui s’apaisait sous la morsure de sa paume.

La jeune femme tendant les bras, referma ses poings sur le poil détrempé. Et d'une détente qui laissa sur le carreau ses chaussures, elle se hissa sur le dos du monstrueux colosse. Au passage elle acheva de déchirer sa robe déjà malmenée par le prêtre, lui permettant ainsi d'étreindre de ses cuisses nues la masse musculeuse du géant russe. Elle chevauchait un Ours, elle avait dompté la Russie tapageuse. Alors se penchant vers lui, dans cette caresse poisseuse de ses cheveux sanglants qui chatouillaient le mufle du seigneur de Sibérie, elle murmura « -Allez mon beau. Descend moi dans la fosse. Au milieu des bêtes. »

Sous cette pluie battante, l'Impératrice victorieuse arpentait le champs de bataille, portée par la démarche chaloupée du Prédateur. Au poids des énormes pattes, aux coussinets de cuir, les masques des vaincus craquaient. L'haleine du monstre se condensait sous les gouttes en un halo funeste. Valériane ne disait rien. Elle avait trop parlé, trop hurlé et la voix lui saignait comme si des griffes avaient raclé sa gorge. Mais elle trônait, juchée entre ces énormes épaules, qui s'inclinaient et se relevaient avec la fluidité de gigantesques vérins mécaniques. La belle et sa bête. Certains s'approchèrent de cette femme dont l'unique couronne était ce sang noir, qu'on lui avait déversé sur la tête. Et elle les remercia à sa façon. En se penchant pour les toucher, les caresser. Le besoin de flatter leur force, d'effleurer leur blessures. Plusieurs fois elle releva ses doigts tâchés de transpiration, de cendres, de pluie pour les porter à ses narines ou à ses lèvres. Et le goût de la guerre, qu'il soit épicé de cœurs échauffés, amère de poudre noir, salé de sueur combattante, était comme miel pour ses papilles à la langue imperceptiblement râpeuse. En dépit du froid des larmes du ciel, ses joues étaient rougies. D'un plaisir étrange. Échevelé et un peu hagard. Qui rappelait à ceux qui avaient le courage de lever les yeux vers elle, le visage d'une amante qui s'extrait de la pelote moite de draps entortillés. Parce qu'elle était une Craft. La dernière née d'une race antique, qui depuis toujours faisait sa couche dans les ruines de villes ravagées, et aimait à se couvrir des muscs carnassiers du ravage.

« -Stop » Finit par ordonner l'Ombreuse en tirant avec impétuosité sur le pelage détrempé de l'Ours. Et lorsque le monstre s'immobilisa au milieu de la foule aux abois, elle se laissa glisser au sol. Autour d'elle, la plupart firent cercles et s'agenouillèrent dans la boue. Par respect, parce que l'ombre du Chante Gloire sous sa forme animale pesait de façon menaçante sur ses épaules. A l'exception d'un seul homme qui ne bougea pas. C'est une jeune recrue, sans nom, sans identité. D'une innocence vieillie trop vite. A peine entraîné, à peine capable de faire la différence entre la garde et le pommeau d'une épée, sans autre équipement que les haillons brunis de sa misère affamée. Comme les autres il était venu acclamer cette Reine. Comme les autres il avait bu ses paroles, s'était enivré du fracas des guitares électriques griffées dans la caisse de résonnance de cette scène aux allures de Dragon. Comme les autres enfin, le cœur gonflé d'un courage qu'il ne se savait pas posséder, il s'était jeté tête la première sur un prêtre révolté. Avant de se faire couper la jambe d'un revers de hachoir et de s'effondrer piteusement dans la mélasse boursouflée de violence pourpre. De son héroïsme stupide nulle ne garderait d'image sinon celle de sa souffrance. Un soldat redevenu homme, un homme redevenu enfant, qui peinait à garder la tête hors d'une flaque.

Dans un silence religieux, la Féline s'en approcha. Les projecteurs étaient braqués sur elle. Soulignant l'épuisement de sa silhouette et l'éclat fièvreux de ses yeux. La pluie continuait à tomber. Elle tintait sur les armures des gardes les plus proches. Les lames nettoyées encore dégainées, brillaient d'un éclat très pur. A Gemme qui se tenait pas très loin, elle exigea un poignard. L'arme lui fut présentée le pommeau en avant. Elle s'en saisit sans regarder la louve. Heureuse de sentir ses doigts s'enrouler autour du cuir humide. Le soldat prostré dans la boue la regardait aussi. Etrangement calme, à l'exception de ces quelques bulles de sang noir qui fleurissaient en un rythme de plus en plus lent au coin de ses lèvres exangues. Le genoux de Valériane vint heurter le sol meuble. Sa robe n'étaient plus que haillons brunis. Doucement elle redressa la tête du vaincu. Tendrement elle lui ferma les yeux. Avec sa jambe tranchée, il n'était plus d'aucune utilité pour l'Onyx. Le Dragon n'avait que faire des faibles. Avec cette sagesse du mourant l'adolescent, l'avait aussi compris. Et c'est à peine s'il frissonna lorsque la pointe effilée, se glissant entre les replis de son vêtement d'humble et de mal né, vint piquer son cœur.

La pluie tombait. Noire et épaisse. Dans le ciel une ombre sinueuse, toutes ailes déployées, traçait des cercles concentriques dont l'Héritière Craft était le centre. A chaque éclairs les écailles du Dragon étincelaient. Ou peut être était ce seulement les reflets de la ville, déposés sur les reliefs tourmentés de ce ciel de plomb fondu. Le visage du blessé avait disparu, enveloppé, avalé, par ce suaire de cheveux sales, tombant du crâne de l'Ombreuse penchée sur lui. Il n'y avait plus qu'eux deux. La foule avait disparue, effacé, par le rideau de l'orage. Trop lointaine pour troubler les sens de la Femme Panthère. D'une main elle lui soutenait la nuque. De l'autre elle visait le cœur. Jamais elle ne grimaça, jamais elle n'eu de mouvement de recul, même lorsque l'agonisant lui souffla son haleine de bile dans les narines, même lorsque ses lèvres s'ammourachèrent de celles gercées, poisseuses de boue et de sang du prostré. Elle l'embrassa. Avec cette sensualité étrange, incestueuse. Qui vit sa langue râpeuse se frayer un chemin entre les gencives à vif du mourant en même temps que la dague fendant sans effort l'épiderme frigorifiée alla perforer le cœur épuisé. L'Onyx regroupée, contempla les spasmes brutaux d'un corps qui gouttait à son ultime inspiration. Il tressauta une fois, deux fois, en envoyant gicler de la boue, en crachant dans la bouche de son Assassine les remugles de sa souffrance enfin expirée. Le temps s'éternisait. Valériane attendit qu'il se calme, qu'il arrête de frissonner pour le relâcher et le laisser reposer à même ces noirs pavés pour lesquels il avait sacrifié sa misérable existence.

Lorsqu'elle se redressa, la lame demeura plantée dans le cadavre. Ses lèvres étaient rouge d'une vie qui n'était pas la sienne. Son visage un masque pâle et hagard. Des yeux elle parcourut le cercle des prédateurs. Lentement, en tournant doucement sur elle même, comme pour graver leurs visages dans sa mémoire. A leur encontre elle inclina la tête une fois. Alors qu'un filet de salive noirâtre dégouttait d'entre ses mâchoires charnues. Et puis d'une démarche mal assurée, elle s'en retourna auprès de l'Ours. A l'ombre rassurante de sa puissance. Dans le halo thermique de chaleur animale dégorgé par sa masse musculeuse. « -Ramène moi. A la Maison. » Murmura une jeune femme qui avait froid.
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Messagepar Baïeslav Zdorovega » 05 Oct 2015, 02:14

    D'autres avaient réagis, de nombreux autres. D'autres avaient tués au nom de la Dragonne, des autres plus nombreux encore que les premiers. Pourtant, aux uns comme aux autres, Baïeslav n'avait accordé que peu d'attention, contemplant le massacre depuis le haut de l'estrade, défiant de ses grondements tous ceux qui auraient voulu à nouveau s'en prendre à sa Reine. Il salua tout de même le massacre, si intense mais si vain, du vieux Moloch d'un hochement de sa grande tête massive, aux babines encore dégoulinantes de sang et aux poils qui en semblaient durablement imprégnés, en dépit de la pluie, comme si l'eau ne pouvait laver aussi facilement sa sombre et sanglante parue. Ah, qu'il était puissant, qu'il était glorieux, le Vieux Loup Noir, le Régent Wolfcraft... et combien avait été vaine toute sa puissance, toute sa fougue, toute sa gloire. Il avait beau eu faire, c'était l'Ours Noir qui de ses griffes, de ses crocs, de sa magie, avait décapité le culte ennemi pendant qu'il lançait ses ordres.

    Un instant, dans l'esprit de Baïeslav, embrumé par le voile rouge du sang et de la rage, subtilement modifié alors qu'il était ainsi coulé dans sa forme d'Ours, il y eu comme une pointe de pitié pour le vieux général. Mais qu'importait, au fond ! Cet agitateur venu du fin fond de la Sibérie lui appartenait, cela relevait de son devoir et de son honneur que de le réduire en charpie comme il l'avait fait, au nom de la Mère Russie, là-bas, si loin, à l'est, prise dans les glaces et dans le noir étaux du plus sombre des ennemis, autant qu'au nom de la Reine Dragon, de cette belle jeune femme au charisme dévorant, magnétique, que le fou avait osé menacer. Et pour cela, il n'était pas mort d'une épée anglaise, ou d'un sort anglais, non, il était mort déchiqueté par les griffes et les crocs de Baïeslav Zdorovega, le Chante-Gloire, et l'écho en serait porté sur les noires ailes du vent des murmures jusqu'en Sibérie, cela ne fesait guère de doute. Une leçon pour eux tous, à leur rappelé que les Ours Géants veillaient toujours, fidèles gardiens et serviteurs du Dragon.

    La course meurtrière de Gemme lui plu d'avantage encore, tout comme son sens du présent royal, d'ailleurs, et il la salua également d'un mouvement de sa tête animal. Ce fut par contre un grondement qui s'échappa de sa gorge bestiale quand il entendit la voix du Serpent derrière lui, et qu'il reconnu son odeur, même sous la pluie, jetant un coup d’œil de ce côté pour le découvrir près de Valériane. Qu'il ait cédé son manteau à sa Souveraine était approprié, mais ses paroles présumaient de sa place dans le monde. Il se rappelait encore de la façon dont il l'avait fait jeter à ses pieds, et de son fond d'arrogance, alors. Qu'il prenne garde, ce petit dragon sans aile, s'il ne voulait pas finir lui aussi écrasé sous la patte impitoyable de l'Ours. Qu'il ne s'imagine pas qu'avoir quelques gouttes de sang de dragon abâtardit le préserverait, que du contraire. Tout comme les renégats Wolfcraft qui avaient gagné le Saphir, leur sang ne serait que plus doux à faire couler dans sa gueule en sachant qu'il contenait, même vicié, quelques gouttes de celui du Tueur de Dragon.

    Aux autres, à l'infirme qui se prenait pour un seigneur à crier... dans un mégaphone – encore un cloporte d'anglais, à se croire grand mais à être incapable de bouger seul pour tuer et se défendre, à être incapable même de rugir et de se faire entendre sans artifice – aussi bien qu'aux putains qui mourraient au sol, le corps percé d'une lame, ou qu'aux soldats qui tuaient et mourraient pour leur Reine, il n'accorda que son indifférence, et un nouveau grondement de défis, tel celui des géants que son sang proclamait depuis si longtemps, tel celui de ses ancêtres sur les champs de bataille de légendes. Et finalement, sous le regard sombre de l'Ours Sanglant, qui encore une fois avait si bien porté son surnom, le carnage fini par s'apaiser, le massacre par s'achever. Même l'Onyx ne pouvait tuer indéfiniment, sauf à se dépeupler entièrement : si on ne voulait pas aller jusque-là, il arrivait toujours, forcément, un moment où, en manque de cadavres, on se devait de mettre fin à la boucherie.... du moins pour un temps.

    Dans son dos, la Matriarche sembla le sentir et, après avoir sèchement renvoyé le Serpent, comme il le méritait, dans la boue et la fange dont il était issu, s'approcha de lui, son Champion du soir, drapé dans toute sa puissance animale, grondant comme s'il était prêt, s'il le fallait, à recommencer dès maintenant la boucherie, en massacrant tous ceux qu'elle lui désignerait, sans raison particulière s'il le fallait, simplement parce qu'elle le lui demandait. Mais au lieu de cela, elle choisi de poser sa main dans sa fourrure humide, de sang bien sûr mais aussi d'autres choses, dont le sang n'était pas la moindre, et de l’apaiser de sa caresse. D'aucuns auraient perdus leur main dans une telle tentative, et auraient pu s'estimer chanceux de leur sort, mais avec la Reine-Dragon, c'était bien entendu différent. Le grondement de l'Ours se fit quelques instants plus chaleureux, plus ténu aussi, un grondement soumis à la majesté du Dragon et à la gloire de Valériane, puis se tu tout à fait. Le titanesque plantigrade continuait de toiser l'assemblée, mais sous l'action de leur souveraine, il semblait maintenant dompté... par elle tout du moins.

    Comme pour le prouver, comme pour le démontrer à son peuple qui venait de verser tant de sang en son nom, elle tendit la main et, abandonnant les dernières frusques qui lui restaient, sauta sur le dos de l'Ours Noir, qui sentit ses cuisses nues se refermer autour de lui. Là encore, c'était une aventure bien risquée, et tout autre ou presque aurait pu y être assurer d'y laisser la vie, ou pire encore. Nul humain n'aurait pu impunément le réduire au statut de simple monture... mais ce soir, il portait le Dragon. Loin d'être une humiliation, c'était un honneur, une gloire supplémentaire, que d'être le support du triomphe glorieux de sa Reine. En portant la Dragonne, c'était comme si une part de sa gloire rejaillissait sur lui, et il ressentit une sensation de puissance, en vérité, à ressentir une telle force presque primaire ainsi juchée sur son dos, qui bientôt se pencha en avant, ses cheveux venant chatouiller le mufle sanglant de la bête qui la servait si fidèlement.

    « Allez mon beau. Descend moi dans la fosse. Au milieu des bêtes. »

    Aurait-il été humain alors qu'il aurait pu sourire, mais les bêtes ne souriaient point à la manière des hommes. Bête ou homme toutefois, il restait corps et âme dévoué à la Dragonne, et il obéit sans attendre, descendant lentement, à pas lent, majestueux, dans l'allée du carnage, écrasant sans distinction les masques des vaincus et les os, les crânes, de ceux qui avaient combattu pour la victoire mais ne la verraient jamais. Si la Reine juchée sur son dos n'ajoutait guère à son poids, du moins à son poids physique, sa propre masse était considérable, et c'était sans égard qu'il piétinait les corps aussi bien des fidèles que des hérétiques. Traîtres ou fidèles, russes ou anglais, ils étaient tous unis maintenant dans la mort, simple tapis d'os, de sang, d'acier et de chaire pour le triomphe du Dragon, et l'Ours Noir ne les voyait pas comme autre chose. Leurs dépouilles auraient dû être honorée d'avoir ainsi une dernière, une ultime occasion de servir le Dragon Noir.

    Là où Valériane, tout à la fois Reine et prophétesse, idole et déesse, distribuait des caresses, goûtait le sang, la sueur, les larmes et les cendres, son pourvoyeur, lui, ne distribuait que des regards bestiaux, qui firent reculer plus d'un empressé, de même que le spectacles de ses dents impressionnantes entre ses babines retroussées. Qu'ils se pressent autour de leur suzeraine, oui, qu'ils lui rendent hommage, qu'ils se battent pour la gloire d'une caresse de sa part, mais qu'ils n'oublient pas leur place. Nul ce soir ne menacerait plus la Dragonne, pas sans être automatiquement déchiqueté par son puissant gardien.

    « Stop »

    Un mot unique, mais qui suffit amplement au Chante-Gloire pour obéir et, répondant au mouvement imprimé dans sa fourrure, s'arrêter au milieu de la foule hagarde d'admiration pour leur Reine. Il la laissa descendre, la suivit du regard. Nul ce soir ne semblait plus capable de la menacer, ne semblait plus en état de le faire, fut-ce simplement potentiellement. Tous et toutes, visiblement, avaient été trop frappé par la gloire sanglante du Dragon pour vouloir tenter l'aventure de se frotter à lui, à moins qu'il ne craigne de se faire aussitôt réduire en charpie par l'ensemble des fidèles de la charismatique souveraine, qui, pour la plupart, laissaient maintenant briller une véritable lueur de fanatisme dans leurs yeux. Oh non, personne ne toucherait plus la Reine d'Onyx, la Mère de la Russie, pas ce soir, plus ce soir. Alors, l'observant du coin de l’œil se livrer à son œuvre macabre, lui qui était habitué aux noirs rituels de ses maîtres dans le lointain Orient, lui qui avait livré plus de sa part de ténèbres, et vu plus encore, oh oui, bien plus, de choses noires et horribles, dont les plus horribles étaient commises par des choses qui n'étaient plus des hommes, ou qui, pour certaines, ne l'avaient jamais été, baissa les yeux vers le sol et y vit un cadavre.

    C'était le cadavre d'une toute jeune fille, peut-être d'une enfant. Sa gorge avait été tranchée par un prêtre noir, au sombre masque, lequel gisait, brisé, incrusté en partie dans la tête de son propriétaire, laquelle avait été démolie, vraisemblablement à coup de masse. Des choses qui arrivaient, sans doute. Alors, car il avait dépensé bien des forces dans la bataille, l'Ours Noir en restaura-t-il une partie, dévorant le cadavre de l'enfant, brisant sa colonne pour en aspirer la moelle, écrasant son crâne pour en dévorer la pulpe, mordillant son corps à la recherche des meilleurs morceaux et les arrachant soigneusement. Tous les organes les plus gorgés de force et de magie, les plus savoureux, il les dégusta soigneusement. Et pendant que la Bête se repaissait ainsi du festin offert, ses yeux ne quittaient guère la Reine-Dragon, l'intelligence de l'homme, cette donnée horrible qui le rendait si différent d'un bon et innocent ours ordinaire, en grande partie sinon toute entière focalisée sur celle qu'il avait jurer de protéger, même quand le mal semblait avoir bien peu de chance de revenir s'en prendre à elle, aussi peu qu'en ce moment.

    Et finalement, alors qu'il achevait son repas de chaire, Valériane termina son festin de mort, et se releva, semblant plus pâle et moins assurée. Il était temps de mettre fin à tout ceci, visiblement, ou tout du moins de le proposer, mais la Reine elle-même, se passant pour une fois de conseil de prudence, qu'elle écoutait du reste rarement, semblait elle-même en avoir fini, et elle revint au près du Chante-Gloire, drapée dans son ombre immense, dans son aura de chaleur physique et dans celle, protectrice, qui proclamait que toute personne voulant la toucher y risquait sa main, sa vie, ou des choses plus précieuses encore.

    « Ramène moi. A la Maison. »

    Cela n'avait été qu'un murmure, mais il l'avait entendu. Il aurait pu redevenir homme et l'emporter, la soulever dans ses bras comme un fétus de paille, mais cela aurait pu lui donner une image infantile, et il voulait l'éviter, après une telle démonstration de gloire. Il aurait pu simplement la raccompagner, mais il voulait éviter tout risque de la voir s'effondrer, alors qu'elle semblait... vidée, frissonnante. Il décida donc de rester la Bête qu'il était et, la soulevant d'une patte qui soudain s'était faite douce, la jucha à nouveau sur son dos. Comme d'autres approchaient, il gronda de nouveau, un grondement qui devint presque un rugissement, alors qu'une étincelle de ténèbres flambait dans ses yeux. La représentation était finie, et le mufle de l'Ours, encore barbouillé du sang de l'enfant, n'incitait guère à défier cet état de fait. Seraient-ils choqués, pour certains, de voir ainsi le cadavre dévoré à ses pieds, ou ce genre de chose suscitait-il aussi peu de réaction en Onyx qu'en Sibérie ? À dire vrai, il n'en avait cure, et ce fut sans remord qu'il écrasa les restes de la fillette en ce mettant en route, écartant de son aura brutal, ou d'un coup de patte vengeur, ceux qui ne se poussaient pas assez vite devant lui et sa Reine.

    Bientôt, il n'y eu plus personne d'assez fou pour s'aventurer à un tel barrage, et ils quittèrent la zone du concert, regagnèrent les profondeurs sombres de la Forteresse, et se dérobèrent à la vue des curieux, se fondant dans les ombres, belle et bête, Dragon et Ours, maîtresse et serviteur, le mur noir des gardes de la Reine-Dragonne se refermant derrière eux. Baïeslav continua un moment, sa fourrure sombre se faisant comme une couche et une litière pour sa suzeraine, et ce ne fut qu'une fois profondément enfoncé dans la Forteresse, au bas des escaliers conduisant à la chambre de Valériane, loin de tous les regards, qu'il la déposa au sol et repris sa forme d'homme. Il la souleva alors bel et bien, elle qui avait sur les épaules le poids d'une lignée millénaire, l'héritage d'une armée de tyran, et qui pourtant ne pesait pas plus lourd qu'une brise, l'emportant jusqu'à l'endroit où elle pourrait se reposer et reprendre des forces, Dragonne perchée dans son antre, d'où elle pourrait ensuite revenir commander ses Légions, plus glorieuse et plus redoutée, plus belle et plus adulée, plus terrible et plus aimée que jamais. Finalement, il devait bien reconnaître que cette soirée n'avait pas été une si mauvaise idée...
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Messagepar Herl » 05 Oct 2015, 20:18




Ta vie sous la lance
et l'âme sur l'épée ;
les traits de la Fortune sont cruels.


Qui est le guerrier qui lance son cri de gloire au moment d'abattre son bras ? Quel soldat hurle la devise de son Seigneur alors qu'il se débat dans la mêlée ? Il n'a pour nom qu'une allégorie – Victoire, Courage, Cruauté – et n'a pour histoire que celle que l'on trouve dans les légendes et les livres de contes. Qui est le soldat qui ne cherche pas son souffle alors que le sang empoisse ses yeux et sa gorge ? Quel est le guerrier qui osera chanter par-dessus les râles des blessés ?

Sonne le fer de la lance. Sonne l'acier de l'épée.

Il se bat. Il se bat comme un bûcheron à l'ouvrage, et son bras se lève et s'abat sans repos, et ses dents grincent, et son front est trempé de sueur. Il se bat, il ne chante pas. Il n'est pas de ces monstres qui savent faire résonner leur gosier au milieu de la glaise et de la boue – d'autres le font mieux que lui. Il se bat comme un homme, comme un chien, comme une bête, et tout son corps lui fait mal, et ses paumes sont glissantes d'ampoules crevées et de sang craquelé, et ses épaules roulent comme des rochers que l'écume aurait trop mordu. Il ne chante pas, il se bat. Entre ses lèvres ne file qu'un souffle chaud et âpre, écourté par la fatigue, pas de ces souffles d'ours ou de loup qui savent vriller l'air froid des plaines – il n'est pas enfant des montagnes ou des plaines. Il est enfant d'ici. Du pavé noir et des rues crasseuses, des vapeurs d'égout et de l'eau sale des caniveaux. Il ne chante pas, il ne crie pas. Sa main, son bras, son âme le font pour lui ; et dans son crâne bouillant de fièvre tournent comme des stances les mantras du Dragon.

Sonne le fer de la lance. Sonne l'acier de l'épée.

Des épées brandies telles des dards blancs sous le pas de la scène hérissée. Les enfants de Moloch au poil noir et au menton fier se sont élancés. Ici, ailleurs. Autour, partout. Il n'est plus très sûr de pouvoir distinguer l'ami de l'ennemi. Il se bat. Il se bat – tout est rouge. Rouge !

Sonne l'acier ; sonne le fer !
Sonne ! Sonne !


L'air est gonflé de poisons. L'air est gonflé de cris. L'air est enflé comme un coup. (Sonne !) Comme un cri. Il ne crie pas, il ne chante pas. D'autres le font pour lui.
D'autres hurlent, d'autre exhortent. Une voix surtout, loin au-dessus, qui crève les nuages et se brise sur les remparts. Il en reçoit l'écho comme on reçoit la Grâce. Il s'embrase. Son dos courbé se redresse, la lance dans ses mains ne tremble plus. Ne tremble pas. Il se jette en avant : encore. Il ne chante pas, il ne crie pas. Il est au-delà.

Souffle ! Autour la meute, la menée, la masse hurlante, le monde débattant et convulsant, la foule. Percée de pointes éclatées de gris elle vibre sous le ciel comme sous le ventre d'un dragon. Plus d'hommes, plus de femmes, plus rien qu'une mer de mains rouges (Rouge !) levées et de poings fendus – de visages tordus tracés d'odieux sourires – de lames et de flambeaux (Brûle !) qu'il attaque et qu'il pourfend. Plus de femmes, plus d'hommes. Rien que des bras qui s'abattent et moissonnent le sang du Dragon.
Souffre ! Sous ses semelles plus de chair que de marbre désormais, plus de membres tordus et d'os brisés que de pierres et de pavés. (Rouge !) Droit devant : il fauche les corps comme des épis couchés. Droit devant. (Sonne !) Un dos solide et un poignard teint d'écarlate, une chevelure blonde qui s'effondre comme un drapeau relâché. Putain, femme des siens, qu'il bouscule en partie pour mieux abattre celui qui l'a piquée. Le sang pleut. (Rouge !) Elle est vengée, n'en saura rien. Il est déjà loin.
Saigne ! Ceux qui cherchent à grimper les remparts pour mieux s'enfuir, abattus. Ceux qui s'assoient à même le sol, sonnés d'horreur et de vertige, abattus. Ceux qui tournent et titubent, abattus. De sa main. Pas de sa main. Quelle importance ? Un garçon soudain à genoux devant lui, le visage lavé de cendres et l'oeil halluciné, la gorge offerte, la gorge tendue. Une offrande. (Rouge !) Ses doigts à lui plongés dans la chair jeune, dans la chair chaude, ses doigts, ses armes, ses dents. Les Prêtres ou lui, ce n'est pas différent.

Sonne !
Sonne !
Sonne !


Des éclairs ont secoué le ciel, et le ciel s'est ébroué à son tour, s'est cabré comme une femme sur le point d'accoucher. Tu peux trembler, Londres : ce soir le Dragon mue et se dévore la queue.

Rouge !
Son œil a rougi, son sang a noirci. Plus de femmes, plus d'hommes. Plus de victoires, plus de défaites. Plus de Molosse. Il est fils de la terre charnelle et du ciel sans étoile, du ciel écailleux, ses membres une forêt et mes veines un torrent, mon corps une corde, et mon cœur un royaume (Gloire ! Fureur !) où les vautours géants régneront sans partage ; sonne le fer de la lance, sonne l'acier de l'épée ! Il taille et il tourne et il étripe et il tranche, et la houle de chair brassée l'agrippe et l'embrasse, et tout se tord, et tout convulse, (Sang ! Acier !) et tout s'étreint, et tout se tue.

Rien ne se tait.
Sonne !

Il faut que la foule s'espace, qu'il ne reste plus de bêtes à faucher, que le sol dérape et que les nuages se tordent comme un linge essoré ; pour qu'enfin, enfin, il puisse reprendre un peu ses esprits. Ses poumons, du feu. Son corps entier, en feu. Il est allé au-delà de ses forces, si loin, si loin, qu'il lui est difficile de reprendre possession des membres pétris de douleur qui sont pourtant les siens. Ah ! Qu'il se réjouissait là-haut à se regarder tourner, et à chanter le Dragon d'une voix de tonnerre !

Le ciel s'en va chargé de sang ;
Et l'air est plein du goût du sang ;
Du sang partout, partout du sang.


Il tombe à genoux. Vertiges. La lance est collée au creux de sa paume brûlée. Il lève le regard, parvient à deviner la scène au-delà des corps espacés, des monceaux de cadavres, et des êtres qui s'agitent, hagards, comme les témoins d'une visitation. Des gens agenouillés qui se redressent dans le calme incertain. De lourdes silhouettes s'éloignent. Une d'entre elles – la plus haute, la plus large – emporte avec elle la raison de tant de sang versé, de tant de vies prises. Son œil le pique. Il était trop loin. Il n'a rien vu.

Alors il se redresse, tout tremblant et tout titubant ; puis d'un geste violent, déçu, frustré, il plante sa lance dans un des corps inertes à ses pieds. C'est déjà terminé. Il n'est pas même blessé.

Et voici la toile finie.
Herl
 



Messagepar Phèdre Roncia » 05 Oct 2015, 22:59

Après le silence quasi religieux des habitants de l’Onyx, vint la voix puissante de la Dragonne, que tous écoutaient avec engouement, avec passion, au rythme des basses. A la cacophonie mentale vint s’ajouter des sonorités bien plus fortes que ce à quoi j’étais habituée, et la migraine redoubla de vigueur. Mais stoïque, je restais debout, accrochée à Tattoo qui m’ancrait de sa présence dans la réalité, m’empêchant de tomber, de sombrer dans ce chaos qui menaçait de m’engloutir sous les flots impétueux de ce torrent de pensées que je percevais sans pouvoir les contrôler. Mes phalanges étaient blanches de serrer mon oiseau chanteur précieux, celui de sang dans mon dos semblant vibrer dans mes chaires, m’aidant à tenir le coup.

J’ignorais combien de temps passa exactement jusqu’à ce que le silence ne vienne remplacer la voix de la Dragonne, quand ce concert devint enfer pour nous autres membres de l’Onyx, piétaille vouée à la douleur et à la mort. Alors que ce Prêtre vint annoncer notre sacrifice, ses disciples tranchant veines et gorge en passant parmi les nôtres, je me redressais, dégrafant ma cape qui tomba au sol, accrochant ma Broche à mon collier, droite et fière louve de l’Onyx. La douleur, je l’offrais volontiers à l’Onyx, au Dragon. Mon sang également. Mais pas ainsi. Pas dans cette boucherie honnie.

Alors que Moloch lance ses hommes pour contre carrer ces hommes sanguinaires, d’un regard de connivence avec la tatoueuse nous décidons d’y mettre la main à la pâte. Que ma magie me serve pour une fois. Elle s’en va un peu plus loin, bondissant, montant sur les remparts, pour griffonner, se servir de son don contre ces pourritures qui veulent pervertir l’offrande au Dragon. L’un d’eux vient vers moi, s’occupant de pauvres manants se trouvant sur leur passage, taillant les chairs sans prendre en compte les refus. Le plus proche me tourne le dos, et telle une furie je bondis, m’accrochant dans son dos, plantant mes griffes, mes dents dans sa chaire, son sang ferreux s’écoulant alors. Il crie et se débat mais ne parvient pas à me dégager, alors qu’un mégaphone fait entendre une voix masculine qui nous incite à la révolte, à nous retourner contre nos oppresseurs pour que leur sang coule en véritable tribu en l’honneur de notre Matriarche. De mes crocs et de mes griffes je déchiquetais, les cris de ma proie me galvanisant. Mon esprit était vide, la migraine envolée, toute concentrée sur l’instant présent, un mur impénétrable jeté instinctivement sur mes pensées. J’étais plus humaine que louve en cet instant. Une louve tueuse, se repaissant du sang de ses ennemis. Un chant mélodieux résonna à mes seules oreilles à cette prise de conscience ou l’avais-je seulement imaginé ? Retournant à mon occupation en secouant la tête pour reprendre mes esprits, je sentis ma proie tomber au sol, d’épuisement autant que de douleur, et attaquant sa gorge de mes dents, je l’achevais ainsi, des morceaux de chairs volant dans l’air sous mes attaques, le sang giclant à gros bouillons me couvrant les mans, les bras, la poitrine.

Combien de temps le combat dura t-il ? Je n’en avais aucune idée, mais quand je me redressais, maculée de sang et le regard fou, le silence planais, les portes s’ouvraient, les perturbateurs avaient été neutralisés, annihilés. Levant la tête, je vis Tattoo assise sur les remparts, ses parchemins et plumes en main. Elle avait dû avoir son content de victimes et la connaissant, les morts n’auraient pas été des plus paisible. Un attroupement se forma un peu plus loin, et prenant la cape grise d‘un des morts, je la passais sur mes épaules, cachant mon oiseau sanglant, enlevant la Broche de mon ciller pour la garder en main, bien cachée dans ma paume. Je vis alors la raison de ce rassemblement, la Dragonne approchant, juchée sur les épaules du Grand Ours, majestueuse. Tous s’inclinèrent, mettant genoux à terre, et je suivis le mouvement, courbant le front à son passage. Mes allégeances allaient autant au Dragon qu’au Lion, mais mieux valait ne pas les mélanger, les confronter directement. Ici, mes oiseaux étaient mal vus, et je l’avais compris qu’après quelques esclandres. Me fondant dans la masse des individus éprouvés mais pourtant victorieux, j’assistais à la fin d’un jeune homme qui ne se relèverait plus, ayant été mutilé durant les attaques. Ne pouvant ainsi servir l’Onyx, il connu le repos de la main même de notre Matriarche. Ce n’est qu’ensuite que la Dragonne prit congé, retournant dans les profondeurs de la Forteresse raccompagnée par le plantigrade décourageant les imprudents d’approcher.

Après l’ivresse et la montée d’adrénaline des combats vint le calme et l’état de choc. Ce n’est vraiment qu’à cet instant que je pris conscience de cette folie meurtrière dont j’avais fait preuve, me donnant corps et âme à l’Onyx durant ce combat. Vacillant, c’est un bras fort et secourable qui me retint à nouveau, Tattoo revenue à mes côtés. La migraine était partie, le mur toujours en place, mais je savais qu’il s’effriterait sans doute durant la nuit et le relâchement du sommeil, comme d’habitude. Ce n’est qu’en me tournant vers les grandes portes que je m’arrêtais nette, prenant une mèche de cheveu entre mes doigts, ayant cru voir quelque chose…. Blanche. La mèche entière était blanche comme neige, là où je savais pertinemment que ma chevelure était uniformément rousse…

« -Tattoo ? Tu aurais une idée du pourquoi mes cheveux changent tous seuls de couleurs ? La migraine a disparue avec la folie meurtrière qui m’a submergée…. Un trop plein de magie, d’émotions, tu crois ? »

Interloquée, j’haussais les épaules, sachant que je mettrais sans doute quelques jours à m’y habituer, et qu’il me faudra ne plus en avoir peur, l’accepter et m’entraîner ardemment à m’en servir pour combattre et servir. Je repris avec elle le chemin de la Maison Close, nous séparant juste à nos Quartiers respectifs. Le repos serait cours, et demain sera un autre jour.
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Messagepar Armand Melvian » 06 Oct 2015, 09:59

La foule bat le rythme d’une rumeur uniforme. Un énorme cœur suintant, vibrant à l’unisson vers le même pilier ; leur reine bien aimée, à la fleur de l’âge, à l’arrogance des puissants, à l’apparence décharnée. Le tumulte joyeux n’est pas en reste de l’encourager, de reprendre en échos ses paroles, de courber et déhancher les hères par leurs danses endiablées. A ceux qui se jettent les uns contre les autres dans une mêlée de chair, à celles qui taillent leur paume et la lèvent haut dans le ciel pour compatir dans la douleur. A ceux encore qui observent, oints d’ennui, dans un silence poli.

Il les sent tous. Une cacophonie de remugles plus camphrés les uns que les autres. Proches comme loin, des fers de lance de l’Onyx il clame sa part de butin. Ici, une touche de muguet coulant d’une chaude aisselle, là un geyser d’envie entre les sauts d’une ballerine. Et ce parfum saturé d’envie contre la cuisse de la catin… C’est un peu excitant, songe-t-il, un brin grisé. Ses lèvres délivrent un souffle. Révoltant aussi, de voir qu’il va falloir s’en priver.

Le tapage des caissons de basse s’arrête enfin. La fosse se calme, se rabat, remarque les angoisses et surprises de chacun. Il y a parmi les murs des formes qui se détachent, épousent les rangs, guignent les gorges comme des nouveaux nés affamés. L’éclat des lames appuient leur appétence. Les dagues et les regards scintillent, se toisent. L’infant sourit. Une chasse se prépare, et on escompte en faire la proie. Parmi les autres, ses autres, ceux que l’on encercle et enferme dans leur désarroi. C’est d’une dramatique ironie qui le fait frémir d’impatience, met ses sens à fleur de peau.
Le discours se poursuit, établissant les règles d’un jeu pour lequel les pions n’ont pas signé, et pourtant, lorsque le glas sonne, toutes âmes s’y jettent. Un ballet houleux de corps et de sang s’évertue soudain devant ses yeux. Des pétales de cris, des saveurs d’ocre et d’opium fort alléchante se dévouent à l’éconduire. D’un pas de côté, il évite un bras, orphelin du corps où il était sans doute un jour attaché. Ce qu’il y a de bien avec les sorciers, c’est qu’ils ne savent pas voir. Ni n’aiment regarder. La plupart sont tellement accaparés par eux-mêmes qu’ils ignorent toute autre créature, quand bien même celles-ci leur passeraient carrément sous le nez. Armand arpente ainsi les mêlées de son pas nonchalant. Un sourire, un rien amusé, évalue les dégâts, estime la qualité des aciers qu’il voit. A la bruine acide s’associent des gouttelettes d’hémoglobine qui font son ravissement, ornent sa peau d’opale de larmes rouges comme le grenat. Un entrechat et il esquive un coup, d’un grand pas, il gravit un corps. La musaraigne qui le suit est terrifiée, siffle et vrombit à chaque hurlement. Le caquètement de ses genoux l’un contre l’autre ne saurait mieux troubler la scène, mais c’est à un ennemi qu’il doit la peine de devoir s’en débarrasser pour lui.

Le reître à l’œil torve et vitreux. Sa pupille vibre, se dilate, ses blancs d’œil son rouge, il a peur. L’adrénaline gorge son sang d’un fort insultant. A son flanc, une main grassouillette enserre un gourdin comme une corde de rappel. A l’autre, un bras lui manque, mais s’il est dépossédé d’un de ses appendices, la vue, elle, ne lui fait pas défaut. Il fallait bien qu’il y en ait un plus scrupuleux les autres, déplore le vampire d’une moue lasse. L’autre, cependant, n’entend pas se voir refuser l’occasion, et comme il beugle pour se donner du courage en fondant sur lui comme un forcené, l’officier sent ses mains gantées de blanc saisir la garde de son arme.
Comme tout à chacun à son talent, le sien trouve sa perfection au fil de cette lame courbée, finement signée. Les motifs de vague déglutis par le nacre semblent n’en plus finir, leur ondulation fascine un instant le gibier, une fraction de seconde, le temps qu’elle sorte, siffle, frappe et abatte la tête de ce dernier comme la branche qui lui servait d’arme. La nuque est toujours la plus aisée à trouver, et en plus elle ne tâche pas. Le moignon, lui, éclabousse joyeusement tout ce qui se trouve autour jusqu’à ce que la gravité reprenne ses droits. L’orage passé, Armand retrouve son trône parmi les ténèbres où il est roi.

D’ici, il voit tout. Des petits pas de biche de l’elfe aux reflets lunaires et de sa victime, à l’étouffante puanteur des loups qui, non contents d’être venus en nombre, se parent de leur infâme fourrure et polluent l’air des résidus de leur débordement capillaire. Le vampire constate un instant que la victoire fuit des mains des trouble-fêtes. Vu les pertes, ils ne peuvent pas vraiment dire que l’Onyx est vainqueur non plus, mais la rumeur du silence se répand vite parmi les survivants, les agonisants comme les fuyards.
Une femme tombée au sol non loin anoblit de ses courbes des regards lubriques, on se tord le cou pour violer la meilleure vue. Il se détourne, et le dégoût retrousse sa beauté. Ce n’est pas elle. Celle qui convoitait est bel et bien perdue. Quelque part, il perçoit encore son fumet, et sourit silencieusement de la savoir en vie, mais l’aubaine de la surprise est passée. Rares sont les chances que ses gardiens ne l’aient pas retrouvée. S’il devait la convoiter alors, elle serait désormais à acheter, et bien qu’il porte à leur valeur une indifférence magistrale, rien ne l’excède plus que l’idée de devoir échanger contre le divin nectar, la saleté d’indignes pièces dorées.

La reine va parler.

Il avait presque oublié le centre de toutes les attentions. L’aura souveraine lui revient comme une bourrasque. Elle est proche, fend la masse essoufflée. A son passage brumeux, une bise moite caresse sa peau, relents de kératine grasse et de sueur viciée. La tête couronnée s’abat sur l’un de ses sujets, celui qui ne peut plus fuir ni se défendre. Le butin déjà condamné rend bien hommage à la puérilité de la sorcière, ses doigts mortifiés quémandent une dague, méfait annoncé. Comme s’il n’y avait pas eu suffisamment de sacrifiés, le verdict tombe.
Armand a déjà tourné les talons. Voir celle qui doit les guider s’empâter dans la médiocrité lui donne l’arrière-goût du malaise. Il ne veut pas voir, ne veut pas savoir comment on justifie les plaisirs dérisoires des égos blessés. Sur la route, il récupère son ombrelle des mains rigides de feu son serviteur. Il songe à passer au pressing, mais avec l’agitation de la journée, celui du quartier est sans doute fermé.

Dans le coin de sa tête préoccupée à se détourner les pensées, l’infant perçoit qu’on l’observe. Il hausse les épaules, ce mouchoir de poche ne lui aurait de toute façon plus servi, souillé de sang et autre sécrétion séchées. Il hoche la tête pour confirmer qu’elle peut le garder, et reprend la route, avale les mètres du pont qui le sépare de sa calèche que l’on a fait avancer. Les deux frisons repartent, clopin-clopant vers la maison…
Armand Melvian
 



Messagepar Gemme Wolfcraft » 06 Oct 2015, 14:26

La louve avait fait un carnage. Elle n’avait tué que des prêtres, avait réussi à protéger plusieurs des badauds paniqués des lames qui fauchaient les peaux pour prélever les offrandes. Elle avait écarté des corps, poussé des filles en pleurs. Elle avait protégé les siens, fidèlement, avec férocité. Elle avait déchiré des gorges, lacéré des torses, fendu des crânes de ses crocs puissant. Son pelage blanc était devenu rouge. La louve n’était plus qu’une créature, toute droite sortie des abîmes, poitrails emmêlé de sang, de sueur et des chairs déchirées, le reste du poil détrempé, dégoulinant de sang. Le sien et celui de ses ennemis. Surtout celui de ses ennemis. L’animal, sorti des plus profondes vallées infernales respirait bruyamment, grondant, grognant, claquant des mâchoires. Elle avançait de sa foulée souple pour continuer son œuvre de mort. Son musée avait été entaillé, ainsi que son flanc gauche, mais insensible, la Gemme continuait à broyer des os, à distribuer la mort. Elle était tendue, agacée, énervée, vive, elle se déplaçait avec agilité, aisance, elle respirait la haine, elle respirait la sauvagerie. Un instant, l’animal suivit des yeux Herl, le molosse qui continuait à frapper les russes. Elle entendit le mégaphone du Boyle devenu onyx, Vincent, qu’elle appréciait pour son humour étrange, pour son apparence pittoresque. Mais elle s’ébroua, pour reprendre son chemin. Pour semer à nouveau la mort.

Elle n’était plus femme, non, elle était louve. Son sang bouillonnait, son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle sentait ses muscles tressauter, frémir, elle sentait l’adrénaline parcourir ses veines, elle la sentait se distiller, imprégner chacune de ses fibres, chaque parcelle de son âme animale. Elle sentait le sang couler dans sa gorge, inondait ses poumons de cette odeur ferreuse qu’elle appréciait tant. Alors la louve continuait à faire tomber ces cafards, ces rats, ces russes égarés trop loin de chez eux qui pensaient pouvoir venir terrifier leurs rues. Non, l’onyx se battrait. Gemme se battrait. Encore et toujours pour les siens. Jusqu’à la mort. Et lorsqu’elle fit tomber son dernier russe, balayant la place du regard, d’un regard sauvage, presque fou, d’un regard de louve indomptée, prête à dévorer tous ceux qui se dresseraient sur son chemin. Le calme revenait peu à peu sur la place alors que les derniers russes tombaient sous les coups des guerriers onyx. Elle aperçut l’hybride de la maison close ainsi que l’illuminariste au tatouage. La louve gronda légèrement, faiblement alors qu’elle aperçut le vampire, qui errait parmi les gens, qui semblait s’amuser de la situation. Ses yeux se plissaient face à cet être qui ne semblait pas enclin à défendre les siens. Elle gronda à nouveau de désapprobation, de mécontentement.

Mais elle se contenta de redresser les oreilles, laissant retomber ses babines sur ses crocs. Ses muscles se détendirent et son port se fit altier, princier. Fier. Elle avait défait ses ennemis avec hargne et fougue. Elle avait de quoi être fière et la douleur de ralentissait pas ses gestes, elle ne rendait pas ses mouvements plus raides non, car la louve n’avait pas mal non. Elle était dans un état second, trop fébrile pour avoir mal. Et comme le calme revenait sur la place, elle pouvait regarder autour d’elle. Voir les larmes, les pleurs, la douleur des gens encore debout. Elle pouvoir entendre les respirations sifflantes, emplie de maux et de cris retenus. Elle pouvait sentir la peur, elle pouvait sentir tout ce qui s’était passé ici, cela coulait dans ses veines comme l’adrénaline, renforçant encore cette hargne, cette haine. Tout n’était que sang et dévastation. On ne devinait plus la pierre sous le sang, sous les chairs. Mais la guerre faisait toujours son lot de morts innocentes, la louve le savait.

Son père lui avait enseigné à de nombreuses reprises et cette fois chaque personne présente avait eu la change de pouvoir se défendre, chaque personne présente avait eu des défenseurs, tous ces guerriers et ces guerrières qui s’était dressés pour lutter contre l’envahisseur. Alors Gemme n’avait pas mal, elle n’avait pas peur, elle ne se laissait pas envahir par ses émotions et lorsque la matriarche se hissa sur le dos de l’ours russe, elle se remit debout. Doucement, des craquements se firent entre alors qu’elle commençait à redevenir humaine. Gémissement de douleur, craquement des os se replaçant et retrouvant une apparence humaine. Nue, la louve ne portait plus que son catalyseur. Mais le sang qui couvrait sa peau lui faisait comme un vêtement, épais, visqueux, accrochant la peau pâle de la louve comme un cuir écarlate. Le sang la couvrait, presque intégralement, lui faisant une combinaison sordide, qui révulsait, qui fascinait ou qui excitait. Mais elle n’en avait cure. Elle avançait pour rejoindre sa reine. Elle avançait, pieds nus, sans toucher le sol, piétinant les corps de ses ennemis. Alors qu’elle approchait du but, un éclat argenté attira son regard vers le sol. Elle y aperçut entre deux cadavres une arme. Alors elle se pencha pour ramasser un poignard, abandonné au sol, misérable, inutile.

Elle détailla l’arme en rejoignant Valériane. La garde était fine, sertie de pierres, la lame était légère, équilibré, son fil était tranchant, aiguisé. L’arme vibrait d’une puissance et d’une envie de sang qui provenait de la paume de la louve, donc les muscles continuaient à tressauter, comme pour appeler encore au combat. Son regard, bien que redevenu humain était froid, glacial, sauvage. Il était animal, il était féroce. Empli d’une fougue et d’une férocité qui ne s’apaisaient pas. Et lorsqu’elle atteignit l’attroupement, les gens s’écartèrent pour la laisser passer, à la fois respectueux et terrifiés par l’aura animale qui l’entourait. L’aura sauvage. Un long frisson parcouru son échine alors qu’elle vit le soldat, jeune, une jambe coupée, souffrant en silence au sol. Lorsqu’elle tendit la main pour obtenir une dague, Gemme lui tendit l’arme ramassée au sol quelques instants plus tôt, par la lame afin que la dragonne se saisisse de l’arme par sa garde. Elle ne doutait pas de ce qui allait se passer. Comme tous, elle observa la scène, saluant silencieusement, avec beaucoup de respect le sacrifice du guerrier. La beauté de leur reine. Elle resta immobile, silencieuse respirant l’odeur du sang, l’odeur de la bile. Elle détestait cela, mais elle n’était pas du genre à avoir le cœur au bord des lèvres. La louve était habituée aux tripes, aux odeurs désagréables car dans le fond pour elle, il n’y avait rien de plus excitant que l’odeur de la mort, de la peur de ses proies et de ce moment fatidique ou elles comprenaient qu’il était trop tard. Puis elle releva les yeux pour voir la matriarche remonter sur l’ours. La bête s’était repue d’un cadavre pendant que sa maîtresse offrait la mort au guerrier. Comme elle, le poil de l’ours était détrempé et emmêlé de sang, témoignant de sa hargne au combat, de son talent d’écraseur de crâne. Elle les suivit du regard puis elle tourna les talons pour chercher sa meute du regard. Garance, Endal. Feral.
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Jane T. Joyce » 10 Oct 2015, 21:39

Le noir est épais, intense. Il est là, autour de moi, il m’enserre, m’oppresse. Il semble être comme une entité étrange, vivante, il semble faire des remous, comme un brouillard épais mais noir, opaque. Même les lucioles qui tournoient autour de moi ont du mal à percer l’obscurité, comme si elle cherchait à nous engloutir. Elle est là, elle rôde autour de moi, elle tente d’aller plus loin, d’affadir la lumière. Je la vois, aller et venir comme si j’étais dans un océan. Il y a des courants. Et je cela semble si épais, si réel que j’ai l’impression que si je tends les doigts je vais rencontrer une molle résistance. Comme si je plongeais mes doigts dans du pétrole. Un épais pétrole, qui rôde. Mais qui n’a aucune odeur. Et autour de moi, il y a ces murs, noirs, immenses. Ils semblent anciens, vieux. Il semble avoir déjà été vu par de nombreuses personnes. Ici et là, alors que j’avance, j’ai l’impression de discerner des griffures, comme des marques d’ongles. Combien de gens se sont déjà retrouvés prisonniers ici ? Où suis-je d’ailleurs ? Je ne me souviens pas. Comment suis-je arrivée ici ? Est-ce encore un défi de mon père ? Ou une punition ? Que pourrais-je bien avoir fait de mal ? Je veille vraiment à être discret. Les automates qui parcourent le quartier diamant n’ont pour certains pas de blasons, pour d’autres un signe en rapport avec la médecine. Le caducée. Une façon d’être sure que personne ne remontera jusqu’à moi ? Peut-être bien. Toutes les pièces sont soigneusement anonymées : pas de numéro de série, pas de signe distinctif. Je suis consciencieuse et je fais vraiment attention. Alors pourquoi suis-je ici ?

Pourquoi suis-je en train de remonter ce long couloir noir ? Lorsque j’arrive au bout, deux choix s’offrent à moi : aller à droite, ou aller à gauche. Et le couloir de gauche laisse deviner un coude qui proposer de partir à droite ou de continuer tout droit. Mais je ne suis pas sure, c’est difficile à dire. Je tourne à gauche. Et je continue d’avancer. J’avance. Devant, il n’y a que le noir, devant il n’y a que le noir. Et ces bruits, comme des bruissements, des cliquetis. Mais qu’est-ce qui se cache dans l’ombre ? Lorsque les lucioles se rapprochent, j’ai l’impression de sentir des mouvements dans le noir, comme des monstres tapis. Comme des créatures qui n’attendent qu’une seule chose : pouvoir se jeter sur moi. Je frémis longuement. J’ai peur. Ma respiration se trouble. Mon cœur accélère, il semble battre plus fort. Plus intensément. Je presse le pas. Gauche. Droite. Encore droite. Demi-tour. Gauche. Tout droit. Gauche. Droite. Droite. Tout droit. Je marche. Le bruit de mes pas est étouffé par un brouillard noir rasant le sol. La lumière des lucioles décline lentement et plus la lumière décline plus le brouillard se rapproche, plus l’obscurité se fait pesante. Alors je presse le pas encore plus. Vite, il faut trouver la sortie avant que la lumière ne décline. Pourquoi décline-t-elle ? Elle ne devrait pas le faire, une ampoule ne faiblit pas, elle grille, c’est tout. Mais plus le temps passe, plus je tombe dans des impasses et plus c’est compliqué pour moi. Je ne vois presque plus et plus j’avance plus j’ai l’impression que l’ombre me frôle, me touche. Et à chaque fois cela me glace le sang. Alors j’ai froid, vraiment très froid. Plus j’avance, plus mon cœur continue à battre vite. J’entends ces murmures et ces cliquetis qui se rapprochent. Et lorsqu’enfin les lucioles s’éteignent, je me fige. Le noir est intense, pesant. Je suis aveugle. Définitivement aveugle. Soit je reste là et je meure, soit je coure. Alors je me mets à courir, de plus en plus vite. Je tâtonne, heurte certains murs. Alors je commence à suivre le mur à ma gauche pour éviter de me cogner. Jusqu’à tomber dans une impasse. Je tape sur le mur de plus en plus paniquée quand soudain je sens un mouvement derrière moi et un sifflement strident. Alors je me retourne et je lève les bras pour me protéger
.

« NOOOOOOOON ». Je me redresse vivement et j’ouvre les yeux dans la lumière de mes appartements. Je suis chez moi. J’ai chaud. J’ai pleuré. Et mes draps sont sans dessus dessous. « Putain de merde… Encore un cauchemar… ».

Je me passe une main sur le visage et je me recouche. Je ferme les yeux, aussi fatiguée qu’en me couchant, puis je me blottis dans mon lit, enroulée dans ma couette. Au moment où je vais refermer les yeux, un rugissement retentit. Je sursaute un peu. Qu’est-ce que c’est ? D’où ça vient ? Je me lève et je sors sur le balcon puis j’écoute. Un second grondement. Aussi intense. Le vent semble venir du quartier onyx. Que se passe-t-il donc chez les adorateurs du dragon ? Puis subitement, une frayeur étreint mon cœur. Ma nouvelle amie à la maison close. Et s’il lui arrivait malheur ? J’ai un peu peur. Alors je reviens dans ma chambre, j’enfile à la hâte un pull noir et une salopette en jean trouée au genou droit. Je dompte mes cheveux en une natte qui tombe sur mon épaule et j’attrape ma besace. Quelques clés pour monter et démonter, quelques papiers, mon calepin de croquis, des crayons. Je prends en plus une petite dague dans son étui, toute de métal gravée de motifs géométriques et d’équations complexes et une bouteille d’eau.

A la hâte, je sors de la tour Joyce, je grimpe sur la moto qui démarre en trombe et je gagne le quartier onyx. Je ne pensais pas y revenir aussi vite, aussi inquiète. La maison close semble vide, les lumières sont éteintes, pas de cris, pas de gardiens. Même les rues sont trop calmes, les bars sont vides, pas de rire, pas de bouteilles brisés. Je ne comprends pas. Alors que je reprends mon chemin pour faire le tour du quartier, je les entends. Les cris, les pleurs, les supplications. Les portes de la forteresse du dragon sont ouvertes. Il y a de l’agitation. Des gens. Des morts. Beaucoup de sang. Je frémis un peu, mon cœur se soulève. J’arrête la moto et je me descends, puis je me risque discrètement jusqu’aux portes pour jeter un œil à l’intérieur. La dragonne chevauche un ours immense, imposant, en direction de l’intérieur de la forteresse. Je reconnais Gemme, la championne du dahlia. Il y a beaucoup d’autres personnes. Hommes, femmes, même quelques enfants. Et des corps, des cadavres. Partout. Je grimace et comme personne ne semble faire attention à moi, j’entre et je commence à longer la muraille pour chercher des gens que je connais. Je grimace un peu. Puis finalement je la vois. Elle est là, au milieu des corps allongés. Sa chevelure blonde est souillée de sang, tout comme les vêtements au niveau de son ventre. Je me précipite vers elle et je m’agenouille près d’elle. Elle semble inconsciente. Et je ne pourrais pas la transporter seule. Pourquoi je n’ai pas emmené Andy ?! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Je suis trop bête.

Les genoux posés au sol, je sors ma dague et je déchire un peu ses vêtements pour mieux voir la blessure. Un coup de poignard, unique. Elle semble inconsciente. Je me redresse, remarque le sang qui trempe déjà ma salopette, puis je vais déchirer un bout de tissu d’une chemise. Il n’y a pas de sang. Je reprends quelques morceaux de tissus ici et là, puis je reviens auprès d’elle. Je n’y connais pas grand-chose en médecine mais j’y connais un peu en anatomie. Je sais qu’il faut faire pression pour arrêter le sang de couler. Alors je prends les tissus et j’appuie au mieux. Pour arrêter le sang. Il y a encore du monde, beaucoup de monde, des gens perdus, des gens qui pleurent. C’est horrible, terrifiant. Je suis déjà couverte de sang, comme si j’étais moi-même blessée, ce qui n’est pas le cas. Je fais la moue et lorsque j’ai l’impression que ça va mieux, je me reprends ma dague. Je la regarde et je commence à faire vibrer les particules de métal jusqu’à ce qu’il chauffe à sa pointe. Petit à petit, elle rougit et alors je cautérise un peu la plaie, pour éviter que ça ne se rouvre. Je ne veux pas qu’elle recommence à saigner. Ce n’est pas le top niveau des soins, mais pour le moment je ne peux pas faire mieux. Si seulement je m’y connaissais un peu mieux. Je grimace puis je retire doucement le couteau, la plaie est propre, cela sent la chair brûlée, c’est sale, horrible. Je retrousse le nez et le gratte du revers de mon autre main, ce qui me laisse une traînée de sang sur le visage. Je range ma dague, mouille une bande de tissu pour lui nettoyer un peu le visage puis la secoue un peu.

« Eonis ? Eonis reveille toi… ». Lorsque les gens commencent à s’intéresser d’un peu trop près à moi, je me mords la lèvre. De toute évidence, soigner les gens c’est surfait ici… En même temps venant d’une faction où ils sont tous à moitié illettrés et sauvage, ça ne m’étonne guère. En plus, Gemme pourrait me reconnaître, ce qui me vaudrait des ennuis. De gros ennuis. Je secoue encore un peu l’épaule d’Eonis pour qu’elle reprenne ses esprits. Puis lorsqu’elle commence à bouger un peu je me redresse. Je sors un crayon de mon sac, et j’écris sur l’étiquette de la bouteille d’eau : « J’aurais voulu faire plus, je passerais te voir demain à la maison close », je signe d’un petit colibri puis je glisse la bouteille dans sa main avec douceur et je me redresse. Il est temps de filer avant d’avoir des ennuis. Si mon père apprend que je traîne du côté de la forteresse Kravt il va encore me faire enfermer. Après un dernier coup d’œil pour la jeune femme blonde, je file, sans demander mon reste. Un peu pâle, un peu effrayée et couverte de sang. Le moteur vrombit alors que je démarre à nouveau pour m’éloigner et rentrer chez moi.
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Messagepar Eonis Omory » 18 Oct 2015, 00:03

Du sang, du sang partout. Des corps inertes, des têtes coupées. Une guerre de grande envergure, la débâcle continuait de régnait, la mort était là pour servir le dragon. Les dirigeants de la faction n’avaient que faire d’ébranler la faction par les pertes de leurs membres. Ils n’étaient pas important, ils ne servaient pour pour les divertir et faire vivre l’ambiance dégradante et violente de l’Onyx. Seul les guerriers, les magiciens, les pions de grandes importances pouvaient paraître digne pour survivre. Oui, des pions, après tout ils l’étaient tous.

Ces prêtres de l’ombre avaient fait un véritable carnage. Eonis en faisait partie. Pas assez sur ses gardes, la belle blonde s’était laissé happée par la vitesse et la force de l’ennemie. Elle n’avait rien vue venir. Elle n’était pas de taille, pas une combattante, alors qu’aurait-elle pu faire en plein milieu du champ de bataille ? La Mort l’attendait. Elle l’a côtoyait tous les jours, tout le temps, ça n’était que questions de temps avant qu’elle s’empare du corps de la blonde aux attributs généreux. Tombée sous le poids de la violence porté, le sang qui s’écoulait par delà la blessure, écroulée sur le sol jonché de cadavres, aux côtés des autres. Les yeux encore ouvert, elle avait pu suivre une toute dernière fois ce massacre avant de se laisser porter par la tendresse de l’inconscience. La plaisance, la tranquillité d’être sans entrave et au service des autres. Oui, elle se laissait tenter par l’abandon, par l’envie de ne plus souffrir. Libre de toutes contraintes.

Les yeux clos, le noir, l’obscurité, elle avait perdu beaucoup de sang. Il y avait peu de chance pour qu’elle réussisse à s’en sortir. Il aurait fallu un miracle. Une intervention divine. Mais qui était-elle pour qu’on vienne l’aider d’une façon si mystique ? Rien, une simple putain. Elle se sentait mourir. La vie s’échapper doucement de son corps. Et puis soudain elle ressentit une énergie lui insuffler un semblant de vie. Elle se redressa brusquement. Toujours en plein milieu du tumulte Onyx. Comment était-ce possible ? La tête baissé, elle regarda sa blessure. Le sang était toujours là, la blessure encore ouverte. Elle devrait être morte. Bizarrement, même sa douleur avait disparue. Elle ne ressentait plus rien. C’est donc sans mal que la jeune femme réussit à se lever. Mais quelque chose n’allait pas, elle ressentait un vent froid. Enfin elle finit par réaliser qu’elle était entouré d’une lumière scintillante, une lumière blanche. Et lorsque elle se retourna, elle fit face à son corps par terre et toujours inerte. Toujours inconsciente et pourtant elle se trouvait debout. Non. Mais qu’est ce qui lui arrivait. Ça n’était pas normal, pas réel, et pourtant ça se produisait. Son attention se porta vers sa blessure au ventre. Le sang ne semblait pas vouloir s’arrêter de couler. Beaucoup trop s’en épanchait, à tel point qu’une flaque s’était formé au même endroit sur le sol.

Soudain, elle vit une femme se précipiter vers son corps. Pas n’importe quelle femme, c’était Jane. La jeune fille qui l’avait sauvé et apporter un peu de bonheur la dernière fois à la maison close. Elle n’était pas Onyx et pourtant elle n’avait pas hésité à venir ici et porter secours à Eonis. Une vraie amie, une fille au cœur énorme, toujours prête à aider les autres avant de se préoccuper de soi. Heureuse de l’a revoir, je l’interpelle mais elle ne semble pas me voir ni même m’entendre. Qu’était ce donc cette étrange magie. Je m’approche, me met à genoux et recommence.

-« Jane ! Jane ! C’est moi, je suis juste là, à côté de toi. Tu ne me vois pas ? »

Elle agita sa main en guise de signe, mais bien évidemment il n’y avait pas d' interaction avec Jane. Elle ne l’a voyait pas. Ne ressentait pas sa présence. Et pourtant, la jeune diamant était là penché sur son corps qui semblait sans vie. Comme à son habitude elle prit soin d’elle, elle l’a soigna du mieux qu’elle pouvait. Elle avait réussit à arrêter le saignement. Inquiète, Jane l’a secoua un peu pour essayer de la réveiller. Elle paraissait comme une belle endormie. Eonis restait là à l’a regardait sans pouvoir lui parler ou lui faire un signe pour qu’elle comprenne. Même en étant transparente, la blonde arrivait tout de même à capter les émotions. Elle sentait Jane stressé, inquiète, elle était en danger ici. Elle ne devrait pas être là mais l’amitié avait prit le pas sur la raison. La petite mécanicienne était en train d’attirer l’attention sur elle. Elle était la seule à essayer de sauver les blessés, ça n’était pas permis. Eonis ne voulait pas qu’elle se mette d’avantage en danger pour elle.

A nouveaux sa vison se troubla, elle n’arrivait plus à bien voir. Des flashs dans sa tête, un fond blanc, la sensation que Jane était en danger. Une violente douleur à la poitrine, insupportable, trop forte pour rester debout et éveillé. Elle s’évanouit. Dans le noir, elle entendait des voix, ressentait des secousses. Elle entendait encore Jane l’appeler et essayer de la faire réagir. Elle finit par bouger un peu, mais sans trop savoir si elle arriverait à se réveiller. Au bout d’un certain temps elle finit par sortir de son inconscience. Les yeux qui s’ouvre doucement, Jane n’était plus là. Et la débacle régnait toujours. Toujours autant de mort qui tombaient, de cadavres qui envahissaient la cour. Après toutes ses émotions, elle réalisa qu’elle avait quelque chose dans la main. Une bouteille et un mot. C’était certainement Jane qui l’avait laisser pour elle. Une de ses mains glissa pour se poser délicatement sur sa blessure. Partiellement soignée, et cela suffira assez pour qu’elle puisse à nouveau bouger et se mettre en sécurité.

Elle prit la bouteille et se mit à lire le mot. Elle souria. C’était effectivement la jolie Jane. En vie grâce à elle, et demain elle savait déjà qu’elle aurait un petit instant de bonheur et de répis à son arrivée. Il y avait décidemment des gens étonnant, des personnes de confiances sur qui elle pouvait compter. De nouveau sur pied, la belle blonde se fraya un chemin vers les murs sombres de la batisse. Même si ils étaient sinistre au moins elle serait en sécurité pour quelque temps. Il fallait juste que la tempête Onyx se calme pour que personne ne l’a remarque s’enfuir.
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