[Intrigue] Le Léviathan des Brumes (ouverte à tous)


La troisième intrigue du forum. La brume recouvrait Magicopolis. Et entre brouillards et volutes, un vieux dirigeable spectral, s'est extrait de la Tamise. Remix aérien du Titanic, topic prenant place dans le passé. Sur son pont se sont croisés, fantômes et personnages rajeunis. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Dramira Erenesis » 04 Mai 2015, 22:20

Lorsque sa main de cuir se pose sur mon cul, c'est tout mon corps qui s'électrise, et c'est sa chaleur que je sens sur moi, sous sa paume. A croire qu'il me marque au fer rouge de ses doigts. J'ai conscience qu'il me touche à chaque fois qu'il le fait, et j'aime ça. Et même si ses mains sont glacées, si la chaleur a déserté son corps, son sang sera toujours plus chaud que le mien, sa peau sera toujours brûlante en comparaison de la mienne. C'est pour cela que même si son gant et ma robe séparent nos peaux nues, j'ai la sensation de percevoir sa chaleur. Parce qu'il est vivant, dur et implacable, brutal et sauvage. Et il est à moi. Il m'appartient. Depuis vingt ans déjà, jusqu'à ce qu'il crève et bien au-delà encore. Car lorsque la Mort me le prendra, lorsqu'elle me l'enlèvera, il sera toujours à moi. Tout simplement parce que j'appose ma marque, de ma langue, de mes lèvres, de mes dents et de mes ongles, sur lui à chaque fois qu'il me baise. Même lorsqu'il ne sera qu'un cadavre en décomposition, il m'appartiendra. Il est à moi, et à personne d'autre. Mon époux. Mon homme. Mon loup. Mon mâle.

Vingt ans qu'il est à moi, et que je suis à lui. Vingt années passées à l'admirer et le vénérer, et autant de temps à le désirer et l'aimer. Deux décennies pendant lesquelles je lui ai offert des louveteaux, des héritiers à former. Deux décennies où je me suis tenue à ses côtés sans faille, prête à ouvrir mes cuisses, cambrer le dos et tendre les reins pour lui, dès qu'il l'a désiré, à en vouloir encore, plus, même lorsque ma chatte est encore brûlante et endolorie. Juste pour le plaisir. Et pour l'orgueil de l'avoir pour moi, et moi seule. J'ai sans cesse voulu de lui, et ce sera toujours le cas. Comme aujourd'hui. Car, en cet instant, je suis prête à retirer ma robe, à la déchirer, pour sentir sa main gantée contre ma peau nue, à le supplier de me toucher plus encore, et d'enfoncer ses doigts ailleurs que dans la peau de mon cul, pour que mon sang se réchauffe, devienne brûlant d'excitation et de plaisir. Je lui arracherai même son gant s'il le faut, et plaquerai de force sa main entre mes cuisses pour qu'il comprenne ce que je désire. Pour lui, je suis prête à jeter mon masque, et ainsi chasser cette histoire sordide d'anonymat et de carnaval grotesque, et à lui arracher le sien pour me jeter sur lui et l'embrasser, pour enfoncer mes dents dans ses lèvres et mes ongles dans son crâne. Je suis même capable de le lui laisser, et de m'entailler le visage et prendre le risque de me trancher la gorge. Uniquement pour qu'il m'embrasse et m'enivre. Uniquement pour lui. Car en vingt ans, il n'a été question que de lui, et lui seul.

Ce masque, trop lourd, trop massif, qui me fascine et m'obsède, qui témoigne de sa combativité, n'est pas assez pour lui. Certainement pas. Pourtant, il ne peut pas mieux lui aller, et personne ne pourrait le porter de plus fière manière que lui. Et malgré cela, ce n'est pas assez. Que vont devenir les épées de ses autres ennemis ? Qu'en fera-t-il ? De stupides trophées, des décorations inutiles, ou bien est-ce qu'il forgera encore et encore des masques comme celui-ci ? Combien en amassera-t-il jusqu'à ce que plus personne ne se dresse devant lui ? Et même lorsqu'il tiendra Londres entre ses mains, qui sait si certains n'oseront pas se mesurer à lui, et bafouer son autorité de mâle dominant, celui d'alpha, de prédateur au sommet de la chaîne alimentaire. Car de la Magicopolis, il en sera le maître. Cette petite ville ridicule, bouffée par les nuages de pollution et autres édifices touchant les cieux dans une ascension si méprisable, il la mettra au pas. Et on pourra dire adieu aux trahisons et guerres de pouvoir. Car il n'y aura plus que Moloch. Le loup alpha. Le dominant. Celui que tous craindront.

Un dernier coup d’œil jeté vers la ville en contrebas, si ridiculement petite qu'elle s'écraserait dans son poing et sous ma botte, si misérable et rongée par les vers qu'elle risque de mourir à tout instant si elle continue de se battre contre elle-même. Il lui faudra un seul et unique maître. Tôt ou tard. « Elle sera à nous. » Elle nous appartiendra. Pas seulement à lui, mais à moi également. Parce que s'il est celui de nous deux qui se bat, si ce sont ses guerriers qui croisent le fer, je suis celle qui est depuis le plus longtemps à ses côtés. Je suis celle qui lui a permis d'avoir des louveteaux. Une meute, des héritiers à former qui reprendront sa suite un jour. Ceux qui feront régner l'ordre en son nom et sang. Mais avant tout, je suis celle qui lui est le plus fidèle, celle qui est prête à se mettre à genoux pour lui, en toute circonstance. Je suis celle qui ne le quittera jamais. Et je le ferai enfin s'asseoir sur le trône des héritiers du Dragon. Ce trône qui devrait lui revenir, car il est l'Onyx. Et il ne sera rien d'autre. Jamais. Quant à moi, je serai pour toujours et à jamais à ses côtés. Sa femelle.
Dramira Erenesis
 



Messagepar Anafiel Boyle » 14 Mai 2015, 22:49

Il était une chose qui avait changé plus que tout en trois ans : ses mains. Ce n'étaient plus ces longues mains de pianiste – héritage d'une mère Ashfield – avec de gracieux et fragiles doigts d'héritier privilégié. Non lorsque la flamme du briquet rougeoya entre elles, c'est tout une histoire de combats, de vengeance, de coups, de fatigues et de voyages qui sembla se déployer dans la pénombre brumeuse. La caresse rugueuse du vent de sable les avaient brunies et débarrassées du satiné précieux des aristocrates. D'âpres tatouages représentant les entrelacements serpentins de ronces d'encres, se mêlaient à la résurgence colérique de ses veines. La peau à force de s'user contre les cuirs du pommeau d'un sabre de cavalerie ou de se contracter sur le mauvais bois de la crosse d'une carabine, était devenue dure et rêche. Plus que des mains d'homme, c'étaient des mains de guerrier. Grandes et énergiques. Souples, agiles et brutales. Avec assez de force dans le poing pour broyer une gorge, tordre un poignet, ou absorber sans effort la ruade de recul d'un coup de pistolet. A les voir, s'enrouler autour de la lueur orangée du briquet, comment deviner, qu'avec toutes leurs cicatrices, toute cette violence difficilement contenue, elles avaient jadis appartenu à un jeune et timide érudit du Lierre Azur ?

Le couvercle du briquet au réservoir doré frappé de sigils arabes claqua en même temps que l'épaule du pervers qui s'en était pris à la gamine, émit la plainte osseuse de l'articulation forcée d'adopter un angle douloureusement contre nature. Anafiel souffla très lentement la fumée grise par les narines. Cette dernière tourbillonna doucement sous son mufle de bronze. Le regard qui perçait d'entre les fentes effilées du masque léonin, s'en trouva flouté. Ses yeux ne parlaient pas. Ils demeuraient troubles, inertes, comme deux étangs jumeaux dont la surface aurait été pétrifiée par l'épais miroir de glace de l'hiver. Ni admiration, ni crainte, devant cette démonstration de force de l'insolente adolescente. Il se contentait de l'observer sans gêne. Rien ne lui échappa. Les reflets de lumière sur le cuir emperlé de bruine. Les gonflements sensuels de la tenue là où ses formes de jeune femme cherchaient à émerger timidement. Le va et vient doux, presque imperceptible de sa respiration. Dommage qu'elle n'ai pas donné un coup de pied à son agresseur. Il aurait aimé voir les jambes de la gamine s'écarter. Constater de lui même jusqu'où portait la promesse de sa souplesse de petite chatte de gouttière. Et puis elle parla. L'admiration érotique, se délita, balayée, rompue par les paroles trop insolentes.

Stupide Lolita de cuir, au corps de femme, mais au caractère de gamine. Si Anafiel avait jusque là douté de leur différence d'âge, les provocations maladroites de la brunette, se chargèrent de confirmer ce qu'il ne faisait que supputer. Il ne prit même pas la peine de dissimuler un soupir de lassitude. La fumée qui sourdait de l'entrefilet de ses mâchoires closes, montait doucement vers le ciel sans nuage et sans relief de l’Éclipse. Pour les femmes, il n'avait que mepris et douce condescendance. Et lorsqu'on vit à Londres, dans une ville où les putains sont aussi nombreuses que les rats dans la cale d'un navire, à quoi bon perdre son temps avec les plus caractérielles ? Les indépendantes, les orgueilleuses, les féministes, lui tapaient sur le système. Il ne cherchait jamais leur proximité, évitait d'avoir à renifler leurs parfums de poules de luxe. Lorsqu'on était Boyle, lorsque la dote de votre fiancée, vous ouvrez accès aux insondables comptes des banques Rubis, il n'était nul besoin de séduire. Payer suffisait. Pour une qui refusait, Neuf créatures vénales étaient trop heureuses de se brader pour moitié prix. D'amères constations, désenchantées, que le lion trop silencieux, souligna du tapotement léger de son index bagué, sur sa cigarette.

Ses mains n'étaient pas les seules à avoir changé après son séjour dans le désert. Son corps en parti voilé par l'épaisse cape bleue de touareg, était lui aussi sorti de la maigreur osseuse de l'adolescence. En partant de Londres, il était un adolescent dégingandé, un peu gauche, avec une légère voussure du dos et des épaules, plus habitués à se plier face à un livre qu'à se lever pour supporter une charge. Aujourd'hui pourtant, sa carrure s'était brutalement épaissie. Trois années de chevauchées entre les dunes, à manier la pelle pour déterrer de vieilles tombes, ou le cimeterre pour faire éclater des crânes avaient suffit à le redessiner. Ses épaules rondes, musculeuses, tenues hautes et droites se dressaient avec une fierté toute masculine sous les lourds drapés de sa cape. Le simple fait de plier le coude pour porter la cigarette à ses lèvres, faisait se gonfler son biceps. Et il fallait le voir marcher sur le pont brinquebalant du vaisseau de brumes et absorber d'une foulée ample, puissante, le roulis. La naissance l'avait fait Boyle. La guerre l'avait fait homme. Un homme d'une froide assurance. Mais d'un calme trompeur, lorsqu'on se représentait les tortueux courants de son caractère ombrageux et explosif.

La cigarette était arrivée au bout de sa combustion. Échappant de ses doigts, elle s'écrasa dans une gerbe d'étincelle qu'il étouffa d'un coup de talon. La brève lumière fut ombre. Et les dernières volutes de tabac qui s'accrochaient encore aux angles de son masque de félin, s'effacèrent délicatement. « -Il te manque une griffe de panthère, petite chatte. Casser des bras ne suffira pas toujours. » Disant cela le Lion à visage de métal dur, fit jaillir de sa cape saharienne, une dague, qu'il planta d'un geste brusque dans la table. La lame vibra en traversant le bois de part en part, avant de s'immobiliser. Elle avait été forgée de façon à avoir la courbure d'un croissant de lune et le fer acéré, menaçant, d'un dard de scorpion. Toute de métal noir, peut être météorique, elle buvait la lumière et l'emprisonnait dans ses atomes souples et effilés. Du sang elle en avait vu couler pendant des millénaires. Et sa garde jadis dorée, avait pris la couleur sombre et cuivrée, de l'ichor desséché. Entre la rouille et le cuivre avec quelques écailles de rubis. « -En paiement pour le spectacle offert. »
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Messagepar Arthur Helders » 16 Mai 2015, 03:04

Il ne les aime pas, et l'envie de planter son crayon dans chacun de leurs petits yeux se fait tentatrice à l'esprit d'Arthur. Des moralisatrices, voilà ce qu'elles sont à ses yeux, et cela ne lui plaît pas. Pas du tout. Il s'en fiche, lui, de ce qu'a fait Johnny, ou de ce qu'il a voulu faire. Alors les écouter critiquer l'Irlandais ne l'amuse pas, et même si la plus animale des deux lui dit que son dessin est beau, même si cela lui fait plaisir, le garçon a perdu toute joie. Car malgré ce compliment, si c'en est bien un, la jeune fille reste agaçante pour Arthur.

- De toute façon, vous comprenez rien toutes les deux. Vous êtes trop bêtes pour ça. Il se montre courageux, car il ose. Il ose malgré la grande brune qui l'intimide, lui, ce pauvre garçon chétif en comparaison. Il ressemble à un enfant à côté d'elle, et il en a peur. C'est pour cela qu'il s'enfuit juste après avoir eu un semblant de courage, et qu'il se réfugie loin d'elles. Loin de Johnny. Ce pauvre Johnny que le garçon apprécie malgré tout. Parce qu'Arthur se fiche des desseins de l'Irlandais. Il a dit qu'il est doué, et ça lui suffit amplement. Mais il reste fâché. Déçu, aussi, de ne pas avoir pu dessiner la grande brune dévorée par les flammes, triste que Johnny a été pris à son propre piège, mais surtout fâché des propos des deux filles envers lui. Parce que si l'une est agaçante, l'autre est trop gentille, et le fait d'avoir brisé, ou du moins fendu, l'idéologie qu'Arthur se fait de Johnny ne fait que la rendre antipathique à ses yeux.

Alors, caché dans un coin du Léviathan, il boude. Comme un petit garçon. Et même continuer à dessiner ne lui change pas les idées, car il est bloqué sur le dessin qu'il a fait de Johnny. Il est tenté, un bref instant, de déchirer la page de son carnet pour la froisser et la jeter tout simplement parce que son croquis est inutile. Ce n'est pas ce que l'Irlandais lui a demandé. Pourtant, Arthur n'arrive pas à le faire car un dessin est un dessin. C'est, dans un certain sens et à ses yeux, une œuvre d'art. Et on ne jette pas l'art. Mais le garçon est déchiré. Il ne sait pas s'il doit rester à bord du vaisseau pour profiter de l'événement et saisir l'opportunité d'enregistrer ce qu'il voit pour le peindre plus tard ; ou s'il doit s'en aller parce qu'il n'arrive pas à reproduire dans son carnet ce qu'il a sous les yeux. Et c'est peiné qu'il prend une décision. Il part. Il quitte le vaisseau. Du moins, c'est ce qu'il a prévu quand il range son carnet et son crayon dans la poche intérieure de sa veste. C'est ce qu'il veut faire, mais voir sa pochette de cuir le fait changer d'avis.

Il abandonne l'idée de s'en aller à l'instant où son carnet claque contre le sol lorsqu'il le jette à ses pieds. Et c'est rapidement qu'il ôte son masque et retire sa veste pour sortir sa pochette de cuir de cette dernière. Il remonte en hâte la manche de sa chemise, il la froisse car il ne prend pas la peine de faire des plis. Puis il sort un petit flacon, ainsi qu'une seringue dont l'aiguille vient se planter directement dans le bouchon de liège qui referme le flacon de verre. Il tire sur le piston d'une manière brusque, indélicate et empressée pour remplir au maximum le tube, avant de retirer l'aiguille du bouchon et de rejeter le flacon. Puis il hésite. Une fraction de seconde. Non pas parce qu'il se demande s'il doit vraiment aller jusqu'au bout, mais plutôt pour se demander s'il a le temps, ou plutôt l'envie, de sortir sa sangle de cuir de façon à faire ressortir une de ses veines. Mais il abandonne l'idée. Alors il se contente de fermer le poing et de viser à l'aveugle une veine de son coude, en espérant réussir du premier coup. Et c'est souriant qu'il réussit à piquer une veine, dans un pincement dont il commence à avoir l'habitude, et qu'il pousse rapidement le piston jusqu'au fond du tube pour s'injecter la totalité du liquide dans le sang. Et enfin, il respire.

Il a rangé ses affaires et les a emporté avec lui, tout comme il a remis sa manche correctement. La seule chose qui lui manque, c'est sa veste qu'il a laissé derrière lui pour plus de facilité. Au cas où l'envie lui reprend. Mais sa veste n'est pas la seule chose qu'il ne porte plus. Il y a aussi son masque, qu'il tient dans ses mains et qu'il orne de divers dessins colorés à l'aide de son crayon. Il recouvre le relief des lèvres de rouge et déborde. Des commissures se prolonge le dessin, et la moue neutre se transforme en un sourire forcé lorsque la pointe s'achève au centre des joues. Du bleu, il en fait une myriade d'étoiles, parfois pleines, parfois juste par le tracé, mais de différentes tailles, formant une constellation autour de l’œil droit. Quant à l’œil gauche, il se voit être cerné légèrement de noir, et son coin externe est affublé d'un prolongement de la même couleur. Cela lui rappelle ces images présentes dans les chapitres sur l'Egypte de ses livres de cours, tout comme les yeux de sa mère lorsqu'elle est maquillée et qu'elle veut offrir à son regard un air félin. Mais l’œil gauche n'est pas terminé. Non. Un long trait le traverse, allant du milieu de son front jusqu'au milieu de sa joue. Le tout du même côté de son œil. Maintenant, il l'aime, son masque. Il n'est plus un simple fantôme fade. Et ça, Arthur, ça lui plaît.

Finalement, il a fini par oublier l'échec de Johnny à l'aide de sa seringue et de la pinte qu'il a eu de la part de l'Irlandais. Et Il a repris le dessin. Il a réussi. Alors il se contente d'observer, en retrait, ceux qui ont décidé de venir à bord du Léviathan. Certains attirent son œil, et ceux-là, il les dessine dans son carnet en destinant une page par personne. Mais il se contente uniquement de faire des esquisses. Elles ne sont que de simples croquis aux visages inconnus, mais dont les habits colorent le blanc du papier au travers de courbes rapidement représentées.

Une femme vêtue de noir, d'or et de rouge et dont la tiare ornant ses cheveux sombres lui rappelle l'éclat des flammes. Alors il en mêle quelques unes au travers de ses mèches. Puis une jeune fille, habillée de gris et d'hiver, qui lui fait penser aux premières neiges de la saison froide. Et encore une. Mais celle-ci, Arthur la représente telle qu'il la voit, à savoir avec, simplement, une robe noire plus que courte et aux talons vertigineux d'un rouge vulgaire. La quatrième, elle, n'a qu'une robe blanche qu'il décide de piquer de fleurs à l'instar de ses cheveux. Quant à la cinquième, il se contente de lui offrir une robe aussi noire que la mine de son crayon peut l'être, tandis que la sixième se recouvre d'or. La septième lui rappelle celle à la robe minimaliste, et cette combinaison qui la colle comme une seconde peau ne fait que lui rappeler cette idée. La huitième ? Du noir, encore, et Arthur commence à croire que c'est l'unique couleur connue. Mais il ne se contente pas d'en faire une simple robe, car il prend la peine, malgré tout, de dessiner ici et là le reflet de quelques plumes qu'il croit discerner au loin. Et il lui offre, à elle, une particularité. Il fait d'elle une femme à la tête de corbeau, pour rappeler le masque qu'elle porte.

Il se met à sourire alors qu'il dessine une silhouette masculine sur une page, à la fois surpris et heureux de se voir captivé par autre chose qu'une myriade de jeunes filles. Et lui, Arthur lui offre un pantalon noir et une chemise aussi rouge que le sang, tandis qu'il transforme son visage en celui d'un démon. Puis il retourne au sexe féminin avec une jeune fille enfouie dans un long manteau sombre, avant de se retrouver attiré par un autre homme. Et il utilise le même tour que pour la jeune fille transformée en corbeau alors qu'il en fait un homme à la tête de lion dévoré par une cape bleue. Puis un garçon. De son âge, peut-être. Il ne sait pas vraiment. Mais lui, Arthur, le transforme en brume. Il en a décidé ainsi.

Plus personne n'attire particulièrement son regard, alors il détache une par une les feuilles de son carnet, celles où chaque invité qui a captivé son attention est représenté. Et ce n'est qu'une fois son masque remis en place sur son visage qu'il se mêle de nouveau à la foule. Il se dissimule parmi les danseurs, marchant au même rythme qu'eux évoluent au fil de la musique, et se dépêche. Un par un, il distribue ses croquis signé d'un A. Helders aux traits droits, sans aucune courbe, d'une écriture brève, rapide et empressée. Aux femmes les plus sobres, il offre un sourire dissimulé derrière son masque ; aux celles dont les tenues sont les plus audacieuses, un rougissement timide de ses joues pareil à celui qu'il a lorsqu'il s'approche des -rares- hommes qu'il a couché sur le papier. Et il le fait de force. Il ne propose pas. Et s'il ne peut pas imposer son croquis dans la main, il le laisse simplement tomber au sol. Car il n'a pas le temps de s'en soucier. Il préfère distribuer et s'enfuir aussitôt de peur comme de timidité. Et il essaye de ne pas penser au fait que ses dessins soient froissés, jetés ou même piétinés. Non. Il espère juste faire plaisir. Et que son talent soit enfin correctement reconnu. Alors il a évolué comme un fantôme au milieu des invités, apparaissant et disparaissant aussi vite qu'il l'a pu. Il a surgi derrière sa cape pour s'y dissimuler afin de fuir. Un modèle après l'autre. Et lorsque le dernier est venu, il s'est contenté de disparaître parmi la foule et le cœur des danseurs.
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Messagepar Malika » 23 Mai 2015, 00:36

Aucune attitude ne doit être spécialement adoptée pour Malika qui se retrouvait au milieu d'une mascarade sans fin à porter un simple masque pour se fondre parmi cette foule de vivants et de morts confondus. Son regard se retrouve attiré par les esprits errants amis et proche de cette mort qui la fascine tant de par son pouvoir sur les vivants autant sous le joug de la peur ou bien d'une libération d'une vie si longue qui en devient à force très lassante. La jeune fille vient à peine de sortir des ténèbres d'un caveau ignoré par les hommes et élevé par un catin qui lui a conseillé de jouer de prudence quant à l'apparence qui est sienne. Bien tombée, Malika n'avait jamais de réelles attentions jusqu'à présent, trop préoccupée par la manière dont elle devait satisfaire son père par la façon de tuer celui ou celle qu'elle devait anéantir ou bien simplement voler. Aujourd'hui, les priorités ont nettement changé depuis que Malika se retrouve plus moins libres de ses mouvements tant que la parole donnée à ce bienfaiteur secret soit respecté. C'est pour cette unique raison qu'elle n'avait pas tué l'être qui avait osé la toucher de manière peu convenable. Malika agit de manière toujours virulente quand on se permet d'outrepasser les limites. Elle n'aime pas les tendresses, les câlins ou encore les baisers n'ayant jamais eu ce genre de témoignage. Les seules tendresses permises sont avec Erèbe, son chat et son frère. Il n'y avait qu'avec lui qu'elle peut démontrer qu'il a de la douceur en elle et pas que de la violence et de l'arrogance.

Ici, en ce lieu invitant à tant de chose sombres, la jeune fille aurait bien souhaité punir d'une mort rapidement l'insolent qui a osé la toucher. Mais, ce n'était qu'un écart de conduite et non pas une atteinte à sa vie. Il a fallu donc se montrer sympathique et ne pas offrir la mort qui pourtant lui aurait été du plus bel effet.

L'homme à la tête de lion ne semble pas du même avis, ce qui fit sourire intérieurement la demoiselle qui remarqua rapidement l'air ennuyé de ce dernier. Comme elle le comprenait soudainement, Malika se trouvait d'un ennui mortel à ne pouvoir faire ce qu'elle savait effectuer le mieux. Comment s'en sortir de ce cercle vicieux sans devoir porter un coup fatal. Il n'y avait qu'un coup d’œil admiratif pour ces êtres s'étant permis une apparition brève pour cette fête ô combien étrange encore pour la féline demoiselle qui avait voulu la respecter en ne portant qu'un masque. Bien qu'elle trouve cela risible si l'on considérait, comme elle, qu'en dehors de cette fête hommes et femmes portent constamment des masques pour dissimuler ce qu'ils sont au fond d'eux. Elle ne cesse d'ailleurs de se le répéter puisqu'elle ne trouve rien d'autre à quoi songer.

« -Il te manque une griffe de panthère, petite chatte. Casser des bras ne suffira pas toujours. »

« Je sais... Mais, j'ai promis de ne plus tuer... » soupira-t-elle ennuyée.

En voyant l'arme jaillir de son fourreau, Malika se mit sur ses gardes prête à attaquer tout comme Erèbe qui commença à cracher sa désapprobation. Mais en voyant la lame sombre fendre le bois de cette table, la jeune fille se détendit. Sa posture d'avant démontrait bien que le combat ne lui était pas étranger et qu'elle savait comment faire face à une délicate situation pouvant conduire à des violences parfois extrêmes.

« -En paiement pour le spectacle offert. »

Le regard de Malika, brillant d'une malice soudaine alla de la lame à l'homme à tête de lion.

« Pour moi ? C'est vrai ? »

On ne pouvait offrir plus belle chose qu'une arme pour la demoiselle et plus encore si elle était sombre et brillant de rubis semblable à des gouttes de sang. S'approchant, elle empoigna la garde et retira la beauté de ce bois aucunement méritant de la présence de cette beauté capable de capter l'attention de la lumière qui peut être dévoré par cette lame finement aiguisé.

« C'est sublime. Regarde Erèbe comme elle brille. »

Le chat miaule en accord avec sa sœur qui ne cesse d'admirer la lame offerte. Son regard se lève vers le lion à qui elle esquisse un sourire, le premier de cette soirée, ce qui est très rare. Avoir un tel cadeau c'est comme un soir de Noël avec un sapin entouré de millier de cadeaux.

« Je peux vraiment le garder c'est vrai ? »

Malika n'eut pas le temps de voir la réaction de l'homme lion qu'elle vit un morceau de papier devant ses yeux qu'elle finit par prendre. Un dessin ? Pourquoi ? Elle se tourna pour voir celui qui le lui a tendu après avoir jeté un coup d’œil. Pourquoi lui offrait-on des présents ? Qu'avait-elle fait pour cela ? Elle n'eut encore une fois le temps de ne rien dire que le jeune homme s'éloignait déjà d'elle. Cependant, le dessin était bien top joli pour qu'il finisse froissé et oublié. Elle allait en prendre soin, ce n'est pas tous les jours que quelqu'un s'approche pour lui offrir une chose sans rien lui demander en échange.

Regardant Erèbe qui lui donnait un petit coup de tête au mollet, Malika le regarda puis observa l'homme à tête de lion.

« Ah...euh... Merci pour la dague... J'en prendrai soin. »

*C'est bon ? C'est comme ça qu'on dit ?*

*Un peu plus d'intonation aurait été du plus bel effet, mais on ne peut pas s'attendre à mieux de toi petite sœur.*

Une moue incompréhensible s'afficha sur le visage de Malika qui regardait son chat. Seule, elle pouvait le comprendre de part son affinité animale. Tant mieux non ?
Malika
 



Messagepar Morgan Blake » 25 Mai 2015, 17:02

Son crâne heurta le pavé dans un bruit mat, sinistre. Myriade de papillons multicolores dans ses yeux révulsés, alors que déjà le second coup se préparait. Impitoyable, l'adolescent s'était jeté sur lui, à califourchon sur un Morgan sonné, le poing armé, prêt à frapper. « Prends ça ! » Les phalanges sales du garçon des rues venaient de lui fracasser la pommette, laissant une signature sanglante sur le visage de l'améthyste. L'adolescent crachait du sang, se sentait perdre pied, son cerveau rendant les armes sous les coups de son adversaire. Plus grand, plus fort. Comme toujours. Il le distinguait, distant derrière le nuage pourpre qui obscurcissait son regard, lui demander si il en voulait encore. La bave aux lèvres, le regard perdu, Morgan n'avait guère de réponse à lui donner, lui dont l'âme quittait déjà le corps, prenait la direction des limbes éthérées. Il la voyait, toute proche, comme chaque fois qu'il perdait pied sous les coups de son maître. « Cesse mon ange, cesse de résister mon petit cœur. »

« Ma... man. »

« De quoi ? »


Interrompu en pleine parade victorieuse, son adversaire le regardait, interrogatif. N'avait-il pas eu son compte ? « Jamais. Jamais. Jamais. » Morgan revenait. Réintégrait son corps, sa douleur et ses sens, le lancinement de l'arrière de son crâne, la moitié droite de son visage qui lui donnait envie d'hurler à la mort, et la rage, cette envie irrépressible et constante de violence, ce besoin incessant d'extérioriser la douleur qui lui tançait le cœur depuis si longtemps déjà.

Sans un mot, toujours surmonté de son bourreau, Morgan se jeta sur lui, l'enserrant de son seul bras libre, cabrant son dos pour éliminer toute proximité entre leurs deux corps à moitié nu, tel un amant cherchant la proximité de l'objet de ses désirs, pour sauvagement planter ses dents à la base de son cou, arrachant un jappement animal à l'enfant des rues. Il sentait le sang lui remplir la bouche, alors que le tortionnaire devenu victime tentait laborieusement de se dégager de la poigne des mâchoires du jeune sorcier. Le triomphe n'avait pas été facile, mais il le sentait, là, à portée de canine. Il n'y avait de la place que pour un avait dit le batelier, seul l'un des garçons aurait l'honneur de monter dans les brumes à bord de ce vaisseau d'argent avait dit l'homme dans son costume d'apparat.

« C'est moi qu'vous voulez » avait dit le perdant, jetant un regard de défi aux pouilleux qui lui servaient de suite. « Non » avait simplement répondu Morgan, étrange garçon au dos marqué par le cuir et au regard inquiétant. Alors ils s'étaient battus, comme des chiens, pour une place parmi les grands.

Et il était là, assis dans sa gondole en bois d'étoile, la casquette enfoncée sur son crâne fraîchement rasé et son œil poché, le regard noir et le visage fermé. Il passait une main maladroite le long de sa nuque, n'arrivant à s'habituer ni à l'oeuf qui y avait poinds, ni au poil ras et rêche qui lui servait dorénavant de cheveux. Morgan se rappelait encore de l'infect bruit de la tondeuse passant sans douceur le long de son crâne, laissant un sillage de mort là où sa belle chevelure couleur corbeau se trouvait un instant auparavant. On avait trouvé des poux à la maison Lord quelques jours auparavant, dans les cheveux d'une femme de chambre. Facilement irritable, le sieur Heinrish n'avait guère trouvé la nouvelle à son goût. « Pendez les coupables, rasez les autres » avait-il requis de son ton le plus formel. On avait monté des gibets, fait quérir un coiffeur et, quelques jours plus tard, la menace avait disparu, laissant un seigneur Améthyste désemparé par ces servantes au faciès hommasse et à la coiffure repoussante. Lassé par les caprices de son cruel maître, le jeune otage s'était enfui, comme il le faisait souvent, faisant fi des coups de fouets qui l'attendraient à n'en point douter à son retour.

Mais cela en valait la peine se disait-il, alors que la barque d'argent accostait enfin, émergeant de la brume pour se mettre à quai le long d'un gigantesque cétacé flottant dans le ciel londonien. Il aimait cette atmosphère irréelle qui régnait certains jours à Londres, ce parfum de surnaturel qui aurait pu l'emplir de félicité si il n'avait pas été dévoré par ce vortex de ténèbres qu'avaient ouvert des assassins par un beau matin de printemps. Alors il se contentait de se dire que c'était beau, que dans une autre vie, dans un autre monde, cela lui aurait plu. Enjambant l'embarcation, il posa le pied sur le gigantesque mammifère aérien, la casquette toujours vissée sur la tête. Les mains enfoncées dans les poches de sa veste usée, la tête rentrée dans les épaules, il arpentait le pont, lançant de furtifs regards aux invités. Il se sentait comme un étranger, se demandait ce qu'il pouvait bien faire là, lui qui ne goûtait à aucune célébration.

C'est alors qu'il le vit, le costume strict, le port altier, le visage recouvert d'une capuche de bourreau. Il l'aurait reconnu entre milles. Le maître. Le faux juge. Le despote. L'homme qui jalousait son père, qui lui reprochait sa sincérité là où lui ne faisait que draper ses pulsions sadiques d'une fausse idée de justice. Le monstre. L'abomination. L'homme qui lui avait arraché tant et tant de morceaux de dos qu'il en avait la peau striée, jamais totalement cicatrisée. Le seul homme qu'il ait jamais craint. L'occasion était trop belle. Arrachant le premier masque venu, il se le vissa sur la tête, l'instinct du prédateur brillant dans son regard ténébreux. Le destin l'avait fait monter sur cette baleine, l'avait fait apparaître à cette fête costumée. Rien n'arrivait par hasard à Londres et ce soir, il avait un meurtre à commettre.

« Au bal masqué ohé ohé. »
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Messagepar Thornielle n'ha Roussia » 29 Mai 2015, 15:56

Les sangs de deux Factions se mêlent en tes veines. Née d’une lignée maternelle venant d’Opale et d’une lignée paternelle venant d’Améthyste, tu possèdes ainsi ue vision de la justice différente de celle vue par ta famille de sang. Tes convictions, ce en quoi tu crois fortement leur est étranger. Née différente physiquement, tu portes en ton sang un héritage particulier, celui d’une lignée d’Amazones, qui n’apparaît, ne se réveille dans la famille qu’une fois tout les siècles. Et cette génération présente t’as vue naître, cet héritage pleinement en éveil et assumé, au grand damne de tes parents qui ne virent en toi qu’une réprouvée, et ce dès ta naissance…

Sur le Pont de ce fabuleux cétacé volant au gré du vent, tu restes de marbre devant cet homme que tu viens de soigner. Tu comprends, grâce à ton Don de Briseuse d’Ame qu’il vient d’attenter à la vie d’une jeune femme qui est également à tes côtés. Tu saisis grâce à ses pensées que toi, l’innocente jeune demoiselle dansant avec lui, devait simplement lui servir d’alibi… Ni vu, ni connu… Mais ton âme d’Améthyste s’insurge face à ces procédés douteux, face à cet attentat qui aurait pu coûter la vie à de nombreuses personnes, si la principale cible n’avait eu la présence d’esprit de retourner le colis piégé contre son destinataire… L’arroseur arrosé, en somme.

Un jeune homme se tenait également là, crayon et cahier de croquis à la main, il avait visiblement retranscrit sur papier la scène qui venait de suivre. Avoir dansé inconsciemment, puis soigné un homme qui était près à de telles extrémités pour parvenir à ses fins t’était inconcevable, tu ne comprenais pas pourquoi tu ne t’étais aucunement aperçus de ses intentions, alors que d’habitude, ton instinct était fiable…. Sans doute la magie des lieux, cette ambiance si particulière de l’Eclipse qui avait faussé ton jugement. D’un sifflement d’appel, tu avais appelée tes sœurs Amazones à tes côtés. Toutes les trois veillaient à présents à la tournure des événements et tu espérais que cet homme, ce Johnny ne s’en sortirait pas facilement. Certes il avait été blessé, mais qui sait combien de morts aurait-il fait si le colis avait explosé dans la foule… Il n’était pas gravement brûlé, ce qui était surprenant au vu de la vivacité des flammes…. La jeune femme visée, Gemme Wolfcraft, s’avance puis s’accroupit près du blessé toujours à terre, pour lui parler…

Tes lianes et autres plantes qui te recouvrent claquent dans l’air tel des fouets en réponse à ta colère maîtrisée… Comment cela at-il pu se produire… Tu ne comprends pas. Tu tente de réfléchir malgré tout… Le plan sembler parfaitement assemblé et avait failli fonctionner… Il s’en était fallu de peu, grâce aux Dieux. Que faire à présent ? Tu es encore indécise sur la marche à suivre désormais lorsque tu vois les agissements du jeune artiste qui se met en mouvement. Au son de sa voix lorsqu’il dit que la jeune louve et toi ne comprenez rien, tu le sens déçu, boudeur, puis il s’en va, se détournant de vous, de Johnny qu’il semble malgré tout apprécier…

« -Attends… » Ta voix se perds dans le brouhaha de la foule alors qu’il se fond dans la masse, disparaissant de ton champs de vision. Tu n’iras pas à sa recherche, c’est inutile…

« -Mademoiselle, désolée de vous avoir parlé ainsi. Nous sommes à un Carnaval et l’anonymat en est le maître mot. Je n’ai pas réfléchi avant d’agir par instinct… Mais grâce à vous, un seul blessé est à décompté de ce fâcheux accident. Cet homme est à vous, je n’ai plus à toucher à ses blessures qui sont bien moins graves qu’elles ne devraient l’être, surtout pour ce genre de plaies par les flammes… Je reste sur le pont, si jamais quelqu’un a besoin de moi. Si vous voulez bien m’excuser…. »

T’inclinant pour la saluer, puis inspirant profondément, tu te détournes à ton tour, éprouvant le besoin de prendre l’air, de t’éloigner de ce singulier spectacle… bras dessus-bras dessous avec tes sœur et mère de cœur, vous reprenez votre chemin, non sans avoir lancé un dernier regard en arrière… Après quelques minutes, vous vous arrêtez toutes trois le regard en l'air, et profitant du spectacle d'un splendide acrobate, se jouant de la gravité pour de la haute voltige d'une rare beauté. Lorsqu'il s'en va, ayant visiblement rempli son office, ton regard se pose sur le jeune artiste qui sillonne la foule, des feuilles à la main, son masque coloré, à présent. Mais tu ne bouges pas, restant au bastingage, profitant du calme, discutant avec Roussia et Sanguine, loin des tracas familiaux. Assurément heureuse en ces instants.
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Messagepar Anafiel Boyle » 31 Mai 2015, 23:35

Des diamants de bruine palpitaient sur les poils dorés à l'or fin du masque. Leur donnant de la vie, du volume, comme si à tout moment la tête de bronze pétrifié allait s'animer. Le lion toisait la jeune fille en silence. Et lorsqu'elle le remercia avec maladresse il se contenta d'hocher du chef avec un soupçon de condescendance. Oui elle pouvait garder la dague. C'était un cadeau indécent. Une arme digne d'une reine, qui avait surement paré les hanches fines, amoureuses de nombreuses princesses sahariennes, de sa suave violence. Mais la générosité des Boyle était sans limite. Leur richesse si étendue, qu'ils bradaient artefacts et trésors, comme l'on distribuerait des babioles. Et puis la gamine sous ses dehors capricieux et son insolente jeunesse qui bourgeonnaient sans vergogne sous cette combinaison de cuir, était jolie. Charnue et charmante. L'arme ajouterait une touche de venin à sa sensualité de floraison. Elle parlait. Beaucoup. Le grand félin turquoise la regardait toujours. Son attention était perçante. Sans gêne. Ses yeux, bleus froid, gris brouillard, scintillaient d'un éclat moqueur et carnivore. « Pas encore » semblait dire le mutisme du monstre oriental, « mais bientôt, très bientôt, tu seras prête à être arrachée à ta stupide insouciance ».

C'était cinq ans en arrière. Le lion était encore jeune. Un peu joueur. Comme un gros félin qui prendrait à peine la pleine mesure de sa puissance destructrice. En lui palpitaient encore quelques braises d'une adolescence à l'agonie. Un soupçon d'humanité, que les vents du désert en leur cruauté ronflante, n'avaient pas su souffler. Plus tard viendrait le temps de l'obscurité et de la folie brutale. Mais en attendant il gouttait avec un charme nostalgique à cette parenthèse de brume et de féerie qui donnait à Londres la voluptueuse, des allures de carnaval enchanté. Il avait apprécié cette petite sauvageonne qui se donnait des airs de panthère. S'était amusé de la découvrir si timide, si maladroite, sous ses courbes engoncées de cuir. Et il lui avait pardonné ses écarts de langage. Avait fait silence sur les caprices, les provocations, et l'insolence. Voleuse, elle serrait entre ses petits doigts agiles, la dague et le dessin. En retour le grand félin masqué souriait. Un rictus de bronze martelé. Trop placide pour être honnête. Amusé et sardonique dans les jeux de reflet du métal cuivré. A tout moment les mâchoires d'or menaçaient de s'écarter pour libérer la menace affûtée de ses crocs d'acier.

Qu'il était vif et rapide en dépit de sa grande taille. D'une foulée coulée, portée par le battement d'aile de grande cape turquoise il s'était rapprochée de la farouche petite chatte. Une seconde, deux secondes, comment savoir lorsque l'humidité de l'air rendait le temps électrique, il posa sa grande main d'homme aux doigts tatoués, sur la petite hanche ronde de la jeune fille. Une pression brève et enveloppante. Complice et équivoque dans le message qu'il lui murmura comme une promesse secrète, juste au creux de l'oreille. « -Dans quelques années. Lorsque tu te sentiras femme. Vient chez les rubis. Et ce sera ton tour de me remercier pour la dague. » Les mots étaient simples. La voix sombre et rauque. Les Rubis n'avaient pas pour habitude d'oublier une dette ou un serment. Et ce cadeau, au dard empoisonné de scorpion, un jour ou l'autre Malika devrait le rembourser. Mais l'homme n'était pas pressé. Le temps que les courtes phrases s'impriment durablement dans l'esprit de la petite chatte de gouttière, il était parti. Sans courir, ni marcher. Juste un frôlement de tissu. Le soupir du brouillard qui s'écarte comme un rideau de scène que l'on tire et puis le silence interrogatif de l'absence. Il demeurait toujours l'empreinte toujours chaude, ferme, de cette paume rêche et dure, qui s'était posée sur le cuir. A très bientôt petite fille... Les chasses plus amusantes sont toujours les plus longues.

Le jeune et nouvellement adoubé maître espion des Boyle arpentait le pont avec discrétion. Et alors que l'ample foulée silencieuse de ses bottes d'antilopes le portait, il repensait avec amusement à ce dessin glissé dans sa cape. Il n'y avait jetté qu'un bref regard. Mais l'adorable Emeraude qui le lui avait remis ne s'était pas trompé. En Anafiel le Lion n'était jamais loin. L'homme n'était que masque et façade. Le prédateur mouvement et énergie. Du gros félin, roi des savanes et des déserts, il avait la mâle impétuosité, et la froide détermination. Trois années à faire l'esclave pour les Erenesis l'avaient transformé, métamorphosé. Son corps était celui d'un guerrier. Souple. Puissant. Un chasseur à l'indolente apparence, mais aux réflexes brutaux, aux gestes calculés. Il marchait et les voiles bleutés de sa cape touareg, se mêlaient au bleu de la nuit. L'obscurité l'habillait. L'ombre épousait ses pas. Comme le sillage d'une flèche lancée au travers d'une averse. Avec Malika il avait perdu du temps. Et ce temps il le regagnait en se glissant avec une agilité consommée entre les divers invités. Il n'éventrait pas le brouillard. Il le domptait. Le caressait. Faisant corps avec le mystère de cette soirée sans fin. Il y avait foule sur le pont de cette épave flottant dans l'éther d'argent. Mais l'homme avait de la ressource pour se fondre dans un groupe. D'un regard il calculait les flux et reflux de l'agitation, d'une pensée il planifiait un itinéraire. La ligne droite était rarement le plus court sur chemin. Et sur l'échequier la pièce la plus leste a toujours été le cavalier. Celui dont les avancés sont tortueuses. Faites de détours et d'arrêts, de bonds et d'élans. Cavalier... Cette métaphore l'amusait. Voilà ce qu'il était devenu pour les trois sœurs Boyle. Leur homme de main. Leur félin domestique. Celui qui chasse, traque et tue pour ouvrir diagonales et droites à l'avancée sans finesse de ces reines autoproclamées.

Si tu cherches un Wolfcraft, alors rend toi au cœur du chaos. Là ou résonnent cris et larmes. Prévisibles loups, méchants, cruels, mais tellement instables qu'ils en devenaient prévisibles, constata le Lion en s'immobilisant en lisière de l’attroupement. Son mufle de bronze levé vers le ciel, il huma l'atmosphère de l'instant. Le brouillard lui chatouilla les narines. Odeurs de cendres, poussière de sang, graisse brûlée et chairs carbonisées. Il laissa ses yeux bordées d'ombres explorer le groupe. Et son sourire s'élargit à peine, juste un liseré, une lame de rasoir sous la brutalité du masque, lorsqu'il repéra la demoiselle...forcement au centre de l'attention. Agenouillée sur un corps blessé. Pour changer. Le lion la toisait depuis un recoin. Grand félin à la gueule d'or, tout de bleu vêtu. Puis il s'avança. Dans son dos. En silence. Anafiel était grand. La fille de Moloch, une jeune louve impétueuse. Ces voiles turquoises qui claquaient et murmuraient entre ses jambes conféraient à la silhouette du Boyle un aspect spectral. Inquiétant. Parce qu'il semblait fait d'ombres et de brouillard. « -Et vous les loups vous manquez de discrétion... » Murmura le lion en passant un bras autour de la taille de la jeune femme pour la relever. Il serrait sans violence. Assez ferme pour lui faire sentir leur différence de carrure. Mais doux, prévenant, pour qu'elle ne se sente pas menacée. « -Je n'ai pas l'habilité de votre famille pour me donner en spectacle. Alors on va s'éloigner un peu. » Expliqua l'homme en intimant un rythme déterminée à sa foulée. De loin on aurait pu croire qu'ils étaient un couple sur le point d'entamer une danse. « -Nous devons parler. »
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Messagepar Laurelyne Salvatore » 03 Juin 2015, 23:05

    L’Eclipse s’annonçait comme un moment exceptionnel, et à bord du Léviathan, encore simple humaine, je profitais pleinement de ces moments volés, ces danses et ses joies à bord de ce géant des airs qu’était le Léviathan des Brumes. M'étant éclipsé de la demeure familiale une fois certaine du profond sommeil de ses occupants, j'étais allé retrouver mon tendre amour dans une cabane, à l'orée de la forêt, pour que nous puissions tous deux revêtir nos atours préparés pour ce Carnaval... Or et Rubis pour moi, en l'honneur de ma Faction, alors qu'Angel était paré d'Argent et de Saphir pour la sienne.

    Après une danse au bras d’Angel, nous nous sommes séparés, flânant chacun de notre côtés pour nous retrouver brièvement avant de nous reperdre dans la foule présente. A la seconde séparation, je fus aborder par un mystérieux personnage, dont le demi masque ne laissait libre que la bouche, et dont on voyait les yeux rieurs aux lueurs d’émeraude. Me prenant par la main, il me fit faire quelques pas de danse pour m’amener auprès d’un invité du cétacé volant, dont le masque représentait un diable. Lui subtilisant quelques pierreries, et me volant un baiser, il nous laissa, se mêlant ensuite avec grâce dans la foule, sans qu’il ne me vint l’idée de lui demander des comptes, pour ma part, plus surprise qu’agacée, et voulant voir un maximum de choses, ainsi que parler à des inconnus, également, sous le couvert des masques. Agel surveillait mes arrières, je ne risquais rien en sa compagnie.

    Fixant mon cavalier improvisé, j’espérais que le larcin du danseur de brume ne soit pas trop grave, et d’un doux sourire, j’en posais la question, curieuse.

    « -Bonsoir, Messire, ce curieux personnage voulait nous voir assorti pour une danse, visiblement… J’espère que les pierres qu’il vous a prises n’étaient pas trop précieuses, je doute que vous puissiez les revoir, si c’était le cas… »

    Parcourant la foule du regard, je crus l’apercevoir à plusieurs reprises dans la foule environnante, mais sans aucune certitude. La nuit était présentement tombée, et je ne possédais que la vue modeste d’une humaine, et non celle précise de mon compagnon vampire. J’avais l’impression d’être une de ces filles que l’ont surnommait « Blanche Biche », qui - si elles se présentaient sous le visage de filles de bonnes familles, bien élevées et toujours dans les cadres fixés - étaient tout autre à la nuit tombée, lorsqu’elles se couvraient de peau de biche pour sortir anonymement et retrouver leurs amants dans les bois jusqu’à l’aurore…. J’en étais une à ma manière, attendant le sommeil de ma maisonnée pour m’échapper de ces murs qui me cloîtraient et vivant mon amour secret durant les heures les plus sombres…. C’était terriblement excitant, bien qu’une pointe de crainte m’étreignait le cœur en chaque instant, de peur que mon Père ne découvre tout. Ce qu’il se passera bien quelques années plus tard….

    Mais pour le moment, laissant cette appréhension bien au fond de moi, je comptais profiter de chaque moment passé sur ce dirigeable, bien au dessus de la ville endormie. Elle paraissait si petite ainsi… Mon regard fut dirigé vers un mouvement de foule, mon compagnon était adossé au bastingage, me regardant, curieux de ma présence aux côté de mon cavalier du moment. Croisant son regard, je le rassurais d’un sourire, lui disant ainsi que tout allait bien. Les explications détaillées arriveraient plus tard, lorsque nous nous retrouverons. Reportant ensuite mon attention sur le diable habillé avec ostentation, montrant ainsi sa richesse, je me demandais quelle serait la suite des événements. Car si nous souhaitions nous amuser, ces péripéties donnaient véritablement du piquant à la chose, et que d’histoires à raconter lors des retrouvailles….

    « -Souhaiteriez-vous danser, cher monsieur … Ou bien discuter… J’ignore le pourquoi de ses raisons, mais ce Danseur souhaitait nous voir partager quelques instants, vraisemblablement… A moins que vous ne souhaitiez pas prendre part à son jeu, évidemment, et préféreriez aller à sa recherche lui demander remboursement… »

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Messagepar Gemme Wolfcraft » 06 Juin 2015, 00:03

Les paroles du jeune homme tendirent les muscles de la louve. Elle le regardait, elle le toisait derrière son masque, ce petit arrogant. Mais ce n’était rien, Gemme se moquait bien de ce qu’il pouvait penser. Il comprendrait un jour ou l’autre que les Irlandais n’étaient pas le bon parti à prendre. L’Onyx était un quartier cruel, dur, mais il s’assumait. Il n revendiquait pas des droits par des attentats, pas comme les irlandais. Non, leurs guerres étaient brutales mais pas sournoises. Mais cela glissait sur la peau de la louve. Les irlandais et leurs partisans ne l’effrayaient pas. Quand à la jeune femme, la jeune blonde naïve et inutile, elle ne releva pas ses paroles. Sans intérêt. La louve gronda légèrement, faiblement. Elle ne te laisse pas le temps de répondre et disparaît. Soigner la veuve et l’orphelin sans savoir que la veuve est porteuse de mort et que l’orphelin est porteur de malheur. Épidémie et désespoir. Qu’elle s’écroule dans les flammes de la déchéance. Gemme n’était pas du genre à accorder grâce et miséricorde à tous sans réfléchir et analyser la situation. Mais elle n’était pas non plus du genre à piéger une innocente d’un paquet piégé. Surtout en utilisant une enfant. Non, Gemme avait bien mieux élevée que cela.

La brise apporta l’odeur de sa meute. Un père à la prestance incroyable et une mère attirant tous les regards. Sa meute. Son regard se posa sur eux, empli de douceur et de tendresse. Elle les aimait à en mourir. Elle leur vouait amour et vénération à tous les deux. Et ne voyait pas sa vie sans eux. Leur bonheur, leur union, la solidité de leurs liens paraissaient inébranlables pour Gemme. Elle ne pouvait pas se douter de ce qu’il adviendrait des siens. C’était pour cela qu’un sourire doux et joyeux se dessina sur ses lèvres effaçant toute sa colère. Elle vit le jeune homme distribué ses dessins, voyant Lili garder le sien et elle chercha son amie du regard pour veiller sur elle, de loin. Le bateau n’était pas sûr, il y avait fort à parier que l’irlandais n’était pas seul sur le navire. Garder un œil de loin, pour veiller sur ceux qu’elle aimait. Veiller sur eux jalousement, férocement mais discrètement. Car dans le fond la louve n’avait pas été si bruyante que cela. Elle avait tâché de rendre cela le plus discret possible, de réduire le bruit et les dégâts. Et d’ailleurs, elle n’avait rien demandé. Alors quand l’homme s’avance, homme qu’elle identifia sans mal comme Anafiel Boyle à cette fragrance si reconnaissable, elle gronda à nouveau, retroussant les babines sur des crocs scintillant de blancheur qu’elle aurait pu lui planter dans la gorge à l’instant pour lui arracher afin de le faire taire. De quel droit lui parlait-il ainsi quand elle avait tout fait pour préserver la fête et les gens sur le navire ?

« Je ne me donne pas en spectacle… Je me contente juste de pouvoir continuer à en profiter… »

Elle suivit le mouvement qu’il lui proposa, raide et frémissante, n’appréciant pas qu’on se permette de la juger ainsi. La louve était beaucoup de choses mais elle était juste et droite, elle était élevée par un homme incroyable empli de vieilles valeurs que bons nombres de Londoniens, les Boyle y compris, avaient oubliées. Elle suivit également le mouvement d’éloignement. Elle n’avait pas peur. Bien au contraire. Ses prunelles brillaient de cet éclat si sauvage qui la caractérisait. Cet éclat qui lui rendait la tâche de concentration si difficile. Et lorsqu’elle considéra être suffisamment à l’écart, elle se décala de lui en le regardant dans les yeux. Sans vraiment d’aplomb mais sans crainte. Anafiel était plus vieux qu’elle, il était Boyle. Mais elle n’avait pas peur. Elle était une louve, elle grandissait avec des loups, des loups féroces et puissants. Même si l’endroit était isolé, elle savait que ses parents pouvaient toujours veiller sur elle, comme elle veillait toujours sur eux. Elle n’avait pas besoin d’eux, elle était grande et pouvait gérer une telle rencontre. Elle se redressa un peu, s’appuyant à un morceau de ferraille couvert de rouille et de mousse, disparaissant un instant derrière un banc de brumes. Emergeant du brouillard avec un sourire énigmatique, elle demanda :

« De quoi devons-nous parler ? » Elle glissa son regard sur lui et demande : « Votre futur relooking ? »

Elle esquissa un sourire en coin. La remarque n’était pas méchante, bien sûr, mais pour quelqu’un qui n’était pas habitué à se donner en spectacle, il arborait un costume aux couleurs chatoyantes et flashs. Elle fit quelques pas autour de lui, frôlant sa hanche de la sienne puis son dos de sa main avant de se placer à nouveau devant lui. Il y avait cependant un peu de curiosité en elle. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Hors des murs de l’académie, il n’avait pas d’autorité sur elle. Elle n’était pas forcée de lui obéir et elle ne plierait pas à des menaces de harcèlement à l’académie. Elle était Dahlia, soumises aux règles du directeur du Dahlia. Alors la louve était curieuse, curieuse de comprendre pourquoi il l’avait entraînée à l’écart. Et elle était méfiante. Car elle ne pouvait pas faire confiance à cet homme. Elle le sentait. Alors malgré son apparente décontraction, elle était aux aguets, elle était sur ses gardes. Pour ne pas se laisser piéger. A nouveau immobile la louve attendait patiemment que l’homme s’exprime quant à cette intrusion, qu’il s’explique.
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Le Conseil des Neuf » 14 Juin 2015, 23:14

Oceano Nox

"Dragons d'encre"

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C'était une tour. Un donjon noir et biscornu couronné d'une girouette rouillée, qui grinçait lugubrement dans la brise. Toutes les fenêtre aux cadres vermoulus, dévorés par de lugubres entrelacs de ronces étaient fermées. On y avait cloué d'épais panneaux de bois pour en préserver le mystère. A l'exception d'une seule, la plus haute, celle qui dominait le quartier Onyx. De sa béance aveugle, ouverte sur le panorama brumeux de l'Eclipse, brillait un sombre éclat. Une lumière sans lueur, froide et inquiétante, aux tons froids, profonds, qui rappelaient la glace millénaire des glaciers errant sur les mers polaires. Un bleu sans âme. Un bleu volatile. Telle une étoile morte. Dont l'ultime fulgurance de lumière fossile, a traversé tant d'étendues de néants, qu'elle en a perdu jusqu'au souvenir de sa nature solaire. Oui, vu de loin, avec sa flèche d'ardoise fondue de brouillard, et cet œil unique ouvert sur façade, le donjon semblait hanté.

Ce donjon ténébreux, abritait une bibliothèque. Ou peut être en était il la prison ? Car les murailles étaient si épaisses, les portes bardées de runes défensives, et les fenêtres soigneusement verrouillées, que l'on ne savait plus, si cet étalage de défenses était là pour protéger un trésor ; ou au contraire empêcher ce trésor de s'échapper. Des milliers, peut être des millions de livres, de rouleaux, de parchemins, mais aussi de fragments de hiéroglyphes, de pierres préhistoriques sur lesquelles murmuraient des écritures primitives, ou encore de souvenirs prisonniers dans le bois, le cristal ou le plomb, étaient entreposés là. A eux tous ils formaient une toile bruissante de savoirs interdits. Si la nuit avait un cœur, si l'énergie noire corruptrice de l'univers avait un puit, alors c'était là, entre ces murailles épaisses que s'en trouvait la source. L'origine du mal. Une collection démente de ce que les sorciers depuis qu'ils étaient en âge de manipuler l'arcane, avaient produit du plus fou, de plus obscène, de plus noir. Marcher entre ces rayonnages chaotiques, arpenter ce labyrinthe de grimoires aux tranches suppurantes de venins, c'était fouler les couloirs hurlants du plus gigantesque des asiles. Le cimetière de la raison humaine. La boîte de Pandore, dans laquelle malades mentaux, psychopathes, orgueilleux et assassins déposaient leurs noires offrandes.

Au sommet du donjon, un rituel était en train de se terminer. Le sol avait été couvert d'écritures. Fragments de vers, gouttes de proses, cris silencieux, et agonies lyriques, s'entrecroisaient en une toile grasse et complexe, de coups de pinceaux dégoulinant. Et là où les mots étaient les plus cinglants. Là où les phrases étaient les plus viciées, des corps avaient été sacrifiés. Offerts en pâture à ce monstre d'encre, qui avait bu leur sang innocent, pour le recracher en d'autres paragraphes toujours plus violents, toujours plus abjects. Entre les dépouilles allait une femme. Ses pieds nus saignaient au contact des lettres acérées éparpillées sur le plancher. Mais elle ne semblait pas en souffrir. Ses gestes avaient la lenteur ritualisée des hallucinations d'opium. Les voiles fluides dont elle s'était recouvert, floutaient ses mouvement et déformaient son image. Humaine et spectre à la fois, elle semblait faite de nuées.

Sa tâche était bientôt terminée. En s'approchant du dernier cadavre, elle poussa un soupir de soulagement. Son front à peine visible sous le voile de gaze qui la couvrait était moite de sueur. Quelques perles salées s'accrochaient à ses sourcils charbonneux. Elle s'épongea du revers de la main. Sans se soucier que ces glyphes de henné qui couvraient ses doigts, ne déteignent sur son visage pour le couvrir de traînées d'argile. Il fallait faire vite. Elle n'avait pas le droit de s'attarder. L'homme mort, dont les chairs vides et desséchées étaient déjà colonisées par une moisissure de mots, se décomposait à vu d'oeil. La femme s'agenouilla à ses côtés. Ses immenses voiles, s'ouvrirent et se refermèrent comme des ailes, avant de ruisseler tout autour d'elle en une flaque de couleur qui la protégeait du ravage grouillant de l'écriture. Dans ses bras, lovée contre sa poitrine, geignait et crachotait une petite machine. Un artefact électrique, qui respirait de la vapeur. En son centre brillait un étrange cœur organique, qui battait et palpitait comme une pompe. Elle déroula un tuyau, nanti en son extrémité d'une aiguille qui ressemblait au dard d'un frelon. Puis avec la dextérité d'une chirurgienne, elle enfonça ce boyau dans la bouche ouverte sur le cri d'agonie du mort. Les articulations se réveillèrent brutalement. Les pieds décharnés battirent le plancher. Les bras s'écartèrent au risque de se rompre en spasme de crucifié. La machine de la femme s'emballa. On entendit un gargouillis, suivit d'une aspiration qui ressemblait à une affreuse déglutition. L'officiante tint bon. Parfaitement immobile, voûtée telle une statue suppliante sur les chairs blêmes du sacrifié, elle l'observait sans le voir, en comptant des secondes qui avait la terreur dilatée d'une éternité.

Une unique, minuscule gouttelette d'un noir si profond qu'il happait le regard, s'extirpa de la bouche du cadavre pour remonter très longtemps le long des souples parois du tuyau. Puis cette perle néantique, disparut dans les entrailles de la machine. Le cœur pompa une dernière fois. Un long battement qui ressemblait au soupir bienheureux d'une digestion. La femme leva la machine a bout de bras. Entre les tuyaux, sous les divers fils électriques qui grésillaient, avait été placé un ventre de cristal coiffé d'un alambic. Le diamant noir, plus fluide, plus liquide, maintenant qu'il avait été raffiné, tomba au fond de ce réservoir. La femme le regarda chuter au ralenti. Se fondre au milieu de ses autres frères, déjà récoltés. Quelques ondulations agitèrent l'offrande nocturne, puis elle retrouva son calme étal. Celui d'un épais miroir. Sans teint. Qui ne reflétait que le néant. La bouche de l'officiante était invisible sous son voile. Pourtant à l'infime plissement de ses yeux en amande fardés de terre brune, on devinait qu'elle souriait d'aise. La récolte avait été bonne. Quelques millilitres de ce mystique brouet, clapotaient dans les entrailles de sa machine. De l'encre. La meilleure qui soit.

Au sommet d'une bibliothèque interdite aux allures de forteresse, qui coiffait l'Onyx de son architecture tourmentée, une table avait été dressée. Pas au centre de la salle couverte de mots déchaînés, parce que cela aurait été dangereux, mais dans un angle, face à l'unique fenêtre ouverte. Un homme et un enfant y avait pris place sur de grands fauteuils taillés dans des blocs d'obsidiène. Ils se faisaient face, et le souffle de l'Eclipse, humide et brumeux, chatouillait leurs cheveux d'un noir de geais. Une femme, auréolées d'épais voiles qui sentaient l’encens, s'activait à leurs côtés. Elle avait de longs doigts. Bruns et souples comme des branches noisetier. Des sourates sacrées, tracées au henné, de façon à mimer le maillage protecteur d'une cotte de maille, les recouvraient. Le père et son fils, la regardait s'activer. Leurs regards étaient perçants. Intenses et effilés, comme ceux des oiseaux de proie. Ils demeuraient silencieux comme tout ceux de leur race. Mais dans leurs yeux scintillaient les flammes d'une impatience à peine maîtrisée. On entendit distinctement le tintement cristallin d'un ongle dur, heurtant le cul d'un contenant pour en arracher la dernière goutte. Une fois qu'elle fut sure que pas un millilitre de la précieuse encre n'avait été gaspillé, la femme reposa avec ce soin cette flasque qui lui avait servi à transporter cette essence de néant. Au centre de la table, vibrait désormais de puissance un petit encrier. Taillé dans une pierre si ancienne qu'aucun nom humain n'aurait pu la décrire, ce dernier représentait de façon abstraite, un dragon primitif. Sa gueule était ouverte. Le liquide littéraire clapotait entre ses crocs. Comme un souffle de pure obscurité menaçant de noyer le monde.

Ni le père, ni le fils, ne virent la courbette respectueuse que la femme leur adressa, avant de s'eclipser dans une bouffée de parfum d'amande. Ils étaient comme hypnotisés par l'encrier. Le noir liquide, tournoyait lentement entre les parois minérale de son récipient. Lorsqu'on le regardait vite, sans s'attarder, il n'était que pure obscurité. Lisse comme de la laque. Mais lorsqu'on se laissait happer par le flux sans cesse répété de son tourbillon, alors des images commençaient à se former. C'était vertigineux. Glaçant. L'impression d'observer l'univers tout entier par un trou de serrure. Tout ce qui avait été déjà imaginé, tout ce qui été et tout ce qui serra, tenait dans cet encrier, posé au centre de cette table. De leur puissance ils avaient capturé un fragment d'Oceano Nox. Un morceau de l'Océan Primitif. Celui qui précédait le tout. Qui était là avant l'étincelle primordiale. Le noir sacré. Infini. Et pourtant dompté, à une porté de plume, de libérer son énergie créatrice.

L'homme, plus expérimenté, fut le premier à s'arracher à cet engourdissement des sens propre aux écrivains confrontés à la violence d'une bouffée d'inspiration. Il déplia ses doigts en direction d'une plume toute de fer forgée posée avec un soin respectueux sur la table. Dans le mouvement la manchette de son costume remonta sur son poignet pour dévoiler toute l'étendue de sa malediction. Sa main gauche, celle qui lui servait écrire, était entièrement noire, du bout des ongles au poignet. Comme s'il avait plongé son bras tout entier dans une vasque d'encre indélébile. Son fils, gaucher comme lui s'empara à son tour d'une plume. Chez lui le pouvoir était encore diffus. En latence. Et seules quelques tâches sombres, marquaient la pâleur de son épiderme. « -Nous allons commencer par un exercice très simple. Il ne s'agira pas d'inventer. Mais de réecrire une histoire. La reformuler. » Il avait une voix de conteur. Basse et grave. Le garçon, encore si petit qu'on avait du poser des coussins sur son trône pour l'amener à hauteur du plateau, acquiesça sagement de son petit menton moucheté d'encre. « -Oui mon père. Il en sera fait selon vos désirs. » L'homme prit une profonde inspiration. La pointe d'onyx de sa plume tinta contre l'encrier, avec le même bruit métallique, que l'épée s'arrachant du fourreau pour entamer sa danse la plus mortelle. « -Tu te rappelles des mémoires de Requiem. Lorsqu'il raconte comment il a coulé le Léviathan ? » La plume crissa avec adresse sur une feuille de papier au grain très dur, très épais. Le trait des lettres était ample. Dans son sillage de petites coulures giclaient et éclataient sur le vélin. Il n'inscrivit que quelques mots. Son fils le regardait faire, avec une fascination inquiète. Puis lorsqu'il eu terminé, le seigneur fit glisser la feuille pour la passer à son héritier.

Il était une fois... Le garçon prit une profonde inspiration en relisant les mots de son père. La plume de fer était si lourde entre ses petits doigts. La main tremblante il la fit à son tour tinter contre l'encrier. La feuille de papier, trop blanche, trop lumineuse, l'aveuglait. Elle dansait devant ses yeux. Puis tirant la langue, tant il était concentré, il commença par écrire avec une touchante maladresse, de ses lettres d'enfant. Grosses, rondes et si douces : ...une baleine et un dragon...

* * *

Sur le pont branlant du Léviathan, Charlie, avait pris congé des réjouissances pour soulager sa vessie. Son déguisement, frustre et débraillé, ne valait pas le coup d'oeil. Seul son masque, celui d'un Pierrot Solitaire, humble et triste attirait l'attention. Peut être justement, parce que cette face ronde, avec une larme de maquillage figée pour l'éternité au coin de sa joue de porcelaine, contrastait terriblement avec l'outrecuidance de sa posture : debout et bourré, en équilibre instable sur une barrière suspendue à plusieurs centaines de mètres au dessus de Londres. La queue à l'air il pissait avec une volupté coupable. Et dans sa tête d'alcoolique mille pensées stupides, et associations d'idées encore plus stupides s'entrecroisaient. Il s'imagina d'abord que toutes ces vapeurs éthyliques ingurgitaient puis recrachées en un jet malodorant, risquaient de s'enflammer si une étincelle des chaudières venait à les frapper. Il s'imaginait aussi – parce qu'il était bien aviné – que sa pisse était une pluie nourricière qui faisait pousser les tours de Londres. Bien entendu il eu une pensée ricanante pour tout les malheureux qui n'avaient pas eu la chance de monter sur le vaisseau, et qu'en Dieu Joueur, il était en train de rincer. Enfin, il espéra avec une secrète effronterie que l'une des fenêtre de la Maison Onyx était entrouverte et que sa putain préférée allait se réveiller, trempée, d'avoir pensé à lui. C'était con. C'était absurde. Mais cela l'amusait bêtement.

Ce ne fut qu'au moment où il secouait son oiseau, pour lui faire crachoter les dernières gouttelettes dorées de son chant d'ivrogne, qu'il prêta attention aux nuages. C'était marrant toutes ces formes que pouvait prendre un ciel noir et argenté. L'un ressemblait à une paire de seins, l'autre à une belle croupe. Là c'était une levrette (prise en levrette?) qui agitait gaiement sa petite queue pelucheuse. Là un sourire édenté qui lui renvoyait son clin d'oeil. Et lui, celui qui était si gros, celui qui avançait si vite poussé par le vent, il ressemblait à un...grand dragon noir. Avec des ailes de cuir. Avec une queue pleine d'écailles. Lorsqu'il vole on entend résonner le tonnerre. Ses crocs sont immenses. Au fond de sa gueule brûle un truc feu noir. Il fait peur. Il a envie de manger faim. C'était vrai qu'il faisait peur ce nuage. Soudainement un peu dégrisé par le vent qui soufflait à ces altitudes, Charlie redescendit prudemment de la balustrade. Sous ses pieds qui tanguaient (ou alors était ce la baleine dérangée par le souffle de l'envergure du dragon?) le pont de bois vermoulu lui sembla subitement bien fragile. Il se frotta d'abord le visage. Se massa les tempes. Sauta d'une jambe sur l'autre. Selon un rituel d'alcoolique savamment maîtrisé. La baleine est grosse. Pleine de graisse. Elle ferra un festin de roi pour le dragon. Le grand poisson La baleine n'a pas vu son ennemi. Elle continue à se laisser voguer bêtement sur les vagues. Lorsqu'elle respire de la vapeur sort de son dos avec un bruit très fort tonitruant. Il allait mieux maintenant Charlie. Et si son regard demeurait un peu flou, les nuages étaient redevenus des nuages.

Sauf un.

Loin de là, au sommet d'un donjon qui coiffait l'Onyx de sa tourelle biscornue, un petit garçon anxieux avait reposé la plume pour offrir son texte à la lecture critique de son père. Le seigneur en parcourant les mots malhabiles tracés avec hésitation par la plume de son fils eu une moue dédaigneuse. « -Non. C'est beaucoup trop lent. Seuls les premiers paragraphes sont là pour poser l'ambiance. La chute. L'ouverture. Doit être vive. Incisive. Comme un coup de poignard. Regarde fils... »

Un nuage en forme Dragon. Qui plongeant depuis des hauteurs vertigineuses planta ses griffes acérées dans le dos du cétacé. Blessée la baleine poussa un terrible mugissement de terreur. De sa frêle enveloppe gazière, hélium et vapeur s'échappaient en sifflant. Des gens couraient. Ils hurlaient. « Aux chaloupes ! On s'écrase ! » Ils braillaient. Déjà le dirigeable perdait de l'altitude. Son mufle pointait vers le sol. Vers Londres et le ruban noir de la Tamise.

-Et les gens accrochés à son dos ? Que vont ils devenir? » Le seigneur avait laissé en suspens sa plume. A la question de son fils il n'opposa qu'un laconisme blessant. « -Détails et scories. » Piochant dans les dernières gouttes de l'encrier il apposa au bas de la page, un titre à cette histoire.

Le Léviathan des brumes
par Byron et (d'une écriture d'enfant, maladroite et hésitante) Kerri Craft
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Messagepar Lili » 19 Juin 2015, 23:57

L’air était trouble, le nuage était noir, le danger était là, présent, tout autour d’eux. Mais la jeune violoniste n’avait pas assez d’yeux pour tout percevoir. Et elle n’était pas capable de sentir le danger arriver. Même si l’une des filles en sa compagnie avait presque réussi à ternir sa soirée, finalement le sourire de la prostituée n’avait pas disparu. Bien au contraire il était encore plus beau, encore plus large. Et elle rayonnait comme à son habitude malgré la noirceur de sa tenue. L’ironie de la situation, elle était l’oiseau annonciateur de malheur ou le corbeau de la justice des jumeaux Orothar. Elle était corbeau mais elle était lumière. L’enfant était merveilleuse. Fascinante. Entêtante. La première secousse ébranla la douce jeune fille. Lili au doux sourire innocent trébucha, piétina et tourna la tête. Que se passait-il ? Perdue dans une soirée qui l’émerveillait au lieu de la rendre triste, la jeune fille n’avait pas perçu le danger. Elle n’avait pas vu le dragon. Mais maintenant que l’affolement gagnait les convives, Lili commençait à comprendre. Un instant son cœur cessa de battre. Quelque chose venait de changer. Ou était-il ? Son mystérieux amant ? Son si tendre ami ? Son amour ?

Lili ne pouvait se permettre de le perdre. Il était sa vie, son courage, son espoir. Sans lui, elle perdait toute raison de vivre. Sans lui, elle ne pourrait survivre. Alors Lili commença à avancer. Elle n’avait pas peur des soubresauts de la baleine. Elle n’avait pas peur des tremblements, des crissements de métal qui se casse. Elle n’avait pas peur des volutes de fumées noires et pestilentielles qui venaient d’éventrer le joyau disparu de la flotte diamant. En montant sur cette étrange embarcation, la violoniste aurait dû y penser : n’avait-elle pas déjà coulé autrefois ? D’un geste de tête, la brunette écarta ces idées. Peu lui importait le passé, seul le présent comptait. Préserver le présent pour sauver l’avenir. Tel était son but. Lili ne respirait plus. Lili ne pensait plus réellement. Lili n’avait même pas peur. Elle n’avait pas peur du dragon, elle était une engeance du dragon. Mais elle avait peur de le perdre, lui qui faisait battre son cœur, lui qui rythmait ses nuits. Ou était-il donc ce démon d’ambre ? Son démon ? Prince des démons parmi les mortels. Elle le cherchait. Elle tirait les masques dévoilant des visages terrifiés sans le trouver.

Sa course s’arrêta sur une coursive. Un long gémissement de fer s’éleva. Des boulons sautaient, des passerelles s’émiettaient. Les premières chaloupes commençaient à s’éloigner pour sauver les invités. Ou étaient Gemme et Garance ? Sauraient-elles se mettre à l’abri ? Sans s’en rendre compte la jeune fille commença à se mordre la lèvre. La louve était féroce, elle était forte et son amie était une fille d’un général des armées du dragon. Il n’y avait que les idiots pour la penser faible et sans défense. Alors elles vivraient. Et dans le fond, son démon aussi survivrait. Mais Lili voulait en être sure. Elle ne pouvait quitter le navire et le laisser derrière elle, elle se refusait à cela. Jamais elle n’abandonnerait son âme sœur. Elle balaya la foule de son regard chocolat. Elle ne souriait plus. Non, elle ne souriait plus. Le corbeau était devenu ombrageux. Le corbeau guettait, il cherchait sa proie. Soudain, entre deux mousselines flamboyante l’amoureuse cru voir son aimé. Sa taille, sa chevelure, sa prestance et sa façon de bouger, son âme était attirée. Alors elle se précipita dévalant un escalier pour atteindre une terrasse. Elle se précipita vers l’escalier alors que les vis et les plaques commençaient à se désolidariser. Mais elle n’avait pas peur non, elle avait des ailes. Une marche, puis une autre. Et même si tout semblait s’effriter, même s la réalité semblait soudainement reprendre le dessus, Lili courait. Elle posa son pied sur le pont principal. Sa course fut stoppée par un morceau de métal projeté avec violence par un souffle de destruction. Un cri lui échappa alors que le métal lui écorcha le flanc. Lili s’agrippa à une table toute proche le souffle coupé. Elle porta sa main à sa blessure soudainement très pâle. Silène.

Un pas, puis un autre. Lili recommença à avancer, bousculer de toute part. Lorsque ses doigts crochetèrent enfin le masque, ce ne fut pas son visage. Non. Ce n’était pas lui. L’homme s’arracha à la contemplation déçue de la musicienne et celle-ci fut emportée par un mouvement de foule. Elle s’était trompée. La magie des brumes pouvait être tellement cruelle par moment. Elle se tourna, reprenant pied dans la réalité et regarda autour d’elle. Il était temps de partir. Elle devait monter dans une chaloupe. Mais alors qu’elle essayait d’en atteindre une, elle fut projetée contre une rambarde. Durement. Et celle-ci céda sous la pression de la foule. Lili sentit son pied mordre le vide et son corps basculer. Elle se sentit sombrer dans les volutes noires de l’encre assassine. Elle tombait et ses doigts ne trouvèrent que des étoles trop fragiles se déchirant pour la précipiter dans le vide. La jeune fille tombait. Son flanc la faisait souffrir, son sang coulait abondamment et elle tombait. Était-ce cela mourir ? Était-ce si terrifiante mais pourtant si apaisant ? Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Puis elle ouvrit les yeux. Elle ne pouvait pas mourir ainsi, tel n’était pas son destin. Elle se tourna faisant face à la ville se rapprochant trop vite et à son goût et dans un dernier sursaut écarta les pans de sa robe milliers de plumes de corbeau offrant une résistance au vent. Comme le meilleur des parachutes.

Lili ne tombait plus. A présent, elle planait. Elle flottait. Elle ferma un instant les yeux inspirant profondément les brumes pures qui l’entouraient. Elle s’en remit au bon vouloir de l’éclipse tout en écartant un peu plus sa robe comme deux ailes noires. Elle sourit. Un beau cadeau. La vie. Garance lui avait offert la vie si les brumes en décidaient ainsi. Elle perdait de la vitesse mais ce n’était pas des ailes. L’oiseau se serait posé délicatement. Lili n’était pas un oiseau. Elle n’était qu’une humaine portant une robe de plume. Et lorsqu’elle entrevit un toit encombré de palette, Lili referma les bras. Elle heurta le sol recouvert d’un amas de bois amortissant douloureusement sa chute et roula sur elle-même sonnée et meurtrie jusqu’au bord du toit. Et soudainement sa chute s’arrêta. A quelques millimètres de tomber à nouveau le corps de la prostituée c’était arrêté. Et dans son état de semi-conscience Lili entrevit une silhouette. Qui était là ? Il s’éloignait la laissant là sonnée et à moitié morte. Mais il l’avait sauvée. Pourquoi ? Et surtout qui ? Puis le noir l’envahit. L’inconscience. La paix. Le repos. Deux molosses de la meute Wolfcraft trouvèrent la prostituée. Ils n’eurent aucun mal à soulever le corps endolori de la fillette pour la ramener à la maison close afin qu’elle soit soignée. Sans lui faire de mal. Car on ne faisait pas de mal à la protégée du seigneur Moloch et de sa fille. Lili était sauvée. Mais elle ne savait pas pourquoi.
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Messagepar Arthur Helders » 20 Juin 2015, 05:02

Il quitte les entrailles de la baleine dès qu'il a terminé de distribuer ses dessins. Il a aimé les dessiner, et adoré encore plus les offrir en tournant, pirouettant et dansant entre les costumes. Se faufiler entre deux corps, passer sous la voûte formée par les bras des danseurs, esquiver quelques personnes avinées a été un vrai jeu pour Arthur, et jamais son sourire n'a quitté son visage, même sous son masque au sourire allongé et difforme. Mais il s'en va à l'instant où l'air se glisse sous son visage factice, traverse le tissu de ses vêtements et s'engouffre dans les ouvertures pour glacer son corps, en gelant les gouttelettes de sueur dévalant sur son corps. Son injection lui a donné chaud, et l'excitation de sa distribution, ainsi que ses cabrioles, ont échauffé sa peau devenue brûlante et humide. Il a froid à l'extérieur, même s'il a chaud à l'intérieur, alors il se couvre, s'enroule dans sa cape, et relève le col de sa chemise pour se protéger précairement du vent qui souffle, et du choc thermique qu'il subit, tandis que sa gorge le brûle sous le contrecoup du froid qui l'irrite déjà et commence à le faire tousser.

Il s'approche de la rambarde et observe la ville en contrebas, cette immense cité qu'il rêve de peindre dans son intégralité, dans un parfait agencement des quartiers. Car il ne veut pas les représenter séparément, mais plutôt comme une entité complète et harmonieuse, à l'aide d'embranchement logiques, loin de l'irrationnalisation urbaine de la Magicopolis. Il sait que ce sera difficile, qu'il aura du mal à réaliser ce rêve aux douceurs utopiques, et pourtant il s'y attache car c'est là le grand projet de sa vie, ce pourquoi il use de narcotiques. Parce qu'il en a besoin. Pour s'inspirer. Pour rêver. Pour croire que cela est possible et que tout n'est pas perdu. Il veut être au sommet de son art, arriver à une perfection sans égal et dépasser les limites dont est bornée, à son grand désarroi, la peinture en illustrant Londres et ses quartiers corrosifs qui la rongent. Ce sera difficile, éprouvant. Alors il va essayer. Plusieurs fois. Et échouer à chacune d'entre elle, même si cela le rongera et le tuera à petit feu. Il sera frustré. Il pleurera. Et il se droguera encore plus. Jusqu'à faire une overdose et en crever. Crever pour ce qu'il aime. Crever pour son rêve. Crever pour son art.

Les yeux rivés sur Londres, il sort son carnet et l'ouvre sur une page vierge, celle qui se présente immédiatement après la suite de celles qui ont été arrachées, puis son crayon. Mais à l'instant où il s'apprête à en poser la mine sur le papier, une secousse ébranle le vaisseau, alors Arthur, sous le coup du choc, écarte ses mains et fait tomber son carnet, ainsi que son crayon. Il en hurle, désespéré qu'il est, et son premier réflexe est de regarder à ses pieds pour voir s'il n'y est pas. Puis l'idée qu'il peut être tomber dans la Tamise lui vient à l'esprit, alors il décide de s'agripper à la balustrade et de commencer à l'escalader pour rejoindre son carnet tombé dans l'eau, mais une nouvelle secousse le stoppe. Alors il regarde autour de lui, et là il se rend compte de l'agitation naissante, des mouvements d'une foule qui s'amasse sur le pont, ainsi que les cris. Mais ce qui l'attire, surtout, ce sont les visages levés vers le ciel, et certains doigts levés en direction des nuages. Ou plutôt du seul nuage. En forme de Dragon. Ce même qui a blessé la baleine de brumes et l'a faite dériver, celui qui a fait perdre son carnet à Arthur.

Alors le garçon ignore les cris et l'agitation des passagers du Léviathan, ainsi que leur précipitation pour rejoindre les chaloupes et partir sauf de la baleine blessée, et tandis qu'il recommence à poser son pieds contre la balustrade il aperçoit un mouvement dans le coin de son œil, celui d'un carnet qui glisse. Alors il change d'avis et poursuit le livret à la couverture de cuir qui se retrouve balancé de pieds en pieds. Certains le piétinent, d'autres l'évitent involontairement, mais la plupart du temps il se retrouve à glisser sur les lattes boisées du pont, sans que personne n'y fasse attention plus que cela. Mais Arthur veut le récupérer, alors il court après le carnet, persuadé qu'il s'agit du sien, pousse les autres passagers, et se fait pousser par eux, tandis qu'il remonte la marée humaine qui se précipite jusqu'aux chaloupes, sans jamais quitter le précieux objet des yeux. Et lorsqu'il l'atteint enfin, qu'il se rue à terre pour le récupérer, une main féminine l'arrête dans sa course quand il la voit saisir son carnet et le lui tendre.

Autour du peintre et de cette jeune fille, tout le monde est agité. Tout le monde, sauf eux qui se dévisagent dans le plus grand calme. Et alors qu'elle le regarde en souriant, Arthur lui arrache le carnet des mains, et vérifie qu'il s'agit bien du sien en le feuilletant rapidement, et c'est alors qu'il remarque le costume dessiné sur l'une des pages. Il s'agit d'un déguisement d'elfe, comme ils sont décrits dans les contes, celui d'une de ses partenaires de danse. Celui de la jeune fille qui se tient devant lui. Alors il la remercie, et tandis qu'il s'apprête à rejoindre là où la marée humaine se dirige, il est arrêté.

Elle a une meilleure idée, dit-elle, un moyen plus facile de s'échapper. Alors elle le tire pour l'éloigner de la foule, et si Arthur est réticent au départ, il finit par la suivre docilement, cette petite elfe blonde qui finit par l'amener près de la rambarde. Et lorsqu'elle lui dit de sauter, que c'est encore le moyen le plus rapide, et peut-être le plus sûr, il refuse. Il hurle, lui dit qu'elle est folle. Alors elle trouve une combine. Elle arrache à Arthur son carnet et le lance par-dessus la balustrade pour le faire tomber dans la Tamise. Et le garçon en devient fou, complètement malade, et c'est d'un geste qu'il se débarrasse de son masque et de sa cape et qu'il escalade la balustrade. Et alors qu'il est prêt à sauter, il aperçoit au loin un corbeau. Un corbeau géant chuter du Léviathan. Ce qui fait que le peintre s'arrête car il hésite. Alors la jeune fille escalade la rambarde à son tour et lui prend la main avant de sauter par-dessus bord. En entraînant Arthur derrière elle.

Pendant sa chute, il hurle de peur parce qu'il redoute de s'écraser dans le fond de la Tamise. Mais il a surtout peur de faire cela pour rien, et qu'il ne retrouvera jamais son carnet dans l'eau. Mais il a un réflexe lorsqu'il s'approche de l'eau, malgré sa chute de quelques secondes, celui de faire appel à sa magie. Et c'est quand il touche l'eau qu'il forme un creux, une sorte de bulle ouverte, de façon à amortir sa chute, à l'image d'un matelas de plumes, qui dure juste un instant avant d'éclater. Alors Arthur finit dans l'eau, boit la tasse sous la surprise et finit par remonter à la surface avec peine, de façon à nager jusqu'à la rive, et c'est lorsqu'il sort de la Tamise, qu'il retrouve son carnet. Alors il en rit, d'un rire tonitruant et incrédule. Et parce qu'il est heureux.
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Statut: Artiste peintre



Messagepar Malika » 20 Juin 2015, 11:45

Son regard de saphir coule sur les gens. Il s'arrête puis repart pour comprendre et donner une raison à ces sourires, ces rires, ces disputes, ces danses. Sous un masque, la vie semble avoir un impact différent comme si chacun pouvait mieux vivre. Alors que dans d'autres circonstances, les amis d'une nuit peuvent être les plus grands ennemis. La méfiance s'endort pour laisser place à une certaine confiance qui n'est qu'une illusion parfaitement peinte par l'artiste d'une mascarade sans nom. Malika ne comprend pas et ne cherche pas vraiment à le faire. Ce soir, elle fait comme eux, elle en oublie la raison de sa quête perpétuelle de compréhension ou plus précisément, elle l'a délaissé ne trouvant aucune raison satisfaisante pour garder cette envie. La vie, ce soir, n'est pas réel, c'est un mensonge qui se vit et font voir les gens dans un angle différent, un temps qui ne leur appartient pas. Comme cela doit être bon de paraître ce que l'on n'est pas ou bien ce que l'on est vraiment au fond ? Démuni de leur cache, ils se montrent différemment au monde leurrant les autres d'une manière ou d'une autre et muni de ce simple objet, ils retrouvent ce qu'ils ont délaissé à la face du monde. Pour certain en tout cas. Pour d'autre, ce petit groupe, ils se permettent de laisser parler l'indécence des gestes et des mots, ils montrent ce qu'ils ne sont pas au quotidien comme libéré d'un poids que leur pose les règles de leur famille ou de leur maison. Ridicule et pourtant, terriblement intriguant pour la jeune fille qui s'ouvre à peine à ce monde après avoir délaissé le caveau qui lui servait de demeure. Un caveau hanté par des âmes maudites qui se sont accoutumés à sa présence parce qu'ils ont suffisamment lu en cette demoiselle pour comprendre que son sang la menait lentement vers la même condition dans laquelle ces derniers se trouvent.

La contemplation s'arrête net lorsque l'immense baleine de métal est sécouée violemment laissant un souffle se faire entendre comme un cri témoignant de sa peur et sa douleur. La panique s'insinua dans l'air comme un poison qui lentement se répand. Le regard de la féline demoiselle se pose et effleure les silhouettes apeurées qui courrent partout à la recherche d'un moyen de sortir de là. La tête finit par se lever pour contempler un dragon aussi sombre que de l'encre étirant un sourire sur le visage de la jeune fille. Contrairement aux autres, Malika n'éprouve aucune peur. Paniquer ne ferait que mener plus rapidement à la mort et pour les plus chanceux à s'accrocher à la vie comme certain s'accroche à la rambarde ne bougeant plus, tremblant et priant qu'on vienne les sauver. Ridicule comme attitude. Personne du haut de ce ciel sombre taché de nuages cotonneux dissimulant derrière cet aspect de pureté les pires mensonges et horreurs. Le dragon en est une preuve bien que pour la petite chatte cela sent plus comme une magie puissante. Ce mince filet qui traverse la plus grande partie des habitants de Magicopolis. C'est une couverture invisible qui les couvre étouffante ou bien réconfortante annonciateur de multiple possibilité.

Son oreille perçoit. On miaule paniqué. Erèbe. Tournant la tête, Malika ne perçoit plus le pelage réconfortant de son frère. La panique lui a fait perdre toute notion avec la réalité. Dans la panique, les gens ont osé la séparer d'Erèbe. Il a mal. Elle le sait. Le sent. Et s'insurge contre ces êtres qui tentent de fuir, mais en ce moment, Malika se dit qu'elle se trouvait bien pire que la mort qui se tapissait dans l'ombre de ce hurlement de haine venant du dragon. La baleine souffrait à en perdre haleine et dont les écrous et les vises devenaient des projectiles tout aussi radical que les balles hurlantes de ces armes à feu. La foule vient vers la féline jeune fille, alors, que sans peur, elle avance. La foule semble s'écarter coupé en deux par ce regard qu'elle pose ici et là à la recherche de la moitié de son âme. Son nez se plissent tentant de sentir autre chose que la panique. L'odeur de son frère est là, plus très loin. Son pas calme devient une course pour rejoindre Erèbe et sauté sur lui pour éviter qu'un homme ne lui marche dessus. Sur son dos, Malika sent le poids de cet adulte qu'elle finit par balancer au-dessus de la balustrade. Erèbe dans ses bras, elle voit le corps s'écraser au sol. Pas de pitié pour ce dernier qui n'aurait pas dû se trouver sur sa route.

« Il est temps de partir grand-frère... »

Un coup d’œil circulaire est donné pour trouver un moyen de partir avant que le dragon ne réduise en miette la baleine de métal dont la douleur grince et résonne autour d'elle. Malika ne connaît pas cette histoire et cela ne l'aiderait en rien de la connaître. C'est moins important que de s'en sortir et de voir l'aube se lever à nouveau.

Malika ne bouge pas. Attendant simplement tandis que d'autre saute pour se jeter dans la Tamise et que d'autre se laisse tomber dans l'espoir... De quoi ? Il n'y a pas d'espoir, seulement une chance sur dix mille de s'en sortir. Ce genre de chose est habituelle pour la jeune fille qui fait marche arrière pour prendre de l'élan sautant vers un toit. Elle aurait pu réussir si la baleine n'avait pas eu un nouveau soubresaut faisant rater l'essai de Malika qui se tomba en piqué sur une chaloupe pour rebondir et tomber droit dans la Tamise. Elle n'avait pas prévu cela. Un chat n'est pas friand de l'eau et Malika non plus, rapidement, elle nage sans lâcher Erèbe pour atteindre la surface faisant face à l'image de cette baleine qui s'échoue souffrant de mille tortures offertes par le dragon qui de rage rugissait, affamé et en colère de ne pas recevoir son lot de bonne chair.

Le ciel pleurait des corps et des morceaux de métal. Le ciel venait de basculer. Lentement, il vacille et pleure. Des larmes de chairs et de cris. Malika reste figé un instant devant ce spectacle sans nul autre pareil. Elle ressent presque de l'admiration sous cette peinture vivante et prenante. Cependant, elle se demande l'espace d'une seconde qui sont les coupables de ce cauchemars ? Elle observe autour d'elle avant de rejoindre le bord de la Tamise. Son premier geste est de déposer Erèbe sur le sol puis elle se laisse hisser. Une douleur se fait sentir au niveau de son abdomen tandis que quelque goutte de sang perle sur le sol. Arquant un sourcil, elle vient se souvenir qu'un écrou à effleuré son visage pendant qu'elle recherchait Erèbe. Sur le moment, elle n'a senti qu'une petite piqûre, mais elle n'y avait fait pas plus attention que cela. A quoi bon de toute manière, lentement, avec des soins approprié, les blessures finiront par se fermer comme toutes les autres qu'elle a pu avoir. Des tortures subies dans son enfance, ces blessures ne les égaleront jamais. Reprenant Erèbe dans ses bras, Malika se dirigea vers l'académie de magie laissant derrière un massacre à nouveau répété sans qu'elle ne le sache. L'histoire a déjà connu une telle catastrophe et quelqu'un semble s'évertuer de le reproduire.
Malika
 



Messagepar Talia Sambre » 22 Juin 2015, 11:40

L'amour entre deux chiennes. Des jappements. Des grognements. Des couinements. Avec leurs muscles torsadés, leurs échines couvertes de sueur, leurs peaux griffées de passion, les deux championnes s'empoignaient autant qu'elles s'étrignaient. De loin elles semblaient se battre. Cette petite cabine de l'entrepont, avec son hublot fendu au cadre de cuivre rouillé, était tout entier empli du fracas plasmaudique de leurs ébats. La couchette, trop petite pour leurs deux longueurs voluptueuses, craquait et gémissait. Le bois du lit était vieux. Moisi. Il tombait en poussière. Les draps, avaient la rugosité des suaires de gisants. Quand au matelas, depuis plus deux siècles qu'il avait séjourné dans les profondeurs de cette épave, engloutie au creux des mystères boueux de la Tamise, il empestait la vase et l'eau croupie et dégorgeait ses ruisselets saumatres à chaque rebonds, ressacs des chairs qui se frottaient sur lui.

« -A moi! » Gronda Talia en prenant le dessus sur sa sœur, d'un coup de hanche souple et puissant. La panthère avait écrasé son amante sous elle. D'une main elle lui enfonçait la tête sur l'oreiller couleur varech comme pour l'étouffer, de l'autre elle lui labourait les épaules, le dos, tout ce qui passait à porté de ses griffes acerbes. Sur les murs, alors que la lumière de l'Eclipse dardait son œil voyeur par la rondeur du hublot, les ombres des deux femmes étaient inquiétantes. Malsaines. Elles s'aimaient. Elles s'étreignaient. Mais c'était un amour cannibale. Où la violence couvait sous la volupté des attouchements incestueux, où les soupirs se paraient de mauvais claquements de machoirs. Nalia était à plat ventre sur la couchette. La poitrine écrasée contre les lambeaux de draps rêches. Talia la chevauchait. La contraignait. De ses cuisses ressérées sur les hanches de sa jumelle, de sa gueule grande ouverte pour serrer l'arrière de la nuque féminine, et du poids de sa passion, tout entier happé par la gravité de cette communion de sang, elle voulait ne faire plus qu'une, retrouver cette harmonie jumelle. Chair de ma chair. Sang de ma sœur.

Tout ceci n'était pas beau. Un tableau peint par un maître aux désirs sans cesse insatisfaits. Avec ses jeux d'ombres et de lumières douçatres. Ces projections de sang, celui des deux sœurs, répandues sur les cloisons vermoulues, le décor de la cabine ravagée, les filets d'algues – intestins et boyaux - pendant du plafond, ces carrures de prédatrices aux muscles noueux, tourmentés qui explosaient sous la peau, se tendait, se tordait en des plaisirs douloureux. Halluciné. Hallucinant. Comme ces grammes de blanches qu'elles s'étaient injectés dans les narrines, jusqu'à en avoir les sinus déchirés et la goutte de sang perlant comme une morve rouge de leurs nez droits. La drogue prise sur le pont, en public, avait fait effet. Passé la première explosion opiacé de leurs cerveaux, elles avaient oublié les âmes bellantes qui les observaient pour s'enfoncer dans les entrailles du monstre dirigeable. Un refuge, une petite cabine, qui sentait les chairs noyées et l'embrun moisi, et dont la plaque de cuivre sur la porte indiquait toujours : Suite 666 – Lilith Sambre.

Le spectre de l'âme de la plus grande matriarche Sambre, planait sur ces amours de junkiies. Elle était là, la putain de Babylone, terrée entre deux chattes qui bavait miel et bave en se frottant l'une contre l'autre, lovée entre des kilos de chairs moites, fumantes de brumes, qui glissaient l'une sur l'autre avec un bruit de succion. Sur les planches noires, dans une flaque d'eau toute aussi noire, les deux dessins froissés, offerts par le petit prince des peintres, avaient dégorgé leurs encres. Les fibres de parchemin, s'étaient délitées puis réagencées. Ce n'était plus une paire d'oeuvre, mais une seule composition qui flottait sur le parquet humide. Une seule femme. Belle et sauvage. Avec quatre énormes seins suspendus à son torse comme des mamelles. Deux paires de bras à peine suffisant pour se donner du plaisir. Et des yeux, des yeux, rouges comme l'enfer, incendiaires comme les chaudières hurlantes du Léviathan, qui brûlaient la feuille et perçaient les ténèbres de leurs escarbilles incandescentes.

En Ambre, battre sa femme, violer son époux, commettre un crime passionnel ne sont pas punis par la loi. Ce n'est pas du laxisme. Ce n'est pas de la perversion. Ce n'est pas un désir de violence. C'est de la sagesse. Parce que les Ambre plus que tous les autres à Londres, savent que l'amour même partagé, même fusionnel, est avant tout et surtout souffrance. C'est la passion au sens christique, sanglante et crucifiante. Manque et abandon. L'éternelle frustration de chercher une communion qui ne pourra être jamais absolue. Je te veux. En moi, sous moi, sur moi, contre moi. Qu'un plus un égal un. Te bouffer. Te dévorer. Rincer cette solitude d'âme, dans ton sang sacrifié. Aime moi. Brise moi. Saccage moi. Mais ne me laisse pas...seul.

Le poing de la panthère. Avec ses doigts musculeux, ses paumes de championne rêches et dures, ses tendons tendus sous la peau, ses phalanges blanchies par l'effort, se referma sur les cheveux de Nalia. Elle tira. Comme pour la scalper. Et sous elle sa sœur se cambra, se redressa. Une femme aurait eu la colonne brisée par un tel effort de torsion. Mais la Succube était souple, musculée et puissante. La seule à même résister à Talia. D'autorité elle fut mise à quatre pattes. La Nocive, se laissa retomber sur elle. Avec violence. Les seins venant s'écraser contre le dos ensanglanté de sa jumelle. Son bassin osseux, avec ses artères qui palpitaient sur la finesse de son pubis, claqua contre les fesses de l'aimée. De ses crocs elle lui serrait l'arrière de la nuque. Comme un maître de meute cherchant à s'accoupler de force à une louve rétive.

Et puis. Vision d'horreur. Entre mutation et transfiguration démoniaque, les fesses de Talia s'écartèrent, pour laisser pousser, se dérouler, anneaux après anneaux, une longue, très longue queue. D'un noir chitineux. Le dard à son extrémité était rétracté, sagemment au fourreau. L'appendice, fouetta l'air. Lasso et cobra qui se cabre, siffle, et claque. Il avait la texture caoutchouteuse des tentacules de pieuvres. Il plongea. S'enfonça avec une brutalité annelée dans l'oeillet sanctuarisé de Nalia. La bave qui le nappait : goudronneuse et bitumeuse, telle de la sueur de pouple, facilitait la pénétration. Un même spasme secoua les deux sœurs et le Léviathan attaqué. Le bois craqua. Le cobra de ténèbres dilatait les muqueuses spongieuses. La baleine poussa un mugissement de douleur. Talia rugit la bave aux lèvres. Entre les deux sœurs, ce sexe de substitution palpitait et vibrait comme un cordon ombilical. Elles étaient une. La cabine se renversa en même temps que le mufle de la baleine pointait dangereusement vers la Tamise. Par le hublot tombaient des corps désarticulés. Ceux des passagers malchanceux qui n'avaient pas pu trouver place dans les chaloupes qui s'envolaient à force rames dans le ciel d'enfer. Il y avait des halètements – ceux du vaisseau à l'enveloppe gazière déchiquetée, ou de Talia au bord de l'extase ? Un dernier coup de hanche. Encore quelques millimètres de gagnés par cette queue qui les liait.

La panthère s'immobilisa en Nalia. Tout les muscles contractés. Le souffle court. Le regard vague. Suspendue au bord de son orgasme. Le vaisseau tomba.

« -Je t'aime. »
Talia Sambre
 



Messagepar Alwine V. Spyrélios » 24 Juin 2015, 05:39

    Il y avait d'abord eut un nouvel arrivant, un jeune homme à en juger par sa voix, qui cherchait sa sœur. Qui il était, point ne le savait, mais du moins était-elle certaine qu'il ne s'agissait pas d'un de ses propres frères, qu'assurément elle aurait reconnu. Elle connaissait leurs tailles, leurs carrures, leurs voix, et rien de tout cela ne correspondait, sans compter qu'elle était plus ou moins certaine que jamais un de ses frères n'aurait formulé sa demande de la sorte. Plus de politesse encore pour l'un, et bien moins pour l'autre. Plus de flammes aussi, dans ce second cas. Un instant, cette pensée la fit sourire, car son plus jeune frère aurait sans nul doute offert un spectacle aussi flamboyant mais moins maîtrisé que le sien sur ce navire, particulièrement s'il avait été en sa présence, à sa recherche. Car, et il s'agissait de la dernière chose, ses propres frères l'auraient sans nul doute reconnu aussi certainement que Talia avait repéré Nalia dans la foule, bien qu'ils ne soient pas jumeaux, et qu'elle n'ait pas le même charisme luxurieux et magnétique que les filles de Dante. Non, si celui-ci était le frère de quelqu'un ici ce devait forcément être – puisqu'il avait dit « ma » sœur et non « mes » sœurs – être la troisième jeune femme du groupe originellement formé par l'arlequin, celle à la beauté de brumes et aux pouvoirs de glace.

    Pour tout dire, Alwine ne souhaitait pas savoir si c'était bien le cas, elle ne souhaitait pas savoir de qui celle-ci était la sœur, ou qui était son frère. L'attrait du Carnaval des Brumes n'était-il pas l'anonymat ? Tout cela n'avait-il donc plus aucune importance pour ces gens ? Elle devait bien avouer qu'une partie d'elle était déçue de ces mystères éventrés en série, ou en passe de l'être. Eut-elle était à la place de Talia, ou de ce fameux frère chercheur, qu'elle n'aurait certainement pas rejoint la silhouette d'un membre de sa famille si elle l'avait aperçue ici, dans le ciel, entre les brumes de l'Éclipse. Elle aurait plutôt chercher des mystères à courtiser, des énigmes avec lesquelles danser, peut-être un secret avec lequel partager de délicieux moments de plaisirs. Étaient-ils donc tous si limités qu'ils ne pouvaient, en cette nuit d'intrigues et de de soupirs, que se réfugier dans le connu, le déjà su, le déjà vu, le déjà fait ? Ce qu'ils savaient sûr avec certitude, qui une connaissance, qui, comme ici, leur propre sang, le plus proche possible ? Était-ce cela, la nouvelle génération de la décadente Magicopolis, incapable d'embrasser l'inconnu et traquant plutôt encore et encore ce qu'ils connaissaient, en cette nuit même où les barrières auraient dû tomber, où le sang aurait dû s'affranchir de cette limite ?

    Plus elle y pensait, et plus la jeune Matriarche sentait monter en elle une amère déception pour tous ces gens, qui semblaient de noble naissance, ou l'étaient manifestement, comme les deux Sambre. Quelques instants, les paroles, les actions, l'attitude même de la sulfureuse Nalia éveilla quelque chose en elle, elle ne pu le nier, et n'en avait d'ailleurs nulle envie, mais le plaisir était quelque peu gâché par le fait qu'elle savait maintenant à qui elle avait affaire en cette nuit de Carnaval... et tout cela fut d'ailleurs de courte durée car bientôt, la drogue faisant effet, peut-être, ou Talia prenant tout simplement la main devant une trop longue latence de la part des deux damoiselles, potentiellement – elle n'aurait su dire si l'une de ces hypothèses était la plus véritable, ou même si aucune des deux l'était – les deux jumelles se détournèrent et partirent de leur côté, vers l'accès donnant sur les cabines. Allaient-elles explorer entre elles, comme le suggérait plus tôt Nalia, ou allaient-elles assouvir quelque autre désir qu'il était facile d'imaginer – maintenant qu'elle savait qu'elle avait affaire à deux succubes ? Difficile à dire. Alwine soupira doucement puis regarda ses deux derniers compagnons, de chaque côté d'elle. Ils semblaient indubitablement mieux assorti l'un par rapport à l'autre qu'aucun des deux par rapports à elle, et elle soupira à nouveau doucement en s'avançant.

    « J'ignore s'il s'agit bien là de votre sœur, messire, mais je peux assurément vous certifier que je ne le suis pas, et les deux qui viennent de s'en aller étaient les Succubes Sambre, fille de l'Hydre. Je vous conseil donc de tenter votre chance auprès de cette charmante damoiselle, fit-elle au nouveau venu, avant de ce tourner vers la dernière inconnue. Quand à vous, charmante créature de glace et de brume, je crains que notre harmonie ne soit gâchée, et je préfère vous laisser avant que de fraternelles retrouvailles ne également fassent voler en éclat votre entêtant mystère... peut-être nous retrouverons-nous plus tard dans ces allées de brumes, ou à une autre occasion, sous le regard de la lune ou du soleil. Dans tous les cas, je vous remercie, pour ce trop bref moment. »

    Avec un sourire malicieux, effronté, qui lui venait facilement aux lèvres, chassant soupir comme déception, elle attrapa la main de la jeune femme et y déposa un baise-main, comme un galant chevalier servant, comme un gentilhomme, puis se détourna et s'écarta, les laissant se redécouvrir comme frère et sœur, ou peut-être faire connaissance comme tout autre chose. Après tout, cela les regardait. Elle préféra se fondre à nouveau dans le Carnaval, et les laisser démêler cela, disparaissant comme avaient disparu les démoniaques sœurs, entre les convives, son costume disparaissant bientôt entre les nombreux autres qui se pressaient là. Elle retourna dans la danse, passant d'un partenaire à l'autre le temps de quelques mouvements, décourageant ceux qu'elle trouvait trop entreprenant d'une légère tape sur les doigts, ou parfois d'une flamme subit qui les faisait reculer dans un éclat de rire – le sien, à tout le moins. À un moment donné, elle croisa un homme au splendide masque de cerf, à qui elle échangea un long et langoureux baiser, qu'elle le laissa assortir d'une main posé à un endroit qu'on aurait pu qualifier d'aventureux, contre une flasque de vin accrochée dans ses ramures, avec laquelle elle reparti en lui octroyant une tape amusée sur les fesses et un éclat de rire malicieux, presque complice.

    Un peu plus loin, après avoir brièvement dansé avec un joyeux trio d'un homme et de deux femmes qui l'entraîna dans un cercle animé, elle se retira un peu à l'écart, buvant pensivement le reste de sa flasque si facilement gagnée. Le vin n'était pas un grand cru, mais il n'était pas mauvais, et semblait adapté à cette nuit de Carnaval. Elle avait retrouvé toute sa bonne humeur après ces moments dignes de l'Éclipse et de ses mystères, et contemplait le ciel embrumé en vidant le reste de son vin, avant de s'y replonger. Elle fit ainsi partie de ceux qui, sur le dos du Léviathan, virent les nuages changer de forme, jusqu'à prendre celle d'un grand dragon, semblable à l'emblème antique des noirs Cravt, que l'on disait éteint, à présent. Elle en apprécia la forme, la sorte de flamme dans sa gueule... et puis le vit attaquer, frapper le dos du puissant dirigeable revenu des flots, comme dans un désir furieux de renvoyer à la mort et au froid de la Tamise la victime des Craft qui avait osé s'en élever. Une pensée poétique... qu'elle n'eut absolument pas sur le moment. Elle se raccrocha plutôt à la rambarde toute proche, évitant le sort de ceux qui, moins chanceux ou moins rapides, volèrent directement par dessus bord, accompagnant en cela la flasque seulement aux trois quarts vide qu'elle avait laissé échappé sous le choc.

    La panique éclata aussitôt sur le pont, alors que le Léviathan se mettait à plonger vers l'avant, semblant vouer à s'abattre à nouveau sur Londres et la Tamise. On se pressait aux chaloupes, on voulait se réfugier, on tentait de sauter par dessus bord, en direction de l'eau, ou, plus généralement, on courait partout sans savoir que faire. Un homme pressé, dont le loup argenté avait à moitié glissé sur son visage, sembla prête à la bousculer, mais la belle aux cheveux sombre l'en dissuada par une furieuse éruption de flammes, qui eut le mérite de faire quelque peu le vide autour d'elle, peut-être aidée par les cris du brûlé – elle lui avait carbonisé la face, et avait mit le feu à tout l'avant de ses vêtements, mais bon, il n'avait qu'à faire attention. Plus personne ne riait, à présent, les gens criaient, se bousculaient. Néanmoins, à la faveur de ce vide paniqué, la jeune femme entrevit son salut, une chaloupe toute proche, qui était déjà en train de se remplir. Ce serait un moyen sûr de quitter le navire, beaucoup plus qu'un plongeon ou qu'une tentative de se réfugier quelque part dans la carcasse pourrie du vaisseau volant, en espérant être préservée. Certes, les candidats pour occuper la place étaient nombreux, mais ce n'était pas grave.

    Elle était armée. Et elle avait de nombreuses balles.

    Sans hésitation aucune, dans le vaisseau qui plongeait vers la ville, Alwine, dégaina ses pistolets apparemment décoratifs, et qui cachaient en fait de redoutables armes modernes telles que savait en produire sa famille... et tira dans le tas. Elle ne fit pas montre de pitié, elle ne perdit pas de temps – du temps, elle en avait trop peu – elle se contenta simplement d'avancer rapidement et de faire feu, nettoyant le court chemin qui la menait à la chaloupe. Par surprise, par manque de réaction, ou un combiné des deux, personne ne réagit assez vite à cette jeune femme qui courrait vers le salut en abattant tout ce qui se présentait, faisant même tomber par-dessus bord plusieurs de ceux qui étaient déjà monté dans l’embarcation et qui churent vers le sol, une balle nichée dans le corps. Avant que quiconque ne se soit remis de cette nouvelle surprise, elle était entrée dans la chaloupe, lâchant une de ses armes dans le vide sous une nouvelle embardée du Léviathan. Ce n'était pas grave, là non plus. Elle se retourna, décrochant deux boules à sa ceinture – décidément, rien n'était vraiment décoratif chez elle ce soir – et, après les avoir brièvement transmuté pour les activer dans un éclair de magie, les lança sur le pont où d'autres hésitaient encore à s'avancer. Les deux bombes ainsi unies explosèrent, projetant des gens sur les côtés, creusant un trou dans le pont et rompant les amarres de la chaloupe – pas les cordes, mais les points d’amarrages eux-mêmes, qui se détachèrent ou volèrent en éclat.

    La pyromancienne explosive poussa un cri de douleur, car une écharde de bois c'était plantée dans sa joue, non loin de sa bouche, juste sous son masque, et entreprit de la retirer en jurant de manière bien peu noble. Heureusement pour elle, et pour ceux qui avaient survécu à son embarquement, les marins si étranges du Léviathan, considérant sûrement que les amarres pulvérisées devaient être un signal, se mirent à ramer, les conduisant vers le toit d'un immeuble tout proche. D'un long regard et de quelques mots Alwine fit comprendre aux autres occupants de l’embarcation que ceux qui avaient des soucis avec la façon qu'elle avait choisi pour embarquer pouvaient descendre tout de suite, et l'arme toujours dans sa main, ainsi que le sang qui coulai de sa joue peut-être, et devaient, combiner au reste, lui donner l'air assez effrayante, firent que personne ne contesta. Tout en restant sur ses gardes, elle reporta son intention sur le Léviathan en train de sombrer, la terrible Baleine retournant à ses eaux polluées. Elle se demanda quel avait été ce dragon, et quelle était cette fin. Un spectre maudit de Requiem lui-même, refusant de voir son œuvre ainsi défaite ? En cette nuit de brume et de magie, qui pouvait dire ?

    En tous cas, ils atteindraient le toit avant la chute finale de la titanesque embarcation, et seraient donc sauf. Après tout, les chaloupes continueraient-elles de voguer dans les airs une fois leur vaisseau définitivement abattu ? Elle l'ignorait, mais elle pourrait toujours regarder le marin repartir et l'apprendre. En tous cas, ce Carnaval, malgré ses imprévus, avait été éclatant, et sa fin l'était tout autant. Maintenant, ce qu'il lui fallait, c'était qu'on soigne sa joue correctement, avant que ça s'infecte... ça, et un bon verre, aussi. Oui, voilà qui ne lui ferait pas de mal...
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Messagepar Nalia Sambre » 24 Juin 2015, 23:44

Les cieux s’obscurcissent. Le voile fin du monde d’outre tombe continuait d’envelopper Londres. Des fragments lumineux menaçaient de déchirer les ténèbres ambivalent. L’éclipse n’en était qu’à son commencement. Le spectacle mystérieux de cette brume énigmatique et exceptionnelle allait être vraiment grandiose. Ça n’était plus qu’une question de temps. Un autre temps qui annonçait de mauvais augures.

Une autre vision. L’horreur sans nom, une violence rare, à la fois belle et répugnante. Peut être un mirage, le spectre de la réalité se jouait d’elles. Il ne fallait pas se fier à ses émotions, ni aux sentiments. Le pouvoir de l’éclipse était là. A moins que ça ne soit autre chose qui soit derrière tout ça. Le léviathan était un leurre. Trompée, enivrée, les jumelles s’abandonnaient l’une à l’autre. Nalia se laissait dominer totalement. Son âme sœur, elle seule avait ce pouvoir. Elle savait comment l’a prendre, comment dominer la salope qu’elle était. Pour Talia, elle aimait se faire chienne, qu’elle l’a chevauche de ses cuisses charnue, qu’elle l’a possède comme sa chose. Cette sauvagerie inné dont elle faisait preuve lorsqu’elle fusionnait avec le corps chaud de Nalia. Un amour fratricide, incestueux, indécent, outrageux mais elles s’aimaient simplement. Lien de sœur, jumelle, jusqu’à la chair et le sang, elles sont unique et ne font qu’une. Ensemble, pour toujours, à jamais, pour l’éternité. Que ça soit en ces temps ou d’autres plus ancien voilà quelque chose qui ne changera pas.

Ne jamais se fier aux apparences. Les belles choses cachent le pire. Les sœurs Sambre, elles, étaient les pires nymphomanes de Londres. Pas recommandable, à tenter, à pervertir, à séduire les innocents comme elles avaient tenté de le faire avec quelques autres passager du Léviathan. La fille de feu et la fille de glace, aucune n’avaient succomber à leurs ravages. Et pourtant...elles arrivaient par leur attitude à leur faire regretter de ne pas avoir goutter à la poudre blanche si délicieusement servie entre les énormes seins de Talia. Deux drogue distinctes qui lui faisaient perdre la tête. La poudre et Talia, alors l’une sur l’autre, l’une dans l’autre, l’extase des senteurs l’a conduit à sa plus grande crainte et peut être à sa perte. La sensation de bien être, le bonheur ressentit disparu pour laisser place à l’angoissante réalité. une cabine saccagé, du sang partout, des boyaux suspendu au plafond,la peau explosé de l’intérieur pour asperger les murs entier. Non ça non plus ne pouvait être réel. Un carnage qu’elles n’avaient pas perpétré ? Un présage proche, violent pour l’a ramener sur le ponton du monstre volant. Le voile de brume laissait place à la réalité, toujours là. Possessive dans les bras de sa sœur, tout en laissant planer un regard ravageur et perçant sur les autres. Les festivités prenaient fin. Les jumelles furent prise par les traces de poudre encore dans leurs corps. Elles abandonnèrent le pont pour s’engouffrer à l’intérieur, dans les entrailles du Léviathan.

Guidées dans cette petite pièce. Pas n’importe laquelle. Celle d’une reine puissante. L’aura mortifère de ce spectre brûlait de mille feu, Lilith Sambre, son âme errante brillait diaboliquement pour entrainer ses dignes descendantes dans l’antre de la dépravation. Être à Talia, à elle seule, sous elle, Nalia aimait quand sa moité l’a chevauchait férocement. Elle montrait là une perversité dégradante, une lueur de folie dans ses yeux, et son corps qui s’arquait et se fondait parfaitement sur le sien. Sa jumelle l’emprisonnait, l’a soumettait à ses propres désirs qui étaient évidemment les mêmes pour elle. Déjà possédée, mais aujourd’hui et en ces temps elles avaient une autre entité avec elles. Ce lit était trop étroit,trop petit, indigne de supporter les voluptueux corps de déesses des Sambre. Sous le corps de Talia, la succube poussait des gémissements, des soupirs, des ronronnements de chattes en chaleur. Leurs corps incandescent brûlait d’un feu pareil à la lumière du soleil. Nocif pour les démons, pour quiconque d’humain. Mais pas pour les succubes. D’égale à égale, une force similaire et pourtant différente, chacune étaient les seules à réussir à se tenir tête, ou à se laisser succomber à leur passion dévorante et d’amour incestueux.

Sa sauvage panthère se montra encore plus possessive. Elle sentait sa poigne de fer porté par sa main de velours lui agripper les cheveux. Tirant fortement, à vouloir les arracher, pour mieux l’a forcer à se cambrer. Son corps se redressa sous la pression violente. Nalia s’arquait dangereusement sous sa sœur, se laissant manipuler telle une petite chienne. Et c’est la position qu’elle adopta. A quatre pattes, docile, amoureuse à en mourir. Talia l’a domptait, retombant lourdement sur sa moitié, ses seins venant s’exploser contre son dos martyrisé. Une douce sensation qu’elle adorait. Les énormes seins de la chair de sa chair, ils agissaient comme un massage extrêmement sensuel et si excitant. Elle l’a montait, les crocs de la panthère féroce se refermèrent dans sa nuque, ses cuisses sculptés d’une chair abondante , la sensation de sa chatte qui s’explose sur ses fesses. Le souffle de son haleine se fit hurlent, un cri, des cris de plaisir, elle exultait. Au comble de la surprise, Nalia criait de plus belle, pour ensuite pousser des gémissements intense, en extase, la voila qui souriait en voulant enserrer sa moitié. Une longue queue, puissante, s’immiscer en elle, dans un bruit spongieux, dégoutant, recouvert d’un liquide baveux, gluant, la queue cherchait son but. Les deux sœurs en rûte, un plaisir explosif, insatiable. Talia qui rugissait son plaisir, en même temps que l’arme massive continuait de dilater son antre ; des gémissements synchronisé, en harmonie. Le cri de sa jumelle l’excitait et lui provoquait des spasmes orgasmiques. Prête à exploser dans une fusion incandescente expulser par ces deux mots dans la bouche de Talia : un je t’aime expressif.

Et alors, le Léviathan majestueux sombrait dans les ténèbres. La cabine portant le chiffre du diable se renversa. Le lit se brisa en deux, engouffrant les deux corps dans les bas fonds. Les jumelles se faisaient happer par la noirceur. Toujours l’une contre l’autre, comme dans le ventre de leur mère. Le cobra démoniaque les unissait encore. La chute avait l’effet inverse, c’était l’extase, le paradis démoniaque. Nalia empoigna une des fesses de Talia, serrant, griffant, marquant sur son corps l’orgasme qu’elle venait d’avoir. La matière caoutchouteuse de la queue lâchait, glissait entre les deux succubes. Les corps continuait de tomber du Léviathan, tout le monde n’avaient pas eu la chance de trouver refuge dans les barques. Ses forces faiblissaient d’un cran, desserrant son emprise sur la fesse rouge de son âme sœur. Le cobra céda, Talia glissa. Suspendu à la queue, et volant par dessus les eaux troubles et le carnage qui s’éveiller sous leurs yeux. Soudain trempée, un autre liquide visqueux, mais précieux et rare éclaboussa son visage, son corps, des gouttes de sang jaillirent de partout.

Elle regarda sa belle amante de toujours. Elle lui échappait, non, il ne fallait pas, elle ne voulait pas la perdre. Un monde sans sa moitié, sans l’amour de sa vie, sans pouvoir la toucher, sans être avec elle, n’avait pas le moindre intérêt. Le trône Sambre, il était à elles, à elles seules, gouverner sans Talia n’aurait pas la même saveur. Impossible. Inimaginable. Impensable. Relié par cette longue queue, la succube s’y agrippa ; juste à côté de Talia elle revoyait le spectre de Lilith. Nue, recouverte de sang, s’effaçant au travers la mer sombre, ravagé par les débris de mobilier, par une véritable hécatombe de corps s’écrasant en pleine chute dans les airs. La vision suffit pour réagir, déjà ses ailes noires teinté de touche d’ambre se déployaient dans son dos. Elle vola, portant toujours le cobra en elle et Talia juste en dessous, survolant bientôt l’épave du Léviathan, liée à l’autre bout de la queue gluante. Quelques battements d’ailes pour s’échouer plus loin à l’abri. Sauves alors que des cris et des hurlements continuaient à s’élever dans les airs. A son tour elle s’occupa de son âme sœur. Léchant de sa langue rapeuse le sang qui était venu souiller son corps.

-« Tu es ce que j’ai de plus précieux. Je ne laisserai rien n’y personne t’arracher à moi. Je t’aime moi aussi, ne l’oublie pas. Je ne me lasserai jamais d’atteindre les sommets d’orgasme avec toi. Je suis à toi, pour l’éternité. »

Amoureuse, passionnée, Nalia l’embrassa, avec tendresse et fougue. Elles avaient été coupé en plein ébat, il fallait remédier à ça. De la tendresse à la sauvagerie. Les succubes de l’Enfer s’adonnèrent à leur jeu pervers favoris. Voyeurisme ou exhibitionnisme ? Les jumelles Sambre se possédèrent violemment, envelopper par la brume et sous l’éclipse si mystérieuse.
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Maison Ambre
 
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