[Intrigue] Le Léviathan des Brumes (ouverte à tous)


La troisième intrigue du forum. La brume recouvrait Magicopolis. Et entre brouillards et volutes, un vieux dirigeable spectral, s'est extrait de la Tamise. Remix aérien du Titanic, topic prenant place dans le passé. Sur son pont se sont croisés, fantômes et personnages rajeunis. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 18 Mar 2015, 22:17

Le Léviathan des Brumes

"Là où les nuages avaient un goût d'opium et les rêves la saveur du temps perdu."

Image


L'intrigue est ouverte à l'ensemble des personnages validés ! N'hésitez pas à y ramener autant de comptes que vous voulez :heart:

(Elle est localisée dans le sous forum "monde extérieur" afin de représenter son côté décalé ; unique ; à part dans le temps. Mais elle prend bien place à Londres. Juste l'époque qui change.)

Londres 1895




Il grondait. Il rugissait. De la vapeur giclait de ses quatre grandes cheminées, en jets sourds et continus. On aurait dit les évents d'une baleine. Lorsqu'il remonta à la surface, ce monstre des profondeurs, d'énormes vagues, se soulevèrent pour heurter les berges et dévaster les quais. Dans ses entrailles, ses chaudières brûlaient et toussaient. Les hublots de la passerelle de commandement brillaient d'un rouge feu. Des yeux terribles. Circulaires et mauvais qui fixaient la ville, parés à la dévorer. Il n'avait pas queue. Pas de pattes pour battre le fleuve. Mais de gros retors fixés à l'arrière, dont les pâles fouettaient l'écume avec force. D'abord on le vit se soulever de quelques mètres. Et sa proue pointée vers le ciel, était comme un rostre de mammifère marin. Des algues s'accrochaient à son dos oblong. Il suait de la boue et de la vase de tout les pores de son enveloppes. Un temps on crut qu'il allait prendre son envol. Bondir comme un cétacé en pleine parade amoureuse. Mais la gravité le reprit. Et il retomba dans les flots dans un formidable bouillonnement d'embruns. Un choc terrible. A des kilomètres en amont et en aval du fleuve des péniches furent broyées en deux, éventrées avec leurs chargements et leurs équipages, par les lames de vagues scélérates. Sonné par l'impact, le monstre roulait et tanguait dans le courant. De ses blessures jaillissaient des torrents d'huile moteur et de charbon. Tout autour de lui, sur la surface noire du fleuve, s'étirait une nappe de combustible incandescent. Et alors que tout les badauds pressés sur les toits et les balcons s'attendaient à le voir couler et retrouver le calme de son cercueil de sédiments, le colosse se relança. A l'assaut des étoiles et des nuages.

Ses hélices tournaient à plein régime. Elles produisaient un tel souffle que des tuiles s'arrachèrent des toitures des palais. Le monstre trembla. Quelques rivets éclatèrent de son ossature d'acier et fusèrent comme des balles de fusil à travers l'éther. Le métal gémit. Le bois imbibé d'eau nauséabonde se gondola proche de son point de rupture. Dans ses soutes son équipage fantôme n'en finissait plus d'enfourner des pelletées de charbon dans le gouffre vorace des chaudières. Encore il siffla. Encore il toussa. Ses cornes brume haletaient. C'était un bruit terrible. Inhumain. Les râles d'un cachalot cherchant arracher un harpon enfoncé dans ses chairs graisseuses. Il s'éleva. Retomba encore. Les pâles des rotors battaient la surface. Des nageoires qui prenaient leur appui sur le fleuve. Sa rage s'échappait en colonnes de vapeur de ses grandes cheminées. Il rebondit sur les vagues. Son étrave fendant l'eau noire comme un éperon de narval. Poussez la vapeur ! Faites sauter les valves de sécurité ! Encore ! Enfournez dans la gueule noire de ce mastodonte, tout le pétrole, le charbon et les carburants alchimiques de Londres. Allez mon grand encore un effort. Le dernier coup de queue avant la délivrance. Tu le sens courir sur ton dos ce grand frisson ? C'est la nuit qui t'appelle. Le ciel est un océan et tu es son seigneur. Alors chante ma baleine. Chante de ta voix de dieu des profondeurs. Et élève toi. Envole toi. Vers le grand large. A l'assaut des étoiles.

Comme tout les Neuf Ans, l'Eclipse des brumes s'était emparée de Londres. Un phénomène climatique, aussi régulier qu'énigmatique voyant la ville toute entière s'enfoncer pendant Neuf jours, dans une marée de brouillard. Il n'y avait plus ni jour, ni nuit. Juste cette atmosphère d'argent qui donnait l'impression de nager à l'aveuglette dans une mer de nuages. On disait beaucoup de choses sur l'Eclipse. Certains racontaient que les voiles de réalité s'étaient déchirés sous l'effet d'une quelconque conjonction magique, et que l'Avalon se juxtaposait alors au monde. D'autres y voyaient là un aperçu du monde des morts. Un passage de l'autre côté du voile qu'empruntaient des spectres murmurants pour se mêler aux vivants le temps d'un battement de cœur. Mais ce phénomène climatique, était surtout l'occasion pour les Londoniens de mettre en berne leurs conflits centenaires. D'oublier le temps d'une trêve ces divergences d'opinion pour sortir dans les rues engluées de bruine, se mêler à la foule des ombres mortes, et des silhouettes vivantes, et fêter la disparition des frontières en se livrant à des carnavals païens. Les activités politiques et économiques étaient alors arrêtées. Dans l'impossibilité de se reconnaître, de faire la différence entre rêve et éveil, les vieux ennemis rangeaient alors rapières et armures ; et revêtus de leurs plus beaux déguisements sortaient danser, boire, chanter et baiser de concert. Partout de la brume. Et il flottait dans l'air humide et étincelant, comme une odeur d'Opium.

Une baleine ivre tanguait dans les nuages. On l'entendait arriver de loin cet immense dirigeable de fer, d'acier et de toile. Il sifflait comme un cétacé et se repérait aux échos de ses cornes de brume rebondissant contre les immeubles. Sa respiration sourdait régulièrement de ses quatre cheminées. Pour la plupart tordues et lacérées de rouille. Il soufflait et râlait. Crachait des nuages de vapeur qui allaient renforcer la brume déjà dense. Un vaisseau fantôme. Une épave à l'enveloppe gazière rebondie, qui se laissait porter par les vents et les courants au dessus des Neuf Quartiers. On l'avait cru perdu depuis deux siècles. Lui le fleuron de la flotte aérienne Joyce. Le plus grand paquebot des airs jamais conçu. Les livres d'histoires relataient le tragique de sa brève existence. Des Opéras et des pièces de théâtre en contaient la romantique futilité. On disait que sa croisière inaugurale, avait coïncidé avec les premiers jours de la Guerre des Neuf. Et qu'à peine son altitude prise sous les vivats de la foule impressionnée par les proportions de ce monstre ; les Craft l'avaient foudroyé. Le vaisseau chargé de ses centaines de membres de son équipage s'était abîmé dans la Tamise. Pendant deux cent ans, il avait dormi dans son cocon de vase. En n'ouvrant les yeux glauques de ses hublots obstrués de rideaux d'algues gluantes, que pour regarder passer au dessus de lui, les ombres noires des péniches remontant la Tamise à toute allure.

Mais ce soir, porté par la brume, soulevé par le souvenir de ses chaudières à charbon, le grand monstre marin s'était réveillé. Ce n'était qu'une épave. Une carcasse aux dorures rouillées, aux lustres effondrés et à la carlingue trouée. Pourtant, telle une légende revenue d'entre les flots, il s'était arraché à sa gangue de boue. Et envolé à nouveau. Une dernière fois. Comme ces ombres du passé. Comme ces souvenirs. Qui parfois, tels des reflets des mythes oubliés, s'imprimaient sur les toiles de brume tourbillonnantes l'instant d'une Eclipse.

Il avait un équipage de fantômes. Des hommes et des femmes, triés sur le volet, aux redingotes impeccables, aux cols amidonnées, et aux boutons dorés. Tous étaient morts il y a deux siècles. Déchiquetés par le crash ou noyés par le fleuve. Mais ce soir ils étaient ressortis des ombres de l'histoire. Et pour une raison qui échappait à tous, avaient décidé de mêler les trompettes de brume de cette vieille carcasse volante, aux chants et danses de l'Eclipse. Un dernier vol. Le baroud d'honneur du fleuron de l'industrie sorcière. Il ne manquait qu'un détail à leur beau rêve. Des passagers. Des centaines. Peut être des milliers de convives pour hanter les coursives de ce majestueux navire aérien. Alors, profitant que le vaisseau croulant flottait péniblement entre terre et ciel, bien au dessus des frontières délimitant d'ordinaire les Neuf Quartiers, ils avaient affrété leurs plus belles chaloupes. Il y avait là des barques, mais aussi des gondoles ou des coquilles de noix. Toute une flottille de petits bateaux enchantés, qui s'échappaient des entrailles de la baleine, pour faire des allers retours entre rêve et réalité. De loin on dirait dit un banc de minuscules poissons colorés.

Et nul ne sait pourquoi ils vous ont choisi, Vous parmi les millions d'habitants. Pas pour votre richesse ; encore moins pour votre puissance politique. Peut être pour la beauté de votre déguisement ? Ou pour la liberté de votre âme songeuse, prédestinée à s'envoler sur le dos d'un cétacé ? Comment savoir ? Mais les barques vous ont trouvé. Au détour d'une ruelle, sur le toit de votre demeure, dans les jardins de l'Académie, ou à l'entrée d'un bar. Et d'une courbette, d'un claquement de talons, les marins maniant les avirons, vous ont invité à les rejoindre et à prendre place sous les pavillons moisis, sur de mauvais bancs vermoulus. Alors, à la force des bras, portés par la maîtrise de ces biceps tatoués qui agitaient les rames comme des ailes, l'équipage vous a arraché du sol et emporté avec lui, vers cet immense dirigeable dont l'ombre mélancolique et obèse pesait sur les tours de Londres. Vous n’étiez pas les seuls. D'autres vivants. D'autres morts (comment savoir lorsque chacun est masqué) vous avez précédé. Et le dos du léviathan des brumes, était tout entier empli du joyeux tapage d'une foule d'habitants déchaînés, fêtant à leur manière le carnaval à plusieurs centaines de mètres de la boue. Aux portes des étoiles. Là où les nuages avaient un goût d'opium et les rêves la saveur des temps perdus.

* Pour vous aider à vous représenter le Léviathan
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Messagepar Alice Erenesis » 19 Mar 2015, 13:09

L'odeur de la vase est intense. Le petit nez, pointant sous le loup, remue et apprécie. Ça sent la mort, le fétide, le fermé : c'est tout comme la maison et ça lui plaît à ravir. La petite princesse Saphir n'a pas fait de difficultés pour monter dans la barque descendue des cieux pour venir l'emporter. Les servants crient, en contrebas, hurlent qu'on a enlevé Alice, elle leur fait un coucou de la main, tout sourire. Et se tourne vers l'au devant, l'au delà, oubliant tout des turpitudes des vivants au service de la famille des Morts. Pourtant ils sont paniqués. Ils deviennent comme des fourmis dont on a retourné la motte de terre, vue d'en haut, avec leurs petitesse effrénée. Ils hèlent, ils maudissent. Ils s'apprêtent à poursuivre la chimère envolée. On a enlevé Alice !

« Tu as vu ? Je suis une fée, moi ! »

Lance la toute jeune fille, un peu petite, même pas vraiment encore adolescente, tendant sur son embryon de poitrine le corsage chatoyant qu'on lui a confectionné. L'homme à qui elle s'est adressée, un rameur aux yeux transparents – pas blancs, non, translucides, on voit le ciel au travers du trou de son iris – la contemple, silencieux, inexpressif, sans interrompre son travail insensé. Ramant dans l'air. Brassant la brume. Elle n'en prend pas ombrage, poursuivant son babil, commentant les hauts-faits qu'elle s'invente, à elle et à ses mérites de fée, au fur et à mesure que les idées lui viennent. Mais bientôt ils approchent, et perce d'un nuage la silhouette de chair mécanique, de vérité spectrale. La fillette applaudit, parle encore, sa voix se perd dans le vacarme des pales, des machines. Du miracle revenu du passé. Elle saute à bord, court aussitôt parmi les invités.

Elle a douze ans et en paraît dix, la troisième héritière des Erenesis. Le visage mangé par un masque découvrant sa bouche ronde et mouillée, on ne voit que l'éclat tout joyeux de ses prunelles y luire, reflétant le rose tendre de sa bouche juvénile. Ses cheveux, remontés en une couronne de tresses, sont piqués de roses séchées, de bleuets à la couleur passée, d'un lierre, lui, tout frais. Dans le dos de sa robe à la myriade de jupons battent deux fausses ailes adorables, brillantes, nacrées, aux couleurs crépusculaires et changeantes. L'enfant galope. Elle surprendrait les siens, à être aussi survoltée, elle qui dort tant. Mais pour elle, on rêve éveillé en ce moment, tout le monde ensemble. C'est enivrant. Elle est comme elle se voit lorsqu'elle songe. Légère et rapide. Divine et insolente. Heureuse et macabre. Elle danse parmi les fantômes, venant leur tirer les mains pour interrompre leur travail en riant, esquisser un petit pas de valse, puis les abandonner. On dirait qu'elle est ivre, même si elle n'a bu que sa propre joie.

Ils sont morts, tous, du capitaine jusqu'au petit serviteur avec son plateau d'argent piqué de vert. Ils sont flous, ils sont illogiques, rêves et macchabées : ils sont deux fois ses sujets. Elle est la reine-fée. Son cœur empli de pétillante allégresse ne donnait pas de retenue, n'a pas encore la méfiance des années, des pertes, des trahisons. Elle joue à une marelle imaginaire sur le ponton, sautant sur un pied, avant de filer faire autre chose, s’intéresser, le nez curieux, intrusif, charmant, aux affaires d'un autre qui est venu se perdre là où plus personne n'aurait du pouvoir marcher.

Et soudain elle s'arrête, la gamine au rire porté par les vents. Elle s'interrompt, par la faute d'une silhouette. Le maintient a quelque chose de familier. Le vêtement une tenue qu'elle a déjà croisé, il y a longtemps. L'enfant s'affole. L'enfant s'envole, courant aussi vite qu'elle le peut sur ses petits pieds. Elle bouscule une femme, un homme, bat des mains sans s'excuser. Elle joue, délire, comme le font les esprits sans les barrières de la maturité. La douce folie de l'enfance qu'on croit enterrer dans la terre du pragmatisme. Elle clame, parmi les invités.

« Papa, papa ! »

Elle l'a vu, elle en est sûre. Certaine, promis juré. C'est un soir à fantôme, alors il s'est sans aucun doute invité.

« Papa ! Viens, on va jouer ! »

Alice poursuit son souvenir blanc, lequel est trop pressé. Elle l'a vu ici pourtant, là. Elle passe le ponton, perce une salle de bal, ressort par une coursive... Vrille, vole, froisse ses ailes ici et là, sans rien perdre de son sourire. Elle est la reine-fée du bateau des brumes mortes. Rien ne peut abîmer sa joie.
Alice Erenesis
 



Messagepar Gemme Wolfcraft » 21 Mar 2015, 23:43

Le talon de sa botte frappait le pavé de la rue londonienne à un rythme soutenu et vif. La louve grondait, elle grondait et ricanait. Malgré son âge encore jeune, l’adolescente avait déjà une longue et riche derrière elle. Des chasses, des batailles, des entraînements. Sa vie était incroyable et douce. Tellement douce. Pourtant, malgré tant de douceur, Gemme était loin d’être douce. Même si son apparence le laissait penser. Ses longs cheveux bruns étaient remontés en un chignon fait à la hâte, son éternel blouson de cuir clouté l’habillait avec classe et sauvagerie. Ses jambes fuselées, moulées dans un jeans sombre se terminait par des bottes à talon en argent. Son aura animale la rendait attirante, intriguante, sexy. Malgré son jeune âge, la jeune fille avait déjà des allures de femmes, des allures de reine. Et son petit côté fragile, lié à sa taille fine n’était qu’illusion. Malgré tout l’amour dont elle était entourée, malgré toute la douceur que ses parents témoignaient à son égard, Gemme était une louve. Elle était animale, bestiale, brutale. Déjà à 16 ans, elle était crainte et respectée.

L’air de la soirée était frais, il était brumeux. Mais la louve n’avait pas peur. Elle n’avait peur de rien. Elle était seule mais n’avait besoin de personne. Ses pas la menaient tranquillement au gré de ses pensées. Ce soir elle avait eu besoin d’air. La journée avait été longue, trop longue pour elle et ses problèmes d’immobilités. Alors après avoir longuement écouté les tirades moralisatrices de Garance, la louve était sortie prendre l’air. Son amie l’aidait tout le temps. Même hors de l’académie. Mais parfois c’était trop pour la louve. Car Gemme détestait l’école, elle détestait la théorie. Elle ce qui lui plaisait c’était la pratique. Les longs entraînements magiques. Les entraînements physiques qui la poussaient encore et encore à se surpasser. La découverte de ces petits muscles sournois et tellement discret qu’il fallait attendre d’avoir dépassé ses limites pour les sentir douloureux. L’adrénaline des longues chasses en famille, de cette volonté d’être la première à refermer ses crocs sur la gorge d’un cerf, ou d’un sanglier. Le souffle court mais discret, les pattes glissant sur le sol sans aucun bruit, avançant contre le vent pour ne pas être repérés par le gibier. Ou les chasses dans Londres, à la recherche des traitres se dressant contre l’autorité de son père, régent de l’Onyx.

Gemme remontait une rue pour entrer à l’Ignis Taverne. Un bon verre, une bonne baston ou une bonne nuit de débauche, la louve ne savait pas encore très bien à quoi elle consacrerait sa soirée. Mais elle avait besoin de se dégourdir les jambes et de se vider la tête. Mais alors qu’elle continuait à remonter la rue, une barque se détacha dans le ciel sombre. Grondant sourdement, sa lèvre supérieure venant se soulever un peu montrant ses crocs immaculés, méfiants et menaçants. Elle suivit l’embarcation du regard jusqu’à ce que celle-ci s’arrête devant elle. Deux matelots l’y attendaient alors qu’elle restait méfiante. D’un geste de la main il lui désigna toutes les autres embarcations descendantes en ville où remontant à l’espèce d’énorme baleine volante. Un long grognement s’éleva d’elle à nouveau. Quelle était donc cette mascarade ? Encore une surprise de l’Eclipse des Brumes ? Son père lui avait raconté des tas de choses sur cette grande marée de brouillard qui avait enveloppé la ville depuis quelques temps. Gemme n’avait pas peur. Elle était curieuse de voir où ses hommes voulaient l’emmener. Et si c’était un piège, la louve était largement en mesure de se défendre. Alors d’un bond souple et agile, elle grimpa à bord et découvrit le masque. Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres. Anonymat. Douce anonymat. Douce liberté. Mais la louve aux sens aiguisés n’avait pas forcément besoin de voir pour reconnaître. Alors elle pourrait démasquer les gens sans même lever les masques. Elle se saisit de celui posé là à son intention, raffiné et élégant, contrastant avec son allure simple presque négligée. La louve le porta à son visage et il l’épousa avec grâce, avec magie, formant comme une seconde peau, s’ajustant à merveille aux traits de son visage, tant et si bien que c’était comme si elle ne le portait pas. Et son blouson de cuir se transforma en une longue tunique assortie tombant à la moitié de ses cuisses sur son jeans. Elle esquissa un sourire en coin.

Les hommes commencèrent leur ascension, nullement gêné par le poids plume de la louve. Elle regardait, adossée au bord de la barque, l’immense engin volant au milieu des étoiles, surplombant les brumes de la ville. Il ne fallut pas longtemps à la barque pour arriver. Gemme sauta sur le ponton et regarda autour d’elle. La chasse pouvait commencer. Elle se glissa entre les gens, entre les employés, sillonnant le bois de ses talons métalliques, les gens se retournant sur son passage. Mais pour l’heure elle ne trouvait pas de proie à sa convenance alors elle avançait dans la foule, à travers la brume, regardant les gens, les masques, humant l’air pour reconnaître les gens. Elle se coulait contre les corps sans jamais les toucher, sans jamais être touchée. Discrète et fatale, elle aurait pu dépouiller tous ces gens mais elle sentait qu’il y avait plus à faire que jouer les piques pocket. Elle entendit la voix d'une enfant au loin mais cela ne la dérangea guère, ne l'intéressa pas. Elle se laissait guider par son instinct attendant que la soirée prennent enfin une tournure intéressante.
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Arthur Helders » 22 Mar 2015, 02:08

Immense n'est pas suffisant et gigantesque non plus, tout simplement parce que tout paraît fade à côté. Il est juste indescriptible, et même le mot légendaire ne lui va pas. Arthur ne trouve pas, n'arrive pas à mettre des mots sur ses pensées, si ce n'est des idées. Son esprit est vide, blanc de tout vocabulaire, tandis que ses yeux ne suivent rien de précis. Ils regardent tout à la fois, que ce soit les pales, la carcasse de l'engin, les algues le recouvrant, les hublots, les cheminées crachantes, ou même la fumée. Tout, absolument tout y passe et fait l'objet de son observation. Mais il y a tellement, tellement de choses à voir, tant de détails à scruter. Alors ses yeux ont du mal à tout voir, tout regarder, tout assimiler. Et son esprit vagabonde, fait presque une overdose ; mais ses doigts suivent, se meuvent, et Arthur n'y peut rien. Il n'y fait pas attention. C'est comme un automatisme. Sa main se glisse sous sa veste, puis pénètre dans sa poche intérieur pour saisir son carnet de croquis et le crayon qu'il a toujours sur lui. Puis il se met à dessiner sur une page vierge, la remplit d'un croquis qui prend tout l'espace pour y ajouter des détails et autres annotations. Il ne fait que ça, n'a que ça à faire, et cela lui convient parfaitement. Comme s'il était venu aux alentours des barques prêtes à faire le voyage jusqu'au Léviathan uniquement pour dessiner, et non pour embarquer sur la baleine mécanique.

- Arthur ! Arthur ! Elle l'appelle, essaye d'attirer son attention mais il ne l'écoute pas, il ne l'entend pas. Parce qu'il est trop occupé, trop absorbé, aspiré dans son art, dans sa fascination, tandis que la mine du crayon glisse sur le papier, qu'elle frotte pour tracer des formes droites, arrondies, et même des arabesques. Sans oublier les lettres qui indiquent les couleurs ainsi que les chiffres pour l'échelle qu'Arthur souhaite. Veut. Tout. Il pense à tout ce dont il aura besoin, tout ce qui lui sera utile pour recréer la bête mécanique, et tout ce qui l'entoure, sur une toile couverte de peinture. Et il n'oublie rien, ou du moins il essaye, afin d'être le plus précis possible, le plus fidèle, en immortalisant le dirigeable à sa manière. Et être heureux, complet, lorsqu'il tiendra son pinceau. Mais Arthur est interrompu dans son croquis. Il n'arrive pas à l'achever parce qu'une main se pose sur son épaule pour le tirer de sa concentration, l'en faire sortir. « Qu'est-ce que tu dessines ? » Le garçon lève la tête pour voir son père. Alors il lui sourit, heureux qu'il est, d'un air encore un peu enfantin, celui-là même qui trahit son jeune âge et son indifférence face à la vieillesse qui le poursuit. Mais un sourire sincère, empli d'une joie sans nom, de ceux qu'il arbore lorsqu'il tient un crayon ou un pinceau dans sa main. Le sourire d'un bonheur d'être.

- Le Léviathan ! Il est impressionnant et vraiment fascinant, tu sais, alors j'en profite pour faire quelques croquis même si c'est pas facile à cause des détails. Il continue à dessiner le temps de ses explications, frottant la mine de son crayon contre sa feuille, mais cette fois il délaisse quelque peu le dirigeable pour se concentrer sur ces barques qui emmènent les passagers à bord, tout en esquissant ces derniers. Il ne les oublie pas, ces rames, ces marins, ni ces personnes qui s'embarquent, et va jusqu'au moindre détail qu'il le peut, comme le pistil de ces fleurs piquées dans les cheveux de cette jeune fille assise dans l'une des barques, ni les arabesques ornant le masque de cette autre là-bas. Et il a juste le temps d'achever ces minuscules détails, de lever son crayon de son papier que sa mère l'appelle de nouveau. Alors il se met à courir vers elle et son père -qui l'avait laissé seul en voyant Arthur se plonger de nouveau dans son ouvrage- pour leur montrer ses croquis, à quel point il a réussi à retranscrire fidèlement le Léviathan et ses enfants sur le papier, d'une précision aussi mordante qu'un appareil photo dont il refuse de se servir pour la simple raison qu'il préfère fatiguer, user ses mains à tenir un carnet et en noircir les pages vierges.

De sa main libre, il pose un masque blanc, neutre, sur son visage dégagé à l'instant où il monte à bord de la barque qui l'attend. Et alors qu'il voit certains se concentrer sur l'immense baleine vers laquelle ils se dirigent, tandis que d'autres scrutent Londres des hauteurs, pendant que quelques-uns essayent de comprendre comment les barques arrivent à flotter pour se hisser jusqu'au Léviathan, Arthur, lui, continue d'observer et de dessiner, que ce soit l'intérieur de la barque, le marin qui pousse sur ses bras pour mouvoir les rames, ou les autres passagers. Même d'autres détails de la baleine passent des yeux du garçon à son carnet. Jusqu'à ce qu'il arrive à bord de cette dernière. Alors, comme lorsqu'il a embarqué, il délaisse son œuvre durant les quelques secondes qui lui suffisent pour descendre de la barque, avant de s'enfoncer dans les entrailles du Léviathan.

Il est seul. Seul parmi les autres convives, mais cela ne le dérange guère tout simplement parce qu'il est ravi. Ravi de pouvoir dessiner la baleine de l'intérieur, de profiter de l'allégresse générale, mais surtout ravi d'avoir autant de modèles. Des modèles naturels -leur déguisement mis à part- qui ne prennent pas une quelconque pose. Des modèles qu'il immortalise dans l'instant, en somme, et qui lui paraissent beaucoup plus agréables à dessiner que ceux dont il fait les portraits. Alors Arthur déambule, se mêle à la foule, tout de noir vêtu qu'il est et orné de son masque blanc qui lui cache l'intégralité du visage. Il scrute, il observe. Et il dessine encore et encore, submergé par ce bien-être qu'il ressent de pouvoir coucher sur le papier tout ce qu'il voit et d'en faire une multiplicité de toiles uniques. Et même la possibilité de danser, de voir de plus près certains costumes, le met en joie.
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Messagepar Thornielle n'ha Roussia » 23 Mar 2015, 00:11

Une fois tous les Neuf années avait lieu un phénomène unique sur la ville de Londres, et ce pendant une période de Neuf Jours consécutifs. L’Eclipse, plonge alors al ville dans un monde brumeux, où le brouillard fait se mêler jour et nuit pour que le crépuscule règne en Maître durant cette période. Sanguine et Roussia sont déjà parrées de leurs costumes pour le Carnaval. L’une d’habits rouge sang et d’un loup de dentelle recouvrant son front et ses joues, dessinant un délicat papillon carmin sur sa peau, l’autre vêtue de cuir, Canelle restera dans la forêt, ne vous accompagnant pas. Roussia n’a pas de loup ni de masque, seulement des peintures tribales sur le visage, faites d’ocres et de jus de plantes tinctoriales. Cela suffit à la rendre méconnaissable à qui ne la connaît pas.

Alors que vous êtes toutes trois au salon, elles t’interrogent sur le fait que tu ne sois pas encore prêtes. Un sourire en coin orne tes lèvres alors que tu leur demande de t’attendre pendant que tu vas à ta chambre, te dévêtant et ne gardant sur toi que tes sous vêtements. Puis, prenant deux objets de tissus que tu as confectionné pour l’occasion ainsi qu’une cape que tu mets à tes épaules, tu les rejoints, faisant signe de te suivre. Sortant alors et te dirigeant vers la forêts, tu ceint la ceinture de tissus à tes reins et la plus petite bande à ton front. Toutes deux sont doublées et remplies de terre et d’humus de la forêt. Une fois à l’endroit voulu, tu recherche cette connexion particulière d’avec les plantes grâce à ta magie chamane. Tu les appelle à toi. Lierre, violettes, pervenches… Toutes viennent à toi amoureusement, gravissent tes jambes, s’enroulent délicatement à ta taille et trouvant la terre nourricière que tu as préparer…. Rapidement, la masse végétale te recouvre totalement en une magnifique robe de lianes et de fleurs. Te tournant vers tes consoeurs Amazones tu vois à leur regard que tu as réussie à les surprendre. A ton injonction, de petites pensées, des violettes et du lierre viennent à ton front, recouvrant ton visage d’un entrelac de lianes et de petites fleurs délicates parfumant l’air autour de toi.

Une fois fin prête tu rejoint Roussia et Sanguine, offrant une caresse à Canelle. Les plantes bougent à tes mouvements, provoquant des vagues mouvantes, sans jamais dévoiler ta peau plus que nécessaire. La terre que tu as entreposé dans ces fins tubes de tissus serviront à les nourrir durant le temps du Carnaval. Marchant d’un bon pas, vous traversez des zones de fêtes, discutant de tout et de rien. Tu songes à ta famille qui doit non pas s’inquiéter de ton absence à leur côté, mais plutôt être furieuse que tu découches ainsi. Mais tu es Amazone de tout temps. L’époque lors de laquelle tu subissais les brimades paternelles sans mots dire est révolue. Fièrement, tu profites de cette escapade auprès de celles que tu considères comme ta véritable famille. Celle du cœur, choisie alors que tu n’as pas de liens véritable avec celle du sang qui te méprise de par ta naissance si particulière. Ne voyaient-ils donc pas que tu étais autant Améthyste qu’eux ?? Seule ta notion de la justice et de la faire appliquer était différente. Ton libre-arbitre également…. Tout cela venait de ton sang si particulier. Mais grâce à Sanguine et Roussia, tu arborais ces différences fièrement à présent, n’en ayant nullement honte comme auparavant. Soupirant doucement, tu fais un tour d’horizon du regard alors que vous cheminez toutes les trois par les rues. Tu n’aperçoit aucunement les membres de la famille Ravenwood, tu n’entend pas leurs voix. Alors tu te défaits de ces mauvais souvenirs, tu tentes de ne pas y penser pour profiter de la fête à venir.

C’est à ce moment qu’une barque provenant visiblement des cieux vient à vous. Perplexes tout d’abord, vous vous dévisagez toutes trois avant de décider à y monter. L’embarcation est assez grande pour que vous soyez à l’aise. Elle monte toujours plus haut jusqu’à venir vous déposer au sein d’un immense dirigeable ressemblant à un cétacé. Intriguées, vous descendez de la barque, remerciant doucement votre conducteur et allez chacune son chemin vous mêler à la foule, sachant que vous vous reconnaîtrez sans la moindre hésitation en cas de besoin.

Bien que cela soit un cadre unique pour fêter un Carnaval, cela ajoute du mystère, en ces moments particuliers de l'Eclipse. Nulle d'entre vous ne songeriez à être rester sur la terre ferme alors que tout ceci promet bien des surprises. Un dernier regard échangé entre vous, puis chacune va dans une direction.

Que la fête commence.
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Messagepar Le Conseil des Neuf » 24 Mar 2015, 13:33

Johnny

"The wind that shakes the barley."

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« -Tu es toute jolie petite fée. Tu me rappelles les contes de mon pays. » Sourit l'homme à la casquette en levant ses lèvres, de ce bel harmonica d'argent, dont la musique avait été comme un appât pour la petite Erenesis. Il n'avait pas de masque, mais un foulard de tissu crasseux, le même que les docker ou les marins se plaquaient sur le visage lorsqu'il avaient à bosser dans la poussière. Il le remonta, et le réajusta sur sa bouche. Ses mains étaient agiles, vives, mais noires de crasse (de l'huile ou du charbon) et les ongles étaient brisés. Quand son regard qui scintillait sous la visière de son couvre chef populaire, il s'en trouva rehaussé, redessiné. De ses yeux verts, plus verts que les prairies humides, de cette Irlande natale dont il avait l'accent, il fixait la toute petite Saphir. « -Et dans mon pays les fées elles sont rigolotes. Piquantes et caractérielles. Elles aiment bien faire peur aux sorciers. » De loin il aurait été aisé de confondre l'homme accoudé au bastingage de bois pourri avec l'un de ses marin spectraux qui hantaient les cales du léviathan. Il en avait la carrure épaisse. Le cou de taureau. Le visage piqué de petites brûlures comme s'il avait été plongé dans un tourbillon d'étincelles. Mais force était de constater que la musique un peu éraillée qu'il avait tiré de son instrument, et que la châleur de ses muscles sur lesquels fumaient les volutes de l'Eclipse, étaient bien réelles. Tangibles et un peu menaçantes. Comme ses gros poings éraflés qu'il faisait craquer avec une habitude de boxeur.

« -Ca te dit de faire peur à une sorcière ? Juste pour rigoler ? Comme si tu étais une petite fée, et que tu devais m'accorder un vœu pour la St Patrick? » Demanda encore le mystérieux docker, à cette héritière si petite, qui le toisait pourtant avec une curiosité mutine. Cassant en deux sa taille, dieu qu'il était grand, il posa un genoux à terre face à Alice. Une posture de chevalier servant ou de conspirateur. Et visiblement en dépit de ses airs frustres, de ce débardeur taché qui couvrait à peine son torse, de ce vieux pantalon de toile qui protégeait ses jambes, il savait s'y prendre avec les enfants. Faire de sa grosse voix à l'accent étranger, mal aimé à Londres, une musique chaude, enveloppante. Il jouait aussi de son regard. De ses yeux trop vifs, trop effilés pour appartenir à un simple soutier. « -Tiens prend ce cadeau. On dirait un vrai... Mais c'est comme les chaudrons dorés que les fées d'Irlande oublient aux pieds des arcs en ciel ; juste un leurre pour tromper les sorciers. Et se moquer d'eux. Va le porter à la fille là bas. Celle avec les souliers de fer qui font du bruit et le masque noir et doré. » Il avait tendu un paquet de la taille d'une boîte à chaussure à Alice. Ce dernier était couvert d'un papier de mauvaise qualité, avec de jolis trèfles à trois feuilles, et fermé par des rubans verts et brillants. Comme ses yeux. Comme le souvenir des prairies du comté de Limerick.

« -Pour qu'elle sache que c'est de Nous, dès qu'elle aura le présent dans les mains, tu lui joueras un petit air d'harmonica. Une musique de fée... » Il lui adressa un clin d'oeil, releva son foulard, et joua quelques notes légères sur l'instrument. Deux fois de suite pour qu'Alice puisse l'apprendre par cœur. « -A jouer trois fois. Quatre c'est trop, deux c'est pas assez. » Il lui donna aussi l'instrument. « -Pour toi. Le cadeau d'un homme à une fée. En échange tu dois accomplir mon vœu et faire naître de beaux arc en ciel de flammes sous les pieds de cette fille. File maintenant ! Allez envole toi! » Lui ordonna t'il doucement en lui donnant une petite tape dans le dos pour qu'elle aille accomplir sa mission auprès de Gemme.

* * *

Pour quiconque aimait les dessins, le corps de Johnny l'Irlandais, le mythique dirigeant de la branche armée du Sinn Fein, était fascinant. L'homme avait de nombreux tatouages qui dépassaient des bretelles relachés de son débardeur. La plupart avait été exécutés de manière naïve. Au couteau et au charbon. Parce qu'il contaient des histoires qu'on ne pouvait confier aux habituels artistes tatoueurs. Sur le biceps gauche s'élevaient les massives portes de la prison de Blackgates. Et lorsqu'il contractait le bras pour empoigner la pioche ou soulever un putain d'anglais par le col, par un étrange effet pictural, le gonflement du muscle faisait s'ouvrir le portail et apparaître la tête rieuse d'un petit renard roux. L'épaule droite était marquée des harmonies dorées de la harpe d'Irlande. Une harpe d'ossements aux cordes remplacées par des fanons de baleine. Un hommage aux voix des membres de l'Ira tombés pour la cause, qui murmuraient toujours, lors des nuits venteuses. Quand à ses phalanges elles étaient couvertes de petites croix celtiques. En rappel des victimes de ce tueur, froid, implaccable, tout entier dévoué à sa résistance. Mais le plus marquant était surement ce gigantesque Phénix, ardent, qui brillait dans la brume, et dont les ailes de braises, s'échappaient des pans lâches de son simple vêtement pour lui enlacer le dos de sa châleur. Un oiseau de légende. Celui qui toujours renaissait de ses cendres. Et qui même abattu par les balles du Conseil des Neuf, continuait à brûler dans les ténèbres. Comme une flamme d'espoir à destination des générations futures.

Mais il tirait nulle vanité de ces ornements virils. Et c'était d'un pas trainant, la démarche d'un travailleur habitué à économiser ses forces, qu'il s'approcha d'Arthur. Le visage de l'Irlandais était masqué par le foulard remonté sur sa bouche, et voilé par les ombres de la visière de sa casquette poussiéreuse. Mais son regard vert. Vert comme les champs d'orge dans lesquels soufflaient les vents marins, scintillait de sa propre lueur. Il observa d'abord avec attention les dessins du garçon avant d’acquiescer en silence. Comme si ce qu'il y voyait lui plaisait. « -Ouais j'aime bien. T'as du talent petit, je t'engage. » Et disant cela Johnny glissa d'autorité une grosse pinte de Guinness entre les mains agiles du garçon. « -C'est l'Irlande qui régale. A la santé de ton premier job de reporter. » Ils trinquèrent (sans demander son avis au jeune Emeraude). Avec rudesse. Et la mousse gicla des bières noires pour leur rincer les doigts. Johnny avait une sacré descente. Bruyante et efficace à la fois. « -Bien tu vois la fille là bas avec le masque noir et doré et les chaussures à semelle de fer ? Dans moins d'une minute elle va être transformée en feux d'artifice. Et j'aimerais que tu immortalises la scène avec tes crayons. » Lorsque l'Irlandais reposa sa pinte vide sur une pile de caisses, les portes de Blackgates s'étaient réouvertes sur son biceps, et le petit renard roux tirait la langue à Arthur.

« -Tu comprends que moi je vais pas m'attarder dans le coin. Mais ton dessin tu l'apporteras sans tarder au pub de la Fée Verte. Ce n'est pas très loin de chez toi. A trois rues à l'Est. » Ajouta le puissant marin en clignant de l'oeil à l'adresse du garçon. Un signe simple, presque complice, et qui pourtant disait : nous savons qui tu es, nous savons où tu habites, nous savons qui sont tes parents. Nous c'était l'IRA. Le plus puissant groupe terroriste sévissant à Londres ; et que l'on disait capable de rivaliser de fureur avec les Molosses de l'Onyx, ou de violence avec les Légions des Neuf. Et leurs liens avec les Emeraudes, avaient toujours été troubles. Dérangeants. Puisqu'ils sévissaient dans le quartier en toute impunité. Les mauvaises langues, ceux des autres factions, aimaient à dire, que les artistes avaient toujours eu un faible pour les hommes d'idéaux. Ce que les Ashfield, laxistes et secrets, se gardaient bien de démentir. « -Fais pas cette tête mon gars ! Dès la fin de l'Eclipse, ton dessin ornera les murs de tout les pubs Irlandais de la ville. Ouaip la consécration ! » » Conclut Johnny en donnant une tape bien forte sur l'épaule d'Arthur avant de s'éloigner de sa démarche chaloupée. Une dernière fois il lança : « -N'oublie pas la Fée Verte. Dès que possible. Et fais toi payer une pinte. De la part de Johnny. » Puis le foulard fut remonté sur sa bouche. Sa casquette rabattue sur son front. Et la fumée des chaudières du Léviathan l'avala.

* * *

Il n'avait plus son harmonica donné à Alice. Mais cela ne l'empêchait pas de conserver un agréable sens du rythme et un amour immodéré pour la musique. Son allure était frustre, son débardeur tâché de suie, ses mains trop grandes et trop puissantes, ses tatouages intimidants et pourtant il dansait, et passait de cavalière en cavalière avec charme et légèreté. On ne pouvait résister à l'invitation perçante de ses yeux verts. Et lorsqu'il vous fixait de toute son attention et vous ouvrait tout grand les bras, c'était comme plonger dans les eaux tièdes de cet océan qui bordait les plages de son pays. Comment imaginer que cet homme qui marquait ses pas sautillants, d'un claquement de talon sur le pont branlant, était à quelques secondes d'expédier aux enfers l'héritière du régent Onyx ? Comment deviner que Thornielle qu'il guidait et faisait tourner avec adresse, au son de l'orchestre fantomatique du Léviathan, avait le même âge, que cette Gemme qu'il venait de condamner à illuminer l'Eclipse par ses cendres embrasées projetées aux quatre vents ? Tuer des femmes, tuer des enfants, tuer des anglais, n'avait jamais empêché le Phénix, de dormir ou de profiter de la vie. Avant d'être homme, avant d'être un sorcier, il était une flamme.

Cette flamme ardente que les Druides de L'Irlande conquise avait appelée de leurs vœux, afin de libérer les terres. Si le feu est beau. Si le feu peut se montrer joyeux et crépitant. Il est aveugle. Il est fou. Et il ne cessera sa course ardente, que lorsque toutes les villes, tout les champs à sa portée seront redevenus cendres et poussières.
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Messagepar Alwine V. Spyrélios » 24 Mar 2015, 16:16

    Elle portait le noir, en signe de deuil. Elle portait de l'or, en signe de victoire. Elle portait du rouge, pour saluer l'âme la plus éclatante qu'elle ait connue, partie pour jamais dans les flammes qui avaient façonné sa vie, aussi bien que sa mort. Elle portait une robe, car elle était une Dame, maintenant plus que jamais, maintenant et pour toujours, consacrée Matriarche à peine quelques jours plus tôt. Elle portait un masque, car c'était Carnaval, car les Brumes s'étaient invitées sur le monde, sur Londres, qui était, au fond, le centre du monde, le cœur battant d'un Empire qu'elle avait elle-même participer à étendre. Elle portait des armes, enfin, car elle était une Spyérlios. Parce que jamais ceux qui, mieux que personne, fabriquaient les engins de guerre dont se servaient les londoniens pour se tuer entre-eux, ou pour aller tuer des étrangers, dans des terres aussi bien proches que lointaines, n'auraient eut l'idée saugrenue de s'engager dans les rues de Magicopolis sans arme, fut-ce par une nuit de Carnaval, et peut-être surtout, en fait, par une nuit de Carnaval. Simplement, les armes étaient plus discrètes que d'ordinaire, moins visibles. Les pistoles, un de chaque côté, qui pendait à sa ceinture, semblaient être de vieux modèles décoratifs, même s'ils cachaient en fait des armes très modernes, et très mortelles. Les petits globes accrochés à cette même ceinture semblaient être d'autres décorations, alternant le rouge et l'or, quand ils cachaient des bombes. Le tout sans parler de ce qui se cachait dans et sous ses vêtements, ici et là...

    Pourtant, ce n'était pas la peur qu'elle inspirait alors qu'elle se glissait dans les rues de Londres, et pas seulement parce que peu d'armes étaient visibles, ou semblaient dangereuses. Non, c'était surtout que ce soir, elle ne semblait pas menaçante. Sa somptueuse robe noire, parcourue de fil d'or pur et de soie rouge comme le sang, qui lui donnaient un aspect un peu fantastique, comme un songe surgit d'une chaude nuit d'été, flottait légèrement au-dessus des pavés, alors que ses semi-bottes confortables, et toutes aussi noires, ne claquaient qu'à peine sur ceux-ci. Ses mains mains recouvertes de gants noirs, soulignés chacun d'une flamme stylisée, l'une rouge, l'autre dorée, ne semblaient pas menaçantes non plus, car la flamme qui lévitait doucement au-dessus de la première semblait faite pour éclairer les pas de la jeune femme plus que pour blesser, d'autant que la seconde main tenait toujours une délicate flûte remplis d'un alcool glacé, comme tissé de brume, qu'elle avait saisit plus tôt sous un pavillon de fête, et pas encore vidée. Son sourire lui-même semblait sinon joyeux du moins ouvert, seule chose visible de son visage sous le masque abstrait mais admirablement travaillé, noir lui aussi, et lui aussi rehaussé de rouge et d'or, et ses yeux sombres ne portaient pas trace de menace, pas plus que sa voix quand elle conversait avec l'un ou l'autre, au hasard des rues du Quartier Émeraude où elle profitait de la musique et de la fête ambiante.

    Elle était jeune et pleine de vie, ce soir-là. Elle avait vingt-quatre ans, et elle avait appris bien peu de temps au part avant qu'elle était à la fois orpheline et Matriarche. Pas de pleurs pourtant, ni alors, ni maintenant. Au contraire, il lui semblait approprié de faire la fête, de vivre, de reprendre des forces pour mieux brûler encore, pour mieux brûler toujours. Il lui semblait approprié d'être ce soir comme une flamme pleine de vie, comme son père lui-même avait été un brasier ardent, un brasier qui ne s'était pas éteint sans avoir donné au monde une dernière flambée, et combien éclatante. Alors elle avait fait préparé cette robe et ce masque, les avait passé, tôt ce soir-là, et profitait à la fois de la nuit et du Carnaval, passant d'une fête à l'autre, s'attardant en des lieux que d'ordinaire elle ne fréquentait pas, se gorgeant de vie et de magie pour mieux pouvoir, dans les jours, les semaines, puis les mois et les années, qui restaient encore à venir, être à la hauteur de la tâche qui reposait sur ses épaules, tâche qu'elle avait symbolisé, ce soir, par une mince tiare d'or sertie de rubis et d'obsidienne, posée avec légèreté dans ses beaux cheveux sombres. Elle comptait bien profiter de toutes les expériences de la nuit, et quand la barque s'arrêta devant elle, elle ne s'arrêta qu'un instant avant d'accepter d'y monter, éteignant sa flamme en douceur avant de monter dans le frêle esquif.

    Ce ne fut qu'une fois qu'elle commença à s'élever dans les airs, qu'elle comprit véritablement leur destination. Plongée dans une fête, sans doute, ou à la faveur des brumes, elle n'avait pas vu, jusqu'ici, le titan qui les survolait. Elle n'avait pas remarqué les barques qui venaient en nuées sur Londres. Elle était moins attentive qu'elle le serait cinq ans plus tard, forgée par le pouvoir et ses soucis, et surtout, ce soir-là, elle était dans un état un peu différent. Malgré tout, quand elle vit le vaisseau, elle su tout de suite de quoi il s'agissait. Elle était une fille du Diamant, elle avait grandit avec les légendes des exploits et des guerres des Joyce et de leurs vassaux. Elle savait qu'elle montait vers un vaisseau impossible, détruit depuis des siècles, mais en cette nuit de brume, cela paraissait presque normale, d'autant qu'elle pouvait voir d'autres barques y amener d'autres personnes de chaire et de sang. Elle ne se demanda pas pourquoi on l'avait choisie, pour elle, s'était chose naturelle. Après tout, comment ne l'aurait elle pas été ? Quand la barque arriva sur le gigantesque titan des cieux, abattu longtemps au part avant, et revenu au monde en cette nuit de Carnaval, elle posa doucement le pied sur le pont, au milieu de ceux qui étaient vivants et de ceux qui ne l'étaient plus, vida sa coupe avec douceur et, la déposant sur le bastingage, comme une offrande au colosse de jadis, elle se laissa porter par la musique, se mêla aux danseurs.

    Alors qu'elle faisait quelques mesures avec un cavalier, dansant avec souplesse dans les bras de cet inconnu portant un masque de tigre et un costume dans les mêmes tons, elle ignorait le péril enflammé qui pesait sur l'une des passagères, et potentiellement sur d'autres, sans doute – car les explosifs n'étaient que rarement armes de précisions – en vengeance de la politique des Neuf, en réparation pour les tapis de bombes qui, livrés par son père, et par le père de son père avant lui, avaient ravagé encore et encore la verte Irlande. L'aurait-elle su qu'elle n'aurait pas eu peur. L'aurait-elle su qu'elle n'aurait pas tremblé. L'aurait-elle su que cela ne lui aurait pas semblé une tâche sur cette fête, alors qu'elle quittait son cavalier pour faire quelques pas seule, en quête, peut-être, d'un nouveau partenaire ou d'une nouvelle distraction. Que du contraire, même, et pas seulement parce que, à tord ou à raison, elle n'avait jamais craint les flammes. Un nouvel attentat, cela signifiait que la lutte était encore vive, qu'elle resterait vive. Que l'Irlande était encore insoumise – et qu'elle aussi, à son tour, pourrait agrandir sa fortune en livrant ses propres bombes pour punir le pays.
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Messagepar Eirween Volantis » 24 Mar 2015, 21:49

    Londres n’étais plus au temps des jours et des nuits. Le Léviathan marquait la fin éphémère d’un règne monotone. Plus de soleil. Plus de lune. Il n’offrait à Magicopolis que les brumes éternelles de ses vapeurs. Tous les Neuf Ans. Pendant Neuf Jours. Les minutes se perdent dans les rugissements de ses cheminées. Perle peut pardonner à Industrie, l’Opium de ses nuages de pollutions. Hiver concède la décadence de ses fêtes oniriques. Tous les Neuf Ans. Pendant Neufs Jours. Londres, la Débauchée, oubli les Guerres. Pour ployer le genoux et s’abandonner au règne céleste du Cétacé Volant.

    Tu avais seize ans la première fois. Quand le brouillard de Perle c’est alourdit. Que les pierres ont trembler sous l’effet d’un grondement sourd. Père t’avais prévenue de son arrivée. Vanté ses mérites, teinté de la même fierté lorsqu’il parlait de l’un de ses enfants. C’était la Consécration de l’Eclipses des Brumes. Une ère sans barrières. Un univers où les Marionnettes de Londres valsent aux côtés des Fantômes du Temps Jadis. Les rêves d’une Baleine. L’illusion d’un Dirigeable. Les Volantis ne pouvaient que s’en réjouir. Et tu voulais le rejoindre, ce Mastodonte. Chanter à ses côtés, Danser sur son dos. Bondir hors du temps pour chasser les étoiles du haut de son évent, aussi artificiel soit-il. Tu avais seize ans, la première fois. Quand le temps s’est arrêté. Comme tu l’as toujours rêvé.

    Debout devant ta penderie à te titiller les méninges. Effleurant les différentes étoffes de tes robes de pureté. Constellation de blanc étincelant et d’argent pâle. Un mélange des soieries aux parfums orientales et de laines rurales. Tous ce que la nature avait à tisser pour une jeune princesse embrassée par l’Hiver. Des robes douces comme les premières neiges. De longues fourrures, duveteuses comme les nuages de cotons. Il fallait choisir, la tenue parfaite pour célébrer l’avènement des Brumes. Alors, de toute ton excitation de petit adolescente, tu t’empares d’une longues robes de satin grise. Le tissus fusionne avec ta peau. Il couvre avec innocence la puberté de tes courbes. Les coutures de l’étoffes sont légères, finement menées par des mains expertes. Les dentelures des bretelles, brodées par l’habilité d’une colonie de fourmis tisserandes. Mariage d’artifices humains et d’arts naturels, pour célébrer comme il se doit l’avènement du Cétacé Mécanique.

    Tu admires le reflet du miroir, ce petit corps d’adolescente pubère dissimulé sous l’habit satiné. Il manque quelque chose à cette tenue. Un détail. Un petit éclat pour la rendre moins terne. Plus joyeuse pour les circonstances. D’un gracieux mouvement du pied, les pans de ta robe s’élèvent, laissant le doux tintement du bracelet accroché à te cheville se perde contre les murs. Tu tournes. Tu virevolte. Et ta robe se recouvre ici et là d’étincelantes fleurs de givres. Lorsque tu t’arrêtes, c’est pour sourire au nouvel éclat que l’Hiver apporte au satin. Assez discret pour ne pas attirer les regards. Assez éblouissant pour te satisfaire. Satisfaite du résultat, tu te détournes pour t’assoir en face de ta coiffeuse. Il reste encore le masque. Pas de Carnaval sans masque ! Tes doigts fins effleurent tes tempes et tu souris encore lorsque la délicieuse morsure du froid dessine sur ta peau d’albinos l’ébauche de ton déguisement. Le givre se sculpte au rythme délicat du tapotement de tes phalanges et te recouvre d’un masque le haut du visage. Tes prunelles lapis-lazuli pétillent derrière cette barrière gelée. Une dernière fois, tu observes le reflet du miroir. Un spectre de satin et de glace, désireux de se perdre dans l’immensité des brumes. Excitée et impatiente de découvrir les secrets du Léviathan, tu sors de la chambre pour rejoindre les tiens. Et t’envoler, loin de Londres la sordide. Et te perdre, parmi les songes d’une Baleine Volante.

    Dehors, la barque attend. Il y a Amadan aussi. Ton père, peut être vous rejoindra-t-il ? Peut être est-il déjà là haut ? Tu as trop hâte pour te poser des questions, obnubilée par le bras tendu et tatoué qui tend sa main spectrale pour t’aider à monter. Prenant place sur un petit banc pourri par le temps, le sourire aux lèvres. Et lentement, avec grâce, le petit aviron s’élève et vogue vers les étoiles; les bras musclés rythmés par un chant entrainant et les rames fouettant la brume opulente pour rejoindre le dirigeable et ses mystères. Et tu souris, toujours, comme l’insouciante adolescente que tu es. Tu souris jusqu’à ce que tes petits pieds nues frôlent le dos du Cétacé. Un frisson d’émerveillant ébranle la droiture de ton corps. Petite princesse d’Hiver qui découvre pour la première fois la volupté du Léviathan, majestueux dans sa ruine. Quand les Artifices humains subliment la Nature. Que les fantômes et les hommes dansent et chantent en coeur, perdus parmi les brumes des temps jadis.
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Messagepar Nalia Sambre » 26 Mar 2015, 10:28

Le ciel était de couleur ocre, orangé, ambre et de feu tel un avertissement pour une apocalypse imminente. C’était toujours ainsi dans ce quartier où seul les fous et les âmes perdues osaient s’aventurer. Une atmosphère mortuaire régnait. Les odeurs se mélangeaient. Entre les effluves de rouille et de sang, les narines des habitants étaient chatouillées par ce parfum incandescent qui effrayait quelconque humain qui n’avait âme noircit par des désirs pervertis. Une soirée banale et ordinaire, le quartier restait le terrain de jeu de Nalia. Il fallait bien qu’elle se fasse la main, et prospère dans son apprentissage des rituels obscures . La jeunesse, la fougue, elle n’était pas encore prête pour gouverner le monde des Enfers. Mais savoir que dans un futur proche cela sera son héritage, avec sa sœur, ça avait un arrière goût de toute puissance et de pouvoir. La futur reine déambulait dans ses rues qu’elle connaissait par cœur. Une envie de s’amuser, et d’exercer son pouvoir.

Intenable, les jumelles infernales faisaient la pluie et le beau temps. Aujourd’hui encore à l’académie, elles avaient défoulaient leurs foudres sur de pauvres innocents. Les hommes subissaient toutes les envies des filles Sambre, étant au centre de leur attention. Envies, désirs, perversion, orgies, bain de sang, elles ne cessaient de mettre en émoi les petits étudiants du Dahlia Noir. Elles usaient et abusaient de leur statut. Être championne était un réel privilège, et elles comptaient en profiter comme il se doit. Une vie de caprice qui ne s’arrêtait pas aux murs du Pandémonium. Une raison de plus pour impressionner les autres étudiants de l’académie. Et ainsi la succube ne cessait de pratiquer la magie et de se perfectionner sur le monde occulte. A la recherche d’une chose qui pourrait la distraire quand un grondement sourd se fit entendre. Un vacarme de tout les diables, et soudain la brume se levait pour envelopper toute la ville de son voile épais.

Le Léviathan. Il s’élevait au loin pour quelque fois descendre et venir frôler la terre. Avec lui, la brume continuait de s’approprier du terrain. Cela faisait de Londres une ville énigmatique, une ville fantôme. Enfin, c’était le fameux jour. Comment avait-elle pu oublier ? Tous les neuf ans, l’éclipse des brumes avait lieu. Un événement important, spécial, et quasi spectaculaire à voir. Nalia le regardait voler, il avait quelque chose de majestueux et à la fois d’inquiétant. L’éclipse arrivait et le Léviathan se levait de son long sommeil latent. Comme si la brume l’avait envouté, à moins que ça ne soit le charme d’un entre deux monde, elle était attiré par ce mystique moyen de transport. Elle aimait à penser que deux monde étaient en train de se superposer. Le voile de la réalité se déchirait peu à peu pour laisser place à un étrange passé tumultueux. Et à deux pas, juste devant elle une barque l’invitait à monter à bord du Léviathan. Un homme à l’aparence de fantôme, transparent, comme si il était lui aussi fait de brume.

Une folie. Certainement. Mais au moins elle aurait l’occasion dont elle rêvait. On aurait dit un bateau corsaire qui volait au dessus de la ville. L’équipage d’un autre temps et pourtant bien là, pour assurer une fête, voir arriver des milliers de passagers comme il fut un temps. La succube répondit à cette invitation d’outre tombe. Elle embarqua à bord de la gondole magique qui l’a menait vers les cieux pour rejoindre le Léviathan. Vêtue de noir, une micro robe très serré, qui l’a moulait parfaitement pour se fondre sur sa peau. ses cheveux châtains lui arrivant juste sur les épaules, il n’y avait que ses lèvres et ses ongles qui égayait. Rouge, la couleur du feu, du sang, de la guerre. Des petites chaussures à hauts talons.Elle voguait dans les airs, juste au dessus, remarquant ainsi qu’ils portaient des costumes. Une sorte de soirée masquée pour des rencontres mystérieuses. En plus de l’équipage d’un autre monde, elle pu distinguer déjà quelques autres personnes qui s’étaient laisser prendre par le somptueux Léviathan.

Le temps d’accoster, elle attacha rapidement ses cheveux en un petit chignon bas et effiloché. Avec son ongle elle s’ouvrit légèrement le poignet pour faire couler le sang. Après quelque parole en latin elle fit apparaitre un masque et un collier. La forme se dessinait joliment et le sang matérialisait les objets en s’imprégnant de sa couleur. Collier au ras du cou, comme si il était fait de cuir, donnant un air de femme soumise. Elle attacha son masque de la même façon. Juste pour masquer discrètement ses yeux azur. La barque flottante s’était arrêter à destination. L’homme qui lui servait de guide et de chauffeur fit une révérence majestueuse. La jeune femme esquissa un léger sourire et mit enfin les pieds sur le Léviathan. Peut être que Talia aussi se laisserait enivrer par le charme d’antan ? A moins qu’elle ne soit déjà à bord. Une petite reconnaissance des lieux s’imposait. Entre vivants et morts, entre au delà et autre monde, l’équipage fantomatique et les habitants de Londres se mêlaient parfaitement les uns aux autres.
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Messagepar Alice Erenesis » 27 Mar 2015, 12:46

Le spectre du père s'est enfuit. Il n'est plus là, parti dans les limbes du vaisseau, dans le fantôme des souvenirs, glissé entre deux portes. Peut-être qu'il joue avec elle, qu'il la défie de le suivre. Il faisait ça, avant, quand il avait un esclave au bout d'une chaîne et un sourire sur les lèvres...

« Moi je les connais les fées, elles me parlent, même. Ce soir je suis une Dame fée ! Pas juste une petite ! »

L'enfant, pleine de la morgue des fillettes sûres d'elles, gonfle son absence de poitrine de fierté. L'homme aux mains qui racontent des histoires l'a distraite de sa course au fantôme paternel, pour un temps. Pour une seconde ou deux. Elle penche la tête, malicieuse, mignonne, attentive, avec toute l'attitude du papillon captif devant la flamme vivante qu'il est. Une flamme verte, une flamme de prairie. Ses yeux à elle, d'air et de brumes, sourient. Ses lèvres refusent encore d'être trop favorables – où est papa? – même si leurs commissures se battent contre le pincement des dents, veulent se soulever. Montrer les quenottes, l'amusement. Mais elle est une reine et les reines sont dignes, ne se font pas séduire par le premier conteur aux doigts calleux venus. Même si elle a envie de toucher les cassures de ses ongles, d'apprécier la corne de ses paumes.

Elle prend le paquet avec l'empressement des mômes, un peu déçue que ça ne soit pas pour elle. Les fées ne sont pas des messagères, enfin ! On les courtise d'abord. On leur donne leur cadeau en premier. Elle souffle sur le mauvais papier qui noue le ruban, le fait crépiter, voleter, se torse. Penche la tête pour souffler plus près, le faire vibrer dans son haleine, devant ses lèvres en cœur. Les yeux toujours haussés sous son masque. C'est un cadeau pour se moquer des sorciers, ah ! Mais elle-même est sorcière. Papa est sorcier. Et l'homme aux jades et au cambouis l'est également. Elle le sait, parce que tout est ensorcelé ce soir. Elle hoche la tête : enfin son cadeau. Un harmonica, de la musique. Pour elle, en échange de la farce. Un harmonica ! Même pas un peigne ou un miroir. Même pas un musicien tout entier ! Elle sourit, cette fois, d'un petit sourire malin, espiègle, s'en va à la poussée qu'il lui imprime. Une petite enfant docile et bien décidée à faire une surprise de fée, ça oui ! Mais pas comme il l'a demandé. Parce que les fées sont caractérielles. Et qu'elle est la reine d'entre elles.

« Tu as de belles chaussures. Tu viens ? Je vais te montrer un tour de fée. Chut ! C'est secret. Un tour de fée à quelqu'un qui voulait te jouer un tour de sorcier ! »

Elle a attrapé la main de la fille aux souliers de fer, au masque si fin qu'il se voit à peine. C'est comme si sa peau elle-même était gravée, décorée, dorée. C'est joli. Les fées aiment ce qui est joli, surtout quand ça décore quelque chose qu'on sent si sauvage. La petite sourit de toutes ses dents, cette fois, en tirant sur la main de sa nièce, qu'elle ne peut reconnaître, puisqu'elle ne la connaît pas ; elle la relâche pour poser son index sur ses lèvres, chut ! Chut ! Et reprendre le cadeau laissé à terre, avec son vilain papier, son ruban de piètre qualité. Elle rit tout bas, s'infiltrant dans la foule, allant, passant, dansant ; elle veut retrouver le sorcier aux jolies mains râpées par la vie. Il danse. Elle fait glisser le paquet au sol, vers lui. Les danseurs alentours, eux aussi, le bousculent de leurs pieds. Il remue, le cadeau vert, on le fait tressauter. Est-ce que la fille au masque d'or l'a suivie ? Elle ne sait pas. Elle ne fait pas bien attention, la petite, elle est toute à ses jeux d'enfants. Et comme on la sait concentrée, Alice, quand elle est décidée à jouer !

« Monsieur le vert ! Je ne me souviens plus. »

Elle joue l'air, une première fois, soufflant dans l'harmonica comme il le lui a montré. Les gens dansent. Fêtent. Rient aux éclats. La musique sonne dans tous les sens et rien n'en a. Pourquoi en faudrait-il quand on vogue sans cap dans les brumes ?

« C'est comme ça ? »

Elle le rejoue encore, avec une moue montrant toute l'incertitude de l'enfance. Le présent farceur, talonné par un valseur, rebondit vers le couple. La jolie crinière blonde et son cavalier irlandais qu'elle aime voir tournoyer, comme elle-même fait tourner ses volants.

« Bien comme ça ? »

Elle le rejoue une troisième fois, pouffant de rire entre les notes, toute amusée de sa surprise au sorcier. Allez, envole-toi, c'est à ton tour maintenant !
Alice Erenesis
 



Messagepar Gemme Wolfcraft » 29 Mar 2015, 17:33

La louve blanche allait et venait entre les couples et les gens. Les masques était magnifiques, hauts en couleur et en mystère, elle les trouve tous sublimes. Elle aimerait pouvoir découvrir les visages qui se dissimulent sous ces costumes. Le carnaval était magique pour la louve. A la fois mystérieux et très limpide pour ses sens aiguisés. De son odorat elle pouvait reconnaître les odeurs qu’elle connaissait déjà et savoir que sous ce masque se dissimulait l’un des élèves les plus populaires du dahlia ou l’un des taverniers du quartier rubis. La louve était donc à la fois frustrée mais aussi assez contentée. Car qu’elle n’avait pas forcément besoin de voir à travers les masques pour deviner qui s’y cacher. Sauf lorsqu’elle ne reconnaissait pas l’odeur. Mais elle savait que si un jour elle recroisait les gens, elle pourrait les reconnaître sans le masque. Elle volait entre les gens, croisant une jeune fille à la robe totalement fleurie ou une autre au costume orné de fleur de givre. Le printemps et l’hiver. La chaleur et la glace. Un contraste étonnant mais agréable. La louve glissa son regard curieux sur elles. Puis elle tourna son regard. Le crissement d’un crayon. L’odeur du sang. Le masque rouge ne laissait aucun doute quant à sa composition. Un long frisson coula le long de sa colonne, l’odeur éveillant en elle des instincts profonds, violents.

Mais bien vite, on détourna l’attention de la louve de l’odeur. Un homme se présenta devant elle. Il portait un masque incrusté de fine pierre précieuse. Un masque magnifique renvoyant la lumière par éclat. Mais on pouvait aussi voir les bancs de brumes flotter dans l’éclat pur des pierres. Il lui présenta son bras que la louve saisit avec grand plaisir et l’emmena virevolter pour quelques tours sur l’une des pistes où les danseurs tournoyaient avec grâce et classe. La louve esquissa un sourire charmé que le masque retransmis en s’étirant en un sourire mystérieux bordé d’arabesques noires et dorées. Gemme glissait sur la piste de danse, le bruit de ses talons métallique marquant le pas, avec grâce et aisance. Une souplesse animale, un charisme intense, dissimulés derrière un visage mystérieux mais loin d’être figé ou inanimé. La brume avait offert à la louve un cadeau de toute beauté, qu’elle accueillait avec joie et respect et dont elle usait avec beaucoup de bonne humeur, comme un remerciement plus fort encore. Cadeau que la louve lui rendrait à la fin, avec humilité.

Et finalement, l’homme la relâcha, pour aller danser plus loin. Gemme le salua avec malice et s’éloigna. Elle recommença à aller et venir autour des gens, se glissant entre les corps, découvrant les masques et les déguisements, en découvrant aussi le navire. Ce grand Léviathan qui accueillait ce soir tant de monde au pays des brumes, au milieu des nuages. Gemme sourit en regardant les étoiles. Elle s’en sentait à la fois très proche d’elle mais aussi à des milliers de kilomètres. Pas seulement sur le plan physique. Mais vraiment sur le plan émotionnel. Car Gemme savait que les étoiles étaient pures et douces. Et elle sentait au fond d’elle qu’elle n’avait pas la carrure. La petite violoniste de la maison close elle, l’avait. Elle était toujours douce, toujours souriante. Toujours pleine de lumière et d’espoir. Malgré le contexte très noir dans lequel elle grandissait. Et pour ça Gemme l’admirait. Et la détestait aussi. Mais la louve était fière de sa vie. Car elle avait, comme son père, beaucoup de valeur et de courage.

Lorsqu’elle baissa le regard, il se posa sur une petite fée. Gemme esquissa un sourire face à l’enfant mignonne et agréable qui se tenait là. Lorsque sa petite main se referma sur celle de la louve pour l’entraîner. Elle parla de ses chaussures mais aussi d’un sorcier ayant voulu lui faire une mauvaise blague. Perplexe, la louve se laissa entraîner jusqu’à ce que la petite fée s’arrête. Elle regarda la fillette faire glisser le paquet sur le sol. L’odeur de l’enfant chatouillait les narines de la louve. Pas une odeur connue de l’académie. Pas une odeur connue de l’Onyx. Mais pour le moment Gemme n’arrive pas à savoir d’où elle la connait. Elle écoute alors la fillette parler à un homme. De grande stature, à la carrure impressionnantes, aux mains râpées et usées par le temps. Un homme imposant, impressionnant. Un irlandais. Bien sûr. Le papier aux trèfles aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. La louve gronde en voyant le paquet brinquebalé à droite et à gauche par la foule des danseurs. Tic-tac. Tic-tac. Et la petite fée attrapa un instrument pour jouer un air. Une fois. Puis une seconde. Et enfin, une dernière fois. Et le paquet bien arrivé à bon port commença à tressauter tout seul. Elle esquissa un sourire en coin. Enfin, les choses commençaient à devenir intéressantes. Enfin. Gemme se pencha et glissa à l’oreille de la fée :

« Regarde, moi aussi je connais des tours ! »

Car la louve n’était pas du genre à laisser une bombe blesser les gens sans raison. Car autour de l’irlandais des tas d’innocents dansaient, parlaient, jouaient. Et la brunette ne pouvait laisser des gens être blessés ainsi, sans raison non. Alors elle glissa son regard sur la brume et se redressant, elle utilisa les quelques savoirs qu’elle avait en magie de brume pour la manipuler et créer un écran de brume venant s’enrouler autour de l’irlandais et du paquet. Une brume protectrice. Une brume aussi épaisse que transparente. Une brume dans laquelle il fut aisé à la magie du carnaval de contenir la déflagration. Lorsque le paquet explosa, les flammes furent aspirées par la brume. Cela créa un tourbillon orangé et brûlant autour de l’homme. Un tourbillon furibond. Et très vite une odeur de cochon grillé s’éleva dans les airs. Et des brûlures commencèrent à poindre sur la peau du terroriste. Tel était pris celui qui croyait prendre. La louve resserra un peu son tourbillon de brume tirant un cri de douleur à Johnny. Et finalement, elle leva le sort. La brume et les flammes se dissipèrent. Johnny n’était pas mort. Juste blessé. De profondes brûlures qui guériraient sans mal avec des soins et du temps. Et les autres passagers ne furent pas blessés. La fête pouvait ainsi continuer. Et très vite, les gens reprirent leurs activités. Comme si rien de s’était passé. Certains même applaudirent persuadés que l’incident n’était en fait pas un incident mais bien un élément de la fête, une comédie aux effets soignés et convaincants. La louve s’en fichait pas mal. Elle se pencha et sourit à la fillette :

« Alors, le spectacle t’a plu ma belle ? M’accorderas-tu un vœu ? Elles font ça les fées non, elles accordent des dons ou des vœux ? »
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Arthur Helders » 30 Mar 2015, 00:57

Parfois, ses doigts suivent le rythme de la musique et la mine de son crayon glisse au fil des battements musicaux qui forment le rythme à suivre. Celui qui guide les danseurs dans leurs pas et les lance dans leurs rondes. Celui qui a guidé Arthur. Envahi d'une certaine audace, dont il fait rarement preuve, trop timide qu'il peut être avec le sexe opposé, il s'est détaché de son carnet et de ses croquis pour s'approcher d'une des convives et l'inviter à danser. Gauche lors des premières mesures, il a eu du mal à se lancer correctement dans le rythme, jusqu'à trouver le battement qui impose la cadence. Alors, il a pris de l'assurance et a guidé sa partenaire tandis que sa cape a virevolté, s'enroulant autour des jambes du jeune garçon et claquant contre son pantalon, au même rythme que leur deux corps, à l'instant où la cadence se laisse frapper.

Deux danses, ou peut-être trois ? Non, plus. Arthur ne sait plus et, après tout, il n'a pas compté, changeant de partenaire au gré des rythmes et des mélodies, trop perdu dans son audace, dans l'occasion qui s'est présentée à lui. Sous les tissus, d'épaisseurs multiples, de divers matières, à la transparence variée, d'existence plus ou moins présente, il découvre le corps féminin. Aujourd'hui, il n'est plus spectateur, celui qui surprend les femmes se dévêtir à leurs fenêtres sous les yeux des passants. Il n'est pas non plus l'artiste, celui qui reproduit les courbes des femmes qui acceptent de poser pour lui, qu'elles soient ou non nues. Non. Aujourd'hui, il est l'homme qui laisse glisser sa main le long du dos de sa partenaire, fait dériver ses doigts jusqu'à sa poitrine pour l'effleurer et les laisse descendre trop près de la cambrure de ses reins. Aujourd'hui, il a l'occasion de serrer des corps féminins contre le sien, d'imprimer son esprits de ces courbes, de se souvenir de ces formes. Pour mieux les représenter.

C'est pour cela qu'il est gêné plus que surpris lorsque l'Irlandais lui parle. Il en laisse même tomber son crayon, tandis que, d'une main, il s'affaire à fermer son carnet pour dissimuler les dessins qu'il ne peut s'empêcher de reproduire depuis qu'il ne danse plus. De longues jambes gainées de cuir ; des cuisses galbées et nues ; des croupes tendues recouvertes de voiles diaphanes ; des hanches et des tailles autour desquelles des mains s'enroulent ; des poitrines excitées à peine dissimulées. De tout cela, il en a noirci plusieurs pages de son carnet, et il en a presque honte quelques secondes, juste le temps pour lui d'attirer son esprit sur les bras frappés d'encre de Johnny. Le garçon trouve ses tatouages fascinants, et l'étude des dessins le tente. Il a envie de passer ses doigts sur la peau ornées d'encre, en étudier la conception et en comprendre la signification, desceller les secrets. Pourquoi le renard derrière ces énormes portes ? Pourquoi la harpe ? Pourquoi les croix ? Arthur aimerait lui poser ces questions, savoir la raison de ses tatouages. Comprendre, surtout. Il aimerait comprendre. Mais il ne le peut.

Son masque blanc, il le retire à l'instant où la pinte se retrouve dans sa main, et c'est désormais un sourire niais qui orne le visage enfantin du garçon. Heureux, c'est le mot qui convient, comme à chaque fois qu'on le complimente sur ses dessins. Il le sait, qu'il est doué. Qu'il a du talent. Mais son cœur se réchauffe à chaque fois qu'on le lui dit, comme si cela le rassure, le conforte dans son idée. Et c'est donc avec plaisir qu'il trinque, même forcé, avec cet Irlandais dont il ne peut réellement voir le visage et qu'il avale quelques gorgées de bière. Et tandis qu'il lève le coude, quelques gouttes coulent de ses doigts pour se glisser sous sa manche et mouiller son poignet, alors qu'il grimace intérieurement. De la bière, il en a déjà bu. De celle-là, tellement brune qu'elle en paraît noire, jamais. Pourtant, il fait son brave, comme si l'âpreté de la boisson ne le dérange pas, comme si la mousse qui se loge sur sa lèvre supérieure et sur le bout de son nez n'existe pas et qu'il ne fait que glisser son bras pour essuyer la mousse uniquement pour faire comme les grands, ceux-là même qu'il voit dans les pubs devant lesquels il s'arrête pour en regarder l'intérieur à travers la vitrine, pour en recréer des toiles trahissant des scènes de vie quotidienne.

Alors il continue de faire semblant de ne pas trouver le goût désagréable tout en écoutant Johnny et ses instructions. Il comprend ce qu'il veut dire, ce qu'il attend de lui et Arthur acquiesce, ne fait que hocher la tête, comme intimidé par la stature de cette homme, sa carrure imposante par rapport à la sienne, maigre silhouette d'adolescent qui se veut adulte. Mais il a un peu peur, aussi. Peur de dire une bêtise, de prononcer des mots qu'il ne faut pas. C'est pour cela qu'Arthur se contente uniquement de l'écouter et de ne rien dire, tout en observant le reste des convives d'un œil, et le renard de l'autre, fascinant petit animal qui lui donne envie de lui tirer la langue en retour. Parce que Johnny se montre menaçant à ses yeux. Pour le garçon, l'Irlandais pourrait lui faire du mal, et il ne le veut pas.

Alors il décide d'être un bon gamin, de faire tout ce qu'on lui demande. Par peur. Et puis, pour la gloire aussi. Pour la renommée, surtout. Son dessin dans tous les pubs irlandais de la ville ? Son nom associé à ce que certains qualifient de gribouillages ? Ils verront, ces critiques insensés qui ne connaissent rien à l'art et qui se permettent de juger ce qu'il fait. Il sera célèbre, un jour ! Il le sera à partir de ses peintures et alors ils comprendront. Mais Johnny a fini de lui donner ses instructions et de le faire rêver. Pourtant, Arthur n'abandonne pas ses visions, le fait de se voir adulé par tous parce qu'il est un maître et tout ça en partant de simples dessins affichés dans des pubs.

- Eh, m'sieur Johnny ? Il est cool, ton renard ! Il a à peine eu le temps de le dire à l'Irlandais, trop obnubilé par les promesses qu'il lui a fait miroité, malgré cette tape dans le dos qui l'a secouée pour le faire redescendre sur terre, tandis qu'il s'éloigne. Alors, sur un dernier sourire, Arthur termine d'une traite sa pinte comme pour s'encourager à être rapide et efficace, minutieux et parfait sur les dessins qu'il va faire, persuadé que tout se passera en une fraction de secondes. Et c'est en remettant son masque sur son visage qu'il s'éloigne pour se loger dans les coins et recoins, ne perdant pas de vue cette fille qu'il doit dessiner. Celle qui marquera sa consécration. Le début de sa gloire. Son avenir flamboyant. Mais son attention est perturbée par une gamine qui s'approche de son modèle et, mu par un automatisme et une volonté de faire comme on lui demande, Arthur dessine tout de même cette enfant et sa modèle, tout comme il couche sur le papier Johnny et sa cavalière et tout ce qui suit.

Ce n'est que lorsque tout est terminé qu'il réalise ce qu'il vient de se passer, qu'une fois sortie de sa frénésie artistique qu'il comprend ce qu'il vient tout juste de dessiner. La fille qui devait se transformer en feu d'artifice est toujours intacte, la petite fée musicienne à ses côtés. Et Johnny ? Johnny, lui, était le brûlé. Pauvre, pauvre Johnny que le garçon a décidé de bien aimer. Alors, une fois qu'il a terminé d'ombrer le corps de l'homme des brûlures qui l'orne désormais, il s'approche de sa modèle initiale et de la petite fée qui semble la coller.

- Pourquoi t'as fait ça ? Il est pourtant gentil ! Il t'a rien fait, le pauvre ! Et le voilà fâché, énervé, frustré de ne pas avoir fait ce qu'on lui a demandé à l'origine, de voir ses projets tombés à l'eau. Surtout, aussi, parce que Arthur est convaincu de la gentillesse de Johnny à cause du compliment qu'il a eu pour lui. C'est pour cela que le courage lui a pris d'aller râler ces deux filles, naïf qu'il est.
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Messagepar Le Conseil des Neuf » 30 Mar 2015, 21:50

Mysterium

"Glisser entre le ciel et la terre sans filet et recommencer encore."

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Loin au-dessus de la foule, la funambule regardait les nuages. Les yeux fermés, sur la petite poutrelle qui avait été fixée pour son numéro, elle appréciait le calme. Le froid. Elle appréciait l’air doux sur sa peau pâle. Artiste depuis son plus jeune âge, il était dur de dire qui elle était réellement. Une belle princesse à la grâce impériale ou une pauvresse sans visage ? Ce soir encore, personne ne pourrait jurer de qui elle était réellement. Une fillette, une femme, un jeune garçon ? Difficile à dire. Son costume était magnifique. Magique. Un costume aux couleurs chaudes : rouge, orange, bordeaux ou violet. Et de nombreux grelots faisaient du bruit pour accompagner ses mouvements toujours fluides et gracieux. Un léger bruit de tintement, petites clochettes dorées, agréable et tout aussi chaleureux que son costume. Parfois mélancolique, parfois amusant, en suivant les mouvements de la petite artiste à la taille fine et gracile. De petite taille, la funambule ne paraissait pas plus grande qu’une enfant. Mais pourtant tout en elle clamait un grand âge et une sagesse immense. Serait-ce son costume qui donnait cette impression ? Ou son aura ? Ou peut-être même sa grâce et sa maîtrise ? Elle plaça son masque pour parachever son costume et se couler dans l’anonymat du carnaval, dans l’anonymat de son numéro.

Et doucement elle s’élança. En bas, une complice, fillette des brumes, se glissa entre les gens tirant les manches pour pointer de son doigt blême le ciel. Des projecteurs glissèrent le long des cheminées pour finalement venir l’éclairer. Petite danseuse sous les étoiles. Aucun filet. Aucun harnais. Aucune porte de sortie. Une fois sur le fil, l’artiste n’avait pas le droit à l’erreur. Et elle n’en ferait pas. Comme toujours.

Un pas puis un second. Sans peur. Sans appréhension. Le petit pantin s’élança sur le fil. Elle fit deux pas de plus avant de se pencher, posant ses mains sur le fil, refermant ses doigts autour de celui-ci pour doucement se hisser en équilibre. Un équilibre que même le vent et le mouvement du Léviathan ne semblaient pas capables de perturber. Elle écarta une jambe à la perpendiculaire de son corps. Puis la seconde formant ainsi un grand écart parfait, tête à l’envers, mains solidement ancrées aux fils, muscles contractés. Elle garde la pose quelque seconde avant de redresser les jambes à nouveau droite comme un I. Puis doucement, elle se pencha un peu pour lâcher le fil d’une main. Un sourire mutin se dessina sur ses traits. Et la fillette de brume, courant toujours parmi les autres émis un « Oooooh » suivit d’un petit rire avant de se volatiliser à nouveau. La funambule se redressa et finalement reposa un pied sur le fil puis un second et se remit debout, écartant les bras dans un petit salut arrondis digne des meilleures danseuses.

La funambule effectua à nouveau quelques pas avant de s’immobiliser à nouveau. Elle leva son regard vers le ciel. Un regard curieux, un regard impatient. Vivante ou morte, il était difficile de dire à quel monde appartenait ce petit clown aux couleurs chatoyantes. Attirante comme une lumière attire les papillons, fascinante comme l’immensité de l’univers. Pour ne pas perdre le rythme, l’artiste secoua la tête, faisant tinter deux grelots.

Un pas puis un second. Et un petit saut de chat. Puis un petit saut groupé. Et le numéro pouvait continuer. Souple et douée, la funambule avait un équilibre à toute épreuve. Danser, sauter, marcher, reculer et même rester sur une main, rien ne lui faisait peur. Une belle petite équilibriste au talent incontestable et incontesté. Un talent ravageur. Un talent fou. Aussi fou qu’elle l’était à s’agiter ainsi aussi loin du sol sans filet ? Peut-être. Peut-être bien oui, qu’elle l’était, folle. Mais personne n’était là pour en témoigner.

Une fois arrivée au bout du fil, le petit clown effectua un petit demi-tour telle une danseuse, pliant une jambe gracieusement avant de la tendre derrière elle, arrondissant son bras en même temps. Puis elle se redressa et avança jusqu’au milieu du fil. Son numéro en l’air était terminé, mais elle avait de grand projet pour ce carnaval. Une fois arrêtée, elle attendit quelques secondes jusqu’à ce que la brume lui offre un magnifique ruban de soie argentée. Alors elle se laissa tomber dans le vide, tournant autour du rideau argenté ses doigts glissant dans l’étoffe jusqu’à ce qu’elle s’y agrippe, d’un bras et d’une jambe juste à temps pour s’arrêter à quelques centimètre du sol. Quelques cris et applaudissements parmi la foule costumée saluèrent la prestation de l’équilibriste qui se redressa, retrouvant le contact rassurant du sol sous ses pieds. Rassurant mais illusoire car elle se trouvait comme tous sur un magnifique engin volant sorti tout droit des industries Joyce. Un navire d’une autre époque, peuplé pour la soirée de vivants comme de morts flottant tous ensemble au milieu de l’éclipse de brume, emplie de magie et de beauté. Une première partie de numéro magistrale d’une artiste dont personne ne pouvait deviner si elle était morte ou vivante. Et la malicieuse petite sauterelle n’avait pas terminée. Elle éclata d’un rire cristallin et tout aussi gracieux que le reste de son être avant de se fondre dans la foule.

Quelques pas marchant, dansant, sautillant pour atteindre une jeune femme sulfureuse vêtue de noir, de doré et de rouge. Elle attrapa sa main doucement en riant et l’entraînant en chantant une chanson joyeuse et festive dans une langue oubliée de tous mais dont les paroles semblaient limpides pour ceux qui l’entendaient : espoir, amour, joie et renouveau. Finalement, les grelots cessèrent de tinter lorsque la mutine petite luciole s’arrêta sur une petite passerelle. Elle se tourna et s’inclina un peu devant la nouvelle matriarche avant de se redresser et de se laisser basculer souplement vers l’arrière, effectuant quelques figures dignes des gymnastes les plus douées. Avant de s’incliner à nouveau et de disparaître pour venir refermer ses doigts fins sur le poignet de jeune fille au masque de glace. Une jeune fille douce et magnifique, aussi froide que l’hiver mais aussi belle que les étoiles. Elle l’entraîna aussi, en chantonnant une chanson de paix et de sérénité pour l’amener jusqu’à la passerelle à son tour, venant glisser autour des deux femmes en de sublimes arabesques de danseuses avant de disparaître à nouveau pour refermer une dernière fois ses doigts sur une jeune femme au masque de sang. Une magnifique et brûlante jeune femme qu’elle tira elle aussi en lui offrant une chanson mutine et torride à la fois, messagère de plaisir et d’envie. Une fois sur la passerelle, la funambule les regarde toutes les trois fières de son œuvre et s’incline à nouveau puis elle se redresse et joint ses mains en signe de prière, les frotte l’une contre l’autre jusqu’à finalement les entrouvrir un peu pour souffler dans celle-ci et les ouvrir pour laisser une nuée de petites boules de lumières blanches, rouges ou dorées venant entourer les trois sorcières, les caressant de délicieuses ondes agréables et amusantes. Elle salua à nouveau son auditoire et tourna sur elle-même, rassemblant la brume autour d’elle pour disparaître. Magicienne ou équilibriste. Gymnaste ou danseuse. Vivante ou morte. Difficile de dire qui était cette mystérieuse artiste mais une chose était certaine, son numéro était d’une beauté grandiose.
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Messagepar Thornielle n'ha Roussia » 31 Mar 2015, 17:27

Ayant mis pieds sur le dirigeable aux allures de cétacé, te voilà partant à la découverte des individus y dansant. Sanguine et Roussia sont parties de leurs côtés, mais chacune d’entre vous sait qu’elle pourra compter sur les autres, un simple appel suffira à vous faire entendre des autres. Flânant, tu te retrouves happée par des inconnus masqués, t’entraînant dans des danses au rythme des musiques se succédant joyeusement… Tu arrives à avoir un peu de repos après quatre ou cinq tours de danse, allant humer l’air céleste, t’accoudant au bastingage pour regarder autour de toi.

Les lianes te recouvrant bruissent et se meuvent librement. Des fleurs de pervenche, de violettes éclosent et se ferment dégageant leurs douces fragrances. Les regards sont souvent surpris, appréciateurs, sous les masques, et cela t’amuse. Tu vois de temps à autre tes sœur et mère Amazone s’amuser également de leurs côtés, dansant, virevoltant. L’Eclipse est source de joie et d’amusement pour vous trois. Ta famille risque d’être en courroux de te voir ainsi, découchant pour t’amuser à ce Carnaval, mais tu n’y penses guère. A 18 ans, tu prends tu champs envers cette autorité familiale, bientôt viendra le temps de l’indépendance, lorsque tu quitteras le domicile familial pour ne plus y remettre les pieds. Ce projet demeure vivace en ton esprit, mais il n’est pas encore temps.

A un moment, un homme t’abordes, te demandant une danse. Souriant, reposée, tu le suis volontiers sur la piste. Bon cavalier, il t’emmène dans sa danse, et tu te laisses guider avec joie. Jusqu’à ce qu’une jeune adolescente ne vienne, jouant avec un paquet emballé à terre, qui avance en étant poussé au gré des coups de pied. Une autre jeune femme, que tu connais de l’Académie avance main dans la main avec la petite fée. Vite, pourtant, tout bascule. Un air de musique retentit par trois fois, puis la plus âgée utilise visiblement sa magie, entourant l’homme d’un cocon l’enfermant avec le paquet qui explose dans les flammes. La Brume créé un champs de force protégeant les innocents vous entourant. Les flammes créées un maelstrom orangé à l’intérieur, brûlant le danseur et répandant des senteurs de chaires brûlées. Puis le sort se lève, les flammes s’éteignent et l’homme demeure en vie, bien que blessé et mal en point.

Surprise, tu siffles d’une manière particulière, reproduisant le cri d’un faucon en chasse. Les Amazones sauront qu’il y a un problème. Vite, tu les vois fendre la foule, et peu de temps n’est nécessaire pour que Roussia te tendent une sacoche médicinale. Sans peur, ton âme de Guérisseuse prenant le dessus, tu t’approche du blessé, sortant un baume auquel tu mélange des poudres de plantes séchées. Millepertuis, fleurs de soucis, thym et romarin, miel et glycérine forment un baume gras idéal pour combattre les brûlures et permettre une bonne reconstitution des tissus de l’épiderme touchés. Tu en enduis les plaies doucement, effleurant la peau échaudée du bout des doigts. Tu sais y faire, sans conteste, et nul ne vient perturber tes soins. Du coin de l’œil, tu vois les deux jeunes filles puis un jeune homme, un carnet et un crayon à la main, sans doute pour croquer les danseurs. Toute ouïe à ton environnement, tu interceptes leurs paroles. Tu continue ta tâche jusqu’à venir lentement passer tes mains sur le visage de ton cavalier. Au moment où tes paumes entrent en contact avec ses tempes, tu vois. Le colis confié à la plus petite, la jeune fée. La plus grande qui était visée par le cadeau. L’artiste qui devait de ses coups de crayons immortaliser la scène. Qu’est-ce que…

Fronçant les sourcils, tu te redresses. La jeune Guérisseuse fait place à l’Améthyste. Ton don de Briseur d’Âme t’as montré des images que tu ne peux ignorer. Même si évidemment, tu ne vois pas tout ce que cela implique ni d’où cela peut remonter. Tu ne perçois que les actes de l’instant. Et cela te suffit pour le moment. Tu tends une main à Roussia qui détachant une ceinture de ses hanches te la donne. Tu la passes à tes reins, tes poignards ornés d’Opale et d’Améthyste retrouvent leurs places. Les lianes cinglent l’air autour de toi tels des fouets ou des serpents irrités. Tu es fière Amazone.

La plus âgée des jeunes filles n’est autre que Gemme Wolfcraft. Elle était ciblé par le cadeau piégé, par la bombe.

« -Mademoiselle Wolfcraft. Le colis vous était bien destiné, porté par la jeune demoiselle qui vous accompagne. »

Te tournant vers le dessinateur, tu aperçois son air courroucé. La situation ne lui plait guère, visiblement.

« -Il n’est pas aussi bon que vous ne semblez le croire, Messire. S’il a été brûlé, ce n’est que par un retour de flammes d’un coli piégé dont il est l’expéditeur. »

Enfin, te tournant vers l’homme brûlé, tu es à présent de marbre face à lui. Il est à présent soigné, mais tu ne peux pas le laisser ainsi. Pas alors que des innocents auraient pu être gravement blessés. Grâce à la célérité d’exécution de la jeune Wolfcraft, un seul blessé est à déplorer. Encore heureux.

« -Pourquoi ?? Que cherchiez-vous à faire en attentant à la vie de cette jeune femme ?? Combien d’innocents seraient à présent brûlés par vos soins si elle n’avait pas agit ?? N’y avez-vous pas songez ?? »

Ta voix n'est qu'un murmure froid à l'encontre de cet homme. Ta facette Améthyste refait surface. Cette volonté de justice et de droit t'entraîne à connaître la vérité sur ses actions.
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Statut: Amazone - Guérisseuse - Etudiante



Messagepar Alwine V. Spyrélios » 02 Avr 2015, 10:31

    Les invités continuaient d'arriver, de débarquer, toujours plus nombreux, sur le pont du navire, et pourtant le paquebot ressurgit des brumes du passé semblait capable de tous les accueillir, d'en accueillir plus encore, même. Preuve, s'il en était besoin, du génie des Joyce, avant même que les Diamants ne naissent véritablement en tant que faction, preuve de la grandeur ancienne de leur maison, une grandeur qu'ils avaient encore su conserver et magnifier à l'époque moderne. Une source d’orgueil et de fierté pour tous les enfants du Diamant qui, cette nuit, arpenteraient les ponts de ce colosse des brumes, ou bien lèveraient la tête et le verraient passer une fois encore, une dernière fois, peut-être, dans le ciel de Londres. Pourtant, alors qu'elle trouvait le bras d'un nouveau cavalier, qui portait un costume minimaliste, avec une tenue neutre et un simple loup, pour quelques mesures de danse, Alwine ne pu s'empêcher de songer, avec une pointe de regret, que si son propre ancêtre avait été plus impliqué dans la construction de ce titan des airs, il n'aurait peut-être pas été jeté si facilement à bas, prisonnier pendant deux siècles des froides eaux de la Tamise – ou alors, l'explosion qui aurait accompagné sa chute n'en aurait pas laissé assez pour que les brumes puisse en ramener le fantôme, c'était une autre possibilité.

    Avec un léger sourire, la jeune orpheline chassa ces pensées, en même temps que son cavalier, lequel, un peu éméché, s'intéressait visiblement plus à son décolleté qu'à la danse. Il voulu la suivre mais une flamme s'élevant juste devant son visage, manquant de mettre le feu à son masque, le dégrisa brusquement tout en lui ôtant l'envie de la suivre. Au lieu de cela, il recula si vivement en arrière qu'il en tomba sur son séant, semant des rires dans l'assistance la plus proche. Et Alwine rit, elle aussi, amusée par son audace autant que par sa chute, avant de se reculer et de se fondre dans la foule. C'était une nuit de Carnaval, et elle préférait s'amuser plutôt que de tuer. C'était pour elle une nuit de deuil, mais le deuil d'un homme dont le souvenir lui inspirait des flammes, plutôt que de la tristesse. Cela dit, l'amusement aurait été plus grand, l'hommage au mort plus parfait, si le masque avait bien prit feu, si le visage s'était bien enflammé. Bah, qu'importait, au fond. Il y aurait sans doute bien d'autres occasions de s'amuser comme de rendre hommage, et pour l'heure, Alwine préférait continuer à profiter de la fête.

    Soudain, dans le brouhaha des chansons, des rires et des conversations, elle entendit les notes claires d'un harmonica. Des notes simples et familières, des notes qu'elle avait déjà entendu. Répétées trois fois, comme une prophétie, ou un oracle. La dernière fois qu'elle les avait entendu, c'était lors de l'inauguration d'une nouvelle usine de son père. Juste après, la toute nouvelle aile de conditionnement de la poudre magique, qui venait d'être approvisionnée pour la première journée, était partie en fumée. La moitié de l'usine, ainsi qu'une bonne partie de trois installations voisines, l'avait accompagné, que ce soit dans l'explosion ou dans le brasier qui avait suivit. Nombre de personnes avaient trouvé la mort. Des aristocrates et des financiers venus assister à l'ouverture, mais aussi nombre d'ouvriers qui devaient déjà travailler dès ce jour là, raison d'argent oblige. L'un dans l'autre, cela constituait un excellent souvenir pour la jeune femme – même si les pertes subies avaient été bien moins appréciées par son père – et elle essaya donc de se diriger dans cette direction, se haussant légèrement sur la pointe de ses pieds. Peine perdue. La foule dans cette direction était trop danse, et, quand vint finalement l'explosion, la brume sembla l'absorber presque aussitôt, ne laissant qu'à peine le temps d’apercevoir les flammes.

    Alors que d'autres, plus prêt du spectacle, applaudissaient, Alwine elle se détourna, déçue. Elle avait espérer une large explosion où elle aurait pu fendre les flammes en regardant les autres brûler. Quel bel hommage à la mémoire de son père ! Elle esquiva quelques danseurs, en quête d'un bar, ou de quelque chose approchant, mais en lieu et place elle trouva une étrange jeune femme, qui semblait tout droit sortie des brumes. Tout à la danse, puis à l'attente de la destruction, la Matriarche n'avait guère prêté attention au numéros au-dessus de sa tête. Néanmoins, quand l'acrobate lui prit la main pour l'entraîner dans une danse, elle ne résista pas. Le rire de l'inconnue était communicatif, de même que la joie de la chanson dans laquelle elle l'entraînait, et la pyromane était contente de retrouver ainsi une atmosphère plus joyeuse. Elle n'allait pas laisser une caricature d'attentat ruiner cette nuit de Carnaval, après tout ! Rapidement, elle entra dans la danse, et sourit à sa partenaire... jusqu'à ce que l'ensemble prenne fin, laissant les deux femmes sur une passerelle du puissant vaisseau. Alwine s'était laissée guidée, et elle n'avait guère fait attention où elles allaient, mais la destination finale la surpris, sans l'inquiéter pour autant. Après tout, c'était une nuit de fête !

    De toute façon, sa partenaire la laissait déjà, s'inclinant puis exécutant un petit enchaînement souple et rapide, qu'elle conclu par un nouveau salut. La Matriarche elle-même salua l'ensemble d'un rire léger et amusé, accompagné de quelques applaudissements. C'était une expérience bien étrange, mais cette nuit, cela semblait presque normal. Néanmoins, l'artiste ne semblait pas avoir fini son tour, puisque, alors qu'elle s'apprêtait à repartir dans le gros de la fête, Alwine la vit danser avec une autre femme, qu'elle amenait dans sa direction. Curieuse, la pyromancienne décida d'attendre et de voir ce que comptait faire cette mystérieuse fille des brumes, et la vit ainsi amener jusqu'à elle une danseuse bien différente d'elle-même. Là où la belle brune porte le noir, le rouge et l'or, cette nouvelle venue est toute de blanc vêtue, toute enrobée de satin, à l'exception de son masque qui semblait fait de glace. Même ses cheveux étaient blancs, et seuls ses yeux, brillant dans les fentes du masque de givre, apportaient en fait une touche de couleur à l'ensemble. Une apparition digne de l'hiver et des brumes, pour faire pendant à la brûlante Matriarche. Quand l'acrobate vint les placer côte à côte sur la passerelle, on aurait dit deux opposées placées en vis-à-vis. Néanmoins, ce tableau saisissant ne suffisait visiblement pas à l'artiste, qui repartit dans la foule, semblant chercher une autre « volontaire » à amener sur sa passerelle.

    « Voilà une rencontre que je n'attendais pas... mais ne dit-on pas que les contraires s'attirent ? Alwine, se tournant vers l'autre jeune femme, avait engagé la conversation, tout en offrant un fin sourire sous son masque sombre. Je dois dire que tu sembles plus dans l'esprit des brumes que moi. »

    Sans façon, Alwine avait adopté le tutoiement, comme elle l'avait fait avec tout le monde depuis le début de cette nuit si spéciale. Aujourd'hui, c'était une nuit de Carnaval, et derrière les masques, quel sens avait donc encore le rang, ou la politesse ? Du reste, la pyromane n'eut guère l'occasion de poursuivre la conversation, puisqu'à nouveau l'acrobate revenait, avec une troisième jeune femme. Une très belle femme, à la tenue noire et provocante qui soulignait un corps voluptueux, avec un masque et une laisse rouge, couleur du sang. En voilà une qui était mieux assortie avec Alwine, et qui pourtant rendait une impression à la fois beaucoup plus sensuelle et beaucoup plus sauvage. L'artiste l'amena également en dansant près des deux jeunes femmes qu'elle avait déjà rassemblé, avant de s'écarter. Elle s'inclina une nouvelle fois, puis se frotta les mains, et, finalement, envoya sur les trois damoiselles une nuée de sphère multicolore. Des blanches. Des rouges. Des dorées. Et, alors qu'elles enveloppaient les trois beautés d'ondes positives, l'acrobate disparu, happée par la brume, après un salut et une pirouette, performance qui fut saluée par le rire doux, aux accents légèrement argentins, de la jeune pyromancienne.

    « Hé bien, j'ai l'impression de faire partie d'une œuvre d'art vivante... mais au moins, je suis en charmante compagnie. Il y a de quoi être flattée. »

    Amusée par cette idée, la jeune femme eut un léger sourire tout en regardant ses deux compagnes. On aurait dit deux véritables opposées, pour le coup, entre noir et sang, blanc et glace. Pourtant, chacune d'entre elle était belle, d'une façon différente mais non moins pertinente. Et si c'était bien un tableau vivant que l'acrobate avait voulu peindre, il y avait en effet de quoi être flattée d'avoir été choisie en pareille compagnie. Après avoir brièvement détaillé chacune de ses compagnes, s'attardant peut-être un peu sur le décolleté de celle au masque rouge – hé quoi, elle était jeune après tout – elle revint aux bulles qui les entouraient. Elle en toucha une. Elle ressentit une onde de joie. Et ensuite... elle la brûla. Spontanément, elle fit s'élever une flamme au bout de ses doigts, carbonisant la bulle qui émis une légère fumée, senteur de fleur brûlée, avant de se dissiper dans la brume ambiante, faisant à nouveau rire la jeune femme.

    « On dirait bien que l'animation est finie, à part un peu de lumière et de fumée... à moins que ces deux beautés qui m'entourent aient d'autres projets ? »
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Messagepar Lawerance C. Boyle » 07 Avr 2015, 10:58

    Le monstre se présentait sous la forme d’un tas de ferraille bringuebalant qui, dans un balancement incessant, surgissait péniblement des flots de brume pour mieux y replonger derechef. Les fumées recrachées par sa vaste carcasse participaient à épaissir le voile de mystère planant sur son ossature métallique, sa peau rousse de rouille. Son équipage, ni mort ni vivant, se situait dans cet état second qu’empruntaient zombes et autres fantômes, cette gracieuse lenteur rendant chacun de leur geste emprunt d’une gravité sans pareille.

    Tu contemples le marin brasser paisiblement l’air enfumé, ses yeux aux pupilles vide de vie fixant un point si lointain, un paysage invisible. A moins qu’il ne contemple la bête émergeant à nouveau de sa mer de brume, écumante de brouillard, furieuse de revivre pour une durée indéterminée, n’excédant certainement pas quelques jours. Fragile créature réputée immortelle, vouée à n’être qu’un rêve éveillé, un papillon d’acier que le soleil immolera sitôt sa vigueur suffisante pour percer la chape de brume. Tu comptes et égrènes les journées qui lui restent à vivre ; neuf doigts seulement se lèvent. Puis la baleine regagnera son cercueil de vase et de boue.

    L’embarcation s’immobilise sans un bruit, flottant dans l’air à plusieurs dizaines de mètres du sol. Heureusement que tu n’as pas le vertige. C’est d’un pas engourdi par l’immobilité que tu entres dans le bâtiment délabré, symbole d’un âge d’or désormais révolu. Le bois vermoulu, les dorures s’effritant, les ornements décapités de ses fleurs, de ses cornes d’abondances et de ses animaux fantasmagoriques se devinant à peine, imprimés par la moisissure sur les murs décrépis témoignent de la splendeur des lieux, du faste s’y étalant à chaque instant, à chaque endroit. Un luxe se voulant intellectuel et n’étant, en réalité que d’un vulgaire cliquant à la Boyle, ou à la Joyce. Mais de cette concubine savamment ornée ne restait qu’une prostituée au corps décharné, ravagé par le temps et les maladies. Elle avait à peine pris le temps de jeter d’une couche de fond de teint, s’était vêtue d’un vestige de robe mitée et croyait encore à une beauté passée alors qu’elle ne faisait que se voiler la face sur son hideuse monstruosité. Pauvre femme voulant marquer les esprits. Pauvre chose vouée à l’oubli.

    Sous ton masque argenté, tu ne pensais à rien de tout cela. Tu étais encore insouciante, te situant dans cette période charnière située entre l’adolescence et l’âge adulte. Même si la mort de ta mère t’avait rendue plus amère quant à ta condition d’être humain, tu n’avais pas totalement perdu cette fraîcheur, cette envie de vivre et de profiter des merveilles de la vie. Ta robe blanche, hommage à la Lune et aux Brumes, te faisait facilement passer pour une Perle si ce n’était ta longue chevelure brune tressée avec adresse en une couronne et fleurie par quelques petites roses. Le loup cachant tes yeux bleu vif était rehaussé d’ornement fleuri et son ruban rose faisait un écho parfait aux fleurs piquées dans tes cheveux. Avec tes bijoux discrets et tes sandales plates, tu ressemblais à Perséphone, femme de Hadès, la belle sacrifiée aux pénombres éternelles. En quelques mots, tu tais délicieuse. La personnification du printemps renaissant timidement dans les dernières neiges de l’hiver.

    Le hall d ‘accueil et son lustre de cristal ébréché éclaire les convives découvrant à coup de ha ! , de ho ! et de regards appréciateurs les costumes de chacun. Tous arboraient des étoffes précieuses, des formes audacieuses ou des costumes de personnages facilement reconnaissables. Dans cette marée chatoyante, on ne pouvait dire qui appartenait à quelle famille, ni à quelle classe sociale. Tous étaient égaux. Neuf jours de liberté totale, au même nombre que les neufs clans se partageant la capitale et son pays.

    Tu suis les mouvement t’amenant au premier étage, puis au pont supérieur où tu te retrouves de nouveau à l’air libre. Tu as à peine le temps de sentir une chaleur insoutenable chauffer tes bras nus que tu entends les cris de douleur d’un homme. La brume, en masse ici, t’empêche de saisir la scène dans son ensemble. A peine entends-tu une voix de garçon invectiver ce qui te semble être Gemme Wolcraft – mais comment en être sûre avec ces masques garantissant l’anonymat ? – qu’une adorable fée – à moins que ce ne soit un lutin – pointe son doigt en l’air, le visage transfiguré par un regard d’illuminé. Tu suis la direction de son bâtonnet de chair, un brin dubitative quant à ce que tu t’apprêtes à découvrir. Bien vite, tu changes d’expression pour une béatitude émerveillée face au spectacle – au prodige – de l’oiseau humain dansant sur la brume, faisant fi de la gravité, riant aux étoiles perçant parfois dans le ciel comme des clins d’œil célestes. Tu frémis à la moindre de ses cabrioles, consciente que se rompre les os serait si aisé… Mais elle vole, l’Arlequin, elle voltige comme un vrai feu follet au rythme de ses grelots tintinnabulant joyeusement. C’est la fête, c’est la fête semblent-ils chantonner. Alors tu laisses ta frayeur de côté pour te plonger toute entière dans l’émerveillement. Tua grippes tes mains dans une vague posture de prière – pour quoi, ou pour qui ? – yeux grands ouverts sur la féérie dans le ciel. Et le final qui te fait manquer un battement de cœur. L’apothéose te voit applaudir à t’en faire rougir les paumes, ravie que tu es de cette aérienne acrobate. Tu la vois approcher de la foule ; elle passe si près de toi que tu peux détailler chaque détail de son hait. L’Arlequin choisit trois jeunes filles, trois déesses. Tu ne peux empêcher un soupir déçu de ne pas avoir été couronnée, toi aussi. Peut-être qu’elle ne t’a pas jugé assez belle ? Toutes tes illusions volent en éclat. Même les fleurs semblent se faner sur le sommet de ton crâne tandis que tu pars à la recherche d’un endroit calme, loin, très loin du lieu de ta déception.

    La magie que la danseuse avait fait naître s’est envolée, remplacée par le bas sentiment de la jalousie qui te consume par les deux bouts. Tu t’en veux de te gâcher toi-même la fête, tu te sens idiote de ressentir une telle haine, une telle envie d’être à la place de ces trois reines d’un instant. Tu es déçue de toi, de cette âme encore enfantine, immature. Mâchoires serrées et poings crispés, tu n’aspires plus qu’à rentrer chez toi, cette demeure si vide, si froide mais où la solitude empêchera quiconque d’assister à ta déchéance, à cette larme de rage aveugle et incontrôlée qui te brûle la joue. Tu l’essuies d’un mouvement si vif que tu te griffes, la douleur physique exacerbant ta colère.

    « Soirée de merde, lâches-tu d’une voix basse, feulement animal. »
Lawerance C. Boyle
 



Messagepar Eirween Volantis » 07 Avr 2015, 21:38

    Le corps immobile. La tête qui oscille de gauche à droite au rythme entrainant de la musique. Les cheveux qui dansent doucement dans la brume. Un sourire, emprunt d’une timidité enfantine flotte au creux de tes lèvres. Ton regard scintillant, voilés sous le masque de glace, scrute l’assistance. Curieuse. Excitée. Pourtant, c’est encore de l’hésitation qui entraine tes pas. Appréhendant de te fondre de cette masse effervescente. Il y a déjà foule, mais les barques spectrales continuent d’accoster sur les flancs du Cétacé, et libèrent en flot intarissable leurs passagers masqués dans les brumes du dirigeable. Un défilé de couleurs et de mystères qui dansent, plaisantent et profitent de cette fête. Tous ont été choisit, guidé sur le dos du Léviathan pour célébrer sa résurrection éphémère. Toi aussi. La barque était venu te chercher. Le marin t’avais tendu la main. Ses compagnons ramaient joyeusement jusqu’au vaisseau de fer rouillée. Il faut faire honneur aux chants mécaniques de la Baleine. Célébrer sans crainte, sans doute, l’avènement de l’Eclipse précaire des Brumes. En Volantis, le brouillard est synonyme d’éloge. Inspirant à grande bouffée l’air aux fragrances d’Opium. Tu fermes les yeux un instant, savourant avec envie l’atmosphère qui ce dégage du Carnaval. Et sans un mot, sans plus d’hésitation, tu décides de te perdre, toi aussi, dans cette nébuleuse de mystère.

    Tes pieds nues frôlent le sol humide. Ta silhouette diaphane navigue parmi les ombres anonymes. Il y a tant de joie, d’euphorie qui se dégage de cet ensemble de corps que tu souris. Toujours. A l’abri derrière ton déguisement de vertu. Tu admires le spectacle. La brume qui s’élève comme un lever de rideau. Les comédiens masqués qui virevoltent et dansent dans l’épais brouillard. Des marionnettes qui s’animent au rythme entêté de la musique. Les voix qui s’élèvent, en rires, en exclamations. En chants de sirènes qui planent sur la piste et entrainent le sillon du Dirigeable Rouillé. Le fantôme mécanique est mort, mais il respire la vie. Physique de Cétacé qui vogue sur les nuages. Âme de phoenix marin qui renait, toutes les Neufs Années, de ses écumes pour fendre le ciel et emmener ses passagers de tout âge, de tout temps chasser la lumière froide et lumineuse des étoiles. Dieu des mers qui voile Londres. Ange des cieux, qui arrête le temps. Neufs jours de fête. Neufs nuits de perdition. Et un millier d'étincelles multicolores qui sillonnent son règne, au gré de ses grondements mélancolique. Dansent les convives, engrenés par la beauté noyée du Seigneur des Brumes. Chante l’hôte, la nostalgie d’un siècle où la Baleine n’était pas qu’une immense ombre rouillée, couverte des algues de la Tamise. Léviathan, Londres le regardes. Le soleil courbe l’échine face à sa Majesté. Et toi, tu l’admires. Silencieuse et docile. Comme une farandole de flocons qui précède les hurlements du blizzard. Hiver, peut être, s’inclinerait-il aussi, perdu dans les songes oniriques du Cétacé éphémère.

    Une petite main t’agrippe et tire doucement sur le tissus de ta robe, t’extirpant de ton émerveillement d’adolescente. Tu baisses les yeux vers une petite fille, enrouer de brume. Un autre fantôme du carnaval. La peau, plus blafarde encore que la tienne. Ton regard suit le chemin de son doigt, pointé vers le ciel. L’épais brouillard s’écarte lentement dévoilant à tes prunelles prisonnières de la surprise, une acrobate en équilibre sur un fil. L’enfant nébuleuse disparait dans un petit rire cristallin, peut être satisfait d’avoir détourner ton intérêt sur le numéro au dessus de la foule. Le costume du saltimbanque est haut en couleur. Vif. Vivant. A l’image de son époustouflante performance. Il tangue sur le fil avec grâce et simplicité. En équilibre sur les mains. Les jambes écartés. Chacune de ses figures qu’il tient aisément durant de longue seconde. Même ses petits bonds d’enfants. Tout lui semble facile, naturel. Tu souris, charmée par la performance. Applaudissant avec les autres spectateurs. Retenant ton souffle tout le long de sa descente dans le vide. Accroché à son petit ruban de soie brumeuse. Frappant de plus belle de tes mains lorsqu’elle s’arrête, en beauté, juste au dessus du sol. L’assistance tout entière salut, à coup d’exclamations et d’applaudissement, la prestations du talentueux artiste qui disparait dans le brouillard irréel du Léviathan.

    Les minutes défilent encore et le petit clown réapparait devant toi. Eblouissant dans son appareil aux couleurs chaleureuses. Impossible de deviner son apparence. Une silhouette fine et enfantine. Une allure mystérieuse et androgyne. Un comédien que l’atmosphère du carnaval sied à merveille. Tu veux le félicité pour son incroyable numéro, saluer sa performance. Mais il ne t’en laisse pas l’occasion. Ses petites mains de chérubin t’entrainent à sa suite. Le tintement de ses grelots en rythme avec sa chansonnette au dialecte désuet. Tu glousses, amusée. Laissant le mystérieux enfant te guider paisiblement jusqu’à la petite passerelle où ce tient déjà une ravissante jeune femme. Son costume flamboyant qui mêle le noir, l’or et le rouge contraste avec ta pâleur naturelle. Opposées en tous sens. Elle est plus grande, plus mature. Chaleureuse dans son accueil au sourire assuré. Amusante antithèse qui te rassures plus qu’elle ne t’intimides. Tu souris aussi, en regardant le petit androgyne disparaitre une fois ses petites arabesques effectuées. Toujours aussi doué.  « N’est-ce pas là la magie d’un Carnaval ? Rassembler toutes les différences ! » Réponds-tu à sa politesse avec un entrain enfantin.  « Les brumes me sont familières, ce n’est qu’un modeste hommage. Et je trouves votre costume magnifique ! Un peu plus haut en couleur. » Tu glousses un peu avant que le mystérieux saltimbanque ne revienne avec une troisième femme. Elle aussi opposée à toi. Par sa pudeur. Ou plutôt, son absence de pudeur dans sa minuscule robe noire. Même son masque rouge sombre, comme gravé par le sang, casse avec la pureté innocente du tiens.

    L’artiste déchaine autour de vous de petites sphères colorées, empruntent d’une aura de joie et de bien-être avant de disparaitre dans une révérence. Tu l’applaudis une dernière fois en riant. Aux mots de la jeune fille aux revolvers, ton regard lapis-lazuli oscillent entre tes deux nouvelles compagnes. Amusée par sa constatation. Une oeuvre d’art vivante. Peut être. Trois femmes, belle sans doute, chacune à leur manière. Princesse adolescente, prude et immaculée, entourée d’une Flamboyante assurance et d’une Féline scandaleuse. C’est Carnaval, il est préférable de s’en amuser que de s’en inquiéter. Tu regardes la brune à la peau blanche brulé une des sphères qui libère un parfum de fleur carbonisée dans un petit nuage de fumée. Ponctuée de son rire cristallin. A ton tour tu tend la main, laissant une petite boule blanche se poser sur ta paume, aussitôt recouverte d’une fine couche de givre à ce contact. Un souffle et elle s’envol, flotte et disparait dans le brouillard. Une réponse docile et inoffensive contre la flamme destructrice de la pyromane. « C’était un beau spectacle. Mais je doute qu’il soit terminé, l’Eclipse n’en ai qu’à son commencement ! » Tu glousses encore, observant d’un regard enfantin les deux femmes qui t’entourent. Une perle liquide glisse sur ta joue, le givre qui couvre ton visage se fragilisant au contact de ses deux Grâces flamboyantes. Cela ne t’empêche par de leur sourire, curieuse et enjouée. Car une Princesse des Brumes ne craint pas le mal, au centre de son univers. Fut-ce sur le glorieux vaisseaux des ancêtres Joyce.
Eirween Volantis
 



Messagepar Emma Grace » 08 Avr 2015, 21:39



Elle, Emma




    Emma lève les yeux vers le ciel. Le silence de l’éclipse incandescente caresse son iris blessé, une brume de noirceur qui cache l’ombre tout juste perceptible derrière les nuages. Le bleu perdu du ciel s’y reflète pourtant encore, vestige discret mais beau, dissimulant l’éclat de diamant qui repose derrière le voile de son regard. Je dois être belle pour ce soir. Je veux qu’on me remarque, qu’on m’admire, qu’on m’aime. Elle passe la main dans ses cheveux. Une étincelle de magie court le long de ses doigts d’ivoire, glissant le long de chaque mèche, et l’ébène se change en or. Elle se regarde de nouveau dans le miroir. Ce soir, tu ne te briseras pas. Pas d’éclat tranchant, pas de larmes, pas de peur. Pas de magie sombre. Londres a assez d’obscurité avec ce ciel. Je serai son soleil. Sa princesse des ténèbres. Belle comme le jour, profonde comme minuit. Une délicatesse toute en nuances de gris. D’un geste lent et sensuel, elle laisse une de ses mèches tomber en cascade noire le long de sa tempe. Clarté et obscurité en fragile équilibre. Elle est prête. Elle tire les rideaux de sa chambre. La ville lui parait splendide et mystérieuse à la fois, irréelle, presque hors du temps. C’est comme si ce tableau, de l’autre côté du voile, lui murmure des choses, comme si chaque porte demande à être ouverte. Mais elle se contente de passer son chemin d’un regard volontairement distrait. Sa robe, d’un noir étincelant, semble projeter un reflet d’infini sur les tapis de pourpre qui recouvrent le sol. Toutes les voix s’effacent devant la surface azurée du silence, qui ne laisse de place que pour les mots de l’esprit. Il n’y a plus qu’elle, seule face à cette fenêtre, image muette de la capitale plongée malgré elle dans les ténèbres de son destin.

    Elle repense à lui. Comment savoir s’il sera là-bas ? Les pensées se bousculent tout à coup dans sa tête. Le doute, lentement mais sûrement, étend son emprise sur un esprit jeune et inachevé. Elle pose sa main sur la vitre, comme pour masquer ce reflet d’elle-même qu’elle ne veut pas voir, ce double qu’elle ne connait que trop bien. L’ombre qui vient du miroir, et avec laquelle elle a appris à grandir, à aimer et à regretter. Cette chose qu’elle n’accepte pas, même dans ses rêves les plus fous. Il ne viendra pas. De toute façon, il ne t’aime pas. Tu n’es rien d’autre pour lui qu’un jouet, une poupée que l’on prend puis que l’on jette. Comment peux-tu être aveugle à ce point ? Regarde-toi, assume ta part de noirceur. Tu crois lui plaire ? Ce n’est pas d’un visage dont tu as besoin, ni même de ces cheveux. Tu as besoin d’un cœur. Une larme naît et s’étend, elle grandit et glisse, inlassablement. L’éclat de diamant lui brûle l’œil, mais elle n’a aucun moyen de calmer la douleur. Elle n’en a jamais eu. L’œil innocent et bienveillant de l’enfance a été percé il y a trop longtemps. Au coin de l’iris perlent désormais l’eau et le sang, réunis dans une même étreinte. Tais-toi. Je vais aller au bal, et je vais danser avec lui. Il me reconnaîtra derrière mon masque, j’en suis sûre. Elle frotte la buée sur la vitre. De fines gouttelettes de rosée glissent le long de cadre. Le manoir pleure aussi. Ce soir, c’est mon soir. Je t’interdis de venir. Une ombre passe de l’autre côté du rideau, là où aucun regard n’a son empire. De venir ? Mais je fais partie de toi, depuis toujours.

    - Emma. Tout va bien ?

    La voix de sa mère, comme venue de nulle part. Elle s'essuie rapidement le visage, et se tourne vers elle en souriant. Elsa Grace se tient dans l’encadrement de la porte, sous un bouquet de roses desséchées. Splendide et ténébreuse, comme à son habitude. Une femme dans la fleur de l’âge, qui a tout pour séduire les plus grands salons londoniens. Mais le mariage ne l’intéresse pas. Les hommes sont faux et mauvais, disait-elle souvent à sa fille. Tu dois les mépriser comme je les ai méprisés. Aucun d’eux ne t’es indispensable. C’est folie de croire que l’on a besoin de l’amour d’un homme pour devenir mère. Emma s’avance vers elle, hésitante. On croirait voir en elle un étrange reflet décalé d’Elsa, plus jeune, plus hésitante, moins marquée par les épreuves de la vie. Jamais mère et fille n’ont été aussi semblables qu’en cet instant.

    - Oui. Je pensais simplement au bal et…
    - Du moment que tu ne danses avec aucun homme, tu as ma bénédiction. C’est déjà suffisamment humiliant pour toi de fréquenter les murs d’une académie mixte, alors danser avec un étudiant lors d’une soirée comme celle-ci dépasse l’entendement.


    Les deux femmes marchent côte à côte dans l’escalier qui mène à l’antichambre du manoir. Dehors, Londres est plongée dans ce voile grisonnant qui précède l’apocalypse. Là, les sens sont troublés par la matérialité des êtres et des choses, et l’âme se perd dans les méandres inexplorés d’une conscience trompée. L’oubli et la mort guette à chaque coin de rue, dans ces bas-fonds irrigués de désespoir et d’agonie. Mais quand le regard se tourne vers le ciel, l’esprit y voit autre chose. Emma y voit d’abord l’éclipse, belle, sensuelle et éternelle. Et puis une ombre se détache du firmament, comme un fragment de néant peint sur du papier de verre, l’image brumeuse d’un lieu aussi onirique que fascinant. Le Léviathan plane là, à moins de deux lieues des têtes des passants, signe étrangement familier d’un ciel devenu mer, d’un monde qui se retourne. Les repères s’effacent, l’Est devient Ouest, et tout ici revêt l’odeur maritime des vents du grand large, porté par l’invisible houle qui ne s’interrompt jamais. La jeune fille est fascinée par les courbes élancées et disgracieuses de l’animal-machine, par les contours saillants de cendre et de vapeur qui recouvrent son corps, par les formes voluptueuses de la proue qui semble presque caresser de son ombre les plus hautes cheminées de Londres. En quinze ans d’existence, elle n’a jamais rien vu de tel.

    La barque est toute proche désormais. Le premier pas demeure le plus difficile. Emma jette un dernier regard en arrière avant de monter. A ses côtés, Elsa demeure impassible, le regard rivé sur les toits de la ville, ignorant totalement le marin qui est aux commandes de l’embarcation. La jeune fille met son masque. C’est un morceau de velours noir taillé finement, reprenant les formes ésotériques d’un renard élancé en pleine course. L’emblème de sa famille depuis des temps immémoriaux. Un objet à la fois singulier et banal, un visage dont on se pare le temps d’une soirée, d’un sourire, d’une danse. Ses cheveux blonds ondulent au gré du vent des côtes, celui qui est apporté par les effluves fantômes du navire tout juste réel. Londres s’évapore sous ses pieds tandis que le monstre, de plus en plus impressionnant, gonfle et se dessine au-dessus de sa tête, projetant son ombre jusqu’au fond de son œil au bord des larmes. Je me sens étrangement bien ici. Je me sens presque chez moi. Et la ville parait si insignifiante vue de là, si fragile que si je pouvais, l’espace d’un instant, m’y perdre, je le ferais. Ombre, lune et étoiles, je ne vous décevrai pas. La barque traverse une volute de fumée plus épaisse que les autres, et la jeune fille perd de vue un instant la terre ferme. Sensation de courte durée. Bientôt, la voilà arrivée sur le pont du prodigieux navire, parvenue à la frontière de ces deux mondes réunis le temps d’un soupir. Une étreinte contre nature.

    Les invités se mélangent en longues chaînes colorées, faites d’argent de de bronze, à la lueur d’un soleil qui n’est plus que souvenir brumeux. Emma le cherche du regard. Impossible de savoir s’il est déjà arrivé. Je ne connais même pas son nom. Je ne suis même pas sûre de le reconnaître. Les masques se succèdent, semblables et différents à la fois, allant et venant dans une étrange danse macabre, remous languissants et incertains d’un temps indescriptible qui se contente d’être. Les sons deviennent plus lointains – projetés contre des voiles invisibles, ils s’y brisent comme l’écume des vagues sur les rivages du souvenir. Elle reste là pourtant, au milieu de la foule, à attendre l’inconnu, ne portant en elle que sa jeunesse et ses certitudes. Est-il trop tôt ? Est-il trop tard ? Comment savoir s’il est temps en effet, quand le ciel lui-même oublie la vibration qui précède l’origine du monde ? Je n’ai qu’à attendre que l’on m’invite à danser. Ce n’est pas si difficile. Les images se succèdent inlassablement. Emma cherche sa mère du regard. Il ne lui faut que peu de temps pour croiser à nouveau son visage, même dissimulé sous un masque de pourpre. Pourvu qu’elle m’oublie. D’un geste nerveux de la main, elle remet sa mèche brune en place. Sois invisible, sois une ombre, cache-toi. C’est comme ça qu’il te reconnaîtra.

    Un grondement se fait entendre dans le lointain. Impossible de savoir s’il vient de l’abîme ou du ciel. Impossible de savoir même s’il est réel. Ici, tout semble inversé, tout n’est qu’illusion. L’ombre étend son emprise sur tous les cœurs et toutes les âmes, c’est une ode à l’obscurité qui se répète, encore et encore, c’est la chevauchée fantastique du Mal, les fleurs fanées de l’innocence assassinée, le prélude aux maux innommables de demain. Emma ne remarque pas cette petite musique, tant elle a d’yeux et d’admiration pour tout ce petit monde qui danse, dessine, joue, parle, écoute, tombe, embrasse et tue. Une société qu’elle ne demande qu’à rejoindre. Aimer et être aimée en retour. Je suis Emma Mélissa Iris Grace. Je suis juste moi. Mon ombre est restée sur Terre, et mon cœur est là.
Emma Grace
 



Messagepar Nalia Sambre » 09 Avr 2015, 00:00

A bord de la baleine mystérieuse, flottante, volante dans les airs comme sur les mers, Nalia déambulait à travers la foule. A peine flambant neuve, comme si elle renaissait de ses cendres, éternelle, immortelle, comme si le temps n’avait pas de conséquence. Déjà l’éclipse de brume s’emparait de la ville. Pour un tel spectacle il fallait des témoins, beaucoup de témoins pour ce véritable miracle. La jeune Sambre était à la recherche de personne qu’elle connaissait, de sa sœur, d’hommes inconnu qu’elle pourrait envouter de son pouvoir pour simplement s’amuser. Dans un coin, ou peut être même en plein milieu de la foule, cela serait très amusant. Mais ça lui était impossible. Les masques cachaient les identités, c’était bien évidemment le but mais il était difficile d’arriver à connaitre l’interlocuteur derrière. Parler à l’inconnu, ou peut être à une connaissance, le vrai du faux se mélanger, la vie et la mort, le réel et l’irréel. Les mondes se superposés pour n’en faire plus qu’un. Les habitants commençaient à affluer sur le pont, la magie des lieux faisait son effet. Paré de son masque de sang, vêtue de noir, peut être était-elle facilement reconnaissable. Qu’importe, elle pourrait toujours jouer sur le mystère pour être à son avantage. Dans ses pensées, à travers son masque, elle regardait les personnes danser, parler, s’amuser, le brouhaha des voix s’élevaient dans le ciel, empêchant son ouïe de percer un bruit plus ou moins distinctif des autres. C’est alors que son attention fut attiré par quelque chose. On tirait sur sa robe. Comment avait-elle fait pour ne pas sentir la présence de cette personne à ses côtés ? Quelqu’un cherchait à avoir son attention. Nalia ne vit rien sur le coup, ça n’était pas en face d’elle. Elle baissa la tête et découvrit une petite fille qui indiquait une direction de son doigt. Cela expliquait les choses en partie. Comme tout l’équipage des brumes, la fillette semblait aussi transparente qu’eux. Un rêve ou la réalité ?

Elle se laissa tenter par cet entre deux monde. Son regard s’éleva vers le ciel, et au dessus de tout ce monde se dresser des fils. Au bout du fil, une acrobate. A cette distance il était impossible de savoir si c’était une fille ou un garçon, mais au vu de la silhouette gracieuse et fine qui se dessinait elle semblait féminine. La funambule commença son spectacle. Elle était souple, douée, magnifique dans sa tenue costumée. La gracieuse acrobate montrait sa parfaite maitrise de l’équilibre, de son corps ne faisant qu’un avec le fil d’argent. C’était incroyable, d’une beauté époustouflante. Nalia l’a regardait avec de grand yeux ébahi. Elle n’avait jamais vu ce genre de chose. Elle en était émerveillée. Ses figures étaient parfaitement exécutés, sans erreurs, sans peur, avec assurance et détermination. Les gens autour d’elle regardaient de la même manière, complètement sous le charme. La petite fille était aussi émerveillée, rieuse, elle disparu dans la foule aussi vite qu’elle était venue. La danseuse des brumes, toujours en équilibre finit par s’élancer à l’aide de ses fils pour retomber sur le ponton du navire. Avec simplicité et grâce, époustouflante de son agilité. Des applaudissements et des cris de surprises s’élevèrent pour féliciter la funambule. Un rire cristallin en guise de remerciement pour la foule. Elle vient se mêler à la foule, sautillant de ses pas légers en chantonnant quelques douces notes.

Le temps reprit son cours normal. La brune au masque de sang repartie à la recherche de nouvelles rencontre. Se frayant un chemin parmi les vivants et les ombres des brumes, elle cherchait toujours sa sœur ou d’autres personnes de sa connaissance. Elle ignorait que dans quelques instants un incident aller se produire. Autre chose que l’éclipse. Au lointain elle entendait la musique sourde d’un harmonica et à nouveau elle fut surprise par la belle acrobate. Chantonnant des sons merveilleux elle l’attrapa par la main et l’emmena ailleurs. Sa mélodie teinté suavement, quelque chose de chaud, de torride, d’enivrant, elle se laissa entrainer par sa danse et ses mouvements jusqu’à un endroit un peu plus reculé et solitaire. La funambule l’a mena sur une passerelle où déjà deux autres femmes étaient présente. Elle les rejoignit, toutes trois regroupés comme une œuvre d’art vivante. Une autre brune, qui semblait être comme elle et une jeune femme blonde, masque de glace. Elle ne les connaissait pas, du moins derrière ses masques. La danseuse au costume d’arlequin les regarda toutes les trois, s’inclina et se frotta les mains comme si elle semblait ravie de cette vision. Elle offrit le spectacle éblouissant de boule de lumière de toutes les couleurs en direction des trois femmes avant de disparaitre entouré de brume. Nalia regarda les deux autres filles, elle leur souria et les vit à leur tour faire des boules magique. Une prise de flamme, l’autre de glace. Elle décida d’en faire de même. Touchant une boule d’or de sa coupure du poignet pour que le sang prenne la couleur de la bulle. D’or elle se transforma en rouge sang.

-« Je suis ravie de me trouver en votre compagnie mesdemoiselles. La petite acrobate nous a réunit...j’ignore pourquoi mais nous pourrions mettre à profit pour regarder le spectacle de l’éclipse et de découvrir les mystères du Léviathan. »

Qui sait ? Peut être qu’après les deux jeunes filles voudraient bien partir à la découverte du navire et de ses recoins sombres . L’éclipse n’en était qu’au commencement, la princesse au masque de glace avait raison. Elle semblait être familière des brumes et connaitre ce milieu. Nalia regarda le ciel, où les ombres et la nuit semblaient s’emparer du monde. Un peu plus loin sur le navire, la foule remuer, certain courrait, quelque chose s’était passé. Elle se rappela le son de cet harmonica...

-« Je crois que nous avons été mise à l’abri d’une catastrophe. Quelque chose a du se produire de l’autre côté. »
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Messagepar Laurelyne Salvatore » 09 Avr 2015, 22:13

    La clarté du soleil faisait place à la luminosité opalescente de l’astre lunaire, en ce début d’Eclipse. Mon Père se préparait à se retirer pour la nuit, comme mon petit frère, Cyprien. Attendant que tous dorment profondément, je sortie de la maison silencieusement, excitée à la perspective de cette nuit à venir. Marchant d’un pas vif, j’allais à un endroit familier, une vieille cabane dans les bois, à l’orée de Londres pour y retrouver mon bal Angel. Surveillant les alentours, les sens à l’affût tout comme ma magie déployée, je fais attention à ne pas être suivie. Si l’on venait à découvrir qu’une jeune fille, héritière d’une ancienne famille Sorcière fréquentait assidûment un Vampire, cela pourrait avoir des conséquences plus que néfastes pour nous deux. Arrivée à notre lieu de rendez-vous, je le vois m’accueillir sur le seuil, m’ouvrant la porte pour que j’entre. Rapidement, enfiévrés, nous troquons nos habits de tous les jours pour des costumes, faisant ainsi honneur au Carnaval.

    Pour lui, un costume bleu et argenté, agrémenté de pierres de saphir, ainsi qu’un masque d’argent, énigmatique. Quant à moi, je porterais un costume de tissus dorés, aux perles d’or et de rubis, un masque assorti recouvrant mon visage. Rares seraient les personnes qui en nous voyant reconnaîtraient un Vampire en compagnie d’une humaine, d’une Sorcière. Mais nous avions choisis ces atours pour rendre honneur à nos maisons respectives, le Saphir et le Rubis s’unissant à la vue de tous tout en étant protéger par l’anonymat de la mascarade. Une fois parés comme nous le souhaitions, nous sommes sortis, en direction de la Ville et de la fête. Le chemin était différent de celui que je prenais à l’aller, je prenais toujours la précaution de venir différemment à chacune de nos rencontres nocturnes. Les bruits des festivités s’entendaient de loin, et Angel me commentait ce qu’il entendait, ayant une ouïe bien plus affinée que moi, pauvre mortelle que j’étais.

    Des danses s’improvisaient dans les rues. A l’abri des masques, le mystère étant de mises, on voyait des individus des différents Quartiers se mélanger pour une trêve joyeuse et festive. Le maître mot de ces Neufs jours d’Eclipse était l’amusement. Nous faisant prendre au passage par la main, nous avons dansé avec une ribambelle de personnes quelques longues minutes avant de réussir à nous en défaire et nous isoler, pour reprendre notre souffle et nos esprits. Levant la tête au ciel étoilé, je remarquais une sorte de barque flottant non dans l’eau mais dans l’air, venant à notre rencontre. Angel sourit doucement, voyant sans doute mieux que moi ce dont il s’agissait, et d’où l’embarcation aérienne provenait. Echangeant un regard complice lorsqu’elle vint à notre hauteur, il m’aida à y grimper, venant ensuite à mes côtés, la barque nous menant toujours plus haut, portée par le vent jusqu’à sa destination. Un magnifique et imposant dirigeable, en forme de cétacé.

    Prenant pieds sur le pont du géant des airs, nous allons nous mêler à la foule y étant déjà, mêlant morts et vivant, comme je le voyais, le sentais grâce à ma magie, et comme me le confirma mon compagnon vampire. Nous mélangeant onc, nous avons dansés ensemble une première danse, avant de décider de nous séparer pour mieux nous retrouver quelques heures plus tard. Le but étant d s’amuser et d’avoir des choses à raconter à l’autre pour nos nuits futures. Allant chacun de notre côté, je fus intriguée par un mouvement de foule à une extrémité du pont. Curieuse de nature, j’allais voir ce qu’il se passait pour remarque un attroupement encerclant un homme semblant prendre feu par un sort des Brumes, puis des jeunes filles l’entourant, dont l’une toute de végétation vêtue en une robes sylvestre d’une rare finesse, ainsi qu’un jeune homme prenant la défense du blessé. La jeune fille à l’habit végétale se porta au chevet du blessé pour le soigner, mais se redressa bien vite, visiblement mécontente…. Mon regard fut ensuite attirer par un spectacle d’acrobatie, que je suivis alors des yeux, subjuguée par la délicatesse, l’excellence d’exécution de l’acrobate qui s’en alla non sans avoir réunie trois personnes au préalable… Applaudissant comme la foule, j’allais ensuite au bastingage, respirer l’air frais à plein poumon, profitant de la brise nocturne et de ce calme serein. Une main dans mon dos me renseigna sur le retour de mon aimé.

    Intermède de sérénité partagée avant de nous fondre à nouveau dans la foule, chacun d'un côté, pour partager un maximum d’anecdotes, de rencontres vécues en cette nuit magique.
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Messagepar Talia Sambre » 10 Avr 2015, 13:11

L'écuyer bataillait avec la fermeture éclair de la combinaison de sa championne. Plus il la remontait et plus la majestueuse poitrine de l'héritière de Dante, trop compressée par les langueurs élastiques du latex, menaçait de faire éclater les coutures, et de déborder en une orgie de chairs laiteuses. Les maladresse du dévoué jeune homme excédaient la grande brune et elle contenait à peine son impatience en reniflant et soufflant bruyamment par les narines. Enfin après une attente qui parut durer une éternité, le garçon poussant un soupir de soulagement réussit à dompter ces seins qu'il en était venu à temporairement haïr, et à faire coulisser jusque en haut la glissière. Pour tout remerciement, l'ombrageuse neuvième année, peu habituée à montrer un quelconque signe de gratitude, le repoussa d'une bourrade pour se rapprocher de cette immense glace murale, qui occupait narcissiquement l'une des muraille de la chambre en désordre. Tournant sur elle même, en prenant bien soin de faire couiner et gémir ce tissu plastique qui la moulait autant qu'il l'étranglait, elle s'admira. D'abord elle fronça les sourcils, critique et peu amène, et puis forcée de constater que son disciple ne s'en était pas si mal tiré, elle finit par écarter ses lèvres couvertes d'un épais maquillage d'encre noire et gluante, en un sourire rapace. « -Il n'y a pas à dire Suffer. Je suis une putain de bombe. »

Aveugle depuis des années, cet étudiant de septième année aux yeux carbonisés recouverts d'un pudique foulard de soie, ne put qu'acquiescer diplomatiquement d'un bref hochement du menton, tout en sachant très bien que la championne se contrebalançait de son opinion. Et avant que la détestable héritière n'ai eu le temps de faire claquer la langue pour lui siffler un ordre, il fut dans son dos. A tâton, de ses mains habiles au toucher accru par sa cécité, il recoiffa sommairement sa championne, de façon à pouvoir lui fixer sur le crâne ce masque rituel qu'elle s'était choisie. Mais Talia toujours impatiente, la faute à ces quelques grammes de drogue qu'elle s'était enfilée dans les narines, ne lui simplifiait pas la tâche, et bougeait, se trémoussait, en prenant un malin plaisir à frotter son postérieur bombé contre le bassin du jeune homme. « -Allez, allez...Bouge ton cul! » Aboya encore l'héritière, alors que l'écuyer venait de lui faire mal, en tirant malencontreusement une mèche de cheveux. Puis le demi masque, trouva enfin sa place sur les traits sauvages de l'héritière. Relevant la tête, se passant une langue noire sur ses lèvres lascives, Talia observa l'effet avec un narcissisme assumé. La pièce ornementale était étrange, inquiétante. Elle représentait la partie supérieure du museau épaté d'une panthère noire. La sombre fourrure qui le couvrait était réelle, de même que les crocs d'ivoire couvert de sang caillé que l'on avait laissé en décoration. Tribal et primal, l'objet contrastait durement avec la modernité assumée de la combinaison de latex luisant qui moulait le corps de l'héritière.

Deux heures plus tard, et après avoir manqué de se tuer aux moins trois fois en traversant la ville juchés sur l'énorme moto de course de Talia, la Panthère et son écuyer faisaient leurs premiers pas sur le pont branlant du Léviathan. Il fallait être d'une agilité surnaturelle, pour ne pas dire démoniaque, pour réussir à se déplacer au milieu de ce chaos de coursives, de planches pourries, et de passerelles peu commodes, lorsqu'on était dressée sur plus d'une quinzaine de centimètres de talons et de semelles compensées. Mais la Féline passa l'épreuve haut la main, et de sa démarche chaloupée, annoncée et dénoncée, par l'ample, serpentin mouvement de balancier de ses hanches féminines, elle se fraya un chemin entre les différents convives. Privée du sens de la vue, par toutes ces nappes de brume qui follatraient à ces altitudes, elle se rabattit sur son odorat et son instinct, pour chercher à capter la présence de sa sœur. L'aveugle la suivait à petits pas prudents, en se concentrant sur l'écho enlevé, martial, des foulées talonnées de sa championne martelant et rayant les lattes glissantes du plancher.

« -Une catastrophe ? Pire que voir deux pétasses nymphomanes regroupées sur le même bateau? » Ronronna Talia en surgissant des ombres argentées, pour se couler avec tendresse dans le dos de sa sœur. En guise de gants, la fille de Dante, avait enfoncé ses mains dans d'obscures pattes de panthères qui avaient été prélevées sur le corps torturé d'une pauvre bête. En plus d'être accordés à la fourrure soyeuse de son masque, ces ornements avaient le mérite d'être de formidables armes dont les griffes rétractiles qui pouvaient jaillir à volonté n'avaient rien perdu de leur potentiel tranchant. La poitrine écrasée contre les omoplates de Nalia, les babines pressée contre la nuque de sa jumelle, elle mordillait et tétait sans pudeur ni vergogne la peau aimée. Que lui importait ces regards surpris qui s'étaient posés sur sa personne lorsqu'elle s'était extirpée d'une nappe de brumes pour briser, saccager, la fragile harmonie de cet instant de paix façonné par les arts exquis de l'acrobate ? De ses pattes aux coussinets râpeux, elle comblait de quelques caresses appuyées sur les voluptés de son adorée, ces heures froides et solitaires qui les avaient séparé. « -Je t'ai entendu parler... Je ne te savais pas si sensible aux charmes de l'Eclipse » Ricana la Succube tout en titillant du bout pointu de sa langue, le lobe d'oreille de sa sœur. « -Suffer ? Nalia a besoin d'un petit remontant. » Et dans cette main griffue que lui tendait d'autorité la championne, toutes griffes dehors, l'écuyer aveugle déposa un petit sachet de poudre, hermétiquement clos.

Sans vergogne, elle qui adorait tant être au centre de toutes les attentions, Talia fit jouer très délicatement la fermeture éclair de sa combinaison. Le latex qui d'ordinaire était refermé très haut, jusqu'au cou, se sépara en soupirant, pour dessiner dans sa béance, un profond, insondable décolleté à la Démone. Et sur les rondeurs laiteuses de sa poitrine, dont la peau était si fine qu'elle laissait deviner tout le lacis de petites veinules bleutées courant sous le derme, elle renversa la drogue poudreuse. Les minuscules flocons de poison de rêve s'étalèrent sur ses seins, qu'ils recouvrirent comme du sucre glace venant napper un gâteau. « -Respire et inspire chérie. La nuit n'en sera que plus belle... » Minauda la championne en agitant son buste sous le nez de Nalia. Insolente, elle surveillait de ses yeux froids, agressifs, qui scintillaient dans les fentes obscures de son masque, les autres invités. Finalement elle s'adressa aux filles les plus proches. « -Vous pouvez aussi venir vous repoudrer le nez, si le cœur vous en dit. Il y en a bien assez pour tout le monde. » Rejetant la tête en arrière, relevant son mufle de panthère vers le ciel, comme une louve qui voudrait hurler à la Lune, elle partit alors d'un rauque, profond éclat de rire. C'était une joie malsaine. Purement, simplement...animale.

Le masque de Talia en y ajoutant des crocs et de la fourrure et la combinaison.
Talia Sambre
 



Messagepar Lili » 10 Avr 2015, 22:49

Sa robe bruissait à chaque pas qu’elle faisait. C’était un cadeau. Un cadeau d’une amie à une amie. Enfin une amie. Lili n’arrivait pas bien à définir la relation qui la liait à Garance. Mais la jeune fille était plus vieille qu’elle et était très proche de la louve. Alors Lili ne savait pas bien à quel genre de lien elle avait affaire. Une amie ou une supérieure. Une supérieure sans doute, Lili n’était qu’une putain, une pute dont on s’offrait les services pour connaître un petit bout de son avenir. Mais elle était une jeune fille heureuse et souriante. Une toute jeune fille qui arpentait les bancs de l’académie depuis un peu plus d’un an et qui se soir s’égarerait dans les brumes. Seulement 14 ans mais déjà une douce et chaude lumière. Encore chargée d’une innocence pas encore totalement ternie, pas encore totalement gâchée. Une fine fleur délicate. Et sa robe était composée de plume noire, lui faisant comme un merveilleux plumage tombant jusqu’au sol. Et lorsqu’elle écartait ses bras, les pans de sa robes s’écartaient comme de sublime ailes couleur de jais, sublime corbeau aux ailes luisantes et fournit. Un somptueux plumages fait pour elle, lui faisant comme une seconde peau. De son catalyseur, Lili n’avait gardé que son archet, le reste étant resté dissimulé dans sa cachette, protégé de nombreux sorts. Et même l’archet était glissé entre les plumes, bien attaché, bien caché pour être protégé et lui offrir la possibilité de se servir de sa magie, au cas où. Et le masque couvrait son visage lui mangeant en partie, transformant son nez en un long bec crochu. Mais ses lèvres, au rose léger et innocent s’étiraient d’un sourire angélique contrastant avec sa tenue. Tout le mystère de Lili traduit dans un étrange paradoxe physique. Une merveilleuse enfant pure et souriante élevée au cœur de l’Onyx et battue pour son don de voyance. Déjà à l’aube de ses 14 ans, elle portait les cicatrices de la torture et de la souffrance. Pourtant elle souriait. Une enfant forte et solide, déjà entourée de ce halo de lumière qui la suivrait pour le reste de sa vie. Et Lili rayonnait malgré sa tenue de corbeau. Un étrange paradoxe fait pour se fondre dans la masse du carnaval.

La barque s’arrêta devant elle avec élégance et souplesse et le matelot lui tendit le bras évacuant ses accompagnateurs. Nul besoin de surveillance ou de protection, la brume porterait l’enfant en son sein. L’éclipse prendrait soin d’elle. Car Lili était de toute beauté. Elle prit place sur le petit banc hors d’âge et attendis, regardant le vide. Elle regardait Londres devenir de plus en plus petite à mesure qu’elle s’élevait. Et finalement, aussi vite que dans un rêve, elle se retrouva sur l’immense baleine volante. Elle était émerveillée, enchantée. Son sourire s’étalait éclatant alors qu’elle descendait d’un ponton pour en gagner un autre. Elle découvrait les robes fabuleuses, les masques fantaisistes et les costumes incroyables. Elle découvrait les animations des brumes avec de grands yeux émerveillés. Elle était totalement excitée. Elle sautillait d’un ponton à l’autre, avec des « Wooooh » et des « Waaah » qui traduisaient son émerveillement. Et même les autres la regardaient, intrigués par la jeune fille. Qui était-elle donc ? Ce petit corbeau annonciateur de malheur qui pourtant rayonnait d’une douce lumière. D’où venait-elle ? Où allait-elle ? Elle semblait capable d’illuminer des vies, de réchauffer les âmes. Et les gens étaient jaloux ou envieux. Pourrait-elle rester avec eux pour leur offrir merveilles et douceurs ? Mais déjà l’oiseau s’envolait vers d’autres groupes.

Elle entrevit le traître de l’IRA sans y prendre garde, reconnaissant le masque de la belle Gemme pour l’avoir vu avant de quitter l’académie. Elle ne craignait pas pour la vie de la louve qui était grande et de toute façon qu’aurait pu faire une fille comme Lili ? Pureté et innocence, gentillesse et douceur, aucune once de violence ne vibrait en elle. Elle n’aurait rien pu faire. Alors elle glissa jusqu’à regarder l’agile danseuse des brumes. Les clochettes raisonnant au rythme de ses mouvements. Et Lili regarda l’artiste faire. Oui. Oui encore ! Encore ! Lili en voulait encore. Beauté et douceur. Folie et art. Le cœur de la jeune fille battait à tout rompre dans sa poitrine tellement fort qu’il menaçait d’en sortir. Mais Lili voulait encore la voir. Elle pencha un peu la tête lorsque la fillette se saisit de main ici et là. Et dans un mouvement de foule, elle se retrouva projetée au côté d’une jeune femme au masque d’argent, à la couronne fleurie et à la robe blanche sublime. Et elle entendit le juron de la jeune femme. Lili sourit doucement. Un sourire dont seule elle connaissait le secret de fabrication. L’un de ces sourires qui vous faisait vous sentir quelqu’un. Qui vous faisait vous sentir particulier. Elle leva son regard pétillant de douceur, d’innocence et de beauté sur la jeune brune et prit sa main dans un mouvement agile et très doux. Elle sourit et dit :

« Il ne faut pas dire ça, elle ne fait que commencer cette soirée ! » Son sourire ne la quittait pas, elle serra la main de son ainée sans la reconnaitre et l’entraîna : « Et je suis sure qu’il y a d’autres mystères qui se cachent dans la brume, qui sait peut-être trouverons nous des dragons ou des charmeurs de serpents ? »

La petite Lili entraîna la douce Lawerance parmi la foule à la recherche des mystères dissimulés sur le navire. Et son regard empli de merveille promettait mille découvertes passionnantes. Car telle était le secret de Lili : douceur et curiosité, un regard empli d’une infinie bonté et d’une foi infaillible en l’homme et en la magie. Elle savait, elle sentait. Elle avait confiance, la brume qui les entourait leur réservait de belles surprises et elle entraînait la Boyle pour aller les découvrir, ces mystères tout en sautillant gaiement entre les gens, découvrant de nouveaux masques et déguisements !
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« Lili, put all your fears back in the shade, don't become a ghost
without no colour, cause you're the best paint life ever made »
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Messagepar Victor Rîmaru » 11 Avr 2015, 04:43

Le ciel semblait vouloir s'ennuager. C'était de très mauvais augure. Le Roumain savait que le mauvais temps n'était pas bon pour les affaires. Cela faisait très peu de temps que Victor s'était installé dans sa bijouterie, au sous-sol du Quartier Rubis. Il avait déjà fait fructifier le collier de perles qu'il avait subtilisé à cette vieille salope de garce. Mais cela ne suffisait pas aux yeux du bijoutier. Il avait toujours la récente ruine de ses parents en tête. Il ne finirait pas ruiné comme eux. Bien sur que non, il était beaucoup trop brillant pour cela.

Mais cela faisait si peu de temps qu'il avait quitté sa Roumanie natale, il avait un peu le mal du pays. Londres était bien, mais ce n'était pas les belles montagnes carpathiques. Ce n'était pas les châteaux ancestraux, pleins de légendes vampiriques, de monstres et de mystères. Oui, Victor était un Londonien de résidence, mais il était un Roumain jusque dans le plus profond de son coeur. Se parlant à lui-même, assis dans sa bijouterie, il se jurait de ne jamais perdre son accent natal.


''Ça ne va pas assez vite. J'ai besoin d'un coup d'argent et vite.''

Le Roumain prit une bouffée d'opium, délice qu'il venait de découvrir. Cela le rendait plus calme, plus froid, plus réfléchi. Ce qui lui manquait le plus de son pays, c'était Morgane. Son amie, sa seule amie. Le seul être vivant qui ait véritablement compté pour Victor. Fixant son pendentif intensément, Victor se remémora tous les bons souvenirs passé avec elle.


''Morgane...je te retrouverai je le jure. Et non seulement tu seras couverte d'or et de bijoux, mais nous pourrons reprendre notre amitié là où nous l'avions laissé. Tu vivra dans le luxe dont tu as toujours rêvé.''


Victor en fit un serment. Puis, ses yeux se posèrent sur un morceau de parchemin, gribouillé de quelques bribes à propos d'un Carnaval à bord d'une singulière embarcation. Au début, Victor trouva cela tellement ridicule. Il n'avait pas à s'encombrer de telles sornettes. Il n'avait pas fait tout ce chemin depuis l'Europe de l'Est pour repartir en croisière. Mais un déclic se fit après une intense réflexion.

''Un instant, c'est peut-être une opportunité idéale.''

L'esprit du jeune bijoutier s'activa.


''Si je parviens à rencontrer quelqu'un d'important dans ce carnaval, je serai peut-être en mesure d'étendre mon commerce hors de ce bloc. Cela m'éviterait de devoir voler quelqu'un d'autre pour prospérer. Jamais j'oserais croire qu'il n'y aura pas de riches convives. Et si jamais je ne parviens pas à conclure une affaire, je me lancerai dans l'escroquerie à grande échelle.''

Victor se mit à rire de cette idée. Depuis le peu de temps qu'il avait immigré, il avait toujours fait son possible pour s'enrichir. Il se dit donc que cette traversée sur le Léviathan serait une occasion non seulement en or, mais très fructueuse. Après tout, sa bourse n'était pas très remplie. Comme ça, il ne pourrait jamais rivaliser avec le reste du quartier.


''Bien...j'y vais. Qu'est-ce que je risque? C'est l'occasion rêvé de vendre mes talents.''


Quelques jours plus tard


Victor termina son accoutrement pour l'évènement tant attendu. Ses pantalons de cuirs noirs, ses bottes noires, sa chemise de soie rouge et une quantité abusive de gel dans les cheveux, Victor était prêt. Cela devait faire au moins deux heures qu'il arrangeait son allure devant son miroir. Mais vint le moment de vérité: ses bijoux.


Il passa deux bagues et une chevalière à ses doigts: or, argent et platine...rubis, aigue-marine et tourmaline. Il passa autour de son cou sa Sphère précieuse, volé à ses parents alchimistes. Il mit dans sa poche un rutilant saphir taillé et un plus petit diamant. Après tout, on ne pouvait prévoir si une bonne affaire allait se présenter. N'étant pas trop certain du succès de l'opération, il gardait en mémoire la possibilité d'étendre son commerce. Cette perspective le garda motivé. Contemplant son reflet dans le miroir avec ses pupilles constamment dilatées par l'opium, il prit le pendentif d'argent de Morgane. Il l'embrassa, avant de le passer à son cou.

Mais comme il s'agissait d'un Carnaval, il se devait de porter un masque. Victor aurait bien aimé prendre le masque d'or pur serti de joyaux, mais il n'avait pas assez de ressources pour se le procurer. N'ayant pas le temps de s'en ''fabriquer un'', Il prit celui qui avait attiré son oeil chez le boutiquier: un masque qui à ses yeux représentait Mammon, diable des avares et des fanatiques de richesse matérielle. Son nouveau mode de vie à présent, ce qui allait l'éloigner le plus possible de cette image effrayante qu'a été le fiasco financier de son escroc de père.

Spoiler:
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*Voyez quelque chose dans ce genre là, mais beaucoup plus luxueux.


Bien sur, cela représentait un diable, mais le masque en question était strié d'or et d'argent via un petit tour alchimique simple. Il mit son masque et s'admira une fois de plus sous tous les angles possibles. Bon, son sublime visage était partiellement camouflé, mais c'était le but d'un tel regroupement après tout. Satisfait, il sortit de sa bijouterie et fut immédiatement surpris par la brume. Cette brume intense, presque étouffante qui rendait Londres impossible à percer.

''Encore un truc d'Anglais ça. Je vais devoir m'y habituer on dirait. Même en Roumanie je n'ai jamais vu une brume pareille.''

Une fois embarqué sur le Léviathan, Victor remarqua immédiatement de nombreux points. Il y avait une quantité abusive de gens sur ce damné rafiot. Victor n'avait pas réfléchi à l'handicap que les masques allait poser. Comment allait-il ouvrir une affaire si personne n'osait apparaître sous sa véritable identité? Son cerveau allant à une vitesse surprenante, il analysa le corps, la démarche, la posture et le masque de tous les gens qu'il voyait. Mais Victor devait se rendre à l'évidence, il ne connaissait personne dans cet endroit. Déjà. Londres lui était toujours un peu étrangère, cette embarcation ne représentait pas une amélioration.

''Nu este usor.''

Se murmurant à lui-même, il avançait tranquillement et trouva un endroit plus reculé pour observer, cherchant des éventuels signes de richesse, de pouvoir ou de prestance sociale. Tout ce qu'il voyait, c'étai des masques en velours, des robes et autres habits tous plus variés et étranges les uns que les autres. Tous les spectacles, animations et autres démonstrations n'attirait pas l'oeil brillant du bijoutier qui, sous les traits du Démon de l'avarice, scrutait qui serait non seulement assez digne, mais assez riche pour être sa prochaine juteuse affaire.

''Allez Victor, aurul este la indemana ta!''


Étais-ce un serment qu'il se faisait pour lui même ou une espérance dont il doutait très fort la véracité? Néanmoins, au milieu de l'équipage fantômatique et de tous ces inconnus aussi secrets et mystérieux que lui, Victor espérait que son charme continental et ses oeuvres d'art de joaillerie qu'il affichait si fièrement allait faire leur effet. Sinon, il trouverait bien un autre moyen de s'enrichir.
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Messagepar Le Conseil des Neuf » 11 Avr 2015, 19:43

Danseur des Brumes

"En carnaval toute bouffonnerie est bonne."

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Certains le disaient fils des Brumes, sorti spontanément des mystères de l’Éclipse, lors d'un Carnaval où la pleine lune avait baigné les Brumes d'un éclat magique, l'en faisant sortir, comme un rêve soudain incarné sur le monde. Certains disaient qu'il devait être issu d'au-delà même de la Brume, un fils de l'Avalon qui revenait tous les neuf ans hanter le monde en profitant du Carnaval et de la frontière plus mince entre son monde et celui des mortels. Certains prétendaient plutôt qu'il devait être un hybride, fils d'une danseuse et d'un esprit, ou bien d'une artiste mise enceinte par la magie de l'Éclipse elle-même. Certains, parmi les plus mauvaises langues, disaient qu'avec ses talents d'artistes et son besoin apparent de mettre la main sur les objets précieux des autres, ce devait être un bâtard caché des Ashfield, peut-être mêlé au sang Perle, qu'on ne laissait sortir que les soirs d'Éclipse. Certains, enfin, rejetaient toutes ces théories fantaisistes et voyaient en lui un simple sorcier parmi les autres, qui profitait de l'impunité du Carnaval pour revêtir tous les neuf ans la même tenue, et se bâtir sa propre légende, à moins encore qu'il ne s'agisse de plusieurs sorciers se passant le relais de façon plus ou moins organisé.

La vérité, c'était que personne ne savait.

Personne n'avait jamais pu retirer son masque, même si certains, victimes de vol ou de jalousie, avaient parfois essayé. Quand on tentait de l'attraper, il se fondait toujours dans les brumes. C'était un danseur de génie, tout le monde en convenait, qui usait de ses talents avec les femmes pour les charmer, et avec les hommes pour les voler. Il virevoltait d'une personne à l'autre dans les rues et les ruelles envahies par la Brume, du premier matin de l'Éclipse jusqu'à son dernier soir. Dans son costume jaune et vert, avec son masque d'argent et ses longs voiles aux teintes du jades, il laissait ses doigts baladeurs découvrir le corps de ses conquêtes les plus charmées, ou les moins vêtues, et subtiliser bijoux et bourses chez les plus riches, surtout les hommes, pour les redistribuer ensuite, plus loin, généralement hors d'atteinte, aux plus pauvres, surtout les hommes. Il faisait aussi des farces et de malicieux tours, bref il hantait le Carnaval, figure bien connue, particulièrement dans les rues de l'Émeraude, bien qu'il lui arrive de s'aventurer dans d'autres quartiers, à la faveur du flou territorial qui entourait l'Éclipse. Toujours insaisissable, personne ne savait exactement depuis combien de Carnaval il sévissait.

Ce soir, bien malin qui aurait pu dire s'il s'était simplement matérialisé sur le pont du Léviathan, repérant un des lieux forts du Carnaval, ou si, lui aussi, avait répondu à l'invitation de l'une de ces barques fantômes qui parcouraient, encore maintenant, le ciel embrumé de Magicopolis. Il était là e tous cas, dansant d'un bras à un autre, volant ici un baiser ou une caresse, là une bourse ou une babiole, sans jamais se laisser attraper, sans même jamais emmêlé ses nombreux voiles dans un costume ou un convive. Il déclenchait des rires, des cris, des imprécations, mais sa bouche, seule visible dans son masque d'argent, avec ses deux yeux verts et brillants, gardait toujours un sourire amusé. Quittant un pont inférieur où il avait joué quelques tours, il revint au pont supérieur en dansant toujours, et avisa, tout proche de lui, un couple qui se séparait. Une belle couleur Rubis et son cavalier couleur Saphir, qui se séparaient même si visiblement ils étaient en couple – c'était visible comme le nez au milieu de la figure pour qui savait voir, et le mystérieux Danseur savait voir comme personne. Avec un sourire il frôla le danseur Saphir et s'approcha de sa partenaire, lui prenant les mains en douceur mais avec fermeté, la faisant virevolté quelques instants, avec sa façon unique, qui semblait impossible à refuser tout en restant douce.

De sa main douce, il la fit se rapprocher d'un autre danseur, au masque de diable et aux bijoux précieux. Le genre qui avait l'air trop riche pour être honnête, et qui le faisait savoir... abandonnant la belle à côté de lui, il l’attrapa aussi par les mains lui aussi et virevolta quelques instants, avant de se coller à lui pour quelques mesures d'un tango serré, le relâchant finalement, avec un rire, en face de la jeune femme qu'il avait amené jusqu'à lui.

« Notre beau diable sans doute gouttera plus cette cavalière que moi, fit il en riant toujours, Et vous ferai un couple bien assorti. Comme payement pour cet accordage, je me saisi d'un plaisant baiser... sourit-il en volant rapidement un baiser à la belle qu'il avait entraîné jusqu'ici, un brillant saphir et un scintillant diamant. »

Avec un rire, il leva la main, faisant briller les deux pierres précieuses volées dans la poche de Victor, d'une main aussi légère que celle d'un fantôme, si légère que le plus attentif des grippe-sous n'avait jamais pu la déceler. Rapidement, il se déroba à toute tentative de vengeance et se glissa entre deux autres convives, ses voiles verts restant pourtant bien visibles, alors qu'il s'approchait d'une timide jeune femme en robe noire, qui semblait, malgré sa beauté, ne pas oser s'intégrer véritablement aux autres fêtards. Elle avait un cerbère qui la guettait un peu plus loin, mais cela le Danseur l'ignorait, et l'aurait-il su qu'il s'en serait moqué. Avec un rire joyeux il lui attrapa les mains à son tour et l'emmena dans une danse vive et entraînante, comme pour lui communiquer un peu de sa joie de vivre, un peu de la vie unique et fugace du Carnaval de Magicopolis, un carnaval comme il n'y en avait pas deux au monde. Le mystérieux Danseur, qui détestait la mélancolie et les à-côté de la fête, cherchait où l'emmener pour la rendre joyeuse, quand il entendit, en s'approchant du bastingage, un juron et quelques mots plus joyeux qui y répondaient. Avec un éclat de rire, il entraîna sa partenaire dans une danse plus animée, croisant la route de la joyeuse esclave et de la Boyle si contrariée.

« Votre amie a raison gente damoiselle, voici, je vous amène une nouvelle camarade. Prenez bien soin d'elle, faites-lui découvrir les merveilles du Carnaval, et voici en payement, un autre genre de merveille. »

D'un effet de manche et de voile, il fit apparaître les deux pierres précieuses volées plus tôt, déposant le saphir dans la main de la belle au masque d'argent et le diamant dans celle de la damoiselle au masque noire, volant à chacun un rapide baiser. Il se tourna ensuite vers sa cavalière et lui prit la main pour la baiser.

« Quand à vous je vous en prie amusez vous et dansez, l'Éclipse est encore jeune, et pleine de promesses... qu'il vous suffit d'évoquer. »

Après avoir dérobé un baiser également à Emma, histoire de ne pas faire de jalouse, il fit un clin d’œil à Lili et se fondit soudain dans les brumes, semblant tout simplement disparaître, alors que jusque là il avait été facile à suivre des yeux avec son costume flamboyant et ses danses vives, laissant derrière lui un grand serpent et un grand dragon chinois, qui s'enroulèrent autour des trois cavalières avant de s'enlacer l'un l'autre et de disparaître dans une petite note de musique cristalline. D'eux, plus de trace, et du Danseur non plus. L'avaricieux diable l'aurait-il poursuivit pour retrouver les trésors dérobés, et déjà redistribués, ou bien danserait-il avec la future vampire ? Les trois beautés qu'il avait réunis et essayé d'enchanter s'amuseraient-elles ensemble ou se quitteraient-elles ? Sans doute le Danseur ne le saurait-il jamais, déjà parti jouer d'autres tours, baiser d'autres lèvres, et tisser d'autres rêves...
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Messagepar Lawerance C. Boyle » 13 Avr 2015, 14:25

    Tu te retournes lentement, très lentement, le plus lentement possible. Ton regard brûlant de haine scanne de la tête aux pieds la belle inconnue. Tu dois lui accorder cela, d’être belle, et insouciante avec son grand lumineux sourire. Que tu aimerais la lui faire ravaler, cette grimace ! Pourquoi sourit-elle ? Se moque-t-elle de toi ? De ta mauvaise humeur ? De ton juron déplacé de la part d’une jeune femme aussi délicate que toi ? Mais qui donc croyait-elle être ? Ta mère ? Ta sœur ? Un membre de ta famille ? Non, impossible. Les Pheles n’avait que des fils et les Boyle, aussi nombreux soient-ils, ne te fréquentaient pas assez pour remarquer ta présence dans l’immense arbre généalogique aux ramifications trop complexes. Elle ne pouvait être qu’une étrangère, une inconnue que tu ne recroiserais plus de ta vie. Une de ces rencontres du Destin qui, pour l’instant, t’insupportait plus qu’autre chose.

    « Ne vous mêler pas de ceci. »

    Ton ton est dangereusement grave, ta voix basse ne s’échappe qu’en un filet sifflotant ressemblant à un crachat de serpent. Tes yeux se plissent, ton nez se brusque. Tu es prête à lui sauter à la gorge pour lui faire ravaler jusqu’à la dernière syllabe prononcée. Mais voilà, il y a du monde. Beaucoup trop de monde. Et tu détestes par dessus tout attirer l’attention sur toi. Alors tu te rapproches d’elle, humant au passage – pouah ! – un écoeurant parfum trop sucré, et, bustier contre bustier, lui susurre à l’oreille :

    « Vous pourriez le regretter. »

    Quelque chose collée à son corps lui faisant comme une baguette rigide s’accroche à ton jupon de gaze. Baissant ton regard, tu es surprise de découvrir de doux filaments aussi fins qu’une toile d’araignée flotter entre vous, portés par le vent. A bien y regarder, pas si fins que cela puisque tu reconnais le crin de cheval, caractéristique composante des archers si chers aux violonistes. Avec un sourire mauvais, tu lui murmures une dernière parole :

    « Allez donc jouer ailleurs. »

    Avant de te détourner d’elle… Et d’être arrêtée dans ton élan par un cavalier et sa partenaire. D’u coup d’œil tu englobes la scène et comprends à qui tu as à faire. Le Danseur et sa victime. La légende urbaine tout fringant dans son bel habit vert. Comme à son habitude, sa figure éternellement jeune reflète un sourire à se damner. A te damner. Tu sens et ne parviens à réfréner une bouffée de chaleur envahissant ton visage et le colorant sûrement d’une belle couleur rouge, redonnant de l’éclat à tes yeux et de la consistance à tes joues. Il ne manquait plus que cela comme point culminant de ta honte : que l’homme que tu poursuivais depuis longtemps – ton enfance, en fait – t’interrompt en plein élan de méchanceté gratuite. Comme s’il te comprenait, ou voulait te consoler, il fait un pas vers toi, ta main rendue froide par un contact lourd et inhabituel. Soudainement, ses lèvres mortes depuis longtemps caresse la courbe gracile de ton arcane sourcilière. Un baiser dénué de la moindre chaleur, du moindre éclat de vie. Un baiser pourtant qui te brûle plus surement qu’un morceau de charbon incandescent, un baiser comme un pont jeté entre vous deux, entre les vivants et les morts. Tu sais que la mécanique l’animant encore n’est qu’à un fil de se rompre, tu sais qu’il n’est qu’un souvenir surgissant de ci de là à son bon vouloir. Une légende qui se murmure du bout des lèvres, s’ouï dans les ruelles éthérées des Perles, et parfois se chante dans les musique de l’Emeraude. Mais tu es liée à lui d’une étrange façon. Ses yeux, ses gestes, ses cheveux. Son parfum, sa voix, son pas guillerets. Ses lèvres se posant délicatement toujours au même endroit. Jamais les joues, jamais la bouche, toujours l’arcade sourcilière. Comme ta mère. Comme ta mère. Comme ta mère. Cette mère disparue trop tôt, réapparue bien tard, mais à point nommée, alors que tu t’apprêtais à la suivre dans l’Au-Delà.

    Tu n’es pas folle, non, il ne te le semble pas. Est-ce une illusion que cet homme si semblable à ta génitrice, un coup du sort, une ironie des dieux ricanant ? Peut-être. Mais tu n’es que trop heureuse de le revoir, et elle à travers lui.

    Tu es étrangement silencieuse, en sa présence. Toute trace d’animosité a disparue. Ne reste qu’un regard un peu fiévreux à l’encontre du Danseur, un regard que l’on pourrait confondre avec de l’amour charnel. Il n’en est rien. Tu es ravie, comme à chaque fois, de revoir ta mère. Tu aimerais la toucher, tu aimerais la frôler, tu aimerais lui parler. Mais tu sais ce que tu risques : briser l’illusion. Alors tu restes là, immobile, rouge et pâle à la fois, le cœur battant, le corps tremblant. Maman. Maman. Maman… Tu voudrais hurler mais ta voix s’est éteinte. Il part que tu n’as pas prononcé un mot. Tu clos tes paupières, un coup de vent bienvenu rafraîchissant ton front. Parti… Jusqu’à la prochaine fois. Maman…

    Quelqu’un bouge, quelqu’un dans une robe d’un éclat noir, si profond que la nuit semble grise en comparaison. Une chevelure bicolore, une mèche que tu supposes soit sa vraie teinture, soit un artifice, qui coupe si franchement dans cette blondeur candide que c’en est choquant. Belle, également, si belle que tu te sens dépérir, fleur minuscule parmi ces magnifiques roses. Rentrer chez toi n’est plus un souhait, c’est un impétueux besoin. Plus jamais, tu te le jures, plus jamais tu ne t’habilleras en femme. Car ton éclat est si pâle, si ténu… Tu n’es qu’une petite fille, une insignifiante petite chose que personne ne remarque. Face aux deux parures noires ébène, ta robe blanche, virginale, fait champêtre. Tu n’es qu’une petite fermière, une adorable marchande de fleurs. Pour une fois, ton titre et ton rang et ton nom de famille ne te seront d’aucune utilité. C’est elles, ces deux autres, qui t’éclipsent totalement. Personne ne te regarde, personne ne fait attention à la discrète petite chose que tu es. Cette indifférence à ton égard te blesse autant que te réjouis. Ton anonymat est total, te procurant un délicieux dépaysement très déstabilisant.
Lawerance C. Boyle
 



Messagepar Malika » 15 Avr 2015, 13:04

Sur le toit, elle observe la voûte céleste avec une certaine attention. Ce monde ne tourne pas rond avec des lois qui n'ont aucune logique. La jeune fille se tait pour regarder comme le rouage fonctionne et de la manière dont on le nourrit. Mais où est le bon sens de tout cela ? Pourquoi dit-on que la vie est belle si l'on s'entête à vouloir la rendre fausse par des attitudes aussi stupides. On dit de suivre les adultes pour leurs expériences et sagesses, mais où sont ces impressions lorsque l'on voit leurs déraisons les guider et où leurs ambitions les mener. Malika connaît déjà très bien la finalité de ces routes. Il n'y a que perte au bout du compte. Pourquoi cet être a voulu la mener ici, à l'Académie ? Pourquoi vouloir lui faire apprendre ce qu'elle connait déjà en partie ? Trop étrange, peu approche Malika redoutant son regard qui semble tout percer autant qu'il attise de par son intensité. Les plus âgés de l'académie semble être conquis par la demoiselle dont le corps se rapproche d'une jeune fille de 17 ans. Indépendante, fière, mais où l'esprit est souvent mené vers un labyrinthe d'interrogations qui ne semblent que l'égarer davantage.

Un bruit. Une odeur. Malika se redresse de son trône quasi céleste et observe aux alentours. Ses sens en éveillent, son regard transcende la nuit pour voir ce qui se trame. Le visage se penchant sur le côté, elle observe le feu incandescent des lumières de Londres qui offrent un spectacle sans nul autre pareil. C'est comme une pluie de pierre précieuse qui montre la route à suivre... Ou bien est-ce le contraire justement. S'étirant doucement, la féline adolescente se redresse pour se laisse tomber jusqu'au sol sous le bruit délicieux de sa longue veste de cuir qui claque avec une mélodie sombre, mais hypnotique. Son bienfaiteur semble avoir saisie le style particulier de sa jeune protégée. Mais pourquoi autant d'intérêt à son égard ? Serait-il l'un de ces êtres lisant les étoiles et ayant capter à travers l'immensité pratiquement insondable, un meilleur avenir pour cette étrange créature ?

Aujourd'hui, c'est un jour de fête, mais n'étant nullement intéressé par ceci, Malika ne s'était pas déguisé se contentant seulement de se vêtir comme un jour normal à cacher avec expertise sa longue que féline d'un noir aussi profond que les plumes d'un corbeau. Seul le masque montre qu'elle accepte de jouer le jeu. Légèrement ceci dit. Les talon des bottes en cuir de la demoiselle martèle le sol. De sa démarche féline, elle quitte les murs de l'Académie pour se rendre en ville et voir la débauche qui s'y trament. Tout est oublié jusqu'à la différence des neuf maisons. Rien n'existent en cette nuit hormis le plaisir de jouer, de se mélanger, de rire et les actes charnelles.

De sa démarche féline, Malika avance attirée par le bruit environnant pensant que peut-être, il y aurait des buffets capables de satisfaites ces papilles. Elle sourit rien qu'à cette pensée d'ailleurs. Erèbe la suit comme de coutume, lui aussi curieux de voir ce qui se passe et surtout de pouvoir chaparder de quoi satisfaire son gourmand estomac. Une ombre plus lourde que les autres arrêtent les deux comparses. Une barque. Une main tendue. Un échange de regard entre Malika et Erèbe qui joueur se faufilent dans le moyen de transport volant où la mort semble s'être invité. Pour une personne telle que la féline, il n'y a rien de plus sécurisants et de plus entraînant.

La barque s'envolent laissant ainsi percevoir une nouvelle facette de Londres plus semblables à une fourmilière désordonné sentant la luxure à plein nez. Pourquoi se fourvoyer dans de tels actes ? L'adolescente ne comprend rien de l'attirance de deux êtres que cela soit par les émotions ou le physique. Elle sait simplement qu'elle n'aime pas être touché sans son consentement et que les hommes qui se présentent à elle et qui lui montre un intérêt trop persistant la rebutent.

Le trajet ne dure que peu de temps, mais Malika a eu le loisir d'observer la hauteur qui la séparer des terres londoniennes avec Erèbe sur ses genoux offrant le même oeil curieux. Pas de bruit, pas de questions. Aucune parole ne sont échangées avec les êtres dont le corps grignoté par la mort ne viennent à changer leurs comportements continuant de ramer sans émettre de bruit. Malika les observe appréciant cette vue qu'ils offrent.

Pieds sur un étrange navire, la féline et son chat observe ces gens. Vie se confondant à la Mort, comme c'est amusant, mais moins que cette douce odeur de nourriture qui capturent les sens des deux félins. D'un oeil complice, Malika et Erèbe traverse le pont. Leurs mouvements félins attirent le regard de certain, mais Malika ne fait guère attention à cela préférant goûter ces sucreries qui ne lancent des appels désespérés à l'adolescente et son chat.

La main s'avance et se pose sur une tartelette au chocolat. Une moitié est donné à son complice félin et les voilà goûter le trésor en leur main et patte. Quelle délice. C'est une valse d'arôme à la fois puissant dont l'amer a été finement capturé par le sucre justement dosée. Un frisson parcourt l'échine de l'adolescente. Les papilles sont comblées et ne demandent que plus encore. Le nez se plissent et sent. Les parfums attisent. La viande à la sauce caramélisé attirent l'oeil, le poisson semblent encore frétiller dans son immense assiette d'argent entouré de fruit de mer et de citrons coupés en rondelles. Ce qui se passe autour d'elle à moins d'importance que la nourriture.
Malika
 



Messagepar Anafiel Boyle » 16 Avr 2015, 13:26

Il se rappelait les déserts de sable noir. Les temples millénaires à moitié enfouis sous des vagues de poussière de silice. En rêve il entendait toujours souffler et murmurer, la lancinante mélancolie du simoun. Et puis il y avait ces orages de chaleur, où en plein midi, le ciel se déchirait brusquement d'éclairs silencieux. L'Orient lui manquait. Encore il voulait saisir le bruissement électrique des vipères à tête triangulaire, coulant le flot liquide de leurs écailles irisées entre les tombes des pharaons. Toujours il désirait après ces immensités rêches et pelées, que n'habitaient que les mirages tremblotants des voyageurs. Le mugissement lointain d'une caravane surgissant dans les flammes du couchant sur la crête d'une dune, pour mieux disparaître avalé par la courbure d'un horizon sans fin. Là bas, les étoiles n'avaient pas le même éclat. Elles paraissaient plus vives et plus froides à la fois et scintillaient depuis les profondeurs d'un ciel composé de ténèbres si pures, qu'elle en étaient aveuglantes. Marcher dans le Sahara, c'était comme effleurer l'éternité du bout des doigts. Tant et tant de secrets, plus nombreux encore que ces milliards de grains de sables qui roulaient et crépitaient sous les bottes, sommeillaient toujours au creux de ces infinis voilés de chaleur et embrasés de lumière.

Le jeune Scorpion, cadet Boyle d'une lignée désargentée, avait passé trois ans au cœur de ces ardentes étendues. D'abord comme sous lieutenant dans la cavalerie légère des Rubis en charge de protéger une route coloniale des assauts des pillards, et puis comme otage et esclave des Saphir. Ces nécromanciens qui régnaient en maîtres et seigneurs, sur ces paysages principalement peuplés d'ossements blanchis par les vents brûlant. Il en était revenu à Londres, le regard aveuglé de soleil, le teint bruni par les caresses des vents de mica, et l'âme dévastée. Comme si son esprit, était mort tout là bas, au royaume du silence et des bourrasque et continuait à errer pour l'éternité sur ces océans de sable noir. Quelque chose en lui s'était brisé, il avait changé. Et ces récents et douloureux tatouages qui couvraient désormais sa carrure de guerrier de leurs ombres vénéneuses, n'étaient que la face émergée de cette métamorphose amorcée dans un étouffant cocon de poussière et achevée par son dramatique retour sous les voiles brumeux de Londres Magicopolis.

Parce qu'il était saisi de cette mélancolie bien connue des voyageurs, qui après avoir connu milles aventures, a nouveau revenus au port de leur passé, ne peuvent s'empêcher de constater la vacuité de leur ancienne existence, il avait répondu comme des centaines d'autres âmes errantes à l'appel de l'Eclipse. Il avait quitté Londres presque enfant, encore alourdi par les tourments de la jeunesse, mais c'était en homme, d'un pas assuré, félin, qu'il arpentait désormais les coursives du Léviathan. Dans un salon dévasté aux lambris rongés par l'eau saumâtre du fleuve, alors que la Lune trop pâle, trop morne des terres britanniques jetait quelques éclairs blêmes, il s'entraperçut dans une grande glace murale. Et force lui fut de constater avec une satisfaction amère, l'étendue de ses changements. Un cimeterre damasquiné, dont la lame avait été forgé en portant à température de fusion le sable le plus vieux, le plus pur du désert, battait fièrement son flanc. L'épaisse cape bleue Saphir, sobre et pourtant si majestueuse, des touaregs, accompagnait de ses drapés le moindre de ses mouvement. Il en avait rabattu la capuche sur son crâne, comme pour se protéger de l'ardeur d'un Soleil qui à Sin City n'était rien de plus qu'une boule de lumière malade. Et sur son front pesait désormais les lourdeurs brutales, d'un antique masque léonin, jadis conçut pour un quelconque Pharaon souhaitant honorer Sekhmet et que Nyxubis lui avait ordonné de porter lorsqu'il partait à la bataille en son nom.

Pour certains, cette silhouette rêveuse qui enchantait les passagers de ses danses et de ses chants était un homme. Mais à Anafiel qui l'observait d'un regard brillant, la créature était une femme, splendide, gracieuse et éthérée, dont les rires voilées de gaze translucide, sonnaient comme les grelots que certaines arabes se fixaient aux chevilles. Et le Scorpion la regardait tournoyer, depuis un coin du pont où il s'était réfugié, dans les ombres malades d'un fanal rouillé. Il y avait quelque chose de serpentin, d'hypnotique, dans cette danse muette, où les voiles portés sur un corps à la musculature d'ébène, se mêlaient aux élans paresseux de la brume. Et fumant d'une main langoureuse, quelques tabacs opiacés importés de l'Orient, il se rappelait d'autres danses plus suaves, plus vénéneuses, où prisonnier des anneaux osseux d'une Nyxubis aux allures de vipère albinos, il avait goutté pour la première fois à l'ivresse des amours damnés. Mais lorsque la danseuse se retourna enfin vers lui et fit mine de l'inviter à l'approcher d'une invitation murmurée du bout des doigts, l'homme tout enchantement rompu, s'en détourna avec une brusquerie hostile. Quoique jeune, à peine homme accompli, il avait la sagesse cartésienne des anciens et la volonté libre, indépendante, de ne pas céder à l'appel de paradis artificiels, aussi mélancoliques soient ils.

La petite chatte siamoise, qui vint se frotter avec force de ronronnements, contre les cuirs brunis, poussiéreux de ses bottes taillées dans la peau d'une antilope, lui apporta une distraction bienvenue. Déjà il avait oublié la danseuse aux charmes frelatés, qui dans une bouffée de lourds parfums, acheva de se dissiper et de se fondre dans le néant, accompagnée par le tintement un peu aigre de son rire. Posant le genoux à terre, alors qu'autour de lui s'étalaient les humbles et majestueux drapés de sa cape touareg, le lion au masque brutal, fit face à la féline déplumée dont les babines étaient encore brunies par le chocolat. « -La gourmande Bastet... » Plaisanta t'il en faisant allusion à la plus féminine des déesses Égyptiennes avant de relever la tête pour croiser le visage de l'adolescente aux formes moulées plus que de raison par le cuir. « -...Suivie par son esclave humaine... » Se moqua t'il gentiment en laissant ses yeux errer sur les souplesses mutines de la fille au masque noir.

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Messagepar Alwine V. Spyrélios » 21 Avr 2015, 00:39

    Même si elle semblait plus jeune qu'elle sous son masque de glace, pas totalement adulte, encore adolescente, la première damoiselle amenée par l'acrobate ne semblait pas effrayée, pas plus que bravache, en dépit de la situation un peu particulière dans laquelle elle avait été prise, mais cela était sûrement dû en partie au charme de l'artiste elle-même. Du reste, comme elle ne tarda pas à le lui expliquer, la belle n'avait guère de raison de s'inquiéter dans l'environnement brumeux et mystérieux de l'Éclipse elle-même.

     « N’est-ce pas là la magie d’un Carnaval ? Rassembler toutes les différences ! Les brumes me sont familières, ce n’est qu’un modeste hommage. Et je trouves votre costume magnifique ! Un peu plus haut en couleur. »

    La voix et le ton de la jeune femme avaient un ton encore un peu enfantin, confirmant l'impression d'Alwine sur son âge. Mais ce soir, ce n'était certainement pas le genre de détail dont elle allait se soucier. Si la belle avait l'âge pour se promener dans les rues du Carnaval, si elle avait l'âge pour être choisie par l'une des barques fantômes qui, inlassables, faisaient la liaison entre ces mêmes rues embrumées et ce titan oublié depuis deux siècles qui revenait ce soir à la vie, si elle avait l'âge de se faire prendre par la main par la souple acrobate, elle avait celui de ce tenir ici, avec elle, sur cette passerelle. Rapidement, l'acrobate était d'ailleurs revenue avec une troisième jeune femme, qui, si son âge était sans doute encore jeune, possédait des formes indubitablement matures, avant de clore son numéros sur une dernière touche de lumière, une lumière livrée sous forme de globe. Alwine, la première, utilisa ses flammes pour transformer l'une de ces boules en une fumée à la senteur plaisante, mais les deux autres damoiselles ne tardèrent pas à lui emboîter le pas. La première en recouvrit une de glace, créant une petite boule presque féerique, tandis que la seconde en couvrit une autre de sang, créant un effet tout autre, mais en soit tout aussi magique.

    Alwine souriait légèrement, un fin sourire qui transmettait une certaine bonne humeur, devant cette double démonstration. Elles avaient toutes deux des talents qui, de ce qu'elle avait pu en apercevoir, semblaient intéressants, confirmant l'impression de leur costume qui les posait comme deux personnes assez opposées, unie par leur beauté commune, quoique déclinée différemment chez chacune. Cela confirmait aussi que la belle au masque de glace, comme ce masque lui-même le proclamait, était comme un inverse de la pyromane elle-même, elle dont maintenant il était confirmé qu'elle maniait bel et bien le froid, alors que l'autre, la belle au profond décolleté et à la magie de sang, semblait être moins différente d'elle... et n'en portait peut-être encore que d'avantage de mystère. En tous cas, les deux inconnues semblaient se confirmer comme deux personnes très intéressantes, ce dont, au fond, la jeune Matriarche n'avait jamais vraiment douté. Après tout, si l'acrobate, qui semblait drapé dans les mystères de la Brume et du Carnaval, les avaient réunies avec elle, elles ne pouvaient, sûrement, être des femmes ternes et ordinaires.

    Lorsque la pyromancienne posa la question de la suite, leur demandant si elles avaient d'autres projets, aucune des deux ne sembla encline à rompre le trio si étrangement formé,chacune répondant en mettant en avant un aspect de la situation, chacun, au fond, invitant à poursuivre leur petite aventure ensemble, entre les Brumes du Carnaval.

    « C’était un beau spectacle. Mais je doute qu’il soit terminé, l’Eclipse n’en ai qu’à son commencement ! »

    La jeune femme au masque de glace, qui semblait fondre légèrement, ce qui n'était guère étonnant, au fond, au près de la Matriarche de la plus brûlante des lignées et d'une jeune femme qui aurait donné des chaleurs à un moine castré du monastère de l'île de Malte, avait commencé par fort bien souligner ce premier point, accompagnant sa remarque d'un gloussement joyeux et gardant ensuite le sourire. Il était vrai que le Carnaval n'en était qu'à ses prémices, tout comme cette soirée, et qu'elles avaient tout le temps du monde pour en profiter. Mais la seconde, de son côté, souligna le second aspect – qu'elles semblaient s'apprécier toutes les trois et pouvaient bien, alors, rester ensemble, puisque l'acrobate les avait si bien assemblées.

    « Je suis ravie de me trouver en votre compagnie mesdemoiselles. La petite acrobate nous a réunit...j’ignore pourquoi mais nous pourrions mettre à profit pour regarder le spectacle de l’éclipse et de découvrir les mystères du Léviathan. »

    Et Alwine de sourire, amusée, à ses deux compagnes. Son sourire était joyeux, plein de bonne humeur, car leur compagnie leur semblait bonne, en vérité, pour continuer à profiter du Carnaval, continuer cet hommage muet et si spécial à son père, à ce qu'il lui léguais, à son âme enflammé – d'autant que, le connaissant, il aurait sans doute apprécié également la compagnie. Néanmoins, un certain remue-ménage, plus loin sur le vaisseau céleste, sembla attirer l'attention de la belle au masque de sang, qui jusque-là contemplait le ciel voilé de brume.

    « Je crois que nous avons été mise à l’abri d’une catastrophe. Quelque chose a du se produire de l’autre côté. »

    Une nouvelle fois, un sourire naquit sur les lèvres de la pyromancienne, qui s'apprêta à répondre – le sujet était de ceux qui lui plaisaient, après tout – mais n'en eut pas le temps, car une quatrième jeune femme, très proche de la belle aux pouvoirs sanguins, sortit soudain des brumes pour se glisser dans le dos de celle-ci, sans la moindre gêne, témoignant d'une familiarité qui laissait peu de place au doute quand au fait qu'elle l'ait parfaitement reconnue.

    « Une catastrophe ? Pire que voir deux pétasses nymphomanes regroupées sur le même bateau? »

    Sursautant légèrement, Alwine porta son regard sur la nouvelle venue. Vêtue d'une combinaison noire, très sexy, qui mettait en valeur ses formes généreuses, ainsi que d'un masque et de gants visiblement réalisés avec la dépouille d'un fauve, elle dégageait un sex-appeal encore plus agressif que celui de la jeune femme qu'elle s'était maintenant mise à caresser. En les voyant ainsi l'une contre l'autre, difficile de ne pas voir que les deux beautés faisaient plus que de se ressembler, elles semblaient, sous leurs déguisement, être identiques. Rapidement, la Matriarche sentit un doute évident sur leur identité poindre dans son esprit, doute que la nouvelle arrivée ne tarda pas à confirmer, sans se soucier le moins du monde de l'anonymat du Carnaval.

    « Je t'ai entendu parler... Je ne te savais pas si sensible aux charmes de l'Eclipse. Suffer ? Nalia a besoin d'un petit remontant. »

    Il s'agissait donc bien d'elles, les jumelles Sambre. Nalia et Talia, les deux succubes, héritier de l'Ambre et Championnes du Dahlia Noir. Profitant de la vue offerte lorsque la seconde jumelle – Talia, donc, puisqu'elle avait nommé sa sœur Nalia, éventant pour de bon toute idée de secret – ouvrit sa combinaison en révélant un décolleté plongeant, qui offrait sur une poitrine plus que généreuse, et qui semblait également être délicieuse, Alwine ne porta néanmoins plus grande attention à ce qu'elle disait, se contentant d'un mince sourire. Au fond d'elle, elle ne pouvait se cacher une certaine déception de voir ainsi tout le mystère, toute la saveur de cette nuit de brume ainsi balayé par les caprices d'une adolescente qui semblait crier au monde un gigantesque « regardez-moi », comme n'importe quel gosse de riche en manque d'attention. La belle incendiaire devait bien convenir que c'était une réussite, car le regard était facilement attiré par ses courbes, et elle n'osait imaginer l'effet quand la même petite scène était faites à de jeunes mâles tout juste sortis de l'adolescence, mais tout de même, cela semblait bien terne pour une nuit de Carnaval.

    Indifférente à la froideur agressive du regard de la pourtant bien chaude Succube, qui semblait vouloir marquer son territoire sur sa sœur, comme si elle n'aurait pas supporter de voir celle-ci profiter de la soirée sans elle, Alwine, qui, jusqu'à ce que la Démone parle, s'était détournée du spectacle pour plutôt sourire avec douceur à l'autre jeune fille à l'autre jeune fille, semblant se moquer doucement du spectacle, se contenta de ramener son regard vers elle – et son décolleté – et de hausser légèrement une épaule lorsque Talia se tourna vers elle et la belle au masque de glace – toujours inconnue, elle – et s'adressa à elles.

    « Je suis sûre que la proposition paraîtrait généreuse à beaucoup, pas tant pour la poudre que pour le poudrier, d'ailleurs, mais je vais la décliner... nous sommes déjà bien assez entourée de la Brume si chère au Perle sans avoir besoin de faire appel aux plus... frustres des produits fournis par leurs dealers. »

    Même si elle avait été d'humeur à s'offrir un trip, Alwine, qui avait goûté aux drogues les plus raffinées d'orient en son temps, avait savouré les plus magiques des opiums et été chercher avec curiosité certaines des créations les plus sophistiquées des sorciers en la matière, gouttait peu aux drogues à la mode chez les jeunes sorciers. Et puis, que diable, un bon alcool restait tout de même mieux que toute les poudres du monde ! Mais il ne fallait pas désespérer, peut-être finirait-elle par trouver, sur le Léviathan revenu des flots, un plaisir plus fin que celui proposé par la Démone aux formes généreuses. Avec un léger sourire, elle se détourna du spectacle plein de luxure de la Succube, et revint une fois encore à la dernière damoiselle dans leur petite assemblée à encore conserver à ses yeux le mystère de l'Éclipse.

    « Vous êtes libres d'accepter vous aussi un petit « repoudrage », bien sûr, mais si vous préférez, comme moi, vous contenter des charmes de la brume, peut-être laisserons-nous les héritières de l'Hydre à leurs amusements et, comme l'une d'entre elle nous le proposait il y a un instant, explorer les mystères de ce géant d'autrefois et des brumes qui l'animent avec moi ?
    Tout en souriant doucement à la douce jeune fille, qui lui semblait plus belle encore, dans sa pureté de glace, dans sa splendeur froide et éthérée, par contraste avec l'obscénité affichée de Talia, comme si, entourée de deux Succubes, la beauté de cette douce fille des glaces ne brillait que plus, elle jeta un coup d’œil à Nalia. C'est que je me voudrais de vous arracher à votre sœur pour de si triviales explorations... à moins que ce ne soit votre désir ? »

    Alwine, dans cette nuit de brume, dans les voiles du Carnaval, ne craignait pas les filles de Dante, et avait apprécié les premiers mots de Nalia. Mais il était manifeste qu'elle ne comptait pas subir une exploration en compagnie de Talia. Car si les charmes de la Succube étaient indiscutables, si elle ne manquait pas d'attraits, Alwine était venue ce soir pour l'Éclipse et le Carnaval, pour un hommage et une fête... pas pour une orgie, ou pour se retrouver à chaque pas dans une ambiance digne d'un bordel. Il y avait un temps pour tout...
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Messagepar Emma Grace » 21 Avr 2015, 14:30



Unexpectations




    Est-elle encore ici ? Difficile à dire. Autour d’elle, des danseurs s’élancent sur le pont, portés par le murmure d’une brise qui, perçant les nuages, s’abandonne dans l’élan tumultueux d’un dernier pas inattendu. Là-haut, l’éclipse règne en maîtresse du monde, et son reflet illumine les lueurs désavouées d’une jeunesse qui se cherche timidement au milieu des hommes, la sienne, la leur, nouveau-nés de cette grande meute qui blesse et tue pour survivre à l’abandon des siècles. Le pas de trop, celui qu’elle n’ose encore faire, par peur de tomber avant d’exister. Dans ce lointain, elle croit apercevoir quelque chose. Où est-il ? Que peut-il bien faire ? Elle cherche du regard, mais ne trouve rien, seule l’absence répond au silence. C’est comme si cet œil, éventré en son sein, ne pouvait plus distinguer le réel de l’imaginaire, le bien du mal, le beau du laid – et seul survit l’intime apparence d’un masque de diamant ensanglanté dont elle se recouvre l’âme par orgueil. Tout est couleur, ambiance, nuance, tout avance par saccades, presque contre sa volonté qui résiste pourtant, envers et contre tout. Le monde parait obscur derrière le voile, si loin et si proche à la fois. Hors d’elle-même, elle reste là. Un temps.

    Elle ne le voit pas arriver. D’où vient-il ? Cette question résonne, elle se cogne la tête à des plafonds de brume, elle n’entend que son propre écho, une harmonie belle, mais plus vide encore que le tréfonds de l’abîme. Simple illusion d’un monde qui n’est plus. Alors pourquoi ? Bousculade sans fin, lyrisme inachevé, oraison vidée de ses sens. Il est là, et il l’entraîne, loin de ces nuances d’ébène qui hantent son cœur, loin de cette voix, loin de tout ce qu’elle craint. Le sentiment naît, puis s’efface pour renaître. Où va-t-il ? Là où ses pas le portent, là où son esprit vagabonde, là où la terre et la mer s’épousent pour enfanter le ciel. Emma danse, oui elle danse, elle le suit dans ce jeu étrange dont elle ne saisit pas tout le charme. Victime ou amante ? Elle ne le sait pas. Elle ne veut pas le savoir. Cet inconnu, c’est un ailleurs qu’elle ne soupçonnait pas, une joie qu’elle n’entrevoyait pas. C’est le plaisir interdit de l’indicible abandon, c’est l’éternité qui s’incarne dans l’ombre d’un instant, c’est le miroir – et tout se brise. L’œil brûle à nouveau, il fait mal, il murmure la mère et le sang, il crache sur cet art irrésistible du presque vrai. Tout se mélange, et seul le gris demeure, cette couleur abjecte qui précède la nuit, cette chose douteuse qui éventre le souvenir des origines. Alors Emma continue à suivre le pas, ce pas qu’elle n’osait faire, et son œil pleure, pleure, pleure des torrents de haine contre ce qu’elle est ; et son âme danse, danse, danse au gré de ce qui demain ne sera que poussière ; et son cœur sombre, sombre, sombre de l’autre côté du fleuve, là où les âmes chantent, chantent, chantent la fin des temps.

    Il rit. L’écume s’efface, la rive se dessine. Sa mèche se fait plus sombre, plus noire, plus profonde. Est-elle plus belle pour autant ? Nul ne sait si, dans la chute, le délice réside au fond de l’Enfer ou du Ciel. Elle ne le sait pas. Elle ne le saura sans doute jamais. Il rit, poussière cristalline d’une humanité désenchantée, sentiment de l’apocalypse à venir, et puis néant.

    - Votre amie a raison gente damoiselle, voici, je vous amène une nouvelle camarade. Prenez bien soin d'elle, faites-lui découvrir les merveilles du Carnaval, et voici en paiement, un autre genre de merveille.

    Dans la main ouverte, un éclat de diamant. Il n’est pas pour elle ; mais la douleur, elle, est réelle, elle déchire ses entrailles, elle brûle ses formes, elle consume ses sens, depuis toujours, elle balaye ses certitudes, elle broie son être, elle détruit son corps, pièce après pièce, lui qui reste là, beau, jeune, intouchable et pourtant blessé, l’iris pourfendu par la haine de l’abandon. Solitude de pierre brisée sur le chemin qui mène à l’avenir. Un éclair passe sur son regard, puis s’évanouit. Il est déjà trop tard. Trop tard pour vivre, puisqu’elle est morte. Qui se meurt ? L’autre. L’autre se meurt toujours. Emma croit bon de sourire malgré tout ; les flammes qu’elle endure ne sont qu’illusion, comme cette fête, comme ce danseur, comme ce presque rien.

    - Quand à vous je vous en prie amusez-vous et dansez, l'Éclipse est encore jeune, et pleine de promesses... qu'il vous suffit d'évoquer.

    Des promesses. Du temps. Du néant. Que lui évoque cet instant ? Le Mal est à portée de main. Ce sont les Fleurs oubliées du crépuscule de l’Homme. Comme pour allier l’acte à la parole, il dépose un baiser, fugace mais intense, sur les lèvres de celle qui fut sa partenaire d’un demi-jour – ou d’une demi-nuit. Emma sent l’émotion déborder hors d’elle-même, tant et si bien qu’elle ferme les yeux, pour apprécier cet instant interdit, ce fruit défendu. Et puis il y aura demain, demain, quand tout ne sera plus que souvenir – mais la voix, elle, est toujours là. Elsa te verra. Elsa ne te pardonnera pas. Le visage perd son sourire l’espace d’un soupir. Elsa comprendra. Elsa a aimé. Elle se redresse. Il est parti. Elsa a donc aimé ? L’idée est venue d’elle-même, détachée du reste. L’idée traître, assassine, dissimulée dans la nuit. L’abomination dans l’ombre, prête à éclore. Emma regarde autour d’elle. Enfin, nuit et jour. Enfin, ténèbres et lumières. Enfin, presque éternellement.

    A sa droite, celle à qui revenait le diamant, celle à qui revenait le meilleur de ce qui peut être donné. Une fleur, un bourgeon tout juste plus jeune qu’elle, douce et diaphane à la fois, le sourire aux lèvres. Et puis ce masque, profond comme l’éther, si fascinant, cet étrange objet dans lequel elle croit voir un peu d’elle-même. Une éclipse peinte sur un visage d’enfant incertain. A sa gauche, l’inconnue. Une femme d’une beauté lumineuse, l’autre face de la lune, celle qu’elle ne soupçonne pas, celle qui est éclairée par un soleil chaud et généreux. Mais le masque cache si bien les songes intérieurs d’une femme. Je me sens si loin d’elle, si loin de cette lumière qui m’aveugle ; moi, je suis la nuit, le temps, et la course de l’oubli, et elle, sa lumière est trop forte, elle devra s’éteindre, tôt ou tard, elle devra s’éteindre, tôt ou tard, elle le devra. Un sourire se dessine derrière le masque d’Emma, un sourire aussi réel que forcé, dissimulant un plaisir malsain et sombre, un sourire d’étiquette – l’orgueil – celui que l’on fait quand l’on est une Grace et que l’on rencontre deux inconnues comme celles-ci. Elles sont insignifiantes. Sois toi.

    - Mesdames. La soirée est à votre goût ?
Emma Grace
 



Messagepar Amadàn Volantis » 24 Avr 2015, 19:57

    « Où est-elle donc passée ? Mais où fichtre a-t-elle bien pu aller ? C’est-y pas pensable, une aussi petite chose qu’elle… Envolée. Par les cornes du Dieu cornu, mais où donc est ma sœur ?! »

    Il grommelait, le Prince, tempêtait de ne pas trouver trace de la Dame de l’Hiver. Eirween avait papillonné sans qu’il en prenne ombrage, tantôt voltigeant à droite, tantôt esquivant un pas de danse à gauche, personnification même du carnaval. Petit lutin farceur qui, sitôt son chaperon le regard tourné, avait pris la poudre d’escampette.

    « Je jure, par les anciens dieux, je jure que plus jamais je ne l'accompagnerai dans ses ballades… »

    La princesse avait dû user de nombreux stratagèmes pour sortir Amadàn de sa tanière de livres et de parchemins tachetés d’encre. Il n’en démordait pas : il ne voulait voir personne, ne parler à personne et ne surtout pas quitter d’un seul pouce la thèse dans laquelle il s’était lancé. Rien ne devait le distraire. Mais c’était sans compter sur deux grands yeux larmoyants, une voix d’ange, des mots bien placés et un faux chagrin à l’idée de ne pas aller à l’Eclipse des brumes sans son « tendre et cher grand-frère ». Parfois, oui parfois, il regrettait d’avoir une sœur. Il aurait préféré être né fils unique. Parce qu’il n’avait pas souvenir d’avoir signé pour se retrouver face à un être auquel dire « non » lui était impossible. Eirween le savait et, par chance pour Amadàn, elle n’en abusait qu’une fois l’an.

    « Au moins serais-je tranquille pour le restant de l’année », s’était dit le Prince. Et puis l’éclipse de brume était censée avoir un fort pouvoir sur leur Don, et sa célébration permettait, selon Père, de guider les âmes des morts à leur juste place, après un dernier adieu.

    De morts, effectivement, le jeune homme avait pu en voir. Ils se mêlaient sans crainte aux mortels, parfois si tangibles que les confondre avec les Hommes, les vrais, en chair et en os, était courant. Mais il suffisait d’agiter la main pour que la brume se dissipe et qu’apparaissent enfin un regard vide de vie, un sourire trop triste, un corps dégageant un fumet de pourriture propre à leur condition de morts. Amadàn avait pitié d’eux. Ils n’étaient présents sur Terre que pour une durée limitée, et un espace l’étant encore plus : le Léviathan. Il n’y avait qu’à son bord que les âmes avaient droit de cité. Ils s’y rassemblaient en masse. Oh ! il fallait voir cette hâte, sentir cet espoir palpable d’apercevoir de loin un être cher… Et alors, la rougeur de leurs joues, le sourire lumineux de leurs lèvres, la joie qui les transcendait… Ils étaient plus vivants que n’importe qui, vibrant au moindre sentiment venant emporter leur âme pour un bref instant. Un spectacle touchant, si touchant qu’Amadàn s’y abîma pendant un temps lui semblant être une éternité.

    Le pont supérieur était à présent au trois-quarts plein. L’équipage effectuait un habile demi tour, le navire offrant une vue plongeante sur une Londres magnifique, dame de lumière et de misère, aux mille et un lampadaires. La capitale sommeillait, bienveillante quant au monstre habitant le flot de son ciel. La Tamise et ses embarcations adressaient de temps à autres de timides clins d’œil, lampions des pêcheurs nocturnes. C’était la vie qu’on voyait. C’était frôler la vie que de frôler la Tamise, une des nageoires du cétacé irisant la surface miroitée de l’eau avant que l’animal ne s’élance de nouveau à la poursuite des étoiles voilées par la brume.

    Un danseur bouscula l’étudiant émerveillé, le sortant de sa transe quasi mystique dans un grognement peu amène.

    « Eh là ! Fais donc attention où tu vas ! Malotru ! »

    Ne jamais déranger un Prince des brumes alors qu’il est plongé dans ses réflexions… La douceur de la brume n’a d’égale que sa propension à cacher un sévère orage. Amadàn remarqua au passage un bout d’étoffe de couleur vert vif, sans doute de la soie au vu de la souplesse du tissu. La connexion se fit et il ne fut pas long à trouver l’identité du gredin. Il soupira. Encore un fantasme, un de ces êtres nés d’une expérience ratée, un songe ou un souvenir d’une personne autrefois vivante, désormais poussière. Le Danseur… Il continuait d’alimenter les rumeurs, volant de ci de là une belle des bras de son mari, outrageux, flamboyant, ne vivant plus puisque n’étant pas vivant. Pareil à la brume, aussi insaisissable, aussi libre que l’air… Oui, Amadàn était au courant de cet « homme » - puisqu’aucun autre mot ne pouvait lui être attribué – que certains disaient Perle et que le Prince lui-même était tenté de reconnaître comme faisant parti, aujourd’hui ou autrefois, des siens. Un de son peuple.

    Penser aux Perles le fit penser à la couronne et à son poids affaissant de jours en jours les épaules de Père. Amadàn le sentait, le rêvait. Sa fin était proche. Dans quelques années, le jeune homme serait le Patriarche. Rien que le titre lui donnait la nausée. Il n’en avait jamais voulu, de cet héritage, jamais voulu, de cette rigueur, de ce fardeau que lui imposait son rang et son sang. Qu’il aurait voulu s’en vider, de ce sang… Etre pareil à ce cousin tant aimé, cet Andreas… Pourquoi Diable n’était-il pas né d’une autre naissance ?

    Amadàn soupira, son regard portant désormais vers la foule, dense, et l’estrade installée par quelques morts-vivants. Et perchée là-haut, tout là-haut, une silhouette qui ressemblait à celle de sa sœur. Amadàn tenait-il une piste ? Ni une, ni deux, il écarta les badauds et, d’un pas conquérant qu’il ne savait pas posséder, monta sur l’estrade et interrompit le discours d’une jeune femme fort… Tentante.

    « Veuillez m’excuser, mesdemoiselles, est-ce que l’une d’entre vous serait ma sœur ? »
Amadàn Volantis
 



Messagepar Lili » 24 Avr 2015, 22:51

A l’instant où la magnifique jeune femme prit la parole. Les yeux de Lili se voilèrent. Une tristesse. Infime mais infinie. Une tristesse presque indécelable. Car Lili ne connaissait que trop bien la méchanceté des hommes et cette obstination qu’ils avaient tous à vouloir éteindre son sourire à vouloir faire d’elle une petite putain docile, bien dressée tout juste bonne à ouvrir la bouche. Mais elle ne se laissait pas faire, non, elle ne se laissait pas faire. Et bien vite, la tristesse s’envola. Si vite que son sourire n’avait même pas eu le temps de se faner. Et malgré les paroles sombres et agressives de l’inconnue aux cheveux tressés de roses, l’enfant souriant. Et ses plumes bruissaient au rythme gai de sa respiration. Elle rayonnait toujours d’un bonheur doux, d’un bonheur contagieux, sans moquerie, sans jugement. Elle rayonnait parce que c’est tout ce qu’elle savait faire cette enfant. Sourire pour affronter la vie. Comme chaque jour. Dans le fond, cela ne la dérangeait pas. Ce n’était pas difficile, ce n’était pas un fardeau. C’était naturel. Elle avait toujours était comme ça. Le petit papillon de lumière voletant au milieu des ténèbres. Sans jamais se perdre, mais sans jamais trouver son chemin. Ni égarée, ni orientée. Telle était la vie de la petite fille aux yeux chocolats qui souriait jour après jour. Elle embellissait la vie des gens pour quelques instants de bonheur offert avant de disparaître à nouveau dans les affres de la noirceur du quartier Onyx. Alors ce n’était pas quelques mots durs ou méchants qui la feraient vaciller. Elle passerait toujours de même une magnifique soirée, une merveilleuse soirée perdue au milieu des brumes à en découvrir les mille et un secrets. Ici ou ailleurs.

Et le petit corbeau n’avait pas eu le temps d’aller joueur ailleurs. A bord du magnifique, Léviathan les choses bougeaient, elles allaient et venaient. Et la brume leur réservait des surprises. A l’image de cet homme, dansant, volant sur la piste aux bras d’une jeune femme à la robe noire tellement miroitante qu’elle semblait émettre sa propre lumière. Renversante. Tous les deux semblaient voler tant ils étaient gracieux et la fillette ne savait dire s’ils étaient réels ou non. Qui était-il donc ? Le cœur de Lili sembla battre plus fort alors que son sourire, émerveillé, charmé, restait sur ses lèvres, la rendant encore plus lumineuse. Et son regard, à la fois émerveillé et un peu ombragé de jalousie face à tant de grâce et de beauté, semblait encore plus mystérieux qu’avant. Lorsque l’homme prit la parole, elle retint son souffle. Il s’adressait à l’autre femme, celle qui l’instant d’avant avait tenté d’entacher sa douce lumière. Lui donnait raison à elle. Mais cela ne signifiait que peu de choses pour elle. Il était à la fois rêve et réalité, mais il ne pourrait lui accorder plus que ce qu’il lui offrait là. Et elle savait que cela ne suffirait pas. Cela ne suffisait jamais. Elle n’était qu’une esclave, une putain que l’on fouettait pour obtenir quelques nouvelles prophéties. Et deux jeunes femmes comme celles qui se trouvaient à ses côtés à présent ne pouvaient s’y tromper. Le diamant tomba au creux de sa paume, ses lèvres touchèrent les siennes et aussi vite qu’il était apparu, il disparut. Et le cœur de Lili se serra un instant avant de ralentir à nouveau. L’abandon ne faisait plus peur à Lili. En perdant son jumeau elle avait déjà tout perdu.

Mais elle était heureuse de vivre pour pouvoir voir ces instants merveilleux et délicieux. Elle souriait toujours, inclinant poliment la tête en une légère et gracieuse courbette devant la jeune femme à la chevelure blonde mais à la mèche plus foncée. Étrange couleur mais douce beauté. Lili était fascinée, attirée par la belle inconnue qui était maintenant à leur côté. D’un geste doux et imperceptible, Lili cacha le présent du danseur dans son somptueux plumage avant de laisser sa main reparaître vide et disponible à nouveau. Pour attraper une autre main, pour attraper un autre objet, pour découvrir les secrets de ce navire.

Une simple question. Rassurante, apaisante. Une volonté de discuter, de s’ouvrir. Il n’en fallait pas plus pour que le jeune corbeau soit à nouveaux aux anges. Son sourire mystifié par les deux inconnues redevint ce sourire de petit lutin joyeux, de petit corbeau lumineux. Doux paradoxe. Curieuse idée d’une amie parfois bien difficile à suivre. Elle offrit donc aux deux femmes un sourire chaleureux et impatient de pouvoir à nouveau converser et découvrir. Même à l’inconnu en robe blanche qui l’avait rabrouée quelques instants plus tôt. Lili n’était pas rancunière. Enfin, pas pour tout. Et pas ce soir.

« Incroyablement parfaite, oui. J’espère qu’elle l’est pour vous également » Lili sourit à nouveau avant de dire : « Voyez-vous, nous nous apprêtions à découvrir les autres mystères que l’Eclipse nous réserve avant que vous ne faisiez une si charmante entrée… »

Lili avait beau être une jeune esclave, elle savait parler. Elle était douce et agréable, maniait le langage habilement, preuve d’une éducation plus que convenable. Et peut-être avançait-elle un peu trop dans les hypothèses qu’elle posait, mais l’arrivée du danseur avait apparemment calmé les ardeurs agressives de la jeune fille aux roses qui seraient peut-être plus disposée à découvrir les mystères enfermées dans ce si vieux navire. Lili l’espérait. Pour mettre un peu de piment dans cette rencontre. Pour aller à l’encontre de forces si grandes et si belles qu’elles s’en souviendraient pour le restant de leurs jours.

Et plus rien autour d’elle ne tournait. Elle n’était consacrée qu’à ses deux interlocutrices et à leur discussion, à sa proposition, au souvenir des lèvres du danseur sur les siennes et à la curiosité qui la dévorait de pouvoir encore voir les merveilles contenue dans les brumes. Car l’Avalon était disait-on un monde incroyable à la fois merveilleux et terrifiant. Et ce soir c’était le moment de pouvoir enfin en découvrir un peu. Lever un peu le voile sur un endroit que Lili ne connaissait que bien peu, étrangère à la magie des perles. Alors pour l’heure, l’esprit de l’oiseau était tellement occupé qu’elle ne captait plus le monde autour d’elle. Son cercle de perception se limitait aux deux merveilles en sa compagnie et à cette infinité de possibilités qui s’offraient à elle.

Infinité de possibilité qu’elle avait hâte de découvrir. Alors elle posait un regard empli d’espoir, de joie et d’impatience sur ses aînées. L’impatience de l’enfance. Une enfance innocente, encore pleine de rêves et d’idéaux. Encore fougueuse et non entachée de la monstruosité londonienne. Une magnifique petite Lili aussi éclatante que le soleil malgré sa robe aussi noire que la nuit et les quelques cicatrices naissantes aussi cruelles que la douleur. Elle était impatiente mais calme, très calme. Respirant le mystère et l’appel sans pour autant bouger plus que nécessaire. Une légère brise vint agiter son plumage et elle écarta légèrement les bras comme si elle était prête à prendre son envol. N’aurait-il pas été plus simple de le faire ? S’envoler pour un moment meilleur ? Lili ne voulait pas y croire. Son monde était là, il s’étalait tangible au milieu de l’intangible pour une soirée. Et elle retrouverait sa réalité bien trop tôt. Alors elle voulait profiter. S’amuser. S’oublier. Et découvrir de la magie pour l’émerveiller. Avant de retourner à sa réalité. Et la jeune fille se demandait si ses aînées en seraient elles aussi capable ou si elle devrait voler vers d’autres invités pour découvrir avec elle les mystères habitant sur cette impressionnante embarcation.
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without no colour, cause you're the best paint life ever made »
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Messagepar Gemme Wolfcraft » 25 Avr 2015, 15:27

HJ - Je me permets de relancer notre partie d'intrigue sans attendre Alice qui est absente pour le moment et qui ne nous en voudra surement pas de le faire :)

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Très vite l’attention des gens s’est détournée. Même l’odeur de chair carbonisée ne suffit plus à attirer les regards courroucés des gens dérangés par l’odeur. La louve esquissa un sourire. L’attention des gens était volatile. Ils ne se souciaient que de leur petite personne. Des rencontres qu’ils allaient faire ce soir. Des alliances qu’ils pourraient fonder ou des nuits torrides qu’ils pourraient passer. Et personne ne faisait plus attention à ce petit cancrelat de L’IRA qui était à présent à terre. Mais quelque chose soufflait à la louve blanche qu’elle avait tout intérêt à se méfier. Comme si ses brûlures qu’elle avait cru entrevoir n’étaient pas réellement ce qu’elle paraissait être. Gemme savait se méfier. Elle savait que Londres réservait des surprises et que les révolutionnaires avaient dans leurs rangs des atouts solides et surprenants. Et alors qu’elle sentait ce petit frisson d’avertissement parcourir sa colonne vertébrale jusqu’à sa nuque, la louve se raidit un peu, à nouveau sur ses gardes. Derrière son masque, elle plisse les yeux, elle dévoile ses crocs immaculés, comme une menace silencieuse et une promesse de mille souffrances à ce terroriste de pacotille. La louve blanche ne se laissera pas faire, elle ne se laissera pas toucher aussi facilement. Alors si d’aventure il tentait quoi que ce soir, elle saurait lui répondre. Ce soir ou plus tard d’ailleurs. Elle n’était pas si facile que cela à abattre. Même si elle n’avait pas l’expérience de son père ou de Feral, Gemme était douée, elle avait du nez.

Le jeune dessinateur s’approcha. Il prit la parole, tirant un grognement désapprobateur à la louve. Quelqu’un qui tentait de tuer quelqu’un autre par un moyen aussi grossier et sournois qu’un colis piégé n’était pas gentil. Ni courageux. Il était juste un lâche. Peut-être que la louve aussi était une meurtrière, mais elle au moins affrontait toujours ses ennemis dignement. Au moins, elle avait des valeurs. Elle était bien élevée et juste. Pas du genre de ces idiots d’irlandais qui ne savaient se faire entendre que par des explosions et des attentats tuant des gens sans défense, sans intérêt et totalement innocent.

La louve ne ressentait que du mépris pour ces hommes et entendre les paroles du jeune garçon lui donna envie de lui encastrer la tête dans la balustrade. Car c’était à cause de discours comme ça que l’IRA continuait à avoir de l’importance. Parce que les gens étaient trop idiots pour comprendre que les guerres ne se gagnaient pas comme ça. Alors elle posa un regard mordant et tranchant sur le rouquin qui avait tout dessiné. Et même si elle ne pouvait nier qu’il avait un talent certain, elle ne lui ferait pas de compliment après un tel discours. N’était-il donc pas capable de voir ce qui venait de se passer ? De comprendre la situation en prenant du recul ? Les londoniens étaient de plus en plus idiots…

Quant à la jeune femme qui va soigner l’homme effondré, autant dire que la louve ne lui accorde aucune importance. Quelle idiote est-elle pour aller soigner un homme tel qui lui qui n’aurait pas hésité à tuer les gens autour d’elle si le colis avait explosé dans les mains de la jeune louve ? Au moins une enfant, surement restée trop proche d’elle et peut être quelques personnes autour d’elle ? Quant au risque d’endommager le navire ? Et de créer une réaction en chaîne guidée par les brumes ? Alors peu importait la raison que la jeune femme à la robe fleurie avait d’aller le soigner, avant de le faire peut être aurait-elle du prendre connaissance de la situation avant de commencer ses soins ? Non, de toute évidence cela semblait trop inutile. De nos jours la vérité était une chose très surfaite de toute façon et l’adolescente le savait. Elle gronda à nouveau lorsqu’elle donna son nom. Adieu l’anonymat. Qu’elle espèce d’idiote était-elle ? La louve sentait la colère continuait à glisser dans ses veines. Contre cet idiot d’irlandais qui avait décidé de gâcher sa soirée. Contre cet enfant de malheur trop borné pour voir les choses au-delà de ce qu’elles semblaient être. Contre cette fille qui non contente de soigner un terroriste venait en plus de clamer haut et fort son nom comme si la notion de bal masqué était trop difficile à saisir pour elle. Doucement, elle serra les poings, faisant craquer ses phalanges, le calme quittant un peu à peu ses veines. Elle reprit ensuite la parole à l’attention du dessinateur, puis à l’attention du terroriste. Gemme l’écouta. Hormis ses poings serrés, difficile de dire qu’elle était de mauvaise humeur, elle était en colère et que la moindre goutte d’eau ferait déborder le vase de son agacement. Même son aura semblait apaisée, grâce à des heures d’entraînements.

C’était aussi grâce à ses heures d’entraînements que la louve demeurait calme. Elle parvenait à se contrôler. Et même si l’agacement venait à la déborder, elle resterait calme, elle resterait douce. Elle resterait noble et racée, à la hauteur de la réputation de sa famille. Mais l’ensemble de ces gens ne devraient pas trop jouer avec ses nerfs car la rancune de la louve était tenace. Et si elle ne frappait et mordait pas, elle pourrait trouver un millier d’autres idées afin de torturer ceux qui auraient gâché sa soirée. Face aux questions très naïves de la jeune fille, Gemme esquissa un sourire moqueur.

Que cherchait-il à faire ? La tuer probablement, pour tenter d’amputer l’Onyx d’un futur chef de guerre. Combien d’innocents auraient été blessé ? La louve était persuadée que pour l’irlandais tous les gens présents sur ce navire étaient coupables d’entretenir le règne des Neufs. Alors à quoi bon poser de telles questions ? Les raisons étaient connues depuis des mois, des années même. Quant aux collatéraux… Qui s’en souciait ? Pas eux. Pas les Neufs qui se fichaient bien du bas peuple tant qu’aucun de leurs enfants ou affaires n’étaient touchés. Elle secoua la tête, légèrement, de gauche à droite avant de finalement dire :

« Je n’en doutais pas… Quant à ses motivations, elles semblent évidentes… » La louve ricana, avant de se tourner vers le dessinateur : « C’est un bien beau dessin que tu as là, garde le pour te souvenir qu’il vaut toujours mieux faire les choses toi-même et toujours te méfier du retour de flamme… »

La louve était plus jeune que lui, pourtant elle semblait bien plus adulte. Peut-être par sa musculature développée par les entraînements, par son aura animale ou par son apparent calme face à une situation qui aurait dû la faire entrer dans une colère noire. C’était difficile à dire. Le bruissement familier de la robe de Lili attira son attention quelques instants avant de finalement revenir à la situation qui l’occupait pour le moment. Elle s’approcha du terroriste et s’accroupit devant lui. Elle esquissa un sourire en coin et reprit la parole :

« Vous les Irlandais, vous manquez cruellement d’imagination… C’est tellement ennuyeux… »
Gemme Wolfcraft
 



Messagepar Nalia Sambre » 27 Avr 2015, 00:11

L’éclipse des brumes venait à peine de commencer. Le retour du Léviathan, surgissant du royaume des morts, profitant de cet évènement important pour apparaitre comme un fantôme après tant d’années. La jeune succube en était émerveillée. Ça ne lui ressemblait pas, elle n’était pas comme ça mais les couleurs de ce spectacle, la beauté énigmatique de la brume envahissant toute la ville cela avait un air d’apocalypse, d’endroit maudit. Jamais elle n’aurait cru être aussi près de ce moment, ici même. Comme une grande fête digne de l’âge d’or de magicopolis. En ce temps là tout était surement plus simple. Il lui manquait juste une chose pour que tout aille au mieux. Sa compagne de toujours, la chair de sa chair, sa jumelle. La brume et ce jour si particulier semblait avoir le pouvoir de lire dans ses pensées. Ses vœux venaient d’être exhaussés. Bondissant d’entre les ombres, la panthère avait retrouvé sa sœur sans la moindre difficulté parmi toute cette foule. Par instinct et vanité, elle avait l’art de surprendre. Quand les sœurs Sambre étaient réunis, les choses n’étaient plus aussi calme et jolie. Les gens le savaient. Mais il était toujours assez difficile de séparer totalement des jumelles. Et pour ces jumelles là c’était impossible. Son déguisement n’était plus de mise. Les autres savaient qui elle était. Après tout, peu importe c’était tout aussi amusant.

Elle sentit le corps voluptueux de sa sœur se coller à son dos. L’a pressant un peu plus contre elle, léchant et mordillant la peau tendre de son cou. Nalia eut un sourire, elle adorait quand Talia marquait son territoire avec elle. Déguisée en parfait fauve, ça lui allait comme un gant. Possessive, taquine, la panthère était surprise de la voir sous le charme de la brume. Talia se fichait des regards surpris, choqués, et la présence des deux autres femmes, la beauté noire à la magie de feu et la beauté blanche à la magie de glace, ne semblait pas l’arrêter pour autant. Au contraire, elle alla encore plus loin, goûtant la peau de sa sœur sans vergogne, avec la même envie de toujours. Elle s’attaqua à son lobe d’oreille. Le bout de sa langue perfide qui venait titiller cet endroit qu’elle savait sensible. Elle réussit à arracher un sourire et un léger soupir de plaisir à sa moitié. Nalia se pressa d’elle même contre sa sœur. Elle avait besoin de ce contact charnel, de la sentir contre elle, son souffle, de la sentir sauvage et joueuse, de lui donner envie de s’emparer d’elle et de son corps.

-« Je me suis laissé charmer par cet atmosphère. Tu ne trouves pas qu’on dirait un temps de fin du monde ? Ça m’a totalement captivé. »

A son tour elle ronronna et se colla d’avantage comme une chatte se fourrant sur son petit coussin doré de reine. La succube au masque de sang vient enlacé sa jumelle en levant son bras droit et caresser délicatement la longue chevelure de sa sœur. Sans doute la brume mystérieuse, mystique , rappelant l’Avalon et ses monts majestueux caché secrètement des Dieux , avait le pouvoir de trouver et d’inhiber certaines émotions enfouis. Un charme envoutant qui embrumé l’esprit pour ne plus faire la différence entre la réalité et le rêve. Nalia s’y était laisser prendre. Pour remédier à ça, Talia semblait avoir le moyen idéal. La chose ultime qui l’a ferait revenir à un état dément. Lorsqu’elle entendit ce que sa sœur avait l’intention de faire, elle se décala du corps brûlant de sa démone. Elle l’a regarda avec une envie non dissimulé. Elle lui proposait de la poudre et pas de n’importe quelle façon. Nalia souria, cela faisait un moment qu’elle n’avait pas touché à ce remontant. Elle n’avait qu’a plonger sa tête en avant. Pas d’effort, le réconfort était déjà là. Abaissant la tête encore un peu, elle inspira l’air et l’odeur qui se dégageait de la poudre. Entre les énormes seins de Talia elle ne pouvait pas rêver mieux. La succube rapprocha son nez de la lignée blanche parfaite. Elle respira profondément, aspirant la poudre le long de la montagne de chair.

-« Humm...quel délice. Tu sais toujours ce qu’il me faut. Il en reste encore...c’est dommage de gâcher ça. »

La demoiselle à la magie de feu venait de refuser l’offre. De ce qu’elle avait dit, il semblerait qu’elle connaisse beaucoup de chose sur les différentes drogues du monde entier. Elle avait du en goûter bon nombre. Quand à l’autre demoiselle de glace, elle semblait bien jeune pour toucher aux interdits. Mais peut être que c’était le cas, elle n’en savait rien après tout. Elles n’en voulaient pas, tant mieux pour Nalia, ça en faisait plus pour elle. Elle se mit à lécher les traces de poudre qui restaient sur les seins de sa jumelle. Plus elle léchait, plus elle avait envie de plus. Elle pressa ses deux beaux seins avec envie et mordilla un peu sa chair avant de se redresser pour embrasser sa sœur malgré leurs masques. Certes, il n’y avait plus beaucoup de mystère sur leurs identités dorénavant mais qu’importe la fête n’allait pas s’arrêter pour autant. Nalia s’adressa à sa jumelle.

-«Ma belle sauvageonne, tu es ultra sexy dans cette tenue. Les jeunes hommes innocents ne vont pas s’en remettre. Tu es d’humeur à t’amuser ? »

La dame en noir et de feu n’était plus certaine d’apprécier l’exploration des lieux avec la nouvelle venue. Elle se rapprocha donc de sa compagne de glace. La belle enfantine semblait vraiment dans son élément ici. N’était-ce pas normal chez les Perles ? Nalia était amusé par l’attitude de la jeune femme. Un petit sourire naquis sur ses lèvres, elle abandonna sa sœur l’espace d’un instant pour aller rejoindre l’autre brune de feu. Elle se posa derrière elle, approchant sa tête pour sentir son parfum, humant son odeur et les effluves que dégageaient ses cheveux.

-« Vous sentez bon ma chère. Je vous retrouverai...où que vous soyez sur ce bateau je vous retrouverai. Vous ne voulez pas vous amuser avec nous ? Vous savez qui nous sommes, et pourtant vous n’avez pas peur, je le sens. Je sais que vous m’appréciez, pourquoi ne pas vous laisser tenter ? Vous n’êtes pas curieuse de savoir ce qui pourrait ce passer lors de cette éclipse, pour vous, entre nous. La vie est pleine de surprise... »

Faire diversion par la tentation. Après tout elle n’était pas succube pour rien. Tenter par la séduction, charmer par les désirs et faire naître les envies. Nalia posa sa main sur l’épaule de la jeune et frêle princesse de glace et allait murmurer quelque chose à l’oreille de la charmante brune lorsque soudain une autre apparition fit son entrée. Un homme. Quelque chose de spéciale se dégageait de lui. La jeune succube posa le regard sur le jeune homme. Il cherchait sa sœur. Tiens, tiens, peut être était-ce la jeune demoiselle de glace. Il ne savait pas dans quoi il venait d’embarquer. Les deux pétasses nymphomanes se regardèrent. Un seul regard, un seul sourire suffisait à exprimer leurs pensées communes. Nalia se détachait des deux demoiselles.

-« Jeune homme...peut être est-ce une de ces deux femmes...vous seul pouvait la reconnaitre. Mais, je crois que nous apprécierions que vous restiez en notre compagnie. Plus on est de fou plus on rit.»

Elle se rapprocha de nouveau de sa jumelle. Venant cette fois ci marquer son territoire à son tour. Derrière sa panthère, ses bras enlaçant sa taille, ses hanches, au travers son masque de sang elle regardait intensément le nouvel arrivant.
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Messagepar Malika » 28 Avr 2015, 23:05

Tout ceci n'est que mascarade et fioriture pour la jeune fille qui ne comprendra sans doute jamais la stupidité humaine à se mouvoir dans des apparats pour cacher leur identité. Mais ne portent-ils pas tous un masque au quotidien ? Se murant dans des mensonges qui ne font que grandir tout autant que la lassitude à ne pas être soi-même à la face clair de ce monde ô combien incohérent ? Malika tente de comprendre ce monde qui la dépasse. Les ténèbres sont un terrain de jeu bien plus intéressant, bien plus franc dans sa façon d'être que ces marionnettes qui se laissent aller avec l'aide du marionnettiste Destin qui fait bouger les ficelles de l'hypocrisie. Le regard se pose, observe et ne comprend toujours pas. L'attrayant buffet a bien plus de beauté au regard de la demoiselle cachée derrière son masque aussi sombre que ne l'est son esprit embrumé par l'incompréhension grandissante d'un univers que son bienfaiteur veut lui montrer. Comme tout ceci est idiot. Inintéressant. La soirée prend des allures d'ennuis pour la demoiselle qui soupire entre deux bouchées de sa moitié de tartelette au chocolat que son ami et frère Erèbe dévore sans se soucier de ce qui se passe autour de lui bien trop attiré par sa part de ce gain goûteux et sucré à souhait. En harmonie, ils ronronnent de plaisir. Les gens sont faux et cet endroit sent la mort et les réconforte à l'idée de se sentir chez eux et à l'aise. La mort n'effraie pas ceux qui la comprennent.

Le manège continue. Malika pose son regard ici et là. Des groupes se forment et agissent de manière tellement étrange. C'est une mascarade sans fin. La sensualité se fait sentir, des envies d'interdits balayées. C'est un profit grandissant qu'est celui de la luxure qui se fait autour des gens et que Malika peut sentir aisément, mais dont la signification et le pourquoi de tout ceci n'ont toujours pas de sens. Malika ne connaît que la mort et comment l'offrir. Elle a été crée dans le but de se battre, d'être forte et sans défaut. Seulement, Malika est un prototype qui n'a pas pu être mené à terme et il lui manque tellement à l'heure qu'il est. Le bienfaiteur veut-il combler ce vide ? Quel intérêt à tout ceci ? Aurait-il vu quelque chose d'exploitable dans l'être de la demoiselle ? Si oui, où se sont-ils croisés ? Que de questions et si peu de réponses. Malika s'est tellement perdue dans cet océan d'interrogations qu'elle fait l'erreur de prendre une tartelette au citron bien trop peu sucré et exprime une moue de dégoût, frissonnant et laissant tomber à ses pieds l'objet non-désiré. Afin de retirer le goût de cette chose infâme, elle reprend une gourmandise à la fraise et en mange la moité. Tout est toujours partagé avec Erèbe, mais il n'est plus à ses côtés. Le manque se fait sentir et la jeune fille lève le regard pour le voir batifoler contre la botte en cuir de quelqu'un. Cet homme s'est agenouillé pour caresser le chat ronronnant et la demoiselle s'approche.

« -La gourmande Bastet... »« -...Suivie par son esclave humaine... »

Malika pose son regard sur l'étrange être immaculé de blanc portant un masque d'un prédateur qui la fit frissonner sur le moment. De dégoût ? Non, c'est un désir étrange qui nait par la puissance qui s'en dégage. La méfiance la prend alors, la voilà qu'elle feule discrètement, mais assez pour qu'Erèbe se déplace vers la sorcière modifiée se frôlant contre sa jambe tout en ronronnant. Le regard pénétrant de la demoiselle se baisse et un sourire qui illumine entièrement son visage, auparavant fermé, la prend. Elle s'agenouille présentant l'offrande à son ami.

« Moitié-moitié mon Erèbe. »

Le regard remonte sur l'étranger qui a osé accaparé l'attention d'Erèbe. Malika se redresse, l'aura imposante des félins l'entourant attirant le regard d'un homme qui pose sa main sur le bas de son dos, ce qui résulte la désapprobation d'Erèbe et une clé de bras de la féline. Elle déteste être touchée. Personne ne le fait sans le regretter amèrement.

« Va t'amuser ailleurs sale porc où je te brise le bras. »

Elle le repousse de dégoût. Ce dernier recule se tenant l'épaule, le mouvement fut si inattendu que Malika a tout de même entendu un craquement. La jeune fille ne se contrôle jamais envers les pervers. Erèbe crache en direction de l'intrus.

« Je suis d'accord avec toi Erèbe. Tout ceci n'est qu'une stupide mascarade. Les hommes portent chaque jour un masque pour cacher ce qu'ils sont. C'est tellement ennuyeux tout cela. Tu t'ennuies n'est-ce pas ? »

Le chat s'assoit en miaulant. C'est une réponse que Malika comprend, c'est tellement simple de comprendre quand il y a un don inébranlable qui unit deux êtres. Malika a un don, cela en est certain, mais plus que cela. Le même ADN coule dans leur veine. Frère et soeur sont côté à côté.

Malika se retourne pour faire face au lion qu'elle observe tout en s'approchant, mais gardant une distance raisonnable.

« Que lui trouves-tu Erèbe ? Il n'a pas grand chose. »

Le chat miaule et la jeune fille sourit.

« Intéressant ? Bin voyons, je demande à voir ce qu'un lion a de plus intéressant c'est un mâle rien de plus. »

Malika tourne le visage vers Erèbe.

« Mais, je demande à voir mon frère. »

Petit joueur. Erèbe s'ennuie et veut instaurer un jeu. Mais quel jeu. Même Malika l'ignore, cela dépendra sans doute du déroulement de la soirée. Erèbe tourne autour de la jeune fille ronronnant d'affection tout en se frottant contre.

Quelle soirée se profile à l'horizon.
Malika
 



Messagepar Moloch Wolfkravt » 03 Mai 2015, 23:19

Quarante quatre ans. A un âge où son père se faisait cracher dessus par les Craft, Moloch apposait la dernière pierre à l'édifice de sa légende. Il était allé plus haut, plus loin que n'importe lesquels de ses ancêtres. Sous sa poigne de fer, en vingt années de batailles acharnées, les Wolfcraft s'étaient affranchis de l'emprise des Dragons. Le chien dévoué était devenu loup. Et le loup avait tracé sa propre route de sauvagerie dans Londres. Aux oreilles des habitants de la cité corrompue, son Nom sonnait désormais avec la même puissance que celui des Neuf. Onyx était sienne. La faction avait fini par trouver son maître. Docile elle avait ployé la tête lorsque la gueule du Lycan s'était refermée sur sa nuque. Mais pacifier l'héritage de ses anciens suzerains n'avait pas suffit à l’apaiser. Et à peine les derniers vassaux brisés, le Dévoreur s'était tourné vers les autres quartiers. Pour leur réapprendre le respect. Leur enseigner la crainte. Qu'à leur tour les jeunes générations comprennent : le Dragon n'est pas un animal, le Dragon n'est pas une Famille. Il n'est ni blason, ni fragment d'histoire. Il est seulement la Guerre. La victoire du fort contre le faible. Le triomphe de la bestialité sur la civilisation.

Un masque pesait sur son visage. Lourd comme l'artefact d'un Dieu. Trop massif pour être porté par un homme. Seule cette nuque de colosse, qui jamais ne ployait, parvenait à le soutenir. La gueule du Lycan contrastait avec les ornements habituels des invités de l’éclipse. Elle n'avait rien de gracieux, rien d'élégant. Pas de mystère ni de secret. Une seule matière la composait. La seule qui comptait aux yeux du Lord : du métal. Brut. Plein. Qui avait l'éclat immortel des étoiles mais la dureté sans âme du cœur des montagnes. Qui sonnait comme le glas lorsqu'on le cognait. Ce masque il se l'était forgé lui même, en plongeant dans le creuset ardent de sa rage les épées ravies à ses adversaires. Il n'était pas un artiste. Et ses seuls talents de forgeron consistaient à cogner, plier, écraser, brûler et glacer. Mais la tête du loup sur laquelle ruisselait la condensation de la brume avait sa majesté propre. Elle impressionnait par sa masse. Inquiétait par le caractère menaçant de cette crête de lames nues, encore tranchantes, qui en traçaient le pourtour. La mâchoire était ouverte. Les crocs recourbés, des poignards véritables, brillaient d'une flamme bleutée. En l'honneur de la Lune. Quand au souffle de l'homme qui s'échappait de cette gueule de fonte, il était dénaturé. Plus grave. Plus métallique. Il roulait longuement entre les parois froides et concaves, avant d'exploser en nuages qui tintaient contre ses dents avides.

Juché sur le pont supérieur du Leviathan comme un capitaine sur la passerelle d'un cuirassé, il toisait Londres roulée en boule à ses pieds. Vue d'en haut, la ville semblait encore plus petite, plus souffreteuse que dans son souvenir. La carcasse d'une vieille putain dévorée de miasmes dont les habitants aussi orgueilleux soient ils, n'étaient que des asticots condamnés à se repaître des restes abandonnés par les Loups. Il ouvrit son poing ganté de cuir. Et Magicopolis docile et soumise, vint se lover contre sa paume rêche à la dureté de corne. La cité était si fragile, avec ses immeubles de verre que le vent faisait trembler, ses cheminée que le plus petit blizzard pouvait souffler et ses châteaux à la merci d'un seul coup bien placé. Qu'il referme le poing. Qu'il serre cette main de guerrier à s'en déchirer les tendons, et Londres redeviendrait poussière et souvenir. Déjà dans le secret, protégé par la pudeur des Huit qui refusaient de soutenir trop longtemps son regard noir, il levait ses armées. Les forges d'Onyx tournaient à plein régime. Le fracas des bottes ébranlait les pavés. Les anciennes forteresses des Craft étaient rouvertes et agrandies pour abriter des légions. A la mort des derniers Craft, la faction avait connu une période de deuil. Son noir s'était délavé. Il avait viré au gris. Aujourd'hui le Dragon de pierre soufflait à nouveau fumées et ténèbres. Le jour n'existait plus. Tout n'était qu'ombre. Une ombre qui s'étendait comme un cancer et qui bientôt, très bientôt, ferait voler en éclat ses frontières pour se répandre sur l'Empire avec plus de force qu'un raz de marée.

Cette main de seigneur, cette griffe de loup dont tous craignaient la violence, assez puissante pour écraser Londres, se détourna brusquement des mirages vaporeux de la cité déchue, pour venir se poser possessivement sur le postérieur de son épouse. Un gant et le tombé d'une robe séparaient leurs peaux. Une paire de masques empêchaient leurs gueules de s'écraser l'une contre l'autre. Mais à les voir ainsi dressés, épaules contre épaules, avec leurs silhouettes que mêlaient en un seul et même flou la brume, il était impossible de douter de la profondeur de leur relation. Le Dragon était tombé parce que trop orgueilleux il chassait en solitaire. Le loup triompherait parce qu'une meute le suivait. Quelque part sur le pont du vaisseau Furio, le Prince Onyx devait gronder et feuler d'impatience comme un jeune mâle avide de faire ses preuves. Gemme la jeune et impétueuse cadette ne devait pas être loin du couple dominant. Quand à Dramira, belle et désirable comme la mort incarnée, elle se tenait à ses côtés. A eux deux ils étaient les tranchants d'une seule épée. Et leurs étreintes sauvages, consommées dans l'antre des Wolfcraft, étaient autant de coups de lames, qui s'enfonçaient coups de reins après reins, dans le ventre de Londres. Alors que sa caresse remontait lentement le long de la cambrure de la femelle aimée. De ses fesses à ses hanches. De ses hanches à son dos. Jusqu'à venir envelopper avec chaleur le dessin d'une nuque révélée par une audacieuse coiffure, Moloch eu un sourire terrible sous le brutal secret de son masque. Après ces deux décennies de carnages. Alors que l'avenir promis à l'Onyx s'annonçait encore plus sanglant. Et que l'éperon de proue du Léviathan faisait cap vers la tempête. Le Dévoreur se sentait pour la première fois de son existence, juste, simplement, satisfait.
Moloch Wolfkravt
 



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