[INTRIGUE] Show must go on [Cassandre, Clio, Amélia, Aurore]


La première intrigue générale du forum (close). L'Onyx et sa matriarche Dragonne s'en prennent au huit autres factions. Combats, assassinats, mais aussi enchantements dans les Maisons Closes et orgies sauvages. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 02 Oct 2014, 22:14

« Tous, tuez les tous. »

Le jeune homme ferma les yeux, essuyant d'une main crasseuse le sang qui coulait de son nez brisé. Dans sa poitrine, son cœur martelait ses côtes abîmées, faisait tout son possible pour quitter cette enveloppe déjà condamnée. Il avait mal, il avait peur. De l'autre côté du mur derrière lequel il se terrait, on alignait les condamnés, ces gardes à l'étendard Rubis qui avaient cru la reddition possible. On avait dressé un peloton d'exécution à la hâte, pour respecter le dogme le plus sacrée de la reine dragonne, cette créature des ténèbres qui avait amené les ténèbres sur Londres. « Pas de prisonniers, jamais ». Le garçon entendait la respiration des malheureux, ces frères d'armes qu'on avait plaqué contre le mur, seulement séparés de lui par une mince épaisseur de brique grisâtre. Il s'en était fallu de peu pour qu'il soit pris, d'un réflexe, d'un instinct de vie qui l'avait poussé à se jeter par terre, à ramper jusque dans cette maison à la porte enfoncée pour échapper à la vue des maraudeurs noirs qui les avaient coincés dans cette ruelle autrefois si joyeuse du quartier Rubis. Et il était là, prisonniers de ces murs branlants contraint au silence le plus total.

« Feu. »

Un roulement de coups de feu déchira la nuit, crevant chair et uniforme dans un atroce hurlement de douleur. Derrière le crane du jeune soldat, le mur avait vibré, avait tremblé. Il avait entendu, il avait senti. Le corps de ses amis violé par les petites billes de plombs, le bruit des carcasses qui s'affaissaient les une sur les autres. Impuissant, son poing serré plaqué contre sa bouche, il étouffait le hurlement de détresse qui menaçait à tout moment de s'échapper de ses lèvres tremblantes. Des larmes de colère coulaient drues sur ses joues noircies par la guerre et les incendies. Comment était ce possible, tel déchaînement de haine et de violence ? Il n'en savait rien. Ils étaient impuissants, tous autant qu'ils étaient, face à la vague de sauvagerie qui s'était abattue sur cet îlot de décadence. Comme Rome et Babylone avant elle, Londres tombait sous le coup des barbares, abattue par plus rustre qu'elle. Il les entendait au dehors, ces sauvages qui à grands coup de lance, achevaient le peu de ses camarades ayant survécu à l'exécution. De jeunes hommes, comme lui, qui s'étaient engagés pour le prestige de l'uniforme, pour plaire aux yeux de leur divine générale, Selkys l'intrépide. « Pour l'or et la gloire », telle était leur devise, telle était leur motivation. Des apprentis chevaliers, de jeunes officiers assoiffés d'honneur et de gloires, fauchés les légions draconiques de Valériane, ces atroces mutants aux pratiques chamaniques. Mais le jeune sergent n'abdiquerait pas, il accomplirait sa mission, quoi qu'il en coûte.

« Vengeance, fidèle amante. »

Il avait séché ses larmes, fourbi ses armes. La ruelle avait était désertée, seulement occupée par l'un de ces esclave qui faisaient les poches de ses défunts camarades. Timothy, car tel était son nom, lui avait souri. Il avait collé le canon de son arme contre le front de la pauvre ère, et il avait appuyé sur la détente, sans hésiter, sans trembler. La détonation avait crevé le silence nocturne, avait couru au travers des ruelles de la ville. « Crève bâtard ». Il n'avait encore jamais tué, lui, tout juste sorti de l'école des sous officiers. Mais une nuit, c'était parfois suffisant pour faire d'un enfant un homme, comme il venait de l'apprendre, à ses dépends. Le col de son manteau maculé remonté sur son visage, l'homme nouveau se remît en route, un mouchoir de soie collé contre son nez douloureux. Derrière lui, l'esclave gisait au sol, la boite crânienne béante et la cervelle souillant les pavés de la rue, un innocent de plus sur le compte d'une nuit des plus injustes.

°°°

Le cabaret. Les gardes lui avait ouvert les portes sans discuter, lui avait fait traverser le grand hall désert. La noblesse Rubis, réunie, sans défense, à seulement quelques pas de l'ennemi. Il devait les avertir, les faire fuir derrière les hauts murs de leurs riches demeures. Sans hésiter, il avait ouvert grand les portes, s'attirant les regards contrariés de l'assistance, richement vêtue et avide de spectacle. Des ducs, des princes et des barons, vulnérables, seulement accompagnés de quelques gardes et autres serviteurs. Une pomme bien rouge, prête à être cueillie par les légions du chien de Valériane. S'avançant en titubant, les habits maculés de sang et le regard hagard, le sergent s'adressa à l'assistance, d'une voix chargée d'émotions.

« Mes amis, mes seigneurs, la guerre est sur nous ! »

Ne tenant debout que grâce à l'aide de deux serviteurs qui lui tenaient fermement les bras, le jeune homme délirait, objet de curiosité et d'inquiétude pour les hommes et femmes de la haute société présents à l'événement.

« La forteresse Kravt vomit ses légions sur la ville Messires, fuyez, fuyez pour vos vies ! »
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Messagepar Cassandre » 04 Oct 2014, 05:05

La soie orientale se soulevait sur ses hanches pulpeuses, voletant autour d’elle telle une traîne cousue à même un ciel boréal, la pureté du tissu se mariant au crème de sa peau parfumée par les bains salins dans lesquels elle avait trempé son corps ; rite perpétré avant la célébration glorieuse, avant de fendre le champ des charnelles honneurs guerrières. De ses doigts fins, elle scella l’unique fermoir de sa toge divine cintrant sa taille, glissant sur ses jambes charmeuses ; cette finition d’organsins courtisait dans sa transparence, révélant le corset ajusté et les jarretières dorées auxquelles la femme avait noué les brides montantes de ses sandales romaines. Son cœur tambourinait dans sa poitrine oppressée tandis qu’elle relevait ses torsades auburn au-dessus de sa tête racée. Imperceptiblement tremblante, sa main vint orner son visage d’arabesques et de volupté, de ses couleurs de combat, un piège savoureux tendu à l’ennemi. Posant un genou au sol, elle laissa à Alois, son protégé, le soin de saillir son front blanc d’un diadème d’argent forgé, des feuilles de vigne ciselées dans le métal travaillé, des rubis incrustés comme des larmes sanguines nourrissant ces végétaux, mères des vins immortels. L’auréole brillant se figea dans ses boucles, vint rendre éloge à son maintien aisé autant qu’il pesait sur son être comme le monde sur les épaules d’Atlas, le Titan, malédiction éternelle. Féline, gracieuse, elle se releva, surplombant son serviteur de sa stature presque archaïque, une apparition antique, enfant oublié de Troie. N’osant poser le regard sur son reflet, craignant l’impression angoissante de ne faire qu’un avec une inconnue, Cassandre se contenta du jugement d’Alois ; il appréciait sa vision, elle le savait, sans chaleur réelle cependant, seulement comme une œuvre d’art qu’on contemplait à distance, sans y toucher même si on en brûlait d’envie. Elle était différente, il le sentait, bien plus grave, bien plus soignée qu’à quelques minutes d’une soirée ordinaire. Mais ce ne l’était pas, rien n’était ordinaire, tout était différent. Ce soir, elle prouvait la légitimité de sa couronne de chair entachée par l’opprobre de ses origines.

Les murs de sa chambre ne parurent plus qu’une lointaine illusion dès qu’elle s’en éloigna d’un pas, retenant son souffle, écoutant les exclamations de voix faisant trembler les fondations de la maison. Le couloir devint interminable et les secondes, des années. Chaque inspiration devint un supplice, chaque pensée, un doute. Puis, elle franchit les mètres restants, s’exposant à tous, du haut des marches interminables, de cette tour de Babel tombant en ruine par la stupidité des hommes qui voulurent défier la richesse de Dieu. Elle ressentait la peur et bien d’autres choses, mais elle tint bon, le menton relevé, les paumes ouvertes afin d’être accueillante. Ils étaient tous là : les Invités, ces Rois venus manger dans le creux des reins des putes. Son regard doux balaya la salle étouffant sous le nombre de priés, un cortège pour l’apothéose de l’art, une pierre de plus sur les fortifications de son titre. Cette nuit, une fête aurait lieu : une fête grandiose, une fête dont les murmures ne s’éteindraient pas, même dans cent ans, une fête nourrit à même la coupe de Dionysos, une fête pécheresse. La reconnaissance qu’on lui portait avait été fragilisée par son absence, presqu’un an, cela avait brisé des liens qu’elle espérait bien reconquérir. Ce monde, aussi immonde soit-il pour certains était le sien, le seul qu’elle avait. Pour lui, elle sacrifierait trop, mais jamais assez pour elle. Ainsi, puisant dans les ressources des Neuf maisons closes, des Neuf puissantes familles, la prophétesse avait déniché les joyaux d’un empire de plaisir, choisi ceux et celles dont les talents attiraient les convoitises et les langueurs, et les avait réunis sur une même et unique scène, le temps d’une soirée, le temps d’un rêve palpable et magique. Une liturgie dédiée au Burlesque, un hommage au Cabaret qui l’avait hissée à sa position actuelle. Des Arlequines, des saltimbanques, des danseuses de belles étoiles, des génies sans leurs bouteilles, Cassandre les désiraient tous, ces saugrenus, ces fous à la passion carnavalesque, qu’ils dansent pour elle et pour son public de marque en priant pour que le jour ne vienne jamais, qu’il ne puisse gâcher leur joie et leur ivresse.
Le Burlesque ne pouvait mourir.


Prenant place sur le balcon couvant la grande pièce, la courtisane se laissa choir sur son trône, un divan de velours où prenait déjà place, à ses côtés et autour, ses plus imminents conviés, des choisis parmi les chanceux. De sa présence, la nervosité naissait chez certains alors que d’autres se gonflaient pompeusement d’importance. Qu’ils soient riches, influents, nobles ou tout simplement des pions essentiels, cela ne changeait rien, elle saurait exercer l’attraction qu’elle désirait leur communiquer. Ce banquet bacchanale serait le leur. Avec ses artistes lubriques, elle ferait descendre le sang entre leurs cuisses, monter la sève dans leurs corps avachis afin qu’ils comprennent : la maison close rubis était éblouissante, unique, flamboyante, un paradis narcotique et elle le guidait d’une poigne ferme. Cloîtrant ses paupières scintillantes, elle s’apprêta à lever le bras et lancer le signal tant attendu quand on rompit son ordre implacablement positionné dans toute cette apparence d’effervescence. Qui osait crier ainsi ? Alors que les alcôves n’attendaient plus qu’à être remplies, que déjà les bouchons de liège roulaient sur le sol et que les filles se défeuillaient tels les arbres à l’aube de l’hiver, dernière brise de chaleur avant le froid… Dès lors, les chuchotements devinrent cris et lamentations, ici et là, les questions fusaient telles des cris d’animaux qu’on égorge. Courroucée, Cassandre se releva et s’avança jusqu’à la rambarde et frappa dans ses mains, deux gardes prêts à retreindre toute émeute à son ordre, jusqu’à ce qu’un semblant de silence tombe sur la salle chamboulée. Lorsque tous furent tournés vers elle, pendus à ses paroles comme des abreuvés du désert, elle osa un sourire et feint un rire des plus délicats.

« Quelle comédie ! Mes amis, pardonnez-moi, ce coup de théâtre a été orchestré par ma demande. Je souhaitais vous offrir l’effroi, car, à présent, il ne me reste plus qu’à vous offrir les charmes dont vous profiterez mille fois plus après ce tumulte. »
De ces mots chutant sur les visages estomaqués, elle abaissa le bras, le signal avait été donné.
« Qu’on ferme les portes ! Le spectacle doit continuer ! »


Puis, elle dévala la fin de cet escalier la séparant du sol de ce bal irrationnel, fonçant sur le soldat blessé afin de venir cueillir ces exclamations devenant gargouillis une fois noyées dans le sang de sa gorge. Prenant soin à ne pas barbouiller sa tenue, la femme se pencha vers lui, écoutant son souffle faible se battre contre la fin. Comme par sollicitude, elle glissa sa bouche près de son oreille écorchée : « Je sais tout cela. Je l’ai vu. J’ai vu la Mort. Mais qu’aurais-je pu y faire ? Je te le promets, je te le jure, ici, tous seront en sécurité, hors du temps. Ils y feront l’amour tandis qu’au dehors, les tiens feront la guerre. » Et ils mourraient dans leurs guenilles, en défendant de leurs vies les plus fortunés. Même si cela la brisait, même si cela lui crevait le cœur, les entrailles, l’esprit. Son choix résonnait, imprenable, inébranlable tandis que les rubis de son diadème pleuraient un peu plus. Son titre et sa conscience ne cesserait de la tourmenter, dualisme qu’elle emporterait dans sa chute.

« Soignez-le. » Une goutte de bonté vint glisser sur la crasse de l’hypocrisie et des injustices, mais Cassandre voltigeait déjà loin, reprenant place entre l’homme riche bedonnant et l’héritier en rut.
Papillon de nuit cherchant nectar.


Show me your burlesque ♫
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~I'm bored
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Messagepar Amelia Lutz » 13 Oct 2014, 03:05

Amelia avait été ravie de recevoir une petite lettre, en bonne et due forme, pour l'inviter à participer au plus grand spectacle que Londres ne verrait jamais! Elle c'était préparée plusieurs semaines d'avance, pour l'occasion. Tous les grands de Londres allaient être sur place. L'hybride se sentait privilégiée d'être l'une des personnes à être considérée comme ayant une grande valeur artistique. Elle se doutait bien que tous les artistes sur place auraient quelque chose de bien unique. Pour elle, c'était bien plus son physique moitié abeille moitié humaine qui la différenciait des autres plus que ses danses. L'hybride avait créer une danse sur un rythme moyennement rapide, mais très intense. Ses pas étaient très léger, mais avec raison : Elle se faisait souvent flotter légèrement au-dessus du sol pour cette chorégraphie. De plus, pour cette soirée, elle avait un groupe qui jouerait cette chanson pour elle, en plus que des maquilleurs et couturiers spécialisés en costume de scène pour l'aider à se préparer.
Spoiler:
https://www.youtube.com/watch?v=awvqIi427_A


La jeune femme arriva au Cabaret très tôt, pour se faire maquiller et habiller. Elle avait décider de mettre une robe de style gothique, avec de la dentelle de couleur noire et un fond presque entièrement noir. Elle avait accessoiriser cela avec un léger collier à la gemme rouge et de chaussures rouges. L'abeille avait aussi un petit chapeau de style haut-de-forme et des gants qui lui montaient au coude, rouges aussi pour faire ressortir ses autres accessoires, vu qu'ils étaient plus petits.

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Son spectacle était en dernier, alors Amelia avait le temps d'être nerveuse longtemps d'avance... d'ailleurs, à la foule qu'il y avait, toutes ses personnes très importantes, elle l'était et pas juste un peu. Elle avait prit une audacieuse décision, de boire un petit verre de champagne avant son spectacle, pour se calmer et se détendre. Cependant, un événement imprévu arriva, avant le spectacle. Un homme tout ensanglanté avait interrompu le début du spectacle, disant que la vie de tous était en danger. Des chuchotements suspicieux avaient parcouru toute la salle bondée. Les pauvres étaient tous aussi outrés et effrayés qu'Amelia le fût à ce moment là. Elle avait failli s'étouffer de sa petite gorgée de champagne, en entendant l'homme. L'hybride n'était pas sûre de le croire, jusqu'à ce que l'organisatrice de la soirée, une dame de très grande classe nommée Cassandre, dise qu'elle voulait leur faire peur avant de leur donner à tous le meilleur spectacle de leur vie. C'était une bonne tactique! Amelia en fût soulagée... dans un sens. Elle se disait qu'une dame comme Cassandre était bien capable d'un tel mensonge, mais en même temps elle ne voyait pas de signes de guerre quelconque, même avec ses sens très aiguisés d'abeille. Si il y avait une guerre dehors, elle était drôlement silencieuse. Cependant, si c'était vrai... elle risquait sa vie seulement en restant sur place. Elle abandonnait son compagnon Light, qui dormait paisiblement à cette heure-ci habituellement. L'abeille s'inquiétait autant pour son compagnon que pour sa ruche, qui pourrait se faire détruire durant la guerre. Elle regrettait un peu de ne pas avoir fortifié cette maison à la forme étrange plus que ça. Amelia avait surtout peur que son Alicanto doive partir très loin pour fuir la guerre, si guerre il y avait. Elle avait peur de perdre le seul être à la comprendre réellement.

Elle fini par chasser ses sombres pensées et bu une autre gorgée de champagne, se prenant une petite place au fond de la salle pour écouter les autres spectacles en attendant le sien. Amelia avait beaucoup entendu parler des différents spectacles qu'il y aurait se soir là: des acrobates, des danseurs de différents types, des spectacles dangereux (elle avait entendu dire qu'un des artistes jonglait avec des lames effilées et même des fers chauds!), des contorsionnistes, des magiciens à en couper le souffle, etc. L'hybride-abeille serait le clou du spectacle, malgré tout ces gens très talentueux. Elle se sentait vraiment chanceuse, après tout, de compter parmi les meilleurs et les plus originaux.
Amelia Lutz
 



Messagepar Aurore » 16 Oct 2014, 11:22

J'y étais! J'étais au cabaret! Cette soirée me changeait de toutes les autres, éternel rituel chez les Ambres, qui martelait chaque soir mon corps. Ici, l'air semblait sentir la vanille des Iles, le décor était féerique, les boiseries bien qu'usées et anciennes respiraient encore l'ivresse des spectacles passés et les fauteuils de velours pourpres bien que pour l'instant vides semblaient habités continuellement par les anciens clients, attendant le souffle en suspend que le spectacle commence. J'étais pour l'heure une étoile perdue au milieu d'un firmament, un grain de poussière que l'on avait soufflé pour qu'il atterrisse dans ce décor fastueux. Et mes pieds avançaient malgré moi vers les loges afin que je me prépare alors que mon regard s'accrochait au décor, l'imprimant à jamais dans ma mémoire. Plus jamais peut être je ne reviendrai ici, fouler cette scène de mes pieds menus.
Brusquement, on se saisit de mon bras. Un homme à la poigne à la fois ferme et délicate m’entraîne avec lui. "C'est par ici demoiselle". Bien qu'étonnée, je me laisse docilement faire -encore et toujours perdue- tandis que l'individu me colle dans un fauteuil face a un immense miroir et s'attaque a démêler ma tignasse de boucles blondes.
Une heure passe et me voici à mon apogée. Sublimée comme jamais je ne l'ai été. J'ai bien du mal à reconnaître "la pute" dans le miroir qui me fait face. Des anglaises glissent délicatement sur mes joues poudrées, mes cils semblent de soie et mon regard vient à se confondre avec les paillettes qui maculent ma peau de lait.
Je suis pourtant totalement nue sous cet enchevêtrement de chaines d'argent, de perles et d'ambre qui semble courir sur mon corps à chacun de mes mouvements. Seul un châle aux reflets d'or et d'argent vient couvrir mes épaules. Les yeux inexorablement fixés sur la surface polie qui me renvoi mon reflet, le temps s'est arrêté autour de moi alors que j'offre mon dos à la glace afin d'y percevoir mon dessin. Quel massacre attend-on de moi ce soir? Le pire, l'effroyable. Combien seront ils a s'y perdre? Combien seront-ils a le désirer après mon passage sur les planches?
La foule que j'entends me rappelle à la réalité dans un sursaut. Je penche la tête à droite puis à gauche, m'assurant que le diadème tressé finissant ma coiffure ne se fera pas la belle sur un mouvement plus brusque que les autres et je m’enfile dans le couloir menant à la scène. Tel un condamné à mort vers le chemin de l'exécution, j'avance à pas de loup, incertaine de ce qui m'attend derrière les épais rideaux de velours. Et j'entends Madame Cassandre s'esclaffer après les rugissements d'un... fou? Ma curiosité piquée au vif j'entre ouvre les pans épais de tissus afin de glisser un œil fureteur dans la salle.
Qu'entends-je encore? La guerre? Minotaure avait donc toutes ses raisons de me laisser venir ici ce soir. Les bruits de couloirs dans sa demeure disaient donc vrai. Je suis ici en sécurité à distraire un régiment d'aristo alors que, au dehors pleurent de pauvre gens, meurt les familles de Londre. Se bat peut être mon maître et mon prince tandis que le sang remplit les caniveaux des ruelles sombres. Le tout pour le pouvoir.
Mon cœur se serre tandis que ma dextre referme le rideau, extrayant à mon regard la foule de ducs venu ici se faire distraire pour éviter la décapitation. Une belle aubaine pourtant pour celui qui veut tous les exterminer en un seul coup. Ils seront tous là, les yeux ébahis par le spectacle, la bouche entre ouverte, bavant devant une paire de fesses ou de seins. Les pores brûlantes d'un désir inassouvi et les vis tendus à l’extrême les empêchant d'avoir une once de lucidité pour se sortir de ce piège à rats. J'en viendrais presque à en avoir des frissons de peur si cela devait se révéler vrai. Mais Cassandre... Cette image de droiture, cet exemple de beauté et de bonté, cette courtisane vénérée, n'aurait pas osée tendre une telle toile. Elle, n'est pas araignée tandis les autres se font dragons...
Et tandis que la fête reprend là ou l'individu l'avait interrompue, je me surprends à apprécier de n'avoir aucun sentiment tandis que je reste sur le qui-vive à attendre mon tour sans m'inquiéter plus que cela de ceux qui périront dehors cette nuit... Par Merlin, protégez ceux qui m'aiment à défaut de pouvoir les protéger moi-même par amour.
Aurore
 



Messagepar Clio Wagner » 16 Nov 2014, 19:07

Le murmure lointain de la fête qui battait son plein ne faisait qu'accentuer toujours plus l'angoisse de Clio Wagner. Elle inspira un grand coup, tentant de prendre conscience de la situation. Elle se trouvait dans les loges d'une grande maison qui l'avait demandée pour animer la soirée, parmi d'autres artistes.
Elle se rappelait de son ressenti. Elle avait été choisie parmi ses collègues. Elle savait alors que de toutes les filles de la maison close Émeraude, c'était elle la meilleure. Enfin, ses efforts payaient. Enfin, elle se rapprochait de son but. Cette soirée n'était que la représentation d'une belle avancée pour son rêve. Elle en était fière. C'était seule qu'elle était arrivée là où elle se trouvait, rien ni personne ne pouvait lui enlever ça.

Mais si ce soir, l'angoisse prenait le pas sur l'arrogance, c'était parce qu'elle ne devait pas se louper. On lui avait offert l'opportunité de se faire connaître, de se faire désirer au-delà d'une simple soirée. Elle avait franchi les murs de sa faction et pouvait s'implanter dans les autres. Hors de question qu'elle passe à côté. Clio se le jurait : ce soir, les hommes qu'elle enflammerait de ses pas de danses ne penseraient plus qu'à elle, ils ne désireraient plus qu'elle et voudraient la revoir, en payant cher pour cela.

La danseuse était prête à faire son entrée dans la pièce bondée des plus éminentes personnes de Londres. Il y avait plus de potentiel économique ici qu'elle n'avait pu en voir de toute sa vie. Si elle ne savait pas aussi bien contrôler ses émotions, elle aurait eu le tournis. Alors, elle se rendit devant un miroir et coloria une dernière fois ses lèvres d'un rouge sang. Elle observait ses collègues se préparer. Beaucoup attendaient de monter sur scène, ce qui n'était pas son cas. Comme d'autres filles et garçons, son travail serait de déambuler dans la pièce, passant d'un homme à un autre ; distribuant des promesses de fantasmes bientôt réalisés ou des désirs enflammés. Pour cela, elle se devait d'être parfaite ; alors, avant de se lancer, elle s'observa. Ses cheveux foncés étaient montés sur le haut de son crâne, laissant s'échapper une ou deux bouclettes ci et là ; sa tenue était toute en dentelle noire, aucun tissu, rien que de la dentelle qui laissait voir juste ce qu'il se fallait et cachait sans réellement dissimuler ce qui seraient objets de désir d'ici peu. Des bas lui avaient été prêtés, ainsi qu'une paire de talons aussi noirs que les âmes qu'elle approcherait. S'accordant parfaitement à ses lèvres colorées, ses yeux étaient entourés d'une poudre noire corbeau, soulignant ainsi son regard qui se ferait envoûtant ce soir. Clio le savait : elle était parfaite.

Enfin, elle sortit des loges pour aller à la rencontre de ducs ou autres aristocrates. Et alors, ses pensées se firent discrètes derrière sa concentration dissimulée. Elle papillonnait, passant d'un homme à l'autre, caressant des cheveux, des torses, ondulant ses hanches face à de nombreuses expressions lubriques et détournant des regards qui étaient dirigés vers la scène pour les fixer sur elle. Elle voulait qu'on ne voit qu'elle alors elle hypnotisait, offrant des baisers volés et jurant de bientôt les retrouver pour une nouvelle danse. Elle faisait ce qu'on lui avait demandé, et elle le faisait bien.

Son ravissement face à son impression de bien faire les choses ne faisait donc que croître jusqu'à ce que n'arrive un élément perturbateur. C'était un soldat, ensanglanté, blessé, inquiet, qui criait à qui voulait bien l'entendre que la guerre allait bientôt tuer tout le monde. Clio leva ses yeux au ciel d'un air exaspéré. Qui était-il pour penser qu'ils avaient besoin de lui pour savoir ce qu'il se passait ? Si une bataille se préparait, ils seraient tous bien vite au courant. La maison semblait calme, si l'on passait outre les festivités. Il serait bien temps de s'inquiéter plus tard. Il était venu tout gâcher, créant la panique et la confusion ce qui, soit-dit en passant, n'était pas la meilleure des stratégies si son but avait été de sauver les gens présents ici, ce soir. Clio ne savait que faire...Comment arriverait-elle à captiver le regard de ses admirateurs si l'angoisse venait les posséder ? Et ce, dans la mesure ou personne ne s'échapperait en courant, pris de panique.
Heureusement, et sans que la danseuse Émeraude ne s'y attende, la maîtresse des lieux intervint alors tel le deus ex machina de cette pièce qui virait à la tragédie :

« Quelle comédie ! Mes amis, pardonnez-moi, ce coup de théâtre a été orchestré par ma demande. Je souhaitais vous offrir l’effroi, car, à présent, il ne me reste plus qu’à vous offrir les charmes dont vous profiterez mille fois plus après ce tumulte. Qu’on ferme les portes ! Le spectacle doit continuer ! »

Clio feignit alors un soulagement qui n'était pas entièrement irréel. Ce n'était pas bête du tout, ce genre de divertissement. Il ferait en sorte qu'on se souvienne de ce soir, ce qui servait également à l’ambitieuse fille de joie qu'était Clio. Elle se rendit dans les bras d'un prince, certainement, d'un certain âge qui semblait encore dans tous ses états. Elle fit alors ce qu'il fallait pour le calmer, de façon décente bien sûr. Jamais elle ne se permettrait la moindre vulgarité en public. Elle souhaitait que l'on parle d'elle effectivement, mais en bien uniquement. L'érotisme était la carte qu'il fallait jouer ce soir. Elle réservait la pornographie à ceux qui feraient appel à ses services ultérieurement.

Alors, maintenant que tout était de nouveau apaisé et plongé dans la bonne ambiance attendue, elle se remit à danser, constatant que chacun semblait en effet un peu plus heureux qu'avant la venue du soldat-comédien. Si Clio avait l'occasion de connaître davantage l'organisatrice de la soirée, elle serait ravie de lui demander des leçons de stratégie. Elle ne semblait pas être la seule à avoir compris que pour survivre dans ce monde si sombre, les femmes se devaient d'avoir des atouts un peu plus important qu'un physique avantageux ; même s'il s'avérait essentiel d'en jouer parfois.

Clio s'efforça de rejeter ses pensées qui n'avaient rien à voir avec son objectif du jour pour rester en phase avec la tâche qu'on lui avait confiée ce soir. Ses mains se refirent alors baladeuses, son regard, fascinant ; et ses danses, ondulantes et désirées.
Je loue la danse car elle libère l’homme de la lourdeur des choses.
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