[INTRIGUE] La Princesse et l'Assassin [Jev et Aslinne]


La première intrigue générale du forum (close). L'Onyx et sa matriarche Dragonne s'en prennent au huit autres factions. Combats, assassinats, mais aussi enchantements dans les Maisons Closes et orgies sauvages. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 15 Aoû 2014, 02:10

22h07, Donjon Corbeau de l'Académie, chambre secrète de la princesse Aslinne Orothar.


Le sang, les cris, la peur. Tant de choses qui avaient déferlées sur l'Académie de magie, alors que ses élèves en étaient évacués dans la plus grande urgence et la plus grande panique. L'ordre avait été donné par le Professeur Wolfcraft, et le Directeur ne l'avait pas contesté, trop conscient que faire rester les élèves n'aboutirait qu'à un massacre d'innocents, aussi inutile qu'évitable. Ceux qui n'étaient pas partis lors des appels du professeur reculèrent pour la plupart hors de l'établissement devant les troupes d'élites du même homme agissant cette fois en tant que général de l'Onyx, à la fois héraut et bourreau du Dragon Millénaire et de la Reine Noire qui le portait maintenant sur son dos tel un symbole de pouvoir et une malédiction, tout à la fois. Un Dragon, toutefois, qui n'était pas là pour réitérer les grands massacres de Requiem Cravt, deux cents ans plus tôt. Pas encore non, pas encore. Le courroux de la bête qui ne dormait point se concentrait ce soir-là sur un objectif bien précis, et des alliés pouvaient encore surgir ensuite parmi les diverses familles dont les enfants étudiaient ici, de sorte que seuls les étudiants qui eurent la folie de résister furent confrontés à l'acier froid et à la fureur brûlante des troupes d'élites de l'Onyx.

Et pourtant, tous les jeunes gens n'étaient pas partis.

Dans le haut et austère Donjon Corbeau qui, depuis deux siècles entiers, habitait le Directeur de l'Académie, caché derrière son masque de métal, la plupart des serviteurs avaient fuit, et les autres, à cette heure, étaient déjà taillés en pièce. Et dans ce donjon, une chambre secrète, une porte discrète, un endroit où n'allaient que de rares personnes. Les appartements qui s’abritaient derrière étaient luxueux, avaient tout le confort qu'on pouvait espérer, et son occupante ne manquait jamais de rien, mais il s'agissait autant d'une protection que d'une prison, d'un nid douillet que d'une cage. Et ce soir, cette réalité c'était illustrée plus fortement que jamais quand, dans son dernier geste d'autorité, sans doute, le Corbeau bicentenaire avait ordonné que la porte soit fermée hermétiquement sur son occupante et l'avait lui-même scellé par magie, avant de se retirer dans son bureau, alors que l'invasion de l'Académie commençait, condamnant la jeune fille à attendre la fin des événements dans sa chambre, aussi à l'abri qu'elle était impuissante à agir ou même simplement à satisfaire sa curiosité. Pour plus de sûreté, il laissa deux gardes devant la porte, les deux seuls sur lesquels il avait pu mettre la main, alors que les combats se préparaient déjà au pied de son Donjon.

Elle entendit le bruit, les cris, mais ce fut tout. Elle aurait pu, elle aurait dû, traverser la tourmente sans être touchée, quelque soit le sort du Directeur, et pouvoir trouver ensuite refuge près des hauts responsables de l'Améthyste, voir directement de son second père. Elle aurait dû, mais le règne des Corbeaux aurait dû durer encore longtemps. La paix deux fois centenaire qui régnait sur Londres avec eux aurait dû se prolonger sans trêve pendant encore de longues années. La lignée des Craft aurait dû être éteinte et détruite depuis de longues années. Les légions de pierre de l'Améthyste auraient dû intervenir pour balayer au plus vite l'assaut des Onyx. Bien des choses auraient dû advenir, qui se révélèrent, cette nuit-là, comme inexistantes à la face du monde. Le Dragon avait relevé la tête, abattant un de ses vieux ennemis, ébranlant la paix centenaire et avançant sans réel obstacle pour son premier assaut.

Et le destin d'Aslinne, lui non plus, ne fut pas celui qui avait été prévu par Etherion .

Alors que le gros de la troupe de Moloch sécurisait le Donjon, s'assurant qu'aucun renfort imprévu ne viendrait déranger leur maître, et que le Loup Noir lui-même gravissait les marches jusqu'au repère envahis de corbeaux du maître des lieux, une ombre s'était glissée par un autre escalier, avait trouvé la porte secrète. Une ombre qui n'avait rien d'une faible ombre fuyante, mais était en fait un puissant guerrier. Il avait prit part aux combats sporadiques dans les couloirs de l'Académie, contre les soldats Améthystes présents et quelques élèves trop téméraires ou stupides pour fuir, mais il en était sorti sans mal, et quand le groupe du seigneur des Wolfcraft avait atteint le Donjon, sa véritable mission avait débuté, celle pour laquelle on envoyait quelqu'un de son rang et de sa trempe, qui aurait pu être chargé d'aller égorger quelque puissant ennemi en cette nuit où le Dragon frappait de son souffle brûlant ceux qui prétendaient se dresser sur sa route. Une mission donnée par Moloch en personne, confirmé par l'autorité de Valériane, une mission précise et implacable, qui n'admettait aucun échec. Comme toujours, en fait.

Mais cette fois, ce n'était pas une mission de mort.

Jev Darrow avait été chargé par le Loup Noir de s'emparer de la secrète et inconnue princesse de l'Améthyste, que les Jumeaux avait eut la faiblesse d'adopter et de prendre pour fille, des années plus tôt, dans des circonstances floues. Du moins, elles étaient floues pour Moloch, qui ignorait tout de la façon dont les deux destinées qu'il voulait faire se croiser ce soir-là s'étaient déjà entrelacée, longtemps au part avant. Jev était le meilleur homme dont il disposait, et la mission était la plus importante à accomplir ce soir-là dans l'Académie, à part une autre, bien précise, bien spéciale, poursuivie depuis des décennies, et qu'il ne laisserait à nul autre le soin de mener à bien. C'était aussi simple que cela, et pourtant, par une facétie du destin, Aslinne était à nouveau la mission de Jev. Mais, cette fois-ci, il avait pour instruction de la prendre vivante. Une arme contre les Jumeaux si leur pouvoir survivait à cette nuit, un formidable atout latent s'ils venaient à être détruit : Aslinne était un potentiel trop grand pour qu'il laisse échapper l'occasion de s'en emparer.

Quand raisonna dans les couloirs de l'Académie, comme loin au-dehors, le hurlement de triomphe du Loup, saluant la mort du Directeur, l'assassin s'approchait de la porte qu'il recherchait. Les enchantements d'Etherion étaient morts avec lui, et la porte n'était plus maintenant qu'une simple porte fermée à clé. Devant, deux soldats qui n'étaient pas véritablement de taille à être des obstacles pour lui. Et derrière la porte... sa mission.
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Messagepar Jev Darrow » 01 Sep 2014, 16:18

« Gagnant ou mort ! Il n'y a nulle autre voie à la vie qui t'as été donné ! La défaite est impardonnable. L'humiliation, un parjure. Que celui qui rampe voit ses os rompu, que celui qui s'éteint sous son incompétence voit son nom s'effacer !» Le fouet claque donnant à la réprimande toute sa profondeur. L'enfant se crispe et ferme les yeux à chaque traîne brutale qui rougisse la chair tendre. « Tes hésitations trahissent le nom du clan. Tu porteras seul la responsabilité et cette honte. Ta tâche est inaccomplie et il reste de ton devoir de réparer cette outrage. Tu dois tuer cette enfant ! » hurla le père.

De cette nuit où son corps avait été taillé en morceaux sous les assauts de la punition, Jev n'en avait pas oublié le message, la mission à laquelle il avait faillit et qui depuis plus de 15 ans errait dans sa mémoire comme le signe même d'une humiliation. On avait réduit son ego en miettes cette nuit là et de cet épisode destructeur, il ne restait que le persistant désir de vengeance. Pendant toutes ses années, toutes ses heures, il attendit que lui soit redonné l'opportunité de retrouver grâce aux yeux du clan. Mais la jeune fille avait disparu, protégée par les bras miséricordieux des fondateurs Orothars, inatteignable jusqu'à aujourd'hui... Si l'identité de la jeune princesse n'avait jamais été officielle, Jev avait toujours su : il s'agissait de la même gamine. Les coïncidences, les morceaux de puzzle qui s'emboîtaient n'auraient su lui mentir. Oui, il s'était tût ! Auprès de Moloch en personne, il n'avait transpiré son savoir, il n'avait raconté cette scène de son passé que jamais il n'avait été prêt à oublier. C'est pourquoi il n'avait pu qu'incliner docilement la tête devant l'ordre reçu. C'est en vie qu'il devait la prendre. En vie... Comment pouvait-il se plier à un tel ordre ? Elle devait mourir... la mort n'oubliait personne et il était sa mort ! Elle était son privilège !

Personne n'aurait su le retenir... Les vagues ennemies s'ouvraient devant lui. Ce soir, il allait être confronté à ce qui avait causé son déclin. Nulle magie, nul adversaires ne trouvèrent suffisamment d'ardeur pour stopper son invasion. Repoussés, parfois tués, l'assassin avança jusqu'à la Tour pour y disparaître comme une volute de fumée. Cette ascension, il voulait la mener seul. Aslinne était à lui et à personne d'autre ! Arrivé en haut de la tour, il rit de l'insulte qui lui était faite... deux gardes... deux seulement pour garder les derniers espoirs Améthyste. Deux protecteurs qui mirent beaucoup de cœur dans leur mission et que l'assassin écharpa d'un revers de lame. Il avait la sienne... et il était plus fort. La nature lui avait donné la victoire. Ou plutôt la mauvaise stratégie des Orothars la lui avait offerte. Comme une horloge réglée de main de maître, la porte laissa se dissoudre les dernières effluves de magie... Le Père Orothar était mort et avec lui, l'équilibre allait tomber.

Jev défonça la porte, devenue soudain bien faible devant la volonté de son jugement. Il entra le vaste cocon de sa jeune adversaire de longue date. Depuis si longtemps, il attendait ce moment. Tant d'années s'étaient écoulées depuis leur dernière confrontation. Il la chercha du regard, se demandant si elle allait se montrer lâche ou tenter de le combattre. Jev avança un peu plus dans la pièce principale. La protégée des Orothars n'avaient guère grandit dans un cadre malpropre. Le tranchant de son épée effleura le bois d'un meuble verni faisant crisser l'objet alors qu'un lambeaux de bois s'enroulaient harmonieusement sous le coupant de la lame.


_ Princesse, rendez-vous à moi... Votre clan est vaincu !


Le brouhaha extérieur clamait la victoire Onyx sur l'école de magie. Tout le bâtiment était entre leurs mains... il ne manquait plus que la princesse pour honorer sa mission.
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Messagepar Aslinne Orothar » 18 Sep 2014, 13:07

Avoir une conscience aigu de tout ce qui l'entourait. Voilà le privilège et à la fois le fardeau qu'apportait le don de chamanisme. Endormie sur le merveilleux lit à baldaquin recouvert de soie de sa chambre, le corps souple et fragile de la princesse Orothar était tendu malgré le sommeil qui le berçait.
Voilà plusieurs jours qu'elle ressentait quelque chose d'étrange dans l'atmosphère. C'était à la fois terrifiant et oppressant... Elle sentait l'air chargé de tension. L'eau plus lourde dans ses pluies. Le feu plus crépitant et plus consumant que jamais. La terre plus grondante... Tout se répercutait en elle tel un écho laminant qu'elle ne comprenait pas et ne s'expliquait pas.
La nature pleurait et hurlait sa détresse à son cœur plus ouvert que le commun des mortels. Elle cherchait à la prévenir de ce qui se préparait. Aslinne l'entendait et la ressentait mais ne comprenait pas le message. Du haut de sa tour, elle ne voyait rien d'alarmant. Etherion et Mendorion s'en assuraient depuis des années. Elle vivait dans un havre de paix. Dans un cocon impénétrable de protection et de confort.
Elle ne pouvait que rester prisonnière de ces sensations étouffantes sans pouvoir s'en défaire...

Sa poitrine se soulevait trop rapidement pour elle. Ses doigts fins étaient crispés sur la riche étoffe de ses draps et son corps s'agitait, esclave de son mal être inexplicable.
Pourtant elle se calma, s'apaisa... Un sourire confiant vint détendre vite les très parfaits de son visage de poupée. Ses cheveux épars sur son oreiller semblaient tel des boucles d'ambre en fusion froide sous la lueur de la lune qui perçait à travers les immenses fenêtres gothiques de l'académie.

Cette main fraiche sur son front de cauchemar était le rempart face au reste du monde. Sa terre sèche au milieu de l'océan. Elle s'y serait accrochée jusqu'au bout du monde à travers les airs, les mers et la terre. Avec cette main contre elle, elle savait que même l'enfer ne l'atteindrait jamais. Cette main et sa jumelle étaient ses ailes depuis ses 4 ans. Si elles l'abandonnaient, elle ne pourrait que tomber du ciel. Mais ça n'arriverait jamais. Car ils le lui avaient promis. Les jumeaux Orothar seraient toujours là pour la protéger. Pour la faire voler de tout son éclat et toute sa beauté.

Aslinne cligna des paupières et posa ses yeux à la pureté bouleversante sur la silhouette noire et familière d'Etherion Orothar. Il la regarda mais ne dit rien. Il ne parlait jamais beaucoup tout comme son frère. La petite princesse y était habituée et n'avait de toute façon pas besoin d'entendre leur voix pour les deviner.
Elle lui sourit avec toute la candeur et l'amour qu'une enfant pouvait porter à son père, mais sentit la tension dans ce corps penché sur elle. Elle pencha sa tête légèrement sur le côté en guise d'interrogation. Il n'était pas comme d'habitude...
Etherion tendit son autre main et Aslinne y lova sa joue affectueusement. Une simple caresse sur la peau de pêche de sa fille adoptive. Une caresse qui se confondait avec une promesse muette. Une confession secrète d'un amour imprononcé qui n'avait jamais eu à être prouvé par des choses aussi futile que des mots.
Tout en les jumeaux lui avaient toujours prouvé leurs sentiments à son égard même si ils n'avaient jamais été explicitement dits.

Au lieu de se griser de cette déclaration, le cœur d'Aslinne s'alourdit pourtant d'un seul coup.
Quelque chose n'allait décidément pas. VRAIMENT pas ! Ce sentiment intense qu'elle éprouvait depuis quelques jours empira à la présence de son père.
Anxieuse, elle se redressa dans son lit et agrippa la main gantée de noir qu'elle serra fort contre elle. Son cœur tonnait contre le revers de la main d'Etherion telle une supplique, aussi fort qu'il en était capable. C'était comme si les échos des battements d'Aslinne cherchaient à persuader ceux du Directeur de l'Académie de ne même pas songer à ne plus leur répondre. Chaque palpitation naissait grâce au son de l'autre... Pour que le cœur d'Aslinne batte, celui d'Etherion devait le guider de son tambour... Sans lui, elle ne savait plus vivre...
Elle l'implora du regard, aussi grave qu'une aria mortuaire, le souffle court. Pourquoi, elle ne le savait pas vraiment. Etherion étreignit ses doigts entre les siens, puis se releva. Lorsque son poids quitta le matelas, Aslinne eu l'impression de basculer dans un gigantesque précipice. Le sol se déroba sous elle. Le monde s'escamota et tourna autour d'elle à une vitesse anormale.
Elle tenta de retenir la main qui commença à se faire fuyante entre les siennes, mais le jumeau Orothar était à présent détourné d'elle, la démarche lourde et grave. Autant tenter de capturer de l'eau entre ses doigts...
Avec un sanglot, Aslinne sauta à bas de son lit et courut après lui. Il ne devait PAS sortir ! Si elle le perdait du regard maintenant, elle avait la sensation horrible qu'elle ne le reverrait jamais !
Ses grands yeux noyés de larmes, ses poumons douloureux du trop peu d'air qu'elle parvenait à leur fournir, elle pressa le pas, ses pieds nus frappants le sol qu'un sort gardait constamment à température ambiante afin qu'elle n'attrape pas froid, mais c'est la porte qu'elle rencontra, fermée entre eux.
Elle tambourina contre l'immense panneau richement doré de toutes ses forces, mais jamais il ne céda... Son oreille collée au bois, elle entendit des gardes se placer de l'autre côté et sentit la magie envelopper la matière sous ses mains tremblantes.

Pourquoi il l'enfermait ?! Pourquoi il la laissait toute seule ?! Elle voulait sortir ! Elle rester avec lui ! Se jeter dans ses bras et ne plus le lâcher !
Ses lèvres s'ouvrirent pour l'appeler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle essaya encore, mais toujours rien... Rien d'autre qu'un gémissement déchirant alors qu'elle frappa à nouveau du plat de la main contre la porte tout en essayer d'actionner la poignée d'or.

"Papa reviens ! Reviens !"

Si elle le hurlait assez fort en elle il l'entendrait sûrement et reviendrait à elle... Il venait toujours ! Ses larmes n'avaient jamais le temps d'aller mourir sur le sol qu'Etherion apparaissait lorsqu'il lui arrivait de pleurer. Cela arrivait assez rarement pour qu'il s'en soucie...
Elle devait parler ! Il le fallait ! Tout le monde parlait c'était aussi naturel que le fait de marcher alors pourquoi ELLE n'y arrivait pas ?! Aslinne força sur ses cordes vocales, chercha à obliger sa voix à sortir et redoubla de sanglots en se rendant compte que ça ne servirait à rien... Elle se retourna et se laissa glisser contre le mur, en proie au désespoir et à la peur, deux sentiments auxquels elle n'avait plus été confrontée aussi intensément depuis bien longtemps...

Le temps était une chose tellement surfaite... Les secondes pouvaient se muer en éternité... Ou les minutes se volatiliser aussi furtivement qu'un battement de cils...
Aslinne resta enroulée sur elle-même à attendre... Attendre un espoir qui ne reviendrait jamais car à l'opposé de sa chambre se déroulait un scénario qu'elle avait déjà vécu 20 ans plus tôt... Un scénario qui lui avait volé à la fois son frère jumeau, son père biologique et sa voix... Une nouvelle fois on lui arrachait tout ce à quoi elle tenait. Tout ce qui faisait son monde.
Elle serra entre ses doigts glacés par l'angoisse le médaillon que les jumeaux lui avaient donné dès qu'ils l'avaient recueillie et le pressa contre son cœur en pleurs.

Puis, son cœur explosa. La douleur fut telle que la princesse Orothar bascula au sol, ses deux mains appuyant contre sa poitrine, comme paralysée. Chaque parcelle de son corps se mit à trembler, en proie à cette souffrance son nom sortie de nulle part. Les pleurs jaillirent de ses yeux exorbités alors qu'elle luttait pour amener un peu d'air à ses poumons bloqués. Le peu qu'elle parvenait à leur donner la brûlait et la faisait à nouveau cesser toute tentative !
C'était comme si une partie d'elle-même venait de lui être arrachée. Qu'est-ce qui se passait ?!
La panique s'empara d'elle, la poussant dans les bras de la peur qui se mit à valser avec elle telle avec une poupée de chiffon, livrée, impuissante, esclave... Condamnée à danser pieds nus sur un brasier blanc...
Elle voulu crier, exulter cette souffrance sans nom qui prenait ses droits sur elle et la rendait captive de ses serres acérées mais encore une fois son corps toujours marqué par son passé l'en empêcha. Prostrée au sol, elle se sentait agonisante !
Le monde autour d'elle trembla, lui hurlant une vérité qui parvint enfin à lui tirer ce hurlement que son passé lui refusait, la ravageant de sa cruelle violence ;
Etherion n'était plus...

Trop de douleur ! Trop de chagrin ! Elle allait éclater ! De la même façon que la porte venait de le faire sous ses yeux !
Aslinne recula sur le sol en voyant voler les débris, son corps fragile ne lui laissant aucun répits dans sa souffrance. L'odeur du sang vint torturer son nez, lui donnant envie de vomir alors que ses yeux refusaient de lui rendre une vision nette de la réalité. Elle ne voyait plus que des formes. Des silhouettes floues irrégulières et irréelles...
Et une carrure imposante... La plus grande et la plus large qu'elle n'avait jamais vue...


_ Princesse, rendez-vous à moi... Votre clan est vaincu !

Aslinne sursauta lorsque la voix grave et puissante s'adressa à elle. Elle se redressa bien qu'elle manqua de tituber et posa son regard embué sur l'intrus qui venait de pénétrer ses appartements. Elle n'était plus que larmes...
Malgré ce flot intarissable de perles salines qui ne cessaient de noyer ses prunelles noires, elle vit enfin la barrière tombée. La porte ne la bloquait plus. Elle voulait courir jusqu'à Etherion... Le retrouver !
Ses yeux retournèrent à Jev avec toute cette innocence et cette beauté encore inviolée qui lui était propre. Mais quelque chose changea en elle. Etherion mort, une partie du sort de restriction de sa magie était morte avec lui. La magie afflua dans les veines d'Aslinne, coulant en elle telle une sève nouvelle.
Plus à l'aise avec l'eau qu'avec n'importe quel élément, Les émotions de la princesse prirent le pas sur sa conscience. Elle n'était plus guidées que par elle à présent... Son père mort, plus rien n'avait de sens... Aslinne était un élan de cœur permanant et en cet instant, son cœur était à la torture... Il se mourrait de ce qui venait de lui être volé...
Commandées par ce chagrin démesuré, les larmes quittèrent les joues d'Aslinne une à une, pour flotter brièvement devant elle. Elles se muèrent en de fines et scintillantes arrêtes de glace qui filèrent ensuite droit sur Jev, aussi acérée que les pointes qui déchiraient la petite princesse de l'intérieur, aussi mortelle que la douleur qui étreignait son cœur...

L'une d'elles fendit la pommette de l'assassin mais elle n'y prêta pas attention. Elle n'eut même pas conscience que c'était elle qui venait de faire ça. Elle profita juste de ce petit effet de surprise pour ne plus penser qu'à courir.
Avec effroi, ses mains tremblantes plaquées à ses lèvres sèches, elle enjamba les corps sans vie des gardes chargés de protéger sa porte. La traine de sa robe de chambre s'induit de sang en les caressant de ses dentelles alors qu'elle reprenait sa course à en perdre haleine dans une envolée de tissus fluides vers le bureau d'Etherion, aussi vite que ses jambes pouvaient la porter, laissant à sa suite une trainée d'un rouge carmin sur le sol jusqu'alors immaculé...


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Messagepar Jev Darrow » 18 Sep 2014, 15:31

Cette nuit d'échec était ancrée en lui. En un indélicat tapis de souvenirs, Jev se rappelait de tout ce qui avait marqué ce soir là. Il se souvenait de sa robe, de la longueur de ses cheveux, de la morphologie de son visage, de la taille de ses doigts d'enfants... ce qui lui échappait encore était le pourquoi il avait hésité. Enraciné dans les tréfonds de sa mémoire, il lui arriva un instant de croire que sa cible serait physiquement la même que plus de 10 années auparavant. C'est ainsi qu'il l'avait enregistré dans son esprit, c'est ainsi qu'il l'avait rêvé durant des nuits entières... mais il avait grandi et la petite fille en avait fait de même. Ce n'était plus une enfant, c'était une femme qui choit au sol, pleurait un chagrin dont l'assassin était dénué. Ce geste qui lui avait manqué à l'époque, pourquoi lui semblait-ce si facile aujourd'hui ? Sans remord, il aurait prit sa vie, aussi simplement qu'un mouvement fluide, aussi commun qu'un hochement de tête. Mais voilà, on le lui avait interdit. En s'avançant dans cette salle, il eut envie d'ignorer les ordres pour honorer un contrat jadis manqué... mais logique dans sa réflexion, tuer la princesse Orothar ne ferait que servir un nouvel échec à ses supérieurs et celui-là, il lui serait impossible de le rattraper. Non, il devait mettre son mal en patience et honorer ses engagements... puis-ce-t-il être aussi ingrat que de lui donner du menu fretin ! Aslinne n'était pas un guerrier, ce n'était pas une magicienne de réputation, ce n'était même pas un homme ! Ce travail, on aurait pu le confier à un débutant... Deux hommes à une porte : débutant ! Une princesse endeuillée à arrêter : débutant ! « Une mission de la plus haute importance », le tueur avait envie de rire. Pour une histoire de politique, on le rétrogradait au rang de kidnappeur. Jev voulait croire que ce ne fût qu'une mauvaise blague de Valériane qui, bien qu'elle l'ait nommé au rang de premier assassin, voulait lui rappeler qu'elle était au pouvoir.

L'envoyé Onyx observa la jeune femme en pleurs avec l'intérêt que l'on donne à la terre que l'on piétine. Une chose n'avait pas changé, il la dominait toujours. Ne craignant pas de grands éclats de sang mais suspicieux quant aux capacités de la jeune fille -peu d'informations avaient filtré sur les caractéristiques de la fille Orothar-, l'assassin fit un pas de plus, toujours sur ses gardes.


_ Soyez coopérative et vous ne serez pas blessée... lui assura-t-il comme pour la convaincre de ne pas faire d'actes stupides. Il observa, cette idée en tête, les larmes soumises à une pesanteur alternative et quand l'éclat scintillant des larmes fondit sur lui comme une pluie de flèches, il soupira. Sa lame en main vînt détourner le gros de la masse alors qu'un éclat fermement décidé à lui perforer l’œil glissa sur sa joue lors d'une faible esquive de la tête. Voilà pourquoi il préférait les cadavres ! Les morts ne fuyaient pas...

D'un pas ferme, il fit volte-face et sortit de la chambre, récupérant du bout du pied une lance qui traînait au sol, près d'un garde mort, il se mit à descendre l'escalier d'une allure sûre. Cette princesse ne pourrait étendre sa lâcheté tout du long, il était à sa suite et sa trace sur le sol était comme le signe que son avenir était déjà scellé au sien. A la sortie de la tour, il l'aperçut, fuyant au milieu des morts, au milieu d'un champ de batailles devenu bien calme. D'un bras fort, la lance fût élevée à hauteur de l'épaule et jeté sans ménagement en amont. L'arme fendit l'air d'un sifflement froid et se planta rudement dans les épaisseurs de tissu, immobilisant la traîne dans le sol en un claquement sec.

D'un pas toujours aussi téméraire, il avala férocement l'espace entre leurs deux corpsavant qu'elle ne soit parvenu à libérer sa robe de l'emprise de la lance et lui retourna une gifle qui aurait calmé le plus turbulent des enfants. L'attrapant quasiment aussitôt d'une poigne forte dans ses cheveux, il la força, sur la pointe des pieds, à le regarder.


_ Je pensais avoir été clair, princesse.

Jev releva les yeux pour regarder l'aboutissement de ce couloir. En continuant plus en amont, on accédait à l'entrée principale du bureau de feu Ethérion. Il comprit alors qu'elle n'était pas en train de fuir et affaissa à nouveau son regard sur elle :

_ Croyez-moi, ce n'est pas un spectacle pour vous.

Il n'avait pas été là mais les Onyx ne brillaient pas par leur tendresse et si le grand magicien s'était défendu -et il y avait à parié qu'il l'avait fait- alors ce qu'il restait de son corps ne devait pas être beau à voir. La main toujours enroulée dans ses cheveux, il la traîna en arrière pour rejoindre le gros de sa troupe.
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Messagepar Aslinne Orothar » 27 Sep 2014, 13:29

I thought I could fly, so why did I drown?


Elle était dans un autre univers... Tout autour d'elle était différent et pourtant pareil... C'était comme se retrouver de l'autre côté du miroir de la réalité. Avait-elle traversé une faille ? Cet endroit où elle avait grandi... Si majestueux, si grandiose, était à présent effrayant et austère...
Qu'importe où elle posait ses grands yeux larmoyants, elle ne voyait que chaos et désolation. Des corps, du sang, des morts, des débris, des déchirures... Tout était détruit. Saccagé... Dehors le ciel d'un gris sombre frappant l'Académie d'une pluie diluvienne ajoutait au tableau macabre qui s'offrait à la Princesse des Améthystes. Les murs étaient noirs. Les sols étaient sombres... Ses pieds nus pataugeaient dans des étendues de fluides carmins.
La scène était à la fois irréelle d'horreur et de magnificence. Aslinne avait cette candeur et cette pureté irradiante qui étaient son essence même. Vêtue de blanc immaculé, sa traine tachée de sang et ses manches immenses volant à sa suite, elle donnait l'image d'une sublime apparition fantomatique flottant au dessus du chaos... Elle semblait être une lumière à travers la noirceur. Un ange foulant les enfers. La beauté en son sens le plus propre, face à la discorde la plus chaotique... L'éclat de l'améthyste, brisant l'opacité de l'onyx...

A bas des marches de sa tour, Aslinne marqua un arrêt, le souffle court. Il faisait si sombre ! L'absence de magie d'Etherion plongeait la demeure dans une pénombre qui pétrifia la jeune fille. Le souffle court, son cœur prêt à exploser, elle reprit sa course en soutenant ses jupes, ses pieds fragiles s'abimant sur les cailloux, éclats de verres et autres débris de bois qui attrapaient et déchirait sa robe sur son passage...
Mais elle ne grimaça pas... Pas plus qu'elle ne pleura pour les entailles que subissaient ses pieds. Ses larmes, chacune d'elle, elle les versait pour son père. On le lui arrachait de la poitrine. Si elle courrait assez vite, si elle arrivait assez vite à lui, elle réussirait sans doute à l'y garder et tout rentrerait dans l'ordre. Il ne suffisait que d'un geste. Que d'un touché. Une simple étreinte et tout irait mieux...
Sa main agrippa un pilier de marbre pour l’aider à prendre un virage serré sans tomber tant le chagrin et la douleur qu'elle ressentait en elle menaçaient de la faire s'écrouler. Il ne pouvait pas être mort ! Il était invincible ! Personne ne pouvait l'atteindre ! Elle en avait toujours été persuadée ! Mendorion et lui seraient toujours avec elle parce que personne ne pouvait rien contre eux !

Dans le corridor menant jusqu'au bureau du Directeur de l'Académie, la lumière des éclairs zébrant la nuit transparaissant à travers les arcades de verre lui donnait un peu plus de clarté. Aslinne sursauta aux premiers coups de tonnerre et s'y engouffra alors que derrière elle, elle entendait les pas réguliers et non pressés de l'inconnu qui avait pénétré sa chambre.
Ses joues rosies par sa course, elle se retourna, ses boucles aussi fluides que de l'eau se faisant tantôt loup sur ses yeux, tantôt bandeau sur ses lèvres ou encore étole à son cou. Elle pressa l'allure autant qu'il lui était possible de le faire, ne pensant qu'à rejoindre son père, aveuglée par ses pleurs intarissables...

Pourquoi cet homme la poursuivait-il ? Qui était-il ? Qu'est-ce qu'il lui voulait ? Pourquoi un tel carnage à l'académie ? Toutes ces questions la percutaient et la blessaient tant elle n'y comprenait rien ! Comment pouvait-on provoquer tout ça ? Pourquoi en avoir envie ? Ca n'avait aucun sens ! Toute cette peur, tout ce sang, toute cette horreur... Dans quel but ?!
Tout ça était bien loin de ce que le cœur trop pur d'Aslinne pouvait comprendre... Rien de tout cela n'était cohérent pour elle. Le peur se mêlait à la douleur, pesant sur elle tel un linceul de plomb... Elle aurait du être au sol. Elle aurait du être brisée... Ses os l'étaient déjà peut-être. Mais son cœur la portait jusqu'à Etherion... Elle tomberait éparse ensuite...

Un sifflement strident retentit dans l'air, le perçant de son aigu filant. Aslinne manqua plusieurs battements et courut de plus bel, comme si rien jamais ne pourrait l'arrêter, les larmes ruisselant sur ses joues pâles.
Une force arrivée de nulle part la retint pourtant soudainement en arrière. Elle eut à peine le temps d'entendre le déchirement sinistre de ses traines qu'elle s'écroula de tout son long sur le sol glacé, sa respiration coupée sous le choc. Son bras et ses genoux douloureusement écorchés, sa poitrine se soulevant avec frénésie, la princesse se redressa durement pour voir une lance plantée solidement dans le sol à travers ses tissus. Des ses deux mains tremblantes, elle tira de toutes ses forces sur les étoffes déchirées, lançant des œillades désespérées vers le bout du couloir.
Les tissus craquèrent, leur biais fragile filant le long de la lame affutée, mais elle n'eut pas le temps de se libérer qu'elle se retrouva à nouveau projetée au sol sans comprendre ce qui lui arrivait. Une douleur lancinante la percuta en plein visage. Elle eut l'impression qu'on venait de lui arracher la joue et très vite un étrange gout de rouille envahit sa bouche, lui portant au cœur.
Le souffle coupé, elle ne put même pas le retrouver qu'on le lui volait déjà à nouveau en la redressant violemment sur la pointe de ses pieds. Elle toussa tant ses poumons furent mis à rude épreuve et un filet de sang vint souiller la pâleur de sa peau d'albâtre, injure grossière à la beauté pure de ses traits.
Paniquée, avec un gémissement douloureux Aslinne porta ses mains à celles qui s'étaient nouées dans sa chevelure brune pour essayer d'en atténuer la tension. Il allait lui arracher la tête à tirer aussi fort ! Pourquoi était-il aussi brutal ?!


_ Je pensais avoir été clair, princesse.

En proie à sa souffrance physique et morale, Aslinne cligna des yeux afin d'en chasser les eaux salines de ses émotions torturées et croisa enfin ceux de Jev.
Une seconde, juste une seconde, elle oublia tout autour d'eux. Où ils étaient. Pourquoi. La peine. Le désespoir. La douleur. Tout s'évanouit dans ces deux étendues bleu qui la noyait de leur profondeur. Un étrange sentiment l'envahit. Un déjà vu ? C'était impossible.
Elle l'observa, étendant cette simple seconde à l'éternité. Cet homme semblait écorché et pourtant immaculé. Marqué et pourtant sans l'ombre d'un défaut, surtout là au milieu de l'obscurité chaotique de l'académie et de la poussière, entouré des teintes les plus lugubres que ce paysage puisse offrir. L'atmosphère lui allait comme une seconde peau et pourtant le desservait, trop grossière pour lui. Il évoquait une vision d'émeraude, d'onyx et de sapins miroitant de gouttelettes dorées, dont la silhouette se découpait à la lune de la manière la plus illusoire qui soit. Il aurait pu irradier. Il resplendissait d'une beauté inhumaine. Il avait la beauté du diable et de l'ange...

Puis ses yeux dévièrent d'elle pour examiner le couloir, rompant la seconde d'infinité dans laquelle Aslinne venait de plonger, puis revinrent à sa rencontre.


_ Croyez-moi, ce n'est pas un spectacle pour vous.

Un sanglot la secoua et elle l'implora de tout son être. Il devait la laisser y aller !
Elle essaya de se défaire de lui mais il avait une force incroyable comparé à elle... A côté de Jev, Aslinne semblait aussi fragile qu'un fétu de paille... Lorsqu'il la traina en arrière, elle tituba et gémit encore mais essaya de se débattre !
A nouveau elle voulait crier ! Faire sortir da voix ! Protester ! Voir l'extrémité du couloir s'éloigner d'elle lui était insupportable. Ses larmes redoublèrent sur ses joues. Une de ses mains frêle vint s'appuyer contre son cœur où la douleur se fit bien plus cuisante qu'à son cuire chevelu. Le petit ange, comme l'appelait Sven, se sentait impuissante et clouée au sol, qu'importe à quel point elle essayait de battre de ses ailes souillées pour s'échapper...
C'étaient ses rêves que l'on violait... Ses joies que l'on assassinait... Ses sourires qu'on lui arrachait... Elle n'avait jamais eu idée jusqu'alors... de ce qu'était réellement pleurer... Elle aurait pu le jurer, c'était pire que mourir...

Peinant à respirer, elle trébucha et se râpa une nouvelle fois les genoux alors que laissée en proie à des sanglots frénétique, Jev continuait de l'entrainer à sa suite. Aslinne ne trouva bientôt plus la force d'avancer et ses jambes se dérobèrent pour de bon sous elle.
Sa douleur fut portée par les échos de la nature. Elle raisonna sur chaque feuille et s'insurgea dans les nervures de chlorophylle jusqu'au racine les plus profondes, filant et montant assez haut pour atteindre les cimes qui flirtaient avec le ciel. Quelques minutes plus tard, une vitre explosa en mille morceaux et de puissantes bourrasques de vent vinrent balayer l'intérieur chaotique de l'Académie, alors qu'une lumière irradiante aveugla la pièce.
Tel 20 ans plus tôt, Pégase était venu à elle comme l'eau va à la terre... Sa corne majestueuse en avant il fondit sur l'assassin onyx pour libérer Aslinne de sa poigne, puis voltant près du vertigineux plafond, alla se poser près de la Princesse qu'il enveloppa de ses ailes, protecteur et menaçant...

Essoufflée, à genoux sur le sol couvert de débris, Aslinne se serra contre l'animal, en sang, sa chevelure emmêlée et sa robe déchirée. Les perles noires de ses iris larmoyantes se posèrent sur Jev et un instant, elle cessa de respirer.
Dans sa tête quelque chose explosa. Une barrière se brisa. Autour d'elle le décors changea. Face à elle l'homme se mua en un enfant d'a peine moins de 10 ans... Près d'elle gisait le corps brûlé et sans vie de son frère. A quelques mètres, celui décapité de son père...

Aslinne blêmit alors que doucement le passé rejoignit le présent et qu'elle le reconnut. C'était lui ! Ces yeux c'étaient les siens ! Etrangement, plutôt que de s'affoler, son cœur s'apaisa un peu... Il ne lui avait pas fait de mal ce jour là... Si elle n'était pas morte avec Velcan et leur père, c'était grâce à lui.
Pégase qui était lié à la moindre de ses émotions se troubla de sa soudaine accalmie et hésita sur quoi faire. Il sentait le danger. Il sentait la menace évidente. Mais Aslinne semblait d'une certaine façon, "rassurée". La peur et un chagrin inqualifiable la parcouraient toujours, mais l'homme qui leur faisait face était un voile de confusion sur son esprit...
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Messagepar Jev Darrow » 08 Oct 2014, 17:42

Il avait rattrapé sa cible. Nulle prière, nulle supplique, nulle volonté ne pouvait faire ciller l'objectif de l'assassin. Quand la mission était simple, ses mentors lui avaient enseigné de toujours aller par le chemin le plus direct et de ne prêter aucune importance aux balbutiements des victimes. L'assassinat était devenu mécanique, instinctif. Le passage de la vie à la mort avait fini par paraître anodin. Aucun visage ne venait le hanter, il n'éprouvait nul remord et dormait serein. Cela n'avait pas toujours été le cas. Etant enfant, beaucoup de cauchemars avaient accompagnés son esprit entraîné aux affres du sang et de la mort mais aujourd'hui, il faisait son travail, car à ses yeux, ce n'était rien de plus que ça. La plus grande différence existant entre la Faucheuse et lui, c'est qu'avec la Faucheuse, on pouvait négocier. Ce qui n'était pas son cas.

Sans vergogne, il traîna la princesse à sa suite. Ses élans de révolte n'étaient qu'un léger tremblement dans son poing serré sur sa chevelure. Lorsque les jambes de la jeune femme se dérobèrent, il la fit glisser au sol. Il n'avait pas de temps à perdre, pas de temps à lui consacrer. Le clan Onyx était victorieux, certes ! Mais une réplique alliée pouvait survenir... Ne jamais garder son regard braquer sur la victoire, telle était l'une des règles de son ancien clan. A trop s'aveugler de gloire, on finit par se faire voler le succès. Un conseil qui par le passé, lui avait déjà évité de lourds ennuis.

Jev avait l'habitude d'exécuter les ordres sans se plaindre. Missions simples ou missions suicides, les Darrow n'avaient pas pour mœurs de refuser un contrat si celui-ci était juteux. Exterminer un clan, renverser le pouvoir et ne laisser que des cendres derrière lui, voilà comment l'assassin avait été éduqué. Passer le moins de temps possible avec la victime demeurait la règle fondamentale du jeu. Pas de kidnapping, pas d'otage, seulement des exécutions. Nulle émotion ne devait surgir d'un regard trop longuement croisé. Dans le clan assassin, on ne tolérait pas la faiblesse de la compassion. Tout comme l'assassin peinait à comprendre comment l'on pouvait se laisser ainsi traîner au sol. N'avait-elle pas un minimum de volonté ?

Resserrant sa main sur sa chevelure, il tira davantage pour rappeler en elle quelques débris d'énergie. Cette mission était déjà suffisamment déplaisante pour en plus, porter une princesse qui ne savait visiblement pas se tenir debout. Elle pleurait. Elle montrait sa peine. Tout ce dont on l'avait rendu inapte. Arrivé à un embranchement du couloir, Jev jeta quelques œillades méfiantes aux vitres tremblantes sous un vent croissant. Cela ne faisait que s'amplifier et la nature des cris de ce mistral ne lui inspirait que de se tenir sur ses gardes. Quelques pas de plus suffirent à faire voler la vitre en éclat. Sans réfléchir, l'assassin couvrit la jeune femme face aux éclats de verre qui traversèrent le couloir. Planté dans son épais manteau de cuir, quelques éclats passèrent malgré tout la barrière de protections formés par les couches de tissu, mais l'assassin n'en ressentit qu'un faible picotement. On ne lui laissa guère le temps de s'interroger sur ce qui se passait. Balayé de force par la corne d'un animal dont il n'avait guère oublié la silhouette, Jev s'écarta de sa cible et se saisit d'un poignard, suffisamment affûté pour plonger au cœur de l'animal.

Entre le cheval ailé, la princesse et la fenêtre, l'envoyé du clan Onyx réalisa ce qu'il n'avait pas comprit jadis, lorsque, encore enfant, il avait menacé la petite fille : elle avait appelé cet animal. Et comme en ce temps là, elle avait récidivé. Qu'importe cette fois, il ne laisserait pas cette apparition lui prendre son dû.


_ Je vais être honnête avec vous, Princesse. Si j'avais voulu vous tuer, vous seriez morte. Néanmoins, les ordres qui m'ont été donné ne concernent en rien l'incidence d'une blessure mortelle sur cet animal... Faisant tourner le poignard entre ses doigts pour donner plus de poids à ses propos, l'assassin ajouta d'un regard assuré et direct. Je peux tuer cet animal en quelques mouvements. Prouvez-moi que vous avez du bon sens et renvoyez-le... ou regardez le mourir !

Joignant la parole au geste, l'assassin mima de se diriger avec une intention plus qu'évidente vers ce protecteur blanc. Il est vrai qu'il n'avait jamais été le plus souple de son clan mais il n'en demeurait pas le moins rapide. L'assassin comptait bien sur une intervention rapide de la jeune femme sans quoi, il devrait perdre de précieuses minutes pour abattre le rempart qui se dressait près de la princesse Orothar.
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Messagepar Aslinne Orothar » 27 Oct 2014, 21:21

Une étreinte : action de presser tendrement dans ses bras ; embrassement.

Aslinne n'avait jamais beaucoup connu ce genre de gestes. Les jumeaux Orothar avaient beau l'aimer au delà des mots, la démonstrativité n'avait jamais été leur fort. Ca ne lui avait pourtant jamais vraiment manqué, car la petite princesse était assez clairvoyante pour ressentir l'amour qu'ils lui portaient à leur façon, sans avoir à le lui exprimer.
Elle était leur joyau. Qu'ils la regardent suffisait à la faire se sentir choyée et adorée. Elle vivait de leurs souffles et de leur présence. S'épanouissait au son de leur voix, s'éveillait à la vie et à l'amour dès qu'elle avait le bonheur de sentir une main affectueuse sur la sienne ou encore une caresse tendre sur sa joue. Aslinne irradiait de bonheur et de beauté dès qu'elle était près d'eux. Elle était l'éclat au milieu des ténèbres. La vie au milieu de la mort. La note de couleur nimbant le noir corbeau de la maison améthyste.
Ils l'avaient recueillie. Protégée. Consolée. Ils avaient fait revenir des sourires sur son visage et effacé la douleur dans son cœur d'enfant si violemment meurtri. Ils avaient ramené en elle ses rêves violés par le traumatisme qu'elle avait été forcée de subir. Les yeux d'Aslinne brillaient sur le monde avec la pureté d'un diamant. Elle était leur seul point faible de leur puissance. Le seul vraiment apparent du moins...
Sven souvent l'avait étreinte aussi. Elle aimait bien lorsqu'il faisait ça. Souvent elle collait sa tête contre son torse et écoutait son cœur lui parler. Il cognait doucement contre son oreille et la faisait sourire.

Autour d'elle, Aslinne sentait encore l'étreinte puissante de Jev. Elle n'avait pas été tendre. Ses bras la brûlaient encore de la force de ceux de l'assassin Onyx. Mais elle l'avait protégée des éclats de verre propulsés par l'entrée fracassante du Pégase qui se tenait maintenant contre elle, la protégeant de ses majestueuses ailes immaculées.
Le regard trouble de la jeune fille resta rivé à celui ressurgit de son enfance. Elle avait peur, elle avait mal et elle se sentait complètement perdue. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Pourquoi cet endroit qui avait toujours été son havre de paix se muait-il en un véritable chaos ramené de son passé ?
Elle tourna son visage légèrement tuméfié de la gifle reçue derrière elle, songeant à profiter de la situation pour courir une nouvelle fois jusqu'au bureau d'Etherion et se jeter entre ses bras. Il ne pouvait pas être mort ! Elle courrait vers lui et il l'attraperait ! Il la serrerait très fort !
Elle se releva péniblement à l'aide de l'animal, saisissant déjà les lambeaux de sa chemise de nuit, prête à courir, mais la voix ferme et impassible de Jev l'arrêta.


- Je vais être honnête avec vous, Princesse. Si j'avais voulu vous tuer, vous seriez morte.

La jeune fille frémit et se serra un peu plus contre le cheval ailé, tremblante, son enveloppe charnelle lui semblant être la seule chose l'empêchant de voler en éclats...
Autour d'elle, elle ne reconnaissait plus rien de son havre... Le sang souillait les sols de marbre et les tentures de velours... Les fenêtres étaient brisées, les portes enfoncées, les meubles renversés... Elle entendait hurler et supplier. Elle entendait mourir et agoniser... Tout ça était trop pour elle...
Un sanglot d'empathie extrême l'envahit et secoua ses frêles épaules bordées de dentelle déchirée. Pourquoi est-ce que tout ça était il en train de se passer ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Pourquoi faisaient-il ça ?
Donner la mort, faire souffrir... Toutes ces notions étaient pour la jeune fille des énigmes inexplicables... Pourquoi faire le mal ? Quel intérêt ? Tout cela était du non sens pour elle qui depuis 19 ans vivait dans sa bulle protectrice.


- Néanmoins, les ordres qui m'ont été donnés ne concernent en rien l'incidence d'une blessure mortelle sur cet animal...

Aslinne blêmit et bouleversée, manqua de retomber à genoux lorsqu'elle entendit avec effroi l'homme face à elle menacer l'animal. Ses yeux cherchèrent ceux du cheval, puis retournèrent paniqués chercher la vérité sur les traits du guerrier.
Il... Il n'oserait pas hein ? Pégase était une des créatures les plus nobles, les plus rares et les plus pures de la Terre ! En voir un une fois dans sa vie était un honneur sans égal ! Comment pouvait-il parler de le tuer ?! Tuer une telle créature était comme menacer de couper le ciel en deux ! C'était inconcevable ! Irréalisable !


- Je peux tuer cet animal en quelques mouvements. Prouvez-moi que vous avez du bon sens et renvoyez-le... ou regardez le mourir !

A peine eut-il esquissé un pas qu'Aslinne se précipita avec un hoquet de frayeur devant l'animal, ses deux mains en opposition face à Jev pour l'empêcher d'avancer. Le souffle court, elle se retourna vers son ami ailé et le supplia du regard de s'envoler. Les larmes ruisselaient sur ses joues pour aller mourir à ses pieds tant elle désespérait à l'idée de le voir sans vie. De tout son cœur elle l'implora.
L'animal s'ébroua et voulut outrepasser la petite princesse visiblement bien décidé à la protéger pour fondre sur l'assassin, mais elle l'en empêcha en se jetant une nouvelle fois devant lui. Elle ne voulait pas le perdre lui aussi !
Avec une tendresse et un chagrin bouleversant, elle l'enlaça et déposa un baiser sur ses naseaux, puis usa pour la première fois de sa vie de son don de chamanisme. Elle n'avait jamais rien ordonné à aucun animal. Elle préférait toujours demander ou simplement converser. Jamais contraindre.
Mais là, elle voulait sauver Pégase...

"Envole-toi et trouve Svenn ! Je t'aime."

Le cheval lança un dernier regard incertain sur l'homme qui lui faisait face, le laisser seul avec Aslinne ne lui plaisant clairement pas, puis bâtit de ses ailes avec puissance, obéissant à contrecœur à sa "maîtresse".
La licorne ailée partie, l'adrénaline la quitta et Aslinne retomba à genoux, son cœur en morceaux... Son monde s'escamotait de toutes parts autour d'elle... Elle pressa ses mains contre sa poitrine afin d'en contenir les élans de douleur, puis inspira un grand coup et se releva péniblement, aussi fragile qu'un faon sur la glace. Elle fit un pas chancelant vers Jev, ses poignets joints en signe de reddition, mais elle était épuisée, perdue, en état de choc et surtout en proie à sa peine incommensurable... Ses jambes se dérobèrent et le sol l'accueillit durement à nouveau.

Dehors, la pluie se déchainait, écho à ses émotions... L'atmosphère dans la pièce jonchée de bris de verre était à la fois lourde et humide. Les trombes d'eau s'engouffraient en rafales par la fenêtre cassée pour venir fouetter le visage d'Aslinne, confondant ses larmes avec les gouttes gelées tombées du ciel zébrée d'éclairs de lumière assourdissants. Les rideaux déchirés volaient et se craquaient, donnant à la scène une dimension à la fois dramatique et diablement poétique sous la violence des éléments... La traine d'Aslinne se joignait au balais avec le même mouvement fluide que ses longs cheveux bientôt alourdis par l'orage.
L'odeur de pierre mouillée, de terre retournée pesait. Ca sentait la pluie mêlée au sang et au feu. Aslinne se sentait tétanisée, comme abandonnée au milieu d'un océan déchainé. Jev était la vague ultime qui menaçait de la noyer pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'il la sauverait comme autrefois...

Ses yeux aussi noirs que la nuit se portèrent vers une autre fenêtre brisée qu'elle apercevait à travers l'obscurité du soir... Celle d'Etherion...
Mille et cent fois la petite princesse Orothar essaya de taire ses sanglots.
Cent et mille fois ils la déchirèrent...
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Messagepar Jev Darrow » 29 Oct 2014, 22:34

Même s'il ne les ressentait pas, Jev connaissait les fonctionnements émotifs du cerveau humain. Cela avait fait parti de sa formation. Une émotion pouvait être utilisée pour contraindre un adversaire à agir selon son bon vouloir. Pour leur faire comprendre la leçon, que l'attachement était une faiblesse, chaque enfant avait vu son frère de clan le plus proche être exécuté. C'est de cette stratégie dont il avait usé, supposant que son amour pour l'animal serait plus important que sa propre vie. Parfois l'amour était subtil à déceler mais ici, l'expression de son visage, les gestes sur la robe blanche de l'animal, la façon dont elle s'était posée en remparts, n'avait pas pu être interprété autrement que comme des signes flagrants à utiliser contre sa proie. Elle aurait pu prétendre qu'il bluffait... mais elle n'aurait fait cette erreur qu'une fois car aux yeux des assassins, nulle vie n'est importante ! Ni celle de la princesse, ni celle d'un animal légendaire, ni sa propre vie ! Les assassins n'étaient que des serviteurs de la mort, accélérant simplement la cadence dans le traitement des livraisons.

L'assassin attrapa la jeune fille qui de toute évidence, n'avait pas assez de force pour se tenir debout. Il avait perdu assez de temps à la traîner. Il la regarda presque avec dégoût lorsqu'il s'approcha d'elle pour la hisser en sac à patate sur son épaule indemne. L'autre, percée de bouts de verre, laissait paisiblement s'écouler les gouttes vermeilles. Nappé dans son silence, il s'interrogeait. Comment pouvait-elle être encore vivante si elle n'était pas plus résistante que cela ? Il l'avait à peine touché et elle semblait avoir été battue depuis des heures. Lorsqu'il l'avait rencontré la toute première fois, il avait dû marché durant des heures, le ventre perforé par la lame de son ''père'', par sa faute. Il n'avait pas émis le moindre gémissement, il n'avait pas versé de larmes car cela était interdit, car seule la force primait. Pourtant il se souvient que la douleur avait été atroce... il n'avait pas encore sa maîtrise actuelle pour s'oublier. Elle lui avait déchiré le ventre à chacune de ses respirations, rejetant plus de sang que sa main d'enfant pouvait en bloquer. C'est le visage livide, qu'on l'avait laissé se soigner mais cela n'avait pu réparer toutes les blessures. En échouant, il avait mérité le dédain et la honte de son clan. Tout ce qu'il avait connu de plus difficile avait débuté ce jour là. Tout ça parce qu'une enfant l'avait contraint à l'hésitation.
La maintenant d'un bras enroulé autour de ses jambes, ses pas furent puissants, faisant ballotter sans effort le poids inexistant de la princesse. Il dévala les escaliers marche après marche et redescendit de la tour par laquelle il avait attaqué.

Au dehors du donjon, le paysage était le même que dans les étages et puisque aucune victime présente ne respirait encore, le clan du dragon se défoulait en vandalisant et pillant les bâtiments, éventrant les fauteuils, renversant les armoires dans un brouhaha de bois et de métal. Marchant le dos droit malgré la masse sur son épaule, quelques membres du clan alerté par son arrivée arrivèrent et se rassemblèrent autour du binôme. Jev rebascula Aslinne sur le sol, la maintenant debout d'une pression sur l'arrière du cou. La petite princesse fût observé avec intérêt. Une main entreprenante et sale de sang se tendit vers le visage humide de la jeune femme. Jev saisit les doigts de l'homme de sa main libre et les tordit en le rejetant en arrière. Le regard belliqueux du second de Valériane les garda à distance raisonnable de toute autre tentative. Cette proie si était la sienne et il ferait grand cas d'en être délesté.


_ Prévenez Moloch que la princesse Orothar est entre nos mains ! Je la conduis auprès de Valériane.


Puis Jev leva son regard vers le ciel et siffla. En écho à son souffle strident, un griffon perça les nuages pour se poser brutalement dans la cour. Essayant d'attaquer les soldat trop prêt, l'animal imposa son espace dans la foule. Jev poussa la petite princesse devant lui et l'éjecta sur le haut de l'animal avant de s'y hisser. Puis en un battement d'ailes, ils étaient loin.
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Messagepar Aslinne Orothar » 07 Jan 2015, 00:04

Les bras invisibles de la douleur l'étreignaient et l'étouffaient... Ils étaient trop durs pour elle. Trop étroits... Son cœur de cristal à l'éclat de pureté inviolé se teintait d'obscurité tant autour d'elle tout ne semblait plus que chaos... L'atmosphère lui pesait et l'ombre qui la caressait de ses ailes noires la tétanisait.
Elle était telle une rose au cœur de l'hiver. Belle, éclatante, rayonnante... Pourtant sur ses joues ses larmes étaient figées. Le givre glaçait ses pétales et doucement elle se mourrait. Se craquelaient. De toutes ses forces elle cherchait à se tourner vers une introuvable source de lumière, mais elle s'était éteinte avec l'image de cette fenêtre brisée, ouverte sur la mort de son père.
Aslinne avait envie de hurler de douleur. Sa main à sa poitrine trop étroite pour contenir les élans douloureux de son palpitant, elle suffoquait, cherchait à inspirer quand ses poumons le lui refusaient. Ses larmes se mêlaient à la pluie qui frappait son visage, le sang échappé de sa plaie teintant ses lèvres d'un carmin intense avant d'aller suivre la courbe gracieuse de son cou jusqu'au décolleté de sa chemise de nuit qu'il souilla un peu plus.
Elle n'arrivait pas à croire qu'Etherion n'était plus. Qu'elle ne le reverrait jamais. C'était impossible ! De tous les êtres que portaient la terre, les Orothar étaient considérés comme immortels ! Elle s'était toujours raccrochée à cette certitude. Ils ne devaient jamais la laisser !
La princesse entre deux sanglots voulut se trainer vers la fenêtre brisée afin de se pencher vers la cour et apercevoir le corps du jumeau, mais elle quitta le sol pour la direction opposée.

Lorsque la poigne de Jev se referma sur elle, elle sursauta mais ne chercha pas à se débattre. Ses grands yeux se posèrent sur l'imposante silhouette du "géant", torturé. Son chagrin l'entravait avec plus de torsion qu'aucune chaine n'aurait jamais pu le faire. Elle se sentit soulevée avec une facilité déconcertante et jetée en travers de l'épaule de son ravisseur.
Elle remua, cherchant à redescendre à cause de l'inconfort de la position, mais le bras de l'Onyx qui la maintenait en place était pire qu'un étau de fer... Aslinne agrippa le tissu de la cape afin d'essayer de se redresser mais ses doigts tremblants et sans force ripèrent sur l'étoffe. Son ventre rencontra à nouveau durement l'épaule de Jev, lui coupant le souffle.
Ballotée au rythme des pas de l'assassin, elle tentait tant bien que mal de voir clair à travers ses pleurs dont la source semblait intarissable, mais étant donné l'horreur qui s'offraient à ses yeux à l'innocence souillée pour la seconde fois de sa vie, elle décida plutôt de les fermer et de cacher son visage contre le dos qui la portait.
L'odeur de brûlé et du sang, les cris... Tout la glaçait d'effroi. Sa maison, son refuge où elle avait grandi, elle n'y reconnaissait plus rien. Tout y était mort. Tout y était saccagé... Vandalisé... Le somptueux avait laissé place à la désolation et la magnificence au carnage... On assassinait ses souvenirs et violait ses rêves d'avenir...

Aslinne tourna la tête afin de se protéger de l'air frais soufflant avec force sur son visage humide lorsqu'ils sortirent dans la cour. Elle eu l'impression de milliers d'infimes arrêtes de glace qui lui cinglaient la peau. Ses cheveux dansaient autour d'elle dans un boléro à la gravité bouleversante. Lorsqu'elle osa regarder à nouveau entre ses mèches folles, une nouvelle scène à la violence inconsidérée la frappa, mais elle n'eut pas le temps de s'en alarmer ou de pleurer ceux qu'on assassinait sous ses yeux. Elle se sentit rebasculée et serait tombée si la main puissante de Jev ne l'avait pas maintenue debout.
Le regard affolé, chancelante, Aslinne fit un tour d'horizon, aussi farouche qu'une biche aux abois, détaillant avec une peur non dissimulée chaque visage couvert de sang qui la scrutait avec une attention malsaine. Elle déglutit avec peine et recula le souffle court d'un pas contre Jev lorsque les hommes s'approchèrent d'elle.
Des murmures lui parvenaient, mais elle ne comprenait pas ce qu'ils disaient d'elle. Tout se mêlait pour ne former qu'un brouhaha incompréhensible à ses oreilles. Pourtant c'était bien d'elle qu'ils parlaient... Les mots "rumeur" et "belle" lui revenaient souvent, lointains...

Elle ne savait plus où regarder pour se réfugier de toute cette horreur qui l'entourait. Qu'importe où ses prunelles se posaient, aucun répits ne lui était laissé... Finalement, elle ne vit plus que cette main rougie par les crimes qu'elle avait commis, s'avancer vers son visage !
Avec un halètement de terreur, Aslinne s'en détourna et enfouit son visage contre la puissante poitrine de Jev, alors qu'un craquement sinistre se fit entendre, suivi de bruits de pas titubant maladroitement en s'éloignant.
Elle ne voulait plus regarder. Elle ne voulait plus rien voir... La jeune fille resta blottie contre Jev, ses mains fébriles agrippées à lui pour ne plus le lâcher. Il la protégeait. Enfant il l'avait sauvé et là il la protégeait...


- Prévenez Moloch que la princesse Orothar est entre nos mains ! Je la conduis auprès de Valériane.

Un sifflement raisonna contre l'oreille de la petite princesse. Son cœur de chamane bondit dans sa poitrine et elle se retourna à la seconde même où le griffon sortit des nuages. Le peur céda un peu de place à l'émerveillement. Jamais encore elle n'avait vu un tel animal devant elle.
Elle regarda ses plumes, ses ailes gigantesques, ses serres et bien qu'impressionnée, elle était davantage fascinée par la bête qu'effrayée, contrairement aux soldats qui reculaient prestement afin de ne pas recevoir un coup de bec qui les aurait à coup sur éviscéré.
Aslinne trébucha lorsque Jev la poussa en avant et l'éjecta sur le dos de son compagnon. De ses doigts elle effleura le plumage soyeux comme si il s'était agit de la chose la plus précieuse au monde, tandis qu'il grimpait derrière elle. A peine fut-il installé que les ailes bâtèrent et les propulsèrent dans les airs tempétueux.
La petite princesse se cramponna au bras de Jev qui lui enserrait la taille à mesure qu'ils prenaient de l'altitude. Elle aurait presque pu s'émerveiller du paysage de Londres au cœur de la nuit qui à cette hauteur semblait si paisible, mais lorsqu'il passèrent une des tours de l'Académie, une silhouette désarticulée gisant au sol la saisit d'horreur.
Aslinne se pencha si fort qu'elle manqua de tomber et éclata à nouveau en sanglots en tendant ses mains suppliantes et désespérées vers la dépouille sans vie de son père. Entre l'évanouissement et la crise de nerfs, elle gémit ce qui aurait du être un hurlement dévasté et s'abandonna à sa peine contre le cœur "silencieux" de Jev...
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Maison Amethyste
 
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