[INTRIGUE] Messe Noire [Famille Sambre + Emma + Jahaal]


La première intrigue générale du forum (close). L'Onyx et sa matriarche Dragonne s'en prennent au huit autres factions. Combats, assassinats, mais aussi enchantements dans les Maisons Closes et orgies sauvages. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 30 Juil 2014, 15:53

Enfer.

Les flammes dansaient au milieu de la pièce, blanches de chaleur. Mille têtes d'un même brasier, dont la frénétique danse dessinait de menaçantes ombres sur les murs avoisinant. Il y avait quelque chose de vivant dans ces flammes, quelques chose qui n'était pas fait pour être approché par l'être humain, quelque chose de maudit. Comme un portail vers les abysse, comme si l’œil du diable flottait au milieu de la pièce. Et pourtant, personne ne fuyait. Nulle panique dans l'assistance, juste une fascination morbide. Longtemps l'Homme avait fait taire la pulsion de Mal qui rongeait ses tripes, qui faisait se mordre les enfants dans le berceau. Mais ces temps là étaient depuis longtemps révolus. C'était avant la pyramide, avant les Sambre, avant Dante. « Embrasse ta nature profonde, épouse le démon ». Voilà ce que le patriarche soufflait à ceux qui s'approchaient trop près de ses lèvres polluées par les ténèbres et le vice.

Il était là d'ailleurs, le prodige héritier de Desmodonia, l'homme qui n'en était plus un. Assis sur son trône, statique. Insensible à la chaleur qui submergeait son visage et à la boule de feu qui brûlait ses poumons à la moindre de ses inspirations. Les yeux plongés dans le brasier, à la recherche de réponses à ses questions. Vingt-cinq ans, vingt-cinq ans que le brasier n'avait pas brûlé si fort, si ardemment. Car alimenté par la peur et la souffrance autant que par les chairs des esclaves envoyés s'y jeter, le soleil noir resplendissait de mille feux, chargé qu'il était du pouvoir des entités d'en dessous. La guerre. Les Sambre se nourrissaient de ces combats, de toute ces âmes orphelines d'enveloppe charnelle. Dans le quartier du pêché, la guerre était une fête, une célébration. Elle apportait pouvoir et ivresse, et L’Hydre était fort friand des deux.

Et au pied de ce trône massif, du haut duquel le démon siégeait, il y avait Caralyre. Caralyre le nostalgique, Caralyre le poète, qui regardait d'un œil sombre les apôtres de son père dans leurs sinistres œuvres. Guère enthousiasmé à la perspective de passer sa nuit à fêter la moisson d'âmes à laquelle se livrait l'Onyx, il se contentait de rester assis, d'assister en silence aux rituels qui se déroulaient sous ses yeux. Trop bon pour cautionner la souffrance, trop sinistre pour s'en offusquer, une soirée à l'image de sa vie, tiraillement entre les deux faces d'une même pièce. On était venu le chercher quelques heures auparavant, alors que le jeune homme visitait son oncle pour l'une de leurs régulières séances. Des hommes aux capuches noirs et aux regards vides, de ceux qu'il ne valait mieux pas contredire, tout prince qu'il était. Alors il avait quitté l’hôpital de son oncle, et était rentré, « se mettre en sécurité, loin des atrocités commises par les Kravts » comme le disait si bien l'intendant de son père. Pour se réfugier dans cette pièce, et assister à d'autres atrocités, commises par les Sambre cette fois ci.

Son oncle. On l'avait fait venir lui aussi, « à la force des baïonnettes » comme il avait tenu à le préciser. Désireux d'éviter un bain de sang des plus inutiles, et d'attirer toute l'attention de son patriarche de frère sur sa personne et son hôpital, le vieil homme avait obtempéré. Il semblait ailleurs cependant, faisant négligemment tourner son verre au liquide écarlate entre ses doigts à la peau de parchemin. Probablement préoccupé par le sort de son hôpital, et de ceux qui l'habitaient.

« Père. »

Les filles sacrées, les divines succubes. Plantureuses jeunes filles aux regards aussi insolent que torturé, à la démarche féline et au regard de rapace. Elles franchissaient les lourdes portes d'ébène telles des reines prêtes à s’asseoir sur le trône qui leur revenait. L'assistance les sentait tendues, torturées, comme si le raz de marée de souffrance qui déferlait sur la Magicopolis ce soir là les rendaient encore plus instables, encore plus sauvages. Dante aurait presque pu entendre le hurlement de rage des deux succubes qui ne cherchaient qu'à sortir, presque pu palper les ailes reptiliennes qui ne demandaient qu'à se matérialiser, cette queue chitineuse que l'on pouvait presque sentir fendre l'air chargé de souffre de la pièce. Esclaves de leurs pulsions au quotidien, les jumelles se retrouvaient noyées par ces dernières, ravagées par cette fantastique nuit de haine qui envoyaient les hommes par millier aux portes du royaume d'en dessous. Il ne faudrait pas grand chose pour que le démon prenne le pas sur les deux humaines et fasse plonger cette nuit dans une horreur encore un petit peu plus sombre. Mais l'heure n'était pas à la crainte, ni aux grandes décisions. Demain, les armées Sambre rejoindraient celles de leurs alliés de toujours, dans cette union centenaire contre le dragon Onyx. Mais ce soir, ce soirs, ils se gorgeraient de cette souffrance, de cette déferlante qui noyait quartier après quartier.

« Que l'on scelle les portes. »

C'était la voix d'un héraut, d'un intendant de l'église noire du quartier Ambre. Une voix puissante, autoritaire, qui courait le long des colonnades de marbre noir qui peuplaient la gigantesque salle du trône en l'honneur de l'Hydre et de sa lignée royale, qui volaient au dessus du brasier qui continuait de brûler en son centre. Car ce soir, la lignée Sambre resterait seule, seule avec ses plus fidèles serviteurs, pour le meilleur et pour le pire. Réunie pour la première fois dans cette pièce aux dimension Dantesque, la plus scandaleuse royauté de Londres allait célébrer, fêter le malheur et la souffrance de tout un monde. Dans le sang et la douleur, le stupre et le vice. Et même les hurlements de douleurs de milles esclaves ne feraient pas se rouvrir les lourdes portes au bois couleur de néant. Car le portail d'ébène resterait clos, jusqu'à l'aube, et quoiqu'il arrive.
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Messagepar Dante Sambre » 30 Juil 2014, 23:30

Dehors il y-avait le loup et le reptile, dehors il y-avait le glaive et le sang, dehors il y-avait la ruine et la beauté. En dehors de ces murs un monde brulait, entendiez vous les cries d'agonies déchirant la nuit, aviez vous vu les visages horrifiés au nom d'une gloire obscure. Merveilleux soldats possédés par cette rage au corps, vaillants héros des civilisations, protecteurs des grands idéaux, pourfendeurs des idéologies blasphématoires. Venez ! Venez ! Votre demeure vous attendais, l'Enfer vous demandais ! Nuit plein de promesse à l'écoute des cors qui sonnaient, cela commençait toujours par ces singulières notes, des pas marchant au rythme d'un tambour de guerre et ces coeurs battant la chamade à exploser, l'appréhension du massacre, la conscience du meurtre. ONYX ! Fidèle ennemi, comme nous aimions votre singularité, comme Lucifer se délectait de votre ascension. Il me semblait pouvoir entendre son rire fendre les cieux, douce musique à mes oreilles, annonciatrice de joie. Que le sang soit versé...

Ou était la sagesse ? Ou se cachait l'unité des huit pris au dépourvu par un torrent de lames ? N'y avait-il eu que la belle Jessamine pour avoir eu la force de croire aux mots d'un démon. Et maintenant ? La guerre en son plus simple appareil, la guerre et son féroce appétit, la guerre et ses nobles sacrifices. Comme je brulais, comme je me consumais à la tentation de marcher jusqu'au coeur de ce brasier, apprécier de mes yeux la folie et la colère posséder les corps. Observer l'âme tranquille se métamorphoser en bête hideuse, armée de son épée terrassant la femme en fuite d'un geste cruel. Pas de pitié pour l'enfant soldat, pauvre créature à peine née... Ah... Douce mélodie lointaine que l'agonie d'un peuple... Douce vision de ces âmes perverties par la peur de mourir. CHACUN POUR SOI.

Mais non, point d'ange guerrier pour cette nuit, il m’incombait d'abord la tache de rassembler mon armée. Une armée dont je serais la tête, une armée dont je serais le guide. A l'aube mes adeptes seront la ! Ma croisade pourra alors naître et la guerre mes amis ! Et la Guerre ! Je vous promets une aube rouge, un soleil dont Lucifer pourra être fier. Avant cette promesse, nous devions attendre la ou l'ennemi ne pouvait nous atteindre, protégés au coeur de ma noire Pyramide. A chanter aux louanges de Seth, à danser aux plaisirs de Belial, à bruler les innocents pour Satan. A mes cotés se tenait Amelia mon impératrice, devant mes yeux quel plaisir que de voir mon sang unis.

Il y-avait Horus, avatar de problème, incertitude constante de son égard. Mon frère tant aimé, mon frère tant haï, que pouvais-je espérer de mieux à son égard que la patience ? Il y-avait mon fils chéri, cet enfant si loin de mes attentes, si imperméable à mes appels d'obscurité. Corps chétif, poète maudit, quelle deception de ne point partager le champ de bataille. A son âge il s'agissait d'un terrain de jeu pour moi... Et enfin... Mes filles, princesses de mes nuits, fierté de mon sang ! Mes filles, mes amours, ces sombres deesses possédés par les plaisirs de la guerre, troublées attirées par la tentation de gouter aux chutes de ces premières salves d'hommes de guerre. Bientôt mes enfants, bientôt... Vous gouterez aux malheurs de ces peuples, vous serez alors les témoins privilégiés des ruines savoureuses, du malheur en empire. Avant de donner corps à toute cette rage contenue en votre âme, avant de propager personnellement sang et cruauté à Londres. Me voila à mon tour excité par ces visions... Me voila à mon tour désireux, impatient... Seulement la belle savait m'amadouer, des flammes dansantes, elle m'apparut comme aux premiers jours, magnifique... Shemehaza me regardait, de son calme elle inspirait la sagesse d'une stratégie habile.


"Patience mon ami, demain... L'Ambre frappera... L'attente fait chuter les faibles, l'attente permet à l'ennemi de prendre confiance, de se croire invincible... L'attente attise notre feu, comme Lucifer est heureux des âmes qu'il voit chuter, la moisson est excellente Dante. Demain... Nous combattrons ensemble, car tu es moi et je suis toi... Parle Dante, inspire à ces âmes noires la bonne parole d'un seigneur de guerre. La bonne parole d'un sombre prêcheur."

Touché bien évidemment, mon ange noir, la première à avoir rejoint Lucifer parlais si noblement avec tant de justesse. Alors je me levais, profitant de l'arrivée de mes filles. La nuit pouvait commencer... Face au feu ardent, à l'écoute de mes archevêques, forçant l'admiration de fidèles déjà conquis. Il n'était plus question d'élégance ou de noblesse feinte, je représentais le diable. Torse nu et muscle en évidence, j'étais un chef de guerre. Doucement, les ailes noires se déployaient, doucement le pouvoir de Shemehaza se propageait. La sombre messe pouvait commencer, un prêche à la hauteur de mon nom.


"Avant que l'homme n'ai connu la civilisation, avant que l'homme n'ai connu les lois ! Avant que l'homme ne soit habité par cet éclair que l'on nomme Conscience. Il était déjà là, dans l'ombre, inscrit en la nature même de cette création, il y-avait le mal, il y-avait la tentation. Devons nous avoir peur de cette présence, devons nous haïr ce que nous sommes. Ne devrions nous pas vivre, vivre pour saluer et aimer ce monstre qui dors. Cet animal qui possède tant de nom ! Ne devrions nous pas l'aimer ! Pourquoi vivre à rejeter ce à quoi nous sommes destinés, à quoi bon vivre dans ce déni. Heureux sont les cœurs libérés, heureux sont les âmes noires. Ils vous promettent d'une vie honorable, une mort sereine. Ils vous promettent d'une loyauté à la morale, une après mort sereine ! Futilités, car touts les hommes fidèles, sont ceux qui se complaisent en leur nature. Voyez comme la guerre attise le feu ! Voyez comme Lucifer apprécie la beauté de cette guerre. Et DEMAIN ! DEMAIN, nous serons VICTORIEUX, DEMAIN, NOUS LES FIDÈLES DE SATAN ! NOUS SERONS VICTORIEUX ! CAR RIEN NE SAURAIT ARRÊTER LES FIDÈLES DE CE QUI VIT DEPUIS L'AUBE DES TEMPS, RIEN NE SAURAIT FREINER L’AVANCÉE DES PALADINS INFERNAUX, CAR NUL NE PEUT S'OPPOSER A CE QUI EST VÉRITÉ MILLÉNAIRE, CE QUI EXISTAIT AVANT MÊME QUE L'HOMME N'INVENTE LE FEU ! LE MAL ! LE DIABLE ! LA FAMINE ! LA MALADIE ! LA MORT ! LA GUERRE ! BÉNI SOIT CE TEMPS MES AMIS ! PRIONS POUR LA DAMNATION ! PRIONS POUR L’EXALTATION DE SES COHORTES DE HAINE ! FAISONS CORPS AVEC LE DIABLE !

QUE LE SANG SOIT VERSE !


En transe, toute la pyramide vivait de mes mots. Mon clergé, mes fidèles, tous criaient avec moi. Certains esclaves en excès de ferveur se jetaient même au feu pour rejoindre notre père, lui donner encore plus de force. Béni soit leurs vices...

QUE LE SANG SOIT VERSE ! QUE LE SANG SOIT VERSE ! QUE LE SANG SOIT VERSE !

Et la Pyramide exaltais de ce mal ! Moi si près des flammes, moi Hérault de l'Enfer, je levais cette foule. Demain la guerre, demain le sang, demain le mal.
Dante Sambre
 



Messagepar Caralyre Sambre » 01 Aoû 2014, 15:57

J’ai beau être entouré de gens, je me sens terriblement seul. Personne ici ne me comprends, pas même mon oncle Horus qui s’est pourtant détourné de la traditionnelle voie Sambre. Comme moi, il est un étranger dans cette pyramide, mais nous n’appartenons pas au même clan. Nous n’avons pas les mêmes raisons. Je règne dans ma propre noirceur, là où rien ne peut m’atteindre. Les flammes de l’enfer ont beau brûler, je ne sens pas leur chaleur. Je suis de glace face à l’agitation de Londres. Elle pourrait s’écrouler sous mes pieds, ça me serait égal.

Ce n’est pas ma guerre. Onyx n’est pas mon ennemie. Le visage du mal n’est pas celui de la Dragonne, mais celui de l’Hydre…

Une pensée pour Alice, ma douce et innocente amie. Où que tu sois, j’espère que la violence t’épargnera. Si je le pouvais, je serais à tes côtés pour t’en protéger.

Une pensée pour une petite chatte perdue entre les murs d’une maison close. Quoiqu’il arrive, j’espère que tu survivras à cette nuit. Si je l’avais pu, je serais allé te chercher pour te mettre à l’abri.

Mon regard est fixe dans les flammes brûlantes. Je n’entends pas les fidèles de mon père et leurs chants. Je ne vois rien d’autre que l’idée qui m’obsède. Renverser mon père. Je ne veux pas le trône, mais j’y vois mon unique chance de rédemption. En me libérant de lui, je me libérerai de mon destin. Tant qu’il vivra, je n’aurai d’autre place que celle à ses pieds. Chien dompté, sage, silencieux, alerte. Qu’un être insignifiant dans son ombre de géant. Je veux qu’il me regarde, qu’il me voit. Qu’il me reconnaisse. Une seule étincelle au fond de ses yeux lorsque je planterai une lame dans son cœur, s’il en possède un.

La guerre, le chaos. Une opportunité idéale pour me venger de mes années de solitude, d’isolement. Je ne suis pas soldat, je ne suis pas fait pour un duel, mais j’ai les doigts qui s’agitent. Des mots qui veulent s’écrire d’eux-mêmes, dans le sang versé des innocents. Je n’aurais pas besoin du mien, pas avec le carnage sous le lever de la lune. Si facile de placer une balle perdue, une poutre inattendue qui tombe du ciel, un sol instable qui se dérobe sous les pieds… Je pourrais manipuler le champ de bataille que deviendra Londres afin de créer un accident mortel. Je pourrais faire en sorte que le trône le dévore, ici et maintenant, ne laissant rien de lui. Qu’il sache que les mots de son fils ont été l’arme qui lui aura été fatale.

Je ne suis pas idiot. Je ne peux pas attaquer mon père. Non seulement ce serait un suicide, mais je ne suis pas certain que j’en serais capable. Dante est le maître, ici. Je devrais être honoré que ma présence n’ait pas été oubliée! Pour ma protection, qu’on m’a dit en m’escortant ici. Échapper à la folie du dehors pour être soumis à celle de l’intérieur de la Pyramide. Qu’est-ce que je fais ici? Ne voient-ils pas que je ne suis pas l’un des leurs?

Mon regard quitte la lumière aveuglante du brasier pour se poser sur mes sœurs. Comme elles aimeraient faire couler le sang plutôt que d’être retenues en cages. Pauvres créatures… Comment leur suis-je lié? Dante, Talia, Nalia… cette nuit est une fête, à leurs yeux. Des âmes seront arrachées avant leur temps, dans le sang et la souffrance, et ils s’en délectent déjà. Une trace de dédain transparaît dans mon regard avant de redevenir ennui. Qu’est-ce que je fais ici, alors?

Mon père se lance dans un discours qui ne trouve aucune résonnance en moi. Apôtre du Mal, paroles qui annoncent la fin du monde, l’arrivée de Lucifer. C’est bien Dante que de prendre avantage de la situation pour promouvoir ses idéaux. Tentation, vice, violence. Que le sang soit versé, oui… que ce soit le tiens, Dante, et non celui des innocents. Que ce soit le mien, car je n’appartiens pas à ce monde nouveau que tu désires créer.

Cette guerre n’est que le début. Et qu’est-ce que je fais ici, moi?

Suis-je réellement mieux qu’eux tous? Dans mon attente, je suis inactif. Par mon inaction, des innocents meurent. Je n’ai pas de réel désir d’intervenir, le monde mérite de s’écrouler. Une purge de toutes ces âmes malades qui croient que la guerre apportera une ère nouvelle. Nettoyer Londres de sa corruption, voilà quelque chose qui m’intéresse, mais c’est ce qui me condamne aussi. Je ne suis pas un chevalier blanc, je suis un pion noir sur l’échiquier de Dante. Comment puis-je m’affranchir de mon Roi lorsque je lui appartiens entièrement? Comment puis-je l’abattre lorsque ma guerre personnelle, le combat qui fait rage en moi, me dévore si facilement?

Que le sang soit versé… songe-je en laissant mon regard se perdre à nouveau dans les flammes. Que son sang soit versé…
Caralyre Sambre
 



Messagepar Emma Grace » 01 Aoû 2014, 17:36



Requiem




Le chaos à l'état pur. Répugnant, des plus infectes, un poison qui s'infiltre partout, dans la tête, dans le sang, jusqu'au creux des os. Toute sa vie, le rêver, le désirer plus que son existence pour finalement l'embrasser, accepter de mourir au sein même de cette obscurité lancinante. Dehors, les nuées ardentes s'élèvent. Je ferai vomir le dragon, je lui ferai cracher sa puanteur abjecte, je le découperai à vif, je le saignerai à blanc, et des torrents de sang, aigres, écarlates, qui couleront jusqu'au fond de la Tamise, dans les eaux pourries de sa propre tombe, sanctuaire volé d'un enfer duquel personne ne sortira, des lambeaux de chair sur le sol, égarés là. Dedans, les âmes s'enflamment dans un brasier qui ne connait pas de fin, les succubes hurlent, la folie envahit chaque alcôve, chaque cachot, l'espérance se cogne la tête à des plafonds pourris, je l'attrape en plein vol, je l'étripe, je l'égorge. Que les brûlures soient profondes et les blessures sanglantes, car assise dans l'ombre, j'attends mon heure, j'attends les ordres, des ordres funestes et profonds, qui te raviront tout. Je n'ai pas peur de la mort. Je n'ai pas peur de mourir. Tu le sais, toi, au fond de l’œil, tapi derrière ton rideau d'encens et d'ébène, tu le sais, toi, au fond, que je ne renoncerai pas. Jamais je ne renoncerai, jamais, tu le sais, j'entends. Demain, je me lèverai et je frapperai. Seule. Plusieurs coups, encore et encore, vicieux et nombreux. Demain, je serai sur tous les toits du monde, au fond de tous les abîmes, tranchant le dragon en deux. Mais lentement. Demain, je tuerai, sans poser de questions, demain, je serai la faucheuse qui, sous ce ciel cendre et or, répand le sang des innocents sur des mains moites et malades des corps sans vie allongés dans la boue, souillés par mes lames, inexistants. Déjà morts, sans voix, sans vie, sans rien.

Ces ombres, la famille teintée d'ambre et de feu, ces ombres, partout et encore, ces ombres pour qui je tue, j'écoute et j'avance. Ces ombres, qui veulent du chaos comme moi, qui veulent du sang comme moi, je vous le dis, je ne vous aime pas, car je n'appartiens qu'à moi-même. Je suis au-dessus de vous, de ce que vous serez jamais. Malgré toutes mes blessures, mes veines te colleront à la peau, elles exploseront, et effaceront ce sourire que tu as. Oui, tu entends la voix dans la nuit, elle te parle, elle te murmure, elle te tente. Je suis le plus dangereux des démons. Regarder, entendre, sentir, et courir, et mourir, et s'offrir. Penser, comme un sulfureux désir qu'on l'on enfouit au fond d'un trou sans fin, où grouillent les insectes putrides qui te dévorent les chairs et t'ouvrent en deux pour ensuite découper tes membres, pendant que tu respires la mort dans des poumons desséchés, qu'on crache sur tes plaies, infectées par la peste de mon acier. Tu mourras, tu mourras, je veillerai à ce que tu meures, regarde-moi dans les yeux, toi là-bas, je veillerai à ce que tu ne me survives pas. Cette famille, décadente, répugnante, leur sang coulera cette fois, par flots, entre ces murs maudits, de ma main ou de celle d'un autre. Sambre, Sambre, l'enfer ne commence qu'ici, et plus loin, encore plus loin, il n'y a plus rien, c'est mon monde, le néant, le rien, là où tout s'écroule.

Kravt. Tu ne connais rien du mal, tu ne connais rien de la puanteur abjecte du pêché, tu ne connais rien. Tu survoles le monde avec des ailes d'acier ébréché, tu ne sais rien. Tu as eu ton heure, tu as fait ton temps. Pourquoi revenir ? Tu n'as pas ta place ici. Personne n'a sa place en Enfer. Les vallées d'Asphodèle resteront désertes encore des siècles, le Léthé cessera de couler, tu ne vivras plus Kravt, tu ne vivras plus que pour souffrir, et je serai ton fléau, la treizième plaie de ton sang, l'aberration dans l'ombre, immonde, vivante et morte à la fois, qui ne recule devant rien, qui a embrassé sa folie, qui lui a lié les poings et qui l'a pénétré d'un plaisir si intense que l'éclat de ma pupille m'a consumée sur place, une braise rallumée au milieu d'un champ de bataille infini, le tien, le mien. Nyx, y serons-nous encore, dans cette obscure étreinte que nous avons ensemble, y serons-nous encore, alors que ta vie s'écoule, alors que ton temps est compté ? Aurons-nous encore des soleils à infecter et des lunes à voiler, pour que l'ombre règne en seule reine ? La pourriture prendra soin de te dévorer de l'intérieur, des vers remonteront le long des saillies béantes de tes membres écartés, éperdus de la vicissitude du plaisir malsain que tu auras eu à vouloir me posséder, toi, toi l'impur pénitent qui ose croiser mon regard et te brûler la face jusqu'au fond de mon sein, tranchant comme du verre, tranchant comme du diamant, le mien, le mien, rien d'autre qu'à moi, mon venin le plus précieux. Tu n'as rien, plus rien, tu n'as jamais existé. Tu seras oublié, au fond du puits des songes obscurcis par la folie, oubliée, oubliée. La peste soit sur toi, tes générations entières, ta vie et ta mort, tu ne survivras pas, tu ne sortiras pas vivant de cet abîme, ni personne.

Demain, le monde croulera à mes pieds comme un brasier unique, il n'y aura plus de temps, plus de lois, tu croiseras ce visage, encore une fois, deux fois, tu ne sauras plus rien. Rien d'autre que toi, nulle autre que moi, sans doute pour une autre fois, tu n'auras d'autre idée que de mourir, de mourir, de mourir et t'endormir en expirant de haine, sans vengeance à la clé, sans revenants pour hanter quiconque, sans lendemains solaires. Seulement un silence vierge, la négation de tout, comme une seule ligne droite tracée là-haut et qui découpe l'horizon entre ciel et mer, le long des tours en ruines que tu traverseras, et où tes os viendront se briser comme une écume verdâtre dont tu ne pourras plus te passer, car tu auras oublié le pays d'où tu es parti, tu auras oublié de vivre. Morte dans le désespoir et l'abandon, au milieu d'un monde qui s'écroule, tu supplieras, encore et encore, et tes soupirs pleureront le long de mes lèvres, et je te regarderai mourir, mourir, oui mourir en Enfer. Tu agiras parce que le mal, tu agiras parce que la mort, et non pas à cause d'eux, tu agiras parce que tu es un homme et que tu es ainsi fait, de sang et de chair, et tu seras rappelé aux profondeurs noires du temple impie d'où tu viens. Agis par moi, agis pour moi, plante et replante ma lame dans mon bras, encore, tu n'as pas idée du plaisir, tu ne connais rien. Plante-la plus profond encore, que j'hurle, que je puisse être forte demain, demain, demain, ce jour où plus jamais ni soleil ni dragon ne se relèveront. Pour toujours, l'ombre régnera. Mon ombre. Mon œil. Mon mal. Adieu, Emma Grace. Adieu.
Emma Grace
 



Messagepar Jahaal » 13 Aoû 2014, 14:01

Devil Diggers




La nuit sourde et voluptueuse s'étend à perte de vue. Le couchant a éteint ses dernières étincelles de lumières pour laisser place à l'infini du néant. Un silence de plomb enveloppe la ville comme une chape. L'homme du désert, assis sur son cheval, sur les hauteurs de la ville, contemple le spectacle à ses pieds. De là où il est, tout semble paisible, sans bruit, sans l'ombre d'un tressautement. Le calme avant la tempête car le tonnerre gronde à l'Est. Dans la noirceur trouble surplombant l'Onyx, des volutes infernales s'échappent et se perdent dans le ciel. Un murmure, une tonitruante vibration, émane du coeur de la terre comme si l'Enfer s'ouvrait sous ses pieds, le sol se fendant d'une faille sans fond où plongeaient les âmes en perdition. L'air devint lourd et les premières flammes d'un brasier gourmand, avide, progresse vers chaque quartier. La guerre a commencé. Le barbare plante doucement ses talons dans le flanc de son cheval et se précipite auprès de son maître. Chevauchant parmi les ruelles sombres de l'Ambre, il parvint à la Pyramide, immense bâtisse siégeant au coeur du domaine de Dante. Il abandonne Môh et rabat le capuchon noir qui couvrait son visage. Les pans moites de l'habit du Templier se mêlent à la poussière qui couvre le sol. Devant le corps imposant de Jahaal, les serviteurs s'éloignent, les esclaves fuient, laissant place libre au serviteur du Démon.

I was cross-wired underground
Nothing seemed to fit
I was fried and memory bound
Then it came to me
Devil digger
Unforgiver


Pas à pas, il arpente la construction pharaonique et trouve finalement la grande salle, celle où flambe le brasier, celle où siège le Maître. Un genou au sol, la nuque courbe, l'échine fléchie, il attend un mot pour se relever et rejoindre son Seigneur. "La guerre vient" grogne-t-il "je l'ai vu." Il n'en faut pas plus pour que Dante se redresse et prépare la Pyramide à soutenir un blocus. Il donne des ordres, de sa voix puissante et rauque, il organise cette soirée d'Apocalypse avec un entrain tenant presque de la jubilation. Jahaal attend. Il observe dans le silence. Puis le Maître revient vers lui et lui ordonne de ramener sa femme et son fils à l'intérieur de la Pyramide. Les Sambre protégeront leurs fidèles cette nuit et demain ils chevaucheront à l'orée de l'aube, ils combattront fiers et digne au coeur de la tourmente. Dévoué serviteur, Jahaal serait avec les autres Templiers, à l'avant garde derrière leur Seigneur, prêt à le suivre jusqu'en Enfer, prêt à défendre l'Ambre au prix du sang versé. Le guerrier hocha la tête alors que la paume viril s'abattait sur son épaule. "Va Jahaal, va ! Ce soir, nous fermerons les portes !" murmura-t-il pris d'une transe extatique en fixant le brasier de son regard démoniaque.

I was on a different plane
He said come to me
Laid his hands upon my brow
That's the last of me
Devil digger
Unbeliever


L'air se gorgeait de soufre et de vapeurs toxique, la nuit était plus noire que jamais. En quelques minutes de chevauchée, Jahaal avait rejoint sa hutte. Ses deux esclaves frottaient le linge et l'étendaient sur des cordes, son serviteur veillait et à l'intérieur Jezabel plus belle que jamais, les yeux perdus dans un songe, donnait le sein à leur fils, Joram, qui tétait goulûment. L'empressement et l'impétuosité de Jahaal était tel qu'aucun d'entre eux ne s'opposa à lui quand il brailla d'emballer quelques affaires et de se tenir prêts. Il congédia ses esclaves pour la nuit, leur enjoignant de se cacher et d'attendre l'aube dans une tanière où le Mal ne les atteindrait pas. "C'est la guerre !" grogna-t-il en ramassant quelques frusques. Jezabel attrapa son fils et l'emmaillota contre elle. Elle chevaucherait derrière Jahaal. Montant Môh avec seulement un baluchon et toutes ses armes, le guerrier s'assurait que tout était prêt. Il porta sa femme et son fils pour l'aider à enfourcher Môh et monta à son tour. Dans sa dos, sa faucille rutilante était déterminée à faire couler le sang, contre ses flancs une paire de dague s'apprêtaient elles aussi à connaître une bataille épique. Le trancheur de gorge affronterait le champs de bataille à l'aube, il se battrait pour l'Ambre, il se battrait pour son Maître, il se battrait pour épancher sa soif de sang. Au triple galop Jahaal lança son cheval et sentant l'étreinte frêle de Jezabel qui s'accrochait à sa taille, fondit sur la Pyramide qui tranchait l'horizon de son sommet pointu.

Don't be sorry
It's no disgrace
But never worry (unless)
You have no faith


Jahaal pénétra la Pyramide à cheval, arpentant le bâtiment jusqu'à la grande salle. Beaucoup de fidèles étaient déjà arrivés, des âmes damnées protégées par le sombre Seigneur Sambre. Il entraîna Môh dans un coin obscur, protégé de l'aura scintillante du brasier qui se consumait plus intensément que jamais. La bête s'allongea et contre lui se tinrent Jezabel et Joram. Le guerrier quitta sa femme, l'embrassant tendrement en lui promettant qu'il reviendrait prêt d'elle dans la nuit. Mais pour l'heure, il devait se préparer pour la guerre. Son immense masse de cheveux tressés se dressait fièrement au sommet de son crâne. Un crayon noir marqua ses yeux. Sa barbe ornée de deux anneaux d'or caressait le haut de son torse nu. Des grandes traînées de peinture bleu sombre décoraient ses épaules, comme la griffure d'un animal sauvage. Sa peau caramel brillait dans la lumière du feu sacré et pendait jusqu'à ses bottes le grand manteau noir des Templiers. Son ventre ceint de cuir et ses armes fermement accrochées à sa ceinture et dans son dos, il avait le regard sombre, la mine burinée et un sourire carnassier laissant imaginer sa soif de sang. Les derniers serviteurs venaient d'entrer et continuaient de s'amasser dans la grande salle de la Pyramide. Puis Dante était arrivé, flanqué de son épouse, de ses filles et de Caralyre qui marchait bien loin derrière. Jahaal reconnut même Horus qui fermait la marche de la famille Sambre.

See him coming
He has no face
You must stop running
You must have faith


Tous les serviteurs du Seigneur Noir s'agenouillèrent pour saluer leur Maître et Jahaal fit de même, sa capuche à nouveau rabattue, un poing serré cognant violemment sa poitrine en signe de respect. Il grognait, feulait, alors que la clameur montait dans la pièce. Les hurlements de délire des Ambres vénérant leur Maître s'unir aux crépitements du brasier. Puis un héraut annonça que les portes étaient closes. A présent la Pyramide était un tombeau, impossible d'y entrer, impossible d'en sortir. Mais la protection des immenses battant d'ébène serait pour cette nuit, leur salut à tous. Jahaal s'aligna avec les autres Templier devant le trône, autour du brasier, les yeux fixés dans les flammes qui montaient vers les cieux, lapant de leur appétit féroce tout ce qu'elles pouvaient atteindre. Le Démon riait en leur coeur, se pourléchant des sacrifices, avalant les corps extatiques qui plongeaient dans le magma. Un chant s'élevait dans les airs, des incantations invoquant Satan se mêlant à l'allégresse des succubes qui attendaient l'aube. Le guerrier jeta un regard inquiet à sa femme qui était troublée voir apeurée par l'atmosphère satanique du lieux, serrant de toutes ses forces sont fils contre son coeur. Mais bientôt, Dante Sambre se leva, torse nu face aux flammes, la puissance sans limite de son démon s'échappant par chaque pore de sa peau. S'élevant dans les airs grâce aux battements de deux ailes fibreuses, il s'adressa à la foule prise de délire qui chantait pour lui.

Death's not final so were told
Words are so profound
Who the hell wants to get old
But ask in the final hours
Devil digger - unbeliever
Devil digger - unforgiver


La clameur de ses mots monta dans les airs et il emmena les serviteurs dans une transe frénétique. "Que le sang soit versé", disait-il "que l'on verse le sang" avide de vengeance. Ses yeux brillaient d'une lueur démoniaque et Jahaal sentit son coeur s'emballer alors qu'il achevait son discours. Le chant se fit plus fort, chacun suivant le Maître dans ces incantations diaboliques. Le Diable était parmi eux ce soir, s'abreuvant de leurs péchés, s'abreuvant de leurs faiblesses. Des esclaves continuaient à sauter dans le feu alors que l'armée noire se tenaient droite, entourant le brasier sans le quitter des yeux. Jahaal frappait fortement sa poitrine, une paume promenant sur le manche d'une dague où ses doigts s'enroulèrent. En son être résonnait l'appel du démon, l'appel de la guerre. A l'aube, il chevaucherait, suivant Dante jusqu'à la mort ou le salut, arme au poing prêt à trancher les chairs ennemies et les saigner pour abreuver le brasier de ce nectar diabolique. Il vibrait avec le reste de la Pyramide, pris dans la transe qui les secouaient tous. Les esclaves étaient amenés par centaines par les prêtres noirs, et Jahaal quitta le rang pour en attraper un. Tordant furieusement son bras pour qu'il le suive devant le trône du Maître. L'agenouillant, il le maintint fermement avant de dégainer sa faucille, laissant son manteau noir tomber au sol. Dans un hurlement guttural, il ouvrit les bras pour réclamer les acclamations de la foule, puis un genou à terre en s'inclinant vers son maître, il attrapa la tignasse de l'esclave.

See him coming
He has no face
You must stop running
You must have faith


"Nous mourrons pour vous, Seigneur Sambre !"

Dans un terriblement feulement, il tira sa faucille et trancha la gorge de l'esclave d'un geste sec. Sa gorge s'ouvrit et il arracha presque sa tête pour laisser le sang jaillissant de la carotide, se répandre aux pieds du Maître. Jahaal se redressa ensuite et glissa sa dague dans la poitrine du cadavre pour y plonger sa main et en ressortir le coeur encore chaud. Les prêtres se chargèrent de jeter le corps dans le brasier alors que Jahaal se tournait vers la foule, le coeur sanguinolant dans le creux de sa main avant de mordre dedans. Le nectar vermeil glissa sur sa langue et l'amertume de la chair humaine ravie bientôt ses papilles alors qu'il prononçait un énième hurlement, frappant sa poitrine en entonnant le chant de transe qui secouait l'assemblée. Dévorant le coeur, il en jeta les débris dans le feu avant de récupérer sa cape noire.

"Et le sang sera versé, mon Maître ..."

I don't want to fade away
Jahaal
 



Messagepar Sophia Sambre » 19 Sep 2014, 19:50

Les brumes de Londres frémissent. L'odeur de la guerre est proche et lointaine à la fois et le froid est mordant. Trop mordant. C'est un soir comme il y en a de plus en plus ces temps ci, un soir où il ne fait pas bon de s'attarder dehors. Ne pas rester, ne pas traîner, ne pas s'attarder. Mais je n'ai pas peur. Je n'ai plus peur. Du moins, pas des gens qui errent ici, en peine ou en quête d'une chose précise. Il n'y a que ma famille encore capable de m'effrayer. Je n'ai pas peur de la guerre, je sais que je saurais l'affronter. Même si je préfère les jours innocents à l'abri des murs de l'académie, je sais qui je suis et ce que je dois défendre. Parfois, mon cœur se serre à l'idée de retrouver cette famille. Si incroyable et si horrifiante à la fois. L'envie et la haine. Mais bien sur, je reviens toujours, docile et douce. Enfin, douce... Je ne suis jamais vraiment violente, mais jamais vraiment douce. Beaucoup plus discrète que le reste de ma famille, je parais presque inoffensive, pourtant, la mort ne m'est que trop familière... Il est probablement trop tard pour moi. La pente sur laquelle je glisse doucement m'entraîne toujours plus loin dans la noirceur de la magie de sang, toujours plus loin, toujours plus vite. Je crois que je ne trouverais plus aucune ancre à laquelle me rattacher et ce qui m'effraie le plus c'est que j'aime ça. J'aime de plus en plus ça...

Je remonte une rue, silencieuse comme la brume qui empli petit à petit nos rues, tout en dispersant ici et là quelques pièges, au cas où. Seuls nos ennemis viendront s'y prendre. Consigne de ma tendre mère. Je ne sais pas si j'aurais l'honneur d'affronter nos ennemis mais j'aurais au moins déposer ma marque, mon talent quelque part dans cette guerre. Un sourire malsain se dépose sur mes lèvres, fugacement, à l'image des pièges se déclenchant et un léger ricanement s'élève dans l'air lourd et oppressant. Demain matin, l'horreur de la guerre saisira nos rues. Le sang viendra se répandre sur le pavé, chaud et fumant, les corps tomberont un à un. Nos ennemis regretteront d'avoir eu l'audace de se dresser contre nous. Nous ne craignons aucun mal car les ombres marchent à nos côtés. Ils sont nous et nous sommes eux. Nous ne craignons aucun homme car nous sommes le mal. La mort elle même fait demi-tour devant nous. Alors que je dépose mon dernier piège, un léger grognement s'échappe de mon torse. Je le sens en moi, s'agiter, s'impatienter. Il a hâte. Il veut du sang, sentir les os se broyer sous ses poings, sentir les vie s'écouler lentement entre ses mains, aspirer les armes, encore et encore. Mais pas ce soir non, ce soir il est temps de rentrer.

Cependant, mes pas se hâtent, claquant sur le pavé alors que je regagne ma monture, la détachant y grimpant prestement. Une fois hissée sur ma selle, je la talonne. Je prends la direction de la pyramide. Après plusieurs détour pour vérifier qu'aucun espion ne s'est faufilé jusqu'ici, qu'aucun de nos partisans ne s'est attardé dehors, je regagne la pyramide. C'est sans encombre que j'arrive à ma destination. Je descends laissant ma jument aux écuries, après avoir pris le temps de m'en occuper, puis je pénètre dans la pyramide juste à temps. Les portes sont scellées alors que j'entre d'un pas sur dans la demeure si majestueuse de Dante. Certains retardataires se précipitent jusqu'à la salle de cérémonie. Je pénètre dans celle-ci alors que mon oncle entame son discours. Comme tous je l'écoute et comme tous j'entonne les paroles de mon oncle, si charismatique, si entraînant. Les gens iraient jusqu'au suicide pour lui. Je regarde la scène alors que les esclaves sont sacrifiés pour le bien de la communauté. J'esquisse un sourire puis je remonte doucement la salle, encore encapuchonnée. Ma silhouette petite, entièrement drapée de noir n'est inquiétante que par l'aura sombre et impatiente du démon qui rôde, qui guette son heure. Depuis qu'il est en moi il se terre, il patiente mais aujourd'hui il en a marre, il veut du sang, il veut retrouver son âme de guerrier combatif et il sait qu'aujourd'hui je suis capable de lui offrir cela. Mais je n'en aurais peut être pas l'occasion et la seule possibilité que cela puisse arriver le laisse entrer dans une rage folle. Il tourne comme un fauve enfermé dans une cage.

C'est très rare que mon démon se ressente à ce point. Lui qui est d'un tempérament si calme et discret, ne se montre presque jamais. Il se sent toujours un peu mais pas au point des succubes qui habitent les jumelles. Sauf ce soir. Ce soir, sa grandeur, son horreur se ressent et les gens s'écartent un peu alors que je remonte le couloir en direction de ma mère. Je salue évidement respectueusement mes oncles, mes cousines ainsi que Caralyre, le plus pur de cette partie de la famille, visiblement égaré dans ses rêveries avant de finalement en arrivant à ma mère que je serre.

Je porte mes doigts fins, drapés d'une étrange impression de grandeur irréelle et démoniaque pour abaisser doucement ma capuche. Les murmures s'élèvent ici et là de gens surpris de voir une enfant si jeune dégager une aura si sombre et un léger sourire, presque malsain se dessine sur mes lèvres alors qu'ils s'étonnent et se demande qui je suis. Je sais que nous ne sommes pas là pour scander notre appartenance à la famille Sambre, mais cela m'étonne toujours un peu de voir que certains membres de notre clan ne nous connaissent pas. Je ne comprends pas cette volonté de ma mère et du reste de notre famille que nous restions dans l'ombre. Pourtant, je veille à rester discrète. Même si à l'académie l'on me connait par mon prénom mais aussi mon nom. La bas donc mon identité n'est un secret pour personne même si peu de personne ne savent vraiment qui je suis exactement. Je regarde le sang se répandre au sol, le sang des sacrifiés, le sang de nos esclaves et je frémis légèrement alors qu'il s’agite en moi. Je m'enserre dans mes propres bras comme pour l'étreindre, comme pour l'inciter à se calmer. Il n'est pas l'heure de se déchaîner, il n'est pas l'heure de sortir. Alors que ma mère s'éloigne je reste là, m'adossant au mur, toujours serrée entre mes propres bras, légèrement tremblante. Je n'avais jamais ressenti cette tension, à la fois magique et douloureuse du démon s'agitant en moi pour sortir, pour se dégourdir les jambes. Je reste stoïque, essayant de cacher au mieux les tiraillements intérieur de mon démon, un peu trop pressant tout en essayant de l'enjoindre silencieusement de rester calme le plus longtemps possible. Je ne lutte pas vraiment contre lui mais je sais qu'une sortie pourrait ne pas être de bonne augure dans un endroit aux portes scellées. Il n'a pas le même appétit que les succubes, lui il a soif de sang...
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Maison Ambre
 
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