[INTRIGUE] Les flammes du chaos [La famille Boyle-Cléanthe]


La première intrigue générale du forum (close). L'Onyx et sa matriarche Dragonne s'en prennent au huit autres factions. Combats, assassinats, mais aussi enchantements dans les Maisons Closes et orgies sauvages. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 28 Juil 2014, 02:50

22h32, Manoir Boyle.


La nuit étendait maintenant son sombre manteau à peine parsemé de quelques étoiles sur la cité de Londres, même sur le plus riche de ses neufs Quartiers, et même sur le cœur flamboyant et fascinant de ce Quartier, le magnifique Manoir des trois sœurs Boyle. Peu de temps au part avant, les derniers rayons du soleil avaient frappé les ors des dômes de ce qui était un véritable palais, le bâtiment le plus somptueux, le plus glorieux de Londres. Là où la Tour Noire des Orothar se drapait dans ses ombres et ses antiquités, construisait sa légende sur le secret et la peur, s'entourait de ses noirs corbeaux et de leurs cris lugubres en guise d'hymne, les Boyle avaient depuis longtemps fait le choix d'un luxe et d'une modernité sans cesse renouvelée, d'une gloire différente, qui fascinait les foules au lieu de les intimider, mais qui impressionnait presque autant. Ses dômes d'or avaient, quelques heures au part avant à peine, été semblables à autant de soleil miniatures posés sur la terre, affirmation de la gloire du Scorpion, alors que le véritable soleil jetait ses feux couchants sur le plus beau manoir de Magicopolis, un feu qui se reflétait si bien sur eux.

D'ordinaire, c'était le feu des fêtes, des bals, les flammes de milles-et-unes lampes, parfois multicolores, parfois d'une glorieuse unité, qui remplaçait ces ultimes feux, ces derniers saluts du jour, alors que dans le ciel les feux d'artifice se chargeaient de rivaliser avec la lune et les étoiles, pour la plus grande gloire des trois sœurs qui régnaient sans partage sur les Rubis et étendaient les tentacules de leur richesse infinie à travers l'ensemble de Londres. Ce n'était pas tous les soirs, pourtant, et en tous cas pas ce soir-là. Ce soir-là, le petit palais n’accueillait aucune fête, seulement les Boyle, leurs esclaves, leurs serviteurs et leurs gardes, ce qui représentait déjà une véritable petite armée. Toute la famille était là, ce qui n'arrivait pas souvent, réunis pour parler de questions importantes, notamment de l'agitation de plus en plus grandes observées chez les Dragons et leurs milices, ce qui justifiait la présence d'un Anafield pour les informations à apporter ou d'une Selkys pour les plans de bataille à tirer.

De vains plans de batailles, de trop tardives réunions.

Car ce soir-là, s'il n'y avait aucune fête, il y avait tout de même des feux pour rivaliser avec ceux du soleil, et les étoiles ne régnaient pas seules sur le ciel au-dessus du Manoir Boyle.

Il y avait les flammes des brasiers sauvages, et la fumée qu'ils dégageaient, montant jusqu'au ciel dans de noires colonnes, masquant la lune et sa cours céleste, fruit de la combustions d'objets dont la vente aurait suffit à nourrir tous les pauvres de la cité pendant un an.

Le Manoir Boyle, le cœur vibrant, le symbole éclatant, du pouvoir du Scorpion, était la victime d'une attaque, d'un attentat, un attentat puissant, terrifiant, œuvres de bombes modernes et destructrices, qui ne faisaient aucun quartier.

Quelques minutes plus tôt à peine, des ombres s'étaient glissées dans le palais, éliminant brutalement les gardes sur leur chemin, faisant preuve d'une rapidité et d'une furtivité qu'employait rarement leur maîtresse. Mais ils avaient été entraînés spécialement pour ce jour, tout comme ils avaient rapidement mais soigneusement été formés pour transporter et activer leur chargement par une femme encapuchonnée dont les yeux noirs s'illuminaient de reflets de feux quand elle parlait des morts et des flammes qu'allait engendré leur action, quand elle leur disait la destruction qu'ils allaient provoquer. Et l'alarme fut donnée trop tard, les gardes furent incapables de les arrêter assez vite : même si le gros de leur escorte mourut, les porteurs de bombes arrivèrent aux endroits choisis par le Loup Noir sur le plan qu'il leur avait montré, dans le plan qu'il leur avait fait entré dans le crâne. Ils avaient posé les bombes, les avaient activés. Pour beaucoup, étaient morts dans un torrent de flammes ou le souffle d'une explosion.

Le résultat avait été dévastateur.

L'aile résidentielle des membres de la famille avait été la plus touchée, plusieurs bombes aillant exploser à l'extérieur, quelques unes directement de l'intérieur, dans les caves, et même une au beau milieu d'un couloir. Les murs étaient en mauvais états, écroulés par endroit, les flammes étaient partout, et la vie des membres de la famille en danger. Ailleurs, d'autres charges avaient aussi explosé pour disperser les efforts, et marquer un grand coup. Le but, clairement, était de réduire en cendre, en ruine, cet édifice glorieux, ce symbole du pouvoir des Scorpions, pour les mettre à genoux, pour les détruire comme, deux cents ans plus tôt, la Clé de Sol avait été brisée.

Seul un petit groupe était encore en vie. Quelques hommes à peine, des assassins féroces et bien entraînés. Couverts de brûlures pour la plupart, ils venaient finir le travail : régler leur compte à Jessamine et aux siens, pour que nul d'entre les Rubis ne puisse se mettre en travers du chemin de leur armée. Sur leur front, tatoué à l'encre noir, le symbole de leur maîtresse s'étalait, proclamant leur allégeance à quiconque aurait pu en douter.

Ils étaient les messagers de mort du Dragon, guettant ceux qui avaient survécus à Ses flammes meurtrières.
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Messagepar Jessamine Boyle » 30 Juil 2014, 23:37

Jessamine sentit un goût de sang sur sa langue. Elle déglutit difficilement et vit la douleur se réveiller sur différents endroits de son corps. Elle se sentait totalement affaiblie, allongée sur le sol, tandis que la poussière tombait sur elle dans un chatouillement presque imperceptible. La matriarche ressentait sur son corps les morceaux de verre qui avait éclaté plus tôt, certaines encore présente dans sa peau et le sang qui coulait de différentes plaies qui piquaient terriblement. Le crépitement des flammes sur les rideaux, la chaleur qui en émanait tel un brasier, la fumée lourde et noire, les débris sur le sol, tout venait parfaire ce cauchemar. La Boyle parvenait à peine à garder les yeux ouverts, ses paupières étant atrocement lourdes. Des pans entiers des murs, du sol, du plafond s'écroulait du aux fissures qui tissait sa toile dans le manoir. Que... ? Que s'était-il passé ?

Elle se rappelait dans une vague réminiscence la réunion qu'elle avait organisé avec Anafiel, Kinna et Selkys. A propos des décisions des Rubis, des renseignements pris et à prendre pour se préparer contre l'Onyx, suite à sa réunion avec Dante, le patriarche des Ambre. Est-ce qu'elle avait eu lieu plus tôt, cette guerre tant redoutée, celle que Jessamine tentait vainement de saborder avant qu'elle ne se déclenche ? Cette attaque, était-ce cette parvenue qui croyait Londres à sa botte après l'absence de sa famille ? Qui refusait la paix ? N'avaient-elles aucun respect pour l'art, le plaisir, le luxe ? Quelles tares portaient en leur sein les femmes de l'Onyx pour enfanter de tels monstres assoiffés de violence, de sang, de poussière et de chair meurtri ? Leurs existences n'étaient que voués à la destruction, à l'asservissement du monde, à l'anarchie et au chaos. Une gerbe de sang avait plus de valeur et de sens aux yeux de ses chiens qu'un marbre fin ou une peinture. Et Valériane était bien le pire monstre de ce clan. Elle était en train de réfléchir après le départ de ses proches et regardait son royaume calme en cette nuit-là. Enfin, c'est ce qu'elle crut. Elle vit des incendies ravager au loin des points précis de la capitale, la fumée formant d'énormes vapeurs noirs. Et là, dans le jardin des Boyle, en contrebas, des hommes vêtus de noirs s'agitaient. A peine le battement d'un cil que le souffle de plusieurs bombes ébranla les murs et le sol, agita l'air et brisa en milles morceaux les vitres immenses du manoir. De même, de nouvelles déflagrations retentirent à l'intérieur même du domaine inviolée de la matriarche. Le sol avait tremblé, des pans entiers du parquet avait disparu sous les pieds de Jessamine tandis qu'elle évitait à grande peine les flammes et le plafond qui s'écroulait.

Elle se tenait maintenant sur le sol de ses appartements, un bloc de marbre fin sur sa délicate jambe nue. Sa cheville était foulée ou cassée, la douleur la faisait gémir. Yorick ! Yorick était en ce salon. Elle porta son regard sur le fauteuil où gisait son mari, transperçait dans le ventre par une barre métallique sortit du mur sous la violence de l'explosion. Il saignait et semblait inconscient... ou mort. Jessamine n'avait pas le temps de s’appesantir sur cet être inutile de sa vie et pourtant une larme de détresse effaça dans une droite hésitante et lente la poussière qui couvrait son visage. Selkys ! Kinna ! Queenie ! Jessamine déglutit et dans son regard se mêlait inquiétude et rage contre ceux qui osaient profaner son paradis, ceux qui s'en étaient pris à sa chair et à son sang. Un esclave gisait au sol, le visage surpris dans cette mort si soudaine. Elle chercha à se lever et la douleur la fit grimacer. Elle fit une sorte de levier avec une tringle de rideau au sol, non loin et dégagea sa cheville dans un cri de soulagement. Elle retira doucement, péniblement les morceaux de verre qui rouvraient les plaies mais en s'appuyant sur le sol, elle se blessa également aux mains.

Si Valériane se trouvait là en cet instant, Jessamine lui aurait arraché les yeux. Lui faire sentir la douleur, la perte. La vengeance des Scorpions seraient terribles et le Dragon serait jeté à bas, foi de Jessamine Boyle. Elle et son clan maudit paieront pour leur infamie. La matriarche n'aura de cesse d'avoir réduit à néant tous ces parasites de Londres. Ce sont ses pensées qui rendirent un peu de force à la Reine Rouge, qui claudiquait difficilement jusqu'à ce qui restait de la double-porte de la pièce, réduit pour le moment à un demi-battant pendant en feu au gond. Si la matriarche espérait secrètement que les bombes étaient la seule force armée dirigée contre les Boyle ce soir-là, elle vit ses espérances réduites à néant en voyant surgir deux mercenaires, la marque damnée du Dragon sur leur front. Ils la virent aussitôt et braquèrent leurs armes sur elle, tirant sans sommation comme on écrase un insecte sur la majestueuse Jessamine. Celle-ci revêtit immédiatement sa pelure dorée et les balles la manquèrent trop dirigée vers le haut. Dans un hoquet de stupeur, les mercenaires se reprirent et continuèrent à déverser leurs balles meurtrières sur la lionne enragée. Ainsi, le Dragon ne savait pas tout des secrets Rubis. Il faut dire que la matriarche ne laissait jamais quiconque, en dehors de sa famille, vivant après cette révélation de son don. Elle sentait les écorchures sur son corps, le tiraillement douloureux de sa patte arrière mais continua et trancha de ses puissantes griffes la gorge du premier mercenaire dont le sang coula dans un ruissellement dégoutant. Elle s'attaqua aussitôt au second, qui moins effrayé que le premier venait de lui planter une balle dans le flanc. Ses balles se perdirent sur le plafond tandis qu'une énième explosion fit trembler le bâtiment, déjà bien ébranlé dans ses fondations. Jessamine ne put éviter la partie du plafond qui lui tomba dessus, expulsant l'air de ses poumons dans un cri de douleur et lui coupant le souffle quelques secondes. Le garde sous elle continuait de se débattre mais il ne pouvait plus tirer. La matriarche se métamorphosa de nouveau, nue, et prit le couteau qui pendait dans l'étui sur la ceinture de son adversaire et lui planta en pleine gorge. Leur sang se mélangèrent, tandis que l'impériale sanglante paniquait. La douleur et le liquide vermeil s'échappant de ses différentes blessures alternait en son esprit avec l'absence totale de sensation dans le bas de son corps, là où la pierre, dans un craquement sinistre, avait atterri. Mais seul le néant de l'inconscience l'apaisa soudainement.
Jessamine Boyle
 



Messagepar Queenie Boyle » 12 Aoû 2014, 15:09

Quand le velours noir s'abattait de la sorte sur notre Manoir, je me plaisais à contempler la beauté de notre demeure illuminant Londres par ces dorures et ces hauteurs grandioses. J'avais passé ma soirée à travailler la rédaction d'une lettre que j'adressais directement à ma Mère. Soupirer de désespoir. Tisser les mots avec soin pour lui offrir le meilleur des patrons de ce que je pouvais être, de ce que je pouvais devenir malgré mon amertume, ma rancœur... Passer mon temps à torturer mon esprit. Refuser continuellement cette union politique. Qu'étais-je pour toi, Mère ? Un pion sur ton échiquier ? Un boulet de plus à caser ou à éliminer ? Ou bien réellement la fille que tu avais toujours chéri ? Je levais mes yeux vers le plafond. Moment peu propice que choisit Cléanthe pour me faire part de ces conseils. Avisé ou non, il avait le don de m'agacer. Ne pouvait-il pas rester à sa place ? Non. Il en était incapable. Je lui collais une gifle magistral qui claqua comme un éclat de tonnerre. Imposant le silence. Mon regard sévère expliquait qu'il ne valait mieux pas en rajouter... Pas ce soir. J'étais prise dans un étau que l'on ne cessait de resserrer sur moi. Le choix d'une vie. Le bien de ma famille ou ma liberté ? Pourquoi n'y avait-il pas de compatibilité entre ces deux choses là ? Mes pas empli d'une lassitude certaine me conduisirent vers la baie vitrée de ma chambre. Je contemplais ce royaume qui était le notre. J'admirais avec les yeux brillant d'une enfant les toits d'or et l'architecture de cette demeure. Je voyais ces feux étinceler et respirer la fortune des Boyle. Magnifique décor qui me permettait de m'évader, de rêver, de me poser et surtout de me ressourcer. Je ne serais jamais autre que la fille de Jessamine Boyle, seule et unique héritière digne d'être à la tête de cet empire là. J'ouvris la fenêtre. Laissant une brise s’engouffrer dans la pièce, soulever les cheveux et remplir mes poumons d'un air nouveau. Douce illusion que me procurait cette vue imprenable qui m'avait toujours bercé.

Toute la ville était calme. Inerte. Presque morte ce soir. Il n'y avait pas les festivités habituelles, il n'y avait pas de jeux de lumières, de feux d'artifices, de musique ou de spectacle fascinant. Non, le retour du dragon avait quelque peu bouleversé la vie que l'on menait jusqu'à présent. La crainte s'installait. Les réunions se profilaient. Pour chaque nation il en venait une raison personnelle de s'unir ou de se battre contre ce fléau prônant l'extinction de tous. Un chaos destructeur qui ne pouvait pas tirer ce monde vers l'enfer qu'ils aimaient tant. Je me perdais dans mon labyrinthe de pensées, observant ce brouillon qu'était mon cerveau. Je devais prendre des décision pour éclaircir les ténèbres qui m'envahissaient. Qu'était-ce un mariage arrangé à côté d'une guerre ? Le choix de ma faction, de ma maison et de ma famille serait à jamais une évidence. Ce qui m'inquiétait le plus dans ce paysage nocturne c'était l'absence de mouvements et de sons. Rien. Il n'y avait rien. J'étais appuyée sur la rambarde de mon balcon, Cléanthe dans l'encadrement de la porte... Je n'étais jamais loin de son esprit quand je lui tournais le dos. Bien trop récemment intégré, j'émettais une réserve le concernant. Réserve qui allait ce soir nous secourir. Je ressentis à travers son esprit les vibrations anormales que décelaient ces facultés animales... Une fraction de seconde plus tard des détonations se firent entendre. Un attentat. Les murs se mirent à vibrer, s'effondrer. Odeur macabre du souffre. Des explosions. Des Feux. Des fumés épaisses et noires... J'avais attrapé la main de mon esclave, l'entrainant dans ma course. Il ne s'était pas fait prier pour me suivre, n'avait pas rechigné et encore moins contredis cette décision. Je dévalais le couloir en sentant les décharges sauter derrière nous. Les explosions se rapprochèrent pour finir par nous souffler lui et moi. Sensation désagréable de chaleur. Mon corps retomba lourdement au milieu du couloir, du moins ce qu'il en restait... Il ressemblait plus à une avenue. Un des murs s'étant effondré tout du long, il ouvrait sur les chambres voisines. Je tenais toujours la main de mon esclave. Un contact que je trouvais rassurant. La poussière me fit tousser, je n'y voyais strictement rien avec ces nuages de poussières et de fumés mélangés. Seconde liaison entre la réalité et moi, les douleurs ankylosant mon corps tout entier. Je tentais de remuer en gémissant... puis jurant.

-Je vais défaire les pourritures qui ont osé s'attaquer à nous de leurs viscères.

Je frappais le sol couvert d'éclats de bois, de murs, de tableaux, de sculptures et de verres, de mon poing. Une grimace déforma mon visage noircit par la déflagration quand je poussais ma volonté à me redresser malgré le sentiment insoutenable que je ne tiendrais jamais debout. Mon corps engourdi, portant les marques de cet attentat se retrouva à quatre pattes auprès de Cléanthe. Je posais mon front sur le sien, ma main sur sa poitrine qui se soulevait toujours. Il était vivant. Je le secouait pour le pousser à retrouver la conscience, il devait être sonné par les vibrations qu'il ressentait bien plus fortement que nous autre humain. Il n'y avait qu'eux dans ce dédale de ruine tenant difficilement sur son édifice, une base bancale qui n'avait pas encore flanché. Tout comme sa famille, ce manoir tenait encore debout. On éradiquait pas les Boyle de la sorte. La haine me tourmentait, le ténèbres m’appelaient à elles dans une tornade de fureur qui sommeillait en mon sein. J'aidais ma perle à se redresser tout en tentant de soutenir mon propre corps. Je m'adressais à lui sèchement :

-Debout ! Je n'ai pas de temps à perdre je dois retrouver ma Mère... ma tante, Selkys.... Kinna et Anafiël. Bouges-toi !

Traits de guerrière que l'on ne me connaissait pas, sauf peut-être Selkys lors de nos entraînements. Le dragon venait peut-être d'éveiller une Princesse. J'arpentais avec méfiance ce qui restait de ma demeure, cherchant désespérément les appartements de la Reine Rouge. Triste scène naissant dans les décombres, mon cœur se serra quand ma main frôla l'encadrement de ce qui était une porte encore il y a quelques heures. Je déglutis difficilement. Le goût de sang que j'avais entre mes lèvres me laissa me perdre au plus profond de mon être, vision cinglante me coupant le souffle. Il n'y eu qu'un murmure pour souffler toute ma détresse émotionnelle.

-Père.

Ce n'était pas un homme que j'aimais mais je l'avais aimé. Je glissais ma main autour de mon cou, cherchant mon catalyseur que je serrais en mon poing. Si le dragon voulait mourir alors il s'y prenait fort bien. Il allait retrouver les flammes qui l'animaient pour se brûler dans les entrailles de sa destruction. Je n'avais pas le temps pour pleurnicher, pas le temps pour me décomposer... Je n'avais pas finit. Maman ! MAMAN. Oui, je devais la retrouver elle à n'importe quel prix. Mes cris étaient intérieurs, mais je finis par les dégager oubliant la présence de Cléanthe.

-MAMAN....

Instinctivement mon regard se posa sur elle. Sur son corps engloutit par le plafond et le sang. Ais-je crier ? Je ne sais pas. Je me suis ruée sur elle. Poussant sur ce bloque important étouffant à vue d’œil, je sentis alors le soutient de mon trésor... Étions-nous seuls? Non. Un craquement caractéristique de quelqu'un qui marche sur du verre brisé, l'ombre se profilant n'était pas amicale, révélation de ces pensées visant à tuer... à le tuer. Je poussais avec force Cléanthe, l'observant s'échouer au sol. Il allait continuer de lui tirer dessus. Ironie du sort, Cléanthe allait découvrir qu'il ne fallait pas toucher à ceux qui étaient chers au yeux de la Princesse Boyle. L'aura de fumé noire l'enveloppant emportant son âme de raison loin de cette délicate réalité, sa main se refermant pour imposer sa volonté à l'assassin du dragon. J'aurais pu le tuer d'une simple balle mais je préférais lire la peur dans son regard quand il allait laisser tomber son arme. D'un rictus, je démolis tous ces espoirs de réussite, je rêvais de voir se répandre sur le sol ces tripes... alors je ris. Un rire que la folie de la dragonne reconnaitrait. L'ennemi s'empara de son poignard, se pointant l'abdomen. Délice. Il s'ouvrit de bas en haut, se mettant à cracher du sang... Puis de son autre main tira ces entrailles hors de son enveloppe, les laissant tomber sur le sol. Torture. Souffrance. Supplice. Le dragon ne serait pas en paix tant que je serais vivante, j'extirpais le dernier souffle de l'assaillant. Fière. Quelques seconde pour recouvrer mes esprits, mon aura ne s'évanouissant pas, je me concentrait à nouveau sur celle que j'aimais le plus dans cette existence.

On trouva de quoi faire levier pour soulever cette monstruosité de dalle la submergeant. De quoi dégager le corps de Jessamine. Je l'avais soulevé avec ma petite perle suffisamment pour dégager le corps inerte de ma Mère. Nous avions laissé le bloque retomber sur l'assassin dont la lionne enragée s'était débarrassé. Je la serrais contre moi les larmes me gagnant. Je refusais de la perdre. Pas elle. Elle saignait bien trop pour que je puisses stopper toutes les hémorragies, je ne pouvais pas encore la sortir d'ici mais je pouvais la protéger... Les protéger. C'était à son tour d'agir, à lui que j'avais sauvé, mon regard se posa sur Cléanthe.

-Ton devoir est de protéger cette Famille qui est la tienne. Prends ta forme animale, entoure la de tes anneaux. Stoppes les hémorragies en la serrant mais mesure ta force. Ne la brise pas plus. Veilles sur elle et tu l'habille de ton corps.

Un ordre direct. Non discutable. Il poserait ces questions un autre jour, ca m'était égale. Je n'avais que faire des jérémiades de chacun. Et ces assassins semblaient décidé à nous éradiquer. Un surgit de nul part pour m'inviter à le combattre... quel idiot ! J'inclinais mon visage sur le côté gauche, armé de la dague qui avait éviscéré ma première victime, j'étais prête à en découdre. Je me voyer l'étrangler, il le faisait très bien pour moi. Néanmoins, il n'était pas comme le précédant. Il érigea contre moi une barrière mentale, repoussant mon contrôle et mon emprise. Le dragon avait décidé de me contrarier ? Bien. Il était temps de se battre à armes égales ou presque. Il était mieux entrainé que moi, esquivant chacun de mes coups, j'avais l'impression de déjà vu. Comme si j'affrontais Selkys. Il m'entailla le bras droit et la cuisse. M'arrachant des grimaces de douleurs. Souffrance éphémère qui s'effaçait avec l’adrénaline que me procurait cet échange. Je parvins à lui érafler la joue, triste balafre comparé à celles que j’essuie. Je tente à nouveau une percée dans son esprit, mauvaise idée. Je me prends un mur. Je suis désorientée. Ma tignasse blonde servant d'emprise à l'assassin il se fait un bouclier de mon corps, me gardant sagement sous la coupe de sa lame. Au moins pendant ce temps il ne peut pas tuer ma mère.

Cléanthe ne doit pas bouger. Il doit garder ma mère en vie. Je lui impose par mon pouvoir de possession, lui sommant de m'obéir par le regard mais je ne peux maintenir ce lien. Je vais devoir lui faire confiance. L'homme titille mon esclave, commençant à me torturer sous ces yeux. Pas un cri. Pas une larme. Je dois juste tenir le temps qu'il faudra. Tenir pour elle, pour lui, pour eux... ma Famille. Je me fais trainer dans les décombres, m'ouvrant et écorchant à la demande. Vers où me trainent-il ? Je m'accroche à des résidus de bâtiments. Je ne veux pas être prisonnière du dragon. Je mourrais pour la tuer. Ce n'est pas mon heure.

-Reptilienne mal baiser ! Je vais me faire des chaussures et un sac à main de tes écailles de Salope.

Éclat de colère sonnant comme un glas, une promesse.
Queenie Boyle
 



Messagepar Seraphis Boyle » 28 Aoû 2014, 15:57

Au Seigneur Seraphis Boyle,

Cher Seraphis, mon élève, pour des raisons impérieuses dont je ne saurais m'étaler en cette lettre, je vous prie de bien suivre mes recommandations. Ce soir quittez votre demeure, ce soir oubliez tout vos projets à demeurer au Manoir Boyle. Pour cette nuit je vous donne rendez vous à la Tour Nostra, une surprise vous attendra. Comme il m'est impossible de vous en dire davantage, je ne puis que vous prier à répondre à cet appel. Pour cette nuit, logez à la Tour Nostra et ne prévenez aucune connaissance, cela vous ai réservé. J'espère ne pas en demander trop. Votre dévoué,

Mercure Leonid


A relire ces mots, si ce n'était point mon professeur qui m'avait ainsi convoqué, jamais je n'aurais été aussi docile à l'appel. La Tour Nostra, ancienne vieille demeure du Physicien mystique et serviteur de Akvar Boyle. On l'appelait l'oracle fou, on le pensait malade... Lui qui ne voyait que complot et perfidie, à force de crier au loup le devin fut oublié en sa tour. Akvar détrôné par le poison, le vieil ermite préféra la fuite. Et je résidais donc ce soir en ce repaire à l'abandon, là ou Mercure souhaitait me voir pour cette nuit. Assis en un trône de pierre, savourant un vin âge voila que les questions dansaient en mon esprit. Point de trace de Mercure, point de vie en cette tour. Loin de la folie et si méfiant avec autrui, j'étais accompagné ce soir de mes deux Anacondas. Créatures chéries et monstrueuses, des créations aidées par les noirs secrets de l'Alchimie, devant moi deux majestueux reptiles semblaient être endormis. Mes gardiens, mes protecteurs en cas de mauvaise surprise. Car c'était bien ce que j'étais venu chercher, une surprise ! L'écriture était celle de Mercure, la demande était néanmoins atypique, cela cachait quelque chose. Au laboratoire du vieux fou qui avait habité ici, je n'avais trouvé que grimoires assommant, une liste de prédictions fantaisistes, non crédibles. A la date d'aujourd'hui, mon regard s'était posé sur une note, quelques lignes à peine lisibles gribouillés à l'encre noir. Le vieux faisait référence à un feu destructeur, la fin d'une ère... Quelque chose de si extravagant que cela m'arrachai un sourire. Il n'y avait rien de surprenant, il n'y avait pas de surprise.

Mercure voulait-il me jouer un tour ? Une trahison ? Cela semblait être une épreuve ou une énigme, le vieil alchimiste possédait un humour si particulier. Mais j'avouais ne pas avoir le coeur à l'amusement et quelque chose m échappait... Et ce n'était pas Hyacinthe qui pouvait m'éclairer, mon esclave se trouvait à mes cotés bien sage à ne point troubler mes pensées. Ma tête reposant sur la paume de ma main, bras appuyé sur l'accoudoir du trône, je pensais à une solution. Le feu annoncé et cette guerre qui enflait, la volonté de Mercure à ne point ébruiter le contenue de cette lettre. Comme le puzzle semblait indiquer à un début des hostilités... Une idée difficile à concevoir, pourtant à la vue du feu dans le ciel, à cette vue cruelle d'un monde en flamme... Tout cela prenait sens ! Car tout autour de moi, Londres changeait ! Telle était la surprise, Londres en proie à la guerre, le manoir des Boyle le symbole de l'argent roi, à genoux. Voir ce lieu d'enfance conquis par le brasier, imaginer ses occupants égorgés ou brulés vif, cela était si incroyable. Un fantasme si lointain... Tant de sentiments se bousculaient, une admiration pour ce feu, une colère pour l'offense. L'Onyx se pensait roi, ce soir il venait éradiquer les trois soeurs. Briser le Rubis.

L'idée me plaisait, point pour la succession mais bien pour la vengeance. Imaginer Queenie en princesse vindicative insultant l'ennemi avant de mourir poignarder, seule cette image arrivait à me faire rêver. Ce soir je pouvais lever mon verre en Néron, à regarder Rome bruler avec le sourire. Admirer la destruction de l'ordre ancien, d'imaginer la construction d'un monde nouveau. Un monde sans mes tantes... Je pouvais lever ce verre et dire "A la nouvelle Rome !". Protégé de cette tour oublié, en avatar de vengeance je savourais la douce revanche de mon existence. Comme les souvenirs cruels s'apaisaient d'imaginer la souffrance de Jessamine, imaginer les plantes calcinées de Kinna. Ce doux poison en moi, ce n'était que bonheur à présent, me voila vengé...

Mais pourquoi ressentir la faiblesse d'une pitié, pourquoi tout gâcher d'un idiot pardon ? Pourquoi mêler la tristesse à la joie de ce feu dansant. N'avais-je pas assez souffert pour apprécier entièrement ce spectacle. N'avais-je pas été assez écrasé, moqué ! Avais-je encore un lien avec ces étrangers portant le nom de Boyle ! Pourquoi après l’exaltation, la culpabilité faisait son nid en mon cœur glacé ? Pourquoi avais-je toujours l'espoir fou d'un amour après tant de trahison. Le venin faisait son office malgré les appels de mon coeur, il combattait cette pensée futile. Deux personnes faisaient pencher la balance. L'image de ceux qui pouvaient m'importer, ma mère et Anafiel. Que les flammes épargnent ces âmes... Malgré ma haine, comme j'étais faible de pardonner à mère. Comme j'étais idiot malgré toutes ces années... Je n'apprenais rien, je continuais en mon erreur.

Pour eux je me suis levé, pour eux je n'ai pas fait acte de lâcheté. La peur au ventre, je m’apprêtais à rejoindre le brasier. Car Mercure me manipulait en me protégeant, anticipant la mort de Jessamine il souhaitait avoir un roi prêt sous la main. Mais je ne voulais pas de cet empire, surtout d'un royaume en cendre ! Guidé par ce lien si faible, ce lien qui me rattachait à cette famille tant haïe. Voila que j'abordais l'entrée de ce palais. Moi à l'arrière, préférant laisser place à mes deux Anacondas progressant si aisément à travers la ruine et la végétation. La peau de ces reptiles étaient tatouée de runes, malgré leurs natures de constrictors ces créatures possédaient crocs et venin. Une alliance parfaite de mon don à mon art. Je n'avançais pas en guerrier, je progressais avec la peur de voir surgir un assassin de chaque ombre. Je n'étais qu'un Prince de la décadence... J'avais confiance en mes serpents, pas en ma discrétion, un seigneur blond parcourait le théâtre d'une agonie enflammée. Impossible de l’extérieur d'estimer le nombre de survivant, j'ignorais même si une menace m'attendait à l’intérieur.

Un tremblement me figea avant de pénétrer le palais, en leur puissantes mâchoires déjà mes monstres venaient de prendre la vie de trois êtres, habillés de noir, deux assassins d'Onyx, mais aussi un esclave rubis qui ne voulait que prendre la fuite. Géants reptiliens, la scène me glaçait dans son horreur, mes amours se disputaient le cadavre de cette pauvre créature, de cet esclave... Un serpent mordait la jambe, l'autre tenait fermement le buste... D'un geste, je commandais l’arrêt de cette bêtise, il nous fallait continuer. Mes serpents de dépit lâchèrent cette proie. Il me fallait dès lors guider leurs crocs, évidement ces créatures ne faisaient aucune différence entre l'Onyx et le Rubis, je les avais lâchés dans l'optique de tuer.

Au grand hall, il n'y-avait que le crépitement des flammes et le sifflement de mes anacondas. Soudain le hurlement de Queenie se fit entendre, malheur, cette garce était en vie ! N'y avait-il donc aucune poutre qui puisse s'écraser sur sa jolie gueule ? Je n'étais pas venue pour sauver ses fesses, risquer ma vie pour cette misérable, ça je ne pouvais le concevoir. Mais progressant tout de même dans la demie pénombre, à ruminer de devoir rejoindre Queenie, voilà qu'une ombre avait plongée sur moi. Sans que je ne puisse réagir, sans que je puisse solliciter l'aide de mes reptiles, l'assassin était sur moi, son couteau sur la gorge. Je sentais sa lame, ce n'était qu'une question de volonté pour m'enlever ma vie. Mais les serpents alertés de mon cœur apeuré accouraient déjà à mon secours. Arrêtés net par mon geste, je faisais comprendre que toute attaque pourrait m'être néfaste. L'assassin qui était une femme ria doucement de cela...


"C'est bien, tu comprends vite jolie tête blonde ! Vois tu j'ai perdu pas mal d'hommes et j'ai pas vraiment envie d'en perdre encore en une chasse ! Mais tu tombes bien tu sais... Ta maman nous cause un gros soucis !"

Puis la femme commença à crier, bien sur, j'aurais du m'en douter.

"SELKYS ! SELKYS ! SELKYS BOYLE ! ON A TON FILS ! ALORS VIENS LE CHERCHER ! SI TU NE VIENS PAS, ON T'ENVERRA SA TÈTE !"

Sans doute les nerfs me lâchaient, entre la peur de mourir ici, la sensation de cette lame sur ma gorge. Voila que je m'autorisais une folie, l'insolence, un venin presque de circonstance... Initiant un petit rire sarcastique, j'attirai l'incompréhension de l'assassin. Disséminant ses meilleurs hommes dans les ombres pour tendre un piège à mère, moi, je me riais de cette tentative.

"Qu-est ce qui te fait rire, imbécile !"

"De tout les otages... Franchement vous avez pris le pire ! Ils veulent tous ma mort plus ou moins dans ma famille, alors là, vous leur rendez un peu service !"

Mais on ne pouvait ainsi faire reculer ces idiots de l'Onyx, je reçu pour prix de mes mots qu'un violent coup sur le crâne, un ordre suivi d'une pression pour me mettre à genoux. Le geste fit trembler mes serpents, leurs puissantes têtes s'avancèrent pour enfin reculer à la vue du poignard toujours poser sur ma gorge. Sa main sale qui cherchait une poigne dans mes cheveux d'or, elle pensait m'avoir détruit. Finalement ce n'était qu'un amateur par rapport à mes tantes... J'avais peur de mourir, malgré ce sourire de défiance. Quelle absurdité, pourquoi ne pas être resté dans la tour... Mon idiotie me surprenait... Je cherchais le regard d'une mère, tout ce qu'elle verra c'est un fils prostré et vaincu. Une faiblesse...


"SELKYS ! ENCORE QUELQUES SECONDES !"

"NE VENEZ PAS MÈRE, LES OMBRES !"

Paroles nées d'un réflexe, d'un souffle au cœur ! Paroles punies d'un autre coup violent sur le crâne,le sang, puis le vide... Je me couchais au milieu des ruines et de la terreur. Dernière vision de serpents plongeant sur l'Assassin, des flammes... Le marbre du sol... Le noir.
Seraphis Boyle
 



Messagepar Selkys Boyle » 01 Sep 2014, 16:23

    La Guerre. Pas simplement la guerre, avec une minuscule, pas simplement son sport favoris, qu'elle pratiquait depuis près de quinze ans, et dans lequel elle excellait. Non, la Guerre, avec une majuscule. Une guerre anglaise. Une guerre londonienne. Cela ne c'était plus vu depuis la fin du conflit qui opposait les démons de l'Ambre au Dragon de l'Onyx, et dont on avait dit qu'il avait marqué la fin de la Bête fabuleuse, la mort de Celui-Qui-Ne-Dormait-Pas. Mais non. Le Dragon n'était pas mort, il ne s'était pas assoupis après de si longues années. Il avait lentement repris des forces, et aujourd'hui il revenait en force. La ville bruissait de l'écho des activités des milices noires, et, le soir même, Anafield avait confirmé, par de nombreuses informations, que la situation était plutôt avancé. Elle avait dressé des plans de batailles, des plans qui prenaient en compte Londres la Mouvante, la Magicopolis qui avait fait naître des légendes dans le monde entiers. Façonnée par deux cents ans de magie et d'intrigue, la cité n'était plus celle qu'on avait assiégé durant la Guerre des Neuf, et pourtant, elle restait le plus formidable champ de bataille, le cœur de la légende, le plus dantesque des enjeux.

    En sortant de la réunion, Selkys avait sourit pour elle-même.

    Même si la guerre était une chose grave, quand elle les touchait d'aussi prêt, et même si d'autres auraient voulu l'éviter, elle, elle n'espérait qu'une chose : pouvoir se mettre en position de force avant de la déclencher. Une guerre à Londres, entre les factions, c'était l'occasion de briller plus que jamais. L'occasion d'abattre Moloch Wolfcraft, l'occasion de bâtir pour de bon sa légende. De triompher pour de bon du Dragon, de devenir celle qui aurait détruit pour jamais la plus terrible lignée d'Angleterre. Une légende à la hauteur de Requiem Craft, pour celle qui mettrait fin à tout ce qu'il avait engendré et lancerait une nouvelle aire par ses victoires militaires ! Elle s'y voyait déjà, mais en arrivant à son bureau, situé à proximité de ses appartements, elle avait repris une expression plus neutre, et son esprit était revenu au présent. Pour que tout cela puisse espérer se réaliser un jour, il fallait de solides préparations, et commencer à réagir dès maintenant. Elle comptait donc bien travailler encore un peu, de son côté, pour préparer des plans solides. Voir quelles Légions on pourrait éventuellement ramener d'au-delà des mers pour prendre l'avantage, où les placer, comment agir. Elle avait appris que la stratégie était autant œuvre de brio que de préparation, et ne comptait rien laisser au hasard, pour le coup.

    La seule donnée qu'elle n'avait pas prise en compte, c'est qu'il était déjà bien trop tard.

    Alors qu'elle finissait de consulter plusieurs cartes, bien plus tard, des explosions retentirent soudain de toute part. Elle n'eut que le temps de plonger sous son bureau que le plafond s'écroulait sur elle. Elle semblait avoir échappé au plus gros... quand soudain le sol céda également en partie, l'un des côtés du bureau basculant dans le vide avec les gravats qui se trouvaient dessus. Elle roula dans l'autre direction, sans pouvoir éviter totalement la chute d'un autre meuble, qui lui cogna au passage sur le coin de la tête.

    « Grummmfff... »

    Sonnée, la belle était restée à demi consciente pendant un temps flou – quelques instants ou plus que cela, elle n'aurait su le dire au juste – alors que des craquements inquiétants se faisaient entendre un peu partout. Le bruit subtile d'un incendie, elle en avait contemplé assez pour savoir cela – on ne pouvait pas faire la guerre une certaine lignée diamantine sans devenir familier du concept – et qui indiquaient que les bombes n'étaient pas là que pour exploser : les flammes prenaient, et alors qu'elle se redressait difficilement, elle vit, par le trou béant de son plancher, les flammes commencer à rugir en bas. Il fallait qu'elle se dépêche de sortir de là, et de voir si sa famille allait bien. Prudemment, à quatre pattes, elle gagna l'armoire qui se trouvait près de la porte, et s'y accrocha pour se redresser. Le sol semblait stable, sa tête ne la faisait pas vraiment souffrir – elle avait connu pire. Elle ouvrit l'armoire, et y préleva une partie des armes qui s'y trouvaient. Deux armes de poings, qu'elle passa à sa ceinture de chaque côté, un sabre, qui rejoignit le pistolet à son flanc gauche, et une seconde épée, qu'elle garda en main. Quiconque avait miné le Manoir Boyle pouvait avoir envoyé des nettoyeurs finir le travail.

    C'était ce qu'elle aurait fait, elle.

    Elle ouvrit la porte d'une main et jeta un coup d’œil dans le couloir. La partie qui menait directement aux divers appartements était obstruée de gravat et déjà en flamme, mais le reste était praticable. Elle s'y engagea prudemment, tendant l'oreille, sans entendre de bruit humain. La guerrière en elle avait chassé la peur et l'appréhension qu'aurait pu ressentir la femme, l'être humain, devant tant de dégâts. Elle ne se demanda pas si ses sœurs étaient en vie, elle ne laissa pas son cœur se serrer à l'idée de la mort de sa nièce. Elles étaient vivantes et elles avaient besoin d'aide, voilà le postulat de base sur laquelle elle partait, et jusqu'à preuve du contraire, elle n'en changerait pas, endurcissant son âme comme au cours des batailles. Il fallait qu'elle trouve un passage vers sa famille ou vers du secours, pas qu'elle se ronge les sangs – cela, et qu'elle reste sur ses gardes, bien entendu. Elle fut souvent obligée de faire des détours, passant dans des pièces éventrées, rebroussant chemin devant les flammes. Une nouvelle « cartographie » c'était dessinée dans le manoir en feu. Cela présenta pourtant finalement un avantage : quand le danger vint, il ne savait pas plus où aller qu'elle, et il ne s'attendait pas à la trouver.

    Ils étaient deux. L'un d'entre eux avait un bras brûlé assez gravement, et l'autre des entailles à l'épaule. Ils avaient visiblement subit une partie de l'explosion et pourtant leur allégeance ne faisait pas de doute : elle était tatouée sur leur front à l'encre noire, qui dessinait le motif du Dragon des Craft. Ils cherchaient des victimes à achever, mais ils ne s'attendaient pas à trouver un adversaire armé et prêt à les recevoir. Selkys, elle, s'attendait à tout, et elle fut la première à frapper. Dans un mouvement vif, son bras gauche se détendit et libéra l'éclair qu'elle accumulait lentement depuis qu'elle s'était engagé dans le couloir, droit sur l'ennemi à sa gauche, celui qui avait les entailles à l'épaule. Dans un bruit étranglé, l'homme tomba lourdement au sol, pris de soubresauts. Mais elle ne le regardait déjà plus : de la main droite, elle avait tendu sa lame et paré le coup brusque de l'autre homme, encore mal assuré. Avec son bras brûlé, le combattant, qui utilisait deux machettes bien aiguisées, était désavantagé. Bien vite, celle de son bras affaiblit tomba à la suite d'un brusque coup sur son poignet du plat de la lame, après quelques échanges de coup seulement. Une fois cela fait, il ne dura plus bien longtemps, pas face à une escrimeuse du niveau de Selkys, qui ajoutait à sa maîtrise supérieure le fait qu'il ne soit pas habitué à se battre avec une seule arme, et son allonge supérieure. Elle prit aussitôt l'ascendant de l'échange et le blessa en plusieurs endroits sans se laisser toucher, avant de lui ouvrir largement la cuisse. Il s'effondra dans un cri de douleur et l'épée prit de l'élan avant de voler dans les airs...

    Pour laisser atterrir quelques instants plus tard une tête coupée, dans un jaillissement de sang.

    L'autre était toujours secoué par des spasmes, et elle y mit fin en enfonçant sa lame dans sa nuque, avant de reprendre la route. Elle avait maintenant un but : tenter de suivre leur piste jusqu'à la sortie. Dans les cendres et les débris, elle était plutôt facile à suivre, et elle s'y guida pour atteindre la partie principale de l'aile, alors que l'incendie prenait de plus en plus d'ampleur. Il était temps de sortir de là... mais l'assassin suivant ne fut pas d'accord. Ils se tombèrent dessus au détour d'un tas de gravats, mais cette fois lui aussi était prêt, sur ses gardes, et il ne portait que quelques brûlures superficielles. Il attaqua aussitôt avec une épée bâtarde qu'il tenait à deux mains, et elle para en prenant sa propre lame de la même manière. Le combat commença contre cet adversaire plus sérieux, mais même s'il était compétent, il n'avait pas tout à fait le niveau de Selkys. Il récolta rapidement quelques entailles, sans réussir à lui faire plus qu'une estafilade sur l'épaule, quand soudain elle entendit au loin un cri de Queenie. L'assassin comptait peut-être que cela la distraie, au contraire, cela ne fit que doper sa combativité.

    Rapidement, elle passa à l'assaut avec une série de feintes rapides, prenant son épée à une main comme pour pouvoir seulement augmenter sa vitesse, mais elle avait un autre plan. Quand il contre-attaqua en profitant de sa force supérieure, vu qu'il frappait toujours à deux mains, elle le laissa écarter son épée... et en profita pour éviter son coup suivant en se glissant sur le côté, frappant du plat de la main non à la gorge, où il s'y attendait, mais à son bras « faible ». Un coup malavisé, en apparence... sauf qu'encore une fois Selkys fit appel à son pouvoir, faisant passer un courant électrique à travers sa main. Il n'avait pas assez fait attention aux légers crépitements qui avaient entouré la main en question pendant qu'elle portait ses coups, erreur fatal. Si la décharge n'était pas de taille à le tuer ou à l'incapaciter, à travers le tissu de son vêtement, elle le tétanisa un instant, et ce fut suffisant. L'épée se redressa, siffla, lui transperça un œil et s'enfonça dans son cerveau alors que son cri finissait brutalement. Quand elle dégagea sa lame, le corps retomba mollement au sol, et elle reprenait déjà sa route, un autre cri retentissant, plus long, mais guère plus compréhensible. Il semblait venir de derrière un vaste rideau de flammes et de gravats, mais le temps qu'elle arrive au bout et essaye de le contourner, d'autres cris se firent entendre, beaucoup plus proches, quoique globalement dans la même direction.

    "SELKYS ! SELKYS ! SELKYS BOYLE ! ON A TON FILS ! ALORS VIENS LE CHERCHER ! SI TU NE VIENS PAS, ON T'ENVERRA SA TÈTE !"

    La manœuvre était grossière : on cherchait à l'attirer dans un piège. Sans doute pensaient-ils que crier à propos de son fils serait plus parlant qu'à propos de sa nièce, à moins que Queenie ne soit pas exactement au même endroit. Ça n'avait guère d'importance, au fond, une fois qu'elle aurait trouvé le groupe principal, elle en ferait parler un, et elle saurait vite où ils se cachaient tous, ces maudits chiens d'Onyx. Ils pensaient sûrement lui tendre un piège, la mettre devant un choix cornélien, ou tout simplement en profiter pour refermer une embuscade sur elle. Ils pensaient avoir l'avantage. Ils avaient fait une grosse erreur, pourtant : ils s'étaient localisés à ses yeux. Et le pire, ce fut que, alors qu'elle était déjà en marche dans cette direction, vers l'ouverture d'une pièce aux murs à moitié éventrés, un rappel ne tarda pas à tomber.

    "SELKYS ! ENCORE QUELQUES SECONDES !"

    "NE VENEZ PAS MÈRE, LES OMBRES !"

    Ainsi donc, ils n'avaient pas pensé à assommer ou bâillonner son fils, sans doute en tablant sur sa faiblesse. D'un côté, elle pouvait le comprendre, mais de l'autre, c'était une grave erreur tactique que de ne pas réduire les otages à l'impuissance. Même une fillette pouvait mordre la main de son ravisseur ou hurler des informations, et tout de même, Seraphis était plus dangereux qu'une petite fille. D'ailleurs, une certaine agitation, alors qu'elle approchait, sembla indiquer qu'il y avait une forme de bref combat. Néanmoins, le gros des hommes ne bougèrent pas, ils étaient concentrés sur Selkys, la menace principale. Ils devaient sûrement avoir réalisés que quelques-uns de leurs hommes avaient fait de « mauvaises rencontres », et ta réputation seule aurait suffit à faire d'elle la menace principale à l'intérieur de la maison. Ils restèrent donc sur leurs gardes alors que la générale pénétrait dans la pièce, et aussitôt ils frappèrent. Deux dagues jaillirent de l'ombre, l'une étant esquivée alors que l'autre traversait sa jambe et la faisait tomber à genoux. Les deux lanceurs sortaient de l'ombre en tirant leur épée alors qu'un troisième s'avançait pour lancer trois dagues rapidement. Sans attendre qu'elles frappent, un dernier homme, qui avait grimpé le long du mur le plus proche, bondit sur elle...

    Quand il vit les dagues traverser son torse sans ralentir, il était déjà trop tard pour arrêter son saut.

    Il traversa lui aussi ce qui n'était qu'une illusion particulièrement bien réussie et gérée de la rouée générale, et fit une roulade pour se retrouver sur ses pieds, en assassin bien entraîné... pour se faire transpercer la gorge par l'épée de Selkys, sortie de derrière une pile de débris proche de l'entrée, où elle s'était glissée en se substituant une vision illusoire d'elle-même. Les gens avaient par trop tendance à ne voir que ses capacités martiales et à oublier qu'elle avait plier ses talents d’illusionnistes à des fins militaires depuis bien longtemps. Les deux premiers lanceurs de dagues voulurent en profiter pour se jeter sur elle à deux contre un... mais celui de gauche se fit cueillir par une balle en plein front. C'était volontairement qu'elle n'avait pas utilisé ses armes à feu jusqu'ici, pour éviter d'alerter ses ennemis par des détonations, mais maintenant qu'elle tombait sur ce qui était vraisemblablement le gros morceau, elle déployait tout son arsenal. De la main droite, elle para la lame de l'autre assassin et se recula d'un pas, lui tirant dans la jambe, faisant éclater son genoux dans un bruit écœurant... et en profitant pour le transpercer de sa lame.

    Le dernier homme arrivait sur elle, et elle dégagea son arme d'un coup de pied pour parer son sabre, échangeant quelques coups rapides et récoltant une blessure au bras gauche... blessure qui ne suffit pas à dévier son bras alors qu'elle le pointait sur son torse. La balle qu'elle tira le traversa de part en part, et, alors qu'il s'effondrait au sol, elle s'assura de sa mort d'un rapide coup d'épée. Elle était blessée, mais visiblement victorieuse, et elle s'avança un peu, trouvant un serpent qui sifflait au-dessus du corps inerte de son fils... ainsi que les cadavres d'un autre serpent et d'un assassin, visiblement le chef. Il avait réussi à décapiter un reptile, mais le second avait eut raison de lui. Le survivant était dressé, menaçant, au-dessus du corps de son maître, mais quand il croisa l'impérieux regard de Selkys il sembla reconnaître un personnage qu'il ne devait pas mordre et s'écarta légèrement. La générale s'accroupit rapidement et vérifia que le pou de Seraphis battait toujours, et eu un léger grognement.

    « Humf... tu auras servit à quelque chose, pour une fois. »

    Le commentaire pouvait sembler piètre, mais n'était pas si mal dans l'univers des relations mère-fils entre eux. D'un geste, elle déchira le vêtement de l'homme que le serpent avait tué et se fit un bandage de fortune pour arrêter le saignement, avant de se redresser, alors que le serpent revenait en place. Elle s'apprêtait à partir à la recherche des autres... mais n'en eut pas le temps, une nouvelle voix retentissant derrière elle.

    « Hey, la putain à l'épée ! T'as pas eu l'air très affectée qu'on menace ton fils... mais avec elle ce sera peut-être pas pareil ? »

    Selkys se retourna d'un bloc, et découvrit... Queenie, avec une lame sous la gorge, bâillonnée, mais visiblement encore consciente. Pour couronner le tout, un second assassin, armé d'une arbalète, venait de sortir de l'ombre à côté du premier, pointant son arme sur elle, avec l'air de savoir s'en servir. La situation devenait fichtrement plus compliquée...

    « Lâche tes armes et avance, si tu ne veux pas qu'elle finisse écorcher et toi transpercer ! »

    Bien sûr, il était évident qu'ils n'attendaient que son désarmement pour frapper sans risque. Néanmoins, si elle pouvait espérer tirer assez vite pour empêcher l'homme au couteau d'égorger Queenie, ou rouler sur le côté assez rapidement pour éviter un carreau, avant de riposter, elle ne pouvait pas faire les deux. Si elle choisissait la manière forte, elle devrait sacrifier Queenie, ou bien se sacrifier elle-même. Elle fit mine d'hésiter quelques instants, ses mains oscillant légèrement comme si elle hésitait à lâcher ses armes, en profitant pour rassembler ses forces.

    « Allez, salle chienne rouge ! Lâche tes armes, maintenant ! »

    Avec un soupir, elle prolongea encore le jeu un instant ou deux, avant de laisser tomber son épée et son pistolet à ses pieds. L'homme à l'arbalète fit mine de la viser plus soigneusement... avant de pousser un cri de surprise et de terreur, visant soudain le plafond alors que l'autre reculait d'un pas en projetant Queenie au sol, tirant une épée de sa ceinture pour se défendre, frappant dans le vide. L'un comme l'autre partageaient la même illusion : un énorme serpent aux écailles rouge et or qui avait crevé le plafond et fonçait sur eux, gueule ouverte, en prenant l'homme au couteau pour cible. Cette illusion n'était pas très aboutie : elle ne réagit presque pas à leurs attaques, contrairement à celle soigneusement paufinée de la générale un peu plus tôt. Ce n'était pas bien grave. Le temps qu'ils le réalisent, Selkys avait dégainé sa seconde arme de poing et tiré plusieurs coups de feu, alors que son illusion se dissipait... trop tard pour eux. Chacun, frappé de plusieurs balles, s'écroula en arrière et s'abattit au sol, inerte.

    « Reste là Queenie... j'arrive. »

    Selkys haletait légèrement après l'effort de concentration qu'avait demandé l'improvisation de cette illusion, mais ce n'était pas ça qui allait l'arrêter. Elle s'approcha de Queenie et découvrit que la jeune fille avait aussi rapidement été entraver par des cordes. Elle s'apprêtait à les couper quand elle entendit soudain des bruits de pas, nombreux, s'approcher par le couloir qui semblait le plus intact et le plus épargné par les flammes. Elle laissa sortir un juron et se tourna dans cette direction.

    « Décidément... s'ils veulent ma peau, ils vont devoir la payer chère... »


    Mais, alors que la générale s'apprêtait à recevoir les premiers l'arme à la main, elle vit, en lieu et place des assassins Onyx qu'elle attendait, une patrouille de ses propres soldats, des mercenaires entraînés venus de l'autre côté du Manoir, mené par Jeptha Orzil, un de ses hommes les plus fidèles. Selkys laissa son bras gauche retomber avec le pistolet qu'il portait, alors que des hommes s'approchaient rapidement d'elle et de sa nièce.

    « Orzil... vous arrivez à point. Mon fils est par-là... faites attentions au serpent, où il vous tuera d'une morsure. »

    Les ordres étaient brefs, rapides, et d'autres suivirent tout aussi succinctement. Bien entraînés, les mercenaires répondirent aussitôt. Deux d'entre-eux prirent en charge Seraphis, inconscient, deux autres se chargèrent de Queenie après qu'elle ait été libérée et qu'on lui ait ôté son bâillon, sans tenir compte de ses objections. Pendant ce temps, on s'occupait du bras de sa générale, et un autre groupe partait dans la direction où la princesse avait laissé Jessamine, et que les derniers se dispersaient à la recherche des deux derniers membres de la famille et d'éventuels assassins survivants. Les secours arrivaient... mais pas mal de temps avait passé, et qui savait comment les choses avaient évolués pour les trois autres Boyle depuis...
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Messagepar Lawerance C. Boyle » 30 Sep 2014, 19:36

    Ce soir, c’était le grand soir, celui où la famille se réunissait enfin au complet. Tout avait été minutieusement préparé, de la cuisson de la viande jusqu’au dessert - une légère mousse aux fruits rouges d’un violet rouge appétissant – en passant par le coton épais de la nappe blanche. Tout devait être parfait, même le plafond dernièrement repeint. Trafalgar Boyle avait veillé au grain, retouchant de-ci de-là la moindre fausse note.

    Il avait vu les choses en grand pour ton dîner mensuel. Tu le savais et tu imaginais déjà la scène de vos « retrouvailles » : lui assis ou debout près du manteau de cheminée, un costume d’un gris cendré taillé sur mesure le rendant plus grand, une cigarette à la main et un sourire aux lèvres. L’odeur de la pièce serait un mélange de tabac chaud, eau de Cologne et jasmin, avec une touche de neuf. Ton regard serait attiré par l’éclat d’une bague à son doigt, ou d’une broche en forme de lys. Tu savais qu’à la fin de la soirée, il t’offrirait cet objet dont tu ne savais que faire et que tu enfermerais, comme tous les autres, dans le coffre à bijoux de ta chambre. Tu ne pouvais décemment pas porter cela au quartier Diamant. Et ce n’était pas de ton goût. Mais ta mère, elle, aurait adoré ces présents dignes d’une reine. Précieuses perles exotiques, coquillages nacrés, pierres précieuses taillées de mille et une formes… D’un autre côté, tu aimais ces trésors pour la portée symbolique qu’ils représentaient, pour ce lien qui unissait autrefois ton père et ta mère et qui maintenant passait par ton entremise. Tu sentais que ton père lui non plus ne s’était jamais remis du décès brutal de sa femme, tout comme toi, et que ces « babioles » étaient une façon de la faire revivre. Que tu aurais aimé lui parler… Cette mère si semblable et si lointaine, pourtant… Que ne donnerais-tu pas pour entendre une fois de plus le son de sa voix…

    Tu es déjà prête lorsque le chauffeur passe te prendre au quartier Diamant. La rue est sale quoique grande, rareté en ce district. Tu n’aimes pas l’éclat tapageur du véhicule et prend bien soin de cacher ton visage sous une voilette opaque. De toute façon, tu sais que tu es méconnaissable. L’argent de ta robe moule ton corps de manière presque obscène, caressant tes hanches, soulignant ta petite poitrine, courant sur tes jambes et s’écartant pour montrer la pâleur d’une cuisse vite engouffrée à l’intérieur de la voiture.

    L’engin se traîne sur les pavés trempés. Encore une minute de plus à t’attendre et le chauffeur aurait terminé trempé comme une soupe ! Tu connais son visage depuis ton enfance, aussi familier que celui de ton père. Tu te détends, ton corps adoptant une posture morgue, ton regard se promenant à travers le rideau de pluie de Londres. Fatalité ? Non, habitude. La pluie faisait partie intégrante de la ville. Sans elle, il n’y aurait pas ce charme si british, ce fog si romantique, cette ambiance si glauque. Londres sans pluie, ce serait comme un roman de Jane Austen sans Happy End.

    Alfred ne parle pas ; toi non plus. Le silence ne vous a jamais gêné, ni l’un ni l’autre. Tu n’oublies pas qu’il a changé tes langes, sûrement, même si ta mémoire ne remonte pas aussi loin. D’un regard il a su que tu étais vivante, que tu allais bien et que tu étais belle. En second père fier de sa progéniture, c’est tout ce dont il avait besoin pour se rassurer. Brave Alfred…

    Rares étaient les Boyle à traiter leurs esclaves de la sorte, à les intégrer à leur famille. Trafalgar Boyle n’ayant que de distantes relations avec son clan, il veillait sur sa dizaine de domestiques comme il avait veillé sur toi : loin des yeux, près du cœur. Il t’avait éduquée différemment des autres parents Scorpions, t’inculquant le respect de tout être humain. Peut-être était-ce pour cela qu’il ne t’avait pas récupérée par la peau du cou lorsque tu étais partie t’installer au quartier Diamant, mais t’avais laissée partir sans dire un mot. Il te respectait, toi encore plus qu’il respectait les autres. Gratitude infinie pour cet homme, le seul à te comprendre et à t’accepter réellement.

    La voiture roule lentement, te laissant le temps de savourer le passage entre les différents districts. Il n’y avait qu’un natif de Londres qui pouvait s’y retrouver dans ce dédale changeant de rues et de ruelles, ou quelqu’un de déterminé. Impossible sinon de se retrouver là où on le désirait. Londres, c’était un serpent dont les anneaux étaient toujours en mouvement. Ils s’entrechoquaient, se passaient par dessus, par dessous… Un capharnaüm renversant !

    Enfin vous arrivez à destination. Le manoir brille de mille feux. Littéralement parlant. Tu te rends compte que les éclats de verre par terre ne sont pas des diamants que la folie des Boyle aurait dispersé aux quatre vents comme s’ils se moquaient de leur valeur réelle. Ni le rouge aux fenêtres une habile illusion. Rien de tout cela. C’est un carnage teinté de sang, ce rouge si particulier que ton clan ne faisait couler qu’en de rares occasions.

    Un attentat.

    Tu te précipites à l’intérieur, Alfred te suivant comme ton ombre. Tu lui fais signe de rester à l’intérieur ; ce n’est pas un homme taillé pour ce genre de situation. Mais déjà il s’est emparé d’une arme qu’un homme mort dans le hall tenait encore entre ses mains. Tu soupires puis te tais, te fondant dans l’ombre des piliers.

    Tu ne reconnais rien et pourtant le décor est familier. Ici le marbre a été fracturé, preuve de la violence de l’assaut. Ici les miroirs pleurent des larmes d’argent, là-bas des statues décapitées laissent présager du sort des Boyle. Tes muscles se tendent tout comme tes sens. Tu penches la tête, l’ouïe à l’affût du moindre son. Puis… La voix de ton père.

    Tu n’entends pas la voix d’Alfred te hélant. Tu n’entends pas le coup de feu. Mais tu sens un corps dévier ta trajectoire. La moquette amortie ta chute mais le sol n’a pas arrangé ton nez. Cassé, tu te retiens de hurler. Déjà le sang chaud – ton sang – dégouline par terre. Tu portes ta main à ton visage, t’étonne qu’elle soit si rouge. Un nez cassé, même celui de Cyrano, ne déverse pas autant de liquide. Ton regard se baisse. Et l’horreur apparaît sous les traits d’Alfred. Ou ce qu’il en reste. La balle utilisée, une balle de chasse, n’a pas arrangé sa tête qui est désormais un bouillon de chair et de tendons. Un œil n’est plus qu’un trou rouge et noir tandis que l’autre, humide, déverse une dernière larme. La cervelle, rosâtre, se déverse lentement vers toi.

    C’en est trop ; tu hurles. Et tu cours vers ce qui te sembles être un refuge potentiel, l’étage au-dessus de toi. Partout c’est le même spectacle de corps tantôt reconnaissable, tantôt inconnu. Des domestiques, trop de domestiques. Mais pas un seul Boyle à terre. Il n’y a que Alfred qui n’ait pas eu cette chance innée. Pourquoi ne l’as-tu pas forcé à rester à l’abri dans la voiture, prêt à partir au moindre danger ?

    Gravissant les marches tu parviens à te calmer. Mais un deuxième coup de feu te remet sur selle. Heureusement, les armes sont longues, très longues à se charger. Une aubaine pour toi qui parviens à gagner une pièce encore inconnue. Les appartements de Jessamine Boyle. Sa maîtresse est là, nue, sur le sol couvert d’autres cadavres encore. Tu comprends à la vue des griffures parcourant les corps que la blonde mérite sa réputation. Magnifique guerrière… Qui n’est pour l’instant que proie vulnérable.

    Tu déchires ta robe, les gestes fébriles, le cœur battant trop fort. Alfred, Alfred… Ce prénom résonne au même rythme que ton cœur, pulsant à travers tes oreilles, se déversant dans ton âme. Alfred, Alfred… Tu recouvres la matriarche avec le tissu, nouant comme tu le peux les extrémités autour de toi. Tu essaies de te rappeler le sort pour alléger les corps et ainsi transporter plus aisément Jessamine… Mais rien à faire. Il n’y a que le prénom de Alfred qui résonne dans ta cervelle.

    Alors tu la mets sur ton dos et, à demi croulante sous le poids de son corps, tu marches en crabe vers la sortie principale… Avant de rentrer fissa. Retour à la case départ.

    Trop de gens, trop de risque qu’on ne vous tue avant même que tu ais fais un pas. Il te faut trouver une autre solution.

    Tu respires un grand coup et gifles magistralement la joue au grain de peau parfait, priant pour que Jessamine ne te tue pas au réveil. Si elle se réveille…
Lawerance C. Boyle
 



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