[INTRIGUE] Le règne des illusions [Moloch]


La première intrigue générale du forum (close). L'Onyx et sa matriarche Dragonne s'en prennent au huit autres factions. Combats, assassinats, mais aussi enchantements dans les Maisons Closes et orgies sauvages. Certains sujets peuvent choquer les plus jeunes /!\


Messagepar Le Conseil des Neuf » 26 Juil 2014, 00:45

22h, Donjon Corbeau de l'Académie, bureau du directeur Etherion Orothar.


It's not the end of the world but we can see it from here

Le fer du masque se fendilla et de la cendres s'en échappa par giclées bileuses. Au sol, Etherion Orothar, se traînait comme un ver, comme une larve, aux pieds du seigneur Wolfcraft. Était ce vraiment ce sorcier, cette légende, qui avait tenu les rênes de l'Académie pendant plus deux de siècles ? Qu'il avait piètre allure, le vieux patriarche engoncé dans ses robes crasseuses et complètement déchirées, là où les griffes du loup s'y étaient enfoncées. Un vieillard, une ruine, au corps frêle, presque minuscule une fois qu'il avait été arraché de son monstrueux trône de pierre. Il n'avait même plus la force de relever la tête pour croiser le regard furieux de son bourreau. Son masque énorme, aux traits d'acier effacés, pesait tellement lourd pour les fragiles vertèbres tordues de l'affreux corbeau. Il le soutenait avec souffrance, tel Atlas cherchant à survivre à la gravité de tout un monde pesant sur ses épaules. Et la cendre de son agonie éternelle, continuait à sourdre d'entre les béances de sa silhouette osseuse et à tâcher le sol. Du sang, du limon, du purin ? Comment savoir, à quoi bon s'en soucier. Depuis si longtemps que le directeur s'accrochait aux ruines de son existence, il en avait oublié jusqu'au goût de sa propre souffrance.

Aux ombres du bureau directorial, se disputaient les reflets de feu, des brasiers dévorant le parc de l'Académie. Mais à de telles altitudes, au pinacle de ce donjon qui écrasait toute l'école de sa masse branlante, les cris des élèves ou des professeurs en lutte contre la horde de mutants chargée de prendre d'assaut la place, ne sonnaient pas plus que des murmures. Un bruit de fond, quelques échos portés par des rafales grises de cendres, oranges d'étincelles, bien trop faibles pour couvrir le râle sourd, sifflant, mécanique et minéral, du souffle du Directeur blessé. Quand aux milliers de corbeaux suspendus au dédale des poutres blanches de fientes de volatiles et gluantes de toiles d'araignées du plafond, ils avaient fait silence au premier coup porté à leur patriarche. Et depuis que l'antique sorcier jeté à bas de son trône collégial, rampait aux pieds de Moloch, ils tombaient un à un, raides morts, sans un croassement ; leurs minuscules cœurs cruels ayant simplement cessés de battre. Étrange pluie d'ailleurs que toutes ces boules de plumes geais qui chutaient inlassablement pour mieux s'écraser avec un bruit flasque.

Jamais l'on ne vit fin de règne plus pathétique. Cela en était presque ridicule. Si déstabilisant de se dire que ce petit vieillard multicentenaire avait réussi à se tenir en place depuis deux siècles. L'Homme de Pierre, l'Homme de Fer, le Corbeau Royal, l'Immortel, le Masque Noir, tant de surnoms inventés années après années par des étudiants inconscient de la réalité décrépie de leur légende. Car une fois les mystérieuses portes de bronze enfoncée par la bestialité du Lycan, que restait il du mythe Orothar, sinon un sac d'os ? Une chose, une créature, une parodie d'humanité, pas assez dynamique pour vivre, pas assez courageuse pour mourir. Juste une ombre, ruine parmi les ruines, qui du haut de son trône érodé par les années, épuisait ses journée à contempler le ballet de quelques souris fouillant ce qu'il restait de sa dignité déchue. L'être ne régnait pas ; il se cachait : du monde, de ses étudiants, et de tout ce qui aurait pu lui rappeler à quel point, il n'était pas à sa place à cotoyer les mortels. Et son bureau, cette pièce qui avait alimenté tant de fantasmes, s'était révélée d'une criante déception. Les meubles inutilisés depuis des éons tombaient en miettes. Les corbeaux omniprésents avaient souillé jusqu'au moindre centimètre de dalles. Et les toiles gluantes de colonies d'araignées avaient depuis longtemps remplacé les précieuses tentures et autres tableaux rongés par les mites. Un royaume de silence pour un roi de pierre.

Le Directeur n'avait même pas cru bon de faire graver des yeux sur son masque de fer. Pas non plus de bouche ou de narines, rien qu'une étendue de métal affreusement lisse ; jadis étincelante mais que l'âge avait craquelée et ridée. Ses rares mouvements, étaient chaotiques. A tout moment l'on se serait attendu à l'entendre grincer, et crachoter de la vapeur comme un automate mal réglé. Mais il paraissait si flasque, si vide sous son ample robe de bure élimée, si crasseuse qu'elle avait pris la teinte des pierres. L'ombre colossale de Moloch le couvrait tout entier et le corbeau sans aile, frêle et tellement fragile, si fondait complètement. Comme si en dépit de la fin de son règne, de la menace du guerrier debout à ses côtés, il craignait avant tout ces flots de lumière rouge, brûlants, qui s'engouffraient en vagues souffreteuses par les failles de sa tour. Pas un même un mot, ni même une prophétie à léguer à la postérité, l'Orothar était demeuré silencieux dans la défaite. D'un mutisme étrange, détaché, presque inconscient. L'on pouvait le croire digne, ou simplement trop vide pour comprendre ce qui lui arrivait. Son établissement avait été pris d'assaut, ses élèves malmenés, son savoir pillé, son honneur bafoué, tout cela par la faute de son apathie et lui qui se contentait de ramper mécaniquement, mollement aux pieds du Régent d'Onyx. Après deux cent ans de sécheresse, le flot de l'Histoire était sorti de son lit, pour renverser d'une seule vague, les dernières digues gardiennes d'une paix illusoire.
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Messagepar Moloch Wolfkravt » 26 Juil 2014, 21:28

Cela faisait des mois, des années. Que dans l'ombre, Moloch fourbissait ses armes, que l'on cueillait le mendiant et l'orphelin pour l'affubler d'une lance et d'une cuirasse, que l'on incantait dans les abysses les plus profondes de la forteresse Craft, que l'on contait aux enfants les légendes de Requiem Craft et de ses descendants, de Pénombre et d'Ivory. Deux décennies que Moloch ne rêvait que du fracas des combats, du souffle ardent d'une tour enflammée contre son visage, des hurlements d'une mère qui tient contre son cœur le corps sans vie de son enfant. Vingt putain d'années de préparation, de travail, de réflexion. Et tout cela pour ça. Tout cela pour ça ?

Il pleuvait des corbeaux dans une odeur putride de merde, de moisissure et de lâcheté. Debout, Moloch ne prêtait aucune attention au bruit mat que produisaient les oiseaux à leur contact contre le plancher rongé du bureau directorial. Non, Moloch n'avait d'yeux et d'oreilles que pour son ennemi, sa Némésis, Etherion Orothar. Le vieillard était au sol, empêtré dans ses robes dont suintait un liquide sombre semblable à du sang. Était-ce tout ? Et surtout était-ce cela qui avait dirigé Londres depuis les ombres au cours des deux derniers siècles ? Qui avait défait nombre de ses ancêtres par le complot ou la bataille ? Moloch ne pouvait cacher sa déception, son amertume. Il s'était préparé pour ce combat, avait patienté pour ce moment, pour cet honneur. Ses doigts et les paumes de ses mains étaient couvertes de runes noires aux noms de blasphèmes, son corps puissant avait été enchantés de mille sorts et même son âme, avait été bénie par les plus impies des rituels ténébreux. Il avait musclé son corps, fortifié son esprit. Il s'était fait frapper les cuisses et le torse à coup de barre de fer pour les rendre insensibles à toute douleur, passé des heures dans des eaux glacées. Il avait ouvert son âme aux pires démons, avait consulté les pires écrits. Cent fois il avait failli se perdre, tomber à genoux et se laisser emporter par les flots de ténèbres dans lesquels il se maintenait constamment. Mais chaque fois il s'était redressé, plus droit, plus fort, et ce pour un seul but, des plus impérieux. Assassiner l'immortel qui siégeait tout en haut de la tour corbeau.

Il s'était attendu au plus dantesque des combats, s'était préparé à mourir. Le matin même, il avait laissé une lettre sur l'oreiller de sa fille, dans sa chambre au sein de la tour du Dahlia Noir. Une lettre d'adieu, formelle, dans laquelle il faisait d'elle sa seule et unique héritière et la chargeait de servir la lignée du dragon jusqu'à son dernier souffle. Jamais il ne s'était attendu a une telle facilité, à une rencontre si pathétique. Les Kravt commençaient seulement à avancer leur pions que déjà, l'ennemi se trouvait en échec, mortellement touché. Si l'être avait eu un visage, Moloch aurait craché dessus sans hésitation. Mais il n'y avait que ce masque de métal lisse, qui surplombait un fouillis de robes au violet sombre délavé. Et cette respiration, lente, saccadée, rauque. Aucune parole, aucun cri. Cette chose qui avait été un homme ne daignait même pas relever la tête vers lui, le fixer de son absence d'yeux. Il se contentait de ramper sur les coudes, comme si il cherchait à retourner s’asseoir sur son trône, comme si Moloch ne se trouvait pas juste au dessus de lui, le regard chargé de haine et de mépris.

Alors d'un geste puissant, le loup saisit le col de l'habit pourri de son directeur, et le traina jusque sur son balcon, où une pluie battante frappait les fenêtres, comme si le temps lui même c'était associé à cette apocalypse programmée. Moloch tirait sa victime sans le moindre effort, comme si celle-ci ne pesait rien. Et de fait, il ne semblait pas y avoir grand chose de solide sous les robes épaisse d'Etherion Orothar. Une âme bi-centenaire, quelque chose qui devait ressembler de près ou de loin à un corps humain, mais c'était tout.

L'orage tonnait, et la foudre frappait sans relache les paratonnerres des différentes tours de l'Académie. La cape du général Onyx volait de concert avec les robes du directeur Améthyste, que Moloch tenait maintenant à hauteur d'yeux. La pluie leur fouettait le visage, trempait leurs vêtements. Mais le chien enragé de Valériane n'en avait que faire, et hurlait à l'absence de visage de son ennemi.

« Regarde ! REGARDE ! »

Flasque sur ses jambes, Etherion ne tenait debout que grâce à la poigne de stentor de son bourreau, qui serrait les cols de ses robes à s'en faire craquer les jointures. Son masque presque collé au visage de son ennemi, dans une dernière étreinte mortelle, Moloch chuchotait les derniers sacrements au futur défunt. D'une main sûre, il détournait le masque, montrant au bloc de métal sans aspérité aucune le spectacle qui se déroulait plus bas. On aurait pu croire à un couple, tant le loup maintenait fermement le corps gracile de son ennemi contre lui. Un bras passé sous ses épaules pour le maintenir contre lui, une min pour orienter l'absence de regard d'Etherion vers le spectacle qui se déroulait à leur pieds. Et Moloch chuchota au masque, comme il aurait chuchoté à une amante.

« Regarde Etherion, regarde. Et si tu ne peux voir, écoute ; ces hurlements, ce fracas d'armes et de cranes. Sens et ressens cette agonie, la souffrance de toute une ville, le bruit de mes légions mettant à sac ta précieuse Académie. Tout ces malheurs que tu aurais pu éviter, que tu n'as voulu éviter. »

« Mille fois tu aurais pu me tuer Etherion, empêcher cette Armageddon qui se précise un peu plus chaque jour. Mais tu n'as rien fait, lâche que tu es. »

La frénésie rendait hachés les mots du professeur traître, et elle faisait pousser des crocs dans la bouche du général, là ou quelques instants auparavant il y avait eu des canines. Ses yeux s'étaient teintés d'argent, alors que nulle pleine lune ne flottait au dessus de leur tête.

« Tu es mort Etherion, tu es mort ! »

Moloch hurlait au visage du vieillard, le visage battu par la pluie, répétant encore et encore les même mots.

« Depuis qu'ELLE a remis les pieds à Londres, depuis qu'ELLE se dresse à nouveau parmi nous telle une déesse parmi les mortels ! »

Il avait lâché sa victime, et la contemplait d'un regard habité. Lui tentait tant bien que mal de tenir, sa main gantée s'accrochant désespérément au parapet du balcon, dernier obstacle entre lui et le vide. Et alors que la pluie continuait de tomber drue sur le brasier en contrebas, enfin, Etherion planta son absence de regard dans les yeux de son bourreau. Il avait tourné la tête, lentement, et Moloch avait su. Su que la chose le regardait, que l'âme de son directeur à l'agonie le contemplait, depuis les portes de l'au delà. Il avait senti ses poils se hérisser, ses cheveux se dresser contre sa nuque. Et il avait compris que la chose n'avait pas peur, n'avait pas mal. Un être de pur magie, qui avait cessé de penser et de ressentir à la manière d'un humain bien des années auparavant. Pourquoi alors, s'était-il laissé faire ? Moloch n'avait pas de réponse à la question qui venait de naître au plus profond de son être. Alors d'un geste franc, de ses deux mains massives, il poussa son directeur par dessus le parapet.

« Meurs. »

Le cœur de Moloch battait la chamade alors que le corps désarticulé d'Etherion se soumettait aux lois de la gravité, tourbillon d'eau et de tissu qui s'écrasa plusieurs dizaines de mètres plus bas dans un bruit mat, accompagné du craquement distinct et propre d'un lourd masque de métal qui se fracasse sur de la pierre millénaire. Etherion Orothar n'était plus. Moloch, les bras ballants, observait son œuvre depuis son perchoir. Il avait triomphé, mis fin à la vie d'un homme vieux de deux siècles, au règne le plus long que Londres ait jamais connu.

En contrebas, des ombres s'amassaient autour de la carcasse sans vie du directeur, sans que le loup puisse distinguer si il s'agissait d'élèves ou de soldats, d'Améthystes ou de serviteurs du dragons. Mais partout déjà, les regards se levaient, cherchaient des yeux d'où Etherion avait bien pu chuter, et voyaient l'immense ombre que projetait Moloch contre les pierres érodées de la tour. « Oui, j'ai pris la vie d'Etherion Orothar ». L'idée faisait son chemin, chez les spectateurs en contrebas comme dans le cœur du vieux loup. L'Améthyste était à genoux, l'Onyx triomphante. Vingt-cinq ans. Un quart de siècle pour inverser une situation pourtant mal engagée, pour ramener le Dragon sur le piédestal qui était le sien. Ne manquait plus que l'estocade finale, celle la même que les Orothar et leurs alliés avaient oublié de porter, préférant s'enfermer dans leurs palais et autre hautes tours pour sombrer dans la décadence la plus totale. « Mais nous sommes toujours là ».

Alors le loup leva la tête, et il dévoila son cou. Il prit son inspiration, se repaissant de la moindre goutte se frayant un passage entre ses lèvres étroites. Et il hurla. Le cri était puissant, profond, inhumain. Un son qui allait réveiller des millions d'âmes, et glacer le sang de millions d'autres. C'était le hurlement d'un loup, auquel répondirent les millions de gorges qui composaient sa meute. Et des plus hautes tours du quartier Opale jusqu'au plus profondes cryptes du quartier Saphir, des plus lointaines usines du quartier Diamant jusqu'aux plus proches palais du quartier Rubis, ils surent.

« La guerre ! »
Moloch Wolfkravt
 



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